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bien que Dieu voulût rendre la sauté a M. de Boufflers^ il faut que ma sœur de Marana^ s*accouUinw a prendre deTautorité, elle n'est plus un enfant, et il ne faut plus trembler avec des enfants. Yousavex grande raison, ma cbère fille, d'aimer tout ce qui est établi dans votre maison ; si vous le continuez, vous ferez des biens infinis par l'édification que vous donnerez à toutes les maisons religieuses. Priez pour celles qui n*ont pas été aussi bien éclairées que la vôtre. Je me porte toujours bien et voua embrasse du meilleur de mon cœur.
209 •.—ENTRETIEN AVEC LES HELiGiE%JS&S
Dl SAIRT-LOUIS.
(Trait! dÎTen tar reieellence de leur Institiil.}
M""* de Maintenon leur disoit souvent que Fédaèation de leurs demoiselles et ht chafge de KMirs classes sont un ouvrage immense pour des pérsirttatB qui s'y donnent de bonne foi, et qu'il n'est pas possible d'en soutenir le travail et d'en remplir les de* voirs sans une sainteté éminente ; c'est à quoi eUe les exhortoit sans cesse, même dans les commencements : Cl Vous devez, leur disoit-elle, traiter tou-
* Le maréchal de Boufflers.
* Nicole-Françoise de Marans de Penenverne fl( profession U 25 août 1707 et mourut en 1710, âgée de yin^-kiDif ana. f$i n'avait pas été élevée à Sainl-C^r.
» Lettres édifiantes, t. V, p. 473.
AVEC LIS nSLIGISUSCS DE SAt!fT-LOUTS (1707). 183
jours vosdemoisdles d'une manière raisonnable, les élevant jusqu*à vous, au lieu de vous abaisser i elles. It faut beaucoup de fermeté pour les conduire A la fin qu'on se propose sans se rebuter des difficultés, et une grande douceur pour y parvenir. » Quelqu'un ayant dit que M. d'Aubigné, archevêque de Rouen', ne parloit qu'avec admiration de la grandeur de l'institut des religieuses de Saint-Louis : c II est vrai, reprit M"^ de Maintenon, qu'il y en a peu oh Ton puisse faire de plus grands biens à la jeunesse de notre sexe; la plupart des maisons établies pour l'élever n'ayant pas ordinairement assez de temps pour leur apprendre suffisamment tout ce qu'il faut qu'elles sachent pour former leur raison, leur jugem^t et leurs mœurs ; c'est cependant l'essentiel, et ce doit être là votre capital ; comptez pour peu le savoir si vous ne réglez bien la conduite. »
Une matlresse de classe voulant la suivre à la communauté, li°** de Maintenon lui dit de rester plutôt i sa classe pour y faire le bien que Dieu demandoît d'elle» et comme cette personne marquoit du regret de ne pas entendre ce qu'elle alloit dire d*utilc, ii*"* de Maintenon lui dit : oU vaut beaucoup mieux faire des choses utiles que d'en entendre. »
Un jour que M*"" de Maintenon suivoit l'ordre du jour de la classe rouge, une maltresse lui (aisoit faire alieotion a l'innocence de leur vie ; M*"' de Mainteoon lui dit d'un air pénétré : « Que cela est agréa-
1 Parent de M^de Maint^on.
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ble à qui aime Dieu I Mais il faut, «en etfot, raimer : pour en être capable et pour y trouver dû plaisir. » j
Parlant à une maltresse, elle -lui dit: cJene trouve rien de si pénible à la nature qu'un gouvernement chrétien, parce que dès qu'on veut remplir 1 ses devoirs il faut s'oublier, se compter pour rien, J se livrer aux autres, faire souvent tout autre chose ' que ce que Ton vouloit, ne jamais montrer d'humeur, de passion, de foiblesse, d'acception de personnes ; enfin se livrer tout entière à l'emploi dont on est chargé sans aucun rapport i soi-même. Uo gouvernement humain est bien plus doux : on prend ce qui plait, on laisse le reste parce qu'on rapporte tout à soi, et qu'on ne cherche que son plaisir et son repos. Si j'agissois ainsi, et que, sans me mettre en peine de ce qui se passe dans la maison, je prisse trois ou quatre Dames de Saint- Louis des plus spirituelles, que je m*en fisse une espèce de cour pour m'entretenir et me divertir, je ne serois pas fort fatiguée. Une première maltresse de même qui ne se laisseroit approcher que des plus agréables et des plus spirituelles de sa classe, qui passeroit le jour dans un fauteuil a leur faire dire des vers, des conversations, et autres choses propres à réjouir, ou qui s'entretiendroit avec elles quand elle seroit d^humeur de le faire, éloignant le reste de ses filles, et ne souffrant point qu'on Tabordât quand elle voudroit se reposer ou se livrer à ses pensées, seroit, comme vous voyez, fort à son aise ; mais aussi ne feroit-elle rien moins que son devoir.
<( Je demande tous les jours à Dieu jtie Saint'
|yr ioit détruit si leê Dames ne sont des saintes^ arce qu*il est comme impossible que vous remplisez les desseins de vos institutions si vous n'êtes 'ès-parfaites. Toute la France est intéressée à votre 3nservation tant que vous ferez votre devoir dans éducation des demoiselles, et au contraire tout le londe demandera que votre maison soit détruite si ar votre irrégularité et votre négligence cette bonne ducation dégénère. Vos devoirs demandent une rande vertu, et vous n'avez pas les mêmes ressour- BS qu'ont les autres religieuses pour se maintenir ans l'esprit de leur dévotion -, au contraire, tout » qui vous environne vous servira de pièges et de rétexte pour vous relâcher. La vie austère et péni- 3nte de la plupart des religieuses les rappelle même Tesprit de leur vocation -, elles ne peuvent guère 'en éloigner que l'on ne s'en aperçoive, parce u'il faut que l'extérieur aille toujours, et ce qu'elles nt seulement à craindre est une diminution de la srveur intérieure, qu'il leur est facile de renoueler a l'approche d'une fête, d'une retraite, d'une isite, d'une communion ^ tout cela les réveille, et épare le mal avant même qu'il ait paru. Il n'en est AS de même chez vous -. le petit peuple qui vous ovironne, et qui ne cherche qu'à secouer le joug, le favoriseroit que trop votre relâchement, qui ne e renfermeroit pas à vous seules, car votre jeunesse y participeroit bientôt-, et je ne donnerois AS quelques mois pour détruire le bien que nous âchons d'établir depuis plus de vingt ans. Tout ouïe sur votre vertu, et les remèdes que vous
pourriez chercher au dehors, même dans ce qu'il y a de plus saint de votre connoissance « aehèveroîeiit plutôt de tout ruiner qu*ils ne vous aîderoicnt à vous rétablir, parce qu'il est presque impossible, quelque éclairés que puissent être ceux que vous pourriez consulter, qu'ils comprennent assez vos obligations particulières pour vous rendre Tesprit de votre institut, si vous Taviez perdu. »
Une maîtresse avoit de la peine à se donner si fort aux soins de sa classe parce qu'elle en étoit souvent distraite. M"** de Maintenon lui répondit : a Personne n'est exempt de distractions; il vaut mieux avoir celles-là que d'autres plus mauvaises. , J avoue qu'il faut travailler à se modérer, mais après tout un |>eu trop d'activité vaut mieux que de la lenteur ou de l'indifférence, et les naturels vifii sont ordinairement les meilleurs et les plus propres à rendre service. Al qui croyez-vous, par exemple, que le Roi sache meilleur gré d'un courtisan uniquement occupé à faire sa cour, qui est de tous ses plaisirs sans avoir jamais aucune peine, ou d*un fi« dèle sujet qui passe sa vie à combattre pour lui, exposé à de continuels dangers, toujours dans la peine et dans les fatigues, qui n'est soutenu que par son courage et par son attachement au service de son prince, n'ayant même que très-rarement le phusir de l'approcher ? Il n'est pas difficile de voir que c'^st le dernier; faites-vous-en l'application, et voyez si vous avez sujet d'être affligée que la multitude des soins inséparables de votre charge rende votre prémuce de J)i^u moins doupe qu'mUroipis. Pour moi
AV9G LIS BCUGIIII8B8 MS SAIMT-UWIS (1767). 1S7
qui suis auisi Sort, vive, je me trouve accablée de difttraetîons aussi difiéreotes que sont les affaire dont j'ai la tète remplie : tantôt c'est Saint-Cyr qui m'occupe , une autre fois ce sont les affaires de rÉtat« ou ce que j'ai appris du quiétisme, du jansé* oisme, et autres maux qui menacent l'Église^ enfin, j6 ne me présente guère devant Dieu qu'au travers d'une multitude de pensées qui remplissent mon imagination, mais je me console en lui disant : « H « est vrai. Seigneur, que je mêle dans mes actions « une vivacité naturelle qui n*est pas exempte de « plusieurs dé(auts dont je suis confuse; mais aussi, « vous savez que je ne les entreprends que pour « vous plaire et pour vous servir, et que si je contt sultois mon goût, j'aimerois mieux me reposer « que de me donner bien du mouvement pour des . « affaires qui me seroient étrangères, si tout autre « que vous y étoit intéressé. » Vous voyez bien, ajouta M*"' de Maintenon, que ce n'est pas pour mon plaisir que je me lève avant le jour pour venir à Saint-Cyr, malgré le brouillard et le mauvais temps, et que je fais mille autres choses fort contraires à mon inclination. Ce qui doit donc consoler une personne viyp, c'est de penser qu'elle agit pour Dieu ; sans Pék elle seroit accablée de ses défauts. »
la maîtresse reprit que ce qui faisoit sa peine ^toit, qu'au lieu de se prêter simplement aux oc* cupations de sa charge, elle ne pouvoit s'empêcher de s'y livrer tout entière. « Pourquoi, lui dit M"* de Maintenon, ne vous donneriez-vous pas tout entièrp i un emploi qui vous vient de la part de Dieu,
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et qui est pour sa gloire ? C'est précisément ce que j*estime en vous, et si Dieu me donnoit le poavoir de former une personne comme, je le souhaiterœs avec promesse de lui accorder tout ce que je pourrois désirer pour elle, je la demanderois d'un caractère a se donner tout entière à ce qu'elle fait sans rien réserver pour son plaisir, ni pour son repos, H c'est même ce qui s'appelle bon naturel. Mais il faut avoir soin de le sanctifier par l'intention pure de plaire à Dieu, de procurer sa gloire, de se rappeler de temps en temps en sa présence avec tranquillité et douceur, de ne jamais manquer par sa faute à aucun des exercices de piété marqués par la règle. »