INSTRUCTION AUX RELIGIEUSES DE SAINT-LOUIS
les autres, sans craindre qu'elles s'ennuient, et sans chercher à les récréer elles-mêmes dans un temps où toute votre attention doit être réservée pour votre classe.
(( Un autre article sur lequel je me suis proposé de vous parler, pour vous congratuler de ce que Dieu a fait en vous qui tient du miracle, c'est le désir que vous témoignez souvent d'être regardées comme de petites religieuses; il n'est certainement pas na* turel ; c'est lui qui vous donne une disposition si opposée aux sentiments d'élévation que la grandeur de votre établissement auroit pu naturellement vous inspirer*, car s'il y a quelques religieuses pour qui on dût craindre, avec sujet, la fierté, c'est vous autres, qui êtes fondées par le plus grand Roi du monde, qui avez de grands biens, qui êtes, on peut le dire, des favorites aimées, caressées, considérées , comblées de ses bienfaits, qui voyez tous les jours au milieu de vous une personne en faveur auprès de lui. Quelle joie pour moi, mes chères filles, de voir qu'au milieu de tant de sujets d'élévation et de gloire vous ne respirez que l'humilité et la simplicité, jusqu'à n'ambitionner que le nom de petites religieuses, et à aimer sincèrement et dans la pratique d'être regardées et traitées comme telles ! Par cette humble simplicité vous expiez ce qu'il y a eu de grandeur humaine dans votre établissement, et vous affermissez inébranlablement votre institut *, il n'y a aucun sujet de craindre qu'il dégénère jamais tant que vous serez dans ces sentiments. Conservez donc précieusement, je vous en conjure, ces fortes dis* a. n
194 LETTRES ET EtmiKTIEIfS SDR l'^tDOCATtÔlf.
positions d'humilité, de simpHtité, et, «i ]*ose parler, d'une bienheureuse petitesse ((ui vous litfirera les bénédictions de Dieu. Étendez cette sinfplicité jusqu'à vos sœurs converses : elles sont ret gieuses -, regardez-les et traitez-les connfnfe tos sœtfri; n'ayez point envers elles une conduite de maftressti à l'égard des domestiques : la religion igale tout; i n'y a de différence que dam t exercice de vot efkplm; elles doivent faire la lessive et les autres grosoavrages, comme vous faites le catéchisme aux d^ndi* selles. Il faut encore qu'elles vous soient soumisa ! dans les charges comme à leurs oflScières, et qn'eihi I demeurent dans la séparation d'avec votis manfuée dans vos règlements -, hors de là le traitement dot être uniforme e^tre les religiensies dd chœur et to sœurs converses*, aimez-les comme vos soÈ!ars,ë conservant pourtant la réserve que la prudence dok vous inspirer pour ne vous point familiariser vnt elles, ni leur faire des confidences dont il seroiti craindre qu'elles n'abusassent. »
Bt LA CLA8SI tLXUt.
(Sur l'esprit mal fait, et Téducation de Saiot^Cyr.)
Les demoiselles de la classe bleue prièrent M** ft Maintenon de leur expliquer ce qtie c'est qu'di
1 Letiret édifiante*, t. V, p. 973.
AU^ D^OJSELLES ME LA CLAS8I BLP.UB (1707). 195
esprit de travers, eoatre lequel elle« Teiitendoîeni souvent parler. « C'est, dit-elle, par exemple, de ne point vouloir se soumettre aux règles des lieux où Ton est; d'être difficile en tout, de ne s'acoommoder de rien , ni des personnes ni des choses qu'on leur donne, ou de celles qu'on leur propose; d'être toujours d'un avis différent de celui des autres , de ne se soucier point de faire plaisir, guère plus de faire de la peine; ce sont les esprits qui sont contrariants et entêtés dans leurs fantaisies, croyant toujours avoir raison ; qui ne savent point s'accomipoder au goût, à l'humeur de ceux avec lesquels ils ont à vivre, et quantité de choses semblables qui, je suis sûre, vous déplaisent à mesure que vous me les ditendf z pommer. Mais cela ne suffit pas, il faut ^]4je chacune de vous s'examine et se dise de bonne foi, et sans se flatter : Oui, je reoonnois en moi tel ^ tel travers, j'ai tort en cela , etc. , et que vouf preniez toutes upe bonne et fprte résolution de détruire absolument en vous un dé£aul qui vous parolt si méprisable et si insupportable dans les autres; et que celles qui sont assez heureuses pour sentir en elles bien de l'opposition i tous les défauts dont je viens de parler rendent grice à Dieu ; car, en vérité, elles sont bien heureuses, lés vertus naturelles é|ant toujours les plus sûres. N'est-il pas vrai, mes enfants, que vous trouvez très-aimable et recher* chez de bon cœur la société de celles qui sont douces, toujours prêtes à faire ce que l'on veut, qui ne sont ni difficultueuses, ni contrariantes, pi bizarres, mais toujours égales et de bon accord? Tà^
196 LETTRES ET ENTRETIENS SUR l'ÉDCCATION.
chez de devenir toutes comme vous êtes bien . de trouver les autres, et mettez-vous bien dans h tête que l'on ne vous fait pas plus de grâce sur les défauts qui vous déplaisent et vous choquent si fort en votre voisine, que vous ne lui en faites.
« Vous seriez bien coupables, mes enfants, si vous ne profitiez de l'éducation que vous recevez îd. Vous vous trouvez contraintes, et vous regarda \ votre règle comme une dure servitude; c'est votre seul malheur de ne pas connottre combien vous êtes heureuses. Bien des gens désireroient d'avoir part à votre bonheur. On dit communément qu'il seroit à souhaiter que cet établissement eût été fait j pour les premières personnes du royaume, les- ' quelles, après avoir reçu une si excellente éducation, feroient des biens infinis, au lieu que de pauvres demoiselles n'en peuvent ordinairement faire que de médiocres. J'ai vu le Roi plusieurs fois prendre plaisir à expliquer aux seigneurs de sa cour la manière dont on vous élève ; M. le duc d'Ha^ court, entre autres, étoit ravi de l'entendre, et dit au Roi qu'il se souvenoit bien d'y avoir eu des parentes de son nom, M°^ la maréchale de Noailles m*a proposé bien des fois de mettre ici ses huitoa dix filles , à condition qu'elle payeroit la pension d'un pareil nombre de demoiselles de Saint-Cyr dans un autre couvent '. Tout cela vous fait voir
1 Cotte proposition Uii souvent faite à Bf^ de Maintenon, et Jamais ac^'eptée, comme étant contraire au but de la roudatioiu « En tous lieux, disent les Mémoires des Dames de Saint-Cffr, I on se faisolt un lionneur singulier de mettre des fllles à Salnt-Cvr. ï
AUX DBM0I8E1XBS DB LA CLASSE BLBUE (1707). 197
combien on vous estime heureuses; goûtez donc Totre avantage, mes enfants, ne prenez aucun travers, et que les petites contraintes de votre règle ne troublent point votre bonheur. Croyez-vous , de bonne foi , être les seules personnes au monde qui soient obligées à en garder une? Il n'y a pojnt de maisons un peu réglées où cela ne se fasse. La première chose que fait une personne raisonnable qui se met en pension dans une communauté, est de s'informer des heures, de l'ordre de la maison, pour s'y conformer et se lever avec les autres, aller à la messe à la même heure, observer, pour le parloir, ce qui est en usage, n'y allant point trop matin, et en sortant d*assez bonne heure pour ne pas incommoder; si ce sont des maisons où l'on sort, revenir assez tôt pour qu'il ne se fasse rien contre Tordre établi, et on fait toutes ces attentions à trente et à quarante ans, quand on a l'esprit bien raisonnable et bien fait, avec la même attention et dépendance que le pourroient faire les plus jeunes personnes.
« Il faut que je vous dise , pour votre consolation, que je remarque parmi vous un certain bon esprit que je n'y ai pas mis et que j'y ai trouvé-, c'est cette docilité qui vous fait répondre à une de vos compagnes, quoique plus jeune que vous , comme vous feriez à une maîtresse quand elle la charge de vous faire apprendre ou répéter quelque chose, et je vous exhorte à ne point perdre cette bonne ma-
pour qu'elles eussent le bonheur et l'ayantage d*ètre élerées sous les yeux de M»* de Malntenon. »
198 LEHRES ET ENTRETIENS SDR l'AdUCATION.
nière qui va au soulagement de la mattresse, et aide en même temps a former leg unes et a simplifier les autres. Il faut rendre cette justice aux demcnseliei de Saiot-Cyr, que Ton a eu toujours à les louer sur la sounnssion qu'elles ont pour celles de leurs compagnes que Ton établit au-dessus d'elles, et du bon esprit avec^ lequel elles reçoivent les afvîs qu^elies leur font quelquefois donner p^ leurs maîtresses; aussi suis-je persuadée que ces avis ne se donnent jamais que comme ils doivent être donnés, c*est-4dire pour des choses qui seroient véritablement mai, car nous ne prétendons pas qu'elles soient rapporteuses , et qu'elles se fassent un plaisir d'accuser leurs compagnes pour des riens, ce qui seroit le plus méchant caractère du nionde. Quand on est oblîgft d'avertir , il ne le faut faire qu'avec une sorte de peine, comme malgré soi, faisant violence à son caractère, et uniquement pour le bien de la personne, et pour satisfaire sa propre conscience, qui peut obliger, en certain cas , même sous peine de péché, 4 donner ses avis; mais, encore une fois, je suis bien éloignée d'exiger que vous portiez à voa maîtresses mille bagatelles qu'il faut laisser tomber, ou reprendre vous-mêmes de bonne amitié. »