‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 18 sur 120 · INSTROCTION AUX DAMES DE SAINT-LOUIS · texte numérisé non relu

INSTROCTION AUX DAMES DE SAINT-LOUIS

sans être nées plus méchantes que d'autres qui ont vécu innocemment.

li faut donc leur apprendre à éviter les occasions, et qu'une des plus dangereuses est la mauvaise compagnie.

On doit leur apprendre toutes les délicatesses de l'honneur, de la probité, du secret, de la générosité et de rhumanité, et leur peindre la vertu aussi belle et aussi aimable qu'elle l'est.

Quelques petites histoires convenables à ce flessein leur sont très-propres et utiles, et les instruisent en les divertissant ; mais il faut qu'elles soient persuadées que si la vertu n'a la religion pour fondement, elle n*est point solide, et que Dieu ne soutient point, mais réprouve ces vertus païennes et héroïques qui ne sontque les effets d'un orgueil déUcat et insatiable pour les louanges.

Il n'est pas nécessaire de faire de longues instructions sur ces matières-là, et il vaut mieux les placer selon les occasions qui se présentent.

Il faut se faire estimer des enfants, et le seul moyen pour y parvenir est de ne leur point montrer de défauts, car on ne sauroit croire combien ils sont éclairés pour les démêler *, cette étude de leur parottre parfaite est d'une grande utilité pour soi-même.

Il ne faut jamais les gronder par humeur, ni leur donner lieu de croire qu'il y a des temps plus favorables les uns que les autres pour obtenir ce qu'ils désirent.

il faut caresser les bons naturels, être sévère

f2 LMTRES BT BlITRETtBNS SUR l'ÉDUGATION.

avec les tnsuymsj mais jttftidis rttdë $iiët micuns^

Il faut par des complaisances leur faite aitner la présence de leurs maîtresses, et qu'ils fassent devant elles les mêmes choses que s'ils étoiedt ftbandontiés à eux-mêmes.

Il faut entrer dans les divertissements des etifatits, mais il ne faut jamais s'accommoder à eux par un langage enfaiitin, ni par des manières puériles ; on doit au contraire les élever à soi en leur parlant toujburs raisonnablement; en un mot, comme on ne peut être ni trop, ni trop tôt raisonnable, il faudroil accoutumer les enfants à la raison dès qu'ils peuvent entendre et parlerg||gHhitant plus qtiV.lle ne s'op^pose pas aux plaisirs honnêtes qu'on dok leur permettre.

Les agréments extérieurs^ la connoissanee des langues étrangères, et mille autres talents dont on veut que les filles de qualité soient ornées^ ont leurs inconvénients potir elles-mêmes ; car ces soins prennent un temps qu'on pourroit employer plus utilement. Les demoiselles de la maison de Saint- Louis ne doivent pas être élevées de cette manière^ quand on le pourroit ) car, étant sans bien, il n'est pas à propos de leur élever l'esprit et le cœiir d'une façon si peu convenable à leur fortune et à leur état^

Mais le christianisme et la raison, qui est tout ce que l'on veut leur inspirer, sont également bons aux princesses et aux misérables ; et si nos demoiselles profitent de ce que je crois qu'elles entendront^ elles seront capables de soutenir tout le bien et tout le mal qu'il plaira a Dieu de leur envoyer.

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IÛ.^AViS AUX ll41T3p:$SES DES CMSjSES>.

Toutes le6 maîtresses des classes auront sans cesse devant les yeux que leur premier devoir , en leur qualité de maîtresses^ et même d/s religieuses de Saint-Lfiuis, est de eenlribuer, selon leur pouvoir, i la boDDO éducation des demoiselles, à leur inspirer la vertu, â les corriger de leurs dérauts, à rectifier Jeufs mauvaises inclinatîons, à leur apprendre tout ce qu'il est nécessaire qu'elles sachent, enfin a en faire de parfaites chrétiennes et à les disposer À remplir saintement les différents états où il plaira à la Providence de les appeler. Dans cette vue, elles ne manqueront jamais de veiller sur les demoiselles, àfi les accompagner partout, de ne les taisaer jamais seules, de les tenir toutes réunie9 Autant qfà% se pourra, et de ne leur permettre pas ée s'âoigser dans le jardin hors de la vue de leurs maltresses. Elles se rendront elles^Hnèiaes des modèles que les demoiselles puissent imiter, en leur iaspirant la vertu par leur exemple, étant exactes â observer le silepce etjes autres exercices de la classe autant qu'elles le pourront, et montrant en toutes leurs actions une piété pure et sincère : c'est la seide conduite «pie Dieu daigne bénir.

Elles se tiendront continuellement en garde contre

4 Umtêét Âmj^.-r 4«'#<Mtf f^ii^euMt de fimi4fÇi^, p. ^72. ^Yc^, jiur ce manuacrit, la Préface,)

24 LETTRES ET ENTRETIENS SUR l'ÉDDCATION.

leurs passions et contre leur humeur -, elles auront un grand soin que , sans affectation , leurs yeux, leurs discours, leurs postures, leur extérieur, en un mot, tous leurs procédés soient mesurés, ayant affaire à des yeux clairvoyants a qui rien n'échappe, qui sont toujours portés à juger désavantageusement des personnes qui les reprennent.

Dans toute leur conduite elles feront régner Tesprit de Dieu ; elles renonceront à leurs goûts, a b proximité, à Tinclination naturelle, aux agréments personnels des filles qu*elles auront à gouverner, beaucoup plus à la familiarité et à Tapparence def amitiés particulières.

Elles jugeront de tout selon les maximes de l'Évan gile, ne feront point acception des personnes, el n'estimeront que ce que Dieu estimera au jour de la récompense *, elles détruiront autant qu'il leur sera possible, dans leurs personnes et dans celles des demoiselles, l'esprit du monde et tout ce qui tenteroit à l'entretenir ; elles auront un discours simple et naturel, des manières modestes et aisées.

Elles formeront de même les demoiselles, sans négliger de corriger tout ce qu'il y aura dans leui extérieur, mais ayant beaucoup d'application à tour ner leurs cœurs vers Dieu, à leur faire aimer tout ce que Notre-Seigneur a aimé, haïr tout ce qu'il a haï. ce qui doit se faire pourtant avec sagesse et discrétion.

Pour se prémunir contre la dissipation et contre le découragement, qui sont les deux défauts qu'elles ont à éviter dans leurs emplois, elles seront fidèlef

a ne point manquer à Toraison du matin, tâchant d'accorder tout le soin qu'on leur demande pour les demoiselles avec celui qu'elles doivent avoir pour leur perfection, assistant tour à tour aux exercices de la communauté, et allant chercher aux pieds de Notre-Seigneur la force pour se bien acquitter de tous ses devoirs. Elles penseront souvent que si la fatigue est grande, la récompense le sera aussi ; qu'après toat, c'est à quoi elles se sont engagées; que c'est ce que Dieu attend d'elles et demande des religieuses de Saint-Louis; que c'est l'intention de leur fondateur; qu'elles ne sont pas obligées seulement à instruire les demoiselles^ mais à hs élever^ ce qui comprend tout le soin des mères envers leurs enfants ^\ que c'est à cette fin que se doit rapporter toute cette maison ; qu'il est juste de quitter toute autre affaire pour celle-là, et que si leur vœu sur cet article paroît difficile à soutenir. Dieu, qui leur a inspiré de le faire, leur donnera pour l'accomplir tant de grâces et tant de force, qu'elles n'auront pas lieu de se repentir de l'avoir fait.

il «.-LETTRE A MADAME DE GAUTIER»,

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