‹ Lettres et extases de Gemma GalganiChapitre 36 sur 59 · lui suffit de n'a»oir pas déplu au Seigneur · texte numérisé non relu

lui suffit de n'a»oir pas déplu au Seigneur

l'avez fait connaître; mais vous le savez, je suis incapable de l'accuser. Vous n'ignorez pas ses intentions malveillantes; les autres ne les peuvent découvrir. Mais, Jésus, vous était-il possible de me faire un plus beau présent?...

Je vous recommande mon plus grand ennemi, mon plus grand adversaire. Dirigez-le, assistez-le. Si votre main devait le châtier, qu'elle s'appesantisse plutôt sur moi. Comblez-le de bienfaits, Jésus.

11 me faudra, Seigneur, beaucoup d'énergie.

Ne l'abandonnez pas, consolez-le. Qu'importe que vous me laissiez dans la douleur? Mais lui, non. Je vous le recommande maintenant, et pour toujours.

Pourquoi, Jésus, permettez-vous cela? Je vous en supplie ne m'en parlez plus. Assistez-le, assistez-le et consolez-le. Faiteslui beaucoup de bien : le double (vous entendez, Jésus?) le double de tout le mal qu'il aurait voulu m'infliger.

Me venger? Non, Jésus, avec votre secours...

Si vous permettiez que cette opposition s'accrût, qui soutiendrait mon courage? Vous-même, ô Jésus. Mais cette affaire va-t-elle se terminer ou continuer de plus belle?

Et que ferai-je? Comment faire?

Il est vrai que jusqu'à présent vous m'avez toujours aidée. Chaque jour je vous le recommande; oui, je vous le recommande; pensez à lui, guidez -le, Jésus, guidez-le; et, si vous m'en croyez, agissez-en delà sorte non pour moi, mais pour (. . .) De tels désagréments ne sont pas dus à celui-ci; moi je les mérite. Imposez silence au calomniateur. Pour vous témoigner mon amour je communierai demain pour ce dernier. Lui, peutêtre, songera-t-il à nous porter tort; nous, par contre, nous sommes animés de la plus grande bienveillance àson égard.

Jésus, Jésus, des forces; car mes épreuves s'aggravent. Mais, mon Sauveur, je saurai en triompher. Toutefois je me lasse, je m'effraie et je pleure. Qui sait par où je devrai en passer? C'est vous-même qui m'annoncez aujourd'hui cette phase douloureuse.

Oui, Jésus, je suis contente. Ne savez-vous pas ce qu'il me faut pour me satisfaire? Allons, répétez-le-moi, vous aussi, Jésus. Saint Paul de la Croix me l'a redit bien des fois. Que ferez-vous de moi? Dites-le-moi, Jésus, qu'entendez-vous faire de moi? Allons, Jésus, dites-le-moi, répétez-le une fois encore.

Vous ne voulez pas me consoler aujourd'hui? Allons, Jésus, encore une fois, prononcez-la de nouveau cette parole. Si vous y consentez je vous en remercierai.

0 Jésus, mais comment, mais quand?

Un peu de prière, Jésus; c'est la respiration de mon âme. Quel échange d'affections ferons-nous dans le ciel? Les petites peines de rien que je subis à l'heure actuelle me vaudront au ciel d'éternelles allégresses. Gomment comprendre une telle libéralité, Jésus ? Pouviez-vous m'accorder plus que vous n'avez fait? Mais moi, Seigneur, avec toutes mes froideurs j'ai l'air de ne vous avoir pas même reçu ce matin. Avoir un feu au dedans de moi, et ne pas en être réchauffée! Quelle générosité de cœur, quelle abondance de grâces! Que pouviez-vous faire de plus?

Y a-t-il possibilité pour vous de m'octroyer ce matin encore une autre grâce? Il faut me donner un peu plus d'amour pour la souffrance, un peu plus de patience ; je voudrais souffrir dans mon corps tout en vivant dégagée de lui.

Oh ! que m'avez-vous dit, Jésus, ce matin ? Que l'amour est produit par la ressemblance. Mais en quoi suis-je semblable à un Dieu crucifié?1.

22. — Elle met sa propre bassesse en regard ds la divine charité. Ravie d'un tel amour elle aspire à en devenir la victime et méprise tout le reste. Même durant son sommeil elle n'aspire qu'à Jésus, et désire l'aimer comme l'aimait la T. S. Vierge Marie. Son cœur se dilate; elle renonce à sa liberté et se fait esclave de l'amour divin.

Mon Dieu, mon Jésus, mon Sauveur!... Pour vous je voudrais toujours être de feu, je voudrais que mon cœur ne palpitât que pour vous, je voudrais ne vivre et ne mourir que pour votre pur amour. Jésus, Jésus, bonté infinie ! A vous, mon Sauveur, tous les mouvements de mon cœur! Que votre humilité me fasse toujours mieux connaître la bassesse de mon esprit... Je suis à vous, créée pour vous; dites-moi ce que vous

i. Comme on le voit aisément, dans cette extase Gemma parle îles contrariétés suscitées par certains qui ajoutaient peu de foi à la réalilé surnaturelle de ses voies. Cette opposition fut pour elle un Ion et cruel martyre.

désirez de moi... Que désirez-vous, Jésus, que désirez-vous?... A vous j'offre toutes mes douleurs afin que vous les sanctifiiez. Oh ! comment vous est-il possible de ne pas embraser mon pauvre cœur? Avec quelle véhémence ne vous êtes-vous pas communiqué à lui, Jésus ! Et néanmoins il persiste dans sa froideur !

Qui m'expliquera mon principe et ma fin?... La poussière... et ensuite il ne reste plus que lame et Dieu; l'âme libre et seule avec Jésus. Je soupire après le moment de m'élancer vers mon Sauveur. Jésus est un océan d'amour sans limites. Et quand il est descendu impétueusement dans mon cœur telle a été mon amoureuse reconnaissance que j'ai dit : « Jésus, assez, assez!» Agissez vous-même, Jésus; car l'ineffable douceur dont vous me pénétrez m'ôte entièrement la parole.

Comment pouvez-vous, Jésus, enrichir à ce point une créature aussi vile, plus vile que la terre même? Auriez-vous donc oublié tous les péchés qu'elle a commis?

Vous dites, ô Jésus, que vous les mettez volontiers en oubli pour témoigner votre amour à mon âme. Vive Jésus ! O douces chaînes de Jésus! Quand une fois elles enlacent, il n'est plus possible de s'en libérer. O saint amour, embrasez-moi, embrasez-moi. Tout m'ennuie, tout me cause de la peine; aucun objet de ce monde ne provoque mes désirs : ma seule aspiration... ma seule affection... c'est l'amour divin. O saint amour embrasez-moi, je n'aspire qu'à vous. Je voudrais aussi qu'après ma mort tout le monde pût dire : « Gemma a été victime d'amour et elle est morte uniquement victime d'amour afin que tous aiment Jésus. »

Je n'ai effectivement rien à moi, ô mon Dieu. Tout est à vous; je vous ai tout donné, et néanmoins mon âme voudrait aimer, toujours aimer... Que cherches-tu, mon âme, en ce monde? Je le sais, je le sais, tu veux aimer... Aime Jésus... aime Jésus. O mon Dieu, quand je serai absolument seule, je ne saurai aimer que vous. Jésus seul, mon âme, seulement Jésus, Jésus seul!... Et puis quand tu le posséderas, fais ce que tu voudras1. Si tu veux jouir de la paix, ne la cherche qu'en Jésus.

Que dites-vous, mon Sauveur? En paradis? Oh! très bien...

i. Pensée de saint Augustin : ama et fac quod vis. Quand on

Mon bon Ange, si vous tenez à ce que je rêve la nuit j'y consens aussi ; mais montrez-moi le paradis et Jésus, Jésus aimé, Jésus aimable!

0 Jésus, vous envoyez des croix à ceux que vous aimez? Je vous comprends : vous êtes le digne objet de tout amour, vous êtes l'unique amour. Je le proclame très haut : je désire, Jésus, vous aimer ardemment.

Vous me demandez comment je voudrais cet amour? Je le voudrais pur comme celui des vierges, fort comme celui des martyrs... oui de la sorte... Et même, Jésus, (vais-je trop loin?) je le voudrais grand comme celui que votre divine Mère eut pour vous...

Mais quel nom me donnez-vous? Qu'est-ce que vous médites? Moi, suffire à Jésus? Moi, Seigneur, vos délices? Dites-le, dites-le encore, Jésus : Je vous suffis? Et tant de fois que je ne me suis pas moi-même contentée de vous! Que de fois ne vous ai-je pas tourné le dos! Et il serait possible que je suffise à Jésus? 0 saints du ciel, prêtez-moi un coeur capable d'aimer beaucoup Jésus.

Qui suis-je, moi, pour vous suffire? Je suis toute au cœur de Jésus. Quel ineffable contentement vous me procurez, Jésus! Vous êtes le soutien de ma vie, la flamme de mon cœur, la pupille de mes yeux. Vous voulez pour vous toutes les ardeurs de mon cœur? Du moins, soyez le plus aimé, Jésus, vous qui ne me demandez qu'amour.

Vous me déclarez que pour apprendre à aimer il est nécessaire de souffrir? J'ai compris. Ah! Jésus, puissé-je devenir un instrument de votre gloire, et alors tous mes péchés me. seront pardonnes! [Ne voyez-vous pas, ô Jésus, que j'abuse de votre bonté?

Ne doutez pas que votre jGemma vous suive jusqu'au Calvaire... Je ne sais guère vous bénir et vous aimer; mais si je me lamente, Jésus, "ne m'écoutez pas. Oh! de qui est cette voix que j'entends si bien et sijdistinctementdans mon cœur? Est-ce la vôtre, ô Seigneur, ou^bien serais-je dans l'illusion?

Oui, ce calme que j'éprouve, cette suavité m'atteste votre présence.

est domine par l'amour divin, tout en demeurant libre, on n'agit qu'avec une jierfection toujours cligne de l'objet aimé.

Oui, Jésus, je vous abandonne ma liberté afin d'être votre esclave pour toujours. Publiez très haut votre amour, ô Jésus, publiez aussi ma confusion pour que votre gloire en résulte-

Mon cœur se dilate, Seigneur, et j'éprouve une douceur que peut seule donner votre miséricorde. Mais si vous désirez tant habiter dans mon cœur, Jésus, faites qu'il se consume pour vous.

Venez... venez, Jésus... venez, réconfortez mon âme... Je connais maintenant l'exquise suavité qu'on éprouve à vous posséder. Je vous reconnais, c'est vous, Jésus. Que vous êtes bon! Ne me commandez pas de vous aimer; ma reconnaissance m'en fait déjà un devoir. Vous voulez de l'amour? Eh bien, moi, je tâcherai de vous en offrir, et toujours davantage. Que vous faut-il encore, Jésus? Tout m'est un sujet d'ennui... je n'ai qu'un désir vous aimer.

23. — Elle gémit comme la tourterelle, appelant son bien-aimé qui ne se fait plus sentir à son âme désolée. Coup d'œil sur les épreuves de sa vie. Il lui est doux de pleurer et de souffrir. Nouveaux soupirs vers Jésus qui ne lui répond pas. Elle demande d'être délivrée de l'aridité spirituelle; mais se résigne à la volonté divine. Impuissante à maîtriser ses transports, elle demande au Seigneur de briser les liens corporels qui l'empêchent de s'envoler vers lui.

Vous allez me quitter, est-ce vrai, Jésus? Je m'aperçois déjà de votre éloignement. Qu'en sera-t-il de moi? Mais pourquoi, Jésus, ne me répondez-vous pas? En quoi vous ai-je offensé? Et à quoi bon vivre si je viens à vous perdre? Combien de fois faut-il vous répéter que je vous aime plus que ma vie, et que pour vous je la méprise? Mais ne le vovez-vous pas? Pour vous posséder j'ai renoncé aux pensées... à tout... Oh! quel est donc, Jésus, le motif qui vous a contraint de me délaisser? Allons, dites-le moi, Jésus, en quoi vous ai-je offensé? Est-ce en ne vous conservant pas mon cœur assez pur?

Alors, f ésus. vous m'abandonnez? Lorsque je ne vous verrai plus, que je n'entendrai plus votre voix, n'oubliez pas ma pauvre âme... Pensez à elle, Jésus, aidez-la dans ses moments d'épreuves. Vous voyez, mon Sauveur, combien débile est ma vertu ; quand vous m'aurez entièrement délaissée, quand je n'aurai plus aucun sentiment de votre présence, quand je

ne sentirai plus votre sang1 divin circuler dans mes veines... que ferai-je?... Oh ! avant votre départ, je voudrais ici même expirer d'amour, mais sans que personne ne le sût... Saints du ciel, prêtez-moi vos ardeurs; dites-le, vous, à Jésus, car il ne m'écoute plus. Enseignez-moi comment on l'aime... Et vous résistez encore, Jésus? Voir mon cœur épris d'un si violent désir... et ne pouvoir le satisfaire!... Tout m'est à charge ici-bas; je ne souhaite absolument rien; je n'aspire qu'à vous aimer, Jésus!... Ne me laissez pas soupirer davantage ; je veux mourir et aller avec vous. De grâce, Jésus, rapprochez de votre cœur brûlant le mien, qui est glacé... Oh ! comme je me sens froide!... Un peu de feu, Jésus, un peu de feu !

Pourquoi, Seigneur, vous cacher quelque chose? Vous apercevez si bien les plus intimes secrets de mon cœur... Si toutefois pour vous plaire le sacrifice est nécessaire, qu'à cela ne tienne, le sacrifice est fait... Tous mes jours sont semés de croix. 0 croix sainte, je t'ai embrassée, mais le démon m'inspirerait volontiers contre toi une foule de griefs.

Il est vrai, Jésus, que si je fais un retour sur ma vie, je me vois toujours, et dès l'enfance, chargée de croix. Oh ! qu'ils se trompent néanmoins, ceux qui prétendent que la souffrance est une disgrâce ! Mais dites-moi, Jésus, pourquoi ne me parlez-vous jamais de l'avenir? Oh! n'importe où j'irai je serai toujours contente, pourvu que je puisse pleurer et souffrir pour votre amour. Votre silence, Jésus, est cependant mystérieux! Je vous demande une chose : si je ne dois pas être, Passioniste ôtez-m'en la pensée. Quelle cruelle épine ce désir est pour moi !

J'accepte tout ce qui m'arrive de la part de mon Dieu. Que m'envoie -t-il, mon Dieu? Seigneur, si vous vouliez bien me délivrer 1 Le démon me tente au-dessus de mes forces, et vous ne venez pas avec moi? Que devieudrai-je sans vous? Que ferai-je dépourvue de votre appui? Je m'abats, tremble et gémis à la pensée que vous pourrez me manquer. Ayez pitié de moi, Seigneur, ayez pitié de moi! me voilà seule. Je vous appelle bien souvent dans la journée, je vous cherche à chaque instant... Mais vous, où vous êtes-vous caché ? Et quelle utilité me reviendra de la vie que vous m'avez donnée si je m'en sera pour vous perdre ? 0 mon Dieu, à quoi me résoudre? Ne suis-je

plus pour vous une proie d'amour ? De qui donc serais-je la proie ? de qui ? Ne le permettez pas, ô Seigneur, né le permettez pas. Mais plutôt, s'il vous plaît, délivrez-moi.

Oh ! j'attends, Seigneur, j'attends le moment de me trouver avec vous, étroitement unie à vous, pour me remettre entièrement entre vos mains, et vous faire ensuite mille protestations. Vous avez bien raison de ne plus vouloir revenir... Si je vous avais toujours conservé mon cœur un peu plus pur !

Sans rien me dire? ni un oui ni un non? ni une parole d'approbation ou de réprimande ? Et à quoi bon, Jésus, demeurer en ce monde? 0 Seigneur, où me laissez-vous? Je me tourmente du matin au soir. Vous me disiez : « Tu es une ingrate et je t'aime quand même. » Et maintenant?... Revenez, revenez comme autrefois ; je vous promets tout ce que vousvoudrez.

Moi, tarder? Est-ce moi qui suis en retard, ou bien est-ce vous? Et vous me laissez ainsi? Et nous nous quittons sans môme une parole? Vous êtes fâché? Délivrez-moi, s'il vousplaît, délivrez-moi, éclairez mes pas.

Où êtes-vous allé, mon Amour? Où êtes-vous caché? Pourquoi suis-je encore en vie? Faites-moi mourir, je le désire. Je le désire, mais seulement pour venir avec vous. Où êtes-vous allé, mon Jésus? Beauté infinie, où vous tenez-vvous cachée ? Où dois-je vous chercher, ô Jésus ? Montrez-vous au moins une fois. M'auriez-vous dit que je ne vous verrais plus sur la terre ? Je ne m'en souviens pas. Je voudrais bien vous contempler, ô Jésus. Mais je vous sens, et cela devrait me suffire... Quand j'étais toute petite on m'assurait que vous étiez toujours présent... Oh! comment se fait-il que je ne vous aperçois pas? Détruisez ce corps, ô Jésus, rompez ces chaînes. Je ne serai satisfaite que lorsque mon âme délivrée s'envolera seule vers vous. Quand serai-je entièrement béatifiée en vous1?

O amour d'une infinie douceur... ô douceur d'un amour infini !

t. Gomme on l'a vu, lettre 24, et comme celte extase elle-même en témoigne, la rude épreuve de l'aridité vint aussi endolorir et sanctifier le sacrifice de Gemma. Il semblera moins dur à certaines âmes ferventes de subir des délaissements analogues après avoir entendu les gémissements résignés de cette séraphique victime.

24. — Comme l'Épouse des Cantiques elle veut suivre Jésus partout. La paix de son cœur jusque dans la tribulation. Elle s'adresse à Marie, implore le pardon de ses fautes. Dans ses désolations elle ne demande qu'à vivre courageusement de la foi.

Quelle paix, quel repos alors même que vous vous cachez ! Si vous voulez vous en aller au loin. Jésus, allons ensemble sur les monts, courons... Je brûle du môme feu, je suis captive dans les mêmes chaînes. Tenez vous donc éloigné si vous le voulez, ô Jésus; il me suffît de n'être jamais privée de votre amour. Vos caresses, gardez-les pour des âmes plus dignes. Que le monde soit dans l'erreur à mon égard, peu m'importe. Embrasez-moi de vos ardeurs; votre amour me suffit. Je voudrais que tout le monde pût dire que votre amour m'a consumée. Amour, amour !

Mais je veux vous suivre. Où allez-vous? Éloignez-vous tant qu'il vous plaira ; je m'attacherai toujours à vos pas. Pourquoi me témoigner d'abord tant de tendresse, et puis en agir ainsi? Vous m'êtes cruel, Jésus" ! C'est mon amour pour vous qui me fait parler de la sorte. Pardonnez-moi ! C'est mon amour, c'est le vôtre qui provoque un tel langage... Toutefois, mon Dieu, si vous ne revenez pas j'en mourrai. O Jésus, soutenez-moi. Que je sois privée de tout; mais de votre soutien, jamais. Il me suffit de votre amour... Pour vous, partez ensuite tant que vous voudrez...

Quelle paix, quel repos, même en votre absence ! Par charité, Jésus, ne permettez pas, malgré votre éloignement, que les créatures parviennent à me troubler.

Vous me dites, mon Dieu, que fuir c'est aimer... Alors fuyons, fuyons1 !

Je vous cherche toujours, Jésus ; je cherche à tout instant votre gloire, votre unique amour. Mais répondez-moi, Seigneur; pourquoi ce silence? Pourquoi ne me répondez-vous

i. Les vies des saints témoignent que Gemma n'a pas été la première à exhaler les transports angoissés de sa tendresse par une telle expression.

2. Délirante allégresse que la Mystique, assimilant la charité à un vin généreux, appelle à bon droit ivresse d'amour.

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pas? Dites-moi quelque chose. Si vous teniez à ce que je correspondisse à ces dons, il fallait me les accorder tout doucement, et non pas avec cette impétuosité. 0 Jésus, ma lumière, où êtes-vous? Illuminez mes yeux, ne me laissez plus vivre dans les ténèbres... Donnez-moi des ailes, ô Jésus, pour m'envoler au pied de votre trône... Mais trop d'obstacles empêchent ma pauvre âme de s'élancer vers vous. Commandez, et vous verrez tout s'aplanir. Soyez le seul, ô Jésus, à habiter mon âme, et vous verrez que nul autre n'osera la molester.

Mais moi, je ne vous vois pas, du tout... Pourquoi, Jésus, ne vous laissez-vous pas trouver? Vous êtes en fête au ciel... et vous me délaissez ainsi? Pourquoi me fuyez-vous?

Et vous, divine Mère, où êtes-vous? Unissez mon cœur à celui de Jésus. Ignorez-vous, bonne Mère, qu'aujourd'hui... aujourd'hui même j'ai une chose à vous consacrer... Acceptez-la; c'est mon imagination. De la sorte je n'aurai plus rien à craindre... Mais Jésus ? Pourquoi aujourd'hui se cache-t-il ainsi? Et vous (mon Ange gardien) qui m'avez toujours fidèlement tenu compagnie, où êtes-vous?

Gomment pourrons-nous, mon Jésus, vivre ainsi l'un sans l'autre? Ne savez-vous pas et ne voyez-vous pas que je n'y tiens plus? O Jésus, je ne désire, je ne cherche que vous, et vous me fuyez?... Me voici prête à tout, et néanmoins cela ne vous suffit pas? Vous me fuyez encore? Je sens bien pourtant que je vous aime.

Je vous cherche pour vous demander pitié et miséricorde. Que perdez-vous, Seigneur, à me pardonner tous mes péchés? O mon Dieu, mon Dieu, je vous cherche, je vous appelle. Mais vous?... Les péchés, je le sens, oppressent mon âme, Jésus. Serait-ce là ce qui s'oppose à votre venue?... Malgré tant de confessions, je n'en viens jamais à une vie meilleure. O Seigneur, par les mérites de votre sang, de vos douleurs, que je ne vous offense pas davantage... Ah! Jésus, ce qui m'afflige le plus en ce monde, ce sont mes péchés.

Je voudrais, je voudrais... mais je suis impuissante. O Jésus, que de choses je voudrais obtenir de vous ! Je voudrais non pas vous contempler, mais vous parler, vous dire, savez-vous quoi, Jésus? de me donner la force... la force pour accomplir votre volonté.

Je vous appelle, ô mon Sauveur, je vous invoque à tout mo-

ment uniquement par la foi... Et quelle foi?... Avec celle que vous m'avez donnée pour le salut de mon âme, par un acte de votre infinie bonté. Il m'est doux, croyez-le, Jésus, de vivre de la foi. Peut-être me trouverez-vous plus froide; je ne laisse pas néanmoins de me sentir grandement soutenue par cette vertu. La foi me suffit, Jésus; avec elle ma vie sera parfaite.

25. — Après avoir épanché son cœur en de pieuses affections elle demande de plus parfaites dispositions pour recevoir la divine Eucharistie. Elle appelle Jésus son Epoux, parce qu'il lui a donné son cœur. Sa crainte unique parmi ses joies est de le perdre. Aussi lmplore-t-elle son assistance et voudrait-elle comme la colombe s'envoler vers lui pour s'y reposer.

Aujourd'hui... aujourd'hui mon Jésus est avec moi! 0 mon âme, donne un libre cours à tes pauvres affections.

Et mon cœur, Jésus, ne vous parle-t-il pas assez? N'avezvous pas entendu ses nombreux soupirs ? Je vous rends grâces, Seigneur, de ce que je suis libre depuis trois jours; mon confesseur vous remercie lui aussi.

Je vous ai tant cherché! Où étiez-vous, Jésus? Laissez-moi aujourd'hui un peu avec vous; laissez-moi jouir de votre présence ; laissez auprès de vous celle qui durant de longs jours n'y sera plus admise.

Pendant combien de temps je vous désire, ô Jésus? Aussi longtemps que vous demeurerez avec moi j'ai l'autorisation de rester moi-même.

Toutes mes pratiques de nuit sont autorisées par mon confesseur si elles vous agréent. Je m'acquitte exactement de ce que vous m'avez enseigné. Et aujourd'hui qui m'a valu la joie de votre présence? Le confesseur? Sans doute, votre grand amour?

Vous me demandez si je n'ai rien à vous dire. J'ai bien dos choses, Jésus, bien des choses... Répondez, Seigneur, mon cœur ne vous parle-t-il pas assez par ses soupirs?

Je souffre, Jésus, je souffre. Mais ne voyez-vous pas que je vous le dis en riant?... Maintenance suis heureuse. Oui, Jésus, il y a d'heureux moments sur la terre... Être avec Jésus, quelle consolation !...

Divin Jésus, paradis de charité, prodige d'amour! Jt suia

comme désorientée par tant de grâces, ô Seigneur; et si vous ne m'aidez je deviendrai toujours plus ignorante; parmi toutes vos faveurs je deviendrai toujours pire.

Ce que je voudrais, Seigneur? Je voudrais, votre assistance ; oui, car je ne voudrais pas vous recevoir si mal disposée. Faites que j'en sois plus digne, et que j'aie au moins quelques mérites de plus.

Comment cela? Par les mérites infinis de votre sang très précieux.

Dites-le-moi, Jésus, prenez-vous plaisir à rester avec moi? Pour ma part j'y trouve réellement tout mon bonheur. Plus je pense à vous, plus' je vous reconnais aimable et plein de douceur.

Eh!... qu'exigez-vous ensuite de moi, qu'exigez-vous? L'amour? Je vous aime parce que vous êtes mon bienfaiteur, mon créateur, et mon perpétuel appui. Vous êtescelui qui conserve et divinise mon âme. Et parce que vous êtes son époux je vous cherche constamment, je cherche votre affection, votre amitié, votre gloire. Si vous m'aidez je ne défaillerai jamais... Quand serai-je toute enflammée par la suavité de vos accents?

Et quel retour obtenez -vous de mon ingratitude? Sans doute je vous suis unie de corps1; mais de cœur?... Mais si, mais si. mon cœur est à vous. Voyez, Jésus, vous êtes un *roi fort et généreux qui consent à livrer bataille, mais qui veut toujours remporter la victoire. Faites-moi la grâce de me rendre à tous vos appels, afin que je vous aime d'un amour plein de tendresse.

Mon Jésus, comment êtes-vous devenu si pauvre que vous ayez ainsi besoin de moi? Et fussiez-vous réellement dans ce dénuement comment pourrais-je vous secourii ? Voilà, Seigneur, que mon corps est une poignée de poussière. Par contre l'âme fut créée pleine de grandeur. O mon âme, rends gloire à l'excessive charité de ton Sauveur qui, touché de compassion pour ma misère, m'offre tous les moyens de parvenir à son amour.

Vous avez été pour moi, Jésus, un trésor inconnu ; mais à présent je vois que vous êtes tout à moi, et paiticulièrement

i. Par la communion.

votre cœur. Oui, il est à moi, ce cœui , parce que plusieurs fois vous me l'avez donné tout entier. Qui aurait pu croire que le mien dût lui être continuellement uni? Mais le vôtre est rempli de lumière tandis que le mien est tout ténébreux... Votre libéralité est excessive, Jésus. Mais les anges seuls, ô Seigneur, sont témoins de vos traits d'amour envers mon âme. Jésus, mon paradis ici-bas, quand passerai-je des épaisses ténèbres de ce monde aux clartés si lumineuses de votre gloire? Quand finira la crainte de vous perdre?... Quand passerai-je de la mort à la vie, de la crainte de vous perdre à la certitude de vous posséder? Quand me rassasierai-je pleinement de votre divine beauté? Quand me perdrai-je entièrement dans votre divine lumière?... Mais quelle lumière?... Uue lumière immense, inextinguible, incorporelle... O Jésus... quand, Jésus? Et ensuite, ô mon Dieu, me voir ainsi en souffrance? Et quoi, mépriseriez-vous, par hasard, mes désirs? Et qui mêles a mis au cœur sinon vous? Venez, venez, Jésus, venez me prendre, venez me donner quelque réconfort.

O Jésus, ayez pitié de moi! J'ai bien souvent prié pour les autres; ayez maintenant pitié de moi, pécheresse qui vous ai coûté la vie !... Je suis orpheline; je n'ai plus de père, je n'ai plus de mère... ayez pitié des orphelins, ayez pitié de moi!... Je suis un fruit de votre Passion, je suis un rejeton sorti de vos plaies...' Oh! qui me donnera les ailes de l'aigle, qui me donnera celles de la colombe pour m'en voler vers vous? Donnez-les-moi, ô Jésus, ces ailes de la contemplation. Que faire pour m'en voler vers vous? Bien des obstacles m'environnent. Aidez-moi à me dégager de tout le créé ; brisez les chaînes qui m'empêchent de m'élancer vers vous... De nombreux objets, ô Jésus s'offrent encore à mon esprit qui les contemple et s'en repaît; mais aucun ne le soutient, aucun ne le repose comme vous. En vous seul, Jésus... en vous seul mon âme trouve son repos.

Je n'y tiens plus, je ne puis plus me dominer quand je sens que mon cœur palpite uni au vôtre.

Néanmoins, ô Jésus, mon bonheur est si grand que le désir de me trouver en votre chère présence s'enflamme toujours davantage. Et je sens, ô Jésus, que mon âme retire de cea embrassements des secours nombreux et puissants. Il no sa passe pas un jour, Seigneur, où je ne reçoive de VOUS quoique

nouveau bienfait... Mais si vous vous révélez ainsi à mon âme, si vous...

Mon Jésus, je me consume. . . je me meurs, je meurs d'amour . . pour vous. Jésus, aliment des âmes fortes, fortifiez-moi , purifiezmoi, divinisez-moi1... Dieuinfinimentgrand, Dieu digne de tout sacrifice, Jésus, aidez-moi... Rédemption de mon âme, Dieu engendré de Dieu, venez à mon secours. Votre regard, ô Jésus, veille à chaque instant sur moi. J'ai soif de vous, mon Sauveur. Ne voyez-vous pas combien je souffre, le matin, avant de me nourrir de vous ?... Faites au moins qu'après vous avoir reçu je sois pleinement rassasiée.

Vous êtes l'unique amour de toutes les créatures. Vous êtes la flamme de mon cœur. Je voudrais, mon Jésus, vous aimer de toute mou âme.

Vous tous, Saints du ciel, prêtez-moi votre cœur.

26. — Elle contemple le paradis, essaie d'en raconter les joies, les délices et reconnaît son impuissance à le faire dignement- Elle veut néanmoins en parler afin que tous aiment Jésus ; elle veut, même durant son sommeil, penser au ciel et à Jésus.

Je suis contente, ô Jésus, je suis contente. Et que m'importent toutes ces choses? je n'en voudrais qu'une seule: être en paradis avec vous. Gomment ne pas désirer, Jésus, comment ne pas désirer le ciel? Oui, je vous veux et je vous veux absolument. Vite, Jésus, hâtez-vous. Rester ainsi, je vous l'avoue, m'est impossible... Allons, Jésus, faites vite... De grâce, Jésus, partons, allons-nous-en, allons-nous-en... dans votre paradis !

Ah !... Mais non, ce n'est pas encore le moment, Jésus, non, parce que j'ai peur, je crains... N'avez-vous pas dit, ô Seigneur, que le paradis est pour ceux qui vivent dans le monde comme étrangers au monde? Ne me déclarez-vous pas que le paradis est pour les innocents? Et moi...? Que me réservezvous, Seigneur? Que ferez-vous de moi? Vous demeurez tou-

i. C'est-à-dire transformez-moi en vous en me faisant participer d'une certaine manière à voire divine nature: « Divinae consorles naturœ », comme dit saint Pierre (Ep. II, i, 4).

jours le seul, ô mon Dieu, à connaître la fin pour laquelle je su is sur la terre... Pourquoi ne consentez-vous pas à le révéler à quelqu'un ?

Et que suis-je moi-même pour qu'à tout moment je m'entretienne ainsi avec mon Jésus? O paradis, ô paradis, laisse-moi penser à toi... Du moins quand je serai là- haut je ne souffrirai plus, je n'endurerai plus les peines et les douleurs d'ici-bas. O paradis, il n'y aura plus en toi ni nuit, ni ténèbres, ni changement des choses, ni vicissitudes des temps... O paradis! en toi sera le Dieu de Dieu, la lumière de lumière*. Le Soleil de J ustice t'éclairera, son cœur immaculé sera ta splendeur. .. Car la béatitude consiste précisément dans la contemplation du Dieu, roi des rois, qui réside au ciel. Oh ! quel bonheur ! O paradis!... Qui pourra jamais le dire combien longuement je t'ai désiré? Désir qui ne tourmente jamais, satiété qui jamais n'éprouvera le moindre dégoût ! Dans quel état se trouvent de telles âmes? Comment en s'approchant de vous, mon Dieu, qui êtes tout lumière, deviennent-elles si lumineuses? Comment, au sein de votre immuable éternité, deviennent-elles immuables elles-mêmes, de changeantes qu'elles étaient?

Quelle allégresse, ô Jésus, d'habiter dans votre paradis ! N'est-ce point vous qui m'avez donné ce désir ? Oh ! plaise à votre divine bonté qu'après avoir éprouvé une vive douleur de mes péchés je me rende en paradis pour faire uniquement votre volonté ! Jésus durant la vie, Jésus après la vie, Jésus pour toujours ! Mon Jésus, mon amour !

Quelle consolation, mon âme, d'être entourée des Anges, de ceux que nous avons particulièrement aimés ! Le mérite de chacun est inégal, mais la joie de tous est absolue. O mon âme ! O paradis, tu verras, quand je te posséderai, je serai pleinement rassasiée. O Dieu, permettez que je m'enfonce dans les délicieux abîmes de votre amour. O sainte Cité ! Mais serai-je jugée digne d'apercevoir tes fondements? de contempler tes murs sacrés? de voir tes habitants, ton divin Roi? Je me recommande à vous, Anges saints, à toi mon céleste Gardien : ouvrez-moi, laissez-moi entrer.

Je vous préfère, ô Jésus, à tous les trésors de la terre. Oui, ô mon Jésus, Dieu d'une douceur et d'une amabilité infinies,

i. Paroles du symbole de Nicée: Deiun de Deo, lumen delumine.

vous êtes à mes yeux plus grand que tous les trésors de ce monde. Comme volontiers je m'unirais à vos Anges ! Comme volontiers je m'épuiserais en louanges ! Comme volontiers je resterais continuellement en votre présence ! Je dis ce que je peux, nullement ce que je dois. Et parce qu'impuissante à m'exprimer... je resterais muette? Non, car mon Jésus doit êtcre aimé, honoré de tous. Ne faites pas attention à ce que je vous dis mentalement1, ne considérez que l'ardeur intime qui provoque ce langage.

Adorons et prions Jésus... Adorons le Dieu immense, immortel, infini. Adorons l'infinie majesté de notre Dieu. Louange à vous, ô Père qui nous avez sauvés; louange à vous, ô Fils qui nous avez rachetés; louange à vous, ô Esprit Saint qui nous avez sanctifiés...

Et quelle grâce, ô mon bon Ange, voulez-vous que je demande à Jésus en dehors de celle qu'il m'octroie si volontiers, et qui m'est d'un si puissant secours : l'accroissement de son saint amour? O amour, amour sans borne de mon Sauveur!

Oui, je le vois; Jésus m'aime à tel point qu'il semble éperdument épris de moi... Je sens qu'il a ravi mon cœur, qu'il l'a orné de son sang précieux2. Mon Jésus, charité infinie, jamais je ne me séparerai de votre amour, je ne le céderai à personne. Ange, mon bon Ange, je suis aimée de mon Jésus, n'est-ce pas? Moi aussi je l'aime. Oui, mon Sauveur, je vous aime.

Tout ce que j'ai de plus intime vous est connu, ô Jésus... Vous êtes donc assuré que je vous préfère à tous les biens du ciel et de la terre? Bien plus, toutes les créatures de l'univers ne méritent d'être aimées qu'en vue de la gloire de votre Cœur.

Je vous ai aimé, Jésus? Accordez-moi de vous aimer encore davantage, afin que ma pensée s'élève constamment à vous durant le jour, et même la nuit pendant mon sommeil. Je voudrais que mon esprit vous parlât toujours, que mon âme s'entretînt sans cesse avec vous. Je voudrais que mon cœur fût continuellement éclairé de votre divine lumière; que vous fus-

i. Comme d'ailleurs dans toutes les autres extases, les expressions usuelles et sensibles notées et rapportées ici sont loin de donner une idée complète des sublimes concepts de la séraphique vierge.

2. Paroles de sainte Agnès : Sanguis ejus ornavit gênas meas.

siez mon amour et mon guide. Je voudrais voler de vertus en vertus... sinon je ne pourrai aller en paradis. Pour y parvenir il faut la pureté du cœur. Donnez-la-moi, mon Jésus; je la désire ardemment. 0 paradis! Laissez-moi continuer, Jésus, laissez-moi penser au ciel.

27. — Elle désire avoir le cœur de tous les Anges et de tous les Saints pour les offrir au Père Éternel. Elle se confond à la vue de son impuissance et de sa misère. Hymne de reconnaissance pour toutes les grâces qu'elle a reçues.

Je voudrais avoir à cet instant, ô Père Éternel, le cœur de tous les Anges, de tous les Saints, de tous les Elus et de ma céleste Mère elle-même. Bien plus, je voudrais avoir celui de votre divin Fils, et vous l'offrir avec tous les autres, afin de vous procurer gloire et honneur.

Bien-aimé Sauveur, supposons que vous fussiez Gemma et moi Jésus...

Que ferais-je? Je renoncerais à être moi pour que vous le fussiez à ma place. Pourquoi, ô Seigneur, me rendez-vous toute brûlante de votre feu divin, de votre feu d'amour? Je voudrais en enflammer le monde entier.

Oh! oui, j'en serais capable. Voyez, ô Jésus : j'ai une telle confiance en vous que si je voyais s'ouvrir les portes de l'enfer, et si je me trouvais déjà sur le bord de l'abîme, je ne désespérerais pas. Et quand bien même l'enfer et le paradis s'élèveraient contre moi je ne douterais pas de votre miséricorde, et me confierais en vous.

Vous êtes si tendre, si prompt à pardonner!

Je vous ai offensé, je vous ai beaucoup offensé... Vous dites que c'est une cruauté d'offenser une simple créature; oh! quelle n'est donc pas ma méchanceté d'avoir outragé un Dieu, un Créateur, le souverain Bien? Vous m'avez comblée de tant de grâces, de tant de bienfaits, et opéré mon salut d'une façon merveilleuse, et mon cœur reste insensible? Et comment peux-tu, mon cœur, à la vue du Fils unique de Dieu sur une croix, comment peux-tu ne pas expirer toi- même?

Seigneur, vos libéralités envers moi sont grandes, infinies. Souvenez-vous, ô Jésus, de votre miséricorde. Si vous le voulez, 6 Seigneur, vous pouvez me sauver. J'espérais, ô Jésus, conufl

je l'ai tant de fois confessé devant vous, j'espérais pouvoir suffire à quelque chose, j'avais confiance dans mes propres forces. Mais quand j'essayai d'agir seule, de moi-même, ce fut alors que je perdis tout ce que vous m'aviez fait acquérir. Mais vous m'avez promptement éclairée, ô Jésus, et j'ai compris que ce dont je me croyais capable était précisément ce que je n'accomplirais jamais par moi même. Quand j'avais la volouté les forces me manquaient, et quand je pouvais agir je ne voulais déjà plus. Je n'ai, en vérité, aucun motif de me glorifier devant vous. Vous m'avez aimée, Jésus; vous m'avez préférée à une foule de créatures. Tout en continuant d'être avide de vos faveurs je connais toujours mieux ma misère. N'attendez de moi rien de bon. Et que pouvez- vous espérer d'un peu de boue qui n'est apte qu'à vous offenser?

Vous voulez de l'amour? Je vous en donnerai. Mais je n'en ai plus, puisque mon cœur n'est plus à moi. Ne me demandez donc plus un amour que ma reconnaissance vous devait déjà. Oh! puissé-je vous satisfaire un peu comme vous me satisfaites vous-même! Il fait bon, Jésus, aimer celui qui ne s'irrite jamais contre celle qui l'offense. J'ai même expérimenté bien des fois que, si votre justice vous obligeait à me punir, vous tâchiez d'empêcher ce châtiment, jusqu'à m'en exempter entièrement. J'ai trouvé un Dieu tellement épris de mon cœur qu'il ne sait pas le contrister.

Amour de mon amour, Jésus, mon bien-aimé, ma consolation... mon Dieu, mon secours, mon soutien, ma lumière! Je m'aperçois que j'ai tout épuisé; mais votre miséricorde ne l'est aucunement. Parfois, Jésus, je me remets en mémoire votre sévérité, mais je suis rassurée par votre bienveillance. Vous serez toujours pour moi un père, et je ne cesserai d'être pour vous une fidèle enfant.

Je viens de considérer les grandes victoires que, soutenue par vous, j'ai remportées sur le démon. J'en ai compté un si grand nombre! M'eût-il été possible, Seigneur, de vaincre de si violents assauts sans votre divine assistance?

Combien de fois, si vous n'étiez pas venu à mon aide, ma foi eût chancelé, mon espérance défailli, ma charité disparu !. .. Mon intelligence se fût obscurcie si vous, soleil éternel, ne l'eussiez éclairée. Mon amour, ô Jésus, se fût souvent alangui si vos caresses ne l'avaient réconforté !... Et ma bonne

volonté, pourtant absolument nécessaire, que de fois le dégoût ne l'a-t-elle pas envahie ! Mais vous l'enflammiez de vos propres ardeurs. Je le reconnais, tout en moi était l'œuvre de votre amour, le triomphe de votre charité sans bornes. Et maintenant, ô Seigneur, je ne vous serais pas reconnaissante?

Ne voyez vous pas que je ne sais rien faire? Que j'aie au moins la satisfaction de me donner à vous avec toutes mes facultés et de l'âme et du corps.

Grande est l'efficacité de votre amour; elle peut tout. Oh! je vous l'ai dit bien souvent; je comprends que je vous offenserais si je préférais ma volonté à la vôtre.

Que voulez-vous que je vous demande, si vous m'accordez plus que je ne sollicite? Je vous vois constamment occupé à procurer mon bien.

Loin de moi, loin de moi, Seigneur, ce que vous ne voulez pas vous-même... J'aurai soin de vous servir avec plus de fidélité... généreux Sauveur !

A peine vous ai-je.loué,quejemesens toute réconfortée. Mais la joie ne dure guère etmon âme retombe dans l'abîme... Mon âme, vis en paix; tu verras les ténèbres se dissiper et la lumière revenir; sois tranquille... espère en Jésus... en Jésus seul.

23. — Elle voit de nouveau Jésus parmi les douleurs, et demande une fois encore à endurer les tourments de la flagellation. Ses instances pour obtenir de souffrir sans se plaindre. Elle veut être couronnée d'épines. Son appel aux Anges pour recueillir et adorer avec elle le.sang de Jésus Crucifié.

O Dieu, je suis exténuée... mais, un peu de force! Quant à ce "qui m'arrivera, tout est pour vous. Je suis libre de choisir, ù Jésus, entre ce soir ou à présent. Mais mon confesseur désire (jue je montre mon courage cette nuit.

O Jésus, Jésus, écoutez la question qu'il me pose : « Oh! (/ue Jais-tu en présence de Jésus? » — Avec Jésus crucifié, je souffre; devant l'Eucharistie, j'aime.

Combien vivement je me lamentai hier, Jésus, à cause de mes douleurs de tête! Hier, la tête; aujourd'hui, la croix ; domain..., les plaies... S'il faut souffrir, soufflons ensemble. Qui de nous deux aura le plus souffert par amour pour l'autre?

Aujourd'hui la croix, demain les plaies : quel spectacle, Jésus, va s'offrir à moi. Si vous êtes crucifié, je souffre avec vous.

Oh !... mais presque toujours quand je vous cherche, Jésus, je vous trouve sur la croix.

Méditer votre Passion fut toujours un réconfort pour les âmes saintes. Pourquoi donc la souffrance m'effraie-t-elle ainsi?

0 croix sainte !... Que vous êles beau, Jésus! Mais si vous vous laissiez voir comme dans le ciel j'en mourrais. Dites-moi, Jésus, ne serait-ce pas une belle mort? Brisez vite cette chaîne qui me retient captive dans le monde.

Aujourd'hui la croix, demain... (les plaies). Quand sera-ce, Jésus, quand ? Pourquoi me lamenterais-je? Trop précieux me sera toujours ce qui me vient de vos mains divines.

Mon confesseur me dit de considérer qui a souffert davantage, vous pour mon amour, ou moi pour le vôtre.

Cette nuit, Jésus, je veux tout endurer moi-même. Et si vous voulez souffrir aussi nous souffrirons ensemble. Soyons une même victime, En êtes-vous content, Seigneur? Préparez-vous à me donner des forces, Jésus, je ne vous demande pas autre chose.

Pauvre Jésus! quelle multitude de coups, pauvre Jésus! Ces bourreaux pervers ne se lassent pas, mais votre patience n'est pas moins inlassable.

Ne tourmentez plus mon Sauveur ; tournez vos coups contre moi. Lui, non... Pourquoi vous en prendre à Lui? Assouvissezvous sur moi.

Encore plus, ô Jésus, encore plus... ô Dieu !... encore plus,

Jésus... Augmentez, ô Jésus, augmentez... Jésus... ô Dieu

Aidez-moi, Jésus maintenant. A qui voulez-vous que j'aie recours?1.

Aces douloureux moments, Jésus, personne ne vous assistait. Seigneur, pardonnez à ma faiblesse ; aujourd'hui par crainte de défaillir je me suis alitée. O Jésus, que direz vous de moi ?

Je devais faire aujourd'hui ma méditation sur la flagellation ; j'y ai pensé, vous le savez, Jésus. J'ai pensé aux tour-

i. Mélange admirable d'indicibles douleurs et de désirs insatiables d'y participer toujours davantage !

ments du corps... A vous parler franchement, je suis remplie de cette idée quand ce jour1 arrive.

L'esprit est prompt ; la chair seule se lamente. Oui, l'esprit est dispos, mais le corps est exténué.

Oh! je voudrais beaucoup vous faire une prière : je désire que demain vous augmentiez mes douleurs. Celle des épines est la plus vive ; elle est aussi la plus longue.

Oui, oui, Jésus, je veux que vous me la donniez. Comment pourrais-je, Seigneur, supporter la vue de tous vos tourments? Quant aux lamentations de ma chair, je songerai à leur imposer silence. Oui, Jésus, mon esprit est prêt à n'importe quelle souffrance. Mon corps voudrait se plaindre à la pensée de ce qu'il doit subir à la tête ; mais l'esprit est dispos.

Faites que je sois à vous, Jésus, entièrement à vous. Crucifiez-moi encore une autre fois, Seigneur.

Passion de Jésus! Anges du ciel, prosternez-vous avec moi pour l'honorer. Recueillons ensemble lesangdu Rédempteur...

Qui de vous est plus fortuné que moi? Allons tous auprès de Jésus sur la croix... Un Dieu crucifié! Et encore, ô mon Sauveur, j'ai le courage de vous résister? Près de vous on ne souffre plus. De grâce, venez tous : allons recueillir le sang que Jésus a répandu à flots. Et moi, Seigneur, la dernière de vos servantes, je n'en ai pas encore donné une seule goutte.

J'adore, Jésus, votre sang versé, et j'espère que son effusion n'aura pas été inutile pour moi.

O Dieu! Jésus se meurt ! Je veux mourir avec vous... O épines, ô croix, ô clous, combien de fois devrai-je vous le dire? Tournez-vous contre moi, non plus contre Jésus...

Jésus meurt, mais il me donne la vie... ô Passion de mon Sauveur, je t'aime. Anges du ciel, venez tous, adorons ensemble la Passion de Jésus.

i. Le vendredi.

29. — Encore à propos de Jésus en croix. Elle appelle les Anges pour compatir aux divines douleurs et s'excite elle-même à l'amour du Christ.

0 Jésus, qui vous a mis en un pareil état !

0 Jésus, ma tête! (quelles douleurs f éprouve !)

Aujourd'hui, Jésus, demeurez longtemps avec moi.

Répondez-moi, Seigneur; si je souffre, c'est pour vous? Si je me fatigue, c'est encore pour vous?

Oh ! alors c'est bien, c'est très bien, souffrir pour Jésus. Il fait bon me reposer là, près de vous. Comme on est bien près de votre cœur!

Souffrir beaucoup pour vous! Je ne le puis davantage mon Dieu; deux heures seulement c'est peu ; je voudrais vous offrir tous mes instants.

0 Anges saints, venez tous, mais tous, pour compatir à Jésus. Passion, Passion de Jésus! Adorons-la tous, absolument tous.

Oh! que de sang! 0 croix, pourquoi affligez-vous toujours mon Sauveur? Que ce châtiment ne retombe plus sur Jésus, mais sur moi.

0 croix, près de toi, je me sens forte.

Je sollicite continuellement l'amour de la croix, non de la vôtre, Seigneur, mais de celle qu'il me convient d'embrasser. Je l'aime, je l'aime beaucoup. C'est sur la croix, Jésus, que j'ai appris à vous aimer.

Mon Jésus ! ô mon Jésus, exaucez-moi.

Je le sais, mon Dieu, je le sais, je ne devrais pas me plaindre; mais plutôt me réjouir. Voulez-vous que je redise la parole de saint Paul? Je me glorifie, Seigneur, dans les tribulations... (Et néanmoins) bien, souvent je m'abats et me lamente.

J'essaie, mon Sauveur, mais je ne réussis pas. Songez-y Seigneur; si cela continue à empirer, je me découragerai. Et alors ?

0 Jésus, je vous offre mille remerciements de ce que vous me rendez toujours plus semblable à vous. Souvenez-vous-en, mon Dieu ; vous m'avez promis que si je suis votre compagne dans les tourments, je le serai aussi dans la gloire.

Seigneur Jésus, quand mes lèvres s'approcheront des vôtres, i pour vous donner un baiser, faites-moi goûter votre fiel. Quand mes épaules défaillantes chercheront en vous un appui, faites leur sentir les fouets qui vous brisent. Quand votre chair divine se communiquera à la mienne, faites-moi participer à votre Passion douloureuse. Quand mon front sera tout près du vôtre, faites-moi endurer vos épines. Quand vous me presserez sur votre cœur sacré, faites aussi que la lance blesse mon côté.

Ah ! que vous rendrai-je pour reconnaître toutes vos faveurs, tous vos amoureux réconforts? Et vous, que ne devriez vous pas attendre de moi, vile créature? Je vous offre sans réserve ce que je tiens de vous.

0 Jésus!... assez pour cette nuit. Près de vous on ne sent pas la douleur.

Je voudrais souffrir encore, mon Dieu. Mais je ne le puis; mon confesseur ne le permet pas, et cela me coûte encore plus. Il le défend, Seigneur, parce que ce matin je me suis trouvée mal à l'église. J'aurais néanmoins encore assez de force, Jésus, et je voudrais vous aider, souffrir beaucoup pour vous. Seigneur, pour sauver mon âme vous n'avez épargné ni votre sang, ni votre vie ; à mon tour je voudrais mourir pour vous. Le croyez-vous? A certains moments il me semble que j'aurais la constance des martyrs, j'accomplirais tout, absolument tout ce que vous voudriez. Volontiers pour vous je mourrai crucifiée.

Maintenant, Jésus, chaque vendredi je vous cherche, et je vous trouve toujours sur la croix. Et dans quel état? presque mort. 0 Jésus, que vous est-il arrivé ?

Votre amour pour moi en est donc venu à un tel excès?

0 mon âme bénis ton Sauveur. N'oublie jamais tous les bienfaits reçus de lui. Regarde, à tout moment, a tout instant j'ai les yeux sur toi, et je te vois, au milieu des faveurs, inondée de délices... Et néanmoins toujours aussi je te vois... (ingrate). Aime ce Dieu qui t'aime si ardemment ; élève-toi vers celui qui s'est tant abaissé pour toi. Ne remai<|iirs-Ui pas 88 sollicitude? Deviens à son égard telle qu'il se montre à toi... sois pure... sans

tache. Aime ton Jésus qui t'a délivrée de tant de misères. Aime ton Dieu... Bénis ton Seigneur.

30. — Elle contemple la Vierge durant l'agonie de Jésus. Elle compatit a ses douleurs, et à la vue des deux victimes du Calvaire, elle soupire après la croix, mais ne veut d'autre témoin de ses souffrances que Jésus.

Ma Mère, où est-ce que je vous vois?... Toujours auprès de Jésus?... Que vous avez souffert, ma bonne Mère, en contemplant votre divin Fils inanimé !... en vous séparant de lui !

Est-il possible que vous ayez été si affligée à cause de moi ? Comment avez-vous pu, ma Mère, dites-le-moi, comment avezvous pu voir Jésus cloué sur la croix?... Ma bonne Mère, donnez-moi la science de la croix, non seulement de la croix de Jésus, mais de celle que je dois subir moi-même. Faites que j'apprécie celle qui m'est échue, et que je dise: ô Jésus, encore plus, encore plus, toujours plus.

Jésus !... Ma bonne Mère, et les pécheurs de qui sont-ils fils? Ce sont vos propres enfants.

Tout, ô ma Mère, tout ce qui m'arrivera cette semaine sera pour eux. Mère des pécheurs, de grâce, faites-vous connaître.

Qui n'aurait compassion de vous, bonne Mère? Je le vois, vous ne pouvez vous rassasier de contempler ces plaies.

Pourrais-je ne pas vous aimer, vous qui avez tant souffert pour moi? Qui ne compatirait à vos douleurs? Que ne puis-je !...

Oh ! quelle ne fut pas votre angoisse !... Jésus est devenu méconnaissable. Que faire?... 0 Dieu!... Jésus est mort... Sa Mère pleure. Et moi seule je resterai insensible? Je ne vois pas seulement un sacrifice, mais deux : celui de Jésus et celui de Marie. O ma bonne Mère, en vous voyant auprès de voire divin Fils nul ne saurait deviner qui de vous deux expirera le premier. Sera-ce vous, ou bien Jésus ?

Quelle compassion j'éprouve pour vous, ô ma bonne Mère, en vous contemplant ainsi chaque samedi au pied de la croix ! Mais savez- vous quelle est ma plus grande peine? C'est de ne pouvoir vous offrir aucun soulagement; et j'en souffre d'autant plus que j'ai motivé moi-môme votre grande affliction. Si mes petites douleurs peuvent un peu alléger les vôtres dai-

gnez, divine Mère, les accepter et dire à Jésus qu'il les cache dans son cœur... Oh! oui, Jésus les agrée; ne les méprisez pas vous-même. Que vous êtes affligée, bonne Mère! Oh! qui a été cause de tant de douleurs? C'est moi... Je vous ai préparé ce glaive douloureux. Daignez m'en blesser moi-même. Mais que vos traits sont altérés !

Que cette vision de Jésus disparaisse, sinon ma bonne Mère va mourir... oui, que cette vision disparaisse...

Je le sais, le mot de spasmes est au-dessous de telles angoisses. Oh ! je ne vois plus seulement une victime, j'en vois deux. Et moi, bonne Mère, je resterais toujours insensible ?

Oh ! comme vous savez embrasser la croix pour moi et pour toutes les âmes qui veulent vivre sans elle ! 0 ma bonne Mère! 0 mon Jésus ! La vue de mon Sauveur m'incite à aimer la croix, ô bonne Mère; mais cette croix!...

Non, je ne la refuse pas; car refuser la croix serait aussi repousser Jésus. O croix sainte, avec toi je veux vivre, et avec toi mourir. J'aime ainsi la croix parce que je sais que Jésus s'en est chargé. Si vous la placez aussi sur mes épaules, Seigneur, je tombe à terre; et puis... je ne suis bonne à rien.

Est-ce possible, Jésus? Et cette croix serait réellement celle que vous avez portée vous-même?

Si je la veux? Mais certainement que je la veux; à cette heure même, Jésus, je vous la prendrais volontiers. C'est ainsi que je veux l'affectionner toujours. Comment ne pas l'aimer? Puis-je ne pas aimer Jésus qui, lui, ne m'abandonnerait jamais, alors même que tout le monde m'eût délaissée? Oui, pour lui volontiers je souffrirai, et n'importe quoi.

Mais, bonne Mère, ignorez-vous tout à fait pourquoi j'ai pleuré? Oh! pourquoi voulez-vous à présent me faire tant parler? Mais vous savez bien que mon désir serait de tenir toujours caché au fond de mon cœur tout ce qui me déplaît... Et Jésus veut que je dise tout, absolument tout, à mon confesseur. Il veut même que j'en parle à ma tante.

Oh! oui, il a raison, Jésus; comme toujours.

Vous venez de me le demander, bonne Mère, et je vous le dis de suite : quand je soutire, je voudrais que personne ne le sût excepté Jésus. Oh ! tant que je suis ainsi seule avec lui, comme la souffrance est bonne! Jésus qui me la communique nie la fait paraître pleine de consolation. Mais il faut que nous

— 2ÔI

soyons seuls... et non comme jeudi, ô bonne Mère. Tandis que je souffrais avec Jésus, survinrent trois ou quatre personnes...

31. — Nouvelle vision de Marie désolée, qui pleure la mort de son divin Fils et s'attriste des offenses commises contre Dieu. Amical débat avec la Reine du ciel pour la conversion d'un pécheur. Un rayon de joie parait illuminer la céleste Mère ; Gemma la prie pour sa famille d'adoption.

0 mon Dieu, je vous aime... à toute heure, à tout instant, parce qu'il me semble aussi être aimée de vous.

Ma bonne Mère, pourquoi ne venez-vous pas? Ne vous verrai-je plus sur la terre, bonne Mère? Je ne puis demeurer sans vous. Pensez-vous que des enfants peuvent vivre sans leur mère? En avoir une libérale comme Jésus ! . . . Comment pouvezvous, je vous le demande, me témoigner tous les deux tant de bonté?... Que ferai-je?... A qui est-ce que je parle, et qui reçois-je ici aujourd'hui? Je ne suis pas digne, céleste Mère, que vous restiez avec moi. Mais ne me tromperais-jepas? Suis-je vraiment en présence de la Mère de Jésus?

Pourquoi pleurez-vous? Dites-moi, bonne Mère, ce que vous fîtes quand vous vites le couronnement d'épines? Que fitesvous et qu'éprouva votre cœur? Ah! je comprends, je comprends, ce fut une douleur inexprimable. Quelle différence entre votre cœur et le mien ! Ce fut une immense douleur. Et moi, que ferai-je ici aujourd'hui? Jésus est mort et vous pleurez, bonne Mère? Qu'est-ce qui provoque vos larmes?

Si ce sont les offenses qui se commettent contre votre divin Fils, consolez-vous. Je mettrai tout en œuvre pour qu'elles cessent, et pour qu'on ne le moleste pas davantage.

Et vous me demandez, bonne Mère, ce qui me porte à tant aimer mon Sauveur? Ne savez-vous donc pas ce que Jésus m'a promis : que si je suis la compagne de ses peines, je le serai aussi de sa gloire? Ne craignez rien, bonne Mère, j'offrirai tout en holocauste: paroles, pensées, souffrances, pour qu'il ne soit plus outragé.

Mais d'où vient que je vous vois si affligée? Ai-je donc oublié quelque chose? Oui ; et vous pleurez aujourd'hui à cause

des pécheurs. 0 cruels pécheurs, cessez de crucifier Jésus, car vous fixez en môme temps sa divine Mère à la croix.

Abandonner cette âme? Mais que dites-vous aujourd'hui, bonne Mère? Ne serait-ce pas là une âme de Jésus? Et Jésus n'a-t-il pas versé tout son sang- pour elle?

Il est vrai que je n'ai pas songé à elle ces jours derniers. Allez-vous l'abandonner pour cela? Non, non, demeurez ferme et tâchez d'apaiser votre divin Fils.

Jésus obéit toujours à sa Mère.

Vous dites que vous ne pouvez rien? Mais vous êtes toute puissante'. Oh! avant que de délaisser une âme, bonne Mère!... Serait-ce possible que Jésus voulût abandonner une âme? Allons donc! lui qui eut pitié du larron.

Je sais, ma Mère, ce qu'elle est; mais je ne veux pas la voir. Quand elle sera sauvée, alors, oui, je la verrai.

0 bonne Mère, que faites-vous aujourd'hui pour moi, vous l'avocate des pécheurs?... Auriez-vous donc cessé d'être leur mère? C'est impossible. Et ces paroles de Gabriellino2 : « N'importe quelle cause difficile qu'on remette entre vos mains vous pouvez la gagner? »

0 bonne Mère, vous me rebutez ainsi maintenant? Obtenez de Jésus ce que vous me fîtes accorder samedi3. Que je serai contente!

Pourquoi, divine Mère, êtes-vous si triste quand je commence à vous voir, et paraissez-vous ensuite un peu plus gaie?

Serais-je donc capable de vous procurer quelque consolation? Mais s'il en est ainsi je voudrais ne jamais vous quitter. Si, bonne Mère, vous éprouvez le moindre soulagement à vous trouver avec moi, restons ensemble cette nuit. Mais obtenezmoi de Jésus ce que vous m'avez obtenu l'autre samedi... le salut de ce pécheur.

Une dernière chose, bonne Mère. Quels étaient vos sentiment à la vue de Jésus? Gomme ils différaient des miens !

1. Par son intercession Marie peut tout, selon cette parole des saints docteurs : Quod Deus imperio, tu prece, Virgo, potes.

2. Elle avait coutume d'appeler ainsi saint Gabriel de l'Addolorata.

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