‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 24 sur 120 · Tâchez de leur Cure aimer sattat Françms de I · texte numérisé non relu

Tâchez de leur Cure aimer sattat Françms de I

i6 LVmE8 m MT1IBTIEN6 tm L'ÉDUGATIOII.

Sales : ses lifves sont solides, et mènent i la pla grande perfection avec des manières douées-, que V vieux langage ne les rebute pas : il faut s'attaehe au sens, et cette difficulté n'arrêtera pas celles qu auront un bon esprit.

50. Il me semble que J'ai passé trop légèremen l'endroit où Je vous dis que les conversations qu'elle ont les unes avec les autres sont très-dangereuses vous lie pouvez trop les éviter, mais il faut que a soit par leur en àl/ef les occasions beaucoup plus qa par en faire des défensas.

Ki . Je ne vous ai pas aussi assez expliqué la aoa seil que je vous donne de Ipsélever durai|i«at, été ^t rien hîre cependantqui piûsse Buire i leqr saat^ Il faut Iftur permettre trèsrrarement les veilles et k jeûnes i cause de leur jeunesse, mais tàohec de k fidre travailler à tout ce qui se présente; qu'elles fltti gent de tout, qu'elles soient sobres, qu'elles aoiai ooucbées et assises durement, qu'elles ne s'àppuiai jamais, qu'elles ne se chauffent que dans la grai besoifi, qu'elles se servent les unes lesautres, qu'elle balayent et fassent les lits, etc. ; elles en seront pta fiartes, plus adroites et plus bumbias.

BSt. Quand eUes font des fautes, pardonnoblai quelquefois par un esprit de douceur et de patiaMi «Mkis que les flatteries qu'elles vous feraient n'y aiei jamais de part. Ne leur laissez pas croire qu'il y a d^s temps et des manières pour vous gagner, et qi touta votre cooduite soii fondée sur la charité al ai la raison.

KS* la foua propose tout oeei, mes ehiaes iUe

AVIS AUX HAITKBSSES UBS CLASSES (1693). 87

avec d'autant plus de confiauce qu*i) a été v(i et approuvé par votre supérieure

Tous êtes trop affligées des défauts qui sont encore dans nos demoiselles; Dieu veut qu'on agisse pour lui plus paisiblement, et sans s'attacher trop au succès et à la satisfaction d^avoir réussi à ce qu'on a entrépris.

Mais il faut atissi, avec cette paix au fond du cœur, ne rien oublier pour mettre les dasses sur le pied où vous les désirez. Nous ne prétendons point astembler ici une trôdpe de libertines, d^espiègles de couvent, qui vivent comme des écoliers; oh le souffre de filles qui payent des pensions, qui ne sont qu'en passant, qu'on Ole à un certain âge, et dont on n'est point chargé de l'éducation ; mais ici c*esl la èbarité qui les assemble, c'est la piété du ttoî qui a toulu qu'on se chargeât des filles aux mêmes condiiioris que les mères le sont de leurs enfants, et il veut qu'elles y passent tes années les plus dangereuses dé leùt vté.

tl faut répôtidre à une intention si sainte, il faut que tout ce qui se fait dAiis cette niaisori se ressente de ce motif de chanté qui l'a établie, et que lé priti-

* Godet des Marais, évêque de Chartres. (Voir la note 2 de la page 91.)

* Uttru et Avis, p. 225.

88 LBTIUS BT EiCTRBTIEÏIS SUR L'tDOGATIOIf,

cip»! soin soit d'inspirer le christianisme A nos filles et les accoQlumer i voir selon les maximes de l'Évangile. Voyez-en l'excellent modèle que M. Tabbé de Fênelon ' nous présente dans Técrit qu'il a bit pour celte communauté. Voici comment il parle de ce temps bienheureux où toutes les familles vivoient comme on vit présentement ou comme on doit vivre dans les maisons régulières : « On se taisoit, on n prioit , on travailloit sans cesse des mains , on « obéissoitaux pasteurs; point d'autre joie que celk K de notre bienheureuse espérance pour Tavéne- « ment du grand Dieu de gloire, point d'autres as- « semblées que celles oii Ton écoutoit les paroles de « la foi, point d'autre festin que celui de Tagneaa « suivi d'un repas de charité, point d'autres pompes « que celles des fêtes et des cérémonies, point d'ao- « très plaisirs que celui de chanter les psaumes et K les sacrés cantiques, point d'autres veilles que « celles où l'on ne cessoit de prier. 0 beaux jours! « quand vous reverrons-nous ? Qui me donnera des « yeux pourvoir la gloire de Jérusalem renouvelée? « C'est â Saint-Cyr que ce bonheur est réservé, et la • peinture que je viens de faire doit être la règle des « demoiselles; n'oubliez rien pour les y conduire. » Otez celles qui n'en sont pas capables, et dont l'esprit vain et superbe ne peut se soumettre à cette vie simple et innocente, qui est pourtant la vraie grandeur.

> L*auteiir de VÉdueation des filles était très-goùté de M"*« de Maiiiteiiou, qui le consulta fouveut sur Saint-Cyr et l*invita i v Mre dee inttrucUons.

Ne VOUS faites point de scrupule d'en perdre plusieurs pour établir dans la maison une si sainte pratique; on n'aura jamais plus d'autorité que nous en avons présentement pour faire tout ce qu'on croit qui sera utile dans la suite. Otez les filles qui ne respirent que le monde, qui veulent en parler et s'en occuper, qui entraînent les autres par leurs discours et par leur exemple; ôtez ces beaux esprits qui dédaignent ce qui est simple, qui s'ennuient de cette vie uniforme dans les plaisirs doux et innocents, et qui désirent de faire leur volonté.

Ce ne sont pas toujours des crimes, mais ce sont des caractères d'esprit qui détruisent tout le bien ; les autres sont honteuses de le pratiquer et se regardent comme de petits esprits. Tâchez d'établir entre elles une grande union , une grande charité sans liaisons particulières, une grande honnêteté les unes pour les autres sans compliments; ne souffrez point celles qui sont chez vous ma||^ré elles et prenez des mesures pour les renvoyer. On peut les changer / pour d'autres sœurs plus jeunes, afin de consoler les parents, mais il faut que ce soit le Roi qui donne la place.

Que la piété qu'on leur inspirera soit gaie, douce et libre; qu'elle consiste plutôt dans l'innocence de leur vie, dans la simplicité de leurs occupations, que dans les austérités, les retraites, les délicatesses sur la dévotion et les raffinements.

Qu'elles parlent peu de la piété, qu'elles fassent beaucoup, qu'elles soient unies entre elles, qu'elles se conduisent par les règles de l'Évangile, qu'elles

90 LfilTRES ET BlITIIBtlEifS 9m VÈUOÙKTWtl.

fé préviennent d'honnêteté , qtl'eneft fie di^ptfleiit point, qu'elles haïssent le ttioildey puiscfue iMMfB Seigneur Ta haï, je dis même celles qui ont dessdh . d'y retourner; la piété est utile à tout et lea tendra bonnes religieuses, bonnes fetnmes et bodlMto mères.

AcGoattirtie2-1es à être niétfagèfes, flgisMnte^, adroites» fidèles dans 4es plus petites choses coamie dans les plus grandes, exactes, véritables jusqifi s'accuser elles-mêmes quand il convient, rètnpliei d'honneur, de bonne toi, de probité, mais de e^t honneur .chrétien qdl n'a rien de superbd ni de païen.

Vous savez que j'ai voulu que leurs coffhm ft»seht ouverts, et qu'il régnât une fidélité dails k maison qui n'eût besoin d'aucune précaution ; j'*vois conçu cette idée de l'assemblée de filles d*iilfe naissance noble, et que Dieu a appelées id : je croîs qu'on auroit pu^ réussir, si oh n'avoit pcritil ptrdonné les premières fautes qu'on fit après avoir été averties. Tâchez de mettre, autant qu'il se pourri, les choses sur ce pied-là, sans vous rebdter des difficultés que vous y trouverez dans les commenr céments.

Donnez-moi, avant que je parte, otie listd des bonnes filles de toutes les classes, afin que je voie celles que j'espère que vous y ajouterez pendant mon voyage.

A UNS MAITftSSSB M6 «LAgSBS (IMS). 91

aa^-^LBTTRB DE M^ L'ABBK DES riAfiAl9^ R«iaA iTtovi ai ciAinMi a HAiAfti »b SAiirttiioii.

Je m^eti vais, madanié, tî'&â-cônteht de votre toaî- Sôn 1 Dieii bénit là mère et les enfants. Je fie suis fâché que d'aVoîr oublié de témoigner ina joie aux demoiselles dé là classé bleue qui se sont distiiih guées par la joîé qu'etliïs oi«t marquée d'avoir !e saint &icremënt exposé dans cette maison les trois demiefs jours du carnaval. J'espère, madame, que Votre bonté y suppléera, et que vous leur saurez bon gré de la piété qu'elles font paroltre en toutes rencontres : il y a pi^u de maisons en f^rance 06 on tMuvàt desjeuiiés personnes quitter de bonnegràce les réjouissances du carnaval pour tes exercices de Iliété.

n est Traij imi chère fille, qiM^ j'ai reprc^hé mm-

* Lettres édifiantes, t. II, lettre 92.

^ PwA Godet des Mârat», tié éii f(t48 , mort en 1709. Il lUt Bomméi en t690,éTêque deCihartres, et saeré à Salnt-Oyr en I6t3. « C'étoit, dit Saint-Siiuou, uo grand homme de bien, d'ilonoeur, de vertu, théologien ptofolid, esprit sage, juste* net, savant d'aillenrs , et qnl étolt prbpre aux afTatr es , sans pédantei'ié , sachant TtTre el se eonduire avec le grand BOfide, rans s*5 jeter et sans en être embarrassé, n 11 devint le directeur de M™« de Maintenon après la mort de Tabbé Gobelln , et eut la plus grande part à la réftinné de Saini-Cyr et à tout ce qui Ait établi dans cette maison , où U étall regardé comme «n saint.

> UitrêsetÀvis, p. 242.

92 LETTKES ET ENTRK'IIKNS SLH ï/kDLCATION.

vent la lâcheté à Saint-Cyr, et qu'il me paroît qu'il y en a beaucoup dans l'esprit et dans le corps. Rappelle lâcheté cette délicatesse sur les rooindrei réprimandes, ce découragement qui s'ensuit, ces ménagements qu*on désire et auxquels on force les supérieures, et je crois les confesseurs, ces réconw penses continuelles dès qu'on a fait la moindre partie de son devoir, ce goût pour la dévotion sensible, ces peines quand il faut servir Dieu sans foi et sans goût, cette envie d'être à son aise sans que rien ne nous coûte, ce chagrin contre soi-même quand on trouve des difficultés à se corriger^ je crois, ma chère fille, que voilà une partie de la lâcheté de l'esprit. Venons à celle du corps : cette recherche continuelle des commodités, qui feroit établir des machines qui apportassent toutes les choses dont on a besoin sans étendre le bras pour les aller prendre, cette frayeur des moindres incommodités, comme du vent, du froid, de la fumée, de la poussière, des puanteurs, qui fait faire des plaintes et des grimaces comme si tout étoit perdu, cette lenteur dans Touvrage qu'on ne fait que par force el qu'on ne se soucie pas d'avancer, cette indifiërenoe que ce qu'on fait soit bien fait, cette peur d'être grondée qui est la seule cho^ qui occupe, sans se soucier du bien dans ce qu'on nous confie, ce balayage qu'on aime autant qu'il laisse des ordures que de n'en pas laisser, pourvu qu'on ne nous en dise rien, le linge mal plié et rangé en désordre, les ouvrages faits avec des gens qui empêchent de les bien faire, ces portes et ces fenêtres mal fermées

A MADAME DB lAOOUAT (1693) 98

KMir ne pas s'en donner la peine, ce rayon de soleil |ui met une classe en désordre et oix les demoiidles courent, soit dans la chambre ou au chœur, pour leur sauver cette incommodité, cette impossi* bilité de s'acquitter d'une commission exactement parce qu'on s'en remet sur la première personne qu'on trouve sans se soucier jamais du fait, cette impatience de ne pouvoir attendre en paix....

J'étois en bon train, ma chère fille, mais je n'ai pu continuer ma lettre, et je ne sais plus ce que je voulois dire \ adieu, ma chère fille, je vous donne le bmisoir.

MAITISSSB OÉMtKALE SIS CLASSES.

Ne TOUS alarmez point des plaintes que Ton fait de Yos enfants : songez seulement à former les cœurs à la piété, à la droiture, à la simplicité, àla candeur, à la bonne foi, à la probité, au courage, et vous ver^ raz un jour, s'il plaît à Dieu, qu'elles seront bien Soignées des filles dont vous m'écrivez. . Ne relevez point les fautes des jaunes et des Ueues*, ayez patience, tout viendra en son temps, et nos sœurs se persuaderont plus par leur expé;-

* Lettrée et Avis, p. 254.

* Nicole-Suzanne de Raymond de Radouay. Elle flt profession des Tœax solennels le 13 mars 1694 et mourut en 1736, Agée de iolianle-huit ans.

94 LBTTRB8 ET BIfTIIITieN8 SOff L'ÉKOATION.

rienee <|ue par toutoe qM nMêpoùftièm iMtAWêt Quant à toiil cd que tous lirez M% sur le tAtenél^ i) n'y a rien que de bon; )ë toM prié sëMenMMI, eoHime je vous Vai déjà dit, de to pfêehei' tMjôM ians prétendre Tobtenir : vous fie paftlendrez pailà i tenir soixante filles ensemble sans qu'il éctûippi un mot à quelqu'une. Il faut voir les choses commt elles sont, et ne plis attaquer un petit dérangMiêflt comme un vice. Cet ar rangement et ee silence sont nécessaires pour le f epos, Tordit ei rèdlflMtioh ék votre maison ; tnais l'essentiel de l'édiicatîon déiUi filles, c'est ce qu'il faut qu'elles emportent (MlfttMt et qu'elles pratiquent toujours, et ce sont les vertus que je vous ai marquées. Ces vertus ne paroîssent pas à cëoji qtii toiënt titlè Aha^cbë iii diœur ou une récréation à la classe, et les maîtresses n'en recevront pas tant de louanges^ mais c'est là cette bonne foi que je vous demande, et que Dieu récompense magnifiquement, le craindrois fort d'écrire tout ceci à de certaines Dames, qui par de très^bofliMll intentions passent d'une extrémité è l'autre sur twt ce qu'on leur dit, dqui, sur ma lettre^ ne se sou^ cietoient plus de l'arrangement ni du silence) mais j'espèro que vous m'entendrei mieùt» Métiâgei vos ehefs^; ne vous fiez {ms tout à fait à vos grandes demoiseUes pour les examiner*, on croit assez parmi TOUS que Texactitùde est de trouver à reprendre. Les demoiselles vous donneront pour grand ce que vous trouveriez bien petit, et elles contristeront vos

1 Le« chefs des baudet ou famille* dans les classes.

A mm MAITMME Ml HUMES (I6M). 95

fdiefiiy qui KN9( hemiB i'éife fianteoui. On ne iMa<* queni point ite HMi répondre : Vous yoilâ comme nous, cntigoApt 4« ISicher ids delnois^U6s^ et cobium$t roDiprari-on leur volooii? ie réponds à la première objection qu'il m faut pas les ficher mal 4 propos i et qii*oii I0» fiebem (et eontnurien assez kur velouté, eo (m^MUt eomipe vous TaveE déjà fiut, \ê$ fibofs devenir fide#. Elles no seront rien aux Tertes, el puis ol)ef y auront des placer ; elles seront fsrticulîi&re^ w^ jaune6«ot pa^seiout ainsi par toutes sorte» de persom^gei, ejt cela j$ans pu^tions, et sea- ImmA PV V09 çpiiliw^f Vpus les fichi^tw en pair tici#^, ^ le^r d^ant lefirs di^uU (nomme aux aitfreff J'esp^e ef^oore wa(^ fois qm Dieu bénira cette (m^it^i m4(^h 4 ^yez tfmqmllB,

Jil y ^ qfM^u(e$ jp|iM*s qi^e je n>i reçu de nouve||(M 4^ Mnt-Cyr. Le ^oi «e porte |)Len. J^ me portée a9i(erveille, et )e jfnïm d'Oraugfs (d^ malade.

Ces ytoi^ lignes Y(m serviront po^r yotf A r^créar tiw*.

35*. — LETTHÇ à une MAriflESSE DES CLASSES,

▲ Mar/y, 1692.

Lorsque vou# voulox mê^vr qiKslque ehose, om^

« ■&• de Malntenon doniidt souvent aux Daines des nouvelle! pÉMiiqBW, friiiei|»tlemeni de la guerre , e( ses lettres étaient lues à U récréation. 11 est question de G^iUauvifl Ui , roi d'AaglAterrt et aUtbooder dç Jfç.Mfndi?» avec feiquel Louis XI Y é|i;^t engfi(Brre depuU1688.

* UiUe4 9iÀvU,y.t%t.'^M0cueUdeirip&ntêiéeM^d0Mmfm'

96 LETTRBS ET BNTRBTIBNS SUR L*ÉDUGATION.

dame, il vaudroit toujours mieux récrire que de vous le dire, parce qu il est impossible qu*OQ M l'oublie pas de part et d'autre. Je suis à votre service pour tout ce que vous voudrez, et je vais recommencer ce que je crois vous avoir dit.

Il faut punir le plus rarement qu'il vous swa possible, et, pour cela, il ne faut pas voir toutes les fautes; mais quand on ne peut ignorer que vous les avez vues, il ne faut pas les pardonner si elles sont considérables et ont été déjà pardonnées*, il ne faot non plus attaquer tout à la fois, mais commencer par le plus pressé. Il est question présentement de mettre les demoiselles sur le pied d'une obéissance très-exacte^ c'est donc à quoi il faut vous appliquer très-sérieusement, sans pourtant chercher ponctuellement les fautes que vous pouvez ignorer-, par exemple, une fille parle pendant le silence, il fiiat lui dire : Mademoiselle, vous parlez; si elle se tait pour toujours, il faut en demeurer là *, si elle parle encore, ou quelque autre, il faut lui dire en un mot: Mademoiselle, vous avez désobéi. Rien n'afToibUt tant une réprimande que la quantité des paroles.

Mettez-vous dans l'esprit, une fois pour toutes, qu'il y a peu de choses oii il n'y ait quelques inconvénients, et qu'il faut j^rendre le parti où il y en a le moins. Il faut aussi distinguer ceux qui troublent l'ordre et le bien public, qui est ce qu'il faut éviter dans les communautés.

Oui, madame, vous aurez le courage qui voai est nécessaire si vous le demandez à Dieu, si voua agissez dans sa présence et pour lui uniquement; tt

A MADEMOISFM.F I)F LASTIC (lG92). 97

VOUS vous renoncez vous-même, ou, pour mieux dire, si vous vous oubliez entièrement, sans penser si vous serez aimée ou haie; si vous punissez sans préventions, sans écouter vos répugnances ni vos inclinations; si vous considérez que vous plaisez à Dieu, quoique vous fassiez, et si vous ne voulez que le bien, sans acception des personnes. Si vous gouvernez avec ces dispositions-là, comme je n'en doute pas, Notre-Seigneur gouvernera avec vous; priez-le, je vous en conjure, pour ceux qui vous conduisent.

(Ssr U faite du monde.)

▲ Saint-Cyr, le 9'tepteinlire 1692.

Il n'y a rien de mal dans votre lettre que les excuses que vous me faites de me l'avoir écrite : Dieu me diarge de Saint-Cyr, et mon devoir est d'écouter et de répondre à toutes les affaires qui se présentent. Je suis charmée de vous voir dans la résolution de quitter le monde ; il est l'ennemi de Dieu, on ne peut trop le haïr, et il vous seroit encore plus dangereux qu'à une autre. Ne songez qu'à vous sanc-

> li°* de Lastic faisait Awnéras dans Esther. u C'étoit , dit M** da Pérou, une beauté qui avoii d'assex grands traits et qui «Hifenolt à ce penomiage. » Elle prononça ses vœux à Saint-Cyr, et Raeine, • qui Toaloit pleurer, » dit M»* de Maintenon , assista à U cérémonie ; maia elle ne (ùi pas Dame de Saint4i0ais et se flt carmâite.

99 LRTTRjKS ET ElfTBBTIENS SOfi t'ËftpCATION.

tifier, prenez conseil, etdq reste abandonne;^-voi]8& la Providence. Jeçopnoisia misère de votre familial aimez-en Thumiliation. Ne vous pressez point, rendez service à la maison, et comptez que je ^e ypiis a)>andonnerai p'as^

38 t. — INSTRUCTION a BJADAME DE MONTÂLEMBERT*,

pUff DE SAINT f..OUI«.

(forirfit d*uDe piffafte sofio^'.)

Une parfaite novice entre au noviciat par une vocation pure , qui consiste dans le dessein de se donner à Dieu sans réserve et de lai sacrifier sa vie entière.

Elle $e dcyoye h rbumilité, à Tobéissance, à la pénitence, au service du prochain ; et ^ar la pratique de ces vertus elle entre dans le renoncement à elle-

» litres édifimet, >. î, i?. *n . — |f^. d^ Lqftguèf fie Ger^^ t. I, p. 372.

* Anne de Monlalembert , 18« Dame de Saint-Louis, éUlt parente de M*v de Maintcnoa , la mère de eelie-d (leaao/B Al ÛWr dillac) ét#nt tflle de Pierre de Caf/J^lf^ ^i de ^ui^e de If^ taleinbert. Elle ùi prorcssion de» vœifx golenneU le !«' jairrier 1694. (Voir une note plu8 détaillée sur eette Dame dans les leilror histor, et édifiantes, t. 1, p. 1 20.)

' A répoiiuc où M"* de Maintenon écrivit ce portrait, on travaillait à changer la maison de Saint Loui» en monastèns, les Pâmes de Saint-L^uis rainaient un nouveau noviciat, et le goifveraement de la maison était con(]g§ à la supérieure du couvent de Sainte-Marie de Qiaijlot et à deux religieuses de ce même couvent gui préparaient les Dames <^ Saii^t-Louis à faire des vamx solattnels. (Voir VUist, de la maison royale de Saint-Cyr^ ch. vu.)

A MADAME DE MdlfTALËMBBRT (1698). M

lièiiley qai est h pèffectidn An chrtetianisifie et qui loit être notre occapatioh continuelle.

Elle étudie soigneusement ses coiistiiuiicfnè; elle se latt expli(Jaer ce qu'elle n*eùtend pas; elle les pratiqde à la lettre.

Elle est simple, ifàyant qù'utie seule intention qui est de plaire à Dieu ; elle otivi^ son cœur à ceoi ^e la Providence lui a donnés pour sa <$onduite, sans écouter ses tépugnatiee^ on ses tvreliftâtiotis, parce qu'elle regarde en eux la personne de Jésus- Christ.

Quand elle a des peines, elle le^ déclaré simplement et demeure en paix par les consolations ^ti'on hri doiine-, si ces peihe^, par titi ordre dé Dieu, éonthmenf , elle les souffre comtrte tiiié Autre croix.

Si les personnes ^iri ont sa conflànee lui sont Mées, elle la donne à ceux qui prennent leoi' (itiice, eft>yant fermement que Dieu leuf' dônM aUssi la mftne grâce; cette pràti<|tie né lui est poitti difficile, car dans une affaire si Importante elle ne (k)nsulte |Mf}fitscm goût naturel.

Elle érite toute singularité; elle prié ârec lés itatres, ninlfs, si elle le petit, mieux que les autres; êh estime et aime sti règle : toiile autre perfection n'est point la sienne; elle est ferme sur c€f principe, (|ue son ataftcemetit dé()eftdde là fidélité à son état.

Elle eil atttie tout, elle eil souffre toutes les peihes en esprit de pétiitence; le froid, le chaud, le bruit, k poussière, lu filmée, la puanteur, TactWité contiauelle lai tiennent Kea des baires et des cilices des autres maisons.

100 LETTRES ET ENTRETIENS SUR L'&DDCAnCMl.

Si Dieu lui donne des vues particuUtees de péni tence, elle les propose et demeure en paix, qu'on fa lui accorde ou refuse.

Elle a un grand respect pour ses supérieovs proportion de ce qu'ils sont dans Tordre de Dieu.

Elle fréquente les sacrements, autant que la régi lèvent; et si on l'en prive, elle se soumet et s'humiU<

Elle sacrifie en tout ses propres lumières et k montre quand on lui ordonne; elle ne fait rien d'eUi même, et toutes ses actions sont enrichies de Tobéû sance; elle ne cherche jamais son plaisir, et dlel prend avec simplicité quand les supérieures hii e donnent.

Elle ne reçoit nulle confidence sans permianoi et si elle se trouve à portée de donner des conseil elle renvoie le plus qu'elle peut aux supérieures.

Elle sait que tout ce qu'elle a de bon vientdeDk et que tout doit retourner à lui ; ainsi elle ne h pas une action, ne dit pas une parole, même i I récréation, qui ne porte ses sœurs à leur devoir.

La simplicité la tient dans la paix; elle ne s'en mine qu'autant qu'il est nécessaire pour ses confei sions, pour pratiquer ses règles et pour éviter le ma du reste, elle retourne peu sur elle-même et nera fine jamais.

Elle donne ses pensées à Dieu, elle s'occupe i lui, elle Taime; elle purifie 3es sentiments, eUer nonce à ce que Tamour-propre y veut mêler.

Elle admire les exemples des saints et la diversii de leurs pratiques; mais elle se tient ferme à œih de sa règle.

▲ Mâ^MME M MOMTAUUUWRT (1691). 101

Elle fit peu, elle se nourrit du Nouveau Testament; elle adore ce qu'elle n^entend pas, die profite de ce qu'elle entend.

Elle renonce à toute curiosité, elle craint ce qui peut l'exciter; elle cherche sa sûreté dans la simplicité, dans la voie commune et dans la dépendance.

Elle ne juge point des livres.qu'elle ht, ni des fermons qu'elle entend, mais elle s'en édifie et tiché d*en profiter.

Elle n'est défiante que pour la jeunesse qui lui est confiée quand elle y est employée; mais elle est simple avec les supérieurs, persuadée qu'ils le sont avec elle; son esprit lui sert pour trouver des facilités a tout ce qui lui est ordonné, et jamais pour former des contestations.

Elle se lève au premier son de la cloche, elle se presse d'aller au chœur, non pour l'emporter sur les autres, mais par fidélité à la règle.

Elle médite, ou psalmodie, ou chante de tout son coeur, suivant toujours la règle et ne s'en départant jaonais par un esprit de fausse liberté.

Elle ne perd pas un moment de ceux qui lui sont destinés pour la prière, et elle n'en prend point d'extraordinaire sans permission; elle sort de l'église avec les autres et va prendre les relâchements selon son besoin et la volonté des supérieurs.

Elle va à sa charge, ravie de travailler pour le prochain, elle y garde le silence autant que son em- -ploi le permet; elle le rompt s'il le faut sans scrupule; elle le reprend avec fidélité; elle retranche les

102 LETTRES ET fiimiETIENS SUR L*fimJCATiON.

pdroles inutiles, elle abrège celles c|ai sdfat nécessaires.

Si^elle se sent dissipée, elle s*en humilie samcffagrin et se remet dans la t)résence de Diëti.*

Elle va au réfectoire et y mange sAM chcHî et sans scrupule ce qni lui est présedté, et prend autant de nourritune qu'elle en a besoin pcMr conserver ses forces qdi sont destinées au serrice dti prochain.

Elle écoute la lecture avec attention, et si e'est elle qui la fait, elle lit haut et distinctement aflh que les autres puissent en proflter.

Elle va à la récréation avec joie et simplicité, eBe s*y place sans affectation ; si elle se trouve auprès des personnes qui lui plaisent, elle en use sÉtfis scrupule; si elle est auprès de celles qui lui plaisent moins, elle y demeure en paix et prend part à lear conversation.

Elle ne songe point à montrer de l'esprit ; elle laisse tourner la conversation selon le goût de$ ilutres ; si on l'interrompt quand elle a cortimëncé On discours, elle ne pense pas môme à le reprendre, à moins qu'on ne lui demande, parce que dails lés plus petites choses, comme dans les plus grandâi, elle ne veut tenir à rien.

Elle reçoit Tobéissance comme l'ordre de Dieu; elle va où elle est destinée, elle s'y donne tout entière après avoir demandé à Notre-Seigneur de la tenir près de lui -, si l'activité et la vigilance l'en éloignent quelquefois, elle s'y remet sans s'inquiéter du

A LA COM^TJ.VAlTft (169S). 1()3

S'il faut par liécessité manquer quelque obser- Tance, elle le fdit sens en atoii' de la joi(9 par un esprit de HbertiiM^é \ H dand cbagHn (Mlr un esprit de aerajidiè et d'attftchement.

EHè veillé lè^ demoiselles jour et huit seltm ce qiri Idi est presMt-, ntvié de sâcHfiersoit repds et sa smté pouirertipéche^ qoë Dieu ne soît offensé parle plos petit dér^leméht.

Elle estÎMë les autres ittstltats, mais elle aime le sieti, et s'y tient fidèfeiitent attachée Comttle au moyen que Dieo Itli a maf^qtié pour son sàlut.

Son cafadtètt) particulier est d'être modeste et sileiieieuse', iion-seuietHëiit son silence est extérieur, mais intérieur; ôtaht A son esprit la liberté des péttlées volontaires ^ elle tes restreint à celles de sdn devoir et de ee (}ne TÉvangilë et la règle deniandent d'elle, rejetant tontes les autres comdie des tentations, <)uelque belles apparences qu'elles puissent avoir.

Elle n'a passnuvent besoin de repos, car elle travaille sans contention et sans inquiétude, et avec la tranquillité ^ëe donne la vraie liberté dés enfants.

dft'.-^LBTTRE A LA COMMUNAUTÉ.

Mars 1693.

J'apprends avec beaucoup de joie» mes chères

^ Cesl-à dire par un esprit de diuipation ou d'amour exceMif de liberté.

* Lettres idijianiea, 1. 11, lettre 163.

filles, que M. Savoye * vous instruit du catéchisme et de la manière dont vous le devez faire. Cest votre obligation, et le moyen d'accomplir le vœu que vous faites pour Téducation des demoiselles de Saint-Cyr. Aimez cette étude, je vous en conjure, et comptez que celles qui s'y sentiroient une répugnance qu'elles ne pourroient pas vaincre ne sont non plus appelées à être Dames de Saint-Louis, qu'une fille qui voudroit être hospitalière et qui auroit une aversion insurmontable pour les malades. Vous ferez toute votre vie le catéchisme, soit au chœur, soit aux classes^ vous reviendrez aux premières questions, après avoir enseigné les dernières^ et les plus relevées, c'est votre profession; vous voulez faire de véritables chrétiennes, et pour cela il faut qu'elles sachent parfaitement leur catéchisme. Ne regardez point cette étude comme petite : on dit que cela est commun, et entre les mains de tout le monde-, mais elle n'est entre les mains de tout le monde que parce qu'elle est nécessaire à tout le monde ; le pain est la nourriture la plus commune et celle dont on peut le moins se passer. Estimez donc votre vocation, ne craignez point d'être incapables de vous en bien acquitter, vous n'aurez à parler que pour vos filles; il faut fermer les portes de réglise dès que vous voudrez commencer. Vous le ferez simplement, celle qui le fera le plus humblement y aura plus de grâce. Vous le ferez bien si vous le voulez : vous allez vous y former pendant cette

^ Supérieur des prêtres de Saiul-Lazare attachés à la maison de Saint-Louis.

A UNE DAME DE SAIM-LOi:iS (1G'J3;. 105

année ^ soyez d'aussi bonne volonté sur cet article que sur tous les autres dont nos chères mères sont à édifiées. Je ne puis finir sans vous témoigner la jme que je sens de vous voir devenir religieuses^ il me semble que tout respire la piété dans votre Biaison. Je prie Dieu de vous bénir de plus en plus, et de TOUS enseigner lui-même.

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