LETTRE A M. DE LA CHETAÇDIE
(Sar le traité de YEsprH de V Institut.)
Teniillet, ce 19 décembre 1709.
Jugez de mon loisir, Monsieur, puisque je n'ai pis encore répondu aux objections que vous avez eu fat bonté de faire sur les constitutions de Saint- Cyr ; je doute fort que je le puisse encore faire avec quelque suite, ne pouvant jamais trouver une heure de repos.
L^avant-propos est de M. de Chartres : il me semble qu'il commence par des termes qui ne peuvent eonvenir qu'à Tévèque ; la manière dont il conjure de ne se pas écarter d'une ligne de tout ce qui y est marqué ne dit-elle pas que tout y est essentiel, sans qu'on en puisse faire le choix*
J'ai toujours été choquée de ces paroles : Le roi
' Avis aux religieuses de Saint-Louis, p, 8 1 . — Nous inaérooi eeCte lettre, malgré sa date (1709), à la suite du traité de l'iTéprit de Vîmt'aut^ parce qu'elle est une sorte de commentaire de IP* de Maintenon sur ce traité, et surtout à cause de la plirase de Fénelon que nous avons signalée page 145.
* M. de la Chetordie, curé de Saint-Sulpice, devint le directeur de M'n« de Maintenon après la mort de Godet des» Marais. M°>« de Maintenon lui ayant donné à lire les constitutions de la maifon de Saint-Louis, il fit quelques observations sur V Esprit de l'iiutituty auxqueilas ceUe-d répondit par cette lettre.
16S LETTRES ET ElITIIBTIElfS SUR L*ÉDl'CATION.
99ire fondateur a 6lè ces biens avx peuples ou à tÊ^ glise; elles m'ont paru dures et peu respectueuses, quoiqu'on voie bien l'intention de l'auteur qui est M. deCambray *.
On ne peut nier qu*à la page 30 ^ on ne blâme un peu les religieuses, quoique d'ailleurs on les excuse.
Quel autre que l'évêque peut dire : La Pj otidence nous ayant chargé du gouvernement de votre maison^ etc. ?
Dans la page 49, il est vrai qu'on rejelte les états extraordinaires, mais il est dit pourtant qu'ils peuvent être '.
Il me semble qu'à la page 52, l'auteur flatte moias notre communauté que les autres ^
il n'est plus question de rien changer pi y a vingt ans^ que l'on suit les constitutions et règlements*, tout le monde en est content -, ils ont été faits de concert avec les Dames, et vous verrez, Monsieur, par le procès- verbal que je vous envoie, qu'on les a toutes entendues.
* Il est singulier que 11^ de Malntenon ait laissé cette phrate t un traité qui passait pour son œuvre ; il est plus singulier
«neore que Louis XIV, qui avait lu attenUvement ce traité, et i|iii ra approuvé, n'en ait pas été blessé. Cette phrase concorde d*alt» Intrs avec fout ce que nous savons des idées avancées de Tauleur da TUémaque.
* €e8 chifAres se rapportent au petit volume imprimé en 1699. — Voir p. 147.
» Voir p. 156.
» Voir p. 158.
' Quinie ans ; V Esprit de F Institut ayant été fkit en 16(^4.
A lira DAXB DB SAnrr-LOcis (i694). 163 Il est vrai que rien ne seroit plus dangereux à Saint-Cyr qoe la mollesse, la tendresse et les caresses \ mais je vous assure qu'il n*y a ni hauteur, ni ûerlé, ni rudesse, que tout y respire la paix, la joie et la douceur.
54 > —LETTRE A UNE DAME DE SAINT-LOUfS,
DEL'XlkHK MAITRESSE.
Marly, 29 teptembre 1694.
H est vrai, ma chère scBur,.que nous avons jeté les yeux sur vous pour vous mettre seconde mattresse a une classe-, j'espère que vous aurez l'intelligence qu'il y faut et la docilité pour mettre les choses sur le pied où elles doivent être pour toujours. Je vous ai parlé mille fois là-dessus, et je ne pob, comme vous en convenez vous-même, que vous redire ce que je vous ai dit. Je vois tous les janrs qu'on ne m'entend point sur cet article, et c'est ce qui nous presse de faire des expériences qui formeront mieux que tous mes discours. Vous ■e comprenez point celte uniformité de maximes et de conduite» celte intelligence parfaite qui doit étie entre les mattresses, et la soumission en tout te subalternes à la première. Je crois que vos 4Nites viennent de votre peu d'expérience, et de ce fse pensant toujours à vous, et vous regardant d'un ige et d'une capacité assez pareille, vous avez peine
< Leitre» ei Avis, p. 897.
164 LETTRES ET ENTRETIENS SUR L*60UCAnON.
à comprendre ia déférence que je tous demande pour celte première. Cependant, si vous voulez y faire réflexion, vous trouverez qu*il est impossible que les classes soient autrement, et que si les maltresses avoient une autorité à peu près égale avec des vues différentes, il seroit impossible que les demoiselles ne se partageassent selon leur inclination. Les inconvénients de cette conduite seroient plus grands que ceux qui se trouveroient dans la subordination qui est gardée entre tous ceux qui ont quelque chose à gouverner, quand ils sont plusieurs, ce qui n*est pas une invention nouvelle. Votre conduite à regard de votre supérieure doit m'assurer que vous pratiquerez à merveille ce que je désire dès que vous l'aurez bien entendu, elle n'est guère
Le 30.
J'ai été interrompue, il faut reprendre; je voulois vous dire, ce me semble, que votre supérieure n'est pas des plus vieilles de la maison * -, cependant, dès qu'elle a été placée, vous lui avez été soumise, et vous voyez aussi ce que Dieu fait en elle et en vous. J'espère qu'il donnera la même bénédiction aux classes qui sont la fin de l'institut : oui, je crois que vous voyant quatre Dames de Saint-Louis à une classe, vous avez peine à comprendre cette soumission des unes aux autres *, aussi Jaut-il éviter, autant qu'il se pourra, celte grande égalité, à moins de choisir celle dont on se croira assuré de la docilité.
* Celait M"*^ de Foiifaineâ.
A UlfB DAME DB SAINT-LOUIS (1694). 105
Mais supposez qu*on mit à une classe ma sœur de Loubert première, ma sœur de Fontaines seconde, et mes sœurs de la Rozière et de Fauquembergue aides ^ , TOUS paroltroit-ii bien déraisonnable qu'elles n'y suivissent pas leurs vues, et que les vôtres fussent soumises et concertées avec ma sœur de Loubert ? Il me semble qu'il n'y a rien en cela qui choque le bon sens, et qui ne soit très-praticable, et c'est par où il faut commencer en attendant que nos chères filles soient assez formées pour vouloir bien obéir; car il viendra des temps où l'on mettra une plus andenne et peut-être plus capable en seconde, parce qu'elle n'aura pas assez de forces pour être première, qui sera certainement la place la plus pénible.
Les demoiselles ne doivent point s'adresser à la maltresse générale : il faudroit, pour le permettre, une raison particulière et bien rare; mon idée pour la maîtresse générale a été qu'elle fll tout ce qu'il y a à faire hors des classes, afin que les maîtresses particalières n'en sortissent point, et pussent avoir auprès des demoiselles l'assiduité qui y est absolument nécessaire. Encore une fois, mes chères filles, la pratique en apprendra bien plus que mes écrits.
U est vrai que je vous ai dit quelquefois que vous comptiez trop sur tes dispositions de votre cœur, et que vous négligiez trop les démonstrations; ce n'est pas que je vous voulusse affectées, ni même trop affectionnées, mais il faut garder les bienséances. Peu
> Les deux premières avaient été supérieures et les deux autres étaient encore au noviciat.
de genssonl assez solides pour ne regarder que le fond des choses : on se louche par i'eiLtérieur; ce n*est donc pas assez de respecter dans le cœur vos supérieures, il faut le montrer par des respects extérieurs et par des déférences en tout. Vous savez que je ne suis pas fort touchée de ces soKes de cérémonies-, mais j ai vu par expérience qu'elles entretiennent le respect, et que les pratiques contraires passent de la liberté à la familiarité, et de là au mépris. Saint Paul ordonne de se prévenir d'honneur les uns les autres: il connoissoit la foiblesse humaine; il y a des personnes à qui ces manières ne sont point nécessaires pour leur inspirer ce qu'elles doivent, mais il faut se conformer au plus grand nombre, qui est toujours le plus défectueux. Saluez donc vos supérieurs, ne les disputez jamais avec opiniâtreté, nusez point avec eux de termes trop libres, ne décidez point devant eux, et pour sanctifier les pratiques, faites-les en esprit de foi, regardant Notre-Seigneur dans leur personne; cette vue-là en Ôtera Tair des cérémonies mondaines, et y mettra la simplicité, rhonnèteté, la liberté et le respect ûhal et 'cordial que vous devez avoir pour ceux qui vous gouvernent. Voilà répondre à tous les articles de votre lettre. Quant à vos besoins particuliers, il ma semble, ma chère fille, que vous n*avez qu'à continuer à vouloir avancer; vous comprenez très- bien la beauté et Timportance de votre institut, Tbonneur que Dieu vous a fait de vous appeler à un si grand ouvrage, les talents qu'il vous a donnés pour y réussir, le compte que vous lui rendrez si, au Heu
AUX BAMeS DB SAINT-LOUIS (1604). 167
le les employer pour lui, vous vous étiez occupée le Yolre pkisir et de celui des autres; qu'il faut vous mettre à profit-, que votre esprit vous est donné pour vous bien acquitter de vos emplois*, que vôtre santé vous met en état d*ètre l'exemple de la régularité : que votre joie doit contribuer a la joie de toutes vos sœurs; que votre raison doit éclairercelle des autres-, que Tamitié que vous inspirez aux autres doit être employée à insinuer ce que les supérieures désirent pour le bien de votre maison, et qu'enfin tout ce que vous avez reçu de Dieu doit lui retourner, ou au trentième, ou au soixantième, et peut-être au centième.
Je crois qu'il sera très-bon de mettre dans le livre des vtages la manière dont votre saint évéque vous t montré a faire le catéchisme. Adieu, je compte tous les jours de notre séparation. Nous voici au tiers de notre voyage-, rien ici ne vaut nos récréations, et rien ne me peut tenir lieu de mes chères filles.
(lutrocUon pour I*infinnerie.}
Les infirmières sont comme les maîtresses des demoiselles et doivent prendre les mêmes maximes pour leur éducation avec d'autant plus d'applica-
< Lettres et ÀviSf p. 443.
168 LETTRES ET ENTRETIENS SDR L*É0UCAT10!f.
lion, que les temps de la maladie et de la convalescence sont des temps de relâchement, comme vous le dites fort bien. Vous devez être encore plus patientes que les autres, mesdames, parce qu'il faut une grande charité et beaucoup de condescendance pour les malades ; mais Dieu vous préserve de pousser Tune et l'autre trop loin, ou, pour mieux dire, de les mal régler, car la vraie charité est droite et solide, et n'abandonne pas les mœurs pour soulager le corps. Songez donc toujours à leur inspirer la vertu et la raison avec des manières plus ou moins fermes, selon qu'elles sont en état de le soutenir. Il ne faut point exciter Topiniàlreté d'une malade, et, dans ce temps-la, il faut agir avec une extrême douceur; mais dans le temps de la convalescence, il faat être ferme et ne leur pas laisser tenir des discours et la conduite dont vous me faites une peinture fort vive. Ne souffrez point qu'elles disent : Je veux ou je ne veux point. Faites-leur mettre un corpt dès que vous jugez qu elle pourront le porter. Qu'elles ne demandent jamais rien pour leurs compagnes; n'accordez rien à leurs caresses; que la piété règle tout. Ce que je vous dis convient à toutes sortes de filles bien élevées et surtout à celles de Saint-Cyr.
Faites-les agir dès qu'elles peuvent marcher : il y a bien des choses qu'elles peuvent faire a l'infirmerie, comme balayer la table après leur repas, servir celles qui sont au lit, mettre la nappe, habiller les petites, etc. Enfin, mes chères filles, il faut que vous soyez en garde contre la pcnle que vous avez de les trop considérer et ménager •, c'est leur bien qui
me fait parler aiosî. Plus vous les élèverez durement, plus vous contribuerez à leur bonheur; c'est tout ce que vous pouvez faire de meilleur pour elles.
« Il faut commencer, mes chères filles, par faire dbserver le règlement avec beaucoup de silence. Ne rous pressez point d'entrer dans la conduite spirituelle de vos filles ni de gagner leur confiance pour les porter à Dieu ; soyez sérieuses et graves avec elles. Ce que vous avez à faire, c'est de les contenir, et non pas de les diriger '. Comptez que vous aurez bien employé votre journée quand vous les aurez empêchées de faire du mal ; qu'elles auront travaillé en silence ; qu'elles n'auront point eu de conversations particulières, je ne dis pas seulement dans ce commencement, mais c'est la meilleure conduite que vous puissiez prendre pour toujours. Contentez-vous de les instruire sur leurs devoirs *, semez et attendez les fruits avec patience, sans vouloir tout
* Recueil des Réponseê de M^ de Maintenant p. 99. (Voir, lur (t maDUfcrit, U préftce.) ^
* Avit merveilleux, dit le sommaire des manuscrits.
s ^m» (le Naintenon entend par là diriger leur conscience ; c'était la tendance des Dames de Salnt^J^ouis, qui voulaient donner sui demoiselles une éducation trop monacde ; elle ne cessa de combattre cette tendance et d'exciter les Dames à n'inspirer à leurs élères qu'une piéii de téculièree,
174 LETTRES ET E!fTRETIENS SCR L'ÉDOCAÎION.
Tavertir de tout ce qu'elle règle dans la classe pour le général et pour le particulier, afin qu'elle nml toujours en état en son absence. »
Puis, changeant la conversation, elle dit : « Hest très-bon de faire quelquefois ce que vous faites d^ puis deux jours, c'est-à-dire de faire travailler im demoiselles assidûment, sans aucune interrupUoo, pour les accoutumera l'ouvrage, ou pour en finbron pressé, ce que j'entends principalement pour les grandes, car les petites ont trop de choses à apprendre pour qu'il convienne de le faire souvent. »
Nous lui dîmes que depuis quelque temps nous sentions dans nos demoiselles un esprit de murmure, et qu'elles disoient bien des choses mal i propos, et nous lui demandâmes s'il ne fàlloit point faire quelque exemple pour l'arrêter. « Il faut, dîlr elle, en ces occasions prier Dieu et agir avee bien de la discrétion. Je crois que vous rendrez vos filles souples, par ne point faire d'attention à leurs petits raisonnements : quand elles verront que vous ne faites pas semblant de les entendre, et que vons prenez en riant un trait qu'elles lancent à dessein de vous chagriner, allant toujours droit votre chemin, elles cesseront de raisonner. Il ne faut jamais leur dire, ni leur faire faire des choses déraisonnablee, mais il ne faut pas non plus toujours leur dire les raisons que vous avez de les leur faire faire, parce que alors elles veulent aussi raisonner et faire des difficultés qui embarrassent. Qu'elles fassent donc tout ce que vous jugerez à propos de leur faire faire, mais ordonnez-le sans hauteur, sans changer de ton
AVIS POLE IBS MAJTlBttlS DBS CLASSES (1694). |75
ni de visage, el dites avec un Ion doux et ferme : Mesdemoiselles, il faut faire cela aujourd'hui ; vous ne ferez point tel exercice; vous n*irez point en tel endroit -, vous travaillerez tout le jour, etc. Mais souvenez-vous toujours , et n*y manquez jamais, à iaur donner Au temps poar prier Dieu Taprés-midi les jours que vous ne les mènerez pas à vêpres, afin .qu'elles prennent cette bonne habitude et la conservent toute leur vie. » .
À une question que lui fit la dépositaire, elle dit : ■ J*ai remarqué que vos filles ne se soucient point de gâter leurs bardes, parce qu'elles comptent qu à la distribution il faudra bien leur en donner d'autres. Les bleues disent, quand on les en reprend : Il n'y aqu*à prendre la mesure. Je voudrois bien qu'elles les portassent avec des pièces quand elles les ont rompues; qu'elles ne s'accoutumassent point à vivre comme s'il n'y avoit qu'à aller prendre è la boutique tout ce dont elles ont affoire, sans avoir l'attention de le ménager, et pour les accoutumer à ce ménar gement de leurs bardes, laissez-les manquer quelquefois de quelque chose *, faites-les attendre : cela leur lera bon, car si elles ne savent {)as ménager ici le kîen de votre maison, elles ne sauront pas ménager celui de leurs parents. »
176 LETTRES ET ENTRETIENS SDR l'ÈOUCATIOK. 57 *. — LETTRE A MADAME DU TOURP,
MAITBBSSI «ÉHÉmALB DSS CLISSIS.
Le peu (l*autorilé des daofles externes, et le peu de déférence des demoiselles pour elles, m'a fait consentir à ce que vous les aidassiez dans toutes les ce-, casions où elles auroient besoin de vous; mais présentement que Ton a mis une classe entre les mains des personnes de la maison, je vous conjure de faire votre charge comme elle doit être faite à Tavenir. Je vous ai dit plusieurs fois que la maîtresse générale est pour avoir soin des demoiselles quand elles sont hors de la vue de leurs maltresses; du reste, elle ne doit point s'en mêler : ce n'est point à elle a les voir sortir du chœur, à les redresser, a les arranger, etc. Elle peut recevoir leurs révérences quand il n'y a pas de supérieure, pourvu qu'elle ne les reprenne point devant les maîtresses. Elle doit les observer au chœur, au réfectoire; et quand elle voit quelque chose qui va mal, en avertir quelque maltresse.
C'est à elle à voir en général si on les habille mal, si on leur donne trop peu à manger, et en avertir la supérieure-, mais elle ne doit point reprendre en particulier une Glle qui mangeroit de mauvaise grice ou qui feroit quelque autre faute-, mais après l'avoir vue plusieurs fois, si elle continue, en avertir les maîtresses. Rendez-vous facile à prêter des demoi-
> Lettrée et Avis, p. 137.
AVIS POUR LES NAITRBSSEo DES CLASSES (l 694). 173
€ 11 faut, nous dit-elle sur quelques autres questions, que les maîtresses agissent avec un grand concert ; mais sur cela je fais une grande différence de celui qui doit être entre la première et la seconde, et celui qu'il doit y avoir entre les quatre maltresses ^ Les deux premières doivent régler ensemble ce qu'il y a à faire, et dire ensuite a leurs aides ce qu'elles doivent savoir et faire exécuter. Les maltresses subalternes doivent veiller comme les premières, avertir de ce qu'elles voient et ne pas croire qu'elks ne sont chargées des choses qu'autant q[0*elles ont d'autorité pour ordonner et pour punir. Qu'elles ne trouvent pas mauvais si la première ne punit pas toutes les fautes dont elles l'avertissent, et qu'on ne les consulte pas ordinairement pour le gouyemement de la classe. Quand même toutes seroient capables de conduire les classes, ne comprenez-vous pas qu'il seroit impossible de penser toutes de même, et fort embarrassant pour la première d'avoir à prendre des conseils que souvent die ne pourroitpas suivre? et puis, qui veilleroit vos filles pendant que vous vous assembleriez un temps si considérable ou si fréquent, étant inévitable qu'il n'y ait souvent des choses à dire et régler dans le gouvernement d'un si grand nombre de filles? Pour la première et la seconde, elles doivent avoir plus de rapport ensemble, la première devant
> 11 y avait toujours quatre maîtresses à chaque classe : les trois premières étaient ordinairement religieuses professes ; la quatrième, norire. (Voir , pour les détails , V Histoire de la Maiwn royale de SaiiH-Cyr,)
Enfin le but qu'on a eu en créant votre charge a été de soulager les maîtresses de tout ce qui ae fait hors des classes, afin qu'elles y demeurent avec une grande assiduité ^ mais il faut qu'elles y gouvernent leurs filles avec une grande liberté, sekm ht règlements, pourtant, dont elles ne sortiront point
ATBC LES RILIOIEUSES DB SAIMT-LOVIS.
( Qu'il faut se faire estimer des demoiselles, et éviter de parler de lc«n défauts.)
31 décembre ift94.
Dans un chapitre^ du dernier jour de rannéei où M'"'' de Maintenon se trouva, elle laissa parler la mère supérieure^, comme elle faisoit ordinairement quand elle y venoit, et quand la supérieure eut fini, M""* de Maintenon ajouta : « Votre mère a passé légèrement un article bien essentiel, c'est la nécessité de vous faire estimer des demoiselles par une conduite toute religieuse et régulière; couij^ tezque l'empressement que vous avez à vous inatruire, et toutes vosquestionsqui partent d'un ai boo fonds, mes bonnes intentions, mes misérables dit» cours, et tous les moyens que nous pourrions prendra pour établir une vraie piété, une vertu solide et un bon esprit dans vos classes, seront sans fruit si Toa
> Lettres édi/tantes y t. IV, p. 189.
* Assemblée générale des Dames de Saint-Louis.
* Celait alors M"»* de Fontaine*.
AVIS POCE US HAJTRBttlS DBS CLASSES (1694). |75
ni de visage, el dites avec ua ton doux et ferme : Mesdemoiselles, il tmil faire cela aujourd'hui ; vous ne ferez point tel exercice; vous n'irez point en tel endroit -, vous travaillerez tout le jour, etc. Mais souvenez-vous toujours , et n'y manquez jamais, à leur donner jdu temps {k>ur prier Dieu l'après-midi les jours que vous ne les mènerez pas à vêpres, afin .qu'elles prenneiii cette bonne habitude et la con- •enrent toute leur vie. » .
À une question que lui fit la dépositaire, elle dit : • J*ai remarqué que vos filles ne se soucient point de gâter leurs bardes, parce qu'elles comptent qu'à k distribution il faudra bien leur en donner d'autres. Les Ueites disent, quand on les en reprend : Il n'y a qu'à prendre la mesure. Je voudrois bien qu'elles les portassent avec des pièces quand elles les ont rompues; qu'elles ne s'accoutumassent point à vivre comme s'il n'y avoit qu'à aller prendre à la boutique tout ce dont elles ont affaire, sans avoir l'attention de le ménager, et pour les accoutumer à ce ménagement de leurs bardes, laissez-les manquer quelquefois de quelque chose ; faites-les attendre : cela leur aen bon, car si elles ne savent pas ménager ici le Uen de votre maison, elles ne sauront pas ménager celui de leurs parents. »
180 LETTRES ET ENTRETIENS 80R L*ÈDl}CATION.
VOUS oblige à conserver délicatement la réputation de notre prochain -, autrement vous pourriez bieo tout bonnement, et sans y penser, être aussi médi* sanles que nous autres dans le monde. Soyez cir^ conspecles dans vos paroles, soyez délicates sur la charité-, vous savez mieux que moi combien il est. aise de pécher considérablement en cetle matière : vous en instruisez les autres. Considérez toujours^ avant que de parler, si ce que vous niiez dire a qurtque nécessité ou utilité, ou du moins s'il est innocent. Je ne vois pas à quoi peut servir de parler des défauts de vos demoiselles; je Vous ai dit quelque fois en riant que je vous abandonnois le prochaia rouge; c'est une raillerie. Il est vrai que dans le fond il y a moinsde précautions àprendreàrégardde ces enfants, parce qu'elles sont dans un âge où leurs défauts ne font pas grande impression, surtout lors* qu'ils sont légers, je ferois cependant scrupule de parler de ceux qui sont considérables.
Si vous étiez frappées de ce que quelques défauts s'établiroient parmi vos demoiselles, ou quelque mauvaise coutume ou manière, je ne trouverois pas mal que vous dissiez en général que vous craignei qu'un tel défaut ne se glisse dans les classes, ni qu'on en cite même des exemples*, cela vous instruit les unes et les autres, vous précautionne ou vous relève; maisje ne voudrois jamaisque l'on nommât lesdemoiselles qui ont ces défauts; je trouverois même moins d'inconvénient à marquer positivement quelle sorte de faute quelqu'une auroit faite que de dire : C'est une humeur difficile, c'est unesprit mal fait, c'est
selles pour rendre service à la maison ; c'est à vous qu'on doit s'adresser pour cela, et vous devez ensuite aller à la classe, et dire à la maîtresse qui y préside : Ma sœur envoyez, s'il vous plalt, six, huit ou dix fiUes à une telle de nos sœurs qui en a besoin. Mais vous ne devez point choisir les filles; cela appartient a la maltresse de la classe.
Soyez libre de donner des noires ' ; mettez-vous à la place de celles qui en demandent. Si vous croyez que les officières en abusent, consultez notre mère, allez dans les lieux oii vous avez envoyé des demoiselles, pour voir comment elles s'y comportent, car elles sont hors des yeux de leurs maîtresses.
Les noires sont entièrement sous vous-, il ne faut plus que les maltresses s'en mêlent que pour vous avertir des fautes qu'elles feroient quand elles sont aux classes. Quand vous voulez donner le ruban noir, il faut que ce soit sur le témoignage des mattresses, et en avertir la supérieure.
A Celaient des demoiselles qu'on tirait de la classe bleue pour aider, soit les nudtresses des classes» soit la supérieure et les oflldères de U maison. Elles portaient le ruban noir. Voici ce qu*en dbalt M"* de Maintenon dans une de ses instructions : • Madame Bons dit encore que les noires étoient un corps très-utile, pourvu qa'on ne le laissai pas afToiblir ; que, pour le conserver dans son iBtégrité, il falloit n'en point faire un tmp grand nombre, parce qa*il est bien plus aisé de trouve** dix filles raisonnables que d*en tnrover vingt ; qu'il falloit aussi tâcher de les choisir si bien y qu'on wteàt pas à Us punir, parce que, si une fois il n'y avoit point de différence entre elles et les domoiselles de^ cla^âcs, on ne pourroit plus s'en servir utilement : il tout que leur réputation soit, pour ainsi dire, sans tache. » {Recueil des répoiues de Èt^ de MaitUenon, p. M.)
182 LETTRES ET BNTAETHSNS SUR L'ÉOOCATlOlf. 59 ^ — RAPPORT D'UNE VISITE
DE MADAME DE MAINTEMOK AUX DBMOISItLU 91 !.▲ CLASSE BUUl 9AM Wm d'entre ELLKSt A MADAME DE BBBTAL, LBUB 8IC0KDI MAITUSSI *.
ianTier lê95.
Puisque vous nous avez ordonné de vous écrire ce que nous dtmes hier à la récréation, nous M ferons le plus exactement et le plus simplemem qu'il nous sera possible. M"* de Maintenon eat h bonté de venir exprès pour corriger nos lettres, comme nos maîtresses Ten avoient priée; elle ill d'abord approcher toutes les demoiselles, et oeUei de qui Von devoit corriger les lettres étoient lai plus proches d'elle *, elle leur montra Tune aprh l'autre les défauts qui étoient dans celles qu'on hÉ présenta, nous faisant voir particulièrement combien le style simple, naturel et sans tour, est k meilleur, et celui dont toutes les personnes d'esprî se servent, nous disant que le principal pour Ûei écrire est d'exprimer clairement et simplement ei que l'on pense. Elle nous donna pour exemple M* k duc du Maine, qu'elle faisoit écrire lorsqu'elle u étoit chargée, qu'il n'avoit encore que cinq ans-, elli nous raconta que lui ayant dit un jour d'écrire ai
» Lettres édifiante*, t. IV, p. 212. ,
* Louise-Catherine de Sailly de Berv&l, née en 1670, morte ei 1738. Ce fut la vingtième daine de Saint-Louis. Elle fit prolbMiQl des vu'ux solennels le 1" Janvier 1694. Cette dame, remarqaaUi par sa piété et son esprit, exerça longtemps la charge de dépori taire et recueillit la plupart des écrits et conversations de !!■■* éi Maintenon. C'est d'elle qu'est le recueil intitulé : Répomtê qm Madame a bien voulu nous faire, etc.