Egalement blessé à l'endroit du cœur
3. C'est-à-dire sans que les pointes de la couronne d'épines fissent jaillir le sang, son confesseur lui ayant dit qu'il ne le voulait pas.
malade, je me porte au contraire fort bien ; ou plutôt (il vaut mieux que je ne dise pas de mensonge) je soutire, mais je me tais. Tant que cela dure, silence! Ensuite je suis obligée de le dire, mais seulement à qui de droit. Ce bon Jésus me fait défaillir presque tous les jours en venant à moi. Ce matin il m'a dit par deux fois : « Quand veux-tu que s accroisse ta souffrance ?» Je n'ai pas répondu. Si j'avais été au couvent j'aurais répliqué : « Augmentez encore, ô Jésus, les peines et les croix, pourvu que. aussi vous augmentiez ma force. » Mais ainsi comment me serais-je sentie le courage de le dire? J'aurais été seule à souffrir!... C'est vrai, je suis seule à souffrir, mais je trouble beaucoup de monde. Ici je ne sais m'expliquer. Me comprendrez-vous ? Cette nuit a été pour moi un peu rude. Je n'ai pas senti Jésus un instant, et j'ai continuellement souffert. Tout à coup, ce matin, j'ai cru1... Tout cela, Père, de l'imagination! Irai-je bientôt à Jésus? Je me sens portée à dire : oui.
Bénissez-moi et priez pour moi beaucoup, beaucoup. Gemma la pauvresse.
32. — Elle se prépare à célébrer le mois de mars consacré à la Passion du Sauveur.
Maintenant plus que jamais je suis remplie de confusion à cause de mes péchés; mais je me pénètre également d'une vive confiance dans les mérites de Jésus. De lui j'espère le pardon : n'ai-je pas raison? Quoi de plus doux que de se trouver remplie de Jésus, d'être en présence de cette victime d'amour et de douleur qui expie mes péchés, pour mon salul et celui de tant d'âmes? Père, nous voici en mars, où l'on commémore la Passion et la mort de mon Jésus. Que dois-je faire? Jésus m'a dit plusieurs fois ces jours-ci que en cederniei temps il me laissait en paix, afin de m'avoir pour compagne durant ce mois. Déjà ces paroles de Jésus frappent mon imagination!... Jésus, n'est-ce pas, Père? aura compassion de moi.
i. Non sans raison elle craignait île mourir au milieu île ces pure* angoisses.
parce qu'il voit mon cœur : il sait dans quelles dispositions je suis de tout souffrir et de tout faire. Il verra encore la douleur :jue j'éprouve de mes ingratitudes, et la peine que je souffre le le voir si indignement traité. Vendredi telle sera donc mon occupation. Le cœur repentant je me présenterai devant Jésus, prête à recevoir de sa main tout ce qu'il lui plaira de m'imposer pour la réparation de tant d'outrages qu'il reçoit. Qu'il frappe, qu'il frappe encore, Jésus! Je bénirai un million le fois cette main qui fera tomber sur moi un si juste châtiment. Père, telle est ma prière; je demande à Jésus de souffrir ît de souffrir beaucoup, mais!... peut-être exigera-t-il double sacrifice? Que c'est beau, mon cher Père, le carême de Jésus! Prions et souffrons ensemble. — Bénissez-moi : la pauvre Gemma. Vive Jésus!
33. — Elle soupire après de nouvelles douleurs et se voit exaucée.
Voyons, allez-vous dire en ouvrant cette lettre, ce que nous mvoie de nouveau la pauvre tête de Gemma. C'est, en effet, mon Père, une chose nouvelle que je n'avais jamais éprouvée. Voyez. Vous savez très bien que Jésus a coutume, le jeudi et le vendredi, de me faire quelque petit présent. Or, cette semaine, il en a ajouté un autre à ceux qui étaient habituels, ît ce dernier m'est encore bien plus cher. Il m'a fait éprouver an tout mon corps quelques coups de sa flagellation. C'est très douloureux, Père ; mais ce n'est rien en comparaison des coups terribles subis par mon pauvre Jésus. Vous vous souvenez que nous priions ensemble, afin que Jésus m'enlevât tout signe extérieur, et voilà, au contraire, que Jésus en ajoute un autre. Vive Jésus! Qu'il soit infiniment remercié! Il m'assura pourtant qu'il m'aurait contentée en m'ôtant ces signes-là. Mon pauvre Jésus! En la fête de sa Passion qui, ai-je appris, sera mardi, il m'enlèvera toute marque extérieure. Mais il m'a dit aussi : a Les tourments, néanmoins, ne feront qu'augmenter, et pour toi commencera une vie nouvelle. » Me voici à la douleur des douleurs! Jésus!... Vous serez content, u'est-ce pas, vous-même, maintenant que Jésus m'a fait cette promesse? Mais j'ai aussi besoin d'un peu plus de secours de
votre part. Père, le cœur continue toujours avec ses palpitations1.
L'Auge béni (auquel vous ne voulez pas que je fasse attention) vint de nouveau jeudi soir, avant que j'eusse commencé à souffrir un peu2. A peine nous étions-nous aperçus que nous nous écriâmes : « Vive Jésus! » Nous adorâmes ensemble l'infinie Majesté de Dieu ; puis il m'inspira une si vive douleur de mes péchés, et j'en éprouvai une telle confusion que j'avais honte de me trouver en sa présence; je cherchais à me cacher, à m'éloigner de lui et à fuir le regard de tout le monde... Ce tourment dura assez longtemps. Je commençai ensuite à souffrir, mais c'était une souffrance douce, avec une foule de pensées et d'affections concernant Jésus, avec des désirs de souffrir toujours davantage et de m'envoler bientôt vers lui. Mais ce fumier, Père, ne veut pas encore se dissoudre. Combien j'ai été vile et délicate. Au lieu de donner à Jésus une belle preuve d'énergie, je ne lui ai fait constater que de la faiblesse et des lamentations. Aussi fut-il contraint, le pauvre Jésus, de remettre à plus tard ce qu'il voulait me faire souffrir, car mon corps ne se tenait plus debout, (il me quitta vers les deux heures). Encore aujourd'hui, samedi, les douleurs dans tous mes os sont toujours très fortes. Vive Jésus !
Et maintenant, misérable et ignorante comme je le suis, qu'est-ce que je rendrai à Jésus pour tant de grâces qu'il m'accorde? Père, enseignez-le-moi. La chose la plus agréable à Jésus seiait que je ne l'offense plus; mais, mon Dieu! Lorsque je regarde le Crucifix il me semble que Jésus me fait des reproches et me dit : « Cesse enfin de pécher. Veux-tu encore me crucifier de nouveau ? Ne te suffit-il pas de ces tourments que f ai subis? » Mon Dieu ! Et à ces paroles je résiste encore? Mais Jésus, se tournant vers moi tout heureux, a joute et répète : « Aime-moi beaucoup et je te donnerai tout ce que tu veux; aime-moi beaucoup et je le pardonnerai tous tes péchés. » Bonté infinie de Jésus! Il ne me demande
i. Elle fait encore allusion aux palpitations extraordinaires t]tii, comme on l'a noté plus haut, provoquèrent le soulèvement anormal de trois côtes.
2. Pour l'éprouver son directeur feignait de trouver en elle une excessive facilité à ajouter foi à de semblables apparitions
que amour. Aimons-le donc d'un amour infini. Rappelons-nous toujours combien il a souffert pour nous, et nous n'oublierons jamais de l'aimer. Ah ! malheureuse que je suis, moi qui, jusqu'à cette heure, ne l'ai jamais aimé! Quel remords quand je serai dans l'éternité ! Mais je ne veux pas mourir sans aimer Jésus, ni même sans l'aimer beaucoup, beaucoup... Je ne veux de Jésus rien autre que Jésus. — Bénissez-moi. Je suis la pauvre Gemma de Jésus.
34. — Jésus lui montre dans une vision tous les instruments de sa Passion douloureuse.
Père, — Je répondrai immédiatement à votre lettre et j'aurai soin de me faire bien comprendre. Mais, d'abord, je veux vous envoyer celle ci. Cette nuit, j'ai subi une de ces étreintes si fortes... Cela paraît impossible : ce Jésus est si fort !... Il vint donc, hier soir, avant que je me sentisse mal ; il se présenta ayant en main tous les instruments de sa Passion. Ce qu'il voulait signifier par là, je l'ignore. II me les montra tous, l'un après l'autre. Quand il eut fini, je voulais lui dire quelque chose ; et c'est alors que je me sentis sous le coup d'une très forte étreinte. Puis Jésus s'en alla et me laissa seule. Belle fantaisie, n'est-ce pas, Père? — Bénissez-moi. Je suis la pauvre Gemma.
35. — Pour l'encourager à souffrir, Jésus lui fait voir ses plaies béantes.
Mon Père, — Mais l'aimerai-je vraiment tout de bon, Jésus? A la vérité, j'en ai un violent désir; je voudrais me consumer d'amour pour lui, mais!... Plusieurs fois j'ai demandé à Jésus de m'enseigner lui-même le véritable moyen de l'aimer, et il me semble alors qu'il me fait voir toutes ses plaies béantes, et me dit : « Regarde, ma fille, regarde combien j'ai souffert. Vois celte croix, ces clous, ces épines, tout cela est l'ouvrage de mon amour. Regarde et apprends comment on aime. » Parfois, il me dit encore : « Vois, ma fille, le plus
beau présent que je puisse faire à une unie qui ni est bien chère, c'est de lui procurer la souffrance . » Je ne puis alors m' empêcher de me jeter aux pieds de Jésus pour le remercier beaucoup de ce que, cerne semble, il donne à moi aussi quelque chose à souffrir. Mais comment ai-je supporté ces petites douleurs de rien que Jésus m'envoie dans sa bonté? Mal. Depuis que j'ai reçu votre lettre, j'ai pris l'habitude de visiter Jésus dans le Saint Sacrement chaque matin, avant la communion, selon la méthode que vous m'avez enseignée. Après cette visite, comme je me sens plus forte pour souffrir!
Aujourd'hui même, avant de commencer à écrire cette lettre, j'ai cru voir mon Ange gardien qui me disait : « Ma Fille, ma Fille ; tu étais, il y a quelque temps, entourée de roses; mais ne t aperçois-tu pas que de chacune de ces roses sortent maintenant de piquantes épines pour ton cœur? Jusqu'à présent tu as goûté à la douceur que t'offrait une telle vie; mais souviens-toi qu'au fond il y a du fiel. Vois-tu cette croix? ajoutait-il. C'est la croix que te présente ton Père : Cette croix est un livre que chaque jour tu liras. Promets-moi, ma Fille, promets que cette croix tu la porteras avec amour, et qu'elle te sera plus chère que toutes les joies du monde. » Je lui ai tout promis; puis, d'une main tremblante, j'ai pris la croix et l'ai embrassée. Vive Jésus I Priez pour la pauvre Gemma.
36. — Étreintes amoureuses que la pieuse vierge souffre dans son cœur.
Ce matin, c'était le Vendredi-Saint : On ne pouvait pas faire la communion. Néanmoins, à une certaine heure de la matinée, Jésus s'est fait sentir à moi, et parmi ses paroles d'amour j'ai bien distingué celles-ci : « Ma fille, veux-tu contenter ton papa?1 — Oui, ai-je aussitôt répondu. — Eh bien, découvre à ta maman tout ce que lu lui as caché dura ni te t('/n/>s
i. Ce mot habituel à Gemma désigne son directeur, comme celui de maman, la bienfaitrice chez qui elle était. El le Seigneur datgoail condescendre à l'ingénue simplicité de la pieuse enfant.
quelle Va connue. Le feras-tu? » Si vous voyiez ma confusion! Mais je le ferai tout de suite, tout de suite.
J'ai passé la journée comme l'obéissance le voulait; mais, selon mon pauvre jugement, au grand déplaisir de Jésus. Je n'ai pas souffert, il est vrai, des douleurs avec signes extérieurs, mais... Père, Père, mon cœur est trop étroit; il a besoin de se dilater, et il ne trouve pas d'espace; il voudrait... Mais je suis petite et Jésus est infini. En vérité, croyez-vous que je souffrais davantage à certains jours, lorsque il me semblait endurer des tourments à la tête, aux mains, aux pieds et dans tout le corps? N'est-ce pas pire, maintenant que je n'ai plus rien, et que je souffre parce que je ne puis souffrir? Répondez. Ce matin, vers dix heures, mon cœur cherchait, cherchait... Je me suis sentie défaillir... Au tourment du cœur a succédé une douleur aussi forte dans tous les membres. Mais ce qui se présentait partout et ce qui dominait tout, c'était la douleur de mes péchés : comme elle est forte cette douleur!... Si elle était plus grande, je ne pourrais y survivre ; et même, ce me semble, je ne résisterais pas non plus à un autre choc comme celui que je viens d'éprouver. Mon pauvre petit cœur, ne pouvant plus se contenir, s'est mis à rejeter quantité de sang. Vive Jésus! Après une heure de souffrance, l'Ange est venu. Je ne l'ai pas bien accueilli du tout : je l'ai prié de s'en aller1. Comme toujours ces visions m'affligent d'abord un peu, et ensuite mon cœur est rempli de joie. « Qu'est-ce qui plaît le plus à Jésus? me demanda-t-il. — Souffrir, répliquai-je. — El toi, veux-tu lui plaire, veux-tu souffrir, et beaucoup ? — Beaucoup », a répondu mon âme. Il me disait de me tenir en paix, que Jésus est dans mon cœur, que j'aurai à souffrir beaucoup, beaucoup. Puis, l'Ange m'a donné sa bénédiction et s'en est allé en s'écriant : « Vive Jésus ! Vive la croix de Jésus! »
Bénissez-moi : la pauvre Gemma de Jésus seul.
i. Pour obéir à son directeur qui le lui avait ordonné.
37. — En voyant souffrir Jésus pour les péchés du monde elle brûle de lui offrir en compensation d'héroïques sacrifices. — Elle connaît par une lumière surnaturelle le mauvais état d'une âme qui lui avait été recommandée.
J'ai eu toute permission de mon confesseur; pour ce qui vous concerne, je puis, je dois même tout vous manifester, jusqu'à la plus pelite chose. Mon esprit est prompt; mais mon pauvre corps est très faible, parce qu'il est lourd et paresseux. Mais que ne ferait-on pas pour Jésus? Si on pouvait obtenir un seul de ses regards cela seul suffirait; quelle force, quelle vigueur on y trouverait! Je me sens capable de tout pour le satisfaire. Pour lui il me semble que j'aurais le courage d'endurer les plus grands tourments. Je donnerais volontiers toutes les gouttes de mon sang, et toutes choses pour le contenter, pour empêcher que tant de pauvres pécheurs ne l'offensent. Mon Dieu ! mais que dis-je? Oh! je voudrais que en ce moment ma faible voix parvînt jusqu'aux extrémités de la terre, que tous les pécheurs m'entendissent leur crier : « Méchants, vous préférez donc mépriser Jésus et le tourner en dérision avant que vous ne soyez méprisés vous-mêmes? »
Si vous saviez, Père, comme Jésus est affligé à certains moments, à certaines époques ! Oh! impossible, vraiment, impossible de résister à cette vue! Et pourtant, combien y en a-t-il qui compatissent à sa douleur? Très peu; et Jésus se trouve presque toujours seul. On souffre énormément, c'est vrai, à la vue de Jésus parmi ses douleurs. Mais que faire? Peut-on le voir en cet état et ne pas l'aider? A certains moments je suis prise d'une envie folle, d'un si grand désir de souffrir tous les tourments du monde, que je ne puis pas m'empêcher d'en chercher quelques-uns. Il y a environ huit jours, à peine avais-je communié que, spontanément, ces trois offrandes me vinrent à l'esprit; je les exprimai aussitôt à Jésus : i° Si jamais, ô mon Dieu, vous vouliez ma vie en expiation de mes grands et innombrables péchés, je vous l'offre en ce moment, je suis prête à mourir dès qu'il vous plaira. Je vous offre ma vie, ô mon Dieu, en union avec colle de Jésus ; mes souffrances en union avec les siennes; je vous demande seulement une douleur parfaite de mes péchés, et puis en
route, moi aussi! 2° Vous m'avez témoig-né plusieurs fois, ô Jésus! votre désir de me voir entrer au couvent. Eh bien, si vous le voulez, je suis prête, j'en ai même un extrême envie, afin de souffrir, de vous aimer et de faire pénitence de mes grands péchés; 3° Vous voulez peut-être, ô Jésus, que je continue à vivre ainsi? Soyez béni. Vous voulez peut-être que je reste dans le monde, abandonnée, seule et même méprisée? Je suis prête. De toute manière, que votre très sainte volonté soit faite! — Ces trois actes, je les renouvelle chaque matin; et Jésus les agrée à tel point que si je les oublie il me les rappelle lui-même.
J'en viens maintenant à vous parler d'une chose qui me déplaît fort. Surtout n'ajoutez foi à aucun de mes dires, car tout est l'ouvrag-e de ma tête. Père, voyez : quelle âme, si vous saviez,' quelle âme ! Jésus ne veut plus même que j'y pense. Combien ces paroles m'affligèrent quand Jésus me les dit! Bien plus, j'ai appris du Confrère Gabriel que cette âme-là est remplie de mauvaise volonté. Père, je vous en prie, ne me croyez en rien, mais spécialement sur ce dernier point ; oh ! sûrement je me serai trompée. Quand j'y pense ! Abandonnée de vous (ce que veut Jésus certainement) qu'en adviendra-t-il ? Avec toute l'habileté possible tentez un dernier effort avant de l'abandonner entièrement. Serait-ce possible? Bénissez-moi tous les soirs ; et maintenant aussi bénissez, avec tous les membres de la Lig-ue, la pauvre Gemma.
38. — Pendant que le démon s'efforce par divers artifices de la discréditer auprès des hommes, elle met sa confiance en Dieu.
Père, Père. — Jésus est encore exposé sur l'autel. Courez-y et demandez-lui qui a pris toutes mes lettres (les vôtres) pour les éparpiller dans la chambre1? On me soupçonne moi-
1. Gemma conservait religieusement auprès de sa mère adoptive toutes les lettres reçues de son directeur, et venait les relire successivement pour son profit spirituel. Une nuit le démon les tira du secrétaire et les répandit en désordre dans la maison. Elles furent ainsi trouvées le matin par les domestiques qui, ne sachant que penser de cet éparpillement, soupçonnèrent Gemma elle-même.
môme; il me semble pourtant que je n'y suis pour rien. Tous se montrent réservés à mon égard ; et cela vient sans doute de ce que si des voleurs étaient entrés dans la maison on aurait appelé tout le monde. M'avez-vous comprise, Père? Toutes vos lettres furent trouvées dispersées dans la chambre. Jésus vous expliquera tout. Je l'ai dit au confesseur, et il m'a répondu que c'est le diablotin. Le diable, Père, qui sait ce qu'il fera encore ? Mais si vous m'en croyez, avertissez-les (ceux de la /liaison).
Hier est parti (ce) Père ; et quel vide à présent ! Quel bien il m'a fait ! Que de belles choses il m'a dites ! Quelle résignation toujours plus grande il m'a inspirée ! Mais fallait-il s'étonner que le diable voulût y mettre sa griffe? Ces jours-ci le Grappin en a fait de toutes les couleurs ; il s'est démené tant et plus, et a nui le plus possible. Déjà, j'en suis sûre, vous serez au courant du fait de la carte postale ainsi que de tout le reste1. Oui, oui, ce monstre redoublera d'efforts pour me priver de secours, parce qu'il voit que ce secours est un grand bien pour moi. Mais si cela même arrivait, Jésus n'en viendrait pas moins dans mon cœur. Je puis douter de tout le monde, mais de mon Jésus, jamais. Oui, Père, je la comprends bien la rage du Maudit.
Mais je ne veux plus parler de lui ; il vaut mieux que je m'entretienne de Jésus. Quelle allégresse on trouve à s'abandonner entre les bras de Jésus! On est si bien avec Jésus seul ! L'âme fidèle devient la fille très chère de Jésus, qui lui ouvre ses bras, la presse sur son cœur... 0 Jésus j'ai tant besoin de votre affection! M'est-il pas vrai qu'on ne peut passer un instant dans le sanctuaire, devant le tabernacle de Jésus, sans se trouver au comble de la félicité? Et si Jésus me permet de pénétrer dans le saint tabernacle, où il est avec son corps et son sang, ne suis-je pas alors en Paradis ? Et le Confrère Gabriel, que vous a-t-il dit? S'il vous avait fait comprendre
i. Une carie postale parvenue chez ses bienfaiteurs, dans laquelle son directeur, dont l'écriture et la signature étaient contrefaites, déclarait s'être trompé sur le compte de Gemma, et engageai! les autres à s'en méfier, à la tenir pour illusionnée, l'ai- toutes les circonstances il fut aisé de deviner le véritable auteur de cet insipide tactum.
quelque chose me concernant, diles-le-moi sans tarder. Je veux être à Jésus, et plaire à lui seul. Mon Père, Jésus pleure, pleure toujours. Puissé-je calmer ses gémissements ! Puissé-je, par mes larmes et au prix de mon sang-, rentrer en grâce avec Jésus! Jésus est bon et il accueille toujours quiconque se repent. Mais aurai-je un repentir proportionné à mes fautes? Père, répondez-moi, après avoir prié Jésus. Bénissez-moi sans cesse. La pauvre Gemma.
39. — Elle désire offrir quelques années de sa vie au profit de quelques personnes bien chères à son cœur, et en danger de mort.
Je veux aujourd'hui vous parler d'une chose qui me tient grandement à cœur. Soyez bien attentif. Ne seriez-vous pas content, vous aussi, que je donne ma vie pour celle de Séraphine? Moi, j'en serais très heureuse, et je le ferais volontiers. Ce matin, après la communion, je me suis sentie un vif désir de m'offrir à Jésus pour elle ; je ne pouvais presque plus résister. Mais faire ce sacrifice sans permission ! Vous écrirez tout de suite, n'est-ce pas? et vous me direz : oui, faites-le. J'en mourrai de contentement! Voyez, pour moi. mourir c'est une grande grâce. Croyez-vous, oui ou non, que ici-bas tout m'ennuie? Mais si Séraphine mourait !... Je voudrais être auprès de vous pour vous demander cette grâce à genoux. Priez, priez beaucoup, et faites ce que Jésus vous dira. Cependant, examinez encore ceci : Je pourrais dire à Jésus de faire les choses à moitié. Il me reste encore environ sept ans à vivre ; j'en donnerai trois pour Séraphine, les autres, je les garderai pour moi. Cela vous plaît-il ainsi? D'une manière ou d'une autre, accordez-le-moi. Je ferai comme vous me direz. Je vous demande votre bénédiction. Priez pour la pauvre Gemma de Jésus.
40. — Elle revient sur la même question et insiste encore davantage.
Il y a une heure à peine que je suis revenue de me confesser. Père, maman est très gravement malade. J'ai pensé ceci : Quand j'étais souffrante elle s'empressait de me procurer tous
les secours en son pouvoir ; moi, par contre, je n'ai rien à Lui donner en témoignage de reconnaissance. Ne serait-ce pas maintenant le moment? Maman est très malade, et moi je ne ferai rien pour celle qui a tant fait pour moi'? J'ai déjà offert quelques pauvres petites souffrances; j'ai fait quelques petites mortifications. Mes œuvres comme toujours ne sont d'aucune valeur. Est-il possible que les prières d'une âme qui pèche continuellement soient agréables à Dieu? Ce matin, j'ai parlé avec Jésus, et puis j'ai demandé à mon confesseur : Ma vie, pourrai-je l'offrir pour la pauvre maman (en échange?) Il m'a répondu par un non absolu. Je lui ai dit alors : et deux ans, ne pourrais-je pas? Il a accepté tout de suite en disant : « Oui, je veux bien, à condition que le Père le veuille aussi. » Je désirais faire aussitôt cette promesse et ce vœu dans la matinée ; mais je ne le puis sans la permission préalable du Père. Père, ne me la refusez pas, n'est-ce pas? Deux ans pour Séraphine et deux pour maman; et plus encore s'il est nécessaire. Ce bon Jésus a toujours deux flammes en main, et il m'explique que l'une est d'amour et l'autre de douleur. Je suis extrêmement impatiente de recevoir très vite votre réponse au sujet de maman. La pauvre Gemma.
41. — Elle s'interpose auprès de son directeur pour le salut d'une âme.
Vive toujours Jésus 1 Voilà mes paroles à chaque instant du jour; et elles m'ont donné tant de force et de courage que je devrais sans cesse remercier mon Dieu. Le sacrifice3 je l'ai fait très volontiers, sans m'en être, pour ainsi dire, aperçue. J'ai compris, Père, qu'il est temps de ne plus être une enfant. Force et courage! Mais aidez-moi, vous aussi, en m'adressant fré-
1. C'était la mère des jeunes enfants de la famille chez qui Gemma était reçue. Sa maladie, ainsi que celle de Séraphine son amie, était très grave au jugement des docteurs. La permission demandée avec tant d'instances fut enfin concédée. Les deux dames guérirent, et au terme précis des années convenues dans la précédente lettre Gemma mourut, en effet.
2. De quitter la maison de sa chère famille adoptive à sa dernière maladie.
quemment quelqu'une de ces petites exhortations qui me font tant de bien. — Et toujours, Père béni, vous me prêchez la reconnaissance, la fidélité ; et si je ne sais pas le faire ! Je ne puis agir que par la prière, et en cela Dieu seul connaît et doit seul connaître ce que je ferais et saurais faire. Mais je puis bien peu de chose. Et à cette âme, Père, vous ne voulez plus de bien'? Je connais tout cela, voyez, absolument tout. Et pourquoi au lieu de vous décourager et de réaliser cette vilaine parole « l'abandonner », pourquoi ne l'appelez-vous pas à vous, ne demandez-vous pas toute la vérité? Pourquoi ne lui témoignezvous pas de l'intérêt comme vous faisiez pour moi qui étais mille fois pire...? Ecoutez-moi : si vous pouvez la voir, c'est bien ; sinon, écrivez-lui de suite que si elle ne rentre pas dans la voie où Jésus la voulait et si elle n'abandonne pas tous les sentiers du péché, Jésus la foudroiera. Père, je n'en dis pas davantage sur ce point. Priez avec moi pour elle, mais ne l'abandonnez pas. Bravo, Père, je la connais, moi, votre intention : vous voudriez laisser tout le monde et ne penser qu'à vous seul. Ah non, non. Avant d'en venir là, réfléchissez bien. Adieu Père; bénissez-moi toujours. Chaque matin et même durant chacune de mes journées je prie pour vous afin que vous usiez encore de patience envers moi. Je suis la pauvre Gemma de Jésus.