‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 21 sur 120 · MAXIMES OU NOTES · texte numérisé non relu

MAXIMES OU NOTES

être pauvre demoiselle sans biens, privée de tous les plaisirs du monde^ mais ayant d'ailleurs de la sagesse, de l'esprit et de la vertu, etc. ? Et ensuite les faire convenir, quand elles choisissent ce dernier, qu'il faut que le mérite soit d'un f|||^ prix , puisqu'on le préfère à tout ce qui charme et qui éblouit dans le monde, ^t les exciter par là à Tamour de la ▼erlu et à la correction de leurs défauts.

Il ne faut point forcer l'esprit des enfants ni s'opiniâtrer à les rendre toutes des merveilles, car il est impossible que dans un si grand nombre il n'y en ait d'un médiocre génie-, mais il ne faut semer ni insinuer que ce qui est bon, et laisser le succès à la Providence. 11 est impossible que des filles qui ne voient dans leur jeunesse, que de bons exemples et qui n'écoulent que de bonnes paroles, ne deviennent avec le temps tout ce qu'elles peuvent être, du plus au moins : ainsi il faut se réjouir de celles qui font des progrès, et espérer pour les autres qu'elles en feront ou qu'elles sont capables d'en faire.

Il faut prendre garde à un abus que forme quelquefois la trop grande tendresse de conscience, c'est de se mettre en garde pour empêcher que la conduite ne soit cause que les enfants offensent Dieu, comme, par exemple, ne les point interroger sur un fait parce qu'on craint qu'ils ne mentent*, ne leur rien commander, parce qu'on se persuade qu'ils désobéiront. Cette maxime est pernicieuse à l'éducation des enfants. Quoique ce soit Teffet d'une bonne eause, il faut en tout avoir l'esprit droit , et songer qu'il est impossible de tuer un monstre bien caché ;

54 LBTTmI|& BNTIinilllS SDR l'ÉBOCATION.

ainu il faut, pour ooDnoltre lai vîeaa et laa inolmations de la jeunesse, remuer leura passiona avw diacrétion, leur faire la guerre, et ne pas craiodm leurs vices ( l^r aider i les surmonter dans un éft où le plus gMkpéebé est de laisser croître les in* dinations naissantes du péc|ié.

Il faut éviter de donner de la jaloasie, mais il faut donner de Témulation, en louant et récompensant beaucoup celles qui en sont dignes devant celles qui en sont indignes. •

Il ne faut jamais excuser les défauts de cellea qu'on conduit, en leur présence* quand la supérieure las reprend^ c'est une mollesse qui gâte l'éducation et qui fait croire qu'on n'oseroit les fâcher, ce qui rend leurs défauts plus hardis et aCToiblit l'autorité des maltresses.

U ne faut rien promettre aux enfants qu'on ne leur tienne, soit récompense, soit châtiment. Ne les point corriger mollement , mais user rarement dtt fouet; et quand on le donne, le foire craindre pour toujours, afin qu'on ne recommence pas, ce qui doit être onéreux.

Il faut les accoutumer à trouver bon qu'on les re« prenne de leurs défauts et a aimer d'en être averties^ il ne faut point souffrir celles qui accuseroient par inclination d'accuser.

U ne iaut pas soufiHr qu*on traite de rapporteuses celles qui donnent des avis aux maltresses, mais il ne faut pas que les mattresses souffrent qu'on leur dise des riens inutiles à corriger ou propres à alté* rer l'amitié.

A lUBUOniLLI H ÊisAmW (itM). M

U né fuit jmiais chtrcber i ie Cure amicr de là jtnHMie ^(ue par les iMyens qui lui sont utiles.

U ne faut jamais se décourager dans TéducatioD : ce qui ne vient pas tôt peut venir tard, mais il se faut armer de beaucoup de patience.

Il flint Èe souvenir que ee qu'on ne recueille pas sur la terre dans les soins qu*on prend de bien élever les enfanta^ on le trouvera immanquablement au ciel, si on les instruit dans la vue de Dieu.

20*.— LEtrtlE A MADEMOISELLE DK QLAPION.

(Qai lai avoit fait part de too déiir d'être religieuse.)

ao HPtMDbre i6«0,

Je n*ai pu vous répondre plus tôt, quelque envie que j*eusse de vous marquer la joie que j*ai de ce que vous me mandez : Dieu veuille bénir vos intentions et les conduire jusqu'à l'exécution. Vous serez trop heureuse si vous vous donnez à lui, et vous le serez dès ce monde-ci. Votre naturel doux, facile et tendre, sera bien dangereux si vous ne le tournez à ce qui seul mérite d'être aimé, et je serai bien aise si je vous vois prendre un parti qui assure ie salut de votre âme et le bonheur de votre vie. Je vous demanderai compte de temps en temps de votre vocation : traitez-en avec Dieu -, demandezlui une piété qui vous puisse demeurer en quelque étal que sa Providence vous mette. Adieu^ ma obère

< Letiteê édifiantes, t. U, lettre IIÔ.

fille '9 j'espère que des desseins si sérieux n'empêcheront point votre gaieté, car rien n'en donne tant que de bien faire.

Fontainebletu, 19 octobre 1690.

Quand vous ne faites rien qui vaille, j'ai bien de la peine à m'empècber de vous aimer, mes chères bleues \ jugez si vous êtes mal avec moi dans un temps où M"" de Montaigle^ me mande que vous faites votre devoir entier, et que M™ la chanoinesse^ m'écrit que vous êtes non-seulement soumises et dociles pour ce que l'on désire de vous, mais que la piété se met parmi vous autres, et que, loin de blâmer celles qui en ont, on songe à profiter de leurs exemples; jugez encore une fois si, à de tels témoignages, je sens redoubler la tendresse où mon inclination se porte si naturellement. On dit qu'autant que les choux* étoient à la mode l'année passée, autant elle est à présent d'avoir des livres dans sa poche où Ton écrit ce que l'on croit qui peut être utile.

* Lettres et ÂviSy p. 476.

* Françoise-Louiae de Montaigle, la vingt et unième Dame de Saint-C>r, fil profeMion le 13 mars 1694. Ce (lit Tune des trois Dame» qui furent renvoyées de la maison pour cause de quiétisme en 1698. {\oirVHist, delà maison royale de SaiiU-Cpr, eh. x.)

* M"* de la Maisonfort, chaaoinesse de Poussay. Voir sur cette dame, qui devint religieuse de Saint-Louis, les Lettres hist. et édif,, t. 1, p. 135, et Vliist, de la maison royale de Saint-Cyr^ ch, x.

^ Nœud de rubans porté au bonnet.

A UNE DBHOISBLIB DB LA CLA88B RLEUB (1690). 57

Je me réjouis d'une telle mode, elle n'est pas même incompatible avec Fautre ; nous en parlerons ensemble cet biver, si vous le voulez. Vous me ferez part de vos livres, je vous communiquerai les miens, et nous prendrons ensemble de bonnes mesures pour la seule afibire qui mérite notre attention. Ne vous en effrayez point, vous n'en serez que plus heureuses, plus gaies, plus tranquilles et plus accommodantes pour tous les états où la Providence voudra vous mettre. Adieu, mes chères enfants*, je vous embrasserai dimanche^ au moins dans mon intention, car le jour se passeroit en embrassades, si je les commençois. Je ne sais à qui vous avez adressé vos lettres, je n'en ai presque pas reçu.

Je vous prie de dire aux rouges que je suis fort contente d'elles. On m'a donné vos lettres deux heures après que j'ai écrit celle-ci, c'est-à-dire les particulières, carj'avois reçu celles que vous m'écriviez en corps.

Décembre 1690.

Il m'est revenu une désobéissance que vous avez faite a M°** de Labarre^, et j'ai arrêté la punition

* Lettres et Avis, p. 457.

' Celte lettre sévère est la seule de ce genre qu'on trouve dans les divers recueils des Dames de Saint-Cyr.

> C'était une des maitresees séculières qu'on avait données aux

58 LBTTRBS BT BIITIIBTIBNS lUR L*ÉM)GàTION.

qu'oQ vouloit VOUS faire. Gomment pouvei-voiie croire qu'où souffrira de pareilles révoîtei? y »4*il quelque exception là-dessus? Est-ce que vous voua croyei nécessaire parce que vous avez la voix beile« et pouvez-vous me connoltreet penser que la repré* sentation à'AthtUû^ l'emportera sur les règlements que nous voulons établir à Satnt-Cyr? non certain nement, et vous sortirez de la maison si j'entends encore |>arlerde vous. Soumettez -vous, si vous voulea y demeurer ) et, si vous avez envie d'en sortir, il vous sera plus honorable que ce soit de concert aveo nous, que de vous faire chasser. Vous êtes lâche el froide pour Dieu, c'est ce qui vous fait tomber eo toutes sortes de fautes. Songez» je vous prie, à ce que vous pouvez espérer de vous au milieu des occasions que vous aurez de vous perdre, puisque vous ne pouvez le servir étant environnée de boni exemples, et instruite du matin au soir. Vous deve^ nez grande -, il est temps de faire de sérieuses ré«> flexions. C'est à Dieu, ma chère enfant, à toucher votre cœur, mais c'est à nous à régler votre conduite \ vous serez bien malheureuse si elle n'est bonne que dans l'extérieur. J'ai voulu vous donner ces avis avant de vous punir, et j'espère que vous me donnerez la joie d'en profiter*, je vous le demande de tout mon coBur, car je suis aussi fâchée d'avoir à vous traiter avec rigueur, que je suis résolue

demoiselles dans les oommencements de la maison , les jeunes Damée de Saint-Louis n'ayant encore <iu'une faible instniation.

^ ÀihatU (ùt représentée pour la première fois le & Janfler 1691. (Voir VHiii. de h maiimi ro^aUdê SaifU-C^fth* ti.)

d'établir dans la classe une obéissance entière i tous

Non, je ne trouTerai point mauvais que vous écriviez à M. Tlbet^*, et je ferai tenir vos lettres et tes réponses avec plaisir. Je suis ravie de pobvoir espérer qtie vous voulez penser à Dieu : J'ai toujours appréhendé pour vous le commencement de votre éducation. On avoit tourné votre esprit du côté du monde, du paganisme et des sentiments héroïques : c'est ce qu'il y a de plus opposé au christianisme, qui est humble et simple, et dans lequel on retrouve la véritable grandeur. Dieu veuille vous pénétrer de cet esprit-là, comme vous paroissiez Tétre de celui d'Esther ! Songez comme elle étoit remplie de Dieu, combien elle se confioit en lui, comme elle lui reportoit tout, et priez avec autant de ferveur qu'elle^ nous avons ee qu'elle attendoit, et l'on ne nous demande point de donner notre vie à Dieu, mon cher enfant. Je désire bien ardemment qu'il vous conduise et vous bénisse.

^ jMiret t AvU^ p. 4M.

* ConriHiew extraorëioaire de U naiMo Oe Stlut-Loaii. C'était 11D prêtre wmA pieiix q«'édairé, et ëase lequel W^ 4e MeloteMn avait toute conOanee.

60 LETTEKS ET ENTRETIENS SUR L'ÂDUCATION.

24 ^ —LETTRE A MADEMOISELLE ITAUBIGNÉ*.

Iftjuin 1691.

Je ne suis pas fâchée contre vous, ma chère nièce, mais je suis affligée de vous voir si mal répondre à votre éducation. On admire combien vous êtes instruite, et ce que les hommes admirent sera votre condamnation devant Dieu. Vous savez TÉvangile par cœur et vous ne vous conduisez point par ses maximes; c'est de quoi vous rendrez un terrible compte si vous ne changez. J'espère que vous vous examinerez devant Dieu et que, pour lui plaire, vous deviendrez humble et sincère. Regardez- vous comme la dernière de toutes les demoiselles avec qui vous êtes. Dites à M. de Brisacier' et à la mignonne* ce

^ Mém, de Languet deGergy^ U I, p. 414.

* Fille du comte d'Aubigné, ft*ère unique de M""« de Maintenon. Elle était née en 1684 et avait été élevée 'par sa tante. Elle épousa le comte d*Ayen, depuis duc de Noailles et maréchal de France.

' Confesseur extraordinaire de la maison de Saint-Louis.

* Annette Balbien , appelée ordinairement Nanon, femme de chambre de M*"* de Maintenon, gouvernante de M*'* d'Aubigné, qui l'appelait sa mignonne, et plus tard femme de chambre de la duchesse de Bourgogne. C'était une personne bien née, fille d'un architecte de Paris, d'une grande piété et d'une grande instruction, dans laquelle M"*« de Maintenon avait toute confiance , et qui lui rendit d'éminenta services dans l'établissement de Saint-C\r. Saint-Simon, qui l'a calomniée, comme tout ce qui approchait de M"*« de Maintenon, dit d'elle : « C*étoit une demi-fée h qui les princesses se trouvoient heureuses quand elles avoient occasion de lui parler et de l'embrasser, toutes ÛUes du roi qu'elles r^i^sent t et à qui les ministres faisoient la révérence bien bas. n

A MAOAHE DE MONFORT (.1691). $1

que VOUS connoissez de mauvais en vous ^ demandez tous les jours à Dieu, parNotre-Seigneur, Thumilité et la simplicité. Désirez ces vertus de tout votre cœur et croyez que c'est parla tendresse véritable que j'ai pour vous que je vous les souhaite, et que je crains en vous les vues quiy sont contraires.

DAMK DK SAINT-LOUIS»,

( Dhcn «rit lor la manière dt eondoire à DIen les jeunes filles. )

Ce If septembre 1691.

n n'est pas étonnant, ma chère enfant, que je réfonie avec soin à toutes celles qui m écrivent-, Dieu veut que je le fasse, et vous devez bien plutôt demander pour moi la patience que de me louer de l'avoir. Ce sont les affaires que nous traitons ici'

1 Lettres id^antes, 1. 111, lettre SS. — Lettres pieuses, p. 1425. (Voir ffur ce manuscrit la Préface,)

* GeneTlève de Monfort. Cette dame était une nouvelle contvrUe qne M. Pellimon avait donnée toute Jeune à M""* de MainlaoB; elle avait été à Noisy, fut la douzième Dame de Saint - Louif, et fit profession des vœux simples le 11 janvier 1G87. A répoque des vœux solennels , elle demanda à quitter la maison : « Elle ii*aimoU pas les classes, disent les Mémoires des Dames, et •voit des peines sur son état. » Elle se retira aux filles de Sainte- Harie de Melun, où la maison de Saint- Louis lui paya une dot et elle 7 fit profession. Dans les Lettres historiques et édifiantes y j'ai doné qiitfqsef-anes des lettres de piété que M"« de Malntenon lui écrivit.

* A la cour.

&1 LKITRES ET ENTRETIEN* SIR l/ÉOL'CATlON.

qui sont des bagatelles, et celles de Saint-Cyr sont les plus importantes, puisqu'elles tendent toutes i établir le royaume de Dieu. Vous êtes dans cette maison et dans une des fonctions les plus considéfables, et pourtant la plus facile' .C*est à vous à planter dans ces jeunes cœurs la connoissance et l'amour de Dieu ^ de ces premières impressions dépend souvent le salut, car c'est une étrange peine d'avoir à -changer et à réparer dans un âge plus avancé le mal qu'on a fait et les idées qu'on a eues. Tournez donc vos enfants uniquement à Dieu, et qu'elles soient conduites selon Tesprit et les maximes de l'Évangile, les accoutumant cependant à n'en parler jamais qu'avec un grand respect. Je crains pour vous et pour elles Ja tristesse; vous y avet de la disposition, votre santé y contribue, et encore plus vos scrupules *, il faut pourtant leur montrer une piété douce* aimable et gaie. Ne soyet point sévère, ayez Notre-Seigneur pour modèle, et attirez-les toutes a lui par votre exemple. Donnez i vosjcfunes enfants des pratiques ou par mois ou par semaine, comme, par exemple, l'humilité, la lerveur, le. silence, la patience, etc. Ces diversités les rendent plus appliquées, et quoiqu'il entre beaucoup d'enfance et d'imperfection dans leur attention, elles prennent pourtant de bonnes habitudes qui les forment peu é peu. Quand elles auront passé une semaine en silence, elles auront moins de peine à le garder. Il faut les exhorter sans les contraindre et

> Elle était maîtreiM det rouget.

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