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26 LETTRES KT EMXABTlfiK& SOa L'ÉDUCATI0K«
d'une de ses compagnes avec toutes les marqpues de modération, cacheroit sous cette apparente fidélité un secret désir de se vengeri accusant celle qui. lui auroit fait de la peine comme si elle lavoil hit à une tierce personne P — Je ne serois pas surprise de trouver ce défaut de droiture dans une enfant, répondit Madame, je ne lai en ferois point des reprodies, et encore moins de confusion publique -, je réserverois cela pour le placer dans un entretien particulier, et je lui dirois sans la gronder : Prenez garde à vous^ j*ai lieu de penser que vous n'êtes pas tout a fait droite et sincère dans les avis que vous donnez f il paroit que vous dites adroitement ce qu*oa a fait conlre vous, cela n'est pas bien, il faut être de meilleure foi^ mais je n'exigerois point de la QUeunaven de son détour, et je ne fouillerois pas plus avant dans son intention.»
Dans la même conversation, Madame nous dit : a Vous ne sauriez trop inspirer à vos demoiselles l'amour de leur réputation, il faut qu'elles y soient délicates \ comptez que les meilleures de vos filles sont celles qui paroissent les plus glorieuses, je ne dis pas d'une sotte gloire qui aille à disputer le pas à quelqu'un, et à se vanter de sa qualité, mais d'une certaine gloire qui rend jaloux de sa réputation, qui fuit craindre d'être trouvée enfant, qui rend sensible à une confusion publique. Ce seroit ua défaut dans une religieuse -, il faudra mourir à cette délie»» tesse quand on sera avancé dans la piété ^ mais avant que d'y mourir, il faut y avoir vécu. Rien a'est si mauvais que de certains naturels sans honneur et
AVEC LES HAMES DE SAlNT-LOllS (l703). 27
sans gloire; on ne sait par où les prendre pour leur ftûre surmonter les obstacles qu'ils trouvent en leur dtenRn; ainsi il serait très-dangerenx d*étoufrer ces Mrthnentsdans les jeunes personnesquipour Tordionre tie sont pas encore capables d'une haute piété. — "Voos n'attaqueriez donc pas, lui dit M°** de BonjOy fai sensibilité d'une fille qui ne pourroit receroîr k moindre marque de mécontentement de ses maîtresses sans en être consternée? — Je m*en garderois bien, dit Madame; c*est une des plus sûres marques d'un bon naturel que cette crainte de déplaire aux personnes de qui Ton dépend, que Tenyie de les contenter*, il ne faut pas demander à yos fiTles le eourage qu'on exige des novices pour porter les humiliations et les répréhensions ; il est bon , au contraire, qu'elles craignent les confusions, qu'elles soient sensibles aux punitions. — Vous ne regarderiez donc pas, lui dit-on, comme un eflTet de force d*esprit dans une demoisefle de porter une réprimande, une forte punition sans faire paroître aucun sentiment de tristesse, et avec une égalité qui ne lui feroit pas rabattre la moindre démonstration de joie à la récréation ? — Bien loin de là, répondit Madame, j'aurois très-mauvaise opinion de ces caractères insensibles et indifférents *, mais je ne voudrois pas leur en faire un procès, ni aller creuser et approfondir si les filles se soucient de la réprimande qu'on leur a faite, si elles affectent de se mettre audessus; il n'y a nulle utilité dans ces recherches; il suffit de les contenir dans leur devoir. On ne trouve point de ressource, ajouta t-elle, dans ces naturels
28 LETTRES ET ENTRETIENS SDR CÉDOGATION.
insensibles, quand d'ailleurs ils sont peu susceptibles des motifs de piété, comme vous n'en trouverez que trop parmi vos demoiselles, qui, bien loin d'en être touchées, auront à peine les sentiments et les dispositions essentielles à tous les chrétiens. C'est pourquoi, de peur quç quelques-unes étant assez malheureusespour ne pas craindre beaucoup les péchés* même considérables, ne se laissent aller quelque jour au désordre, cultivez soigneusement en elles les sentiments d'honneur qui sont comme naturels aux personnes de notre sexe, principalement aux nobles, et n'allez pas exiger d'elles des pratiques qui pourroient affaiblir cette bonne gloire et les rendre hardies: par exemple, leur faire déclarer des fautes humiliantes publiquement en croyant que ce seroit rappeler la coutume des confessions publiques que l'Eglise a cru devoir supprimer. — Vous ne loueriez donc pas, dit M"* de Grucl, une fille qui, dans une instruction qu'on feroit sur le mensonge ou la gourmandise, diroit desang-froid qu'elle a quelqu'un de ces défauts? — Non, répondit Madame, cela seroit très-mauvais et marqueroit un fond de hardiesse et d'insensibilité bien dangereux ; je ne la gronderois pas cependant de cet aveu, je le laisserois passer; mais je me garderois bien de rien dire qui donnât aux autres le courage d'en faire autant. Si j'étois première maîtresse, j'en ferois une note, et quand je parlerois a cette fille, je lui dirois bonnement : « Pourquoi un tel jour avouâtes-vous un tel vice? c( quel fut votre motif? est-ce qu'en effet vous y tt êtes sujette? Vous pourriez me le confier en parti-
« culier, parce que je puis vous donner des moyens «pour TOUS corriger-, mais il ne convient pas « de le dire devant toutes vos compagnes, il faut « avonr plus d'honneur et être honteuse d'un défaut « comme celui-là. » Et je leur ferois là-dessus des instructions générales.
— Convient-il, dit M"* de Bouju, de reprendre à la récréation même des fautes qu'elles y font, ou s'il est mieux d'attendre ? — Qui vous a appris, répondit Madame, d'avoir pour elles ces ménagements, de n'oser les reprendre à la récréation? Gela vient encore de ce que je vous reproche quelquefois, que vous voulez en tout en user avec elles comme votre supérieure en useavec vous, et parce que vous voyez qu'elle évite de vous reprendre à la récréation, vous voulez avoir les mêmes égards pour vos filles; mais il y a une difiërence : elles font tant de fautes et disent tant de choses mal à propos, sans même les apercevoir, qu'à moins que vous ne leur fassiez remarquer sur-le-champ en quoi elles manquent, elles ne s'en souviendront plus dans un autre temps, et cela vous échapperoit à vous-mêmes d'un autre côté. Il ne faut pas aussi vouloir tout relever comme on fait au noviciat. Étes-vous encore, ajouta-t-elle, dans la persuasion qu'il ne faille jamais rien passer sans le reprendre? Au moins, aurez-vous fait un grand progrès, si vous en demeuriez à la réprimande, car j'ai vu que vous vous faisiez un devoir de tout punir; il n'en est pourtant pas ainsi, il faut passer bien des choses sans montrer qu'on les voit, et beaucoup patienter, mais sans nonchalance. C'est pourquoi je
M LEITtES ET BHTtETnin 8IA L*ÉOIICàTmr.
f oadrois mettre sur tout» vos portes paiiene9 et tigilance^ car ces deux choses seront toujours les plus nécessaires et d'un usage continuel :€'est eeque je ne cesserai de tous prêcher tantque je viynù.
— Nous sommes bien éloignées de tout punir, dit une maîtresse^ présentement on ne voit plus de pénitence, et peut-être trouveriez-Tous que nous n'en donnons pas assez.— Cela pourroitiNen être, reprit Madame en riant, car on passe aisément d'une extrémité à l'autre ; cependant je vous prêcherai tou» jours la patience. — Vous ayez pourtant dit qnelque* £ois, ajouta M°^ de Blosset, que vous ne vouliez point qu'on eût de patience. — C'est ponr vous autres, dit-elle agréablemant, que jen'enven pomt; je me souviens que c'est sur la régularité que je dis qu'on n'en doit point avoir, mais il en fanl beancoup sur tout le reste.
— Approuveriez-vouSvpar exemple, continua une maîtresse, que pour patienter on laissât abolir dans une classe la coutume de se taire au sonde la cloche, qu'on ne soutint pas que les demoiselles gardassent le silence dans les lieux publics? — Non, répondit Macfaune, cette exactitude dépend tellemenl d'elles, que je ne voudrons pas qu'elles y manquassent, d'autant plus qu'en se relâchant là-dessus eUet ircHent insensiblement plus loin, elles en viendroient à ne plus garder le silence. Je tiendrob la main i leur faire observer celui qui est prescrit par le règlement. %
AfBC LES BAHBS DE SAIRT-LfifUlS (f70S). 31
01 SAINT-LOUIS
(itMpowéUblir on bon gouterocoMiit dast let eltMei^ U faal éfiler U diTenité dam la coodoite.)
«Il j a, dit-on un joar i Madame, des maîtresses (joi ont Tattrait de s'attacher à perfectionner les demoiselles les mieux nées et les plus sages ; d'autres de s^appliquer aui mauvais caractères*, lequel aimenez-vous mieux? — Je nevoudrois, répondît Madame, négliger ni les unes ni les autres, non plus que les préférer; je vous Tai déjà dit autrefois, mais vous touchez là Tendroit qui fera que vôtre gouvernement n'ira Jamais bien -, c'est cette conduite différente des maltresses. Les unes croiront qu'il feut s'appliquer à former tes plus raisonnables^ les autres penseront qu'il seroit mieux de s'attacher aux mauvais caractères et aux plus défectueuses-, Tune voudra une éducation dure^ l'autre en voudra iffle douce et peut-être molle. T&nt que cette diversité se rencontrera, je ne dis pas dans les maîtresses d^une même classe (car il ne doit y avoir que la première qui soit maîtresse da gouvernement), mais je dis entre fa maîtresse qui a précédé et celle qui lui saocède, jamais vos demoiselles n'auront une éducation solide. Tant qu'elles pourront dire avec fôùd^ent : La maîtresse des ronges est douce, Celle
3S LETTRES ET EKTRETIBMS SUR L'ÉDUCATIOM.
des vertes est sévère; Tune ne presse point sur l'ouvrage, lautre en exige trop; on tolère à la classe bleue des défauts qu'on attaque dans les jaunes ; enfin dès qu'elles changeront de conduite en changeant de maîtresse, comptez qu'elles ne prendront jamais de honnes habitudes : ce qu'une aura établi, une autre le détruira. Il faudroit, pour réussir dans votre gouvernement, n'avoir toutes que les mêmes idées, les mêmes maximes, ou du moins, si vous en avez de différentes, être assez humbles pour renoncer à vos sentiments et suivre ceux de vos supérieurs, soutenant ce qui est établi par eux malgré votre propre jugement-, iifaudroit un seul esprit qui régnât dans la maison ; que vos demoiselles trouvassent dans toutes les maltresses une telle confo^ mité, qu'elles ne sentissent pas même la différence d'une classe à l'autre. Je sais bien qu'i} y en aura toujours à faire des rouges aux bleues; mais on doit pourtant les conduire par le même esprit, et pour cela il faut se soutenir les unes les autres, ne donnant jamais sujet aux demoiselles de faire des comparaisons de vous. Je sais bien que vous ne sauriez empêcher qu'elles n'en fassent quand elles voudront parler pour parler, mais je voudrois que vous ne leur donnassiez jamais lieu de les faire.
c( Défaites-vous, ajouta Madame, des projets particuliers que l'amour-propre fait faire pour se dédommager de la nécessité où l'on se trouve de s'accommoder au sentiment d'une officière. On se laisse le plaisir de désavouer en soi-même sa conduite et de se dire : Si je suis jamais à cette charge, je m'y
prendrai bien d'une autre façon, je ferai ceci ou cela, je serai ou plus douce ou plus ferme. Jamais, encore une fois, votre gouYeroement ne s'établira avec cette diversité de conduite. Il vaudroit mieux ne pas faire tout à fait si bien et qu'on fit toujours de même, que de faire sentir ce haut et ce bas dans la manière d'élever vos demoiselles et d'exercer vos charges.
« Un autre article encore bien nécessaire est de renoncer au plaisir d'être aimée particulièrement des demoiselles; on ne doit pas vouloir non plus en être plus crainte et respectée que les autres *, il faut porterie désintéressement jusqu'à n'être passusc^ptibpliAu plaisir de sentir qu'elles ont quelque chose de particulier pour vous, et leur montrer en toute occasion que vous êtes si unies les unes avec les autres, qu'elles n'osent jamais s'aviser de vous faire leur cour aux dépens d'une autre maîtresse. Une fille vous dit qu'elle abeaucoup de confiance et d'at* tachement pour vous; répondez-lui bonnement : Je suis bien aise que vous aimiez les personnes que Dieu vous a données pour vous conduire : c'est une bonne marque ; cette reconnoissance est dans l'ordre ; je me persuade que vous avez les mêmes sentiments pour vos autres maltresses, puisque vous avez les mêmes raisons de les aimer. Si les filles portent la flatterie jusqu'à vous faire entendre qu'elles vous goûtent bien plus qu'elles ne goûtent les autres, témoignez un si profond mépris de ces bassesses et un si grand désir que vos sœurs ne soient ni moins estimées ni moins aimées que vous, qu'elles con-
M LETTRES BT SHTMIIRM SOft L ÊDOCATIM*
noissecit tfoe tous élas bien éfaigwicB de -prendre plaisir à leur discours. Il seroit tris-tnalde teor Mre aperœyoir qu'on m cette feifclesse. »
8 jniB 17«a«
Ne vous effrayez point, je tous prie, de ce qneTos filles aiment à parler : la contrainte oh efles sont y a beaucoup de part. Vote avez été formée an silence et au recueillement dans nn long noviciat, et le fond de votre piété vous y soutient -, les séculiers ne sont pas de mème« La liberté obTon est de parler ^BÉrnd on veut fait qu'on ne s'aperçoit presque pas si on parle peu ou beaucoup et 4te même cette envie de parler-, mais songez que vos filles sont presque toujours en silence : elles se lèvent en silence ; avec la messe, les exercices, ie chant, le profond silence, le réfectoire, les instructions, elles n'ont pas plus de trois heures et demie de liberté là-dessus. Ce que je vous dis là n'est pas pour rien diminuer de ce qu'on exige d'elles sur cet article, mais pour vous consoler de la peine que vous avez de l'obtenir-, si elles étoient en liberté, vous en verriez de silencieuses. Les témoignages que vous rendez à leur piété et à leur simplicité sont essentiels et me font un grand plaisir.
Vous n'êtes point raisonnable sur voos^même
* Lettres et Àvist p. 341.
MIC LES AAim DB BiOlT-UHJIS (ITOS). 35
quand vous jugez de votre piété par votre ferveur. Où Ml ierions-noos â c'était li noire règle? Qui estce qui n'auroit pas de ferveur si elle étoit en notre pouvoir? Ce que vous faites avec langueur est trèsbon, pourvu que vous le fassiez quand cette langueur ne nous fait rien quitter ^ elle rend nos devoirs plus méritoires, et cela est bien juste, car il est aisé de feire Foraison quand on est touché sensiblement. Non, je ne demanderai point à Dieu la ferveur senrible pourvous; j'irois contre la conduite qu'il garde pour toutes les âmes qu'il veut sauver, qui est de les tenir dans différents états selon leurs besoins*, il cbangerale vôtre quand il lui plaira*, ce ne sera point la retraite qui fera ce changement, je craiudrois Tennui pour vous. Dans la disposition où vous êtes, soyez fidèle sur les communications que vous voudriez avoir-, évitez le péché, travaillez avec joie et confiance, tout ira bien, et vous vous sauverez avec beaucoup d^autres*, employez tout ce que Dieu vous a donné pour sa gloire et pour lui attirer des servantes. Je suis bien éloignée du découragement, et jamais je n*ai eu plus d'ardeur pour vous aider en tout ce qui me sera possible.
Les quatre filles à qui j'ai parlé m'ont promis des merveilles-, travaillez, ma chère QUe, avec joie et confiance en Dieu. Il est impossible que vous ne soyez distraite, et il est heureux que vos distractions vienaenlde l'occupation de votre devoir*, tâchez de n'y pa9 consentir, et du reste, soyez^ paix, car rien ne doit vous troubler tant que votre bonne volonté sera sincère.
36 LETTRES ET E!fTRBTlBNS SUR L*ÉO0GATIOir.
qui âToieut fait ce joar-là le«r première oomnwnkm.
Juin 1703.
(c Je voulois, mes chères enfants, tous envoyer chercher hier, mais je n*en ai pas eu le temps-, je vous prends aujourd'hui pour vous congratuler du bonheur que vous avez eu de communier ce matin, et voir si vous comprenez bien la grandeur de l'action que vous venez de faire. » Et s'adressant à M"' de Villers : « Savez-vous, ma fille, lui dit-elle, ce que vous venez de recevoir en communiant?» Elle répondit que c'éloit Notre-Seigneur. a Oui, lui dit M"Me Maintenon, c'est son corps, son sang, son âme et sa divinité. C'est une grâce au-dessus de tous les mérites imaginables^ ni les saints, ni les anges n'en sont pas dignes, et cependant Motre-Seigneur Jésus-Christ veut bien s'abaisser jusqu'à cet excès de bonté de se donner à nous d'une manière si intime *, nous ne pouvons assez lui témoigner notre reconnoissance. Voilà que vous avez fait pour la première fois cette grande action ^ on a pris tous les soins possibles pour vous y bien pi*éparer*, mais comptez, mes enfants, qu'il faudra toute votre vie y apporter les mêmes dispositions, autant de désirs, d'amour et de ferveur que vous en avez eu en cette première fois ^ et plus vos communions seront fréquentes, plus il faut que toutes ces saintes disposi-
* Lettres édifiantes, t. V, p. 57.
USnOGTKHI AUX PBTITBS DEMOISELLES (1703). 37
; croissent en tous. Souvenez-vous, mes chères enfiots, de ne vous jamais familiariser avec les sacrements, et de n'en approcher jamais, la centième et la millième fois, qu'avec un tremblement et le même respect que vous venez de faire. Je voudrois que tous vissiez le Roi, comme il montre sa foi dans cette oocasion^ tout le monde est pénétré de le voir approcher de la sainte table ; il le fait avec une si grande humiUté qn'il parolt tout anéanti en luimême à la vue de ce divin sacrement. Rien ne fait mieux connottre rabaissement où tout chrétien doit être devant Dieu que de le voir en ces occasions.
« Vous ne devez plus vous regarder comme des eniants depuis que vous avez communié ^ votre conduite doit être à présent toute pieuse et raisonnable; vous devez avoir grand soin de tenir votre conscience pore, etexempte de tous péchés volontaires, quelque petits qu'ils puissent être. Que vous serez heureuses, mes chères enfants, à Theure de votre mort, et même dans tout le cours de votre vie, si, à commencer dès aujourd'hui, votre conscience vous rend le témoignage que depuis votre première communion vous n'avez faitque des fautes d'inadvertance, et pas une de volontaire; vous paroltriez devant Dieu avec une grande confiance, et vous auriez sujet d'en être bien reçues.
a II y a trois choses que j'ai toujours désirées dans les filles de Saint-Cyr, et que je vous recommande d*une manière particulière, persuadée que vous y ferez une grande attention en un jour comme II. i
38 LETTRES ST ENT1tETlS!TS SCm L'ÉDDCATIM.
celui-ci : c'est i'horreor du péché, la présence ée Dieu et la docilité. Qu 'entendez-vous par Vhorrear du péché, Parthenay? — Cesl, dît la demoiselle, arvoir pour le péché plus que de la haine. — Fort kien, dit M"* de Mamtenon; il est sûr que d^arorr quelque diose en horreur est encore plus que de lé haïr. Que fait-on ordinairement pour les choses que Ton a en horreur? — On les fmltie tontes ses for* ces. — Oui, dit M°*' de Maintenon, et voBa ce que nous devons faire à l'égard de tout ce qui est péché. Mes enfants, halssez-le et l'ayez en horreur toute votre vie. le me souviens que quand M^la duchesse de Bourgogne, qui étoit à peu près de votre &ge, vînt en France, elle paroîssoit être indifférente pour totftes sortes de plaisirs, et elle étoit de même pour les richesses et pourles honneurs dont il ne sembloit pas qu'elle se souciât ; mais quand je loi disois : Il y aura du péché si vous faites cela, elle reprenoîtavee une grande vivacité : Il y aura du péché? voilà qui est fait, je ne le ferai point-, et j'avois le plaisir de lui voir toujours le même mouvement de vivacité, toutes les fois que je lafaisois apercevoir ipi'îl pourroit y avoir 4u péché à quelque chose 5 et qudqne envie qu'elle eût de le vouloir faire, elle s'wrêtoit tout court. Voilà comme je vous désire, mes enfmits, et que voua ajoutiez à cette heureuse <lisposition la présence de Dieu, qui vous entretiendra infailliblement dans cette horreur du péché ipie je vous recommande.
« Monfalcon, savez-vous ce que c'est que la pratique de la personne de Dien ? — Madame, dit la
niSTiccno!! aux rariTES demoiselles (i rot). M
Uie deiDoiseUe, c'est de penser toujours à lui. -— «ftserion» iofiniaient heureuses, répondit M"' d% MBAenon, si nous pouvions avoir le bonheur de uer toujours àDieu saQS aucune disfcraclioo, nais ne vous en demande pas encore tantv cela pourra nir dans fa suite ; commencez seulement par oiGrir îKen, tous les^ malint», tout ee que vous fierez dans îouraée, élevez votre cœur vers lui de temps en np», par exemple, quand Tborloge sonne; et sî onsion se présente de faire quelque cboee qui délîse i Dieu^ abstenez-vous-en en disant en vouateies : Dieu me voit, cela me suffit pour ne le jelis faire. S'il vous arrive quelque bonheur ou quel* e peine, recevez Tun etTaulre comme de k^maift Dieu, lui rendant grâce de ce qui vous (ait plaisir vous soumettant humblement à ce qui vous fait la peine, sans murmurer, sachant qu'il ne nous ut jamais, rien anriver contre son ordre ou sans sa: rmissèM. Par exemple, c'est lui qui permet que veue parle i présent ; c'est lui qui vous a conp iÈM ici pour vous faire instruire de votre religion,. a que vous sayez de bonnes chrétiennes; c'est lui i ordonne tous les événements de la vie des homts, et qui veut qu'ils en fassent un bon usage, de elque nature qu'ils soient. Vous voyez bien que tte pratique n'est pas seulement pour le temps quer «a avez à rester ici, mais que c'est pour toute la ite de votre vie que je voua la recommande, et us devez l'observer jusqu'au milieu du monde^ et ^me du plus grand monde, si vous y èles engaes. Vous trouverez peut-être étrange que je vous
40 LeiTRES ET ENTRETIENS EUR L*ÉDUCàTIOIf.
parle de la présence de Dieu à votre âge; je vous assure, mes chères enfants, que vous ne pouvez commencer de trop bonne heure à vous accoutumer à regarder Dieu en tout, et à reconnoltre sa main qui agit sur nous dans tous les différents événements de cette vie.
« La troisième qualité que je souhaite à mes filles, c'est la docilité-, je voudrois bien savoir ce que vous entendez par la docilité. — C'est, répondit M"* de Moléon, de bien obéir aux maîtresses. — Non-seulement aux maltresses, dit M"** de Maintenon, mais encore plus à votre confesseur. Rien n'est d'un meilleur augure pour l'avenir que cette docilité à se laisser conduire, à embrasser le bien qui nous est recommandé ou inspiré. Et ne croyez pas que ce soit une vertu d'enfant^ cette docilité convient à tout âge, et je suis persuadée que c'est ce que Notre- Seigneur recommandoit à ses apôtres lorsqu'il leur dîsoit : Si vous ne devenez comme des enfants vous n'entrerez point dans le royaume de Dieu. Ayez donc l'esprit et le cœur dociles à présent, et conservez cette docilité jusqu'à la mort. Adieu, mes enfants, n'oubliez jamais la grande action que vous venez de faire aujourd'hui, et songez à mettre en pratique ma petite instruction^ je vous reverrai dans quelque temps pour voir si vous l'avez bien retenue. »
Puis revenant sur ses pas elle leur dit : « Noos avons une jeune princesse de dix ans (M"* de Charolais^)qui vient aussi de faire sa première commu-
* M^>« de Cliarolals, nommée ausel M"« de BourixHit née en 1693.
INSTRUCTION AUX PETITES DEMOISELLES (1708). 4l
nion. Elle vint quelques jours auparavant voir le Roi dans ma chambre-, il lui recommanda avec une piété et un zèle admirables de bien prendre garde à ce qu'elle alloit faire, d'en comprendre toute l'importance , et d'y apporter toute l'attention possible. J'étois charmée de l'entendre. Il lui répéta plusieurs fois que c'étoit la plus grande action qu'elle. pût jamais faire en sa vie; elle l'écoutoit d'un air respectueux et touché. Je lui dis : « Prenez bien garde, princesse, de ne pas conserver la piété dans laquelle vous êtes élevée, et fortifiez-vous contre les railleries que l'on vous fera sur vos communions et sur vos autres exercices de piété. » Elle répondit : a II y en a déjà beaucoup qui s'en moquent. — Comment, dit le Roi, il se trouveroit des gens qui se moqueroiçnt de votre piété? — Oui, dit-elle, on me raille quand je vais à confesse. — Ce sera assurément, ajouta M'^de Maintenon, un miracle si cette jeune princesse persévère ; priez Dieu qu'il lui en fasse la grâce, inespéré cependant de ses bonnes inclinations et du fond de religion qu'on lui inspire , car elle n'a autour d'elle que des personnes vraiment chrétiennes et pleines de vertu. J'ai voulu , mes enfants, ▼ous dire encore ce petit mot pour vous faire peser le bonheur que vous avez ici d'être poussées et excitées à la piété généralement par tout le monde, bien loin d'en être détournées par qui que ce soit. »
était fille de Louis, duc de Bourbon, et fût mariée en 1713 à Louis Amuiiidde Boarbon, prince de Conti.
4â LETTRES ET EOLTREIIENS SUE L*£l>CeAXiOII.
i^l 1. ^ INSTRUCTION AUX DRIiOLSFJ.I.KS M LA cukML fAna.
(De Patilité des réflexioBi, «t qa'fl nt faoC point <T!ler U peine.)
Jaillct 1703,
« Je suis fort contente, mes chères enfants, cfavoff troirvé en tous la même docilité et la même simpHdté que dans les petites classes; je prétends par là TOUS donner une grande louange. Si les Dames de Saint-Louis ne vous aimoient solidement et ne cherchoient que leurs commodités , elles se tiendroient en repos sans exiger autre chose de vous que ce que vous faites, contentes de ce que l'extérieur va bien ; mais comme nous vous aimons pour vous-mêmes, et que nous cherchons votre plus grand bien , nous allons travailler à former l'intérieur. Je veux commencer par vous apprendre à profiter des temps de silence que nous avons mis dans le règlement, ce que nous n'avons fait que pour de bonnes raisons ; je veux bien vous les dire -, je croîs que vous serrz assez raisonnables pour les comprendre. On veut ordinairement que lesenfants obéissent à l'aveugle, sans examiner ce qu'on leur ordonne. Nous ne vous traitons pas de même; au contraire, je vous permets d'examiner si ce qu'on vous dit et ce qu'on vous fait faire est raisonnable ou non , pajrce que vous devez être capables d'entrer dans nos intentions. La pre-
* Lettres édifiantes, t. V, p, 6&.. — Jkcuet/ (TlmêtructiMU, p. 323.
AUX MaiOISKLLE& DB Là GLAi6B lAVNE ( 1 7Ùt). 43
nière rasoii du âlence (pi'oa vous {ail obserr^^ e^est de vous apprendre à vous taire ; rien ne sied st mal à une iiile que de toujours parier, ^^uand même die auroîi le plus grand esprLt du monde et qu'elle dîfoîi des menreilles» On a tottjours reproché ee défaut aux deoaaiaelles d» Saîot-Cyr. Une autre raison, c'est pour tous donner le temps de faire de sérieuses réfleuoBS, persuadées que si vous le savex bkn employer» rien ne contribuera tant i vout r^idffe raisonaables. Mais pour cck il Ihut savoir ce que e'esi que réfléchir : c'est penser plusieurs fois avec attentioai la même chose. Je crains que ikous* ne perdiez tout le temps qu'on a prétendu qme vous em(rioieriez aux réflexions j ceUes (fui vous eaa* Tiennent présentementsont^ par exemple, s»r Tétat à» vie que voos devez choisir , sur ee que vous de* viendrez quand vous ne serez plus à Saint-€yr, sur coque vous entendez dire de bon pour vons.î'appl»-' qwr, sur la eondinta des personnes raisonnaUei: pour Y conformer la. vétre» Les plus pieuses pren^dront ce temps^là pour penser à Dieu et pour s'entretenir avec lui. Vous pourriez quelquefois compter de mémoire, répéter une instruction pour tieher de bien la comprendre, répéter ce que vous avez appris par eœor, ou apprendre quelque chose, narrer une? bistoire que vous voulez retenir, ou raconter eu écrire -, en un mot, vous occuper toujours utilement. Sî je pouvoîs contenter ma eoriosUé et connottre i quoi s*occupe votre esprit, et quelles sont vos pensées quand vous êtes obligées de garder le silence, j'aurois bien envie de le savoir-, au main»
4i LETTIU-S KT ENTRETIENS SUR L^ÈDICATION.
apprenez à le garder comme il faut, et à vous rendre ce temps utile.
« Je yeux encore traiter avec vous des précautions que vous prenez pour éviter toutes peines et tout travail. Il semble qu'il y en a qui croient pouvoir s'exempter de la loi commune» et qui voudroient ne pas souffrir la moindre chose; cependant ce que vous avez à souffrir présentement n'est rien du tout en comparaison de ce que vous trouverez dans le monde. Il n'y a personne qui ne souffre^ j'ai Thonneur depuis longtemps de voir le Roi de fort près : s'il y avoit quelqu'un qui pût secouer le joug, et n'avoir point de peine, ce seroit assurément lui-, cependant il en a continuellement : il est quelquefois toute une journée dans son cabinet i faire des comptes ; je le vois souvent s'y casser la tète, chercher, recommencer plusieurs fois, et il ne les quitte point qu'il ne les ait achevés*, il n'a garde de s'en décharger sur ses ministres. Il ne se repose sur personne du règlement de ses armées ; il possède le nombre de ses troupes et de ses régiments en détail comme je possède les familles de vos classes ^ Il tient plusieurs conseils par jour, oh Ton traite d'affaires très-sérieuses, souvent fâcheuses et toujours ennuyantes , comme des guerres , des famines et autres afflictions. Il a présentement le gouverne-
< Louis XIV, depuis la mort de Maiarln: a traTaillé cotistainmenllmil heures par jour aux affaires de l'Êlat ; dans les dernières années de son n'^^ne, il travaillait souvent pendant dix à douze heures. On sait que Napoléon possédait, comme Louis XIV, « le nombre de ses troupes et de ses régiments en détail. »
ment de deux grands royaumes S car rien ne se règle en Espagne que suivant son ordre; le roi d'Espagne n'a point d'argent par la paresse de ses sujets; leurs terres sont bien plus étendues que celles de la France, mais elles ne rapportent rien faute d'être cultivées; cela donne de nouveaux embarras au Roi ; il n'est plus question de plaisirs pour lui ; les affaires prennent tout son temps. Cependant y a-t-il une condition en apparence qui devroit être plus exempte de fatigues que celle de la royauté ? Les ministres, dont les places sont si briguées et si enviées, quoique sans raison, méritent bien le profit de leur charge par les peines et les fatigues qu'ils ont i essuyer. M. de Ckamillard ^ est dans un travail continuel : il n'est plus question pour lui de délassements, encore moins de plaisirs ; il ne sauroit voir sa famille, qu'il aime passionnément ,. parce qu*il ne trouve pas un moment à lui donner, étant depuis le matin jusqu'au soir à entendre des affaires désagréables, à voir, par exemple, qui a raison de Pierre ou de Jacques, etc. On craint qu*il ne tombe bientôt malade, il est très>changé ; il a fait venir sa fille auprès de lui pour la marier, et il ne peut la voir ; c'est pourtant un homme qu'on croit très-heureux. « Les juges ont aussi beaucoup de peine ; ils pas-
' Lie royaume de France et le royaume d'Espagne.
* Chargé à la fois du contrôle général des finances et de l'administration de la guerre, el incapable de ce lourd fardeau. Grêlait un liomme d'une admirable probité, et populaire malgré son incapacité : quand il (Vit nommé au ministère des finances, on disait de lui aux portes des églises : « En TOici un qui aime le peuple. • C'est M*»« de Maintenonqui nous a révélé ce détail.
46 LETTRES ET EXTRETIEMS SUE L'ÂMICATION.
sent leur vie à examiner des afiaircs où ils n'ont aucun intérêt, à voir de quel côté est la justice, et souvent à prendre le parti des pauvres gens qui sont hors d'état de reconoottre le bien qu'ils leur font. Les évèques ont encore de très-grandes peines qiiand ils font leur devoir : ils se fiont haïr bien souvent parce qu'ils se croient obligés de reprendre ceux qui ne (ont pas bien *, ils refusent continuelle* ment des dispenses qui leur sont demandées sans de vraies nécessités ^ ils essuient d'étranges fatigues dans la visite de leurs diocèses. Il y a quelque temps que M. de Moyon * Hie dit qu'il avoit donné la coofirmatioaen un même îoiur à quatre mille personnes ; il avoit, par conséquent,, répété qualre mille fois les paroles qui sooA la forme de ce sacrement^ ce qui lui avoit donné une extinetioude voix.
« Je n'ai pas le temps de parcourir les autres états pour vous faite voir qu'il n'en est aucun où il n'y ait de la peine et du travail d'esprit eu de corps. A la guerre, dans le mariage, tout le monde a die la peine; je ne connois que les desHÙseUes de Saint- Cyr qui n en voudroieat point avoir. Nous voyons cela même jusque dims vos jeux : vous ne voulez point chercher ce qu'il convient de dire *, on ne sau-^ roit vous fûre un plus grand plaisir que de vous le souffler sur-le-champ. J'ai toujours aimé les enfants, et je crois que Dieu m'a donné ce goût pour vous
^ C'était uo d'Auliigné, parent éloigoé de M"« de Maintenon ; il dflTint ardievÊque de Rouen. M"'* de Maintenon a eu avec ce prélat une trèa-longue correspondance inédita et que je me propose de publier.
AUX DnmS€LLES DE LA CLASSE JAUNE (171>S). 47
antres. Fen -aï élevé plusieurs , et qoî jouoient comme vous i des jeux où il faHoil penser, chercher; mais loin d^éviter la peine , ils tàchoienft de Tugmenter en se retranchant la fiberté de chercher généralement sur terutes choses, m»s seulement sur quelqoes^nes*, par eixemple, ce qu'il faut pour un hslnllement, une cuisine, sur rameoblement d'une cfaainlbre, sur ce qu'fl faut & un repas; phis leur espiit agissoH, cl plus ils trouvoîent^ plaisir. Yotre gcMevt bien différent du leur, et la première chose que voofs dites sur tout ce qu'on tous propose est toujours ^ Gela eiA trop difficile, cela est impossible, je ne sauroîs. Si vous faites un compte, vous ne cherchef pas à le trouver, mais que quelqu'un vous le dise powr^rous en épargner la prine-, vous êtes bien aises d'entendre une histoire, mais vous ne voudriez pas être obligées de la raconter à d'autres. Je u'aa jamais été que trois ans avec ma mère*, él je me souvrens qu'elle me défendit , à mon frère etàmoi, de parler entre nous d'autres choses que de ce que «eus lisions dans Plutarque-, c'e* un livre où sont contenus )es faits des grands hommes et des femmes qm se sont dîslmgués parleurs vertus ou par quelque action mémorable. Nous ne finissions d*en parler. Après avoir lu, nous étions toujours i comparer les
1 Urne de liaintenon ii*a été en <iffet avec sa mèro que pendant ■on mour à )a Martinique, de 1 C45 à 1647. Elle avait alors de dJz à idoine ans. La mère de M"* de Maiirtemm étsH une femme trèa- •Mre, qui élera «es enduits astez dafemenU ^ tf** de Maintenvn ne M souTenoU d'avoir été embrassée de sa mère que deux fols, et seulement au tron\, cela après une séparation assez longue. > {Whn^irti de M** d'Aumrie.)
48 LETTRES ET ENTHETIEMS SUR l'ADUGATION.
faits des uns et des autres. Une telle femme, lui disois-je, s*estplus signalée qu'un tel homme, elle a fait telle et telle chose. Mon frère me prouvoit que son héros étoit plus merveilleux. Cette belle actiim, me disoit-il, est de lui \ et je courois vite r^^arder dans mon livre s'il n'y avoit rien i opposer à ce qu'il disoit : nous soutenions bien l'un et l'autre notre parti fort vivement ^ cela nous divertissoit beaucoup, et depuis que ma mère nous eut défendu de parler d'autre chose, nous y mimes tout notre plaisir, ïÂtn loin de regarder cette espèce d'assujettissement comme fâcheuse et pénible. Il y en a bien d'entre vous qui auroient trouvé cet ordre trop gênant, et qui s'en seroient peut-être fait un sujet de peine.
« Tous les exemples que je viens de vous citer, mes enfants , ne sont que des bagatelles, mais qui nous font voir que vous étendez celte crainte de la peine à tout, et jusque dans vos divertissements \ il faut, assurément, que vous vous croyiez de meilleure condition que le reste du monde, puisque vous voulez vous exempter d'avoir part à tout ce qui est généralement pour tous. Ce que je vous dis, mes enfants, je le dis pour vous piquer un peu d'émulation, et vous forcer à être plus courageuses , à compter pour rien la peine , à savoir en prendre de toutes les sortes et de bonne grâce quand elles se présentent et sont ou utiles, ou convenables, ou nécessaires et inévitables. Ne vaut-il pas infiniment mieux, en ces occasions, faire de bon cœur et courageusement les choses, que de suivre ses répugnances, son dégoût et son ennui? Je vous parle