RAPPORT A MADAME DE BEHVAL
Roi, il lui avoit répoDdu fort embarrassé qu'il ne sa- Toit point £aircde lettres. M"^deMaintenon lui dit : c Mais n'ave^vous rien dans le cœur poar lui dire? ^e suislnen fâché, répondit-il, de ce qu'il est parti. —Eh bien ! écrivez-le, pela est fort bon. n Puis elle kd dit : « Est-ce là tout ce que vous pensez ? n'ayeziDosplus rien à Ini dire? — Je serois bien aise qu'il lertot, répondit le ducdu Maine. — Voilà voire lettre Ute, lui dit M"' de Maintenon, il n'y a qu'à le ■ettre simplement comme vous le pensez, et si vous fumez mal , on vous redresseroit. » C'est de cette ■aaière, ajouta-t-elle, que je lui ai montré, et vous •rei TU les jolies lettres qu'il a faites. M°^ de Loukert, notre première maltresse, lui dit qu'elle nous leroit grand plaisir de vouloir bien se donner la peme de nous en faire un modèle; elle y consentit, ci prit pour sujet celui des lettres qu'elle venoit de corriger; elle en écrivit une en billet et une en lettre, pour nous en montrer la différence. Nous a'oBoos lui marquer l'envie que nous avions qu'elle ■008 en fit comme pour une personne à qui nous derion^du respect-, une de nos maltresses voulut lien le faire pour nous. M"^ de Maintenon nous dewnda, avec sa bonté ordinaire : « Pour qui , mes enfants, voulez- vous que je vous la fasse? » Nous lui rendîmes de manière à lui faire entendre que ce leroit pour elle, comme pour une bienfaitrice. « Eh bien ! dit-elle, puisque vous le voulez, je vais vous en faire une de cérémonie et de respect aux perlonnes âgées, quoiqu'elles ne fussent pas de meilleure maison que vous. « Et s'adressant à une de nous»
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elle lui dit : « Par exemple, vous devez du respect un vieux M. T..., votre oncle, que je connois, qoQ qu'il soit de la même maison que vous; vous v devez aussi du respect par rapport à mon âge; comme nous voulant dire qu'il n*y avoit que ce qui dût nous la faire respecter, tant son humilil est grande ; mais il né nous siéroit pas, ma mère, c vous en parler, vous la connoissez mieux que non
Après avoir fait la lettre que nous lui avions âà mandée, elle eut la bonté de nous la lire, et noi dit ensuite : « Vous voyez que je Tai faite respei tueuse et tendre, mais c'est pour celles qui me r gardent comme leur mère et que je regarde coma mes filles. » Nous n'avons pas encore, ma mère, I lettres qu'elle prit la peine d'écrire, mais nous h cherons de les avoir au plus tôt, et nous vous l donnerons sans y rien changer*. Nous vous dirai encore ce qu'elle nous fit remarquer des demie mots de sa lettre, qui font voir la tendresse qu'ei nous permet de lui marquer, ayant la chantée nous regarder comme ses filles-, elle nous dit doiM a Si une personne que je ne connottrois pas m'éa voit ainsi, cela ne seroit pas bien, quoique je ne mV soucie pas-, mais pour cellesde Saint-Cyr, j'aime fia qu'elles me marquent de la tendresse, et qu'ell m'écrivent sans façon. »
J'oubliois, ma mère, un fait remarquable de journée d'hier, c'est que la maîtresse générale vi chercher M"' de Maintenons et comme elle n'ose
* Voir ces modèles de lettres p. 18G et sulTanles.
RAPrORT A MAIUME DE BERYAL (1696). 185
rinterrompre, une de nos mères l'en avertit, parce quilyavoit déjà quelque temps qu'elle altendoit. La maîtresse générale approcha donc, et M°^ de Ibinlenon lui dit d'un air agréable : « Eh bien ! que Toulez-vous? nous avons bien ici d'autres affaires, pourquoi nous importuner? » Elle lui répondit du même ton : « Je ne savois pas, madame, que vous fassiez si bien occupée. » M°^ de Maintenon, lui ayant répondu en fort peu de mots, reprit son occupation -, Biais comme, en nous levant pour laisser passer la naltresse générale, il s'éloit élevé beaucoup de poussière, M"^ de Loubert, notre première maîtresse, ■larqua à M'°* de Maintenon la peine qu'elle enavoit, laquelle reprit aussitôt avec bonté : Ces pauvres enfants^ faime jusquà leur poussière. Nous fûmes toutes pénétrées de la manière tendre dont elle dit ces paroles, et nous en pensâmes pleurer. Elle fit aussi tout cela avec tant d'application qu'elle fut obligée de s'essuyer plusieurs fois le visage. Avant que de s'en aller, elle nous dit : a Mes chers enfants, croyez-vous que cela vous puisse profiter? i> Nous lui répondîmes que nous espérions que la peine qu'elle •voit prise ne seroit pas inutile. Elle sortit en nous disant qu'elle le souhaitoit de tout son cœur.
C'est avec bien du plaisir, ma mère, que nous nous sommes acquittées de ce que vous avez souhaité de nous; nous vous prions d'excuser tous les manquements que vous y remarquerez, mais nous croyons qu'il n'est pas besoin de vous expliquer combien nous sommes remplies de reconnoissance pour M°"deMainlenon,quinous donne tous les jours de
nouvelles marques de sa bonté ^ c est ce qui nooi Mi souhaiter un aussi heureux sort que celui qu'ont eu quelques-unes de nos compagnes d'être auprèt d'elle. Nous n*espérons pas que le bonheur nous en veuille assez pour cela, mais du moins nous allons nous appliquer de toutes nos forces à profiter d6 toutes les bontés dont elle nous honore présentement» et nous tâcherons toute naître vie de faire honneur a l'éducation qu'elle nous procure» à laquelle elle veut bien s'employer si souvent elle-même. Nous sommes^ ma mère, avec un profond respect; vos très-^humbles et très-obéissantes servantes, D'OsMOND ET Du Bouchot ^