‹ Lettres et extases de Gemma GalganiChapitre 14 sur 59 · Ruses diverses du démon pour la tromper · texte numérisé non relu

Ruses diverses du démon pour la tromper

J'ai fait votre protestation le vendredi 20 mai, dans l'église des Frères Mineurs, après la communion. Depuis lors, je l'ai fidèlement portée sur mon cœur. Mais si vous saviez ! Cela déplaît beaucoup à cette vilaine bête, et depuis ce moment il est venu de plus en plus souvent m'assaillir de tentations encore plus terribles. Il ne se passe pas une nuit qu'il ne se montre à moi; et ces jours derniers il en vint jusqu'à m'apparaître sous la forme de mon propre confesseur. Je crus bien que c'était ce dernier. Je m'en ouvris en confession et je découvris la supercherie; mais il n'avait pas été facile de me détromper*.

Hier, il me livra un nouvel assaut peu de temps après ma confession. Voyez : mon confesseur venait de me dire que, pour le moment, il croyait bon de m'enlever quelques petites pénitences accordées depuis un certain temps. A vrai dire, cette décision me déplut très fort. Mais comme depuis si longtemps le confesseur me répétait que la chose la plus agréable à Jésus est l'obéissance (et il semble que je commence à le comprendre un peu), je lui donnai l'assurance que j'étais contente de faire ce qu'il voulait. Si vous saviez combien mon confesseur prend de la peine pour me rendre meilleure; et, en particulier, obéissante ! Mais j'ai la tète très dure, et mou corps, quand il s'agit d'obéir, oh! quelle fatigue il éprouve! Néanmoins, rentrée à la maison après ma confession, je m'ôtai tout ce qu'on m'avait dit, et n'en fus aucunement troublée. Mais cette tranquillité dura peu. Dès que je me trouvai seule, comme c'était le temps de la

i. Voir ce qui est raconté.dans la Vie, p. 175 do l'édition complète.

prière, je m'agenouillai et commençai à réciter la couronne des cinq plaies.

J'étais à la quatrième, lorsque je vis devant moi un personnage ressemblant à Jésus, tout meurtri par une flagellation récente. Je terminai le chapelet, puis je dis à haute voix : Bénis soient Jésus et Marie ! Il ne me répondait pas ; je répétai, et lui dit : « Bénis soient, bénis soient ; » mais sans prononcer les noms de Jésus et de Marie. Je compris qui c'était ; je fis le signe de la croix. Mais lui restait toujours devant moi, avec son cœur ouvert, tout sanglant ; et il commença à me parler ainsi : « Est-ce vraiment de la sorte, â ma fille, que tu me récompenses? Regarde comme je suis. Vois-tu combien je souffre pour toi. Et toi, par contre, maintenant tu ne peux plus me donner le soulagement de ces pénitences. Oh ! d'ailleurs, elles n'étaient vraiment pas si considérables ; tu peux très bien continuer comme auparavant' . » — Non, répondis-je, non, je veux obéir. En faisant ainsi ce que tu veux, je désobéirais. » Et lui d'ajouter : « Mais, enfin, ce n'est pas du tout ton confesseur qui t'a commandé cela; c'est ton directeur et tu n'es pas obligée de lui obéir : écoute-moi. » Il dit encore beaucoup d'autres choses. A la fin, je fus sur le point de prendre la discipline, comme je le faisais autrefois en pareille occasion. Mais non : Jésus vint réellement à mon aide. Je me levai, pris de l'eau bénite et retrouvai le calme après avoir reçu un de ces coups dont me favorise de temps en temps ce vilain démon.

Et puis, savez-vous pourquoi j'ai dit : « Bénis soient Jésus et Marie? » Parce que un matin, après la sainte communion, il me sembla que Jésus me disait de prononcer aussitôt ces paroles, quand je verrais quelque chose. Si on répondait, c'était l'apparition de Jésus; sinon, celle de l'ennemi. Après ce que je viens de vous dire, vous comprendrez facilement le grand besoin que j'ai de me faire recommander à Jésus. Mais regardez combien mon confesseur est bon. Il a vu que je m'étais résignée volontiers à tout abandonner, et, de nouveau, il m'a tout accordé. Priez beaucoup pour moi : Béuissezmoi. — Je suis la pauvre Gemma.

i. Par ces astucieuses paroles l'ennemi s'efforçait de la porter à désobéir et à se ruiner la santé par d'excessives macérations.

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