‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 2 sur 120 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

Les lettres ou instructions contenues dans ces six volumes et qu'on n'aurait pu, sans un dommage évident, mêler à leur date dans la Correspondance générale^ comprennent tout ce que M"'* de Maintenon a écrit, soit sur^ Téducation des demoiselles de Saint-Cyr, soit pour former les religieuses qui étaient chargées de cette éducation. C'est une œuvre particulière qui a une grande importance dogmatique, littéraire et spirituelle. Elle présente peut-être moins de variété, moins d'intérêt historique que la Correspondance générale^ mais elle montre mieux M"»« de Maintenon dans sa vie privée, sa vie ordinaire et réelle , dans le secret et l'intimité de sa pensée, dans ses véritables afTections et ses goûts, enfin, dans tout l'éclat et la plénitude de ses facultés. C'est dans cette correspondance avec ses chères filles de Saint-Cyr qu'elle se révèle entièrement, comme écrivain, comme penseur, comme moraliste de premier ordre et qu'on peut hardiment la mettre à côté de Bossuet, de La Bruyère et de M"« de Sévigné ; c'est là enfin que le problème de celte femme, tant discutée, tant calomniée, se trouve résolu, et qu'il est démontré que M"« de Maintenon a été moins un personnage politique gouvernant l'État et Louis XIV, qu'une femme occupée uniquement du salut du roi, et qui s'était donné pour mission l'éducation de Saint-Cyr, mission où elle montre une telle supériorité d'esprit, une telle connaissance du cœur

PRÉFACE. Yll

humain, un bon sens si exquis, tant de grftce et tant de sagesse, qu'on peut la dire Vinstitutrice la plus parfaite qui ait jamais existé.

Je réimprime les Lettres et Entretiens sur Védueaticn des filles', et je vais expliquer quelle est la valeur et l'origine des écrits qui composent ces deux volumes.

Il ne faut pas croire que ces Lettres soient des instructions dogmatiques, des traités méthodiques sur l'éducation ; ce sont tout simplement des lettres familières, pratiques, écrites jour par jour, heure par heure, suivant les nécessités, les circonstances, les personnes, tantôt aux Dames de Saint-Cyr, tantôt aux demoiselles, où il ne s'agit presque jamais de l'éducation considérée théoriquement, mais de l'éducation particulière qu'on donnait à Saint-Cyr, lettres qui servent d'ailleurs à compléter et à expliquer l'histoire de la maison de Saint-Liouiset de sa fondatrice. Mais encore bien qu'elles aient été écrites dans un but spécial et pour le cas particulier de deux cent cinquante demoiselles de pauvre noblesse élevées par la munificence royale, on y trouve pour toutes les conditions et pour tous les temps les enseignements

1 Dans la première édiUon, les lettrée et les Entrttienê formaient deux volumes séparés ; j'ai jugé à propos dans celte édition nouvelle de mêler, suivant leur date, et comme M")« de Maintenon rsTKit fiait, ces Lettre» et ces Entretien» qui ne font réellenmkX qtttM seule c!t même oeoTre*

?III PRÉPACB«

les plus solides, des chefs-d'œuvre de bon sens, de naturel et de vérité, enfin des instructions d'éducation qui approchent de la perfection, a Les affaires que nous traitons à la cour, disait l'illustre dame, sont des bagatelles, celles de Saint-Gyr sont les plus importantes. — La .vocation d'une Dame de Saint-Louis est sublime. — Il y a dans l'œuvre de Saint-Louis, si ella est bien faite et avec l'esprit d'une vraie foi, de quoi renouveler dans tout le royaume la perfection du christianisme. » Tout cela est écrit dans un style que Saint-Simon définit ainsi : « Langage doux, juste, en bons termes, et naturellement éloquent et court ; *— langage de la sagesse, dit Fénelon, qui parle par la bouche des Grâces; — il y a dans tout ce qu'elle dit, ajoute une de ses élèves (voir la page xi de cette préface), une grandeur, un agrément, une solidité, une douceur et une noble simplicité qu'on ne peut expliquer. »

Les Entretiens sont de deux sortes,: avec les Dames de Saint-Louis, avec les demoiselles. Voici où et comment ils avaient lieu :

Les Dames de Saint-Louis avaient, dans le milieu / de la journée, une heure de récréation qu'elles passaient ordinairement dans leur salle de communauté, autour d'une grande table, à converser librement et à travailler à l'aiguille. M">* de Maintenon manquait rarement de venir à ces récréations ; elle y apportait

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