LETTRE DE L'ÉVÉQUE DE CHARTRES
4 HâSAMI M FOUTAIRIS, SCPiEIIt'lS Dl LA MAISON DE SAIBT-LOUIS.
Je me suis fiait lire avec un grand plaisir les Omtersations ^ de Saint-Cyr ; je ne trouve rien de plus sensé ni de plus divertissant. Si M"' de Maintenony consent, je serai reconnoissant jusqu'à y mettre mes réflexions, s'il y a quelque chose qui mérite ma révi-
i iMtruet. de Péviqiu de Chartret, p. 60. (Voir, sur ce manu»crit, Im Préface.)
* Leê Converiaîiofiê on dialogues composés par M"^' de MainttiMm poar l'instniclion des demoiseiles de Saint-Cyr. — « Ces Cêmttnations, dit Languet de Gergy, pleines d'esprit, de sentl- ■cnt, de reparties thres et agréables, sont préparées poar cluuiue dasse et proportionnées à l'âge des enfants. Le roi et les princes qai l*acconipagnoient dans ses visites à Saint^yr goûtèrent beaueoop ces exercices, et M**« de Maintenon en prépara quelques-uns, où elle faisoit entendre aux uns et aux autres de bonnes vérités, n {Méw. uianuscrm, 1. 1.) <«- Nous lee avons publiées à la suite des Cotiseils aux demoiêellet qui entrent dans le monde.
203 LETTRES ET BNTRETiE!(8 SUR L'ÉDCCATIOX.
^on et ma censure. Je ne sais rien de plus propre aux enfants pour leur insinuer la sagesse, et tout se sent dans ces écrits de la source dont ils viennent. Il faut former la raison des jeunes gens, les dresser aux devoirs de la vie civile , leur apprendre les bienséances que la religion approuve ; et tout doit être, comme je le vois dans les écrits que vous m*eavoyez, traité selon les lois de la philosophie do monde, mais rectifié par la piété et subordonné aux grandes règles du christianisme, où toute instruction de la jeunesse bien élevée doit toujours tendre comme à sa dernière fin, leur faisant entendre que nul effort de^la raison, nulle étude de la morale ne peut nous mettre au-dessus de nos passions que la grâce de Jésus-Christ, comme il parolt par ces sages tant vantés des siècles passés^ ce que je vois pratiqué avec grand soin dans les écrits judicieux que vous m'envoyez. Cest un grand secret que d'apprendre aux jeunes gens la sagesse en les divertissant.
bE SAfllT.. lOVtB
n II n'y a rien de plus raisonnable, nous dit un jour Madame sur plusieurs questions qu*on lui faisoit, que de laisser à vos filles la liberté de parler en pa^ ticuli«r à leurs pères et à leurs mères ^ : cela est né-
* E0cueiidei Bépon9e$y p. 8 S.
*' Les demoliellef ne aorUtent Jamah^ et leurs ptrents ne poo- ▼aient les voir que quatre to\» rumée.
ATBC LES DAVEft DÉ SAKIT-LOUIS (1695). 203
cessaire pour entretenir le respect et la tendresse quelles leur doivent, et que vous ne pouvez trop leur inspirer; il faut leur apprendre aies respecter, à les servir, a les aimer, même malgré leurs défauts*, vous devez les instruire sur les commandements de Dieu avec beaucoup de soin, et leur faire voir que rien ne peut les dispenser du respect et de Tamitié qu'elles doivent à leurs pères et mères. Il y auroit de la dureté à empêcher qu'un père parlât en particulier i sa fille ^ qu'il ne pût lui demander si elle est contente, quel parti elle veut prendre-, lui dire en eonfiance qu'il est mal dans ses affaires, et qu'il n'a fÊB de pain. Si vous craignez qu'il veuille l'obligera se faire religieuse, ou qu'il tftche de la détourner si elle en a envie, il vous resteroit assez detempspour détruire ce qu'on lui auroit dit de déraisonnable, et pais en un quart d'heure de conversation il seroit difficile qu'un père jetât un grand poison dans le cœurde sa fille-, car je nevoudroispas que cesvisites fussent longues, qu'on demeurât deux heures à attendre qu une mère eût caressé sa fille *, il faudroit dire honnêtement que vos occupations ne vous permettent pas de si longues visites, et qu'on dit bien des choses en une demi-heure*, et «(uand je dis en particulier, c'est-à-dire parler bas si elles veulent ; mais il faut toujours demeurer là pour voir ce qui se passe, autrement elles recevroient, elles donneroient des lettres, d'autres gens pourroient venir 1^ voir quand on les croiroit seules : il n'y auroit nulle sûreté.»
204 LETTRES ET BNTRBTIBNS SUR L*ÉDUGàT10lf. G8>. -ENTRETIEN AVEC LES DAMES
DE 8 AIRT-LOUIS.
Madame répondit à la maîtresse générale (M*^ du Pérou), qui l'avoit priée de savoir de M. Fagon' s'il étoit nécessaire d^user devin* à ses repas quand on preneit duquinquina, qu'il n'y avoit nulle nécessité, surtout à de jeunes personnes, que cela pouvoit écbauûer. Elle ajouta qu'il ne falloit point acooatumer les filles à en boire-, elle rejeta ce qu'on lai dit de quelque occasion où l'on avoit cru qu'il te falloit donner a quelques demoiselles, entre autresi une, parce que, disoit-on, elle étoit d'un pays ohVaa en buvoit beaucoup : « Fort bien, dit-elle en riant, nous leur apprendrons à s'enivrer de crainte qu'elles ne paroissent sauvages aux buveurs de leur province quand elles y seront retournées. Il n'y auroit pas grand danger qu'elles n'apprissent point ici à connottrele vin. » Elle termina la raillerie en disant que l'usage en devoit être fort rare, et que souvent on s'imaginoit, faute d'expérience, qu'il étoit nécessaire pour des incommodités auxquelles il étoit contraire*.
^ Recueil des RéponseSf p. 1 7.
* « C*c8t le premier et le plus fameux médecin de la cour. >
* Les demoiseUes, ainsi que les Dames, ne buvaient que de l'eau. Ce régime était celui de toutes les maisons de Temmes. On peut observer , à ce sujet , que l'éducation corporelle était autrefois beaucoup plus dure qu'aujourd'hui : nous en verrons d'autres exemples.
« Mb« de Malntenon dit dans une leUre à M«« de la VieMlle,
AUX HAMBS DC SAINT-LOUIS (lG96}. 205
Al SAIRT-LOLIS.
Toonier à l*alililé des coluU les panUioos qa*OB kor ftil. )
« Il laut tant qu'on peut, pour punir et corriger les enfants, se servir des choses qui, en leur servant de pénitences, tournent encore à les former ; par exemple, faire tenir debout, droite, les pieds bien en ddiors, une petite fille de mauvaise grâce, ou qui ne ait pas se tenir en place \ mais il ne faudroit pas que cela fût bien longtemps, et il faut plutôt leur faire de petites punitions qui les humilient et qui les contraignent, que des choses pénibles qui puissent nuire i leur santé. Quand vous leur faites aussi répéter des cérémonies, ne les faites pas tenir debout ou à genoux, les enfants n'en ont pas la force. »