‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 120 sur 120 · MAXIMES DE MADAME DE MAINTENON · texte numérisé non relu

MAXIMES DE MADAME DE MAINTENON

Si VOUS sentez de la joie quand on vous reprend, croyez que vous aurez du mérite.

Si vous ne perdiez jamais de temps, vous seriez bientôt capables.

Soyez sobres, et ne soyez jamais occupées de vous que pour songer à éviter tout ce qui pourroit déplaire à Dieu et aux honnêtes gens.

Pour ôlre agréable aux autres, il faut s'oublier.

Soyez gaies, et non pas évaporées.

Soyez ravies de faire quelque chose pour Dieu.

Si vous êtes orgueilleuses, on vous reprochera votre misère, et si vous êtes humbles, on se souviendra de votre naissance*

11 faut que des filles se modèrent toujours, et qu'elles gardent une conduite qui fasse voir qu'elles sont maîtresses d'elles-mêmes.

H faut souffrir avec patience ce que la justice de Dieu veut que nous souffrions de l'injustice des hommes.

Pour bien commander, il faut savoir bien obéir.

La plus grande parure de notre sexe est la modestie.

Il n'y a que Dieu qui puisse vous donner le courage de soutenir votre mauvaise fortune.

Regardez ceux qui vous reprennent comme vos véritables amis.

C'est un mauvais caractère que celui de grand parleur.

On raille souvent les filles sur leur timidité, mais on les en estime davantage.

406 LETTRES BT EirTRBTIKIfS SUR L*ÉDUCATIÔfV.

Il est difficile de parler beaucoup sans dire des sottises.

Si vous voulez être aimées, occupez vous plus des autres que de vous-mêmes.

Rien ne déplatt tant qu'une fille hardie.

Les vertus chéries de Notre-Seigneur sont Thumilité et la douceur.

Travaillez sans cesse, mais sans affectation.

En quelque condition qu'une fille soit, le goût de Touvrage lui est nécessaire.

Vous ne serez véritablement raisonnables qu'autant que vous serez à Dieu.

Religieuses ou séculières, il faut haïr le monde, si vous voulez être chrétiennes.

Le monde n'est pas tous c«ux qui ne sont pas enfermés dans les couvents, mais ceux qui ne vivent pas suivant TÉvangile.

On se sauve dans le monde quand on observe la loi de Dieu.

Aimez à faire plaisir, craignez de fâcher.

L'empressement de parler vient de légèreté ou de vanité.

Dites le moins que vous pourrez de choses inutiles.

Parler pour se réjouir honnêtement n'est pas inutile.

Choisissez d'être incommodées plutôt que d'incommoder.

Soyez simples dans toute votre conduite.

Que votre conscience soit simple et sincère.

Le jour où vous n'avez rien fait pour Dieu est perdu.

Aimez à contenter toutes les personnes avec qui vous vivez, et surtout celles de qui vous dépendez.

Ne troublez jamais la paix, n'aigrissez personne.

Soyez capables de secret, ne soyez jamais pressées de parler.

Vous déplairez à Dieu si vous cberebez à plaire ail monde.

Si vous connoissiez le monde, vous le haïrez.

Notre-Seigneur a prié pour ceux qui le crucifiorent, et il n'a pas prié pour le monde.

Vous ne serez heureuses qu'en aimant Dieu.

Songez que Dieu vous a choisies entre mille pour être élevées dans sa maison.

Prenez la bonne habitude de remplir tous les moments de la journée.

Ne faites et ne dites rien que vous ne vouliez bien qu'on sache.

Les filles bien élevées ne parlent jamais bas à l'oreille de qui que ce soit.

Ayez une conduite ouverte, simple, franche, et éloignée de tout mystère.

DB SAIRT-LOUll.

(Traitf ditera.)

1. L'on iliiniBii i Madame si Fesprit du règlement, qui marque à cer*"^4ui préside de ne se pas

* Recueil des Réponui^ p. 397 •

appliquer ordinairement à faire faire des exercices, comme écrire, compter, etc., ne devoît pas Vempôcher de faire lire aux demoiselles pour le plaisir d'entendre lire. « Oui, assurément, réponditelle; où seroit la bonne foi, de s'appliquer à entendre une lecture qui attache naturellement, au lieu de veiller sur la classe ? Si Ton avdit cru qu'elle pût aw)it en même temps cette attention générale à faire faire un exercice particulier, on Tauroit établie comme les autres à une famille pour y faire lire et compter. Je ne dis pas que Tattention de celle qui préside doive être si continuelle qu'il faille toujours qu'elle ait les yeux ouverts pour qu'il n'échappe rien à sa vue ; elle ne pourroit y résister -, il faut bien un peu se ménager pour ôtrc en état Je soutenir le travail plus longtemps -, ainsi elle peut tantôt demeurer à sa place, et de là observer ce (jui se passe, tantôt se mettre auprès d'une lille et lui montrer ii travailler , tantôt en faire écrire une autre ; mais il faut que cela soit court , et elle eu doit toujours revenir, de bonne foi, à fairo son capital de tenir tout dans Tordre. »

2. On demanda encore à Madame si l'on pourroit dire quelques paroles de consolation à une fille qui viendroit d'apprendre une mauvaise nouvelle, a 11 faudroit, dit-elle, la laisser pleurer, être bien aist da voir cette marque d'un bon naturel ^ mais il seroit fort bon, après cela, de la consoler, de prendn part à sa douleur et, en la remettant entre le: mains de sa maîtresse, lui dire : Je vous amène uni iille bienallligée. Il ne faut point, mes chères filles

ajouta-t-elle, tomber dans les extrémités, et, comme il ne faut être ni familière ni trop libre, il ne faut point être sauvage ni dure. »

3. Madame nous dit un jour : « On ne souffrira rien dans l'habillement des demoiselles qui ne soit uniforme. On ne souffrira nulle distinction dans les demoiselles, et Ton établira en tout l'esprit de la communauté sans que l'on se distingue jamais.

« Il faut occuper les demoiselles sans relâche, et les accoutumer à prendre leurs divertissements dans la présence des maîtresses qui, de leur côté, doivent avoir une grande complaisance pour tout ce qui n'est pas un mal.

« Les demoiselles n'écriront jamais hors de leurs classes.

« Les maltresses ne les dispenseront jamais des règles, quelque grandes ou sages qu'elles soient, n'y ayant point de plus grande sagesse dans une communauté que de subir toutes les lois, et les distinctions pouvant être sujettes à de grands inconvénients. »

i. On lui demanda un jour si ce n'étoit point une pratique trop forte pour les demoiselles que de leur faire passer les trois derniers jours de la semaine sainte en retraite, et de leur supprimer alors toute récréation. « Non, dit-elle, il faut les accoutumer à entrer véritablement avec piété dans l'esprit de l'Église ; mais avoir l'industrie de les occuper, dans les temps où elles ne sont pas au chœur, d'une manière pieuse et cependant qui leur soit agréable et les délasso un peu de la longueur des n. 35

offices. D'ailleurs il n'y a personne dans le monde qui ne retranche, dans ces huit jours, de ses plaisirs, de ses ajustements^ et surtout qui n'évite de faire ou de recevoir des visites. Je me souviens, ajouta-l-elle , qu'étant fort jeune et n'étant rien moins que dévote, je fus tout à fait choquée de ce qu'une dame m'avoit proposé une visite le vendredi saint. Je disois en moi-même : Pour qui me prendelle donc ? me croiroit-elle athée. »

5. Reprenant un jour une demoiselle qui parloil de sa naissance, elle dit : a Un sentiment d'humilité vaut mieux que des degrés de noblesse; vous êtes demoiselle, vos preuves sont faites, n'en parlez plus. »

SQO'.-MAXIMEIS DE MADAME DE MAINTENON

rOD& SI&Tiai L'iOCCATION DIS DIMOISELLIS OO'eLLI PRUCD SOIK DE FUBI iLBVB& DANS LA VEKTU .

Votre plus grand bonheur n'est pas de subsister, c'est d'être instruites comme vous l'êtes.

Si vous croyez le conseil des gens sages, vous aurez de bonne heure ce qu'ils n'ont acquis qu'en vieillissant.

Louez ce que vous trouvez digne de louanges, mais ne blâmez jamais.

Mettez votre confiance en Dieu , et ne vous inquiétez point de l'avenir.

1 Pièce tirée du cabinet de M. Fillon (de Fonlena}), et qui a été écrite par une Dame de Sainte-Louis.

MAXIMBS DB MAOAM DE lfAI?rrRNOIf. 4\\

Votre sexe vous oblige à l^obéissance : tous ne sauriez trop vous y accoutumer.

Pensez souvent à ce que vous devez à Dieu^ et de quel étal il vous a tirées.

Les personnes qui s'accommodent le mieux de la familiarité aiment encore mieux le respect.

Il faut obéir avant de vouloir commander.

Dites toujours ce qui peut plaire, et jamais ce qui peut brouiller.

Écoutez toujours et ne parlez guère.

Vous faites tous les jours votre examen de conscience à regard de Dieu, faites-en un à Tégard des hommes pour votre conduite.

Ne vous couchez jamais sans avoir appris quelque chose.

Rendez-vous à la raison aussitôt que vous la voyez.

Cherchez en Dieu ce qui peut vous contenter.

Si vous n'apprenez étant jeunes, vous en serez fâchées étant vieilles.

Ne perdez point de temps, vous en serez plus habiles et plus heureuses.

On aime mieux plaire en flattant , que se faire haïr on réprimant.

Si vous vous mettez bien en Tesprit qu'il faut souffrir , il est indubitable que vous en souffrirez moins.

Les réprimandes qu'on fait aux jeunes gens sont les véritables marques de l'amitié qu'on a pour eux.

Traitez les autres comme vous voudriez être traitées.

41S LBTTRBS ET ENTRETIENS SUR L'ËDDCATIOX.

Apprenez à obéir, car vous obéirez loujoiirs.

II faut offrir toutes vos actions à Dieu dès le matin, et lui demander la grâce de profiter des bonnes instructions qu'il vous envoie.

Ne soyez jamais cause d'aucunes querelles, et contribuez à la paix autant qu'il vous sera possible.

N'oubliez jamais Dieu, et si Ton ne vous laisse assez de temps pour le prier, pensez à lui.

Dite5 : pourvu que je sois trouvée agréable devant Dieu, peu m'importe de plaire aux yeux du monde.

11 faut acquérir les biens de ce monde sans passion, les posséder sans attache, et les perdre sans regret.

riN.

DU SECOND VOLIUE.

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