‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 64 sur 120 · II · texte numérisé non relu

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14 LETTRES BT ENTRETIENS SUR L'É00an03l.

ment qu elle sera aussi bien dans les mains d'une autre que dans les vôtres. Je vous embrasse, ma chère fille, je m*en vais dimiander à Dieu de. nous éclairer toutes et de nous rendre capables àd ce qu'il veut que vous fassiez.

Je vis hier, avec plaisir, qu'on lisoît chez vous V Introduction à la vie dévote; je vous prie de donner ce livre à celle de la classe qui s'appliquera le mieux à s'instruire et à profiter de ce livre qu'on ne peut trop estimer.

156». — LNSTRUCnOîf AUX DEMOISELLES

DE LA CLASSV VXaTK.

(Sur Téducatioa et sur rarautags d*ètre éle?é on peu doreoieot..

Ma» 1703.

M~* de Maintenon, étant entrée dans cette classe, dit à M*" de La Haye, qnî y éloit mattresse, de ieur faire faire l'exercice qu'elle voudroit tout comme si elle n'y étoit pas. Elle fit répéter àMine demoiselle une instruction que M*^ de Maintenon avait eu la bonté de faire quelque temps auparavant. M"^ de Maintenon en fut trèsM^ntente et dît à cette jeune demoiselle : a Vous seriez bien criminelle, ma chère fille, si vous ne profitiez de tout ce que vous savez , il y a plaisir à vous instruire puisque vous retenez si bien tout ce que l'on vous dit ; il n'y a plus qu'à le

* Lettres édifiantes^ t V, p. 11.

meUre en pratique. » La demoiselle ayant continué, M"^ de Maintenon dit : « Geb est admirable ! mais tu ToiMlii. Cateuîl S ta y ineUdo tien, U -^*T|yr^ fnriUe que j aie dit de si bonnes cfaœes.» M"*lila Barre dit ensuîèe ce ^'elle avoit retena d'un entretien snrla droiture, et en rapporta plusieurs exesnpless entre autres, qqe les Daines deSaint*LouÎ8 oe feraient pss leur deTotr si elles maii(]poient de BOQS ioslnure. « Non*$eulenient si elles manquaient de TOUS instruire, reprit M""* de Maintenon , mais même si, se contentant de faire rinstruction, elles faasoieot ie reste du jour à prier Di%u, au lieu de veiller sur tous et d'avoir les autres attentions né* eessaires à votre éducation-, car quoique la prière sent une enivre exeeliente, eiles ne laisseroient pas de se perdre, parce que leur devoir capital est de s'occuper i vous instruire et à vous bien élever. Vous voyei ffBie, quoiqu'elles soient obligées comme religieuses à dire rtffice et i faire l'oraison en commun, dles quittent cependant tour à tour l'un et l'autre pour être auprès de vous, et pour ne vous jamais laisser seules, parce que votre bonne et pieuse éducation est la principale fin de leur institut, et ce que leurs fondateurs exigent d'elles avant toutes dioses«

Cl Mais quel compte n'aurez-vous pas à rendre i Dieu, mes enfenls, touchant cette bonne éducation? Supposez-vous pour un menant dans l'état où vous devricE être naturellement, comme demoiseiles, s'il

> Marie-iradeieiiie de Taudi ett de Cateull détint Dame de Saint- Louis, et fil profettion en 1 7 11 .

16 LETTRES ET ENTRETIENS SUR L*ÉimCATION.

n'étoît pas arrivé de reyers de fortune dans votre famille : votre mère auroit au plus deux femmes de^ftiambre, dont l'une seroit votre gouvernante. Quâie éducation pensez -vous qu'une telle fille vous donneroit ? ce sont ordinairement des paysannes, ou tout au plus de petites bourgeoises qui ne savent que faire tenir, droite, bien tirer la busquière, et montrer à bien faire la révérence. La plus grande faute, selon elles, c'est de chiffonner son tablier , d'y mettre de l'encre : c'est un crime pour lequel on a bien le fouet, parce que la gouvernante a la peine de lés blanchir et de les repasser ; mais mentez tant qu'il vous plaira, il n'en sera ni plus ni moins, parce qu'il n'y a rien là à repasser ni à raccommoder. Cette gouvernante a grand soin de vous parer pour aller en compagnie, où il faut que vous soyez comme une petite poupée. La plus habile est celle qui sait quatre petits vers bien sots, quelques quatrains de Pibrac qu'elle fait dire en toute occasion, et qu'on récite comme un petit perroquet. Tout le monde dit : La jolie enfant ! la jolie mignonne ! La gouvernante est transportée de joie et s'en tient là. Je vous déûe d'en trouver une qui parle de raison.

« Je me souviens que quand j'étois chez ma tante *, une de ses femmes de chambre avoitsoin de moi^ elle me tiroit à quatre épingles et elle me disoit continuellemeùt de me tenir droite -, du reste, elle me laissoit faire tout ce que je voulois. Mais montons jus-

1 M""« de Viilcito, clipz laquelle elle ftil flesée quand, après la mort de son père, elle revint d'Amérique. Elle avait alors dix ans.

AUX DEMOISELLES DE LA CLASSE VERTE (t703 . 17

qu'à nos princes : comment pensez-vous qu'ils soient élevés ? On leur donne pour gouvernante une femme de qualité, qui souvent a été élevée à peu près comme je Tiens de dire ^ c'est d'ordinaire la femme d'un favori ou la parente de quelque ministre, qui souvent est la plus sotte femme du monde. Comment pensez-vous qu'elle parle à la petite princesse ? est-ce de piété et de raison? cela seroit bien à désirer; mais pour l'ordinaire ce n'est que de ce qui la peut Caire briller dans le monde. Quand elle va en corn* pagnie, elle a grand soin de l'ajuster et de la parer, lui recommandant d'être bien honnête -, elle la prend par la lisière si c'est une enfant, ou la suit si elle est déjà grande, l'instruit de la manière de recevoir la compagnie chez elle, et puis s'en va pour le reste du jour, laissant la princesse avec une paysanne, autrefois sa nourrice, et devenue sa première femme de chambre, qui n'est guère en état de lui parler raisonnablement, et encore moins de l'instruire de la bonne foi, de la droiture, de la probité.

« Le Roi me surprend toujours quand il me parle de son éducation. Ses gouvernantes jouoient, dit-il, tout le jour, et le laissoient entre les mains de leurs femmes de chambre, sans se mettre en peine du jeune roi, car vous savez qu'il a régné à trois ans et demi. Il mangeoit tout ce qu'il attrapoit sans qu'on fit attention à ce qui pouvoit être contraire à sa santé; c'est ce qui Ta accoutumé à tant de dureté sur lui-même. Si on fricassoit une omelette, il en attrapoit toujours quelques pièces, que Monsieur et lui alloient manger dans un coin. Il raconte quelque-

18 LEtTRfiS ET EltnififlEfIft SÛK VtWÙÊltMi»

foi» qu'il étoit le plu» SDQvetit tftc MM pàfWUhë\ que Èà compagnie ordinaire étoit Utté petite fille âe la femme de chambre des femmes de chambre dé fâ reine; il Tappeloit la reine Marie, parce qu'ils jouoiédt ensemble ce qu'on appelle à ia madame^ lui {ki^lt toujours faire le personnage dé réiné, et l(il sei^dfe de page ou de taîet de pied, lui portoit 1& queue, la rouloit dans une chaise, ou poftoit le flambéftU détant elle. Jugez si la petite reine Marie étoit tapabfe de lui donner de bons éonscils, et si elle poUvoit lui être utile en la ilnôindre chose.

« Je vous assure enôôre ttiié fois, Bkes chères éttfanis, que vous ttttt bien coupables dévâtit Dieu si tous ne profitez point des peines que l'oli prend sans cesse pour Vous rendre lès plus parfaites qu'il soit possible selon Dieu, et même selon le inonde. J'entends ici par le monde les personties pieuses, raisormabtcs et polies qui y demeurent, car pour les hbertins et cent qui n'ont point d'honneur ou de religion, ce vous sera une gloire de n'ôtfepâi^ de leur goût, à causé dé volfé difféfétité manière de penser et d*agir.

« Puisque me voici en tràiii dé vous parler, je vais vous dire encore plusieurs choses que je fë^rtois pour les grandes, mais qui vous serôtit aussi bonnes. Au nom de Dieu, mes chères ënlaàts, iie s6ye2 pas fières ni hautes, ne comptez jK>tif rien votre hoblesse, n'en parlez jamais. A quoi vous servîroit-elie si Vous n'aviez point de vertu? ù'é*t-ce pas elle qui fait la vraie noblesse? la vél^tù n'eil^llé pis son origine? Ayez des égards pôûrtout léffiMfde,

et ir.éme du respect pour les personnes d'un certain ^oad'ûneèrtaitiétiit^qudAd bieRinéifieell€fsri*fii)ftlMt fôÎM de ffiiêëêtice; I# HimiAs est plerh de ees MÊÊVés éé féntmtm^ cA ^ous ntrH, qmnd vdus y «me, qye r«hi a avec elles les metlleufes ititttififeNfaf. IleUcv^YOtisbîen dans Tesprit, uM foispou^ toutes, qtle iâ ficriMessé ti'est Hen sans mérite, el qcie c'eftl Éii riiéritd qw l'on doit V)Mitimr, Véslime et lé reêh pteîi éti qui qiie cesdit qti^ili^ trodve. Pai^ etetrtjpflè, d^Andrieiit^ qetelle Aittief}e2-voiM niieU), d'une dë^ moîselle élevée dans sôti ttllage, grossière, rustaude, iMossade et igiloraiite, fauté d'édueation, ëti d'utiè fille de ces bohnes tnaisons bourgeoises de PntiH Mns naissance, mais qui, ayant du bien^ à été bien étende et est de botfué humeur, douce, p6)ie, gfadeusê? —^ C'est cette dernière, dit là dennfOîseHéi ^^ le stris bien dé Votre atis, reprît MT" dé Mainterioh. L*éducatit)h est le plus grand biefi que rôtis piHssiéài avoir, silHout n'dytôt pas de fortune.

« le totis exfaof te aussi à n'étfë point délirâtes, et à contribuer de tous-méities, par votiîfe propre ▼olottté, à TOUS élevet un peti durempefit. Sdy^ bieft éisë* quand vdild tfoutez l'occasion de faire ^uefqtte» 6<lvrirgies u» peu gfdi^siers^ celst tous fer^ tiflc, ettôlis est t^èîhbonj vôussavei! que le Sainte Esprit loue la femme forte de ce qu'elle a roidi ses i)as pour le travail, c^est-à-dire qu'elle a surmonté i» fdiblesee et sa délicatesse naturelle pour s'adoii« neraux soilfd dé ^on inétiag^.

« Ne vous plaignez de rien, vous êtes très-honnétemcnt traitées pour toutes choses. Nous avoue

tâché, dans tout ce qui a été réglé prar vous, de prendre le milieu, en telle sorte que celles qui retomberont dans la misère ne tombent pas de si haut, ce qui les rendroit doublement malheureuses -, pour celles qui seront à leur aise, elles ne s'en trouveront que mieux d'avoir été élevées un peu durement. Je vois cela tous les jours en M"** la marquise de Dangeau^ qui est une princesse d'Allemagne qui, ayant douze sœurs et plusieurs frères, n'a pas eu dans sa jeunesse toutes les commodités convenables à sa naissance. Avec cet air mignon et délicat que vous lui voyez^, rien ne l'incommode, et je ne connois personne qui s'avise moins qu'elle de prendre ses aises. Elle est fort infirme-, mais parce qu'elle a été élevée fort durement, elle s'accommode de mille choses que nous ne pourrions supporter. Elle est menacée d'un cancer : on ne peut guère le porter plus gaiement et avec plus de courage; elle ne fait aucun remède, ne consulte point les médecins, .souffre son mal avec patience, et dit: J'aime autant mourir de cela que de la fièvre, puisque Dieu le veut. N'est-on pas bien heureux de s'accoutumer ainsi de bonne heure à la souffrance? J'ai été mariée à seize ans : on est ordinairement ravi à cet âge de faire sa volonté \ je croyois sottement que c'étoit

^ Fille du comte de Lowenstein, de la maison palatine; elle époosa le marquis de Dangeau qui s'en crut, dit Saint-Simon, électeur palatin. C'était une femme d'une grande vertu, et l'araie très-intime deM*« de Maintenon. (Voir t. I, p. 340.)

* « Elle étoit Jolie comme le Jour, dit Saint-Simon, et faite comme une nymphe, avec toutes les grâces de l'esprit et du corps, n

AUX DEMOISELLFS DE LA CLASSE VEHTE (1703). 21

faire la grande dame de m'appuyer, et de faire mille autres choses dont je me sens fort bien encore, et dont je suis bien f&chée. J'ai connu une vieille perfoone (c'étoit M""* la duchesse de Richelieu ^ bien plus raisonnable que moi sur cet article, et par conséquent plus heureuse : elle avoit tellement l'habitude d'une contenance ferme, sans se permettre la moindre posture commode, qu'elle ne s'appuyoit jamais, quelque malade qu'elle fût, et le plus qu'elle fiiisoit étoit de se pencher un peu les bras-, alors on disoit : Madame la duchesse, vous n'en pouvez plus. «Pourquoi, mes enfants, croyez-vous que je vous dise tout cela? C'est pour votre bien, afin de vous encourager à prendre l'habitude de vous contraindre, et de vous accoutumer à ne pas chercher vos aises; c'est un vrai moyen d'adoucir un peu la mauvaise fortune qui vous attend peut-être -, et quand vous devriez avoir chacune trente mille livres de rente, je vous dirois encore les mêmes choses-, car en quelque état que vous vous trouviez il vous sera très-avantageux d'avoir été élevées un peu durement. Adieu, mes enfants; je ne me repentirai pas de vous avoir tant parlé, si vous pratiquez aussi bien ce que je vous ai dit que je vois que vous le retiendrez. »

^ Voir la note 2 de la page 347, t. I.

n LITTIIBS ET nmiCIIEllS WOtL i*ÉKQil1BW. miK -. EOTRBTira AVEC L£S DAMfS

Bl lAtUT-tôtlS*

( Porter let demoitellet à par!er peu, et leur inspirer rtmovr de leur lépOMioa.)

Madame nous dit un jour, à rocc&sion d'une maxime un peu forte qu'on avoit avancée aux de* moiselles sur l'obligation du silence : « li faut leur dire la vérité et ne la point exagérer; il n'est pas vrai qu'elles pèchent toutes fois qu'elles rompent le silence^ ce qui est certain et qu'on doit leur expliquer, c'est qu'elles pourroient cependant pécher «n ne l'observant pas, parce qu'il ôd presque impossible d'avoir de longues conversations sans dire quelque chose de mauvais, et que, comme dit le Saint-Esprit : « Dans la multitude des paroles il y a toujoursdu péché-, » non que c'en soit un de dire des inutilités, mais parce que les paroles inutiles donnent occasion, ou de perdre le temps, ou de blesser la charité, la vérité ou la prudence. Vous ne pouvez trop leur répéter, ajouta Madame, qu'il n'y a rien de si mauvais à une ûlle que de parler beaucoup^ que cela leur fera faire mille sottises au sortir d'ici ; que, ne sachant rien, elles doivent prendre la résolution de se taire et d'écouter les autres, se contentant de répondre modestement à ce qu'on leur demande ; que ce silence est le parti que prennent toutes les

» Recueil des Réponses ^ p. 551. — LeUres édifiantes, t. VI, p. 187.

AVEC LKS DAMES DE SAINT-LOIIS (1703). 23

personnes de notre sexe qui sont sages ou raisonnablos^ Buéme seloa le inonde et saas rapport à la pîéié, ear îl eil boo de prendre les^ jeunes personnes fki eôié de l'honneur. » ,

M** deGlapkademandasi c'éioit une maxime géaéraks : qu'on ne peut beaucoup parler sans péclier. , K ie Bocreîs pas, répondit Madame, que ce soit pré>* Qséffleni la nuiltitude des paroles qui fasse le péché; eeux qui ont beaucoup dechoses à dire seroient bien à plaindre^ jeleserois moi-même plus qu*une autre, car taai que je suis ici la bouche ne me ferme pas. CcoyezHreiis donc que Dieu m'impute à péché ce grand Bombre de paroles ? Je crois, au contraire, niériier en parlant ainsi depuis le matin jusqu'au soir, et qu'il m en tiendra compte, non-seulement des choses sérieuses que je vous dis dans les instruo» tiona, maie même des inutilités de la récréation^ et Je ne peBsepascavoir perdu mon temps quand je vous ai fait passer agréablement celut-là, disantdes nouvelles d'Espagne et de la guerre.

-— Je crois bien, dit M'^ de Sainl-Pars, que Dieu vous en tiendra compte i cause du motif qui vous le fiait bif9\ omis nos demoiselles n'ont pas cette pureté d'iateatÎM dans ce qu'elles disent. — Quoi! reprit vivement Madame, vous voulez exiger la pureté d'intention de jeunes enfants que la vivacité de l'&ge emporte malgré elles, de filles qui, bien éloignées d'avoir cette délicatesse dans la piété, ont à peine l'esBentiel du christianisme ? vous les voulez mener trop loîpl Noire-Seigneur n'en usoit pas ainsi avee ses apôtres ] ne leur disoit-il pas : «J'ai encore bea«-

24 LETTRES ET ENTRBTIEHS SUR L'ÉDDCATIOII.

coup de choses a vous dire, mais vous n'êtes pas maintenant capablesde les porter?» Ily a longtemps que je suis frappée de ce que vous n'avez pas celte modération avec vos demoiselles : vous leur dites tout ce que vous savez de plus sublime et de plus parfait en fait de spiritualité, et dès que vous avez entendu quelque maxime, quelque nouvelle pratique à une conférence, vous venez leur en faire part. Il y a pourtant bien de la différence d'elles à voos. Il ne faut pas prétendre les mener si loin que vous; car, si en effet vous les conduisiez à cettehaute perfection, elles seroient trop heureuses-, mais ce qui arrive, c'est qu'en leur demandant des choses qui sont au-dessus de leur portée, vous leur ôtez le courage d'entreprendre même le nécessaire. — Peut-on les mener trop loin, ajouta M°^ de La Haye, quand on ne leur propose que l'exemple de Jésus-Christ, de la sainte Vierge et des saints ? — Vous ne pouvez les mener plus loin, ajouta Madame; il n'y a rien au delà de l'exemple de Jésus-Christ, et heureoses et très-heureuses celles qui auront le bonheur d'atteindre à la perfection qu'il nous a enseignée, et quoiqu'il doive être le modèle de tous les chrétiens, tous n'ont pas le bonheur de parvenir à l'imiter dans le môme degré de perfection; beaucoup se rebutent des difficultés, et vous devez y porter vos enfants le plus sagement et sûrement qu'il vous est possible; et pour cela exiger d'elles, avant toutes choses, la pratique des vertus solides et nécessaires du christianisme. C'est l'essentiel et le principal, et qui amènera tout le reste.

AVEC LES DAMES DE b'AINTLOLlS (1703;. 2.)

— Pour en revenir au silence, dil M"'^ de Gruei, ne seroit-ce pas assez, pour obliger les demoiselles à legtrder, de leur dire que c'est leur règle? — Que générez-vous, répondit Madame, en leur alléguant im motif qui ne sera presque d'aucun poids dans leur esprit? Il ne faut pas que vous croyiez que celui de larè^le soit aussi fort pour les séculières qu'il le doit être pour des religieuses. Vos filles savent bien que les vôtres n'obligent ni à péché mortel,^ ni à pédié véniel, à plus forte raison concluront-elles que la leur ne les oblige pas sous peine de péché; ainsi elles n'auront pas grand scrupule d'y manquer. Vous réussirez mieux si vous leur proposez des vues qui regardent leur avantage particulier, et si vous leur faites voir, par exemple, qu'elles ne seront jamais estimées si elles ne savent se taire à propos et se posséder elles-mêmes. Elles sont quelquefois lasses d'entendre parler de piété*, si vous avez l'adresse de commencer par des motifs d'honneur, de sagesse et d'un intérêt raisonnable, cela réveillera leur attention, et vous pourrez après leur insinuer ceux, de la religion en y rapportant les premiers, que vous pouvez bien employer, mais non pas vous en tenir à eux uniquement ; car il faut tout reporter à Dieu, et ne se servir du reste que comme un moyen pour arriver i lui et pour y conduire les autres.

— Vous ne voulez pas, Madame , lui dit M"^ de Fauquemberghe, qu'on attende des demoiselles des motifs bien épurés dans ce qu'elles font ; mais toléreriez-vous l'amour-propre déguisé d'une fille qui, en avertissant sa maltresse en particulier de la faute

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