‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 73 sur 120 · SI LA CLASSE JACRE · texte numérisé non relu

SI LA CLASSE JACRE

4 avril 1704.

Je prie Dieu de bénir votre résolution : qu'elle oit solide et convenable à votre âge-, vous n'êtes dus des enfants; il est temps d'être sages et de devenir ma consolation, le modèle des demoiselles de Mdnt-Cyr,le bras droit des maîtresses. Vous ne pouvez répondre qu'un si grand nombre tienne ce que '0U8 promettez, mais vous y trouverez le remède, ^n déclarant qu'elles ne porteront plus la marque de 'Otre classe. Je vous demande Tattention à Téglise, e silence dans les lieux publics ; de ne souffrir auîun murmure et de pratiquer Tordre de la journée, i moins que les maîtresses ne vous en dispensent. îi vous tenez les promesses que vous faites, vous Nttserez dans celte maison d'heureuses années, et TOUS prendrez des habitudes et un goût pour la vertu bnt vous profiterez le reste de voire vie-, vousproongerez la mienne et vous serez mes plus chères illes.

Lettres e/ i 1 1*5 , p . 4 8 4 .

66 LETTRES ET ENTRBTIBMS SDR L'ftDUGàTIOSi.

i71 «. — ENTRETIEN AVEC LES DAMES

(Se renovfeler louTeiil dan It tifUmee à t*ég«rd ât§ (tenoÎKllet.)

Jiin 1704.

Un jour (le la fête du saint Sacrement, Madame dit à la récréation : c< Faisant ee matin réflexion sur les austérités que plusieurs de vous voudroient faire et qui ne sont pas en usage dans votre maison comme en d'autres communautés, j*ai trouvé que e'en étoit une bonne que cette vigilance coolinuêlle et sans relâche qu'il faut avoir sur les demoiselles; je la crois môme plus difficile parce qu'elle est de tous les jours, et que naturellement nous aimons le changement. Il est bien aisé de se relâcher sur ee point, qui est pourtant très-important, ai on a soin de s'y renouveler souvent. U faudroH le faire dans les retraites, aux grandes fêtes, dans les temps de dévotion , dans les exassiens, et se demander à soimême : Me me suis-je point relâchée sur la veille des demoiselles pendant cette année, ce mois , eetle semaine, aujourd'hui ? ai-je pria garde d'assez près à leur conduite dans cette occasion? leur ai-je dit ce qui convenoit dans cette autre? ai-je empêché (qu'elles ne liassent une conversation.^ ou bien ai-je été attentive à ce qu'elles disoient? ai*je regardé ce que faisoient telles et telles ensemble? à ce qu'elles

^ Recueil dei Réponses f p. 3 G 5.

ÀVSC L£S DAMES DE SÀUCT-LOCiS (1704). 67

écrivoient? Quand je suis à leurs bandes, pensé-je à leur être utile^ prévois^je quelquefois ce que je leur dirai? ne me suis-je point trop reposée sur une sœur ou une noire à qui je les ai confiées? Ce renouvellement e^t d'autant plus récessaire à faire à présent , que vos demoiselles ptroisaent plus pottées au bien tt pkift doeiks que jamais. Vous pouviez pemer fa'îLy auroît moins de nécessité à les suivre de si pris; BMMS soyez persuadées que c'est i cause que TOBS èies si «lactcs à h» veiller qu'elles sont si aisées i eooduire, et qu'aussitôt que vous cesserez de les observer, elles deviendront libectînes Ml ne paroltra pas d'abord grand changement i l'extérieur^ elles vous ebarmeroni peutrMre même par kur conduite y et vous serez tout étonnées qu'ua beau malin vous découvrirez dans le plus grand nombre un mauvaia esprit, point de piété et un si grand rdAcbement, que vous aurez toutes les feioes du monde i en venir à bout, et i rétablir panai ellea cette droiture, cette simplicité, eetts: docilité et cette innocence de vie si aînuible. Le moyen d'éviter les petits désordres qui pourroient arriver dans vos classes,, je vous le redis encore^ c'est cette vigilance sana rriàcbe, dans les temfs mêmes qu'elle vous paroU le moins nécessaire. »

^ Voir U note de la page 103 du tome I.

68 LETTRES ET ENTRETICRS SUR L*ÉDUCATIOX.

DK Lk CLASSE VERTE.

Joia 1704.

M*"* de Maintenon , étant i la classe verte , demanda aux demoiselles sur quoi elles vouloient qu*on leur parlât ; M^*" d'Escoublant ^ lui proposa la reconnoissanee *, plusieurs furent du même avis. M"^ de Maintenon dit à M"'' de Ségonzac' d'opiner du bonnet, lui demandant si elle savoit ce que c'étoit. — Elle répondit quec*étoit d'être du même sentiment que ceux qui donnent leur avis avec nous sur quelque chose, a Oui , dit M"* de Maintenon, et par exemple quand les juges sont assemblés pour terminer quelque affaire, et que le rapporteur a expliqué le fait en question, chacun dit son sentiment, et quand les premiers ont parlé, si les autres sont de même, ils ne font qu'ôter leur bonnet pour marquer qu'ils sont de même avis que. les autres ; cela s'appelle opiner du bonnet , parce que c'est en effet un bonnet qu'ils ont quand ils jugent. — Mais savez-vbus, ajouta-t-elle , ce que c'est qu'opiner? » Une demoiselle répondit qu'elle croyoit que ce mot venoit d'opinion, et qu'opiner, c'étoit prendre l'avis ou le sentiment de ceux qui doivent délibérer sur

> Lettres édifiantes, t. V, p. idi. — Recueil d'Instructions, p. 701.

* Anne Françoise d'Escoublant de Tourneville. Celte demoiselle devint Dame de Saint-Louis ; elle fit profession le 1 5 niars

' Celte demoiselle fit profession aux Capucines.

AUX DBVOrSELLES DE LA CLASSE TERTE (1704). 69

quelque chose. M"^ de Maintenon approuva cette réponse et dit agréablement : a Nous avons déjà appris aujourd'hui ce que c'est qu'opiner du bonnet : passons à la reconnoissance. Solare, qu'en pensez* vous? — C'est , dit-elle , faire tout son possible pour plaire aux personnes qui vous ont fait du bien. — Non-seulement vouloir leur plaire, répondit M"* de Maintenon, mais se souvenir du bien qu'elles nous ont fait et le témoigner dans les occasions qui s'en présentent. Et l'ingratitude, la connoissez-vous ? » La demoiselle dit que c'étoit tout le contraire. « Il est vrai, dit M'^de Maintenon, c'est oublier les bienfaits qu'on a reçus. Savez-vous pour qui vous devez avoir de la reconnoissance? C'est premièrement pour Dieu, et puis pour les personnes qui vous font du bien -, par exemple, devez-vous avoir de la reconnoissance pour l'instruction que je vous fais à présent? » La demoiselle fut embarrassée : elle en sentoit beaucoup pour M"" de Maintenon, et elle voyoit qu'elle en devoit avoir encore plus pour Dieu -, elle ne savoit que dire. « N*en doutez point » lui dit M"* de Maintenon -, c'est principalement pour Dieu qu'il en faut avoir-, c'est lui qui a permis que je vinsse ici plutôt qu'ailleurs-, c'est lui qui m'inspire de vous parler, et qui fait que Ton vous dit des dioses convenables. Mais pensez-vous qu'il soit indigne de Dieu de se mêler de si petites choses , et croyez-vous en effet qu'il s'en mêle ? — Oui , madame, dit M"* de Merbouton *. — Assurément, reprit-

* r^elte dcDioiselle fit prorcssion aux Capucines.

68 LETTRES ET EKTRETIEffS SDR L^ÉDUCATION.

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