‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 71 sur 120 · RÉPRIMANDE A LA CLASSE JAUNE · texte numérisé non relu

RÉPRIMANDE A LA CLASSE JAUNE

Madame entrant un jour dans la chsse jaune dtt aux demoiselles qu'elles avoient tout à fait bien chanté à la messe, qu'il falloit convenir qu'elles le faîsoient toujours fort sagement. « Cela marque, ajouta-t-elle, que vous faites ce que vous voulez, et que si vous vouliez tout ce qu'on vous demande, vous le

• Recueil d'Inslructioru, p. 185.

ItÉFRtMAllDE A LA €LAfiSB lAiJNE (17CS). 50

Eée même. i» E^Ie demanda à la maîtresse si elle AMt oonteirte de la classe. Elle répondit ^Q'ellenV poit pas tout à fait lieu de i'èlre ; que la première Mttresse ayant promis un plaisir qu^on aToit attajiéau silence, surtout dans les dortoirs, les éemoi* wHqb m s'étpieiit point mises en état de l'obtenir, fsVïHesparloientbeaueoBp. — «Oui, repritMadone, Hi me dit qu'elles le font même éaii^ leurs lit^. Est-A p»ssifa4e-qu'é Tâge que vous avez vous ayez si peu de poavotrsur vous? Cesttraedes pius mauvaises quaU- ^qu'une fille peut avoir. Je me^ouviens d'avoir été m pension <lans un couvent' -, j'avois plosée vingtînq ans, j'étois veuve et une femme toute vernie, par HiDséquent maUressede moi *, cependant j'aurois été lout à fait £&chée qu'on eût fait le moindre bruit 1ns ma chambre dans le temps du silence, de peur l'inquiéter les religieuses. El vous autres qui avez ioutes sortes d'obligations à une maison qui fait tout ^r vous, vous n'«vezpas la moindre considération pour les règles étidi>lies! — Après tout, mesdames, 3'est votre faute ^, jeyousic dirai toujours, vous êtes trop bonnes. Je suis persuadée que si vous marquiez moins d'amitié aux demoiselles, tous en viendriez isien i bMt. On est trop occupé de leur faire plaisir Bt moi la première: cela les gMe.. Si vous les tnssies toujours suivre Tordre de la maison à la lettre, sans y rien ajouter d'agréable, elles se trou* remieiit trop heureuses le jour qu'il arriveroit que

^ Lecouvcnl des Hospitalières de la place Royale. (Voir V Histoire de la mai9(m rpyele de ScinUCyr, ch. ii.)

60 LETTRES ET BNTRBTIBN8 SDH L*ÉiMIGATiOlf.

VOUS le feriez; mais vous cherchez cootiniieUement à y placer quelque chose qui les diversifie, et cela bit que le jour qu'elles n'ont que l'ordinaire elles le trouvent étrange. Il y en a peut-être cinq ou six raisonnables que celte conduite porte i mieux faire lear devoir et qui disent : puisqu'on a tant de bonté pour nous, il faut que nous donnions tout le contentement possible ; mais tout le reste en abuse et prend vos plaisirs sans se mettre en peine de vous contenter. » Et se tournant vers les demoiselles: «Nous avons cru jusqu'ici que rien n'étoit plus capable de vous gagner que la bonté et la douceur. À de bons cœurs, en effet, il ne faut rien autre chose : ils font tout ce qu'on veut sans qu'on ait la peine de leur dire. Je croyois que vous aviez toutes ce bon cœur; je me suis bien tromr pée : sur soixante il n'y en a pas dix. Cependant toutes sortes de raisons vous y portent *, la piété, votre éducation et le sang dont vous êtes, devroient vous ins- - pirer une cerlaine noblesse de sentiment qui porte à faire son devoir, quand môme personne n'en sauroit rien. Mais vous en êtes bien loin. Depuis deux ans et demi que je me mêle desclasses, quej'épuise toutes les voies de raison et de caresse, je vois que tout cela ne vous fait rien. Que faut-il donc faire ? Apparemment tout le contraire. Nous allons donc changer entièrement de conduite, commencer à vous traiter comme des esclaves qui se trouvent trop heureux le jour qu'on ne les bat point, parce qu'on le fait presque tous les jours de l'année. Vous n'aurez aucun plaisir; on vous fera travailler à la tâche, nous vous réduirons de gré ou de force. Quoi ! mes

A MADAME DE DOUU (1704). 61

^iifiuits, est-ce là la reconnoissance que vous me devez (Dirquer? Si vous en aviez tant soit peu, refuseriezfOQS de m'accorder ce que je vous demande depuis û longtemps pour l'amour de moi? Je sais que vous levez agir pour Dieu, je suis trop peu de chose pour ître la fin de vos actions; il faut remonter plus haut; lin chrétien ne doit avoir que Dieu en vue dans ce ]uil fait. Mais en attendant que vous ayez ces vues gui sont les seules solides» contraignez-vous pour mot, vous ne laisserez pas de faire un hien dont je ?ous saurai très-bon gré. On n'entendra plus dire jae les jaunes sont les plus difficiles et que leur elasse est la peine et le supplice des maîtresses. )>

MAITRISSB DES JAURS8.

(Qii*ii faut être simple en tout.)

Ce 4 jantier 1704.

Oui, ma chère fille, il faut avoir un langage simple; une religieuse doit le régler aussi bien que ses yeux, sa démarche, et toutes ses actions; nous devons être nourries de TÉcriture sainte; mais nous ne devons en savoir les termes qu'autant qu'il le faut pour l'entendre. On loue souvent M. Fagon de ce qu'il parle de médecine d'une manière si simple et si intelligible, qu'on croit voir les choses qu'il explique ; un médecin de village veut parler grec.

1 Uttrtê édifiameê, t. V, leUre 13. ^ Lettres eiAvUy p. 287. :i. 6

Expliquez i vosfiHcs ce qui se trouve dans les livres que vous leur lisez, en leur disant toujours qtill ne ftiut jamais se servir de ces grands mots-là. Du reste, notre mère et moi n'avons eu aucun dessein particulier -, on tomba sur ces noms que vous introduisez, et <iu'il ne faut {las introduire, et de là nous passâmes aux mots savants, et sur ce qui s'appelle r«sprit pédant ^ on ne le peut soufinr dans les savants, à plus forte raison déplalt-ii dans les ignorants, et particulièrement dans notre sexe. Nous aurions grand tort, ma chère fille, d'avoir de l'art avec vous, puisque, par la grâce que Dieu vous fait, on peut vous tout dire sans ménagements-, demandez-loi, je vous prie, cette même grâce pour moi.

Page 1