‹ Lettres et entretiens sur l'éducation des fillesChapitre 94 sur 120 · INSTRUGTIOII AUX RBU6IE0SE8 DE SAINT-LOUIS · texte numérisé non relu

INSTRUGTIOII AUX RBU6IE0SE8 DE SAINT-LOUIS

11. révèque de Chartres à la supplique des religieuses de Saint^Louis, pour lui demander la permission de prendre l'habit religieux, M*"* de Maintenon dit : « Plusieurs d'entre vous m'ont priée de vous dire, à l'occasion de ce changement d'habit, ce qu'il y auroit à souhaiter de votre communauté pour qu'elle fût au point où l'on peut la désirer-, je vous dirai simplement ce qui m'est venu à l'esprit en parcourant vos vœux^

« Sur l'obéissance, il me semble que vous y êtes présentement bien fondées : vous respectez, aimez et obéissez cordialement à tous vos supérieurs -, il n'y a qu'à bénir Dieu des progrès que vous avez faits sur cet article, et il y a tout lieu d'espérer que cette pratique si bien établie se soutiendra à l'avenir. Touchant la chasteté, on n'a, grâce à Dieu, rien à vous reprocher : vous ne cherchez aucun plaisir hors de votre maison^ vous avez un éloignement sincère pour le monde, vous fuyez le commerce avec les séculiers -, il ne parolt aucune attache ni amitié particulières entre vous, non plus que pour les autres personnes du dedans.

« Je ne vous trouve pas si avancées sur le vœu de pauvreté-, quoique vous ayez fait du progrès, il vous en reste encore beaucoup à faire -, vous vous sentez toujours de l'abondance où vous avez été dès votre établissement, et de la mollesse que je vous ai inspirée et communiquée. Je ne dis point cela par

* Les Dames de Saint-Lonis faisaient les vœux ordinaires de pauvreté, de ehasteté, d'o])éis8anoe, et un quatrième de consacrer leur rie à Téducalion des demoiselles de Saint^yr.

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un sentiment d'humilité ; je reoonnois sincèrement en être la cause ; je suis portée à donner largement toutes les commodités ; ma délicatesse, qui me les fiait chercher pour moinnème, fait que je les procure aux autres ' ; je suis accoutumée à (^opulence; vous vous sentez encore des décisions trop relâchées que je vous ai faites. Je suis bien f&chée et confuse d'être la première coupable des défauts que je vous reproche-, mais enfin, mes chères filles, ce n'est pas une raison pour les excuser en vous; car, après tout, je ne suis pas religieuse et vous Tètes, et par cette qualité Dieu sans doute vous demande une perfection plus grande que celle qu'il attend de moi. Ne mettez point de bornes à celle que votre saint état exige de vous -, soyez en garde contre cette pente qu'on a ici à labondance et la recherche de ses commodités^ aimez à sentir les privations qui doivent rendre votre pauvreté réelle et effective, et sachez les porter courageusement ; ne vous donnez pas la liberté d'imaginer des commodités, de les demander expressément ; penchez plutôt à vous retrancher quelques-unes de celles qu*on donne ici largement -, soyez ravies le jour que la Providence

t M°^ de Maintonon exagère sa déltcatesM et son g^oùl pour le luxe : au milieu de la cour la plu» fastueux de l'Europe, elle menait une vie très-simple, ayant à peine trois ou quatre domestiques, dépensant tout son revenu en aumi^nea : « Pendant les >in|rt dernières années de sa vie, dit Languet de Gergj, je l'ai vue fort souvent et jamais je ne lui ai vu d'autre habit que de quelque damas ou de quelque raz de Saint-Maur de feuille morte, aans or ni broderie ; une marchande de Paris est ordinairement plus rieliament vêtue. » (Mémoires, 1. 1, p. 229.)

iNSTRUÛriOII Atll REUCIB0SB8 M SAUrMjOIIlS(l707). lOl

VOUS procurera ToGcasion de sentir votre vœu de pauvreté par quelques privations qui coûtent à la nature et qui mortifient ; car la pratique de la mortification est inséparable de celle de la pauvreté ; ce sont deux vertus essentiellement nécessaires à la vie religieuse et dont la pratique détruira les défauts que nous vous avons si souvent reprochés. Ne craignez pas tout ce qui peut faire un ped souffrir votre corps; remettez-vous entre les mains de vos supérieurs du soin de votre santé ; la charité qui s'établit ici dans les supérieurs , et que j'espère sY conservera^ saura bien prévenir vos véritable^ besoins et y remédier. Vous n'avez pas lieu de craindre d'être mises à de trop fortes épreuves sur cet article, puisqu'ils y veilleront avec une charitable prévoyance; reposez-vous-en donc sur eux sans vous en inquiéter, et appliquez encore là cette vertu de pauvreté et de mortification à laquelle votre état vous engage. *

« Pour votre quatrième vœu de l'éducation, on a sujet d'être content de l'état où sont vos classes *, les règlements qu'on y a établis s'y maintiennent \ il reste néanmoins dans les jeunes maltresses un défaut dont j'ai vu depuis peu plusieurs exemples, c'est qu'elles ne paroissent pas assez entièrement auprès des demoiselles lorsqu'elles sont avec elles, principalement pendant les récréations. Cependant, mes chères filles, c'est un des temps où vous pouvez leur être le plus utiles ^ tout ce qu'elles font, tout ce qu'elles disent» vous doit donner matière de former leur raison, et de les redresser sur l^|wi

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fausses idées ou leurs mauvaises manières; vous devez dans ce temps-la, comme dans tous les autres que vous êtes aux classes, vous occuper uniquement de vos filles sans vous permettre de vous en distraire un moment , ni de vous reposer de cette vigilance sur qui que ce soit, au réfectoire, au dortoir, ou ailleurs. Vous me répondrez peut-être: Nous ne respirerons donc pas? Et je vous répondrai: Non, tant que vous serez auprès d'elles. Si vous n'aviez pas des heures pour sortir de vos classes, je vous demanderois une chose impossible en exigeant une attention si continuelle *, mais votre ordre de journée est merveilleusement bien tourné pour vous donner le délassement et le repos dont vous avez besoin. Il y a chaque jour des heures où vous perdez de vue vos demoiselles et où vous avez la consolation de voir vos sœurs, de prier Dieu avec elles, d'y manger, de vous récréer ; ayez donc la fidélité de remettre a ces heures-là le relâchement qui vous est nécessaire, car pour celles que vous passez .auprès des demoiselles, vous ne devez pas, encore une fois, vous relâcher un instant de cette application à les veiller et à les former. Si vous les menez au jardin, vous respirez Tair avec elles; mais vous ne devez pas vous livrer entièrement au plaisir de la promenade, ni vous amuser d'entretenir quel* ques personnes-, vous vous y devez occuper uniquement de vos filles, et tenir la main que toutes tes grandes demoiselles qui sont dans vos classes pour vous aider, aussi bien que tous vos petits chefis, s'en occupent dans ces heures de récréation comme dans

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