‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 117 sur 120 · LEÇON D'HISTOIRE POUR L\ CLASSE BLEUE · texte numérisé non relu

LEÇON D'HISTOIRE POUR L\ CLASSE BLEUE

FAITS EM 1717 PAR M«« DE MAJMTENOK A l'aOE DE SS AKS.

( Une mattreise de U cUfse bleue ayant dit à Madame que les demoiselles Ini aToient fait des questions sur certains penonnagi|Je aotre temps aaiquelles tlle n'avoit su que répondre, Hadane lui iill#|i^4||M portraits.)

M. le prince de Condé, qu'on appelle souvent le grand Condé pour le distinguer des autres, étoit aïeul de M. le duc d*à présent et prince du sang-, il vécut sous Louis XIY, et se trouva mêlé dans les guerres civiles ordinaires dans les temps de minorité. Comme le roi ne peut gouverner lui-même, il lui faut un conseil et des ministres^ tous les grands en veulent être, ce qui ne se peut ^ de là viennent les intrigues, les partis différents, et enfin

' Autographe de mon cabinet.

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les guerres. Oa veut un chef à chaque parti, et les princes se partagent. Ils déclarent leur soumission et leur affection pour le roi, en môme temps qu'ils attaquent ceux qui gouvernent l'État. M. le Prince se trouva dans ce cas-là à Tégard de la reine mère, Anne d'Autriche, et du cardinal Mazarin, et il ne revint à la cour que longtemps après fa majorité du roi. Ce prince étoit bien fait de sa personne, d'une grandeur médiocre, les yeux perçants et la physionomie haute ^ il avoit beaucoup d'esprit, étoit savant, d'un courage héroïque, et aussi capable pour la guerre que vaillant dans les occasions. 11 vécut a son retour fort retiré à Chantilly, belle maison à dix lieues environ d'ici. Il venoit de temps en temps voir le roi, dont il fut toujours fort bien traité. Il W lisoit beaucoup, et avoit souvent de beaux esprils avec lui. Il se convertit de bonne foi, et mourut à Fontainebleau où il vint pour la petite vérole de sa petite-fille. M"* la duchesse. 11 écrivit au roi pour lui demander encore pardon de ses révoltes et pour raccommoder le prince de Conti, son neveu, qui avoit déplu à Sa Majesté.

M. le prince de Conti, son frère, se trouva aussi mêlé dans les guerres civiles. Il étoit contrefait. 11 avoit épousé une nièce du cardinal Mazarin. 11 devint très-pieux et donna tout son bien aux pauvres,' pour réparer les maux qu'il avoit faits pendant la guerre. Madame sa femme vécut et mourut comme une sainte.

M""* de Longueville étoit «œur de ces deux princes, et passa sa jeunesse dans leurs intrigues,

de même que Monsieur son mari. Elle étoît très-beik et pleine d'esprit. Elle fut touchée de Dieu, mais ell tomba entre le^ mains d'un directeur inibu des dou veautés qui ont tant fait de mal à TÉglise. Elle pro tégea ce parti, et vécut dans des pratiques de piét très-austères. Elle étoit iiaturellement très-délicate et se tenoit presque toujours debout pour se morti fier. On prétend qu'elle mourut de foiblesse , n prenant pas assez de nourriture.

Le cardinal Mazarin étoit Italien ; il vint ei France dès le temps du cardinal de Richelieu. L reine mère, Anne d'Autriche, le fit son premie ministre pendant la régence. Il fut le prétexte d toutes les guerres civiles qui agitèrent la Franc pendant la minorité de Louis XIV. Il avoit de l'es prit et des qualités propres au gouvernement, mai voulant trop s'élever. Il fit venir sept nièces et deu: neveux. Les deux premières sappeloient Marti nozzi : on dit qu'elles éloient demoiselles. L'aloé épousa le duc de Modène, souverain en Italie, pèr de la reine d'Angleterre que nous voyons. La se conde épousa M. le prince de Conti. Elles vécuren l'une et l'autre dans une grande sainteté.

Les deux neveux, dont le nom étoit Mancini » étoient de basse naissance, bien faits et bien né£ Ils moururent jeunes l'un et l'autre. Leurs sœurs au nombre de cinq, furent mariées, l'aînée à M. d Mercœur, fils de M. de Vendôme, appelé César c Monsieur du temps d'Henri IV, dont il étoit fils na turel; la seconde, à M. le comte de Soissons^ princ de Savoie établi en France. I^ troisième épousa l

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connétable Colonne, fort considéré et établi à Rome. La quatrième fut mariée à la mort du cardinal, qui lui choisit M. delà Meilleraye comme le plus riche seigneur de la cour. Il leur donna des millions à condition qu'ils s'appelleroient Mazarin *, celle-là étoit très-belle. La cinquième, toute petite à la mort de son oncle, demeura sous la protection de la reine-mère, qui la fit élever et la maria à M. le duc de Bouillon.

M. Colbert étoit attaché au cardinal Mazarin, et fut par là connu du roi. Il entra dans les affaires à la mort du cardinal. Il étoit homme d'honneur, attaché au bien de TÉlat et à la gloire du roi. Il lui donna une grande connoissance des finances qui étoient dans un grand désordre. Il protégeoit tous ceux qui se distinguoient par quelque mérite. Il rétablit le commerce. Il étoit haï, parce qu'il étoit froid et dur, mais on Ta loué après sa mort. Les chagrins, que M. de Louvois lui donnoit en portant le roi à toutes sortes de dépenses, contribuèrent à sa mort. Il éleva trop sa famille.

M. de Louvois, ministre et secrétaire d'État de la guerre, étoit fils de M. le Tellier, ministre de la régence et toujours attaché au roi, qui mourut chancelier. Il avoit beaucoup d'esprit, étoit fort laborieux, de grand détail, entrant en tout, et voulant savoir jusques aux métiers les plus communs*. H étoit rude et dur, attaché au roi et à PÉtat, mais si présomptueux et si contrariant, qu'il étoit devenu

Voir t. I,p. 39:1.

u. Si

insupportable à son maitre. 11 auroit essuyé une disgrâce sans la guerre. Il s'en apereevoit, et mourut subitement, le cœur serré d'une façon particulière qui fit connottre que le chagrin Tavoit tué '.

M. de Turenne, cadet de la maisoa de Bouilloo, étoit un des plus grands hommes de notre siècle. Sa physionomie étoit mauvaise ayant les sourcils joints, mais bien trompeuse, car on ne vit jamais plus de bonté, d'humanité et de douceur. Il ne counoissoit aucune sorte d'intérêt, ni dans les grandes, ni dans les petites choses-, il ne savoit pas s'il avoit de l'argent, ou s'il en manquoit. Il n'avoit de vanité que sur la naissance -, et s'il n'avoi t pas trop aimé ses proches, on n'auroit pas eu la moindre faute à lui reprocher. Il en lit une en confiant au cardinal de Bouillon son neveu, ce qu'il ne devait pas lui confier. On lui en reprochoit encore une autre : en confiant un secret à une jeune personne peu capable de le garder. Mais il avoit beaucoup d'esprit et toutes sortes de connoissances, un grand talent pour la guerre avec un grand courage. Il^fut presque toujours opposé à M. le Prince, commandant les armées du roi pendant les guerres civiles. On les coniparoit souvent sans décider en faveur d'aucun, disant que M. le Prince avoit une valeur plus brillante, et M. de Turenne une valeur plus sage. Il ne connut aucun vice. Il étoit capable d'amitié. Il fut tué en Allemagne. Il étoit de la religion prétendue réformée : le roi fit pour le convertir des efforts qui

^ Voir, «lantiles Lettres fiLuoriques et édiJimUts^ I. U, p. 278. une note hurce sillet.

AUX MAITBESSeS ORS PETITES CLASSES (1717). 399

le nécessitèrent à écouter des disputes. Il fut convaincu assez longtemps avant de Tavouer, craignant qu*on ne Taccusàt de trop de complaisance pour le roi. Il fut témoin du miracle qui arriva au Louvre. Le feu ayant pris dans la galerie, et le vent menaçant de le porter partout, on apporta le saint sacrement; le feu et le vent cessèrent. M. de Turenne fut pourtant encore quelque temps sans se déclarer. Le roi apprit sous lui le métier de la guerre et fit plusieurs campagnes sans rien décider par luimême.

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