‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 75 sur 120 · II · texte numérisé non relu

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ce que nous demandons^ ce que nous regardons comme un éloignement de la paix en sera peutréire la cause*, enfin, quoi qu*il puisse arriver n'arrivera pas au hasard, ce sera l'accomplissement des ordres de notre souverain Maître. Ceux qui aiment le Roi portent de meilleur cœur les cliarges publiques ; si nous aimons Dieu, nous porterons de bon cœur les croix.

f74<. -LETTRE A MADAME DE BOUJU,

nSMIÈlUE MAlTlIftSSE D« LA CLASSS lAtJfTt.

Décembre 1704.

Dieu vous garde, ma chère fille, de vous décourager jamais ! vous pourrez vous trouver dans de plus grandes peines, et il faut vous préparer atout. Vous ne faites que commencera souffrir : les moyens de vous sanctiGer vous sont donc bien marqués par la Providence 5 vous n'avez guère de consultations i faire; obéissez à votre supérieure, en soumettant sincèrement votre jugement \ vivez avec vos subal* ternes comme vous voudriez qu'on vécût avec vous si vous Tétiez, non avec des déférences et politesses mondaines, mais avec une vraie douceur et charité, avec une droite simplicité, qui vous fasse exiger ce qui est dû à la première, pour bien établir les charges sans autres vues que le bien de la maison.

Travaillez en la présence de Dieu, intérieure au

• Lettres et Avit, p, 289.

A MADAMR HF HOUJ; M 70 1). 75

milieu de raclion, mais inlérieure sans contention, sans embarras, et seulement par la paix et la doucear d'un cœur qui aime Dieu et qui agit pour lui. Soyez détachée de tout sentiment naturel, servant la plus choquante et la plus ingrate de vos filles, comme celles qui vous plaisent le plus et qui le méritent le mieux ^ reprenant toujours ce qui est mal et excitant toujours au bien, car il n'y a point d'état de langueur ni de maladie qui doive vous empêcher de faire le personnage de mère, en tâchant de les faire profiter de tout et en leur disant quelques mots édifiants. Vous les Toulez chrétiennes à la vie et à la mort, TOUS les Toulez raisonnables, c'est le fond de Totre éducation : il faut donc suivre continueUement ce projet, sans les fatiguer par de longs dîseours, mai^en semant à chaque moment. Conservéz-TOUs, an milieu derotre travail, afin de travailler longtemps. Bonsoir, ma chère fille ; j'ai été interrompue*, ékesà toutes vos sonirs que je me porte biaiiî. que je les aime tendrement, que Gibraltar est m^ siégé % et qu'il faut demander qu'il soit bientôt pris.

* Après la bataille navale de Velez-Malaga, les Français et les C^Mignols essayèrent Tainement de reprendre Gibraltar, qui aralt été pris par les Anglais le 4 août dtf eelie années

76 LETTRES ET ENTRETIENS SUR L'ÉDUCATION. 473>. — INSTRUCTION AUX DEMOISELLES

DES DEUX OaAMOES CL ASSIS.

(De la nécessité de se convertir, et du bonheur qu^il y a d*ètre à Dieu sans réserve.)

M"* deMaintenon leur dit : a Je commence aujourd'hui par vous exhorter à bien profiter de cette retraite ^, à ne vous pas attendre à apprendre des choses nouvelles, puisque les vérités de la religion sont toujours les mêmes ^ mais à les méditer avec plus de goût que jamais, et à y faire une attention toute nouvelle et encore plus grande que par le passé. Allons, mes chères enfants, que ces saints jours soient ceux de votre conversion; vous savez que tout le monde en a besoin, du petit au grand, et qu'il y a toujours beaucoup à réformer en nous tant que ..jjious sommes en cette misérable vie. Les prédica- <^urs prêcheront toujours la patience et le retour vers Dieu, parce qu'on aura toujours besoin de se convertir à lui, les uns plus, les autres moins; ce seroit un grand orgueil et une grande présomption de croire n'en avoir pas besoin. Prenez de bonnes mesures avec Dieu pour détruire en vous tout ce qui lui déplaît, pour y établir en la place les vertus qui vous manquent, et pour vous fonder et enraciner si solidement dans la piété, que rien dans la suite ne

* Lettres édifiantes, t. V, p. 829.

' '« Celle de trois jours que les demoiselles de Saint-Cyr ont coutume de faire tous les ans. »

AVX DEMOISELLES DES GRAKDES CLASSES (1704. 77

puisse VOUS en délourner. Comptez, mes enfants, qu*il n'y a que cela de bon même dans ce monde-ci, et que, hors de ce chemin, on est toujours dans un péril évident de se perdre, et que Ton se perd effectivement pour rétemitési Dieu ne fait une espècede miracle sur lequel il ne nous est pas permis de compter, pour nous rappeler i lui.

« Quelques-unes d'entre vous pourroient peut-être me dire : Mais.nous sommes encore bien jeunes, et nous aurons toutletemps, après nous être diverties, de rentrer en nous-mêmes et de revenir i Dieu. Je leur réponds que Ton ne peut commencer trop tôt i bien servir Dieu ; que plus tôt elles auront commencé, et plus elles l'auront fait avec ferveur et avec fidélité, plus leur récompense sera grande. Je crois qu'un écueil assez ordinaire aux jeunes personnes, c'est de compter sur une pénitence à venir, qu'elles ont dessein de faire un jour après s'être donné du bon temps; elles se flattent que Dieu, comme i un. saint Augustin et à une sainte Thérèse, etc., leur fera la grâce de se convertir, et qu'elles deviendront saintes i leur tour. Mais, hélas! que le nombre de ces heureux pénitents est petit! et que celui des pécheurs qui ont compté sur la pénitence, et sont morts malheureusement sans avoir eu le temps de la Caire, est innombrable ! J'espère, mes chères enfants, qu'aucune de vous ne prendra ce travers si périlleux, et je suis bien aise en passant de vous faire faire attention sur le grand avantage que les âmes innocentes, et ferventes en même temps, ont sur les âmes pénitentes, je dis même sur le^ saints péni-

lents*, car n'est-il pas ordinaire que les âmes innocentes, qui ont toujours été pénétrées de son amour et de la crainte de lui déplaire en la moindre chose, pleurent et gémissent sur leurs plus petites infidélités avec la même contrition, la môme douleur et la même ardeur que les saints véritablement pénitents le font sur leurs plus grands péchés ? Ce que je ne dis pas pour diminuer le mérite de ces saiots pénitents dont Texemple est si consolant pour les pécheurs, mais pour vous encourager a faire vosefforts, ^ à prendre toutes sortes de précautions pour conserver chèrement le précieux trésor de Tinnoccnce, qui est le moyen le plus sûr et le plus doux pour se sauver, et qui porte toujours avec lui de si grands avantages, même dans ce monde.

« Je ne puis mieux faire, ce me semble, pour vnas encourager à embrasser généreusement pour le ireste de vos jours la pratique d'une vie chrétienne, que de vous proposer l'exemple de M. le duc de Bourgogne*; c'est un jeune prince à peu près de votre âge, puisqu'il n'a pas encore vingt-deux ans. Depuis sa première communion, nous avons vu peu à peu disparoître tous les défauts de son enfance, qni nous donnoient de grandes craintes pour l'avcmir ; sa piété a toujours été poissant, son progrès éloit Visible d'une communion à l'autre -, il a surmonté généreusement toutes les railleries qu'il a eu à ^• Suyer dans le commencement ; et à présent il est Tadmiration de tout le monde. Il communie très-

^ On Mit qu*ll AitélevëpsrTéneloD.

à ceux qui, n'ayant pas la ressource de la piété, se laissent tyranniser par leurs passions, ne savent à quoi passer le temps, et cherchent à s'étourdir depuis le matin jusqu'au soir en faisant succéder un plaisir à un autre, sans en trouver aucun qui les satisfasse entièrement. Ils vont à la comédie, à la chasse, à une promenade^ je voudrois que vous pussiez les voir revenir, rien n'est plus propre à faire la méditation -, vous les verriez avec un visage chagrin, se plaignant que rien n*a réussi selon leurs désirs : la comédie a été mal jouée, on y mouroit de chaud, le mauvais temps les a privés du plaisir de la promenadcy les chiens ont mal chassé, on n'a point bien pris ses mesures^ enfin, à en juger par leur air, on diroit qu'ils viennent d'avoir les plus grandes mortifications ; au lieu que le jeune prince de la piété duquel je vous parle est toujours content, parce qu*il sait remplir son temps d'exercices pieux et utiles.

« On voit les religieuses les plus austères et les plus régulières être gaies et contentes dans une vie si pénible à la nature, et cette innocente joie est le partage de tous ceux qui font le bien. Plusieurs d'entre vous sont presséesde sortir d4ci ; que ferontelles si elles n'ont amassé un bon fonds de piété? Elles ne savent pas ce qui les attend. Quelques-unes payeront pension dans des communautés et elles y auront bien des contraintes et des désagréments; d'autres se trouverontpeut-être avec un mari jaloux, bizarre, débauché, joueur, etc. ; d'autres éprouveront différentes sortes de peines et de contradictions-,

gagner^ qu'il craignoit que cela ne vtnt d*un fond d'avarice, et qu'il lui sembloit impossible que ce qui vient du péché mortel fût innocent en soi-même. II pense de même sur tous les autres articles, et quelque envie qu'il ait de faire quelque chose, c'est assez de lui dire qu'il peut y avoir de roffense de Dieu pour l'arrêter tout court. Madame sa femme, qui sait bien cela, qui connott sa grande simplicité malgré son grand esprit, abuse un peu de cette délicatesse de conscience pour le faire abstenir des choses qui lui déplaisent, quoiqu'elles ne soient pas péché, car il suffit qu'elle lui dise : a Monsieur, si vous continuez à faire cela, vous serez cause que Dieu sera offensé, parce que je me mettrai en colère. » Il n'en faut pas davantage pour l'arrêter. Certaines gens pensoient que c'étoit par avarice qu'il avoit quitté le jeu, mais les aumônes secrètes qu'il fait depuis qu'il s'est adonné à la dévotion le justifient parfaitement de ce soupçon, et ce qui montre davantage que c'est véritablement par vertu qu'il se prive du plaisir du jeu, et que ce n'est point par entêtement de soutenir son entreprise, c'est qu'il ne fait pas difficulté de jouerquandcelaest nécessaire pour condescendre au goût de M'"'' la duchesse de Bourgogne ; mais il se contente pour lors d'un petit jeu, comme d'une pistole ou deux tout au plus-, à peine lui arrive-t-il de jouer une fois en huit jours. Il prend de même avec modération et par complaisance d'autres plaisirs innocents, comme la chasse, la promenade, etc.; et bien loin que sa piété s'oppose à ces sortes déplaisirs, elle les lui rend plus agréables qu'ils ne le sont

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