‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 68 sur 120 · II · texte numérisé non relu

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50 LETTRES BT EKTflETieNS SUR L'ÉDCGATION.

sonnes qui gonTernent la imrâon. Il y a on article sur lequ^ j'ai parlé cent fois hmlitemeni : c'eaU sur Tos coiffures, que je ne trouve point assez modestes-, TOUS montrez trop^edievcwu pour les petits bonnets que TOUS avez ; vous les reculez trop, ocJa convient mal au reste de votre Ifalntlemeot , c^ ne vous sied {loint. Vous seriez beaucoup nrieux comme nous vous voulons. Vous pouvez même vous tN)uvenir que ^qnand j'ai voulu vous faire parottre devant quelques personnes extraordinaires pour les représentations, j'ai toujours eu soin de recommander qu'on vous coiffât simplement, que vos bonnets fussent approchés, qu'on ne vous tirât guère de cheveux. S'il étoit vrai que vous fussiez mieux autrement, je ne me serois pas donné cette peine ^ mais quand môme vous seriez plus jolies de la manière que vous vous mettez, si vous étiez raisonnables et que vous eussiez un bon esprit, n'aimeriez-vouspas beaucoup mieux faire ce qu'on veut de vous et être un peu plus mal mises? 11 faut , mes enfants , vous mettre au-dessus de toutes ces petitesses^ et comme j'ai dit dans un de vos proverbes, de ces faiblesses de notre sexe, et ne pas faire comme quelques-unes qui se Crisoient la nuit pour faire croire qu'elles Tétoient naturellement. Votre habit n'est pas fait pour être relevé-, il faut que vos troussures soient simples et que tout respire en vous la modestie et l'envie de contenter les personnes qui vous conduisent. Il faut aussi savoir prendre sur soi pour s'accommoder aux personnes avec qui Ton se trouve ; c'est par là que vous vous ferez aimer et estimer, il n'y a rien de si

AVEC U CUSSE VEftTE (1703). 51

inable qu'un esprit accommodant; c'est ce qu'on ïfIféUe un bon esprit. »

Puis, s'adressant & une demoiselle. Madame lui LttBianda lequel était le plus aisé de prendre B/f^Êài wsur le& autres. Elle répondit que c'éloit de prendre ■or soi. «Vous- aveiL raison, ditMadame.il me parott lien plus juste et plus, à propoa de s'incommoder ped'incommûdef les autres*, il faut, au contraire, îtfe toujours occupé des autres pour éyiter de leur causer de TincoraniodUé. W^ la duchesse d& Bourrue a entrepris un ouvrage depuis quelque temps \ dla a ialt venir pouc cela une brodeuse qui passa tiier Umt le jour cbez. moi sans qu'on pensât à lui donner à dîner. Je m'informai vers les deux heures û elle avoU mangé, elle me dit que non ; je la fis ilner et souper, car personne n'y pensoit. Le Roi, yaî est d'une attention merveilleuse, reprit très^fori M"* la duchesse de Bourgogne. Elle en vouloit rire; mais il lui dit qu'il ne pouvoit plaisanter d'une chose pareille. Si ce manque d'attention est pardonnable à une jeune princesse de seize ans, vous voyez que nous nous servons de tout pour vous instruire , et il faut encore que je vous conte riiistoirc de cette brodeuse. Elle a été gouvernante de feu Mademoisalle, qui lui laissa si peu de chose en mourant, qu'elle n'avoit pas de quoi nourrir sept enfantsqu'olle avoit, étant presque en m4me temps devenue veuve, et n'ayant aucune ressource. Elle se mit à travaifler, apprit la broderie, h tapisserie , et, par ce moyen, a fait subsister sa famille. Cela revient bien i notre proverbe : Tant vani t homme, tant vaut

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la ierreK Dès que je la vis, jo me souvins de l'aToir bien connue autrefois. C'est une femme de qualité , jolid.et bien faite de sa personne. N'étes-vous pas clttflMes de cet exemple? Pour moi, je le trouve admirable-, il confond bien des gens qui passent leur vie à se plaindre sans sortir dé la misère, parce qu'ils ne veulent se donner aucune peine.

a J'espère que vous profiterez des instructions qu'on vous fait ; car, quelque mauvais que soit un naturel, il ne peut s'empêcher de voir la vérité qui lui est montrée , et il est presque impossible de résister à la raison, qui est toujours la même. Pour moi, tant que je vous verrai, je ne vous parlercd que de raison, et cela parce qu'il y a des personnes qui, tout en Taimant, manquent d'expérience pour la bien connottre, et qui, dès qu'on vient à la développer, sont ravies de voir clairement ce qu'elles ne faisoient qu'entrevoir. »

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