INSTRUCTION AUX DAMES DE SAINT-LOUIS
MB l'Éducation des demoisellxs*.
I^août 168e.
Dieu ayant voulu se servir de moi pour contribuer a rétablissement que le roi a fait pour l'éducation des pauvres demoiselles de son royaume, je crois devoir communiquer aux personnes qui sont destinées à les élever ce que mon expérience m'a appris sur les moyens de leur donner une bonne éducation^ c'est assurément une des plus grandes austérités que l'on puisse pratiquer, puisqu'il n'y en a guère qui n'aient quelque relâche, et que, dans Tinstruotion des enfants, il faut y employer toute la vie.
Quand on veut seulement orner leur mémoire, il suffit de les instruire quelques heures par jour, et ce seroit même une grande imprudence de les accabler
' Lettres édifiantes, 1. .1 , p. 357. — Lettres et Avis sur les classes, p. 1.
' Cette instruction porte la date de l'installation de la maison de Saint-Louis. Tout ce que M^»* de Mainteiion a écrit sur l'éducation peut être regardé codmie la paraphrase de cette admirable lettre. Voici les noms des premières Dames de Saint-Louis, avec les charges diverses qu'elles exerçaient : M«« de Loubert, sous-prieure ou assistante de M"*<> de Brinon, la supérieure; Urne du Pérou, maîtresse des novices ; M™^ de Radouay, dépositaire ; lA^' de Fontaines , première maîtresse des bleues; M™* d'Aussy, première maîtresse des jaunes; M™« de Saint- Aubin, première maîtresse des vertes; M"' de Montaigle, première maîtresse des rouges; M"»» de Thumery, dépensière ; M"«* do Gautier et de Butery, infirmières; M"» de Rocquemont, sacristine; ll">«de Saint-Pars, maitresM des sœurs converses.
18 UnTRES BT BNTRBTIBNS SOR L'ÉDtJGATIOMé
plus longtemps *, mais quand on veut former leur raison^ exciter leur cœur, élever leur esprit, détruire leurs mauvaises inclinations, en un mot, leur faire connoltre et aimer la vertu, on a toujours à travailler, et il s'en présente à tous moments des occasions. On leur est aussi nécessaire dans les divertissements que dans leurs leçons, et on ne les quitte jamais qu'elles n'en reçoivent quelque dommage.
Mais comme il ne sera pas possible qu'une seule personne puisse conduire un certain nombre d'enfants, il sera nécessaire d'avoir plusieurs maîtresses pour la même classe \ il faut qu'elles agissent avec une grande Union et un trèâ-grai\d rapport deâ mêmes sentiments, que leurs maximes soient pareilles, et qu'elles tâchent de les insinuer avec les mêmes manières.
Il est besoin, dans cet emploi plus que dans aucun autre, de s'oublier entièrement soi-même, ou au moins, si l'on s'y propose quelque gloire, il n'en faut attendre qu'après le succès, et cependant se servir des moyens les plus simples pour y parvenir. Qtiand je dis qu'il faut s'publiet soi-mêrte, t*esl qu'il ne faut songer qu'à se faire entendre et à persuader-, il faut abandonner l'éloquence, qui pourroîl attirer l'admiration des auditeurs ; il faut même ba* diner avec les enfants dans de certaines occasions et s'en faire aimer pour acquérir sur eux un pouvoir dont ils puissent pft)fitter. Mais il ne faut pas se mé^ prendre aux moyens dont on doit se servir pour se &ire aimer ; il n'y a que les moyens raiRomiaUei
qui réUMi»Bënt, et il n'y il (Djiiéles fnteiitiôfté dfôttM qui àttirMt Itt béiiédietbn de Dieu.
On doit nKrfhs songer A orner leur ed|[)Ht qut ibrmer leur rttisôn : eette tuéthode, à la véHté, ftit nurfuB paroitre le savoir et Tbabilelé des mattresset»; une jeune fille qui êait mille thàlses par etieuf brillé plus en compagAie et satisfait plu^ ses pmcheis que œlie dont oit a pris soin seulement de fomer lé jugement, qui Mit ne taiii^, q\ii est modeste tt retenue, et qui ue parolt jamais pres^ de moniVéf sbn espi'it»
Il faut quelquefois leur laisser faire leur volonté pour connoltt^ leurs iiieliuatiohs, leur apprendre la diffiireuee de ee qui est mal, de ce qui est bien, de t^ qui est ihdifi^rent, et léuf accorder tôM ee qM est de cette dernière espèce.
Je crois que toutes les personnes qui se donneroM la pi^ne de lire ceci entendront iiussi bien que moi ce que je veU^L dire par les choses it^difflftrenteâ^, maia comme je ne songe qu'A être utile, j'enti'eNti dans un détail qui peut-être poutta parottre eiH nuyeux. LA manière de vie Uniforme des jeutMA demoiselles de Saint-Cyr fournit moins de sujets dft leur fiiire ces sortes de distinctions qu'aux etifaUtS nourris dans le monde, où il s'en trouve tous hM jours de nouvelles occasions -, mais on peut, pM^ exemple, leur accorder une compagne au lieu d'une autre, une promenade d'un côté au lieu d'un autre, un jeu et mille bagatelles qui leur font voir que Ton M veut être maîtresse que l^uand il le fautv ei qa'eilea le eeioient en tout si ettei «toieut vtiÊMi^
£0 LBTTRES ET ENTRETIENS SUR L*BDUGAT10N.
nables. J'excepte des exemples que j'ai donnés ceux où il se pourroit trouver des conséquences. Une compagne peut être dangereuse, une promenade peut avoir quelque inconvénient, un jeu peut n'être pas de saison-, mais je voudroîs qu'en les refu- ^ sant on leur en dit la raisoa, autant que la prudence le peut permettre, et tâcher même de leur accorder souvent ce qu'elles demandent- pour leur refuser ce qui seroit mal avec une fermeté qui ne se rende jamais : il n'est pas croyable combien ces manières-là rendent le gouvernement facile et absolu.
Il est bon de les accoutumer à ne voir jamais rien accorder à leur importunité. Il faut être implacable sur les vices, et les punir ou par la honte ou par des châtiments qu'il faut faire très-rigoureux, et le plus rarement que l'on peut.
Il faut bien se garder de la dangereuse maxime de quelques personnes qui, par une crainte scrupuleuse que Dieu ne soit offensé, évitent soigneusement les occasions où les enfants pourroient faire paroltre leurs inclinations *, on ne peut trop les connoltre pour leur inspirer l'horreur du vice et l'amour de la vertu, dans laquelle il faut les affermir en leur donnant des principes qui les empêchent de manquer par ignorance.
Il faut étudier leurs inclinations, observer leur humeur, et suivre leurs petits démêlés pour les former sur tout ; car Texpérience ne fait que trop voir combien Ton fait de fautes sans les connoltre, et combien de personnes jsont. tombées dans le crime