‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 22 sur 120 · A «AOAMB UE MONFORT (1600). OS · texte numérisé non relu

A «AOAMB UE MONFORT (1600). OS

sans les punir, mais louant celles qui sont recueillies, je dis fouv la siteoce de purérogation, eur je ne touche pas au règlement. J*ai apporté ici les lettres de saint François de Sales, qui sont en plunears tomes, mais il doit y en avoir en un seul dans ma petite bibliothèque : ce seroit même une bonne lecture pour faire à vos petites, car elles sont divertissantes.

Quelle joie pour moi de vous entendre dire que vous êtes désabusée du beau langage et de toutes les délicatesses! Dieu soit béni de faire ainsi tous les Jours des miracles en nous! J'en vois d'aussi marqués que là résurrection d'un mort, et je vois iLUÈsi des punitions effroyables.

Je crois, comme vous, que toutes les Dames, ou au moins le plus grand nombre, sont très-résolues de se donner à Dieu tout de bon et sans réserve ; elles avanceront dans ce dessein à proportion de leur humilité; vous pouvez beaucoup y contribuer par votre exemple, et je crois que Dieu le demande de vous^ nous avons là-dessus un grand chemin à (airei car je vous le dis dans le temps que je suis ravie de votre état, cotpme je vous le disois quand je vous querellois. Adieu, ma chère et très-chère fille.

M LETTRES ET ENTRBTIBIfS SUR L'ÉDUCATION. 26 *. — LETTRE A MADAME DE FONTAINESS

MAIT&ISSI OiMlKALK DES CL ASSIS *.

(BUe atoM bien humblement le U^ qa*elie eroil avoir eu dans i\ des demoiselles, et prescrit le remède q«*il y falloU apporter^)

20 septembre 16fl.

La peine que j'ai sur les filles de Saint-Cyr ne se peut réparer que par le temps et par un changement entier de Téducation que nous leur avons donnée jusqu'à cette heure \ il est bien juste que j'en souffre, puisque j*y ai contribué plus que personne, et je serai bien heureuse si Dieu ne m'en punit pas plus sévèrement. Mon orgueil s'est répandu par toute la maison, et le fond en est si grand qu'il l'emporte

> Lettres éd\fiuntet, t. Ul, leUre 60. — Uttrtt et ÀvU, p. 209. — Mémoires des Dames de Saint-Cyr, ch. xvni. — Jfdmotrvf de Canguet de Gergy^ 1. 1.

* Aiine-Franvoise Gautier de Fontaines, née en 1658, morte un 1743. Ce fut la septième Dame de Saint-Louis. ËJle lit profession des vœux simples le G juillet 1686, et des vceux solennels le 1 1 décembre 1632. Elle Hit élue deux fois supérieure. C'était une femme aussi distinguée par les qualités de l'esprit et du coeur que par sa beauté. Elle était maîtresse générale des classes lorsque se At la réforme de Saint-Cyr, et elle y prit une très-grtnde part.

* La maîtresse générale des classes était Tune des quatre grandes ojficihres de la maison. Pour ses fonctions et ses obligations, voir VHist. de la maison royale de Saint-Louis, p. 127.

^ Cette lettre, l'une des plus belles qu'ail écrites W^^ de Maintenon , est le tableau de Sainl-Cyr dans les commencements de l'institut, et montre éloquemment les raisons qui amenèrent la transformation de la maison en monastère et le changement de l'éducation des demoiselle?. (Voir VHist, de la maison royale de Saint-Cyr, ch. vi.)

A MADAMB DE POIITAINBS (l69l). 65

même par-dessus mes bonnes intentions. Dieu sait qae j'ai voulu établir la vertu à Saint-Cyr, mais j'ai biti sur le sable. N'ayant point ce qui seul peut faire un fondement solide, j ai voulu que les filles eussent de l'esprit, qu'on élevit leur cœurj qu on formât leur raison ; j'ai réussi à ce dessein : elles ont de l'esprit, et s'en servent contre nous *, elles ODtlecœnr élevé, et sont plus fiëres et plus hautaines qu'il ne eonviendroit de l'être aux plus grandes princesses-, à parler même selon le monde, nous avons formé leur raison, et fait des discoureuses, présomptueuses, curieuses, hardies. C'est ainsi que l'on réussit quand le désir d'exceller nous bit agir. Une éducation simple et chrétienne auroit tut de bonnes filles dont nous aurions fait de bonnes femmes et de bonnes religieuses, et nous avons fait de beaux esprits que nous-mêmes, qui les avons formés, ne pouvons souffrir; voilà noire mal, et auquel j'ai plus de part que personne. Venons au remède, car il ne faut pas se décourager *, j'en ai déjà proposé à Balbien ', qui vous paroltront peutêtre bien petits; mais j'espère, avec la grâce de INeu, qu'ils ne seront pas sans effet. Comme plusieurs petites choses fomentent l'orgueil, plusieurs petites choses le détruiront. Nos filles ont été trop considérées', trop caressées, trop ménagées; il faut

1 Voir la noie 4 de la page 60.

* « Les demoiselles étoienl enflées de la faveur où étoii cette maison et de Tbonneur qu'elles avoient de représenter devant le Roi, recevant beaucoup d'applaudissements de la cour. On parloit beaucoup en divers endroits de leur lianteur, et on en porta di-

les oublier dans leurs classes, leur faire garder le règlement de la journée* et leur peu parler d'autre chose* Il ne faut point qu'elles se croient mal avec moi^ ce n*est point leur affliction que je demande | j'ai plus de tort qu'elles -, je désire seulement r4* parer par une conduite contraire le mal que j'ai failiL Les bonnes filles m'ont plus fait voir l'excès de fierté qu'il faut corriger que n'ont fait les mauvaises, ai j'ai été plus alarmée de voir la gloire et la hardiesae de M"*' de..., de..., et de ...,quede tout ce que l'on m'a dit des libertines' de la classe. Ce sont dea filles de bonne volonté, qui veulent être religieusea, et qui, avec ces intentions, ont un langage et dea manières si fièreset si hautaines qu'on ne les souffri-* roit pas à Versailles aux filles de la première qualité. Vous voyez par là que le mal est passé en nature, et qu'elles ne s'en aperçoivent pas. Priez Dieu et faites prier pour qu'il change leurs cœurs, et qu'il nous donne à toutes l'humilité ^ mais, madame, il n^ faut pas beaucoup en discourir avec elles. Tout à Saint-Cyr se tourne en discours \ on y parle souvent de la simplicité, on cherche a la bien définir, a la bien comprendre, a discerner ce qui est simple et ce qui ne l'est pas, puis dans la pratique on se divertit i dire ; par simplicité, je prends la meilleure place; par simplicité, je vais me louer-, par simplicité, je veux ce qu'il y a de plus loin de moi sur la table. En

Termes plaintes à TévÊque et autres personnes, h (Note des Lettres et Aviâ, p. 211.)

1 Ce mot, dans la langue du dix-septième siècle, signifie : qai aima trop sâ liberté, qui raisonne trop, qui est turbulent ou esprit fort.

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vérité, c'est se jouer de tout, et tourner en raillerie ce qu'il y a de plus sérieux. Il faut encore défaire nos filles de ce tour d'esprit railleur que je leur ai donné, et que je connois présentement très-opposé à la simplicité; c'est un raffinement de l'orgueil qui dit par ce tour de raillerie ce qu'il n'oseroit dire sérieusement. Mais, encore une fois, ne leur parlez ni sur l'orgueil ni sur la raillerie^ il faut la détruire sans la combattre, et par ne s'en plus servir; leurs confesseurs leur parleront sur l'humilité, et beau* coup mieux que nous; ne les prêchons plus, et essayez de ce silence qu'il y a si longtemps que je vous demande : il aura de meilleurs effets que toutes nos paroles.

Je suis bien aise que A(**^de.., se soit enfin humiliée; louons-en Dieu, et ne la louons point; c'est encore une de nos fautes de les trop louer. N'irritez point leur orgueil par de trop fréquentes corrections; mais quand vous aurez été obligée d'en faire quelqu'une, ne les admirez pas de les avoir bien prises.

Quant à vous, ma chère fille, je connois vos in-> tentions ; vous n'avez, ce me semble, nul tort particulier en tout ceci ; il n'est que trop vrai que le plus grand mal vient de moi; mais prenez garde, comme les autres, de n'avoir pas votre part dans cet orgueil si bien étabU partout qu'on ne le sent presque plus. Nous avons voulu éviter les petitesses de certains couvents, et Dieu nous punit de cette hauteur; il n'y a point de maison au monde qui ait plus besoin d'humilité extérieure et intérieure que

08 LETTRES BT ENTRETIENS SUR L*ÉDOGATION.

la nôtre : sa situation près de la cour, sa grandeur, sa richesse, sa noblesse, Tair de faveur qu'on y respire, les caresses d'un grand roi, les soins d'une personne en crédit, l'exemple de la vanité et de toutes les manières du monde qu'elle vous donne malgré elle par la force de l'habitude, tous ces pièges si dangereux nous doivent faire prendre des mesures toutes contraires à celles que nous avons prises. Bénissons Dieu de nous avoir ouvert les yeux : il vous inspire la piété j elle augmente tous les jours chez vous; établissons -la solidement. Ne soyons point honteuses de nous rétracter, changeons nos manières d'agir et de parler, et demandons instamment à Noire-Seigneur qu'il change le fond de nos cœurs, qu'il ôte de votre maison cet esprit d'élévation, de raillerie, de subtilité, 'de curiosité, de liberté de juger et de dire son avis sur tout, de se mêler des charges les unes des autres, au hasard de blesser la charité -, qu'il ôte cette délicatesse, cette impatience des moindres incommodités : le silence et l'humilité en seront les meilleurs moyens. Faites part de ma lettre i notre mère supérieure^-, il faut que tout soit commun entre nous.

> La supérieure était Marie-Anne de Louberi, née en 1666, et qui Alt la première Dame de Saint-I^uis. EUe fit profeation des vœux simples le 2 juillet 1686, et quand la réforme commencée à Saint-Cvr força M*»* de Mainteuon d*éloi{jrner Im"* de Brinon de cette maison, elle ftitéine nipérieure le 26 mai 1689. En 1693, elle refusa de faire des vœux fl(Hennels, quitta la maison, et moorut aux Ursulines de Poissy, en 1 708.

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(Sur le mtee niet, «m «lie afooc ion tort vite bm grande himiKlé.)

t2 septembre 1691.

Ce n'est point par humilité que je prends sur moi rédueation hautaine et fière des filles de Seint- Cyr. U est très-vrai que c'est moi qui ai tout gâté, quoîqu'avec de bonnes intentions» mais j'espère que Dieu nous fera la grâce de nous corriger.

Entrez bien, je vous prie, dans ce que je désire, qui est cet oubli apparent, ne les grondant que le moins que vous pourrez, ne les louant jamais, prenant moins soin de leurs grâces, de leur langage, les laissant plus mal vêtues, les faisant travailler a de plus gros ouvrages, et tout cela avec douceur, sans qu'il paroisse qu'on veut les punir.

J'approuve tout a fait ce que vous me proposez, de les faire travailler davantage quand il y aura quelque chose de pressé -, cela les fera hâter. Elles ont travaillé jusqu'à cette heure par manière d'acquit, sans se soucier d'achever, comptant bien qu'il hodra quitter l'ouvrage quand la cloche sonnera. U faudra changer toutes ces manières-là, et qu'elles voient qu'il faut se hâter dans certains temps.

U faut qu'elles voient que vous êtes maltresse de la règle, et que vous la pourrez changer quand il vous plaira; elles en auront plus de respect pour vous. C'est à l'humilité gu'il faut les conduire, et

t Lettres édifiantet, I. Ul, lettre 61. ^Lettres et ÀviSt p. 216.

70 LETTRES BT ENTRBT1BII8 SUR L ftDOCATION.

pour cela leur en montrer l'exemple*, je ne connot rien en vous là- dessus qui mérite des avis.

L'intelligence et Tuniformité des maîtresses ei ce qu'il y a de plus important ^ mais attendons qu* les maladies diminuent un peu, et servez-vous seu lemeni de l'occasion pour vous aider de vos grande filles pour le soin des malades. Adressons-nous Dieu pour obtenir ce que nous désirons, et encor Mne fois ne vous pressez point \ tout se fera mîeu en y travaillant avec douceur et tranquillité.

Que vos filles ne se croient pas mal avec moi, cd ne feroit que les affliger et les décourager-, en vériU ce ne sont point elles qui ont tort. Je vous embnuM ma très-chère.

28«. — LETTRE A MADAME DE VEILHANT*, pamiftM MiumEsi h Là clasm ilbok.

Décembre 1691.

J'allai dimanche voir les bleues, et je leur pari un demi-quart d'heure de Dieu et du désir que j'i de leur avancement spirituel. Tant que mon dû cours dura, M^^ de ... et de ... ne cessèrent pas < rire. Je ne voulus pas les gronder autant qu'elles méritoient) c'est à vous de voir si vous leur en i

* Letires et Avis^ p. 322.

* lacquette de Veflhant flt profession le l^r janvier 1094, ttoumlMi I7lft, âgée 4« ioiianl»-doiiM ans. Voir dans les£«ft) hUt. et édifiâmes, t. !•', p. 98, une note plus détaillée sur ee rtUgieuae.

A VABAMI Dfi nEltHAnt (1691). ^1

vez une réprimafide. Si elles font bien d'tilleurs, et que ce ne seii qu'une I^èreté, il suffira que vous leur en disiez ce que vous jugerez à propos ; mais s'il y a dans le reste de leur conduite de ce manque de iTspeetpour les choses de Dieu et pour les personnes à qui elles en doivent^ je les enverrai quérir, la première fois que je serai à Saint^yr, et leur en dirai mon avis.

Ne vous lassez point, madame, d'attaquer TorgoeiU la noUeiie et h liberté de parler qui régnent éÊoaB votre maisoil, et donnes^lear pour pratique rimmilité) le oounge et le ailenoe, pendant oet Avwi.. Partagez oes trois pratiques par semaines : exercez-les a Thumilité dans le temps que vous leur avez marqué, veillez sur elles par rapport à eette vertu, portez-les a Taimer avec douceur. Voyez, pendant la pratique du oourage, si elles s*y porteront à Tobservanee de leur règle moins làehenient, si dles supporteront mieux le froid, la fufnée, la poudre et toutes les incommodités; éprouvesH^n (pieiques^nes dee plus pieuses pour servir d'exemple lux autres. Tenez -les en silence dans la semaine que veos y aurez destinée t ne craignez point de les trop contraindre, c'est le plus grand biep qu^on piisse faire à des filles; l'habitude en sera utile è celles qui retourneront dans le monde, et quant aux ralif ieuaeS) dies ne devroient parier que pour les chosei nécesMires, excepté le tempsdies récréations, qui a été donné dans cet esprit, car cdies (|ui ne se contraignent pas dans la journée n'ont point beeoin dereMehement. Voilà, tna chère fille, ce qui

m'est venu dans Tesprit pour votre classe, que je remets à votre zèle et i votre jugement.

(Utage qo*il fuit faire des diTenes fêles de rinnée, et des tenlimenlt à inspirer tnx demoiselles à lear ocetsioo.)

Décembre 1691.

Le zèle avec lequel vous entriez hier dans la pensée que je voulois vous inspirer de conduire toujours vos filles selon l'esprit de l'Église, me donne la eonfiance de vous écrire sur ce sujet ce qu'il plaira i Dieu de me donner.

Vous savez que l'année chrétienne commence par TÂvent, et vous comprenez mieux que moi, car vous êtes bien mieux instruite, dans quel esprit de préparation il faut qu'elles soient pour recevoir le salut qui vient par Notre-Seigneur Jésus-Christ, combien elles doivent le désirer, le demander, l'attendre, et de combien de vertus elles doivent séparer pour être moins indignes de lui ; la joie de le recevoir à Noël, l'humilité pour imiter celle d'en Dieu qui s'anéantit, l'innocence, la simplicité et l'enfance du cœur pour lui être conformes, la bonne volonté à laquelle les anges promettent la paix; l'adoration des rois, à laquelle elles doivent se joindre \ avec quelle promptitude ils quittent tout, avec quelle fidélitéils suivent l'étoile, avecquel courage ils

< Lettres édifUmten, t. 111, 82* lettre. ^LeUres et Àvit^ p. 20.

A lADANB DE VULHAlfT (1691). 73

s'exposeDt aux faligiies, avec quelle persévérance ils achèvent leur voyage, avec quel respect îb adorent Jésus dans une crèche, avec quel cœur ils offinent ce qu'ils ont de meilleur, avec quelle sagesse ils retournent dans leur pays par une autre roule.

Commencez à la fête de la PuriGcalion à leur inspirer la dévotion à la sainte Viei^, qui est la reine de tous les chrétiens, mais particulièrement des femmes et des filles. Que n*avez-vous pas à leur dire sur sa pauvreté, sur son humilité, sur son silence, sur son offrande et son esprit de sacrifice, sur son recueillement ? Cest encore une autre année à suivre par rapport a elle dans toutes ses fêtes , et qui leur fournira l'exemple de toutes les vertus.

Vous entrerez ensuite dans le carême, dans ce temps de pénitence établi par TÉgUse, dans ce temps de mort a soi-même*, mais surtout dans la dernière quinzaine, et encore plus dans la grande semaine, dans la semaine sainte» qu'elles ne s'entretiennent que de la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ^ qu'elles en considèrent l'opprobre et la souffrance qu'il a voulu opposer à l'orgueil et à la ^volupté; qu'elles ressuscitent avec lui, qu'elles deviennent de nouvelles créatures, qu'elles goûtent les choses du del et méprisent celles de la terre. Voyez ce que dit saint Paul là-dessus, lisez-leur-, qu'elles se l'appliquent, et qu'on voie en elles toutes les marques d'une vraie résurrection.

Qu'elles montent au ciel, en esprit» à l'Ascension, par le mépris et le détachement de la terre; qu'elles attendent le Saint-Esprit qui est la consommation

de tous les mystères*, qu'elles soient commeles apôtres dans un même lieu, dans un même esprit, si elles veulent le recevoir. Lisez-leur dans ce temps les Actes des apôtres; faites-leur voir que c'est dans cette fête que les gr&ces se répandent avec abondance, que Jésus-Christ ne rend ses apôtres parfaits que lorsqu'il les a quittés et qu'il regarde l'attachement sensible qu'ils avoient pour sa personne comme un obstacle à leur perfection.

Instruisez-les, pendant l'Octave du saint Sacrettient, de la dévotion qu'elles doivent avoir à la sainte Eucharistie et au saint sacrifice de la messe. Combien ont-elles offensé Dieu sur ce point par leurs froideurs, négligences et distractions volontaires, car Je n'en crois aucune assez malheureuse pour avoir été jusqu'au sacrilège et à la profanation du sang de Jésus-Christ ! Que n'avez-vous point à leur dire sur la manière dont elles doivent le recevoir? En juillet, vous avez une fête de la sainte Vierge ; en août, .la plus grande de ses fêtes. Vous avez, dans ce même mois, la fête de saint Louis qui doit les remplir des obligations qu'elles ont à leur fondateur, et les porter à lui en témoigner à tout jamais leur reconnoissance, soit qu'il vive encore, ou qu'il ne soit plus au monde : qu'elles prient donc pour celui qui leur a fait apprendreà prier, et qu'elles croient que par cet endroit elles lui doivent plus qu'à leurs propres parents.

En septembre, une fête de la sainte Vierge ; en octobre, qu'elles se souviennent de moi le jour de saint François, et qu'elles prient pour celle qui a

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désiré leur salut avec une grande ardeur. Qu'elles voient dans la fête de tous les saints ce nombre innombrable de personnes de toutàge^de tout sexe, de toutes conditions, qu'elles doivent et peuvent imiter en quelque état qu'il plaise à Dieu de les appeler.

Recommandez-leur fortement, le jour des morts, l'ancien usage de rÉglise de prier pour les fidèles décédés dans la grâce de Dieu \ qu'elles offrent leurs prières, leurs bonnes œuvres et le sacrifice de nos autels, non -seulement pour leurs propres parents, mais encore pour toutes les âmes qui souffrent dans le purgatoire et qui peuvent être secourues par nos prières.

Voilà, madame, toute leur année saintement diversifiée ; ajoutez-y un mot sur chaque saint en partif^ulief dont la fête ie pfésenle, et VoU^ terrez que peu à peu , sans vous fatiguer par des instructions recherchées^ sans les ennuyer de beaucoup de lectures, sans les, accoutumer à une diversité de livres quelquefois dangereuse, vous les instruirez selon rÉglisfe, et elles trouveront môme dans cette manière, qui leur fournira toujours quelque chosd de nouv^u, un Irès-saint divertissement.

Instruisez-les de la dévotion qu'elles doivent à leur ange gardien ^ qu'elles le remercient du soin continuel qu'il a de leur âme, qu'elles rendent grâce à Dieu de leur avoir donné un tel guide, un défenseur et un si puissant intercesseur auprès de lui, selon ces paroles du Psalmiste : (i II a ordonné à ses anges d'avoir soin de vous et de vous garder dans

toutes VOS voies.» Ne dites jamais rien qui ne soit tiré des livres approuvés qui sont dans votre maison, et si vous produisez quelque chose de vous-même, consultez-les avant de l'enseigner: notre ignorance a besoin de cette précaution, et c'est ce qui m'a obligée de faire voir, le plus que j'ai pu , toutes les choses que j'ai écrites pour vous. Mes bonnes intentions ne m'avoient pas empêchée de tomber dans des fautes, et j'en ai fait qu'on a corrigées-, je vous con* jure, mes chères filles, de garder la même conduite; n'écrivez jamais rien que vos supérieurs ne vous l'ordonnent, et ne le montrez que par leur ordre et avec leur approbation .

30 >. - LETTRE A UNE DEMOISELLE DE lA CLASSE BLEUE.

(Au ii;get d*une faute qu*elle avoll eommite^ et dont elle paroitioit fort repentante.)

Il seroit bien injuste que je ne voulusse pas vous recevoir quand vous voulez revenir, puisque Dieu est prêt de vous pardonner et de vous combler de ses grâces, si votre retour est sincère. Ne doutez donc point de mon amitié et des soins que je prendrai de vous quand vous serez dans l'ordre -, n'attendez rien de vous, mettez toute votre confiance en

* Lettres édifiâmes, t. 11, lettre V*». — Lettres et Avis, p. 460.

AYIS AUX 1IAIT1IHSSB8 DBS CLASSBS (1691). 77

lui, et ne comptez pas sur vos résolutions. Craignez de tomber, évitez soigneusement les occasions*, cherchez les plus sages de vos compagnes, évitez celles qui ne le seroient pas ; soyez respectueusement à réglise; ne méprisez pas les moindres règlements; allez le plus que vous pourrez au même confesseur, parlez-lui avec une entière ouverture de cœur, soyez fidèle à lui obéir; ne raillez jamais des choses qui ont rapport à la piété; réjouissezvous innocemment. Ne croyez point que vous n'ayez plus de plaisir si vous devenez dévote, vous en aurez beaucoup plus que vous n'en avez jamais eu ; ne prenez pas la piété trop ftprement, traitez-vous doucement. Voilà, ma chère enfant, les avis que vous m'avez demandés ; ils suffiront pour vous faire une grande sainte : je le souhaite de tout mon cœur.

(Sur l'instrucUoD lalnte des demoiselles.)

Décembre 1691.

1. Vous ne pouvez trop, ni trop tôt, imprimer la religion dans le cœur des enfants qui sont commis à vos soins ^ il seroit à désirer qu'on leur en eût parlé avant qu'elles vinssent chez vous, et vous

< Lettres édifiantes, t. II, lettre 80. — Lettres et Avis, p. 72. — Cette Instruction très- remarquable était imprimée dans le petit livre intitulé : Hèglemetits et usages des classes de la maison de Saintlouis»

aurea peut-être bien de la peioe a effacer la mauvaise éducation que Tcm aura donoée à quelquesunes*

i« Mais 4 soit qu'il faille établir ou détruire, travaillez sans cesse à leur faire connoltre la religion dans toute sa grandeur ^ dans toute sa beauté, sa solidité et sa simplicité.

3^. Ne vous lassez jatnais de leur apprendre le catéchisme; ilfaut qu'elles le sachent ala lettre^ qu'elles le comprennent, et que ni vous ni elles ne regardiez pas cette instruction comme enfantine ^ c'est celle des enfants 4 en effet, mais c'est celle aussi des personnes avancées, et o'est celle de tous les chrétiens.

4. Que leur éducation soit simple et toute chrétienne ; ne vous servez jamais de citations ni d'exem- * pies profanes qui enorgueillissent et dégoûtent de rhumilité du christianisme.

5. Tous les chrétiens doivent être humbles et simples*, entre tes ctiréliens, les personnes de notre sexe y sont encore plus obligées, et entre les personnes de notre sexe, les demoiselles de votre maison, qui sont sans fortune, et ne doivent avoir rien d'élevé dans leur éducation.

6. Ne leur souffrez aucun vice-, faîtes -leur ht guerre sans relâche dès que vous les apercevrez,

7. Mais reprenez-les avec une grande doucetîr, et soyez patientes pour le succès de votre travail.

8. Possédez -vous en reprenant les fautes de vos filles-, et si vous sentez quelque émotion, remettez à une autre fois ce que vous avez à dire. Ce seroit

km ACX MAITilISSM DBS CLAUSES (1691). 79

une excellente pratique de ne jamais rien commencer sans avoir consulté et prié Dieu.

0. Ne croyez pas qu'un discours animé par la colère les persuade et les touche davantage, outre qu'elle n'opère point la justice : les enfants démêlent bien vite qu'on se laisse aller a son humeur dans ce qu'on leur dit.

iO. Un cbAtiment od une réprimande faite de sens froid, et quelquefois au bout de huit jours, leur fera plus d'impression : elles voient par cette conduite que l'impatience ou le chagrin n'a point de part à ce que l'on faiL

il. Ne leur parlez pas de Dieu trop souvent, et faites en sorte qu'elles désirent que vous leur en parliez, et que ce soit une récompense de leur régularité à faire ce qu'otl exige d'elles.

12. Ne leur pariez jamais de Dieu en riant, et ûe souffrez pas qu'elles en parlent qu'avec un profond respect et fort sérieusement ^ c'est un écu^il dû les filles pieuses tombent souvent : elles sont remplies de Dieu, elles en veulent parler incessamment; on applique la dévotion à tout, et peu à peu on s'accoutume à discourir en badinant de ce qu il y a de plus respectable.

43. Il y a encore un autre inconvénient, c'est qu'on rebute celles qui n'ont pas le même goût ; et en mettant à tous les jours les vérités les plus iinportantes, on n'a plus rien a leur dire pour les exciter et pour les toucher.

14* Inspirezrleur un grand respect pour les prêtres } ee sodtles ministres de JéBua-Gbrist et les dis-

80 LETTRES BT ENTRBHBNS SUR L*ÈOUCATIOR.

pensateurs de ses grâces ; que ce respect soit pour tous ceux qui sont honorés d*un si admirable, caractère. On peut choisir pour sa conduite celui que Ton estime le plus, mais il n'y a point de prêtre, tel qu'il soit, qui ne doive être respecté.

15. Si celui qui confère le sacrement doit être respecté, que ne doit-on pas au sacrement même qui nous réconcilie avec Dieu , qui nous justifie, et par lequel nos péchés sont lavés dans le sang de Jésus-Christ?

i6. Vous ne pouvez trop les instruire des dispositions qu'elles y doivent apporter et du secret qu'elles sont obligées de garder sur ce qui se passe dans la confession. Ne leur permettez jamais d'en -parler, ni de leurs confesseurs, à moins qu'elles n'eussent quelques peines qu'elles pourroîent confier à leur première maîtresse, et non à leurs compagnes.

17. Portez-les à une grande sincérité dans leurs confessions, à une simplicité, une bonne foi qui aille à se vouloir faire connottre le plus qu'il est possible , je ne dis pas seulement par rapport à leurs péchés , mais à leurs inclinations et à leur état, afin que le confesseur puisse juger de leurs obligations.

1 8 . Est-ce vouloir être conduite et aidée que de se contenter de dire ses péchés et d'en recevoir l'absolution? Youdroit-on , pour sa santé, faire une consultation aussi légèrement?

19. Comment un confesseur peut-il donner des conseils et des remèdes, des préservatifs, s'il ignore

AVIS AUX MAITRESSBS DBS CLASSES (1691). 81

rétat où l'on est, les occasions dans lesquelles on se trouve et les inclinations naturelles?

20. Vous devez les instruire pour l'avenir aussi bien que pour le temps présent, et leur donner des principes et des pratiques dont elles ne se départent jamais.

21. Dites-leur toujours les choses comme elles sont^ ne les outrez point et n'abusez pas de leur innocence pour leur persuader ce qu'elles verroient dans la suite qui ne serait pas vrai.

22. Donnez-leur donc pour péché ce qui est péché, pour faute légère ce qui est léger, mais tAchez de leur donner de Thorreur pour cette disposition des imesl&ches qui ne veulent pas pécher mortellement, de peur d'être damnées, et qui veulent d'ailleurs se réserver ce qui ne fait que déplaire à Dieu. ^

23. Qu'elles comprennent avec quelle discrétion elles doivent user de la liberté qu'elles ont de changer de confesseur, et de quelle utilité il sera pour elles d'aller toujours au même.

24. Conduisez-les à Dieu par cette voie d'amour beaucoup plus que par la crainte, et faites-les entrer par là dans cette liberté et cette confiance des enfants.

25. Mais qu'elles sachent, devant toutes choses, que le premier pas de la vie chrétienne et la marque effective de la conversion est Téloignement du péché : toutes les autres sont équivoques.

26. Après cela, conviez-les à Veycellente pratique de la présence de Dieu, et montrez-leur avec quelle patience il faut marcher dans ce chemin, sans se

82 F.KTTIIHS ET KNTKETIENS SL'H i/EDUIATION.

troubler quand on s'en est éloigné, mais en s'y remettant doucement sans se trop gêner pour vouloir obtenir trop vite un bonheur qui ne sera accordé qu'à la fidélité qu'elles auront à le demander et à U désirer.

27. Désaccoutumez-les des questions curieuses ou inutiles ^ ne soyez point embarrassées quand elles vous en font auxquelles vous ne pouvez répondre ^ dites simplement que vous ne savez pas ce qu'elles vous demandent, et faites-leur voir par cette simplicité celle qu'elles doivent avoir.

28. Accoutumez-les au silence autant qu*il sera possible^ sans pourtant vous jeter dans Texcàs : les filles sont portées à beaucoup parler; vous ne pouvez trop leur dire que c'est un effet de la légèreté de l'esprit.

29» Instruisez- les pour toutes sortes d'états, et en leur disant que celui des religieuses est le plus parfait, formez -les pour vivre chrétiennement dans le monde, si elles y sont appelées.

30« Faites-leur voir ({ue la vraie piété est de remplir ses devoirs) qu'elles apprennent celui des femmes, celui des mères» les obligations envers les domestiques, ce que l'on doit d'édification au prochain, et quelle sorte de vie elles peuvent et doivent mener dans le monde.

31 . Tachez de leur donner de l'éloignement pour les hommes dont le commerce est toujours dangereux, et de leur faire aimer la retraite, qui est la seule sûreté pour les femmes.

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