OX LÀ CLASSE BLECI
(Sar la Tocatioa religieuse.)
3 février 1703.
M*"* de Mainlenons'élantrendueàla classe bleue, après la cérémonie de la profession de M"* de la Noue^, leur demanda si elles en avoient été touchées. Elles dirent toutes que oui ; mais comme en ce temps-là peu de ces demoiselles pensoient à être religieuses, elle leur dit : « Je suis surprise, mes en- £ants, que voyant des professions aussi souvent que vous faites ici, vous n*en soyez pas plus touchées , et qu'il n'y en ait pas davantage d'entre vous qui se fassent religieuses. Autrefois , les mères n'osoient mener leurs filles à aucune de ces cérémonies, de crainte qu'elles n'eussent envie d'entrer au couvent, tant cela étoit ordinaire. De dix filles qui alloient à une profession, il y enavoit neuf qui demandoient à
« Lettres édifiantes, t. m, p. 303. — Recueil d* Inttructiom , p. 283.
* Françoise-Jacqueline VasconceUea de la Noue-Pld-Fontaioet, Dame de Saint-Loaif.
2 LETTr.ES ET ENTllEXIENS SUU L*É0I]CATION.
entrer en religion. Ce n'est point, mes chères enfants, que je veuille vous forcer à être religieuses \ penonfien^a m^ins cette dévotion que moi» Je vous le dis assez souvent pour que vous soyez convaincues que je serois bien fâchée de voiis contraindre ; je sais trop qu'il faut être appelé de Dieu d*une manière particulière. Madame de Fontaines, en montante votre classe , me disoit que lorsqu'elle étoit jeune, et qu'elle alloit à quelque prise d'habit ou profession, elle fondoit en larmes, et qu'elle avoit envie d'en faire autant. Je lui ai répondu que j'étois de même à cet âge. — Ce n'est pas tant, madame, dit II'** de Merbouton , que nous manquions de vocation , mais nous entendons dire si souvent que lorsqu'on n'est pas dans Tétat où Dieu appelle, on est presque assuré de n'être pas sauvé, parce qu'en ce cas Dieu retire ordinairement les grâces qu il nous destinoit pour l'état où il nous vouloit, que cela nous tient dans la crainte. — Est-ce que vous comptez, dit M*"' de Maintcnon , que Dieu vous déclarera visiblement sur cela sa volonté P Ce n*est plus sa conduite-, il ne s'explique point directement par lui-même ; il ne descendra pas du ciel, ni n'en fera pas descendre quelqu'un de ses anges, pour vous dire qu'il vous veut religieuse ou non. On ne voit plus de nos jours, du moins cela est rare, de ces grâces extraordinaires qui viennent, comme on dit, frapper si fort un cœur, qu'aussitôt on va se jeter dans un couvent ; il se sert de moyens moins sensibles , mais qui n'en sont pas moins efficaces quand on est Cdèle à y correspondre. Yous daignez, dites vous , d^être poussées au choix
AUX nSVmSBLLBS DE U CLASSE BLEUE (170S). 3
de là TÎe religieuse par la considération de votre mauvaise brtune. Cette vue ne vous parolt pas un . bon motif; il se pourroit faire qu'en effet il ne le seroit pas : mais il se peut aussi fort bien que ce motif soit bon , et que Dieu ait résolu de toute éternité de i^en servir pour vous appeler d'une manière particulière & son service, et pour vous sauver. Voyons si je pourrai vous aider à discerner si ce motif, en chacune de vous, est bon ou mauvais. Mettez toutes la main sur la conscience, et examinez de bonne foi votre vraie disposition à mesure que je vais vous parler. Je suppose que plusieurs d'entre vous raisonnent ainsi : « Je suis sans biens , sans fortune, et hors d'état de faire une bonne Bgure dans le monde et d'y avoir aucun agrément ; il vaut bien mieux me retirer dans un couvent, où je trouverai les choses nécessaires à la vie. J'en chercherai un bien doux, points! régulier, où on aille souvent au parloir, où je ne sois point contrainte, où, enfin, je puisse en quelque sorte me dédommager des plaisirs que je ne pourrai prendre dans le monde *, je coulerai le temps le plus doucement qu'il me sera possible. » Si ce sont là vos sentiments , comptez que TOUS n'avez pas de vocation ; demeurez dans le monde : il vaut encore mieux y être une médiocre chrétienne qu'une mauvaise religieuse. Mais si , au contraire, vous dites : « Je suis pauvre, le monde ne me convient point, car je ne pourrois faire que trèspeu de bien y et je serois continuellement dans l'occasion de beaucoup de maux. Dieu , apparemment , a eu ses desseins en m'appauvrissant. Je vais y ré-
pondre et entrer en religion pour Vj servir de toutes mes forces, pour y faire volontairement et par vertu ce qui me devient en quelque façon nécessaire. Je vais choisir une maison austère, ou du moins d'une grande régularité, afind*y mettre mon salut en sûreté, et d'y faire le plus de bien qu'il me sera possible.)) Si ce sont là vos sentiments, comptez que vous avez une très-bonne vocation.
a Vous savez bien, mes enfants, que le dessein de Dieu, en nous envoyant des afflictions , est de nous faire retourner à lui , et de nous engager à nous y attacher d'autant plus fortement , que nous voyons que tout le monde nous manque. Il est sûr qu'il ne fait rien sans dessein. L'Évangile nous apprend que nos cheveux sont comptes, et qu'il n'en tombe aucun sans l'ordre de notre Père céleste. Si une si petite chose n'arrive point par hasard, combien plus est-il véritable que les adversités viennent directement de Dieu pour nous conduire à ses finsl Un homme, par exemple, étoitlibertin, et ne connoissoit pas même les devoirs du christianisme^ Dieu lui ôte un fils qu'il aimoit passionnément, et sur lequel il fondoit toute l'espérance de sa famille, afin de le faire rentrer en lui-même ^ cet homme est touché de la grandeur de sa perte-, elle lui fait faire des réexions qui le portent à revenir à Dieu -, il se convertit et change de vie. Une femme ou une fille se complaisoitdans sa beauté, et pouvoit être l'occasion de bien du mal , ou se seroit perdue elle-même par la vanité -, Dieu la rend difforme par la petite vérole ou quelque autre accident; la perte de sa
beauté donne lieu à sa conversion , et quelquefois même à sa retraite du monde. Il permet qu'une autre tombe d'une haute fortune dans une grande misère ^ ce changement subit lui ouvre les yeux ; elle pénètre dans les desseins de Dieu sur elle, change de vie et même d'état. Toutes ces vocations sont très-bonnes , et elles font ordinairement de très-bons chrétiens et chrétiennes et d'excellentes religieuses.
a Seriez-vous du sentiment de certaines personnes qui croient qu'on peut commettre plus de péchés dans le couvent que dans le monde , à cause qu'on y contracte l'obligation des vœux et de l'observance des règles? Ce seroit vouloir se tromper a plaisir : les vœux et les règles étant de grands moyens d'éviter les péchés et pour se sanctifier, il est certain qu'on en fait beaucoup moins ^ on y vit éloigné de toutes les occasions -, chaque chose y est marquée depuis le matin jusqu'au soir-, il n'y a qu'à suivre la régle^ qui même n'oblige pas sous peine de péché , à moins qu'il n'y ait quelque autre accompagnement, > comme seroit un grand mépris, une révolte, etc. y qui sont par eux-mêmes des péchés, dit saint François de Sales. Mais ces choses arrivent rarement, et presque jamais dans les maisons bi^Q régulières ; au lieu que dans le monde on est continuellement exposé à des occasions dan<gereuses -, on ade grands devoirs à remplir, sur Ksquek il est bien plus aisé de faire des fautes ^Jonsidérables. Vous ne sauriez, mes enfants, pr'^odre une trop juste idée de rétendue des devoî^g j^^q simple chréUen. Voyez ce
(|ù'en dit le premier cottlimnâeinent: «Vous aimerez le Seigneur votre Dieu dft tout Tôtfe cœur, de tout totré esprit, de toutes vos forc^. » Cela est-^il si aisé dans le monde, et sitôt fait de dotttter tout son dCSU^ à Dieu sans partage? i^'est pourtant ce qu*il ùM foire en quelque état que Ton 86 trouve*, bien des gens s*y trompent, partie qu ils ne oomprenftent pas <ie précepte dans toute son étendue , qui demaudis une grande perfection. Or, il est bien plus facile de raccottiplir dans la religion que dans loul autre étal.
(( Je vous conjure de né vous point cncnre trop jeunes pour penser à vous décider sur votre vocation. Commencez par demander instamment A Dieu -qu'il vous la fasse connoltre *, rendéz-vous-en dignes :par votre piété et votre fidélité à la pratique de vos .devoirs présents; parlez-^n à messieurs vos confes- 'Sèfùrs, vous en avez de fort expérimentés, à vos mal- •tasses , et faites votre choix dans la maturité , dans Ja seule vue d'obéir à Dieu , de faire quelque chose pour lui témoigner votre amour, et pour mettre votre salut en assurance. Que celles auxqueltes il accordé cette grâce le prient tous les jours delà kmr ^nsetrer, car c'est le plus grand bonheur qui puitte jamiiis leur arriver *, elles feroient bien de s'essayer sur le C0x2^^^ et sur la mortification du corps, mas néanmoins lij^® ^^ austérités, ou fort peu *: vous êtes encore trop vT^*^^^» ^^ ^ ^^^^ laisser croître «t fortifier votre corps pdti^' ^'*^ •^'^ ensuite en état 4e «outehir la règle que vous ^*>™8sez. Mais « q»c je vous conseille bien fort de faîrfe ^ V^*^^^ > ^'^^
AOX 1iniOinnA.ES de la classe bleue (1703). 7
4ett*«voîr niffle délicatesse dans le manger; de ne jamais marquer de dégoût pour aucune sorte de nourriture qu'on vous présente; de tous accoutamer à manger de tout ; à vous lever promptement quand l'heure en est venue, sans écouter la paresse ; ilrayûHer assidûment; à garder le silence de votre règle; à ne vous chauffer Thiver que par la nécessité^ à soufirir les chaleurs de l'été sans en parler et sans vous en plaindre ; enQn, à endurer avec paix et tranquillité toutes les mortifications de la Providence qui se présentent. Ce seroient là les vraies marques que vous avez véritablement envie d'être religieuses, et elles vous y disposeroient merveilleusement bien, sans faire tort à votre santé.
« La résolution d'être religieuse est assurément un des plus grands effets de la grâce et demande un grand courage, puisque c'est renoncer en tout à la nature; or, si vous ne vous y accoutumez pas de bonne heure, vous n'en aurez que plus de peine quand vous serez dans un noviciat. Yous vous imaginez peut-être que vous ferez bien quand vous voudrez. Vous vous trompez, Dieu n'est pas obligé de vous donner la grâce lorsqu'il vous plaira de la recevoir, après l'avoir négligée quand elle s'est présentée, ï'ai toujours remarqué que les personnes qui commencent de bonne foi à s'adonner à la piété se portent à pratiquer les austérités dont on voit tant d'exemples dans la vie des saints, et qu'on a besoin d'arrêter leur ferveur, qui, sans cela, les porteroit à des mortifications outrées. Quand M""* la duchesae de La Vallière fut touchée de Dieu et qu elle futwr
8 LETTRES ET ENTRETIENS SUR L*ÉDUCÂTlON.
le point d'entrer aux Carmélites, jecrus, comme plusieurs autres, lui devoir représenter qu'elle nedevoii pas passer de la vie molle de la cour à une vie austère, et je lui conseillai de s'essayer quelque temps, on se contentant de se retirer de la cour pour entrer comme bienfaitrice dans un couvent, y demeurant d'abord comme séculière, jusqu'à ce qu'elle vit par elle-même si elle pouvoit en observer les règles. J'ajoutai : « Mais pensez-vous bien que vous voilà « toute battante d'or (car elle s'habilloit magnifi* « quement), et que dans quelques jours vous serez a couverte de bure ? » Elle me confia qu'il y avoit longtemps que sous ces dehors d'une vie mondaine elle portoitle cilice, couchoit sur la dure, et faisoit toutes les autres austérités des Carmélites. Et quant au conseil que je lui donnois de se retirer comme bienfaitrice dans un couvent pour y servir Dieu paisiblement en dévote séculière, elle me dit : « Seroit- « ce là une pénitence ? Cette vie seroit trop douce, « ce n'est pas là ce que je cherche ^» Voyez, mes enfants, ce que fait la grâce dans un cœur qui correspond à ses mouvements.
(t Croyez-vous qu'il n'y ait que les religieuses qui pratiquent des austérités et qui font l'oraison ? Nous voyons plusieurs des dames du palais de madame la duchesse de Bourgogne se retirer à plusieurs heures pour prier*, elles savent s'esquiver adroitement de la compagnie pour vaquer à l'oraison. J'en connois
* On peut voir, t. Il, p. 56, édit. do 17 79, dans les Mémoires de la Beaumellc, comme cet écrivain a f ransrormé ces curieux détaiis.
AUX DEMOISELLES DE LA CLASSE DLE( E (iTOS). [)
une qui, depuis plus de vingt-cinij ans, couche ^ur la dure. Elle a Tadresse de renvoyer ses femmes qui croient qu'elle va se coucher après avoir prié Dieu; mais dès qu'elles sont sorties, elle Ole les matelas de son lit afin de se coucher sur la dure, et pourcacher sa mortification, elle remet chaque chose à sa place le lendemain avant qu'on n'entre dans sa chambre. Je connois encore une autre personne de la cour qui vient tout nouvellement de se convertir. Cétoit une jeune personne fort agréable, et qui étoit de toutes les parties de plaisir. Elle avoit la bonne coutume de lire tous les soirs un chapitre du Nouveau Testament, qu'elle tàchoit d'imprimer dans son esprit et sur lequel elle faisoit réflexion en se couchant. Cette lecture lui a été très-salutaire, car au milieu des spectacles et de tous les autres divertissements qu'elle se permettoit, elle se disoit à ellemême : Ce n'est pas là ce que j'ai lu dans l'Évangile; ma vie est bien différente de celle de Jésus que je suis obligée d'imiter. Cette réflexion, souvent réitérée, la fit rentrer en elle-même, et résoudre de changer de vie. Elle commença par s'excuser de se trouver à une partie de plaisir dont elle étoit priée; son refus étonna toute la cour, car elle n avoit aucun empê» chement; moi-même je trouvai ce refus si extraordinaire en elle, que je lui en demandai le sujet; elle se contenta de me dire qu'elle avoit des raisons; je ne la pressai pas davantage. Quelque temps après nous la vimes rompre ouvertement avec le monde et faire profession de la dévotion. Elle me conta ensuite que la lecture d'un chapitre du Nouveau Tes-
10 LBTTRE8 KT bR'lUTIftlIS 81711 LCMCATMRI*
tomefnt, joint aux réflexioiis dont je Tien de perler, aToit été la cause de ce changement. Remarqaet en passant, mes enfants, que ce ne fat pas ia iectore toute seule, quoique excellente, qui la conTCitit, mais les réflexions solides qu'elle faisoit surce qu'elle avoit lu, en comparant sa vie mondaine avec la vie humble et mortifiée deJésua-Cbrist. C'est ainsi qu*il faut que vous vous appliquiez ce que vous entendez et lisez, et fuirc un sérieux examen sur votre conduite pour y réformer ce que vous remarquez en avoir besoin à mesure qu'il vous est connu. Adieu, mes enfants. »
3 mtrt 1703.
J'étois ravie, il y a quelques jours, de vous voir aux bleues avec la cordialité, la bonté, la douceur, la gravité, et en un mot A souhait pour attirer leur estime, leur amitié et leur respect*, continuez, ma chère fille, et prenez garde seulement à ne vous familiariser pas trop. Souvenez-vous toujours du personnage de mère, de sœur aînée, et de religieuse; parlez leur raisonnablement toutes les fois que les occasions s'en présentent; mais sous prétexte de les former, ne les rendez pas trop discoureuses, ne leur inspirez pas le goût de la conversation: elles en trouveront peu dans leurs familles;
1 Lettrée éûifiantei, t. III, lettre 9. — Utirêt «I Àvh, p. SM.
A MADAME DE DOLJU (1703). 11
Uchez de leur faire aimer le silence, eL rappelezles tou)Qur& à la religion. Cooservez-leur le goût de f aamcp, faites-leur des eotreprises là-dessus, des tidbes» des journées de travail, etc., rieo neieur est meîlfear» et plus convaiable à leur Tortune. Je vous embrassa de tout onoo cœur.
Ce 4 mars 1703.
Vous me faites plaisir de me mander des nouvelles de votre retraite'. Je ne vous vois point, parce que si îe commençois, je m'engagerois à voir toutes les autres, ei il iaudroU abandonner la dasse où je crois iaire plus de bien^u'oa vous parlant. Vous ne pou*vez, ma chère fille, prendre de résolutions plus so* lidea (|tte sur ks points que vous me marquez ; vous ne voua soutiendrez jamais sans Toraison, et vous devez y dtre fidèle. Quant a ce qui regarde la classe, il est vrai que» me voyant agir, vous voyez ce que je croia qu'il y faut faire, et il me semble que cette manière de vous former doit vous être bien plus utile. Plus j'y travaille et plus je crois quil faut une vigilance continuelle el une patience sans bornes^
* Lettres et Avis, p. 296«
* a Les instnicUoni contenues dans cette lettre ne peuvent être trop lues et praflKtnéM. « \î(ote tfv manuscrii.)
* Pendant que la première maîtresse des Jaunes était en retraite, M"^ de MaintenoQ «TtH prit ta place à la classe.
VOS filles ne peuvent être bien élevées que par cette attention, dont il ne faut pas se départir un moment, et ce n'est point pénible à qui veut bien s'y donner de bonne foi. Vos relâchements doivent être remis aux heures où vous êtes à la communauté. Il faut soutenir la séparation des bandes, il faut reprendre toutes les fautes avec une extrême douceur, il faut redire cent et cent fois la même chose sans s'impatienter. Il faut que les filles voient qu'on a toujours les yeux sur elles, il faut leur inspirer une piété conforme à leur état, il faut la leur faire aimer en l'accommodant à leur foiblesse et à la joie de leur âge. Il faut diversifier les instructions de peur de les lasser ; il ne faut leur donner de lectures que celles qu'on aura choisies ^ 'il faut leur ôter le goût pour les lettres, et chercher mille inventions pour leur faire aimer l'ouvrage *, il faut les accoutumer au silence. Il ne faut jamais sonder leur volonté, mais les mettre et changer comme l'on veut, sans les consulter et les fâcher par des manières rudes; il faut leur parler toujours avec raison, et une raison chrétienne-, il ne faut pas pourtant leur parler toujours de dévotion; il faut égayer quelquefois les instructions; il faut les gouverner avec une grande dépendance de la première maîtresse; il faut se soutenir les unes les autres, par vouloir la même fin et les mêmes moyens. Voilà, ma chère fille, ce que vous avez désiré de moi : Dieu veuille vous donner tout ce qui vous manquera, et faire croître ce que vous avez déjà.
A MADAME DB BOUJU (1703). 13
l!i5 '. - LETTRE A MADAME HE BOUJU,
PAEMifcRE MAITRESSE DES J ACNES.
tO BBin 170a.
Mademoiselle de Fourquevaut m'a dit qu'elle n'est plus en pénitence et que vous lui avez marqué beaucoup de bonté. Priez Dieu qu'elle fasse de bonnes Pâques; mais quoi qu'il arrive, ma chère fille, croyez que vous ne les rendrez pas parfaites à force de châtiments : il faut s'en servir quelquefois, il faut ensuite essayer de la douceur, il faut les prendre par la piété, il faut user d'adresse; il faut toujours tout voir, mais il ne faut pas toujours montrer qu'on voit tout, il faut fermer les yeux, il faut laisser passer des fautes; en un mot, il faut gagner le temps qui, après la prière, estle meilleur remède que vous puissiez appliquer à leurs maux. Vous avez déjà assez d'expérience pour avoir vu de mauvaises filles devenir bonnes sur la fin de leur séjour dans cette maison ; ayez donc un fonds de patience inépuisable, de douceur et de Jbonté. On dit que les jaunes vous craignent moins et vous aiment mieux que dans le commencement; il faut qu'elles croient aussi que vous les aimez. Notre pénitente me promet merveilles ; le temps pascal nous donnera lieu de l'attendre, et enfin eHe gagnera celui d'alleraux bleues; en voyant quelque chose de nouveau, elle s'ennuiera peut-être moins, car il faut que vous croyiez ferme-
' Lettrée et Avm, p. 32 S. — Becudi det Ripouêes.