‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 91 sur 120 · DE LA CLA88B JAUNE · texte numérisé non relu

DE LA CLA88B JAUNE

(Sur kf escuict et Ici répoiucs dmI à propot.)

18 avril t76«.

« Je voudrois , mes chères enfants , dit M"* de Maintenon aux demoiselles, vous défaire de la pente que vous avez a vous excuser. Je sais qu'elle est naturelle, et que c'est même une pratique religieuse de ne le jamais faire, quoique Ton soit reprise à tort \ aussi ce n'est pas ce que j'exige de vous : je vous demande seulement en ces occasions d'écouter d'à-

< Uiireê édifianiêê, U V, p. 666.

136 LETTRES ET ENTRBTIBKS SUR L*ÉOUCATION.

peut-être dans la nécessité de travailler pour subsister, je dis que, généralement parlant, rien n'est plus nécessaire aux personnes de notre sexe que cl aimer le travail : il calme les passions, il occupe Tesprit, et ne lui laisse pas le loisir de penser au mal, il fait même passer le temps agréablement. L'oisiveté, au contraire, conduit à toutes sortes de maux ; je n'ai jamais vu de filles fainéantes qui aient été de bonne vie. Il faut nécessairement prendre goût a quelque chose; on ne peut vivre sans pl^ir; si on ne trouve point à s'occuper utilement, il faut en chercher à autre chose. Que peut faireune femme qui ne sauroit demeurer chez elle, ni trouver son plaisir dans les occupations de son ménage, et dans un ouvrage agréable? il ne lui reste à le chercher que dans le jeu, la compagnie et les spectacles. Y a-t-il rien de si dangereux ? Combien de filles, sans être mal nées ni avoir de méchantes inclinations, ont perdu leur honneur pour s'être rencontrées en de mauvaises compagnies? combien voit-on de familles ruinées par le jeu? combien de femmes qui étoientnées sages et modérées, de qui cet amour du jeu a causé la perte de la réputation ? J'ai connu une demoiselle à la cour, très-sage de sa nature, qui s'est perdue par là; elle avoit une telle passion de jouer, que n'osant le faire ouvertement, parce que madame la Princesse dont elle étoit fille d'honneur lui ayoit défendu, elle demeuroit tout le jour penchée à une porte, passant par-dessus l'argent, les cartes-, enfin cette passion l'a poussée si loin qu'elle passe des nuits à jouer avec des gardes -, elle en est devenue

VOUS avez, par exemple, fait un oubli ou un message de travers, au lieu de dire que vous aviez tant de choses à faire à la fois que vous n'avez pu vous en souvenir, dites que vous êtes très-mortiûées d*avoir ainsi oublié ou mal fait la chose dont vous étiez chargées , et bien fâchées de l'embarras que votre oubli ou votre étourderie ont causé. Agissez avec droiture, franchise et simplicité en toutes les occasions semblables, et comptez que rien n*est plus grand, plus généreux et plus noble, aussi bien que plus juste et plus raisonnable, que cette manière-là. A des personnes comme vous, je devrois me contenter de vous dire que la piété et la vérité seules l'exigent de vous; maisjesuisbienaisede me servir de toutes sortes de motifs pour vous engager plus sûrement à m*accorder ce que je vous demande. J'aimerois cent fois mieux une fille qui feroit quelquefois les choses de travers, et qui tout bonnement Tavoueroit et en parottroit fâchée, par rapport à l'embarras que cela donneroit , qu'une autre qui feroit ordinairement fort bien les choses, mais qui ne voudroit point avouer son tort quand elle auroit manqué. Je dirois de la première : Voilà une fille vraiment candide, quoique un peu incommode dans ses bévues, mais il y a apparence qu'elle se corrigera , et sa droiture seule y contribuera beaucoup -, et je vous assure que j'aurois une bien moindre opinion de la seconde, quoique plus capable. Encore une fois vous ne sauriez recevoir avec trop de respect et de reconnoissance tous les avis que Ton vous donnera, car c'est ordinairement un principe d'amitié et d'intérêt pour

138 LETTRES ET ENTRETIENS SDR L*ÉDIICATION.

&VOUS en vouloir charger, acceptez-les par obéissance, mais donnez-vous de garde de vouloir les achever en peu de temps, et pour cela de déranger vos exercices et votre éducation; soyez un an a finir cet ouvrage plutôt que de vous relâcher sur la régularité et sur le soin de vos demoiselles. Votre constitution vous défend les ouvrages exquis et d'un trop grand dessin , afin que vous n entrepreniez point de faire des ornements trop magnifiques pour votre maison ou pour des personnes du dehors, et que vous ne fassiez point ici tous ces ouvrages et colifichets en broderie et au petit métier qui sont si inutiles. Vous êtes destinées à des occupations ]^s solides et plus importantes; je dis plus, car si par impossible, ce me semble, il vous arrivoit de manquer d'ouvrage, j'airaerois mieux que vous en fissiez pour le dehors et pour de l'argent, que vous donneriez ensuite aux pauvres, que de vous amuser a ces bagatelles. y>

Et un jour qu'on lui en donna d'admirables et faits avec une délicatesse grande, elle dit : « J'espère que mes chères filles ne feront jamais de ces gentillesses-là ; ces sortes d'ouvrages me déplaisent, non-seulement a cause de leur inutilité, mais principalement parce que je crois qu'on les fait avec une attache qui est contraire à la perfection ^ et qui est la cause de plusieurs irrégularités; on se couche plus tard, on ne se rend pas au son de la cloche pour les exercices; on en veut se faire des présents» on espère ensuite d'en recevoir. Oui, je vous le ré- I encore» j'aimerois mieux , si vous en avies be-

faire des fautes à tout âge, et il n'y en a point oix on ne doive être reconnoissant d'en être averti.

« Donnez-moi, mes enfants, la même consolation que vos anciennes compagnes, qui recevoient de si bonne grâce ce que Ton jugeoit à propos de leur dire pour leur bien ^ aussi sont-elles devenues la plupart d'excellentes religieuses. M"^ de Ponbriant, par exemple, qui est présentement une si fervente carmélite, avoit mille défauts, et nous ne cessions de la reprendre ; quand on me dit qu'elle youloi t être religieuse, je m'en moquai*, mais voyant que cela étoit véritable, je voulus lui parler sur sa vocation , et je lui dis: — Est-il possible, mon enfant, que vous pensiez à être religieuse avec le goût que vous avez pour le monde? Elle me répondit: — Il est vrai, Madame , que je l'aime fort , je sens que je m'y perdrois , ô'est pour cela que je ne veux point y aller. — Mais, lui dis-je, tu es si vaine, tu aimes tant à t'ajuster, à parler, à te réjouir! — C'est justement à cause de tout cela, di£-elle, que je veux être religieuse. — Voila ce qui s'appelle aypir du courage , ajouta M'"'* de Maintenon , et une excellente vocation. — M. Tiberge, dit M"* de Champigny, la respecte fort*, il y a quelque temps que je lui dis qu'elle m'avoit écrit, il me dit : <c Gardez précieusement sa lettre comme venant d'une sainte. » A quoi M""" de Maintenon répondit : « Je la reg«gç4^ aussi comme telle *, je ne puis vous dire combien j'en fus édifiée quand je Tallai voir. Je la trouvai tçutc pleine de Dieu , ne respirant que lui et tout ce qui a rapport à lui. »

140 LEITRES ET ENTRETIENS SUR L'ÉMJCATION.

bord bien respectueusement et tranquillement ce que vos mailresses vous disent, et, quand elles ont fini , de leur demander, d*un ton doux et modeste, permission de leur dire vos raisons, pourvu qu'elles soient bonnes, car il vaut mille fois mieux avouer bonnement que Ton a tort que de donner une seule mauvaise excuse. Aussi ce que je vous dis est pour le premier cas, où je suppose que vous êtes reprises d*une faute dont vous n'êtes point coupables, ce qui peut arriver quelquefois, rien n'étant si aisé parmi votre nombre que de prendre Tune pour Tautre. Mais dans le second cas, où je suppose qu'effectivement vous avez fait la cbose dont on vous reprend, vous ne devez pas avoir le moindre petit mot à dire, si ce n'est pour témoigner que vous êtes vraiment fâchées de Tavoir faite , que vous êtes bien obligées de l'avis qu'on vous donne, et résolues d'en profiter et de ne plus jamais tomber daus la faute dont on vous fait apercevoir. Je vous assure, mes enfants, qu'il n'y a personne, si animée contre vous qu'elle pût être , qui ne fût aussitôt désarmée par cette bonne manière 5 et je vous prie d'être bien persuadées que je ne vous demande en cela rien d'extraordinaire -, que non-seulement toute fille bien élevée en use de la- sorte, mais encore toute personne raisonnable et qui a l'esprit bien fait. Comptez qu'il est plus honorable d'avouer ingénument et simplement que l'on a tort, que de s'excuser mal à propos : c'est la marque d'un très-petit esprit et d'une méchante éducation. Que je n'entende donc plus parler ici de mauvaises réponses ou méchantes défaites. Si

AVEC LES DAMES DE SAINT-LOUfS (1706). 145

celles qui montrent ni celles qui apprennent ] ne regardez que la piété et la raison comme essentielles à l'éducation *, offrez toutes vos peines et tout votre travail à Dieu entre lui et vous*, vos filles brilleront moins par leur catéchisme et par leur conduite que par des vers et des conversations, et la pauvre maltresse ne sera guère admirée quand ses filles prieront bien Dieu et qu elles ne feront ni ne diront rien de mal à propos.

« Je prie Dieu , ma chère fille , de bénir tout ce que vous faites et tout ce que voulez faire. »

DE SAIMT-LOUIS.

( Sur i*ciprit d'iotérèt qui détourne la plupart des religieuses de l'intention des fondateurs; en quoi nous y pourrions tomber.)

Madame nous renouvelant un jour avec un grand sentiment de crainte les prédictions qu^elle nous fait quelquefois, que nous tomberons dans la suite dans Tavarice et l'esprit d'intérêt, qui nous feront manquer aux intentions de nos fondateurs, nous rassurâmes que nous tacherions de perpétuer à jamais dans la maison Tesprit de désintéressement qu'elle nous avoit inspiré, et que les dangers qu'elle nous faisoit voir qu'il y auroit à nous en départir nous effrayoient extrêmement, a Comment, reprit-

^ Reçue U de9 Réponses t fi, 454.

142 LETTRES ET ElfTRETIENS SUR L'ÉDIJCATION.

VOUS qui nous porte à les donner; mais quand cela ne seroit pas, un esprit bien fait profite toujours de Tavis, quand même il partiroit d'un principe â*animosité. J'admire souvent M** la duchesse de Bourgogne, qui est la première princesse du royaume, et sur laquelle je n'ai naturellement nulle autorité : vous ne sauriez comprendre avec quelle docilité, quelle bonne manière et même quelle reconnoi»sance elle reçoit les^vis que je prends la liberté de lui donner. Mais, bien plus, je la trouvai Vautre jour assise sur un degré, à la porte de ma chambre, avec Jeanne, qui est une grosse villageoise de bon sens que j'ai chez moi , qui lui disoit tous ses défauts et tout ce qu'elle entendoit dire d'elle de désavantageux à Paris; cette charmante princesse, au lieu de se choquer de la franchise de cette bonne femme, se jeta à son col, et l'embrassa plusieurs fois en lui disant : — Je te suis bien obligée, Jeanne, je te remercie de tout ce que tu viens de me dire, car je sens bien que c'est par amitié pour moi. Et toutes les fois qu'elle la voit, non-seulement elle lui fait amitié, mais elle Tembrasse de tout son cœur, quoiqu'elle soit laide, vieille et dégoûtante. — Eh bien l mes enfants, qu'avez-vous à répondre à cet exemple? n'est-il pas plus que suffisant pour vous convaincre que rien n'est si louable, si convenable et si à sa place que de bien recevoir les avis que l'on donne, ou sur nos défauts , ou sur nos manières, ou sur quelques autres manquements? Travaillez, dès aujourd'hui, dès ce moment, a prendre celle bonne habitude, et conservcz-la tout le reste de votre vie, car on peut

AVEC LF-:S DAMKS HF: SAINT-I-OIIS (1700). ] ij

Neuville, car nous donnons hien volontiers aux demoiselles leurs besoins, et si largement que vous nous en reprenez quelquefois. — Oui, répondit Madame, tant qu'il ne vous en coûte pas de vous retrancher à vous-mêmes -, mais s'il falloit vous ôter une jupe pour les habiller, je ne sais si vous seriez aussi exactes à leur donner ce qu'il leur faut. Pendant que vous aurez assez pour vous et pour elles, je ne crois pas que vous les laissiez manquer; il faudroitunfondde mauvaise volonté dont vous n'ôtes pas capables. Mais si vos revenus dimînuoienl de manière qu'ils ne fussent plus suffisants, je craindrois bien qu'on ne se portât d'abord a retrancher aux demoiselles, et rien sur vous autres; car, ajouta-t-elle en riant, la grande pente est de pratiquer la pauvreté en ce qui ne va qu'à prendre sur autrui. Vous aurez de beaux prétextes pour tomber plutôt sur vos demoiselles : la communauté, dirczvous, est composée de personnes avancées en âge; elles ont des besoins que nos jeunes filles n'ont pas ; l'épargne que l'on feroit sur la communauté reviendroit a peu de chose, maisla moindre sur les demoiselles fera une grosse somme à cause de leur grand nombre. Vous trouveriez ainsi des raisons d'excuser rinjustice de votre procédé. Cependant, étant religieuses, vous êtes engagées par le vœu de pauvreté à épargner et à n'avoir pas toutes vos commodités, au lieu que vos demoiselles sont des séculières. J'avoue qu'il y a des extrémités à craindre dans le zèle mal réglé que pourroient avoir quelques-unes qui trouvcroient qu'on ne leur donne jamais assez.

144 LETTRES ET ENTRETIENS 8011 L'ADOCATION. 199». -LETTRE A UNE DAME DE SAINT-LOllS.

Je ne désapprouve point du tout , ma chère fille, qu'un enfant chante pendant le silence*, il n'en est point troublé , et cependant la petite en profite ^ mais je désapprouverois fort que le chant ' devint chez vous un sujet d'amusement et de division. Il seroit de Tamusement pour celles qui auroient ce goût-là -, il seroit compté trop sérieusement si on le regardoit comme un exercice nécessaire à l'éducation-, il pourroit causer de la division sur le choix de celles à qui on montreroit la musique, car plusieurs peuvent en être capables. Vous êtes appelées à un grand renoncement à vous-mêmes; il ne faut rien donner à votre goût, rien à l'amitié particulière pour vos sœurs , rien à vos proches, rien au plaisir d'en faire; il faut aller droit en tout | et toujours sans acception de personnes.

J'approuve fort que vous profitiez des talents des filles. qui vous aident dans la classe pour apprendre ce qu'elles savent à vos enfants; mais je '| désapprouverois fort que vous fissiez le moindre embarras à la maîtresse générale par rapport à ces talents-là; désirez toujours celles qui ont le plus de bonne foi et de raison; contentez-vous de celles qu'elle vous donne.

Soyez en tout modérées ; ne poussez à bout ni

^ Recueil des Répotues.

AT£G LES DAMES DE SAINT-LOUIS (t706). 149

anquiez insensiblement. Vous le ferez d'abord ec scrupule; mais on s'accoutume aux choses, et xpérience de ce qui arrive dans la plupart des iblissements fait que je n'ose espérer que vous rez fidèles au vôtre. Je prie Dieu cependant qu*il •us en fasse la grâce. »

Quelques jours après, M"*® de Maintenon parlant r le même sujet. M"*® de la Rozière lui demanda

que les religieuses de Saint-Louis devroient faire elles se trouvoient quelque jour hors d'état d'en- 3tenir leurs demoiselles aussi bien que les règles

marquent, et s'il ne faudroit pas plutôt les faire ivailler davantage, afin de gagner de quoi les faire bsister, que de proposer d'en diminuer le nombre, i de retrancher sur leur nourriture et sur leur hallement. « Sans doute, répondit-elle , qu'il seroit m de commencer par les faire beaucoup travailler; seroit môme à souhaiter qu'elles le fissent assez ibilement pour pouvoir vivre de leur travail en cas ï besoin *, mais il seroit difficile de leur donner pour la plus de temps qu'elles n'en ont, car elles le font esque tous les jours, excepté le temps des exerces qu'il ne leur faut point ôter^ vous ne pourriez ajouter que Theure des vêpres , qui ne vous feroit s une grande avance. — Ne pourroit-on pas, dit "• de Veilhant, les faire lever plus matin, ou les ire travailler plus tôt qu'elles ne le font? — Tout la, répondit M"' de Maintenon, ne se devroit faire le d'une manière passagère, autrement il embarsseroit beaucoup. Pour leur nourriture, je vous pète sans cesse qu'il n'y a point de superflu dans

ce qui est réglé, et que vous leur devez toujours le nécessaire. Mais c'est alors que vous pourriez faire les petites épargnes dont nous parlions l'autre jour, pourvu, encore une fois, que cela ne fût pas poussé trop loin, car j'aimerois beaucoup mieux n'avoir que cent filles au lieu de deux cent cinquante, que de renverser tous les règlements, et de m'éloigner des intentions du fondateur, afin d*en faire subsister un plus grand nombre. Comme ce seront toujours les rois qui donneront les places aux demoiselles, si vous étiez assez mal dans vos affaires pour ne plus pouvoir garder les conditions de la fondation, vous pourriez lui représenter que, vos biens étant beaucoup diminués, vous n'êtes plus en état de la soutenir. Si le roi qui régnera alors a de la bonté pour votre maison, il augmentera votre revenu plutôt que de diminuer le nombre de vos filles, ainsi qu'a fait le Roi, qui a mieux aimé l'augmenter de trente mille livres que de toucher à ce nombre de deux cent cinquante, comme on le lui proposoil. Si vous avez un roi qui ne se soucie point de conserver votre établissement, il consentira volontiers a vous laisser moins prendre de filles quand vous aurez fait voir, par vos com|)tes dressés en bonne forme, et par l'étal de votre bien, que vous ne pouvez entretenir le nombre qui vous est marqué. Mais je ne croîs pas que votre temporel dépérisse tant que le spirituel se soutiendra; c'est pourquoi je vous ai dit souvent que le renversement ou la conservation de votre institut est entre vos mains. Si vous êtes régulières, si vous remplissez avec fidélité les obligations de votre fon-

ATEC LES DAMES DE SAlirT-LOVIS (1706). 151

dation, si vous conservez soigneusement votre temporel, si vous ne faites aucunes folles dépenses, qui est-ce qui se fera un plaisir de vous détruire? Personne n'aura de raisons de souhaiter votre ruine; toute la noblesse, au contraire, est intéressée à vous conserver. Ce n*est pas le dehors que je crains, c'est le dedans *, si jamais vous vous éloignez des intentions de votre fondateur, vous donnerez lieu à des personnes puissantes d*entreprendre sur votre temporel, et si la division se mettoit entre vous, en sorte que vous eussiez besoin de chercher du secours du dehors, votre maison tomberoit bientôt en ruine. Si, par exemple, vous ne vous accordiez pas pour vos élections, pour les réceptions de vos novices, et pour toutes autres choses où il fallût faire intervenir l'autorité de révoque ou du supérieur, il viendroit à la vérité pour vous accorder; mais, quelque bien intentionné qu'il fût, il faudroit qu'il embrassât quelqu'un des partis, il seroit facile de le prévenir, et vous verriez que la fille la plus adroite, et qui sauroit mieux parler pour soutenir son sentiment, Femporteroit sur celles qui seroient les plus raisonnables, les plus vertueuses, et qui sauroient le moins s'intriguer. Un évoque, un supérieur peuvent avoir des raisons particulières de connoissance , de parenté pour s'intéresser à la réception d'une fille-, ils vous prieront de la recevoir à leur consiilératîon , et puis vous vous trouverez chargées d'un mauvais sujet. Un évoque qui ne connottroit pas votre maison autant qu'il convient qu'il la connoisse, et que vous appelleriez pour vous mettre d'accord sur quelque

Quand j'appréhende qu'on ne prenne trop sur elles, je ne prétends pas blâmer l'épargne qu'on pourroit faire sur les choses qui ne sont pas essentielles à leur éducation , et il est bon qu'elles apprennent à être ménagères. J'approuverois fort que dans une grande disette on leur laissât porter leurs habits avec des pièces, qu'on leur donnât du ruban et des gants moins souvent, qu'on leur en laissât môme manquer d'une manière passagère, et qu'on leur flt sentir d'autres privations qui ne nuisent ni à leur santé, ni a leur taille, ni à leur éducation -, je voudrois seulement en ce cas que la communauté commençât d'épargner sur elle aussi bien que sur les demoiselles. Mais il y a des choses sur lesquelles je désapprouvcrois beaucoup le moindre retranchement, par exemple, sur la nourriture : vous leur en devez une bonne et suffisante; elle est nécessaire pour les faire croître, pour les fortifier et pour leur faire un bon tempérament ; et vous ne sauriez retrancher de ce qui est réglé pour elles sur cet article sans leur faire tort. Je voudrois aussi toujours un grand soin de leur donner des corps aussi souvent qu'il est nécessaire pour conserver leur taille, quoi qu'il en pût coûter; qu'on ne retranche rien de la lumière, il les faut éclairer pour les bien veiller, cela est essentiel à leur éducation ; qu'on donne au dehors ce qu'on ne pourra faire au dedans, sans occuper une Dame de Saint-Louis qui seroit nécessaire aux classes. Voilà des dépenses que vous ne pourriez retrancher sans injustice et sans manquer aux intentions de votre fondateur. J'appréhende bien cependant que vous n'y

butées des classes, parce qu'elles ne pouvoient demeurer tout le jour sur un siège au bout d'une table, et qu'elles craignoient d'anticiper sur les droits de la première maîtresse , ou de manquer à l'attention qu'elles doivent avoir sur les demoiselles, si elles eussent changé de situation. J'ai dit à ces filles-là que rien ne les obligeoit à demeurer à la môme place, qu'il seroit bien plus utile aux demoiselles qu'elles se plaçassent, tantôt auprès d'une, à qui ellcmonlreroit à travailler, tantôt auprès d'une autre pour Tempêcher de lier une conversation avec sa compagne; d'en aller redresser une troisième qui se gâte la taille à force de se tenir de travers-, de faire de temps en temps le tour de la classe, quand elles n'auroient point d'autre raison que d'avoir envie de marcher: celte manière de veiller les demoiselles leur étant tout aussi bonne que d'être assises auprès d'une Uible pour les regarder. Sur cela, il est venu d'autres maîtresses me dire qu'en vérité les classes étoient tuantes, qu'elles ne pouvoient demeurer debout pour veiller les demoiselles. A celles-là je leur dis: Tenez- vous assises, il faut avoir pour soi les ménagements qu'on auroit pour les autres et ne point tomber dans les extrémités. Un jour, vous serez en disposition de parler pour les exhorter ou les reprendre à Theure de l'instruction : eh bien! faites moins lire et parlez davantage; un autre jour, il ne vous viendra rien à dire, ou vous aurez mal à la tète : faites continuer la lecture et ne dites mot. Il faut ainsi se ménager dans les choses indiiïérentes, et se réserver pour les nécessaires.

150 LBTniES ET EUTRBTIEIfS SCK L*ÊDDCATIOH.

ce qui est réglé, et que votis leur devez toujours le nécessaire.. Mais c'est alors que vous pourriez faire les petites épargnes dont nous parlions Tautre jour, pourvu, encore une fois, que cela ne fût pas poussé trop loin, car j'aimerois beaucoup mieux n'avoir que cent filles au lieu de deux cent cinquante, que de renverser tous les règlements, et de m'éloigner des intentions du fondateur, afin d'en faire subsister un plus grand nombre. Comme ce seront toujours les rois qui donneront les places aux demoiselles, si vous étiez assez mal dans vos affaires pour ne plus pouvoir garder les conditions de la fondation, vous pourriez lui représenter que, vos biens étant beaucoup diminués, vous n'êtes plus en état de la soutenir. Si le roi qui régnera alors a de la bonté pour votre maison, il augmentera votre revenu plutôt que de diminuer le nombre de vos filles, ainsi qu'a fait le Roi, qui a mieux aimé Taugmenter de trente mille livres que de touchera ce nombre de deux cent cinquante, comme on le lui proposoit. Si vous avez un roi qui ne se soucie point de conserver votre établissement, il consentira volontiers à vous laisser moins prendre de filles quand vous aurez fait voir, par vos comptes dressés en bonne forme, et par l'état de votre bien, que vous ne pouvez entretenir le nombre qui vous est marqué. Mais je ne crois pas que votre temporel dépérisse tant que le spirituel se soutiendra; c'est pourquoi je vous ai dit souvent que le renversement ou la conservation de votre institut est entre vos mains. Si vous êtes régulières, si vous remplissez avec fidélité les obligations de votre fon-

INSTRUCTION AUX OENOISEIXES DE SAINT-CTR (1706). 155

selles leur doivent être préférées. Il ne faut pas que ce que nous avons fait jusqu'ici vous autorise -, nous sommes sorties de toutes les règles, dans le commencement de rétablissement, où nous avions besoin de plusieurs filles du monde qui eussent Texpérience que Ton ne peut trouver dans les vôtres. Nous nous sommes munies pour cela d'une permission verbale du Roi^ mais j^ crois qu*il vous en faudra moins à l'avenir» et que vous devez réserver vos places aux demoiselles de Saint-Cyr. Je suis cependant persuadée qu'il y aura des cas où vous serez obligées d'en prendre. — Quels peuvent être ces cas? dit M"* de Glapion. — Par exempte, répondit Madame, si quelqu'un de connoissance et de probité vous indiquoit un excellent sujet, vous pourriez en essayer; il pourroit aussi arriver des temps où il n'y auroit presque aucunes de vos fdles qui vous convinssent ou qui eussent vocation pour la maison; il faudroit bien pour lors ouvrir vos portes aux sujets du dehors plutôt que d'en manquer ou d'en prendre de mauvais chez vous, m

202».— LNSTRUCTION AUX DEMOISELLES

Dl SAINT-CTR.

(Sar U commujiioo. )

Je viens, mes chères enfants, vous parler de la communion que vous aurez le bonheur de faire demain.

1 Lettrei idifianU», t. V, p. 517.

156 LETTiES ET EyTBLETlESs SCIL L'ÉSkCCAIlOX.

Je s'iii cLannê^ «le la piété «lue tous faites paroltre à Idi-pn-rhe des sacrements, elje suis persuadée qu'elle e<t en rore pi .15 vive dans votre cœur qu'elle ne le {kitoî: à l'extérieur, et c'est ce qui me rassure sur les cninies -[je j'ai quelquefois que vous n'approcLiez. ou Ju moins quelques-unes d*entre vous, de ce divin sacrement par routine, pour suivre les autres, pour faire ce qui est marqué dans TOtre règle, et parce que Ton a s<>in de vous avertir quelque temps auparavant de vous y préparer pour tel ou tel jour : mais que , ^luand vous serez chacune chez vous . sans être avisées ou suivies par personne sur cet article, vous ne tombiez dans le relâchement et dans Tindolence, né-jligeant de vous confesser et de communier aussi souvent qu'il convient à tout boa chrétien de le f-jire, et surtout à des filles qui, comme vous, ont été élevées jusqu'à vingt ans dans la plus grande pieté. Je puis vous assurer que, dans le monde mOme, les personnes qui ont un peu de soin de leur salut ne mettent pas ordinairement plus dun mois de distance entre leurs communions. M. le duc de Bourgogne communie tous les mois; c'est la règle que saint François de Sales prescrit aux personnes séculières, et il ne suppose pas qu'une personne pieuse puisse le faire moins souvent. Le Roi et la Reine d'Espagne communit:nt aussi tous les mois, comme M. le duc de Bourgogne, et avancent et reculent seulement cette communion de quelques jours , selon que les fêtes se rencontrent Je vous nomme ces personnes-là, qui sont par leur état dans des occasions qui sembleroient les devoir

NSTRUCTION AUX DEMOISELLES DE SAINT-CYR (t70G). 157

iturellement éloigner de cette sainte coutume, ►ur vous convaincre que c'est celle de tous les bons rétiens et pour vous prévenir contre les railleries le les gens du monde pourroient faire de voire votion. Si vous en trouvez de cette sorte au sor- * d'ici, laissez-les dire et suivez toujours le plan le vous vous êtes fait d'une vie vraiment chrémne. Les saints évêques et autres personnes de rtu, auxquelles je fais quelquefois voir votre mai- D, me disent souvent qu'elles sont étonnées que, enant une vie si pure et si innocente comme vous ites ici , vos communions ne soient pas plus frétentes. A cela je réponds que je seroisfort aise de lUS voir communier plus souvent qu'une fois le ois, mais que vous n'êtes pas toutes destinées à re religieuses, et que plusieurs d'entre vous devant tourner dans le monde Qt y prendre des établismenls, je crois plus convenable, en faveur de Ilës-là, de vous faire prendre ici une pratique que ms puissiez continuer dans le monde en quelque mdition que vous soyez, et que j'aime beaucoup ieux que vous ayez alors à augmenter le nombre j vos communions, à mesure que votre piété croîa, qu'à les diminuer. Je suppose, en vous parlant Dsi sur la fréquente communion, que vous meniez 16 vie vraiment chrétienne ; car si vous étiez assez alheureuses pour oublier tous les bons principes 16 Ton vous donne ici et pour vous livrer aux plairs, à la vanité, aux jeux, aux spectacles, en un mot une vie toute mondaine, ce seroit bien une nécesté de diminuer le nombre de vos communions^ II. 44

154 LETTRES ET EBITRETIEKS SUR L'ÊDUCATIOSC.

« Vous m'avez encore souvent pressée de vous dire les qualités que je croyois nécessaires pour faire un bon sujet, et les défauts qui mériteroient Texclusion-, je vous lésai dites, mais cela vous empéche-t-il d'ôtre embarrassées pour faire Tapplication des maximes générales? On dit bien qu'ilne faut pas d'esprits de travers ni dissimulés, de Giies de mauvaise humeur-, mais le fait est de savoir si la personne proposée a un mauvais caractère d'esprit ou non^ si ces inégalilés qu'on y remarque viennent d'un fond de mauvaise humeur ou d'accident*, sî c'est une bizarrerie vérilable ou une tentation*, si elle est dissimulée et pense à ne se pas montrer, ou si c'est qu'elle ait peu a dire, et ainsi des autres caractères ; rien n'est si diflicile à discerner. »

M"* de Rocquemont demanda s'il faudroit hésiter a renvoyer une postulante qu'on trouveroit bizarre. « Si elle Test, en effet, dit Madame, ce seront un sujet de l'exclure; mais reste à savoir si c'est une véritable bizarrerie, car toutes les personnes qui en ont fait quelque acte ne sont pas pour cela bizarres, comme, selon notre bon saint François de Sales, on ne doit pas dire qu'un homme est ivrogne pour l'avoir vu ivre, »

Nous demandâmes à Madame son sentiment sur l'usage qu'on devroit faire de la liberté qu'on fious avoit donnée, par les dernières lettres patentes, de prendre des filles du dehors pour être religieuses dans notre maison. «« Je crois, dil-elle, que vous devez user rarement de cette permission, et pour des sujets cxcellenlissimes-, car, pour les médiocres, vos demoi-

INSTRUCTION AUN. DEMOL^ELLES l)E SAINT-CYK (iTOGi. ; :»7

iialurellcuicnt éloigner de celle sainle coulurne, pour vous convaincre que c'est celle de tous les bons chrétiens et pour vous prévenir contre les railleries que les gens du monde pourroient faire de votre dévotion. Si vous en trouvez de cette sorte au sortir d'ici, laissez-les dire et suivez toujours le plan que vous vous êtes fait d'une vie vraiment chrétienne. Les saints évêques et autres personnes de vertu, auxquelles je fais quelquefois voir votre maison, me disent souvent qu'elles sont étonnées que, menant une vie si pure et si innocente comme vous faites ici, vos communions ne soient pas plus fréquentes. A cela je réponds que je seroisfort aise de vous voir communier plus souvent qu'une fois le mois, mais que vous n'êtes pas toutes destinées à être religieuses, et que plusieurs d'entre vous devant retourner dans le monde çt y prendre des établissements, je crois plus convenable, en faveur de celles-là, de vous faire prendre ici une pratique que vous puissiez continuer dans le monde en quelque condition que vous soyez, et que j'aime beaucoup mieux que vous ayez alors à augmenter le nombre de vos communions, à mesure que votre piété croîtra, qu'à les diminuer. Je suppose, en vous parlant ainsi sur la fréquente communion, que vous meniez une vie vraiment chrétienne ; car si vous étiez assez malheureuses pour oublier tous les bons principes que l'on vous donne ici et pour vous livrer aux plaisirs, à la vanité, aux jeux, aux spectacles, en un mot à une vie toute mondaine, ce seroit bien une nécessité de diminuer le nombre de vos communions^ - n. 44

158 LËTTHËS ET ENTRBT1EN8 SUR L'ÉDUCATION.

mais vous seriez alors bien à plaindre. Je prie Dieu de loui mon cœur qu'il vous préserve de ce malheur. Il faud'roit du moins, en ce cas, avoir toujours un confesseur arrêté, et prendre ses conseils et ses V avis et les suivre *, ce seroit un bon moyen pour vous aider à rentrer dans votre devoir. Mais celui que vous a\ej. présentement entre les mains, dont je vous conjure, mes chères enfants, de faire un saint usage, est votre communion de chaque mois et celles que Ton veut bien encore vous accorder, outre celle-là; fuitcs-les toujours comme si chacune devoit être la dernière de votre vie, et apportez-y-toutes les saintes dispositions qu'il vous est possible, et vous ferez sûrement un grand amas de grâces, de forces et de secours pour le temps à venir. Mon Dieu! mes enfants , que tant de communions bien faites vous rendront fermes et courageuses pour le bien! qu elles vous seront d'une grande utilité, pour la suite de votre vie, pour obtenir les grâces spéciales dont vous aurez besoin dans les occasions périlleuses dans lesquelles vous pourrez vous trouver 1 II est moralement sûr que vous étant accoutumées à trouver ce secours dans la sainte communion, si vous étiez dans la suite quelque temps sans vous en approcher, vous y seriez rappelées en sentant intérieurementque quelque chose vous manque. Mais j'aime bien mieux espérer que le grand nombre d'entre vous ne s'éca^ teront jamais de ce divin sacrement et persévéreront dans la sainte habitude qu'elles prennent ici. (( Souvenez-vous uussi toute votre vie de la manière dont vous passez les veilles de vos conmiu-

INSTHOCTfOd ACt DEMOBBlLÈS DE *AINT-CTR (1706). 159

nions, pour faire à peu près de môme quand vous serez chez vous. Il n'y a personne dans le monde qui ne se relire ces jours-là, qui ne les passe en exercices de piété ou dans les églises ou dans sa maison, et vous ne serez point singulières en conservant cette bonne coutume, autant qu'il vous sera possible; car si un père, une mère, un mari, vouloient vous tenir tout ce jour-là auprès d'eux pour les servir et autre chose, alors votre premier devoir est d'avoir cette complaisance pour eux, et il faut savoir suppléer par le recueillement intérieur, par les fréquents retours vers Dieu et par les actes redoublés de désir de recevoir Notre-Seigneur, de foi, d'amour, etc., aux exercices extérieurs que vous ne pourriez faire.

« Je ne puis m'empôcher de vous dire combien je suis souvent édifiée de la manière dont la plupart des gens de guerre s'approchent de la sainte communion, du profond respect qu'ils font paroître-, ils y vont les mains jointes , le corps prosterné, sans armes et avec une dévotion charmante. J'eus encore ce plaisir l'autre jour. Vous auriez été aussi ravies que moi si vous aviez vu la piété et la ferveur de deux gardes du corps en communiant, et cela tout ouvertement, sans respect humain, et aussi sans hypocrisie •, car ils ne savoient pas que nous les pouvions voir : j'en suis encore tout embaumée. Adieu, mes enfants; vous voyez que je profite de tout ce que je vois qui peut vous ôlrc utile. »

mais vous seriez alors bien à plaindre. Je prie Dieu de tout mon cœur qu'il vous préserve de ce maiheur. Il faudi-oit du moins, en ce cas, avoir toujours un confesseur arrêté, et prendre ses conseils et ses avis et les suivre-, ce seroit un bon moyen pour vous aider à rentrer dans votre devoir. Mais celui que vous à\ej, présentement entre les mains, dont je vous conjure, mes chères enfants, de faire un saint usage, est votre communion de chaque mois et celles que Ton veut bien encore vous accorder, outre celle-là; faites-les toujours comme si chacune devoit être la dernière de votre vie, et apportez-y-toutes les saintes dispositions qu'il vous est possible, et vous ferez sûrement un grand amas de grâces, de forces et de secours pour le temps à venir. Mon Dieu! mes enfants , que tant de communions bien faites vous rendront fermes et courageuses pour le bien ! qu elles vous seront d'une grande utilité, pour la suite de votre vie, pour obtenir les grâces spéciales dont vous aurez besoin dans les occasions périlleuses dans lesquelles vous pourrez vous trouver! Il est moralerment sûr que vous étant accoutumées à trouver ce secours dans la sainte communion, si vous étiez dans la suite quelque temps sans vous en approcher, vous y seriez rappelées en sentant intérieurement que quelque chose vous manque. Mais j'aime bien mieux espérer que le grand nombre d'entre vous ne s'écarteront jamais de ce divin sacrement et persévéreront dans la sainte habitude qu'elles prennent ici. « Souvenez-vous nussi toute votre vie de la manière dont vous passez les veilles de vos commu-

AVEC LES DEMOISELLES DE LA CLASSE JAUNE (t706). 161

pas encore cissez heureuse ni assez bien disposée pour le pratiquer dans la seule vue de Dieu ^ sans avoir besoin d'ôtre soutenue ou animée par les louanges, ce qui s'appelle vertu chrétienne et solide, il faut toujours mieux, en attendant qu'on y soit parvenue, faire son devoir par le désir de Tapprobalion des personnes chargées de notre conduite, et de celles dont il est raisonnable de vouloir mériter Testime. Je parlois tout à l'heure à la classe bleue de

la différente sortie de M"' de M et de celle de

M"* du N. ... : on a été fort aise quand M"' de M

s'en est allée; toutes ses compagnes en ont été ravies, parce que, faisant fort mal, elle étoit à charge à tout le monde, et n'étoit ni aimée ni estimée; au lieu que M"' du N.... est fort aimée et regrettée, parce qu'elle a toujours eu une conduite sage et raisonnable.

a Je ne comprends pas ce qui peut consoler une personne de se voir haïe et point estimée-, toute la faveur ne m'en consoleroit pas; il suffit cependant d'être en faveur pour avoir peu de gens bien sincèrement affectionnés ; je le dois bien savoir, et je le vois tous les jours. Ce n'est pas que je sois haie, et je n'ai jamais été mieux persuadée de l'amitié de tout le monde que depuis que je suis malade. Quand M. l'archevêque de Paris * me dit, il y a quelques jours, que le peuple demandoit de mes nouvelles : a Comment se porte-t-elle ? * disent ces bonnes gens , je lui dis que cela me fuisoit plus de plaisir que

* Le cardinal de Noa!lle«.

160 LETTRES ET ENTRETIENS SUR L*ÉM)€ATIO!f. 203».- INSTRUCTION AUX DEMOISELLES

DE LA CLASSE JAUHt.

(Du plaisir de se faire aimer, et de plaiie«n fondations da Roi.)

M"' (le Mainlenon , en entrant dans cette classe, dit avec sa bonté ordinaire et en riant à M'^'de Vandam , qui en étoit la première maltresse : « £h bien! ma sœur, cette classe continue-t-elle toujours d'être la merveille du monde ? » Elle répondît que leur sagesse se soutenoit. « Je crois, dit M"** de Main tenon, qu'elles sont bien aises de voir que tout le monde est content d'elles, et c'est un grand plaisir pour les maîtresses de n'avoir qu'à leur donner des témoignages du contentement qu'elles ont de leur conduite, et de pouvoir passer avec elles paisiblement et utilement la journée. » M"'' de Vandam dit : « J'entendois hier M"' du Mesnil qui disoit qu'il n'y avoit rien de si agréable que de bien faire son devoir, de savoir que tout le monde étoit content de la classe, et qu'on n' avoit point de peine à la conduire. — Je suis ravie, dit M"*' de Maintenon , de voir ces réflexions dans la tôte de du Mesnil, car c'est une de nos éveillées. Quand on ne pratiqueroit le bien que dans la vue de contenter les personnes de qui on dépend, et de ne leur point donner de peine, ce seroit toujours trèsbien, car cela part d'un bon cœur, et quand on n'est

* Lettres édifiantes, t. V, p. 755. — Becueil d'Instructions , p. 420.

AVEC LES DEMOISELLES DE LA CLASSE JAUNE (t706). 161

pas encore assez heureuse ni assez bien disposée pour le pratiquer dans la seule vue de Dieu , sans avoir besoin d'ôtre soutenue ou animée par les louanges, ce qui s'appelle vertu chrétienne et solide, il faut toujours mieux, en attendant qu'on y soit parvenue, faire son devoir par le désir de l'approbation des personnes chargées de notre conduite, et de celles dont il est raisonnable de vouloir mériter l'estime. Je parlois tout à l'heure à la classe bleue de

la différente sortie de M"* de M et de celle de

M"*duN....: on a été fort aise quand M"' de M

s'en est allée; toutes ses compagnes en ont été ravies, parce que, faisant fort mal, elle étoit à charge à tout le monde, et n'étoit ni aimée ni estimée; au lieu que M"' du N.... est fort aimée et regrettée, parce qu'elle a toujours eu une conduite sage et raisonnable.

« Je ne comprends pas ce qui peut consoler une personne de se voir haie et point estimée-, toute la faveur ne m'en consoleroit pas-, il suffit cependant d'être en faveur pour avoir peu de gens bien sincèrement affectionnés ; je le dois bien savoir, et je le vois tous les jours. Ce n'est pas que je sois haïe, et je n'ai jamais été mieux persuadée de l'amitié de tout le monde que depuis que je suis malade. Quand M. l'archevôque de Paris * me dit, il y a quelques jours, que le peuple demandoit de mes nouvelles : a Comment se porte-t-elle ? » disent ces bonnes gens , je lui dis que cela me faisoit plus de plaisir que

* Le cardinal de Noailles.

162 LETTRES ET E!IT1IBTIBNS SnÉ L'ÂDOCAtlON.

toutes les faveurs du Roi. J'ai vu qu'en effet on craignoit de me perdre, et j'avoue que cela m'est bien agréable. M. de Chamillafd étoit fort aimé avant d'être élevé à la charge de contrôleur général ; on est bal ordinairement dans ces sortes de places, parce qu'étant cbargé des finances, on ne peut guère se dispenser de mettre des impôts sur les peuples, ce qui ne fait point aimer par soi-même-, c'est ce ministre qui fournit Targent nécessaire aux besoins de rÉtat, et pour payer les gens de guerre. Il me demande de temps en temps : « Madame , cornmencé-je d'être liai? » Je lui réponds toujours : « Pas encore; du moins, cela ne m'est pas revenu, in Quand il fut élevé à cette cbarge, le peuple disoit aux portes des églises : « Pour cette fois, en voilà un bon, il aime le peuple*.)) — Mon frère me disoit l'autre jour, dit M~* de Cbampigny, que tout étoit bien changé aux bureaux depuis que M. de Cbamillard est ministre d'Etat-, autrefois, on ne pouvoit aborder les ministres-, on essuyoit, dit-il, bien des brusqueries de leurs commis, et il falloit attendre des journées aux portes; présentement on est écouté, et M. de Cbamillard en use avec toute Thonnèteté possible. — En effet, dit M"* de Maintenoh , c'est un homme admirable, il n'a point d'humeur, ou, pour mieux dire, il en a une très-bonne, et c'est ce qui le fait aimer; car toutes les fois qu'on le voit, il est toujours le même. Quand il va chez le Roi, au lieu de se faire porter en chaise, comme les autres

* Voir page 45.

AVEC LBS DKV019ELLM DE LA CUSSË JAUNE (1706). 163

ministres, il va à pied, sa chaise le suit, afin de don*" ner un libre accès à ceux qui veulent lui parler*, en effet, il est toujours entouré de vingt ou trente offi<^ ciers à qui il parle, et qu'il écoute les uns après les autres avec une grande bonté, comme s'il n'avoit que cela à faire '. Ce que ne faisoit point M. de I^uvois, qui n'entroit pas dans un si grand détail, ne se mêlant que des choses les plus importantes, ce qui faisoit quMI n'étoit point aimé. Comprenez, mes enfants, que rien ne rend si aimable que la bonté, la bonne humeur, et l'affabilité; cest ce qui fait aussi que le Koi est si chéri de ses peuples, jamais il n'a rebuté personne. »

Puis, faisant un moment de réflexion, elle dit : A Mais, quand même il ne seroit pas bon, il le faudroit aimer. Savez-vousbien, dit-elle en adressant la parole a M"' de Flavigny, qu*on est obligé de l'aimer et de lui obéir quoiqu'il fût méchant?» Elle répondit qu'oui, a Quoi ! répondit M"''' de Maintenon,s'il agissoit en tyran et s'il accabloit ses peuples, on seroit obligé de l'aimer? — Oui, Madame, répondit la demoiselle,Dieu nous l'ordonne. — Cela est bien vrai, répondit M°" de Maintenon, c'est un devoir du christianisme d'obéir aux rois et de les honorer; je ne dis

* Saint-Simon e«t d*arcord atcc M<"" do Maintenon mir Ion qualité* priTées de Cliaiuillard. • IL ne se relmloit point, dil-ii, des propositions les plus inepics, ni des tleinandcs les plus nlisurdes et les plus réitérées; son tempérament y ronlriliuolt par son negme <|ul ne se démcntoit jamais, maisqul n'avolt rien de rebutant : •a manière de refiiser persuadoit du dépialair qu'il en resseutoit, et celle d'aircorder ajoutoit à la grâce. » (T. IV, p. 149, île l'édition in-12.)

pas qu'il l'aille avoir autant d'inclination et sentir les mômes attackemenls \}o\xv un mauvais roi que pour un bon, cela n'est pas possible-, mais il faut être aussi soumis en tout, et avoir le même respect pour l'un que pour l'autre, en ce qui n'est point péché. On ne veut point croire cela dans le monde; quand on a un mauvais roi, il y a bien des gens qui ne se croient pas obligés de lui obéir -, il n'y auroit donc aussi qu'à se croire dispensé d'obéir aux magistrats, et à toute puissance et autorité, parce qu'on ne les croit pas honnêtes gens-, il s'ensuivroit delà une conséquence étrange, qui est qu'on ne seroit plus obligé d'obéir à personne, si on s'imaginoit que toutes celles qui sont constituées en dignité sont défectueuses. Ce raisonnement, comme vous voyez, est très-mauvais, car toute puissance vient de Dieu, et nous devons le regarder dans toutes les personnes qu'il met au-dessus de nous-, quand il nous donne un mauvais roi, c'est qu'il veut nous punir, et quand il nous en donne un bon, c'est qu'il nous regarde dans sa miséricorde, a II nous en fait une grande, dit M"* de Boissauvcur, en nous donnant celui que nous avons. — Assurément, répondit M'"* de Main- j tenon, c'est véritablement un bon roi -, c'eût été un grand malheur pour la France s'il avoit été autrement, puisqu'on n'a point encore vu de règne si long que le sien-, je pense qu'il signe delà soixantetroisième année de son règne, aussi a-t-il régné bien jeune, il n'avoit que quatre ans et demi. »

« Madame, dit M"*'' de Boissauveur, notre Roi a fait de grands établissements. — Oui, répondit M™* de

Maintenon en^riant, quand il n'y auroit que celui de Saint-Cyr, il seroit admirable, n'esMl pas vrai? Et neTest-il pas encore davantage dans rétablissement des Invalides? Ma sœur, vous seriez surprise devoir la règle qu*il y a dans cette maison : ils sont plus de deux mille hommes qui gardent le silence aussi exactement que vous dites que les jaunes font pré* sentement *, on entendroit, comme on dit, une souris trotter^ ce sontcependantdcsso1datsgrossiers.il y a des oificiers, chacun tient son rang. On a établi des punitions pour ceux qui font des fautes : il y a la table de la Samaritaine, où Ton ne boit que de Teau ', il y a aussi le cheval de bois pour ceux qui font des fautes plus considérables: il est dans un endroit où il peut être vu de tout le monde, et ceux a qui on impose cette punition, outre la douleur, ont encore la honte.

a Y étant allée une fois, le curé des Invalides me dit que de deux mille hommes il n'y en avoit que soixante qui n'étoient pas tout à fait convertis, et qui leur faisoient un peu de peine. Qu'étoit-ce que ce manque de conversion? Cest quils n'approchoientpas si souvent des sacrements, et qu'ils n'étoientpas si dévots que les autres. A peine tous ces hommes connoissoient-ils Dieu à Tarmée, et présentement ils sont d'une piété et d'une dévotion surprenantes. Il y en a grand nombre qui communient tous les huit jours, et plusieurs le font encore dans la semaine -, ils font leurs deux heures d'oraison par jour, quoique cela ne soit pas de règle. J'allai dans une tribune de leur église, qui est par-

166 LETTRE» ET BimtETlENS SOR L'ÉDOCATIOlf.

faitement l>elle et fort grande : elle insfiire do rcsh pect par sa beauté et sa grandeur; je vis dedans trois ou quatre cents invalides qui prioîent Dieu avec une dévotion admirable. Je demandai quel exercice c'étoit-, on me répondit que ce n'étoit point un exercice, que c'étoit seulement quelques particuliers qui faisoient Toraison. Ce sont cependant des hom* mes, et des hommes de guerre, qui sont avec ce respect dans les églises et qui prient si dévotement. i> Quelqu'un demanda si c'étoit le Roi qui avôil fait leurs règles. «Oui, dit-elle, c'est lui-même, excepté certains détails où il ne pouvoit entrer ; mais tout ce qui est essentiel est de lui. Ils ont vingt messieurs de Saint-I^zare el trente sœurs de la Charité; quel respect n'ont-ils pas pour ces filles! ils n^osent leur dire un mot. Jamais ces gens ne jurent, quoiqu'ils y aient été accoulumés à l'armée. — Ne sortent-ils jamais dit? une maîtresse. — Pardonnezmoi, répondit M"'* de Maintcnon, mais avec congé, et on leur marque l'heure où ils reviendront. Mais ce n'est pas là le seul établissement que le Roi ait fait; c'est encore lui qui a établi les hôpitaux qui sont dans les armées. Quand on campe en quelque lieu, on choisit dans la ville ou le village le plus proche une maison pour traiter les blessés et les malades, ce qui se fait aux dépens du Roi ; quand on décampe, ce qui arrive souvent, on cherche un autre lieu pour servir d'hôpital, et on recommence ainsi à tous les décampements. »

Quelqu'un dit que TIIôtel-Dieu étoit aussi un bel établissement. <c Oui, répondit M"* de Maintenon,

AVEC m^jRpOlSELLES DIS LA CUSSE JAUNE (l 706). 167

on Y IMlit tous ceux qui se prcsenlent, mais ce n*est pas le Roi qui l'a fait, il y a longtemps qu'il subsiste^ ce sont des religieuses qui en sont chargées et qui les gouvernent ; ces gens-l& ne sont pas aussi bien réglés que les invalides, aussi ce sont des malades. — Est-ce que les invalides ne sont pas des malades? dit M"* de Marais.— Mon, dit M'^'^de Maintenoni ce sont des gens qui, faute de quelque membre ou par quelque autre blessure, ne sont pas en élat de servir-, il ont seulement une infirmerie pour ceux qui tombent malades. A THôtel-Dieu, dont nous parlions tout à Fheure, il y a des salles différentes pour chaque espèce de maladie, et toutes sont doubles, parce que les hommes et les femmes sont séparés, »

j^mc ^Q Yandam dit que le Roi empêcboit bien du mal et faisoit de grands biens : « Il me semble que vous nous avez dit qu'il est très-sensible au plaisir de sauver des âmes ? — Il estyrai, dit M*"' de Maintenon, et c'est ce qui me fait le plus espérer de son salut, puisque, s'il est vrai que pour avoir sauvé une seule âme, on est presque assuré du salut de la sienne, que sera-ce quand on aura procuré de grands biens à un nombre presque infini ? Combien d'hérétiques lui doivent, après Pieu, leur salut ' 1 Avant même qu'il se fût déclaré contre eux,

i M(»« de Maintenon n'a point Tait ni conseillé, ainsi que ses ennemis le lui ont tant reproché, la révocation de l'édit de Nanten ; c'est un point historique aujourd'hui parraitcment démontré; mais, comme la niaûQrité de la France, elle l'a approuvée ; et rien ne témoigne mieux ravcuglcmenl qui inspira cet acte déplorable

il disoit à quelques-uns : a Je ne vous deaiallde pas de vous convertir, mais, pourTamour de moi, écoutez ceux qui prêchent la vérité catholique. » Ils le faisoient, et il étoit rare qu'ils ne changeassent pas. Que d'enfants n'a-t-il pas fait enlever du sein de leurs mères huguenotes pour les faire élever dans la religion catholique * 1 M"" de Mailly ' est de ce nombre ; elle étoit attachée à la religion de ses pères

que la facilita avec laquelle M"*® de Maintanon parle de U coiwersion dis hérétiques f mùme après les conséquences désastreuses qu'il avait eues. 11 est cependant certain qu'elle s*opposa, autant qu'elle le put faire, aux mesures violentes de Louvois : a Tout en désiraàt de tout son cœur, disent les Mémoires des Dames de SaifU»Cyr, la réunion de» huguenots h rÉgllsc, elle auroit voulu que c'eût été plutôt par la vole de la persuasion que de la rigueur. » (Voir V Histoire de la Maison royale de Saint-Cyr, p. 187.)

* M">* de Maintenon, à son retour d'Amérique et étant âgée de douze anSf fut conUée à sa tante, M»^ de Villelte, calviniste trètwiuâtère qui l'éleva dans la religion protestante pendant près de dea\ ans. Alors une autre de ses parentes, M°*« de Neuillant, obtint on onlre de la reine régente , Anne d'Autriche , l'enleva d'autorité aux mains de M°**: de Villeltc, et la mit dans un couvent, où l'on eut beaucoup de peine à la ramener à la religion catholique. M™* de Mainlenon n'hésita point à faire subir à d'autres le traitement qu'on lui avait fait : elle lit enlever ainsi la pctite-QUe de M"« de Villette (M°»« de Caylus), et la dl élever auprès d'elle dans la religion catholique. Elle en fit de m^me pour M"* de Saint- Hermine, dont on va parler, et qui était aussi sa cousine. Enfin elle n'a cessé de regarder cet odieux moyen d'enlever aux mères leurs enfants comme le plus cfTica»'»? pour ruiner le protestantisme. Ses ennemis h; hii ont vi\rinciil n^proj lu^, et, il faut lo «lire, avec jusllrc.

* M'"« la comtesse de Mailly était fiUe du mar(|uis de Saint- Hermine, cousin de M"'** do Maintenun. Celle-ci l'éleva près d'elle à Versailles, la maria au comte de Maiily, et la fit nommer dame d'atours de la duchesse de Chartres.

et avoit beaucoup d'éloignemcnl pour la catholique ; mais, depuis qu'elle est convertie, je ne connois guère de femmes qui aient une plus solide dévotion, et surtout à la sainte Vierge. »

M°** de Boissauveur dit qu'elle avoit ouï dire que le Roi rapportoit tout à Dieu, et recevoit humblement de sa main les disgrâces et les pertes qui lui arrivoient. «Oui, dit M°*®de Maintenon, quand il reçoit de mauvaises nouvelles de la guerre, c'est avec une grande soumission à Dieu, et sans perdre la conGance en lui. Je lui ai ouï dire dans ces occasions : « J'espère que Dieu nous aidera et que les choses iront mieux-, il faut toujours nous confier en lui.x)

M"*" de Segonzac demanda ce que c'étoit que l'établissement qu'on nomme la Charité : « La Charité, dit M"*' de Maintenon, est un endroit où l'on donne à manger à tous les pauvres^ la feue Reine * y alloit tous les jeudis, les servoit elle-môme, et, après leur avoir donné à chacun un potage et une portion, elle leur distribuoit à tous un demi-louis. Il y a encore ailleurs de ces sortes de Charité : comme à Saint-Germain, à Fontainebleau. — Il faut, dit M"'' de Pincrée, qu'il y ait bien des pauvres, puisque tant d'endroits ne suffisent pas pour les soulager ? — Ah! reprit M*"' de Maintenon, le nombre en est infini, et surtout des pauvres honteux; ce sont là les meilleures charités que Ton puisse faire -, ces pauvres gens-là qui n'osent demander leur pain

« Maric-Théiè^e d'Aulrichc, épouse de Louis XIV.

)70 LËTTIlls^ ET EMHËTlËiNS SUR L*ÉDUCAT10N.

sont encore plus à plaindre que les autres. J*en connois bien (le ce rang; on leur peut faire la charité en leur faisant tenir de l'argent, soit par un confesseur, soit par soi-même, sous prétexte de leur rendre des visites, mais toujours d'une manière qui ne leur fasse point de peine.

(( De toutes les charités que j'ai faites en ma vie, je n'ai jamais ressenti tant de joie que de celle que j'ai faite à une jeune demoiselle. On me donna avis que sa mère Télevoit comme une princesse dans le dessein de la vendre bien cher. On me donne tant d'avis semblables, qu'il y en a un grand nombre auxquels je ne puis remédier; mais quand Dieu veut les choses, elles se font. J'écrivis sur-le-champ à M. l'abbé Tiberge pour savoir si cela étoit vrai -, il me manda que cela ne l'étoit que trop -, j'envoyai prendre cette iille, j'usai un peu d'autorité -, on me l'amena ici à mon parloir. On me Tavoit faite belle comme le jour-, elle étoit à la vérité jolie et bien faite, mais point aussi belle qu'on me Tavoit dépeinte; elledansoit parfaitement bien, jouoit à merveille du clavecin, savoit très-bien la musique, paraissoit la Iille du monde la mieux née. Je la mis à l'abbaye deSaint-Cyr* ; elle n'y eut pas été trois mois, qu'elle demanda à être religieuse; elle ne put y ôtre reçue à cause de son peu de santé. Je l'ai mise dans un autre couvent, oii la règle est plus

* L'al)ha>e do Notre- Dame-des- Anges, qui était dans le ▼iliâpr de SaintrQ}T ; on en Taisait remonter la fondation aux rois ni<^rovingiei^

douce; elle y est une excellente religieuse, et y emploie au service de Dieu et à chanter ses louanges les talents que le monde lui avoit donnés pour le mal. — Je crois, Madame, dit M™ de Vandam, que vous vous êtes fait un grand plaisir d'ôter cette proie au démon ? — 11 est vrai, reprit-elle, que j*en ai beaucoup de penser que Dieu s'est servi de moi pour retirer cette pauvre enfant d'un si grand péril. Elle passe sa vie a gémir sur Tétat de sa mère, qui me<noii une si mauvaise vie qu*oh a été obligé de l'enfermer. Voila une sorte de charité -, il y en a bien d'autres. Si chacun vouloit se servir de ses talents pour contribuer au soulagement de ceux qui souffrent, il y auroit moins de malheureux, et on feroit beaucoup de bien sans grande peine, car Dieu ne demande que ce que Ton peut faire ^ les uns donneroient de leur esprit, les autres de leurs biens, d'autres de leur adresse, d'autres de leur crédit, etc.» M"* de Boissnuveur dit : « 11 y en auroit qui rie donneroient ]ue leurs bras pour le service des malades. — C'est jne belle charité! dit M"'** de Maintenon, I)ieu en ieroit aussi content, et peut-èlre plus que des lutres, et ils auroient une grande récompense, puisqu'ils emploieroient tout ce qu'ils ont. Adieu, mes enfants. »

172 LEHRES ET ENTRETIENS SUR L*ÉDUCATION. 204». -EiNTRETIEN AVEC LES DAMES

DE SAINT-LOUIS

(Sur réducation loUdc.)

NoTembre 1 706.

M"*" de Glapion demanda à M"" de Maintenon ce qu'elle entendoit par cette éducation- solide qu'elle avoit si à cœur que Ton donnât aux demoiselles. « Je comprends, dit-elle, que c'est de s'appliquer, avant toutes choses et par-dessus toutes choses, à former la piété, la raison et les mœurs de vos filles, à leur inspirer l'amour et la pratique de toutes les vertus qui peuvent leur convenir pour le présent et pour Tavenir*, et pour cela il faut travailler sans cesse à détruire et a ptenter en ces jeunes cœurs ce qui se fait chaque jour par les cnlreticns publics et particuliers que vous devez avoir avec elles, et ménageant habilement toutes les occasions de leur inculquer de bons principes, de bonnes maximes, et encore plus de bons sentiments et de bonnes habitudes -, car tout n'est pas fait, par exemple, quand vous avez réussi à tenir vos filles si recueillies à l'église qu'elles n'osent y lever les yeux. H est vrai que cela édifie et leur est utile à elles-mêmes pour les accoutumer à la contrainte et à l'assujettissement si nécessaire aux jeunes personnes ^ mais ne les en croyez pas plus dévotes si vous n'avez eu soin d'élablir dans leur cœur un vrai amour de la piété. On

' Lettres édifiantes, t. VU, p. 263.

pourroit quelquefois leur dire à ce sujet : « Je suis fort contente de votre extérieur, cela va à mer« veille, mais c'est à vous à voir si c'est par respect pour la présence de Dieu que vous vous contraignez ; car si vous ne le faisiez que pour les créatures, votre peine seroit bien inutile. » Et s'il arrivoit que la communauté se plaignit que les demoiselles soient dérangées et causeuses pendant que la maîtresse sauroit qu'il n'y a, grâce à Dieu, aucun défaut considérable parmi elles, et qu'elles sont vraiment pieuses et vertueuses, elle ne devroitpas être bien affligée de ces plaintes, parce qu'il faut cherdier à être plutôt qu'à paraître; ce qui ne devroit pas cependant Tempécher d'y remédier autant qu'elle pourroit. Je dis hier, sur cela, à celles de la communauté qui étoicnt ici, que je craignois qu'il y eût des maîtresses plus affligées quand leur classe a fait du bruit dans un corridor que le jour qu'il se sera fait parmi elles quelque chose qui aura déplu a Dieu, quoiqu'il n'y ait que les yeux des hommes qui aient été blessés de la première faute et que Dieu l'ait été de la seconde. Une d'eiitre elles me dit fort simplement qu'elle ne pouvoit souffrir que ses jfilles fussent trouvées en faute, et que c'étoit là son faible. Il est grand, lui dis-je, et sis fait bien sentir à la jeunesse à qui rien n'échappe, et qui remarque aisément qu'une maîtresse se soucie moins d'établir la vertu dans sa classe que de la faire paroltre dans un ordre merveilleux. Je ne puis assez vous répéter combien je crains qu on se contente de régler l'extérieur; votre vœu d'éducation vous

174 LBTTIIES ET EirrRBTlBlfS SUR L^ÉDOCATIOII.

engage sur toutes choses i les élever chrétiennement et à les occoutumer à bien régler leurs mœurs ; pour cela il faut des personnes qui 9e livrent de bonne foi et tout entières a l'œuvre que Dieu leur confie, et qui se comptent elles-mêmes pour rien ; ce n'est pas se livrer tout entière comme on y. est obligée quand on se contente de s'amuser de ses demoiselles, peut-être d'en tirer quelques services, sons songer à leur donner de bonne foi oeox auX'» quels on est absolument obligé par sa vocation.

« Il ne faut point éviter d'entrer dans leurs jeux, dans leurs conversations, même dans leurs démêlés: il y a du bien à faire partout quand on le veut sincèrement, et tout cela fait partie de leur éducation. Ne leur souffrez ni raffinements ni petitesses dans leur piété , mais enseignez-leur le saint Évangile dans toute sa force *, dites-leur qu'il n'y a que ceux qui se font violence qui remportent le royaume de Dieu*, qu'il faut nécessairement porter sa croix et se renoncer soi-même pour être sauvé-, qu'il faut pardonner du fond du cœur à ceux qui nous ont offensés^ qu'il faut adorer Dieu en esprit et en vérité et le servir de même; qu'il faut avoir le péché en horreur, en éviter toutes les occasions et s'attacher de tout son cœur a la pratique des vertus que Notre- Seigneur nous a recommandées.

« Prêchez-leur tantôt les maximes fortes et solides de la religion, et tantôt celles de Thonneur et de la bienséance. Ne vous lassez point de leur rebattre souvent, a présent et après ma mori^ l'importance cl la nécessité de cette piété solide et

AVEC LES DAVES DE AAmT'LOUIS (1706). 176

simple que je tous recommandois presque inces* samnient et peut-être jusqu'à tous ennuyer.

« M"* la duchesse de Bourgogne en fit, il y a quelque temps , un trait qui me plut infiniment. Vous savez qu'elle avoit été fort malade, et tout le monde se récrioit sur le bon effet des remèdes qui Tavoient si promptement tirée du danger. Elle me dit tout bas : « Je suis bien persuadée que c'est sainte Geneviève plutôt que les remèdes qui m'a guérie, parce que je me suis sentie soulagée dès que je lui ai commencé une neuvaine et bu de l'eau oA on avoit trempé de son pain. — Je suis ravie, madame, lui dis-je, de trouver en vous cette simplicité de foi si rare dans les grands et que Dieu récom* pense assez souvent par des guérisons miraculeuses qui, poar l'ordinaire, sont réservées pour le simple peuple, à cause de la vivacité et de la simplicité de sa foi.» Puis, rappelant quelques miracles de TE- ▼angile, je lui fis remarquer que Notre-Seigneur les avoit faits en faveur de la foi de ceux qui avoiont eu recours à lui, disant à la Cananéenne : a Votre foi est grande; » à une autre : « Qu'il vous soit fait selon votre foi, etc. » Si je ne vous voyois point. Madame , njoutai-je , d'autres marques de piété que cette confiance à une neuvaine ou au pain de sainte Geneviève, je n'en ferois point de cas et j'y craindrois de la superstition, parce que ces pratiques, quoique bonnes et autorisées de TÉglise , ne sont pas essentielles, et se tournent même en abus quand on y met tout sa confiance sans se soucier de manquer à des devoirs plus importants, oomime font

176 letthes et extretios scr l'cdccatiox. ceux qui nevoudroient pour rien ao monde omettre leur chapelet, et qui n'ont aucun scrupule de blasphémer ou de se venger ; qui gardent l'abstinence du samedi et qui mangent de la viande le vendredi; qui croient qu'il est impossible d'être damné quand on porte le scapulaire ou qu'on dit le rosaire, quoiqu'on demeure volontairement dans le péché. Mais quand ces pratiques extérieures sont accompagnées d'une vertu Qdèle à tous les devoirs du cbrislianisme, et qu'on leur préfère, ainsi que vous (ailes, ce qui est d obligation, et que je vous vois attentive a attaquer vos défauts, à vous convaincre de la nécessité de vous faire violence pour vous sauver, à profiter de vos communions, à vous .tenir en garde contre votre humeur, à faire excuse a vos femmes dès qu'il vous est échappé des paroles trop vives, et surtout à fuir le péché et à mieux servir Dieu, je reconnois avec plaisir que votre piété a les qualités nécessaires. La dévotion qui, sous prétexte de s'attacher au solide, dédaigne et méprise les moindres pratiques de TEglise, tient de la superbe : celle, au contraire , qui la fait consister en ces sortes de choses, sans s'acquitter des premiers devoirs de la religion, est superstitieuse.

« Je vous dis tout ceci, mes chères filles, ajouta M"* de Maintenon, pour vous convaincre de plus en plus de l'obligation oh vous êtes d^inspirer a vos demoiselles ces mêmes sentiments, et que vous preniez un grand soin d'éviter de leur laisser prendre une piété orgueilleuse qui méprise ou raille tout ce qui tient du miracle, sans cependant les laisser tom-

ber dans toutes les petitesses de certaines personnes peu éclairées. Il faut qu'elles aient un profond respect pour les dévotions approuvées de TËglise, quelque petites qu'elles paroissent, mais vous devez les rappeler toujours aux pratiques essentielles qui sont : la fuite du péché, l'amour de Dieu et du prochain, et Taccomplissement des devoirs de son état, leur faisant bien comprendre que la vraie piété consiste à aimer Dieu, à penser à lui, à le consulter dans ses entreprises, à ne se pas contenter d'être à lui quand on est à l'église ou qu'on approche des sacrements, mais à y ôtre tous les jours de sa vie par la fidélité à éviter ce qui peut lui déplaire et a faire ce qu'on sait lui être agréable, b

DE SAINT-LOUIS

(Se faire estimer des demoiselles.)

Décembre 1706. .

« Je ne puis me lasser de vous rebattre sans cesse les mêmes choses touchant votre quatrième vœu. Vous savez combien j'ai à cœur que vous en compreniez toute l'étendue et Tétroite obligation où il vous met de donner de bons exemples en tout à vos Jemoiselles. Ce n'est rien de les instruire, de les i prêcher , de les reprendre , si vous ne les édifiez, ili Comptez que c'est celte conduite édifiante et régu- ^

* Lettres édifiantes, t. VJ.

jière en tout qui leur fera le plus d'impression. Tout est perdu pour elles et pour vous, si elles peu* ^cnt vous reproclier avec justice des irrégularités, (\es manques de droiture, des bizarreries, des partialités ou des négligences dans les soins que vous devez avoir d'elles. Souvenez-vous toujours , et celles qui viendront après vous, qu'il faut avec les enfants paroltre irréprochable. On ne sauroil s'imaginer combien ils voient clair, et le peu de cas qu'ils font des personnes qu'ils n'estiment point. Avant le mariage de M™' la duchesse de Bourgc^ne, les dames du palais couchoient tour à tour dans sa chambre 5 il me revint qu'elle marquoît beaucoup d'éloigncmcnt pour une d'entre elles et un grand goût pour quelques autres. Je lui parlai sur les inconvénients de cette préférence, et je tachai de la porter a avoir plus d'estime pour celle pour qui elle paroissoit si mal disposée-, mais elle me dit que cela lui étoit impossible, parce qu'elle n'avoit aucune piété. Je lui demandai sur quoi elle se fondoit pour en juger si mal. «C'est, dit-elle, que je ne la vois presque jamais prier Dieu : à peine se met-elle un moment à genoux, au lieu que M"'* ... prie Dieu très-longtemps, tous les soirs, et fait toujours une heure d'oraison avant de s'aller habiller. » Voilà comment les enfants jugent des personnes qui les gouvernent. Soyez assurées que les vôtres ne sont pas moins clairvoyantes , et que vos demoiselles n'auront de créance en vous qu'autant qu'elles vous estimeront. Il ne faut pas se persuader qu'on en ^ imposera aux enfants : ils savent démêler la mau- ij

vaise foi des personnes qui cherchent des prétextes pour couvrir leurs défauts et leurs passions. La vé* rite, comme vous savez, perce les murailles, et tôt ou tard elle se découvre, quelque soin qu'on prenne de la cacher. Rien n'est si fort que la vertu-, elle no manque guère de faire son effet ^ et quoiqu'il paroisse quelquefois qu'elle ne produise rien sur cer* tains sujets, croyez qu'elle ne laisse pas de leur être utile, et qu'ils feroient apparemment encore plus mal si on n'essayoit de la leur faire goûter. »

DE LK CLASÏiK JAUME.

(Sar Touvrage et les pratiques d'austérité.]

La maltresse de la classe jaune dit que les de«* nioiselles avoient fort le goût de Touvrage. « Cela me fait grand plaisir, dit Madame; tant qu'elles Taime* ront» tout ira bien, et on a lieu d'espérer beaucoup de celles qui l'aiment. Ce n'est pas seulement à cause de votre pauvreté ^ qui vous mettra en état d'en avoir besoin, que je vous souhaiterois alïec-* tionnées au travail , mais encore parce que le temps en passe plus vite, qu'on s'ennuie moins, et qu'il devient môme un plaisir pour ceux qui en ont le goût. M"** la duchesse de Bourgogne ne sauroit se passer d'ouvrage; elle travaille jusque dans ses divertissements et jusque dans son lit^cnlin elle y

* Recueil d'iualructiotis, p. t33.

trouve son plus grand plaisir. L'ouvrage a cela de particulier que plus on s'y applique et plus on l'aime; on ne s'en lasse jamais*, celles qui n'y ont point de goût sont malheureuses , car c'est ce qui convient le mieux aux personnes de notre sexe.

J*ai remarqué qu'on ne voit point en vous autres une chose qui se trouve dans presque toutes les jeunes personnes touchées de Dieu. C'est que, si on les croyoit, on leur laisseroit faire toute sorte d'austérités. Je me souviens que quelque temps après ma conversion , car j'ai été huguenote , étant en pension aux Ursulines, je me joignis à d'autres pensionnaires , et nous jeûnâmes ensemble le carême. Nous ne mangions le soir qu'un peu de pain, et nous gardions le fruit qu'on nous donnoit, dans le dessein de le manger à Pâques. Mais, quand il fut venu, nous ne pûmes nous résoudre à discontinuer la petite mortification que nous avions pratiquée jusque-là, et il fut résolu que chacune distribueroit ce qu'elle avoit à ses amies. Un raffinement de dévotion nous empocha encore de suivre sur cela notre inclination , croyant qu'il seroit plus agréable à Dieu d'en faire part a celles que nous n'aimions pas. Nous le flmes, et par là elles se remirent bien avec nous. »

207«.— I.RTTRK A MADAME HK LA ROZlflRE.

A Saiiit-Cyr, ce 6 aoAt 17«i6.

L'éducation est d'une grande obligation pour

* lettres pieuses, p. 171C.

A MADAHB M BOUPFLERS (1707). 181

ous et d'une grande étendue^ tous Favez vouée, t c'est la fin de votre institut ; il est fait exprès^ et 3 Roi a enrichi votre maison de toutes sortes de seours, dans la vue du bien que vous feriez aux paures demoiselles *, son intention n'a pas été de faire m couvent de plus dans son royaume, il y en a déjà m assez grand nombre; regardez donc vos demoielles comme votre principale obligation , et comprenez bien qu'à l'égard de celles que vous avez lans vos charges, vous leur devez les mêmes soins [ue si vous étiez maîtresse des classes, c'est-à-dire SI même application, la même instruction, la même igilance, et les mêmes exemples, le tout selon vos ègles. Soyez toute à Dieu, ma chère fille, aimez out ce qui est de votre vocation, haïssez tout ce qui !St du monde, ne gardez plus aucunes sécularités-, narchez dans la présence de Dieu, demandez-lui les lumières qui vous sont nécessaires dans votre tat, il vous les donnera, et votre conduite extéieure sera sans reproche quand le dedans sera tout Kscupé de plaire à Dieu.

Ce 28 leptembre 1707.

Je suis ravie, ma chère fille, de ce que vous êtes contente de votre classe, et encore plus du témoignage que vous rendez de vos sœurs. Je voudrois

1 Lettres et Avis, *p. 293.

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