‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 40 sur 120 · INSTRUCTION DE L'ÉVÉQUE DE CHARTRES · texte numérisé non relu

INSTRUCTION DE L'ÉVÉQUE DE CHARTRES

AUX DAMSS DB SAIKT-LOUXS.

5 jaovier 1696.

... Aimez singulièrement le service des demoiselles; qu'elles soient continuellement sous votre

de Gomerfon laine : « Je vois tous les Jours guérir des d'estomac en quittant le vin. Je suis dans ma soixantedouzième année, et je ne liois que de l'eau ; c'est une erreur dans les filles que l'usage du vin. > {Lettres et Avis^ p. 709.) > Recueil des Riponsetf ^, 88.

< liistruct, de Vivéque de Chartres, p. 86.

garde le jour et la nuit-, sayez toujours avec elles comme leurs mères et maîtresses» jamais comme des compagnes. Qu'elles prennent sous tous Tbabitade de se contraindre : c'est un bien inestimable pour la jeunesse, naturellement ennemie de la règle et de la justice; elle en devient incapable dans un âge avancé.

J'ai pensé à tout ce que nous dîmes hier sur l'éducation des demoiselles et avec joie de vous voir toutes si occupées d'une. de vos principales obligations*, plus j*y fais de réflexion, et plus je suis persuadée que vous ne pouvez leur donner une éducation trop simple et trop silencieuse. Il me parolt qu'elles sont un peu désaccoutumées de cette quantité de questions et de difficultés qu'elles faisoient autrefois : ne leur laissez plus reprendre ce mauvais caractère^ il est dangereux pour elles, et très-embarrassant pour les maîtresses. Il est difficile de répondre à propos à cinquante personnes qui décochent leurs flèches sur une seule ^ ce seroit là une des fatigues des classes. Il faudra pourtant leur faire certains entretiens dans lesquels il leur soit permit de faire des questions sur ce qu'ellesn'entendent pas assez bien -, rien ne vous fera mieux coonoltrele ca-

* lier ueil des UéponseSt p, 9.

▲ HAOAHE m BBATAL (1696). 207

ractère de leur esprit, en discernant celles qui véri* taUement cherchent i s'instruire, d*avec celles qui parient pour pari^, quelquefois même pour embarrasser, et qui sont fertiles en difficultés. Mais il faut que ces sortesd'entretiens soient très-rares et qu'on kor en fasse dans lesquels elles n'aient point la li» berté de parier, et où Ton aura celle de leur dire ce qu'on jugera i propos. Donnez-leur le plus qu'il sera possible cette maxime de saint François de Sales : de parler peu et de foire beaucoup.

Je crois vous avoir marqué ailleurs qu'il faut les accoutumer i écrire simplement, succinctement et rarement; elles ne savent point faire une lettre courte : je crois qu'elles en seroient honteuses. Il faut leur apprendre à dire les choses en peu de mots et à ne mettre que quatre lignes quand la matière que Ton veut traiter peut s*y renfermer; les écritures sont une manière de rompre le silence dont il se faut garder. L'occupation sera le moyen le plus facile de ks conduire i ce que je vous demande, et qui vous cit fi bien marqué dans V Esprit de ÏIrutitut.

72*. — LETTRE A UADAME DE BERVAL, rauiÈu MAitaissi on blices.

Ce S ffrrier l«»l.

J'ai votre avancement grandement à cœur, ma ï chère fille, et je sais avec quelle docilité vous recevez i mes avis. Ne songez présentement qu'à vous, et à

s Ltttrtê pUusts, p. 1673.

208 LETTRES ET ENTRETIENS SUR L*ÉDUCAT10!f.

modérer votrezèlepourTOus recueillir-, j'espère que je vousdirai un jour : Oubliez-vous pour penser aux autres. Il faut nous traiter selon nos besoins. Gardez un grand silence dans la classe avec vos sœurs; ne pensez point sitôt à les former, vous le ferez même mieux par l'exactitude à vos règles et par leur montrer par votre exemple qu*il ne faut pas beaucoup parler. Placez ce que vous avez à dire aux demoiselles dans vos instructions générales, et quand vous leur parlerez en particulier, ne le faites pas trop longtemps à chaque fois. Ne croyez pas les persuader à forcede paroles : dites ceque vous croyez bon, et priez pour elles; semez sans vous rebuter, vous recueillerez quand il plaira à Dieu. Du reste, dansle cours de la journée, reprenez-les en peu de mots, et faites de même quand vous voulez leur apprendre quelque chose. J*ai vu un é^rit de ma sœur Marie- Constance à ses filles, où elle explique fort bien le silence que les maîtresses doivent garder entre elles, et la liberté de parler aux demoiselles. Votre cœur est bon, votre esprit est bien fait, vous aimez votre institut; rendez-vous donc capable de servir à la gloire de Dieu. Saint François de Sales répond à une dame qui lui mandoit qu'elle ne pouvoit arrêter l'extrême vivacité de son esprit : « Il faut pourtant l'arrêter, ma chère fille. » Cet homme si condescendant ne se rend point là-dessus; et vous qui aimez tant ses écrits, vous voyez partout combien il prêche contre le trop grand empressement, même pour le bien. Bonjour, ma chère fille ; je crois que j'en ai dit un peu trop pour votre perfection.

A MADAME DU PÉROU (1696). i09

73». — EXTRAIT D'UiN AVIS

A Là CLASSE BLICI.

(De la BUière dont il bal éeonter 1m leeUiret.)

il faut écouter les lectures avec beaucoup de simplicité, s'édifier de ce qui esl bon, et ne point raisonner sur ce que nous n'entendons pas, ou qui n'est point de notre goût. On ne sauroit s* empêcher de penser, mais au moins faut-il se taire et mettre les auteurs au rang du prochain, de qui on doit dire du bien quand on en veut parier, et garder le silence sur leurs défauts ou sur ce qui nous paroit tel.

7i». — LETTRE A MADAME 1)1 PÉROl,

16 mars 1696.

En entrant hier dans un dortoir, je vis des filles a qui on faisoit des corps^ et dont la taille se gâte. Je crois, ma chère sœur, qu'il srroit bon que les maîtresses fissent une liste de celles-là et qu'elles travaillassent moins; on pourroit les employer à plusieurs autres choses, comme à la lingerie, au chœur; elles pourroient avoir des charges dans les classes, apprendre souvent ou montrer à lire, faire les corn-

' Recueil dei Réponses^ p. 1 4 •

* Leiires et Avhy p. 150.

• De* corps de jupe, des coruti.

missions, et enfin tout ce qui ne seroit pas la couture, qui grossit leurs épaules. Il yaut encore mieux qu'elles ne sachent pas si bien travailler et qu^eUes ne soient pas bossues.

Vous pouvez avoir toujours au chœur cinq notret de chaque côté, puisqu'il n'y a que cinquante-deux bleues et toujours quelques malades. Soyez libre et condescendante à donner du secours aux officierai, soit des classes, soit des noires*, rien n'est pluspfMé chez vous que d'y entretenir la diarité et Futiion.

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