‹ Lettres et extases de Gemma GalganiChapitre 35 sur 59 · Combien la pratique répond peu à mes sentiments · texte numérisé non relu

Combien la pratique répond peu à mes sentiments

8. — Elle s'abandonne entièrement entre les mains du Sauveur et aspire aux étreintes de la croix. Dans la crainte de s'illusionner, elle renonce à toute faveur extraordinaire et demande uniquement de souffrir. Rassurée, elle se repose près du cœur de Jésus.

0 Jésus, pourquoi ne suis-je pas toute embrasée d'amour pour vous? Pourquoi mon cœur n'est-il pas entièrement réduit en flammes par l'amour? Pourquoi ma tendresse ne répond-elle pas à votre charité? 0 Jésus, combien de temps n'ai-je pas perdu ! Que d'années durant lesquelles j'aurais pu vous aimer beaucoup 1 Et je ne l'ai pas fait ! Mais votre bonté ne me donne-t-elle pas l'espoir de regagner ce lemps perdu...?

Que de péchés, ô Jésus ! Leur multitude me fait frémir, enlevez-moi ce fardeau.

J'accepte, Jésus, toutes les peines, toutes les afflictions que vous m'enverrez. J'en mériterais bien davantage et ce serait de votre part, Seigneur, un acte de miséricorde de m'en abreuver surabondamment. Aussi, Jésus, si vous voulez en ajouter de nouvelles je baiserai toujours votre main. Voyez, Jésus, cette douleur me secoue toutes les fibres du cœur et m'engage à ne plus vous offenser jamais.

0 Jésus, mon Dieu, ôtez-moi tout ce que ma malice me met dans l'esprit, et puis, acceptez mon offrande. Ne m'abandonnez pas, Jésus; gardez mon âme, songez à toutes vos fatigues pour la sauver.

Père Eternel, regardez Jésus, ayez pitié de moi. Me voici pleinement disposée à tout... Voulez-vous que je vive? Je suis contente..

Faites aussi, Jésus, que tout le monde connaisse l'étendue de ma misère. Et si même vous voulez m'enlever l'unique appui que vous m'avez laissé sur la terre1, faites-le encore; je vous bénirai toujours. Je veux vivre dans vos bras, et mourir avec vous... Non, je ne vous quitterai pas, vous, mon espérance, mon unique espoir ! Que ce pieux désir se réalise pour moi.

Pour me maintenir dans l'amour faites-moi souvenir que

i. Son père spirituel, le Père Germain, qu'elle aimait avec une tendresse filiale, et dont elle croyait la direction nécessaire aux progrès de son âme.

je dois être dans la souffrance. Dans tout le cours de votre vie je vous contemple en proie à la douleur. Oui, Jésus, je veux toujours souffrir avec vous. Si votre infinie miséricorde l'agréait, ô Jésus, je voudrais...

Il faut que je cherche la voie de la croix... Accomplissez l'œuvre de votre amour; que ma pauvreté vous porte à me convertir. Vous me dites, ô Jésus, d'emhrasser la croix?

Quand donc, Jésus, s'appesantira-t-elle non plus sur vous, mais plutôt sur moi? O croix sainte, laisse-moi t'embrasser.

Oui, Jésus, c'est précisément dans la croix que j'ai mis toute ma force. Puis-je la prendre maintenant?

L'heure n'en est pas encore venue? O Dieu, de grâce, votre croix î Jésus, pardonnez-moi : je me réjouis quand vous me présentez la croix. Aussi je la veux, et je la veux. Je vous l'ai dit; c'est désormais vers elle qu'aspire mon amour. Je l'aime, parce que je sais que vous l'avez aimée le premier.

O Jésus, j'endure très volontiers toutes mes douleurs, mais pour celle de la tête il me faut votre secours, car elle m'est un vrai supplice.

Je la veux quand même, et je la veux toute entière. Mais vous le voyez, j'ai besoin de beaucoup d'énergie. Que ferais-je de moi-même, faible comme je suis? Je le sais déjà par expérience : il fait bon souffrir quand c'est avec vous. D'ailleurs savez-vous pourquoi je souffre ainsi volontiers ? Parce que, alors, je suis sûre que vous m'aimez.

Mon confesseur me dit que la souffrance est un effet de votre amour pour nous. Augmentez-la donc, mais soutenez ma faiblesse.

Ne me quittez pas, Jésus ; j'ai encore quelque chose à vous dire : je crains beaucoup de m'illusionner. Je ne veux pas ces choses', je n'en veux aucune. Je désire seulement que vous m'accordiez un vif repentir de mes péchés. Quant au reste, je n'en veux pas; j'ai peur d'être trompée.

Mais est-ce bien vous, Jésus? Ne me fais-je pas illusion? Est-ce vraiment Jésus? Alors tout serait vrai? Tout réussira bien? On obtiendra tout ce qu'on désire?1

î. Les faits extraordinaires du jeudi et du vendredi' 2. C'est-à-dire, la fondation du monastère des religieuses Passionistes à Lucques.

Je vous sens... Encore aujourd'hui vous avez daigné vous souvenir de moi? Jésus, Père de miséricorde, je vous remercie. Qui pourra maintenant me séparer de vous? La tribulation? la croix?... 0 Jésus, je vous sens là, je sens votre sangdivin circuler dans mes veines, je vous sens. Comme je suis heureuse, Jésus, de ce que, enfin, lasse de combattre, je puis me reposer un peu près de votre cœur ! Je suis exténuée, oui, après tant de nuits passées ainsi... '

Quels beaux jours qui approchent, ô Jésus, quels beaux jours ! Vous ne m'avez pas encore donné le moindre signe de la proximité de votre Passion.

0 mon Jésus, comment pourrais-je y tenir? Que faire? Qui me soutiendra? Que votre volonté soit faite! Que puis-je sans votre secours, Jésus, que puis-je? Fortifiez-moi, Jésus, fortifiez-moi, et puis...2 Vous voulez donc, Jésus, que ces tourments je les embrasse tous? Oh! oui, volontiers, parce que ce sont les vôtres, ô Jésus !

Quand sera-ce, ô Jésus, quand ? Oh ! oui, très bien. Et vous resterez toujours avec moi; n'est-ce pas, Jésus?

9. — Gemma offre son âme dont elle décrit la noble origine, mais dont elle déplore l'humiliante laideur infligée par le péché. Elle prie le Sauveur de lui donner le sentiment de sa présence parce qu'elle veut dresser pour lui seul en son cœur une tente d'amour. Elle est aussitôt exaucée ; se trouve au comble de ses désirs et supplie le divin Époux de rester toujours.

Me voici devant vous, Jésus. Je vous présente mon âme. Cette âme vous l'avez tirée non de votre substance, ni d'aucun autre élément ; mais vous l'avez créée par le Verbe que vous êtes vous-même. Cette âme spirituelle, qui vivra toujours, vous l'avez purifiée, sanctifiée par votre saint baptême.

Mon Dieu, faites-moi miséricorde. Regardez comme cette âme est devenue difforme et vilaine. Qu'en sera-t-il de moi si vous ne me secourez? Ce matin, Jésus, n'avez-vous point horreur de vous approcher de moi ? 0 Dieu, me voici entre vos

i. Allusion aux vexations diaboliques si fréquentes en sa vie. 2. « Je suis prête à tout! » veut-elle dire.

mains I Seigneur, faites-vous sentir... Plus ma misère est profonde plus votre libéralité sera grande...

(Juel amour et quelle satisfaction! 0 Jésus, que se passe-t-il en moi? Vous y êtes, Jésus, c'est vraiment vous? Gomme vous êtes heureux, Jésus, d'agir en roi dans mon cœur! Quelle félicité je goûte avec vous, et que je serais malheureuse sans vous! Tant que j'ai eu de multiples désirs mon âme a été inquiète, maintenant que je n'en ai plus qu'un seul je suis heureuse. Mais laissez-moi faire; puisque votre amour est si inaccessible, j'ai pensé quelque chose, j'v songe...

Jésus, délices de mon cœur, trésor de mon âme, disposez de moi selon votre bon plaisir, pourvu que je ne sois jamais séparée de vous. J'accepterai tout ce que vous m'enverrez... Jésus, Jésus, laissez-moi vous le répéter : vous serez ma proie d'amour. Cette parole vous plaît-elle, Jésus? Je suis, moi aussi, la proie de votre immense charité.

C'est ainsi, Jésus, c'est ainsi que vous traitez celle qui vous a tant offensé? Qu'importe, ô mon Maître, que vous me cachiez votre beau visage, s'il me reste un tel sentiment de votre aimable présence?

Là, Jésus, là, dans mon cœur, je veux y dresser une tente à votre unique amour : vous seul y aurez accès. Là, je vous retiendrai constamment prisonnier; je ne vous laisserai plus votre liberté, non, jusqu'à ce que vous m'ayez accordé la consolation si ardemment désirée. Et qu'est-ce que je vous demande, Jésus? Vous le voyez, nous sommes d'accord : je vous demande tout ce que vous désirez vous-même...

Maintenant je suis contente et je n'ai plus rien à souhaiter. Et si dans l'intime de mon âme j'aspirais à autre chose, il apparaîtrait clairement que vous n'y seriez pas. Si, même icibas, tout bien procure par lui-même un certain plaisir, de quelles délices n'inonderez-vous pas, vous, le souverain bien '! La satisfaction qu'on éprouve sur la terre parmi les créatures diffère entièrement de ce que l'on goûte en vous, leur Créateur. Voyez, ô Jésus, lorsqu'on convoite une chose on se meurt du désir de la posséder ; mais quand on l'a on n'est pas satisfait, et jamais on n'est au comble de ses vaux. Vous seul contentez pleinement, vous seul rendez purs, immaculés tous ceux qui vivent en vous et qui vous possèdent...

Ah! votre demeure je l'ai trouvée, ô Jésus. Vous, vous ha-

bitez l'âme que vous avez créée à votre image ; l'âme qui vous cherche, qui vous aime, qui vous désire, mais vous abandonnez celle qui vous préfère les choses d'ici-bas.

Ah! mon âme si pauvre renferme les richesses de votre amour. Elle est par trop vile cette âme, ô Jésus, elle est par trop vile pour devenir votre demeure. O mon Dieu, si du moins j'avais quelque certitude de ne vous avoir jamais offensé ! Oh ! je ne puis le nier, je suis coupable ; mais je ne veux pourtant pas me désespérer; car ce serait nier également votre miséricorde. Mon Jésus, je vous aime ; si je vous aime peu, faites que je vous aime davantage. Je ne sais pas, non je ne sais pas à quel degré j'en suis... ni à quelle mesure il faut que je m'arrête.

Ah! Jésus, comment vous trouvez-vous dans mon cœur? Dans cette petite cellule d'amour, dites-moi, ô Jésus, comment vous y trouvez-vous?

Fixez-y pour jamais votre séjour, ô Jésus ; fixez-l'y à partir de ce matin, de cette heure, de ce moment, de cet instant...

Mon Jésus, nous ne nous séparerons jamais plus. Si grand, si magnanime que soit un cœur humain, il doit s'embraser au contact de votre amour et cédera sa véhémence. Mon Dieu... mon Jésus... mon Père... mon Epoux... ma douceur... ma consolation... consolation de toute créature... amour... amour qui me soutenez !

O feu qui brûlez toujours sans jamais vous ralentir... puissiez-vous me transformer en flammes, et grandir encore leur intensité! O Jésus... O amour!...

10. — Vaincue par l'amour divin, Gemma déverse en Jésus toutes ses peines. Elle déplore son ingratitude, se réfugie dans le cœur de l'Homme-Dieu, y trouve le feu qui détruit le péché et dissipe la tiédeur. Elle invoque Marie et invite les Anges à glorifier l'amour du Rédempteur.

Vous le voyez, Jésus, comme encore mon cœur est étroit?

Oui, mon Jésus, tout mon bonheur est en vous. Je vous chercherai toujours en tout. Quand je voudrai vous trouver je vous chercherai toujours dans le silence de mon cœur.

Mais vos visites ne sont pas toujours celles de l'amour. Et alors, que faire? Mais si je vous aimais réellement, beaucoup

de ces instants me donneraient plus de consolation que de douleur, et je me réjouirais toujours avec vous.

Les liens de votre amour sont tellement forts que je ne puis m'en dégager. Rendez-moi encore ma liberté : je vous aimerai partout et vous chercherai toujours. Oh! que m'avez-vous fait, Jésus? Qu'avez-vous fait à mon cœur, pour qu'il vous cherche sans cesse et soupire constamment après votre présence? Je ne puis l'en empêcher : il est captivé par vous, par vous, Père si bon... Voici Jésus!... Gomme je suis heureuse à présent! Je voudrais être toujours ainsi. Voici Jésus. Je ne veux plus rien savoir... 0 Jésus, puis-je espérer que mon âme finira par vous être agréable? Faites qu'elle vous plaise. Votre bonté s'est exercée à mon égard avec une teMe constance que je puis dire : vous m'avez vaincue par votre amour. Votre amour, ô Jésus, m'a vaincue... Où devrais-je aller quérir la félicité, 6 Jésus, sinon près de vous qui toujours me l'offrez?

O Jésus... permettez-moi ce matin de vous ouvrir mon cœur, de vous dévoiler toutes mes plaies et de déverser en vous toutes mes amertumes. J'ai péché, ô Jésus, tous les jours de ma vie; beaucoup de ces offenses ont été déjà pleurées; mais le pire de tout c'est que j'en commets toujours de nouvelles. Quelle frayeur ce matin dans mon pauvre cœur! Oh! quand donc serai-je meilleure? Quand réformerai-je entièrement ma conduite?

Vous m'aimez, Jésus ; et moi je ne vous aimerais pas? Quelle merveilleuse tendresse d'un Dieu envers sa pauvre créature ! Aidez-moi, Jésus, aidez-moi, et vous verrez que je finirai par vous aimer d'un amour sincère, actif et très ardent.

Je me souviendrai toujours de vos bienfaits, ô Jésus; ce souvenir stimulera mon amour... Cette divine flamme, Jésus, je l'entretiendrai toujours dans mon cœur. O Jésus, c'est vous seul, vous seul que je veux aimer : je ne m'appartiens plus, je suis à vous.

Se donner réciproquement son cœur : telle est l'expression de ceux qui s'aiment dans le monde, mais c'est une expression froide et vaine... Quelle joie, Jésus, quand je pourrai dire que je ne suis plus à moi ! Quand je serai toute à vous!

Oh! ne voyez-vous pas, Jésus, que plus je vais plus je crains? Car à mesure que vous me prodiguez davantage Kvs témoignages de votre bienveillance je vois augmenter aussi

l'obligation de ma reconnaissance. Comment pouvez-vous, ô Jésus, supporter un cœur tel que le mien? Oui, le péché est tout mon avoir. J'ai besoin de quelque chose, Jésus : j'ai besoin d'amour, de votre amour; accordez-le-moi, et vous verrez que je n'aurai plus rien à vous demander.

Il est vrai que vous ayant offensé je ne mérite pas cet amour : mais vous devez me le donner parce que cette grâce est conforme à vos propres désirs. Aussi je l'implore de tout mon cœur.

Ouvrez-moi, Jésus, ouvrez-moi; faites-moi place, oui, faitesmoi place... Où est le feu de Jésus?... Puisque je vous désire, Jésus, ne me délaissez pas; puisque je vous cherche, ne me fuyez pas; restez toujours avec moi, Seigneur.

Mais je devrai rendre compte de toutes mes offenses, et je suis réellement portée à me désespérer... Néanmoins, Jésus, je vois que chaque matin vous vous livrez à moi avec tant de tendresse... Unie à vous, mon Dieu, je serai plus forte.

Mais que vous êtes bon! Votre action dure des journées entières afin que toutes mes facultés s'occupent uniquement de vous.

Je désire, je désire m 'amender; car il est impossible qu'un Dieu tout de feu veuille m'agréer ainsi... Comment la lumière voudrait-elle les ténèbres? Non je n'ouvrirai plus mon cœur à rien.

Y consentez-vous, Jésus? Faites-moi place, oui... je voudrais être, Jésus, la sphère de vos divines flammes...

O consolation!... Vous brûlez, Seigneur, et je me consume...

O douleur, ô amour, souveraine félicité ! Seigneur, augmentez votre grâce... purifiez... Qu'ètes-vous, mon Dieu? Vous êtes une flamme. Et ne voudriez-vous pas que mon cœur, lui aussi, devînt une flamme?

Oh ! . . . je l'ai trouvé le feu qui détruit tout péché ; j'ai trouvé l'ardeur qui dissipe toutes mes tiédeurs; j'ai trouvé la flamme qui anéantit toutes mes passions !

O ma Mère, ma céleste Mère, finirai-je par me sauver? Je sens en moi, Jésus, deux choses d'une douceur infinie. Dans l'amour c'est vous qui faites les délices de mon âme, et dans la douleur c'est moi qui fais les délices de la vôtre... Si je ne puis pas vous aimer dignement, du moins je vous accueillerai en moi.

0 ma céleste Mère, dites-le, vous, à Jésus, dites-lui que je crois à ses mérites infinis, et qu'il daigne les appliquer tous à me purifier de mes fautes. Je ne puis comprendre, Jésus, comment vous, qui êtes si glorieux dans le ciel, vous venez vous cacher dans mon cœur.

Oh !... dans ce cœur faites-y seulement descendre une flamme pour consumer mes péchés. 0 Jésus, faites-moi seulement goûter un instant à votre paradis. 0 Anges saints, je ne puis rien... vous, du moins, acclamez l'amour de Jésus! Voici, Jésus, que je me rends à votre saint amour...

Oh! qui êtes-vous, Seigneur, pour me rendre si heureuse?

11. — Elle parle au divin Maître avec une simplicité enfantine et insiste pour obtenir de lui certaines grâces i.

Jésus, contentez-moi... Ecoutez-moi bien, Jésus. Je vois maintenant clairement que c'est vous. D'ailleurs, si c'était ma tête je n'en voudrais plus et la couperais plutôt. Ecoutez : vous m'avez toujours assurée que vous me feriez n'importe quelle faveur. Or, je vous ai déclaré que je veux cette grâce. J'en ai beaucoup d'autres à vous demander; si vous m'accordez celle-ci vous m'accorderez aussi les autres... Et puis, écoutez-moi : si vous ne m'accordez pas la première, je ne vous réponds plus rien, et vous aurez beau crier ! Si c'est vraiment vous qui

i. « Quiconque ne connaît pas l'esprit qui animait Gemma trouvera excessif et inconvenant ce lan»a£e d'une créature s'adressant à la Majesté de Dieu. J'ai dit dans la Vie qu'une fois je la réprimandai moi-même à ce sujet. La candide enfant courut aussitôt en parler au Sauveur. Et Jésus la rassura en disant que c'est lui qui crée la confiance dans le cœur de ceux dont il veut se faire aimer. D'ailleurs, si Jésus est notre cher Emmanuel, notre tendre père, notre aimable frère, notre Epoux rempli de douceur, pourquoi trouverions-nous mauvais que des âmes éprises de son amour, blessées même seusiblement comme Gemma, l'entretiennent avec celte confiance d'enfants, d'amies, de sœurs, d'épouses? Assurément les profanes ne comprennent rien à ces profonds mystères ; mais les bons et ceux qui sont désabusés des maximes erronées du siècle se réjouissent d'en constater la réalisation dans la personne des saints. Voir plus haut lettre 8o et note à la lettre XXII. » — Noie du P, Germain,

êtes là, vous m'exaucez? Sinon, quand vous m'appellerez, je ne vous écouterai plus. . . Je ne vous ferai pas de longs discours. Si vous êtes Jésus, vous ne mentez pas; mais alors, faites-moi cette grâce.

Moi, je crois que c'est vous. Mais savez-vous que d'autres ne le croient pas? Ce n'est pas par intérêt que je vous le dis, car cette opinion défavorable m'est plus avantageuse. Ils ne croient pas que c'est vous et me taxent de folie. Mais je ne suis pas folle du tout, n'est-ce pas, Jésus?

Eh ! je le sai> ; vous me l'avez déclaré encore hier soir. Combien y en a-t-il qui vous auraient abandonné, si vous ne les aviez pas crucifiés !

Je vous rends grâces de ce que par amour vous me tenez ainsi sur la croix... car j'y suis réellement! Vous avez tant fait pour moi, Jésus, et moi je n'ai rien fait pour vous.

Vous voulez que je sois parfaite? Mais alors aidez-moi, car je ne suis bonne qu'à commeltre des péchés. Accordez-moi la faveur que je vous ai demandée, Jésus; et vous verrez qu'ensuite je m'y mettrai tout de bon. Cette grâce, je veux absolument l'obtenir. Je la veux, et je la veux... ne me la refusez pas... Mais vous me l'accorderez, j'en suis sûre. Et puis on vous aimera davantage, vous aussi; on dira : « Qu'il est bon, Jésus ! »

Vous demeurez impassible?... Allons, c'est assez; ne me faites plus fâcher... Pour ce qui me concerne personnellement, Jésus, je ne devrais solliciter que douleurs ; mais en ceci contentez-moi, et puis vous verrez comme je m'efforcerai de vous contenter à mon tour...

Je ne vous demande pas cela pour moi, mais pour (elle.) Vous, Jésus, vous connaissez le passé1. Je parle sérieusement...

Savez-vous quand je plaisanterai moi aussi avec vous? Quand vous m'aurez fait cette grâce... Pour le moment n'alléguez plus d'excuses ; songez à me contenter, car moi je veux vous contenter.

Dites-moi : « oui », allons... Il faut que vous me disiez : « Oui, je raccorde ». Mais l'accordez-vous réellement? Ne regardez pas à mes mérites; considérez plutôt ceux des âmes

i. De cette âme; et par conséquent, combien elle a besoin d'être éclairée, fortifiée.

qui vous prient. Je ne suis point seule; il y en a tant qui vous implorent...

J'ai assez attendu. Je le sais, Jésus, vous l'avez ainsi permis. Mais pensez-y... les choses ne vont pas bien du tout.

Pourquoi souriez-vous, Jésus? Savez-vous quand je sourirai, moi? Lorsque vous m'aurez fait cette grâce.

Je suis contente, moi aussi, parce que vous m'aimez; mais...

Que dites-vous : si je la veux cette grâce?... Et je la veux, sachez-le bien, avec ma complète guérison '. Vous me demandez toujours si je vous aime. Quand vous me direz : « Gemma, ut aimes-tu? », je répondrai « non... » Vous m'avez tant fait de grâces ! Et maintenant vous me refusez la plus nécessaire? Souvenez-vous que je la veux. M'accorderez-vous cette consolation? Rendez aussi, si vous le voulez, mon existence encore plus dure que la vôtre, pourvu que vous m'aidiez à tout supporter.

Mais vous le voyez bien, Jésus, si vous continuez à temporiser de la sorte, je ne pourrai jamais vous servir et vous aimer comme je voudrais; je resterai dans le monde et continuerai à pécher. Du moins, si je dois souffrir, vous serez le seul à vous en apercevoir... les autres jugent d'après l'extérieur, vous, vous voyez de plus l'intérieur. Ah ! je vous ennuie? Quand je vous aurai assez importuné, et que vous serèz fatigué, alors vous me direz : « Oui, je t'accorde ce que tu désires. »

Oh! Jésus, quel beau jour ce sera! Croyez-vous que je vous demande cela pour éviter la souffrance? Mais si je devais rester ici-bas sans souffrir, je vous dirais : faites-moi expirer sur l'heure.

Si samedi vous me faisiez cette grâce1 ! . . . (je dis cette grâce, mais ce n'est pas une grâce).

Mon sacrifice ne pouvait être plus grand. Plus je m'avance

i. Ici Gemma commence à solliciter autre chose : son entrée dans un monastère.

2. Sans expliquer la transition par ses paroles, Gemma sollicite maintenant une autre faveur, celle de souffrir toujours, mais sans aucune marque sensible la signalant aux yeux profanes. Jésus lui dit que, pour le moment, elle n'a qu'à se résigner. Elle accepte ce sacrifice et insiste de nouveau pour obtenir les grâces demandées dès le début.

dans cette voie, plus aussi je deviens semblable à vous. Si vous ne m'aviez pas ainsi fixée à la croix, combien de fois je vous aurais abandonné !

Je vous attends, Jésus. Ecoutez-moi : si c'est vous, faites-moi cette grâce. Jésus ne refuse rien à personne. La (lui) accordezvous, cette faveur? C'est un sacrifice pour moi de me soumettre à cette inspection du médecin, il faut que je m'y soumette; mais à vous d'y penser. Et s'ils excèdent en quelque chose, punissez-les1. Au reste, le docteur a de bons sentiments, vous me l'avez dit.

Mon bon Ange, maintenant que je vais cesser de prier, vous, continuez.

Donc, Jésus, nous en demeurerons là?... Contentez-moi...

Et alors?

Ah ! il me paraissait impossible que vous ne fissiez pas droit à ma requête. Je ne veux pas, Jésus, vous importuner davantage. J'aurais encore bien des choses... Mais, maintenant, je ne vous parle plus de rien.

Très bien!... Vous me l'avez promis... A vous de penser comment (il) doit agir.

Je parle beaucoup, mais personne ne me croit. Prenez-y garde, Jésus, si je commettais des péchés, avertissez-moi tout de suite. Mais quand reconnaîtra-t-on que c'est vous?

Vous savez mieux que moi tout ce qui a couru dans le public'.

12. — Elle se réjouit à la vue de Jésus, mais n'ose pas s'approcher parce qu'elle s'en croit indigne. Sur l'invitation du divin Maître, elle se recueille profondément et se prépare à de nouvelles épreuves en implorant force et courage. Elle déclare que, même pendant le sommeil, son cœur veille avec Jésus. Embrasée d'amour elle renonce à toute autre satisfaction et ne soupire qu'après « Jésus sur la terre, Jésus pendant la vie, Jésus dans le ciel ».

0 Jésus, Jésus, laissez-moi m'épancher avec vous... Après un si long abandon, aujourd'hui vous revenez à moi. Jésus, ne me quittez plus. Si vous partez je veux vous suivre, je veux

i. Allusion à l'examen du phénomène des stigmates. 2. A propos des faits extraordinaires, et parfois mal interprétés, de sa vie mystique.

venir avec vous. Jésus!... Quelle douceur pour moi dans cette parole! Jésus, quand pourrai-je m'unir à vous pour ne plus m'en séparer? Brisez sans retard la chaîne qui m'unit à mon corps. . . afin que je n'éprouve plus ce tourment de votreabsence. . . Quand sera-ce Jésus?

Je ne puis, Jésus, m'approcher de vous. Ne voyez-vous pasT ne voyez-vous pas en quel état je suis? 0 Jésus, je vous ai offensé; Jésus, je vous ai offensé beaucoup; mon cœur n'est plus pur comme vous me l'aviez donné.

Suis-je digne de votre amour? Je ne puis croire, il est impossible, Jésus, que je fasse vos délices. Ne voyez-vous pas l'état de mon âme?

0 Jésus... mon cœur est rempli de pensées et d'affections, mais de la terre... 0 mes pensées, venez, venez toutes auprès de Jésus. Oui, Seigneur, soyez-en désormais le maître absolu.

En vérité, j'aime la croix, la croix seule ; je l'aime parce que je l'aperçois toujours sur vos épaules. Vous voyez, mon Jésus, que, décidément, tout mon amour est pour vous et pour vos souffrances.

0 Jésus... ô mon Jésus... vous seul pouvez comprendre un pareil tourment". O Dieu, ma tête!... Pardonnez, Jésus, à tous ceux qui vous ont ainsi couronné... O Dieu !... Jésus, je me meurs; Jésus, je me meurs... Mon Dieu!...

Et après cela, Jésus, vous êtes bien mal payé de retour. Quant à moi, Jésus, je n'aime et ne désire que vous, vous seul, et rien de plus.

Tenez pour sûr, Jésus, que désormais je ne vous quitte plus. Serait-ce possible de ne pas vous aimer? Le monde a beau se présenter avec tous ses vains attraits.

Jésus, je suis à bout de forces, fortifiez-moi; Jésus... encore autre chose : donnez-moi du courag'e.

Vous dites qu'un avenir bien sombre se prépare pour moi? Mais l'avenir est dans les mains de Dieu; je ne m'épouvante donc pas. Vous avez tout et moi je n'ai rien pour satisfaire à votre justice. Je voudrais pouvoir tant de choses...

O Jésus, vous me quittez ainsi? Ne voyez-vous pas qu'il me faut votre cœur pour soulag-er les amoureux transports du

i . L'extatique voit se reproduire la scène du couronnement d'épinoa et endure elle-même ce supplice.

mien? Restez, Jésus, comme à présent que, épuisée de souffrance, je me repose près de ce Cœur.

Ne voyez-vous pas comme je suis? Comment puis-je me présenter devant vous? Je n'ai rien à vous offrir, mais j'ai beaucoup de choses qui excitent votre compassion. Votre divine Mère aussi en est émue de pitié.

Quelles questions ! Si vous me suffisez! Mais oui, Jésus, vous me suffisez et je ne désire que vous.

0 Jésus, encore aujourd'hui vous me répétez ces paroles? Mais alors, Jésus, je vous suffis, moi? Ne voyez-vous donc paa comme je suis remplie de péchés et que je n'ai que froideurs.

Je voudrais, Jésus, un moyen de m'unir toujours plus à vous : je voudrais être toute à vous, et pour jamais. Ne comprenezvous pas, Jésus, ce que je désire aujourd'hui? Ne comprenezvous pas ce que je vous demande? Vous ne comprenez pas? Je veux, Jésus, que vous me témoigniez votre amour. Autrefois, quand vous vouliez m'en donner la preuve, vous me faisiez participer aux blessures, aux épines de votre Passion... Me voici à votre disposition, Jésus...

0 Dieu!... encore plus... encore plus, Jésus... encore plus, encore plus... Voilà, Jésus, je sais maintenant que vous m'aimez; je le sais maintenant. Je voudrais, je voudrais souffrir encore plus... mais vous connaissez les limites de mes forces.

Je voulais encore vous dire, Jésus, que lorsque je me mets en prière je ne sens plus aucune ferveur.

Cependant, Jésus, je prie quand même. Me lasser de la prière? cela non, jamais. Que diriez-vous si je ne priais plus? Oui, chaque fois que je me mettrai en prière, je continuerai avec persévérance. 0 Jésus, voyez, même la nuit quelles heures, quelles heures !

Sans doute, je dors; mais, ô Jésus, mon cœur ne dort pas; il veille continuellement avec vous.

Marie, Jésus, je vous aime tous les deux. Et vous désirez encore mon amour? Le voilà, tout entier : je n'en ai plus... Ce cœur qui est tout à vous, je vous le donne de nouveau.

Venez, venez, Jésus : si vous voulez me rendre heureuse, parlez-moi de vos délices. Comme vous êtes bon, Jésus! Malgré mon ingratitude vous n'entendez pas rompre avec moi. Oh ! combien patiemment vous me supportez ! Je m'aperçois fort bien, Jésus, que souvent vous souffrez à cause de mes mi-

sères. Je puis affirmer sans crainte que votre cœur ne m'a pas oublié. Vous m'avez accompagnée partout, môme parmi une foule de dissipations.

Et néanmoins, ô Jésus, souvenez-vous de tout le temps que j'ai perdu en vaines distractions, pensées inutiles : j'entendais continuellement votre voix, et alors même que je m'y attendais le moins.

Que vous êtes bon, ô Jésus, mon Père! Laissez-moi vous le demander, puisque personne ne m'entend : pourquoi me cachez-vous vos beaux yeux? Mais convenons de ceci : tout en continuant à me les cacher ne me refusez pas votre amitié, parce que j'en mourrais. Ne me privez pas un seul instant de votre présence. Quel bonheur pour moi de trouver en vous le cœur d'un père! N'est-ce pas, Jésus, que je resterai toujours votre enfant? Mon Père, souveraine beauté, vraie joie de l'âme qui vous aime! Quels beaux jours vous me faites passer, ô Jésus !

O mon cœur, mon cœur, pourquoi n'es-tu pas tout de feu, et ne te consumes-tu pas dans les flammes de Jésus? Je vous aime ardemment, Jésus, et désire vous aimer toujours. Savezvous pourquoi je n'ai jamais trouvé dans le monde un amour sincère comme le vôtre? Parce que le vôtre est immense. Pour mieux vous aimer, je veux n'aimer que vous.

Jésus sur la terre, Jésus durant la vie, et Jésus dans le ciel : voilà tout mon soutien. O Jésus, qui pourrait exprimer tout ce qui se passe dans un cœur tout brûlant d'amour? De quelle consolation m'inonde, ô Jésus, la certitude de vous posséder en moi! Si j'éprouve déjà tant de joie ce matin où vous me permettez de vous appeler mon père, oh! que sera-ce lorsque je pourrai vous dire : mon bien-aimé? Oui, Jésus, consolez cette pauvre enfant qui est à vous, et que vous acceptez comme fiancée...

Vite, vite, Jésus, remplissez-moi de cet esprit qui est tout flammes, et ne me quittez pas sans me donner des forces et votre paternelle bénédiction.

En quel lieu me laissez-vous, Jésus? Dans la triste solitude d'un monde qui me semble un morne désert?

Je vous remercie, ô Jésus, de m'avoir fait jfoilter ces douceurs; je suis néanmoins disposée à en demeurer privée pour toujours, oui, pour toujours.

Et je n'entends pas seulement ces douceurs-là, mais tous les plaisirs et satisfactions qu'on peut avoir dans la vie de ce monde...

Mon Dieu... mon Jésus!... ne devrais-je pas être contente de ce que vous me frappez avec les verges destinées à vos propres enfants?

Et je n'en suis pourtant pas satisfaite...

Je vous rends grâces, ô Seigneur, je vous rends grâces pour ces moments de paix, tout en me tenant prête à y renoncer dès qu'il vous plaira. Je voudrais, durant ce temps, vous louer et vous louer dignement. Mais quelle créature pourra vous offrir une louange digne de vous? Il faudrait une âme sans tache; mais où trouver ici-bas une créature qui n'ait été conçue dans l'iniquité? Je laisse aux Anges et à tous les esprits célestes de vous célébrer par leurs acclamations mille et mille fois répétées. Oui, que les Anges et les Saints suppléent à mon insuffisance, et vous remercient des instants de paix que vous m'accordez...

Dieu très sage et très digne de tout honneur, je veux, pour confondre notre ennemi, vous louer, vous aimer, vous glorifier et exalter votre infinie Majesté.

Mon Jésus, avant de me quitter dites-moi ce qui peut m'aider le plus à devenir votre digne enfant' ?

13. — Le démon lui apparaissant sous les traits du Sauveur, cherche à lui persuader de ne plus rien découvrir au confesseur. Gemma, troublée d'une manière insolite, se prend à douter, invoque la Très Sainte Vierge et met en fuite le malin esprit. Elle se plaint à Jésus de l'insolence du tentateur et promet l'obéissance la plus sincère.

Où est, Jésus, mon grand désir de souffrances pour les pécheurs? Où est mon surnaturel abandon? O Dieu... je suis

i . Dans cette extase la servante de Dieu condense, comme on le voit, tout ce qui est disséminé dans les autres : foi, amour, désir d'honorer le Seigneur et de plaire à lui seul: par-dessus tout, humilité, générosité et désintéressement dans la pratique du bien. Cette répétition de ce qu'elle a dit ailleurs si souvent, bien loin de fatiguer, prend un aspect nouveau qui charme et édifie. « Un tel langage paraît surhumain et ne peut être considéré comme un pur effet de l'imagination », a-t-on dit avec justesse.

remplie de confusion en votre présence, ô Jésus. Ne voyezvous pas que je suis confondue même devant les créatures?

Oh ! oui, Jésus, je reconnais que mon amour a été imparfait. O Jésus, l'unique désir de mon cœur, que ferai-je si vous m'êtes enlevé?

Avez-vous remarqué, Jésus, durant la nuit ? Avez-vous considéré comme le démon me tourmentait? Oh! il me trompe. Gomment faire pour ne pas me laisser duper? Et savez-vous ce que ce perfide tâchait de me persuader? Que vous étiez un tyran. Mon Jésus, un tyran? Le temps consacré à la prière serait donc complètement perdu? Il m'a dit que le confesseur me trompe lui aussi. Les paroles du prêtre causeraient ainsi ma ruine ? Aidez-moi, Seigneur !

Allons, Jésus, prononcez ces paroles ; ne craignez pas ; elles me protégeront, et je ne me fierai pas à quiconque ne les aura d'abord répétées. Disons tous les deux : « Béni soit Jésus! Bénie soit Marie ! »

Oh ! quelle différence je trouve!... J'ai là, cachées dans mon cœur, bien des choses à vous communiquer... Croyez-moi, Jésus, je souffre, mais seule. Personne ne le sait.

Oh! non, il ne me déplaît pas de souffrir; et même parmi toutes mes douleurs, ma seule consolation est de pouvoir vous offrir ainsi quelque chose.

Mais, Jésus, m'aimez-vous réellement? Et si vous m'aimez délivrez-moi de ce frauduleux ennemi. Je souffre toujours, mais encore plus quand il s'approche... Allons, renvoyez-le en enfer. Me comprenez-vous, Jésus? Je ne vous demande pas de me délivrer de la tentation, non ; mais... Allons, repoussez-le en enfer, ôtez-le-moi... Allons, Jésus... ma bonne Mère... ne m'abandonnez pas...

Oh! qu'est-ce que j'éprouve aujourd'hui? O ma Mère, j'ai peur aujourd'hui, j'ai peur en vous voyant partir... Ne vous éloignez pas... Ma Mère, ne m'abandonnez pas... Jésus part lui aussi... Ne me laissez pas prendre...

O Dieu! c'est lui!... Allez-vous-en tous, allez-vous-en... Non, scélérat; non, avec toi, jamais; et va-t-eu... bien vile, allons !...

Inutile de si bien te composer; je te reconnais maintenant. Béai soit Jésus, bénie soit Marie !...

Vil menteur !... Aïe' ! Je te l'avais bien dit hier que tu étais un menteur. . . Menteur, menteur ! . . . Penses-tu que Jésus ne me le fait pas comprendre quand c'est toi? Tu peux enrager... tempêter encore plus... tiens, attrape cela... Enrage encore, bah ! voilà bien les tiennes I

J'irai, oui, me confesser; sûrement que j'irai. Je dirai tout, absolument tout, oui... tout, pour ta confusion... 0 ma céleste Mère, ma Mère !... Mais qu'est-il nécessaire de me le répéter? Oui, je me confesserai toujours.

Que dis tu, scélérat ? Orgueilleuse parce que je me confesse ? Au contraire, -je m'humilierai sans cesse. Et pourquoi alors te fâches-tu si fort ? Menteur, je sais que le confesseur est discret. Menteur, tu ne sais jamais rien deviner... Mais à quoi aurai-je recours? Que ferai-je pour que tu me laisses tranquille?

Ma céleste Mère, où êtes- vous? Je vous attends depuis si longtemps. Ah I c'est samedi... 0 ma bonne Mèrel...

Fuis au loin, monstre ! Je me confesserai souvent, et avec une entière sincérité, pour te confondre. Oui, je serai sincère malgré toi... Va-t-en bien vite !...

Tu m'ennuies, et puis tu ne veux pas que je parle de toi ? Alors laisse-moi tranquille.

Menteur, je t'assure que ce sera la première chose dont je parlerai à mon confesseur. Et si tu ne veux pas que j'en parle pourquoi viens-tu m'ennuyer? Et tu oses me demander cela? Oui, je me confesserai en dépit de toi... oui, je le ferai...

0 ma divine Mère, ne permettez pas qu'il réussisse à me vaincre!... Oh ! oui, je me confesserai, oui, oui... mon Dieu !... Ma Mère, où êtes-vous? Ne savez-vous pas que c'est aujourd'hui samedi?...

Oui, oui, pour ta confusion je veux me confesser, je veux être sincère; oui... oui... Aïe! *

0 ma céleste Mère ! ma Mère, je suis votre enfant, personne

i. Cette douloureuse exclamation proférée plusieurs fois indique assez que le cruel ennemi, furieux d'être vaincu par l'humble vierge, la frappait horriblement.

a. Nouveaux coups reçus par l'innocente victime. On pourrait peut-être s'étonner que l'extatique s'entretînt de la sorte avec le démon, ces colloques étant toujours périlleux. Je finis, en effet, par les lui interdire. (Note du P. Germain.)

2lO

ne pourra jamais me séparer de vous... 0 Jésus, pourquoi me laissez-vous seule en ce moment?

Vous n'étiez pas là? Ce n'est pas possible : j'ai bien des fois regardé et je ne vous ai jamais aperçu.

Vous me demandez si je serai sincère? Oui, je dirai tout.

Je le sais, je le sais : la première chose à révéler est celle d'hier...

Sincère et obéissante? J'ai tout compris. Oh! j'irai, oui. Je ne l'écoutais pas du tout, lui; mais il était absolument vêtu comme vous... Ne lui permettez plus de prendre ainsi vos vêtements. Oh ! faites-le venir habillé en démon , sinon par moments je suis tentée d'y croire. Que désirez-vous encore, Jésus? Quand je me serai confessée vous reviendrez me dire si vous êtes content?...

0 mon Dieu, secourez-moi ! Ne lui permettez plus rien à cet horrible ennemi. Et si vous lui accordez quelque chose, donnez-moi un peu plus de force, sinon...

14. — Jésus lui ordonne d'obéir en tout à son confesseur, lequel avait témoigné vouloir la cessation des stigmates. Elle se plaint de ce que de la sorte elle ne pourra plus consoler le divin Maître. Elle prie pour qu'un couvent de Religieuses Passionistes se fonde à Lucques. Elle offre toutes ses souffrances pour les âmes du purgatoire. Brûlantes aspirations vers la sainteté.

Jésus, mais ne suis-je pas dans l'illusion? Si au lieu de Jésus, vous étiez le démon, je ne le voudrais pas. Renvoyez-le. Mais comment puis-je m'en rapporter à moi-même? Alors, Jésus, vous m'assurez que ce n'est pas lui? De nouveau, là, près de votre cœur, je vous fais le sacrifice de ma vie.

Jésus, répondez-moi sur tout ; car je le rapporterai exactement à mon confesseur. Mais je vous le répète, il y a quelque chose qui me coûte énormément. Néanmoins je m'en acquitterai, si vous le désirez.

0 Jésus, que m'ordonnez-vous? Eh bien, vous voulez que j'obéisse à mon confesseur? Mais enseignez-moi, vous...

Aujourd'hui, Jésus... de sang- il n'en veut plus. II ne veut pas... ô Jésus... je dois obéir...

Pauvre Jésus! vous n'aurez personne pour vous aider; le

confesseur m'a tout défendu. Il ne me reste d'autre soulagement que la prière. Je suis privée de tout...

Ne craignez pas, Jésus ; personne au monde ne pourra me séparer de vous...

Non, non, je ne puis rien vous offrir... une heure seulement, et pas davantage, pour m'entretenir avec vous1. Il y avait si longtemps, Jésus, que je l'attendais cette soirée... 0 mon Dieu ! Vous seul, Jésus, savez les nuits que j'ai passées... tout ce que j'ai enduré... Vous le savez, Jésus, si j'avais des forces... Et maintenant (le confesseur) a peur qu'elles viennent à me manquer... Donc, Jésus, laissez-moi. Le vendredi viendra, mais il ne me paraîtra plus un jour de fête. Oui, c'était pour moi un jour de fête... Mais à présent il n'en sera plus ainsi, bien que je souffre davantage, parce que je ne pourrai pas vous aider (en partageant vos douleurs).

Comme je me trouve néanmoins différente de vous ! Vous, par amour pour vos créatures, vous avez embrassé toutes sortes de peines, et moi?... Jésus, s'il est possible, éloignez de moi ces tourments... éloignez, spécialement, ces derniers que vous m'avez envoyés.

Alors, que votre volonté soit faite ! Si vous le voulez réellement, si vous désirez que je marche dans cette voie... Jésus, mon Jésus, j'accepte tout... 0 chère obéissance, qui me prives de toutes les délices de mon amour, il me tarde de t'embras" ser. Quant à ce que vous m'avez encore ordonné cette nuit, Jésus, et qui consiste à me considérer comme un corps mort, je m'en acquitterai fidèlement. Mais pour le reste, comment dois-je me conduire? Je ne ferai rien, Seigneur, sans vous avoir, auparavant, demandé votre avis. Ne savez-vous donc pas, Jésus, que je puis me tromper? Obéissance aveugle? 0 mou Sauveur, cette vertu m'est si chère !

Je veux vous recommander une chose ; je vous le répète, comme je vous l'ai dit... Si pour faire cesser ce péché il vous fallait ma vie, je vous l'offre. Mais ce ne me serait pas un sacrifice de mourir pour m'unir avec vous. Si même l'obéissance m'y autorisait je le demanderais comme une grâce. Oui, Jésus, si mon confesseur me permet cette prière, exaucez-la de suite.

i. Cette limite avait été fixée par son confesseur, soit pour ménager sa santé, soit pour éprouver son obéissance.

Écoutez-moi bien... Le confesseur me dit d'insister auprès de vous pour la fondation du couvent. Il ne tient pas à m'envoyer loin (de Lucques) parce que, dit-il, je suis méchante et, comme telle, obligée de rester ici. Il prétend que je ne prie jamais (sérieusement pour cela). Ne voyez-vous pas ma situation, Jésus; et comme je me trouve mal à l'aise? Hâtez donc pour moi le jour tant désiré!

Il m'a déclaré qu'il souhaite vivement la réalisation de cette belle œuvre. C'est vous qui m'avez mis au cœur cet ardent désir ; à vous donc aussi d'y penser. Me promettez-vous de le satisfaire entièrement si je suis obéissante? Oui, je le serai... Mais ce que vous me promettez, tenez-le... oui... n'est-ce pas, Jésus?

Je les vois bien, Jésus, vos mains; mais je ne puis1...

En vérité, je ne suis pas attristée de cette privation comme lorsque mon confesseur me l'imposait autrefois. J'en souffre beaucoup... Mais l'obéissance vaut mieux que les victimes.

D'ici dimanche matin, je ne puis plus aller au tribunal de la pénitence ; non, je ne puis plus.

Le confesseur me permet encore cela, Jésus, et tout ce que vous me demanderez vous-même. Ce dont il ne me dispense jamais, c'est la prière.

Demain (vendredi)... que m'enverrez-vous ? Ne craignez pas, Jésus; rien au monde ne sera jamais capable de me séparer de vous.

Les douleurs, la toux, les humiliations... tout cela pour soulager les âmes qui souffrent tant dans le purgatoire. Et vous, âmes saintes, épouses chéries du divin Agneau, priez pour moi qui demeure toujours exposée au danger.

Je m'en remets pour tout à votre bon plaisir... mais pour la dernière grâce1... celle-là vous devez l'accorder à tout prix, et au plus tôt.

Ne savez-vous pas que mon confesseur m'a donné l'ordre de devenir une sainte, et vite, très vite ? Si j'avais, du moins, quelque certitude d'être en grâce avec vous, ô Seigneur! Quand pourrai-je dire que je suis toute à vous, mon Dieu ? Quand, ô Jésus?...

i. Recevoir les stigmates comme autrefois. 2. De croître en sainteté.

15.— Elle craint toujours d'être dans l'illusion. Sentiments de compassion à l'égard du Sauveur qui lui apparaît dans le douloureux mystère de la flagellation. Elle prie pour le salut des pécheurs et s'offre en victime pour eux.

0 Jésus, je crains que le démon ne finisse par me tromper. Je ne veux pas de ces visions, je veux seulement que vous me pardonniez tous mes péchés. Ne permettez pas que l'ennemi parvienne à me séduire.

Mais dois-je m'en rapporter à moi-même?

Est-ce que je ne me fais pas illusion?

Vous m'auriez donc aimée à ce point? Vous m'avez fait tant de grâces, tant de faveurs ! Et moi, qu'ai-je fait pour vous ?

0 Jésus, qu'êtes-vous devenu? A quel état vous a-i-on réduit? Oh! la personne sacrée de Jésus est devenue pour tous un objet de divertissement. Mon Sauveur est blasphémé ; on le méprise, on le maudit, on lui inflige toutes sortes de mauvais traitements. Ce qui m'étonne le plus, Seigneur, en contemplant vos humiliations, c'est que moi je ne veux pas entendre parler d'en subir à mon tour. Oh! si je pouvais, Jésus, je voudrais avec mon sang... je voudrais laver tous les endroits où je vous vois outragé.

Comment l'amour a-t-il pu ainsi dominer votre cœur ?

Jésus, que vous font endurer ces méchants?... Ne se lasseront-ils pas?... Non, plus de ces coups sur vous, Jésus... vous ne les méritez pas ; moi, si... vous, non. Oui, tout cela pour moi... c'est moi qui ai péché; vous êtes innocent ; c'est moi qui ai commis une foule de péchés.

Mon Jésus, mon cœur est désolé, mon âme n'en peut plus. O Jésus, ne me quittez pas encore... Donnez-moi à présent un peu de force; soutenez-moi, car j'ai encore beaucoup à vous dire.

Je voudrais rester davantage à méditer avec vous, Jésus ; mais on ne me le permet pas au delà d'une demi-heure.

Pourquoi ne vouliez-vous pas aujourd'hui me faire éprouver vos douleurs? Si vous voulez m'être agréable faites-moi souffrir. Je vous l'ai déjà dit, et je vous le répète, souffrir avec vous

m'est une jouissance... les autres consolations me laissent indifférente.

Maintenant donc, Jésus, contentez-moi. Ce n'est plus le moment pour vous de subir de pareils tourments... Me voici à présent, c'est mon tour. Songez aux pécheurs. Tenez-vous à savoir qui m'a défendu de penser à eux? Le démon... Au contraire, Jésus, songez à ces pauvres égarés; je vous les recommande. Enseignez-moi le moyen de contribuer beaucoup à leur salut. 0 Jésus, le voyez-vous de combien de grâces j'ai besoin ?

Oh ! que faites-vous, Jésus? Après tant de faveurs dont vous m'avez comblée vous en venez à me découvrir votre propre c;eur? Oh! si tous les pécheurs se réfugiaient en lui! Venez, pécheurs, ne craignez pas; le glaive de la divine justice ne pénètre pas jusque-là. Mais pourquoi, Jésus, votre cœur si bon, si saint a-t-il dû souffrir plus qu'aucun autre?

Oh ! oui, je suis prête à tout, ô Jésus ! Mais pourquoi chaque fois que vous vous présentez à moi m'embrasez-vous de la sorte?

Oh ! qu'il est beau votre cœur!... 0 Jésus, je voudrais... je voudrais que ma voix pût retentir à travers le monde entier... j'appellerais tous les pécheurs, et les presserais d'entrer dans votre cœur.

Répondez-moi, Jésus ; y en aura-t-il qui ne se sentent remplis d'amour? S'il y en avait faites-les-moi connaître...

Us vous font gémir de la sorte? 0 Dieu, Jésus, ne les abandonnez pas ces pauvres pécheurs.

Je suis prête à faire n'importe quoi pour eux. Vous êtes mort sur la croix; faites-m'y mourir aussi. Us sont tous vos enfants; ne les abandonnez donc pas. Sachez-le bien, Jésus, je veux les sauver tous. Si vous ne vous occupez plus d'eux, alors il n'y a plus d'espoir... Jusqu'à ce que vous m'ayez certifié votre volonté de les sauver tous, je... N'est-ce pas moi qui dois souffrir pour eux? Donc prenez-vous-en à moi. Des pécheurs vous en avez beaucoup, mais des victimes bien peu.

Moi victime? Oui, Jésus ; mais les victimes doivent être innocentes, et moi je ne le suis pas du tout. Sauvez-les vous-mènu\ Jésus, sauvez-les.

J'ai beaucoup péché, et j'ai obtenu miséricorde. Attendes, attendez donc encore un peu avant de les châtier. Attendes,

Jésus, déchargez sur moi les coups de votre justice, frappezmoi, mais attendez. Envoyez-moi n'importe quelle souffrance, je n'en refuse aucune.

0 Jésus, pourquoi ce soir ne consentez-vous pas à leur pardonner? J'aspire à être victime pour tous. Oh! assurez-moi, Jésus, que vous les voulez tous sauvés... Que vous dit la divine Mère? J'accepte n'importe quelle douleur qu'il vous plaira de m'envoyer. S'ils vous offensent vengez-vous sur moi. Vous êtes mort en croix pour eux aussi, ne vous lassez pas de les attendre, ô Jésus. Contentez-moi, Jésus, attendez : ilspourront se convertir.

Ma céleste Mère, pensez-y, vous... Contentez-moi, Jésus; attendez... attendez.... je tâcherai de satisfaire parmoi-même, je souffrirai beaucoup. Nous sommes tous les enfants du même Père : dès lors pourquoi ne les sauveriez- vous pas?

Il m'est donc impossible, Jésus, d'obtenir davantage? Vengez-vous sur moi. Je veux absolument être victime pour les pécheurs, vivre en victime, et mourir victime...

Sachez-le bien, Jésus, je passe aujourd'hui trois heures avec vous afin que vous sauviez tous les pécheurs, car ils me tiennent grandement à cœur. Et parmi eux savez-vous, Jésus, quel est celui auquel je m'intéresse encore davantage? Il faut que vous me disiez s'il est sauvé; je veux le savoir. Pour tous, mais pour celui-là surtout... ils sont tous vos enfants, sauvezles tous...

Jésus, Dieu fort, rendez-moi plus forte. Durant ce mois je veux vous témoigner un amour extrême.

Oh! oui, Jésus, quand on aime vraiment on souffre volontiers, et maintenant que je suis avec vous, Seigneur, j'aurais assez de force pour tout endurer... Mais quand vous vous en allez je retombe dans mon habituelle faiblesse.

Que dites-vous, Jésus? Que je suis toute petite... Je suis grande1. Si je n'en fais pas davantage c'est parce que je suis méchante...

Jésus. . . Jésus. . . laissez -moi venir avec vous. . . Quand, Jésus. . . quand m'accepterez-vous? Bientôt? Quand?...

i . Par la grandeur des désirs, de la bonne volonté.

16. — Accablée de souffrances elle demande à en être délivrée, puis se reprend et reconnaît en mériter, de plus grandes encore. Elle déclare que sa dernière consolation est de pouvoir pleurer. Prière pour une personne chère à son cœur. Disposition à tous les sacrifices, même à celui de sa vie.

Je suis toujours à votre recherche, mon Dieu.

Je mérite encore pis; néanmoins, s'il vous plaît, délivrez-moi, toutefois que votre volonté soit faite. J'entends vous offrir ce qui vous est dû, le tribut de mes adorations, parce que je vous reconnais pour mon Dieu. Je mérite encore pis...

Ne me méprisez pas ainsi, ô Jésus ; vous verrez qu'avec votre secours je viendrai à bout de tout. Je fais, pour ma part, ce que je peux; mais il me faut votre secours tout-puissant.

Il est vrai, il est très vrai que mes douleurs sont bien grandes. Mais aussi parfois ne me laissez-vous pas en paix de longs jours? Puis, l'épreuve revient c'est encore vrai. Mais vous, vous avez souffert toute votre vie, à toute heure, ou plutôt, à tout instant... et moi?

Oh!... oui, Jésus; et volontiers, tout à fait volontiers. Ne savez-vous pas que selon ma promesse, je suis prête à n'importe quel sacrifice? O Jésus, vous aimer et souffrir! Oh! que de fois, durant ces jours, j'ai offert ma vie en holocauste!... Tout ce que vous désirez, je l'accomplirai. Oui, très bien ! En ce dernier temps je me suis familiarisée avec l'immolation.

La plus considérable je la connais, Jésus ; et je m'y soumets comme à toutes les autres. Oh! oui, je l'accepte de bon coeur! Que ne ferais-je pas pour vous, Jésus? Ce renoncement que vous allez provoquer je le sollicite moi-même. O Jésus, comme il me paraît difficile quand je viensày penser ; j'en suis effrayée. Mais je l'accomplirai quand même parce que telle est, ce me semble, votre volonté.

O Jésus, je le sens fort bien, ce douloureux moment n'est plus loin. Mais comment ne pas me sacrifier pour vous? Moi, Jésus, je veux désormais vous aimer... ne plus vous faire souffrir, subir moi seule toute avanie... Ces blasphèmes me causent une peine immense.

Qu'est-ce, ô Jésus, qui vous afflige ainsi?... Les péchés, les péchés ! Que ne ferais-je pas pour les empêcher I Je ferais tout : mais j'en suis incapable.

Pourquoi, Jésus? Et pourtant je vous aime beaucoup; je vous l'ai dit bien des fois ; quand je pense à vous rien ne me coûte. Et puis voyez, Jésus, tout ce que vous m'avez commandé je l'ai fidèlement exécuté... Désirez-vous autre chose de moi? Allons, dites-le-moi pour que je m'en acquitte exactement ; vous ne demanderez rien au-dessus de mes forces, puisque vous les connaissez... Parfois je suis exténuée; mais quel n'est pas mon bonheur quand vous êtes là, et que je me repose près de votre cœur !

Vous voyez, Jésus, que je vous ai obéi hier et aujourd'hui. J'ai fait aussi le sacrifice demandé. Quel contentement j'en éprouve!

0 Jésus, toutes les faveurs dont vous m'aviez gratifiée m'ont été peu à peu enlevées. Il ne m'en reste plus qu'une seule comme dernière consolation. Et bientôt vous m'aurez tout ôté; car ce que vous m'avez donné comme dernier soulagement sera aussi l'ultime réconfort à me manquer.

Mais, mon Jésus, vous vous jouez de moi : vous faites semblant de ne rien savoir, mais, Jésus, ne connaissez-vous pas toutes ces choses ? Ne vous souvenez-vous pas de ces mots que vous me dites un jour : « Tu finiras par être privée de la consolation de pleurer » ? Si donc vous voulez encore m'ôter cela tout de suite, faites-le pareillement. Vous m'avez enlevé il y a deux ou trois jours ce que je n'aurais jamais cru...

Ne craignez pas, Jésus, je vous aimerai toujours, toujours. Ne voyez-vous pas que dès le matin je pense à vous, que dès le soir je multiplie mes actes d'amour? De cet amour, divin Jésus, en voici la preuve : je suis prête au sacrifice. Je suis disposée atout, à tout... Mon bon Ange, demandez à Jésus ce qu'il désire : je ne l'ai pas encore compris...

Je vous en prie, Seigneur... Voyez, ne sachant pas, sans doute, qui je suis, on a recours à mon intercession dans l'espoir d'obtenir quelque chose. Encore ceci, Jésus? Accordez-la, accordez-la-lui cette grâce. Si pour la satisfaire il vous fallait un nouveau sacrifice de ma pai^t, laissez-moi pour toujours dans l'affliction.., toujours, toujours jusqu'à la fin de ma vie ; mais donnez-lui cette consolation, car de suite je l'ai reconnue pour une âme qui vous était bien chère. Veuillez donc la satisfaire. J'ai beaucoup à vous demander aujourd'hui pour moimême, et je n'en dis rien; je ne prie maintenant que pour elle.

Ne savez-vous pas que c'est très pressant? Elle veut cette grâce immédiatement; vous ne devez pas, Jésus, tenir compte de certaines choses.

Peu m'importe de savoir ce qu'elle est, il me suffit d'obtenir la grâce. Je n'ai fait qu'obéir en priant pour cette personne. J'ai cru d'abord qu'elle vous était bien chère. Je remets tout entre vos mains ; mais accordez-lui cela, accordezle-lui. Oh ! si je pouvais connaître qu'elle l'a déjà obtenue ! Dites-moi quelque chose. Ne savez-vous pas que je dois lui donner une réponse?

Vous avez raison... dictez-moi, vous-même, comme vous l'avez fait d'autres fois.

Mon Jésus, je veux aujourd'hui vous dire encore ceci. Il s'agit d'une autre personne que je ne vous ai jamais recommandée. Je me crois réellement obligée en ce moment de m'acquitter de ce devoir... Je vous la recommande donc. Récompensez-la, vous-même, de tous les soins qu'elle a eus pour moi. Oui, Jésus, car je voudrais lui témoigner ma reconnaissance en quelque manière, et je ne sais... Celle qui m'a parlé pour la grâce désirée mérite aussi ma gratitude; contentez-la... accordez tout. Vous voyez les instances qu'elle me fait. Contentez-les toutes les deux... Tenez-moi dans l'humiliation ; je me sens maintenant assez forte.., mais contentez-les. Dites-le-moi, Jésus, que pourrais-je faire pour obtenir cette faveur? J'ignore son importance ; mais s'il vous fallait ma vie, la voilà ; je suis prête. S'il faut, au contraire, que je demeure encore sur la terre, me voici, car pour moi la mort est un gain plutôt qu'un sacrifice... Mon Jésus, je ne sais plus que vous offrir, ni que vous dire... Contentez-les, Seigneur, et tenez-moi dans l'affliction jusqu'à la fin de mes jours. A partir de ce moment je renonce à tout plaisir... Que mon existence soit une perpétuelle immolation ; augmentez mes souffrances, mes humiliations...

Encore ceci, Jésus: alourdissez ma croix, grandissez-la. Je me sens le courage de vous proposer tout cela. Je vous dirais même volontiers que, pour obtenir ce que je demande, j'accepterais le sacrifice de rester dans le monde sans entrer au couvent, mais je ne puis faire cette proposition'. Quelqu'un me

i. Son directeur le lui avait défendu.

vient encore à l'esprit... vous savez de qui je veux parler... Je sacrifie tout, Jésus, absolument tout1...

17. — Affamée du pain de vie, elle demande à vivre afin de souffrir avec Jésus pour les pécheurs.

Mon Jésus est tout près... Et même, ô Jésus, je vous sens... Pourquoi, mon Sauveur, me faire tant souffrir? Venez, Jésus, je vous sens, vous êtes là... O Jésus... O mon Dieu !

Que vous souffrez, ô mon Jésus !... Ne remarquez-vous pas que je suis ici et que je désire partager vos douleurs?

Non, Jésus, je n'en suis pas fatiguée : vous allez le voir.

Oui, Jésus, je veux souffrir, mais avec vous.

Quand bon vous semblera, Jésus, quand vous voudrez. Moi, je désire vous avoir toujours près de moi ; je voudrais que vous ne me laissiez jamais seule... je veux souffrir avec vous. Et maintenant, Jésus, allez-vous me laisser seule?

Je ne tiens pas même à mourir, Jésus, non ; je veux vivre toujours pour beaucoup souffrir et vous aimer ardemment... Mais, Jésus, m'aimez-vous aussi?... Vous avez subi de telles douleurs !

Essayez, essayez ; vous verrez... Ne voyez-vous pas que mon unique désir est de vous aider à souffrir?

Allons, maintenant, Jésus, oui, tout de suite. Mon corps est prêt, je suis toute prête.

Ce soir, écoutez-moi, Jésus, ne m'abandonnez pas. Gomment ferais-je sans vous? Mon Jésus, une heure seulement, une heure (m'est accordée pour rester avec vous).

Ce qui vous plaira, mon Dieu ! Je me suis donnée à vous, traitez-moi comme telle.

Je vous ai bien cherché, Jésus, de tous côtés ; je ne vous rencontrais nulle part. Et vous étiez tout seul. N'avez-vous donc personne ? Il y a pourtant, Seigneur, tant d'âmes qui vous sont plus chères que la mienne ! Mais, moi aussi, je veux bien me comporter, moi aussi. Oui, Jésus... je vous aime beaucoup, beaucoup.

i . Heureuses les âmes dont la séraphique vierge se souvenait ainsi jusque dans l'extase et pour qui elle offrait de telles supplications.

Vraiment, Jésus, on souffre, on souffre beaucoup quand on aime quelqu'un. On ne peut toujours rester ensemble. Mon plus grand tourment me vient de votre absence.

Mais m'aimez-vous réellement, Jésus? J'ai commis bien des péchés et suis sujette à bien des défauts. Répondez-moi, Jésus, «st-ce que je n'excite pas votre compassion? Et s'il en est ainsi, pourquoi me délaissez-vous ?

0 Jésus, pour qui dois-je prier? C'est vous-même, Seigneur, qui me recommandez les pécheurs. Souvenez-vous, Jésus, qu'ils ont tous été régénérés dans votre sang divin.

Vous souffrez pour eux? Moi aussi, ce soir, Jésus ; je souffre volontiers, oui, pourvu que je sois avec vous, tout près de vous, car de la sorte on ne sent presque plus rien ; mais seule, non. Jésus, revenez ce soir...

Pourquoi t'affliger ainsi, mon âme. Tu déprécies ton amour si tu n'embrasses pas la croix de bon cœur. Tu n'as cure d'obtenir le paradis si tu ne fixes tes pensées au Calvaire. Ne t'attriste pas, mon âme ; tu as épousé la douleur avec Jésus jusqu'à ton entrée dans l'éternité, et tu es obligée de vivre crucifiée.

0 Jésus, ô Jésus, Jésus mon souverain bien, je suis affamée de votre pain de vie, je suis altérée de votre sang eucharistique...

Sais-tu, mon âme, pourquoi je veux que tu embrasses la croix? Parce que si elle ne t'abat quelque peu tu es en danger.

Je sais, ô Jésus, que la croix vous est chère, et que dans cette croix vous avez placé toutes vos affections et vos tendresses. Aussi ne convient-il pas à votre amour de me la refuser, puisque je vous la demande. Ou crucifiez mon âme ou faitesmoi mourir. Mon Jésus, mon trésor adoré, que je vous aime !

Et je vous entends, je vous entends, mon Jésus; je vous ai bien compris... Je vous aime, je vous aime. Que toutes mes affections, tous mes sentiments poussent un même cri : Qui est semblable à vous, mon Dieu? Qui est semblable à vous parmi les dieux1 ?

O puissance de l'amour de Jésus! Votre tendresse, ô mon Sauveur, a vaincu ma froideur... Venez, Jésus, venez me mon-

i. Paroles du psaume 85, 8 : Non est similis fui in dits, Domine.

trer mon impuissance. Vive, vive Jésus, qui, bien que fatigué de moi, ne me refuse jamais son amour... Je cherche les peines... les douleurs... et nullement les douceurs, parce que je ne les mérite pas... Je n'en suis pas digne, alors même que vous me les accordez avec tant d'abondance.

Que trouvez-vous en moi, Jésus, qu'y trouvez-vous? Langueur, misère et péché. Et je voudrais vous dire, maintenant que je me sens toute pénétrée de votre présence, je voudrais vous dire: Eloignez-vous /... Mais non, car ainsi je goûte votre ineffable bonté. Permettez, Jésus, que je reste encore dans votre cœur.

18. — Ayant omis la communion jar excessive délicatesse de conscience, le démon lui apparaît. Elle le chasse et implore le secours de Jésus. Elle s'excuse auprès du divin Maître et l'invite à venir dans son cœur. Les retards du Sauveur la font languir d'amour et provoquent une effusion de sentiments affectueux avec la résolution de ne plus abandonner la table sainte.

0 Dieu!... Non, vilaine bête; non, toi, je ne te veux pas... Mon Jésus, aidez-moi!... Toi, je ne te veux pas... toi non... Oh! où s'en est allé mon Jésus? Où êtes-vous, ô Jésus?... Non, non... avec toi, non... allons, décampe entièrement... Mon Jésus, je ne puis plus me sauver, il n'y a plus pour moi d'espérance.

Jésus, à la vérité, n'est pas venu en moi ce matin ; mais tu n'y viendras pas non plus... non, je ne te veux pas; je ne puis te souffrir là... Jésus, éloignez-le de moi. Je vous promets de ne plus jamais omettre la communion, jamais. Jésus, éloignezle-moi... allons... allons! Ne permettez pas que je tombe aujourd'hui en quelque péché.

Comment tolérez-vous, Jésus, que le démon vienne à votre place'? Vous seul, mon Dieu, régnez dans mon cœur qui soupire après vous. Hâtez-vous, Jésus, hâtez- vous: mon âme vous désire. Voyez comme elle souffre! Eloignez-moi ce menteur. Hâtez- vous ; que cenesoit pas lui qui vienne en moi... Gomme je souffre!... Jésus, où êtes-vous? Venez, Jésus, tant qu'il n'y

i. C'est-à-dire : sous vos traits.

est pas, lui... Je ne veux que vous... Oh! où restez-vous aujourd'hui? Pourquoi me laisser ainsi? Il est vrai que je vous ai laissé la première, mais je vous désire... N'avez-vous pas toujours été mon espérance?

Non, je ne l'omettrai plus la communion. Venez, Jésus, je ne l'omettrai plus.

Va-t-en, va-t-en. Tu es content de ce que j'ai fait? Mais cela n'arrivera plus. Je veux toujours contenter Jésus.

Jésus ou êtes-vous? Venez, mon Jésus, venez... Approchez, Jésus, que j'entende votre voix, je ne vous quitte plus.

J'ai résisté, Jésus, j'ai résisté, mais avec douleur... J'ai entendu ce matin votre invitation; j'ai tout entendu. Mais pensiez-vous à cette nuit? Comment pouvais-je vous recevoir? Je ne suis pas allée à vous parce que je croyais avoir péché. Tout ce que vous me mettiez au cœur1 je le sentais vivement ; mais je n'y pouvais croire... Voyez, Jésus, si mon confesseur me l'avait dit j'aurais communié. Il me rappelle au contraire que je ne puis me fier à moi-môme2... Alors, Jésus, pardonnezmoi. Allons, Jésus... Il est à vous mon cœur, oui, tout à vous. Venez, Jésus.

Vous ne m'avez donc pas encore pardonnce? Si vous ne venez pas, j'aurai encore à lutter cette nuit. Je ne déteste pas les tourments; mais je crains toujours de vous offenser... Aussi, je ne vous délaisserai plus, Jésus, jamais plus. . . Venez. . . Mais n'êtes-vous pas touché de compassion de voir ainsi mon cœur s'épuiser en désirs?

0 Dieu ! ô Jésus ! Est-ce vous? Je vous attendais!

Jésus, je ne vous délaisserai plus. Donnez-moi un peu de force.

Il vaut mieux (dites-vous) vous recevoir que vous contempler? Oui, vraiment c'est mieux... oui.

Je m'afflige, ô Seigneur, à cette pensée : si même durant des années et des années je me disposais à vous recevoir avec une ferveur angélique, je n'en serais jamais digne... et néanmoins vous le voyez, je viens à vous si mal préparée !

Vous venez, Jésus, volontiers dans mon cœur? Veuillez donc me dire ce qui vous y repose si agréablement.

i. a Pour me rassurer et m'engager à communier. » 2. Remarquable obéissance qui Fat la sécurité de Gemma 61 reste un argument de plus en Faveur de ses voies.

La paix, le calme? Mais cette paix est-elle dans ce cœur? Cette tranquillité est-elle dans mon âme ?

Je le sais, vous voudriez me rassurer; mais je préfère vivre dans votre sainte crainte.

Il m'est doux, à Jésus, de confesser devant vous mes misères... Aidez-moi, ô Seigneur ! Permettez-moi de me jeter encore à vos pieds. Je m'en tiens à ce que je crois; je redis mille fois et redirai sans cesse : « // vaut mieux vous recevoir que vous contempler. » Mais dites-moi, Seigneur, de quel aliment dois-je vous nourrir? Communiquez-moi votre lumière, vos divines ardeurs. O mon Dieu, comment correspondre à vos bontés? En vous aimant beaucoup? Il faudrait vous aimer d'un amour réel et constant.

O mon Jésus, mon Jésus, que vous seriez digne d'une telle affection ! Oh ! que les Anges ont raison de n'éprouver jamais de lassitude à vous chanter cette belle hymne! Ainsi devrais-je faire moi-même, ainsi devraient faire toutes les créatures. Tandis que... je vous ai délaissé : mais je ne recommencerai plus. Quels obstacles, Jésus, votre divine pitié est capable de surmonter! Qui me donnera de pouvoir correspondre à votre tendresse? Toutes les heures de mon existence se signalent par quelqu'une de vos libéralités. Ne voyez-vous pas néanmoins, Jésus, combien peu je m'efforce de vaincre mes passions? Loin de vous je ne trouve aucune paix. Qu'en serait-il de moi si vous finissiez par vous lasser? Ne vous lassez pas, Jésus.

Vous verrez; peu à peu j'accomplirai aussi le sacrifice que vous me demandez... O Jésus, peut-il y avoir au monde quelque chose de plus doux que de vous aimer? Maintenant que nous sommes si étroitement unis, embrasez-moi, brûlez-moi; parce que je veux vous aimer avec force. Voyez, Jésus, si je vous demandais des futilités, vous pourriez me les refuser ; mais je sollicite ce qui vous agrée souverainement et ce que tant de ^ois vous avez désiré trouver en moi. Vous voulez que je vous aime ; mais comment vous satisfaire si vous ne venez à mon aide?

Que ferais-je, ô Jésus, si je n'avais le réconfort de la sainte communion? Si vous n'étiez là, vous, l'objet le plus capable d'exciter mon amour, comme je resterais languissante ! Si vous habitiez seulement dans le ciel, tenez pour certain que mon

cœur défaillirait. Mais quelles merveilles sait opérer votre compatissante bonté ! Je vous aimerai toujours : quand brillera l'aurore, quand reviendra la nuit, à toute heure, à tout moment. . . je vous aimerai toujours, toujours, toujours... Je ne vous délaisserai plus...

19. — Jésus se cache à ses yeux mais se fait sentir à son cœur. Elle tressaille d'allégresse en songeant à Jésus-Eucharistie. A l'occasion de la fête de saint Laurent elle s'humilie et se confond en se comparant à cet héroïqua martyr. L'école de Jésus au Cénacle.

'Ju'il y a long-temps, Jésus, que vous me cachez vos traits ' Mais que m'importe de vous voir, si je vous sens! J'ai le sentiment très vif, Jésus, que vous m'aimez, que vous me cherchez à tout moment.

Me voici, me voici toute à vous. Oui, Jésus, donnez-moi des ailes, des ailes... la force et le repos. Vous seul pouvez me rendre heureuse en m'attirant à vous. 0 Jésus, quelle joie ! quand je ne m'appartiendrai plus je serai toute à vous... Oh ! que se passe-t-il en moi? Je ne sais, sinon que la terre disparaît, que je suis heureuse, que j'oublie tout... je ne pense plus à rien. (Quelle douceur, Jésus, dans la Communion ! Quelles consolations renferme votre coeur! Laissez-moi, mon Jésus, mon tout, établir en lui mon séjour... Unie à vous je veux vivre, unie à vous je veux mourir.

0 Jésus, je serais encore plus satisfaite si au lieu de ces douceurs je vous avais trouvé sur la voie de la croix. Mais à qui suis-je unie ? A Jjsus... 0 union !... Quelle voix péné trante je perçois.

Est-ce la vôtre, Jésus?... Je les ai comprises vos délicatesses, ô mon Créateur! Je n'ai plus qu'à m'humilier devant votre divine majesté, et c'est ce que j'entends faire à présent.

Quelle confusion pour moi ce matin, Sauveur bien-aimé ! Vous avez voulu que ma pensée se portât sur saint Laurent. Mais qu'avez- vous fait? M'enta ,;ôr à considérer un de vos disciples de prédilection qui fut toujours dans les peines ; et moi ingrate... Je me confond en voyant que lui est parmi les dou leurs et que moi je g-oùte dans l'Hostie sainte les délices du paradis... 0 Cœur do mon Jésus! Cœur par trop rempli île

douceur ! Si vous voulez m'accorder toujours une aussi belle part de souffrances n'y manquez pas, ô Seigneur ! Si ensuite vous voulez me combler des faveurs les plus précieuses, faites-le encore. Il me suffit de conserver toujours la crainte de vous offenser.

Qu'ai-je fait ce matin? J'ai rapproché deux âmes: celle d'un saint et celle d'une pécheresse. Gomment n'en serait-il pas résulté pour la mienne une extrême confusion? Je tenais à vous offrir cette âme par l'intermédiaire du saint lui-même,, et si je l'avais omis j'aurais cru manquer à un devoir. Mais je crains, je crains beaucoup parce que je la sais coupable devant vous. Je voudrais vous la présenter avec cette beauté que vos mains lui donnèrent... C'est impossible, je ne le puis plus. Regardez, elle est toute entourée de chaînes, tandis que vous me l'aviez donnée couronnée de roses. Quand vous me la donnâtes elle était resplendissante comme le soleil... et maintenant?... Voyez comme elle est toute défigurée.

Oh! que disiez-vous de moi? Divin Jésus, est-ce bien vous qui me parlez ainsi? C'est vous? Répétez-le... que je l'entende plus clairement; dites-le une fois encore.

Oh! la vengeance qui comble de nouveaux bienfaits n'est jamais offensante. Vengez-vous de la sorte, Jésus. La revanche de votre amour consiste en de nouvelles faveurs.

O mon Dieu, ô Jésus, venez avec moi, vous qui êtes la vie, afin de me ranimer. Venez avec moi, ô vous si humble, afin de me donner l'humilité.

Mon Jésus, vous me demandez ce que je veux ? La vie pour me ranimer. Je voudrais d'abord, ô Jésus, vous avoir dans mon cœur, et vous aimer ; puis, vous contempler, vous posséder pour toujours. Dieu infiniment grand, comment puis-je être pour vous l'objet d'une aussi généreuse bonté ? Savez-vous ce qui me fait vivre ? La pensée de vous recevoir dans la sainte communion... Je voudrais vous recevoir; je voudrais vous voir... non: vous posséder éternellement. Je voudrais, ô mon Dieu, beaucoup de grâces. Je voudrais votre amour.

Vous me demandez mon amour? Mais je ne puis vous l'offrir si .vous ne me le donnez vous-même. Je voudrais, ô Jésus, encore un peu de persévérance, une. bonne mort, et puis... le paradis... Pour moi tout est là.

L'unique science obligatoire devrait être d'aimer. Le Cénacle

en est l'école; Jésus, le docteur; et l'Eucharistie, la céleste doctrine.

Je m'aperçois que vous ne m'avez pas favorisée de richesses temporelles et périssables ; mais vous m'avez accordé les vrais biens en me donnant le Verbe Eucharistique. Que deviendrais-je si je n'avais voué toutes mes tendresses à la divine Hostie ? L'esprit du Verbe, régnant dans le sein du Père Incréé, s'épanchera sur moi pour me faire goûter d'ineffables suavités. Oh ! oui, je vois, Seigneur, que pour m'aider à mériter le paradis du ciel vous m'admettez ici-bas à la communion...

Que jamais, durant ma vie, je n'en vienne à méconnaître tant de grâces. Continuez, ô Seigneur, à protéger votre fille ingrate... Malgré tout ce que vous savez, mon Dieu, ne me refusez pas un dernier bienfait. Vos desseins me sont inconnus; je demande néanmoins la grâce d'une bonne mort. .. A quoi me servirait tout ce que j'ai reçu de vous, si je n'obtenais cela?...

20. — Elle se réjouit à la vue de Jésus, et lui demande quel sera le sort de son âme. Elle promet amour et fidélité. Elle s'excite elle-même à aimer Jésus-Hostie, et à le recevoir afin d'être plus pure. Sa douleur de ne pas retirer assez de fruit de la table eucharistique ; son allégresse à la pensée de la communion des bons, et sa tristesse au souvenir de celle des méchants. Son désir d'être rassurée elle-même au sujet de ses communions. Avec Jésus vivant dans son cœur il lui semble posséder le paradis.

Encore aujourd'hui... Vous voilà encore aujourd'hui, Jésus ! Venez, venez, mon Sauveur, parce que je vous désire jour et nuit; je voudrais vous avoir à toute heure, à tout moment; je ne soupire qu'après vous.

Oui, mon âme, sois ferme dans tes résolutions. Regarde !

Enfin, Jésus, après deux jours je puis vous revoir... Vous seul, mon Dieu, pouvez me rendre heureuse. Beaucoup me demandent: « Que fais-tu si longtemps devant Jésus? » Et je leur réponds : « Que fait un pauvre devant un grand seigneur ? »

Je suis dénuée de tout, Jésus. Promettez-moi la séeurité de mon âme, promettez-moi que vous la sauverez, et je serai contente. Qu'en sera-t-il de cette pauvre âme?

Je suis à vous, Jésus... Devant les ineffables délicatesses àt

votre amour quel endurcissement pourrait encore subsister? Quelle volonté rester indifférente?

0 Jésus, vous aviez raison de vous plaindre de moi ; oui, car je vous ai offensé. Et moi, indig-ne que je suis, je devrais rapporter à l'autel toutes les hosties et le sang- divin que j'y ai volés'. Mais je vous promets de m'amender; il suffit que vous me continuiez vos faveurs. Je préfère mourir que de vous manquer de fidélité et d'amour. Il vaut mieux vivre affligée que pécheresse.

Que demandez-vous, Jésus, que demandez-vous? Que mon amour soit constant? Je le nourrirai chaque jour de votre corps et de votre sang-. Comment puis-je ainsi, de la fang-e où je me trouve, m'élever jusqu'au Ciel? Ce me fut presque une bonne fortune d'être née dans le péché, puisque les veines de Jésus s'offrent toujours à moi débordantes du sang- eucharistique.

0 mon Dieu, que voudriez-vous réaliser? Vous voudriez, ô miséricordieux Sauveur, rendre miens tous vos mérites, m'approprier entièrement ce qui vous appartient... Quel cœur pourra ne pas se laisser vaincre par une telle charité? Quelle âme ne se laissera gag-ner? Quelle volonté résisterait à vos attraits ?

Jusques à quand, ô mon âme, continueras-tu d'être avare envers Jésus? Pourquoi cette nég-ligence envers celui qui t'a créée? Pourquoi cette indifférence envers celui qui t'a rachetée ? Qui aimeras-tu si tu n'aimes Jésus?

O mon Dieu, Hostie sainte, je vous consacre toutes mes affections. Je me suis aperçue, ô Jésus, que votre amour me cherchait, et je suis accourue; que votre charité m'appelait, et je suis venue aussitôt.

Pour celui qui aime passionnément, ô Seig-neur, il n'est pas nécessaire de tant de pressants appels ; il a compris dès le premier.

Ne viendrez- vous pas me visiter par votre Sacrement ? Il y a dans la communion une force qui purifie, une vertu qui détruit tout péché. Oh I oui, venez, venez, Jésus-Hostie!

O Dieu, purifiez-moi, purifiez-moi par vos munificences,

i . Humilité profondément sentie, mais expressions non moins stupéfiantes de la part de ce séraphin du Tabernacle.

embrasez-moi de vos brûlantes ardeurs. Je vous aime, vous adore, je me prosterne et m'anéantis devant vous.

Pourrait-il se trouver une créature, une seule âme qui ne s'éprît d'affection pour vous, ne vous eût-elle reçu qu'une fois? Lui serait-il possible de ne pas vous aimer en vous voyant là où vous êtes?

0 mon âme, mon âme, tu parles bien, assurément; mais réfléchis un peu sur toi-même. La fréquence de tes communions, la réception du pain des Anges, n'a pas opéré en toi ce qu'il a réalisé chez tant d'autres. Sans doute, mon âme, tu as reçu cet adorable sacrement. Mais les fruits où sont-ils? Tu ignores peut-être le pourquoi de cette anomalie? Mais Jésus que tu possèdes actuellement te l'explique lui-même. Tu t'approches de lui trop dépourvue de mérites et tu ne persévères pas assez dans tes bons sentiments. Et puis, comment fais-tu la communion? Tu es unie, il est vrai, à la personne de Jésus, mais avec tes inclinations au péché. Chaque matin le Sauveur te montre ses veines ouvertes pour t'y faire goûter des torrents de volupté, et toi au contraire!... ! Il approche de toi ses lèvres, et toi... !

Je vous rends grâces, ô Seigneur, de m'accorder, ce matin, la lumière pour reconnaître mes iniquités. Je vous promets de renoncer à tout ce qui n'est pas conforme à votre volonté, à toute action qui n'aurait pour centre votre cœur, et pour fin votre bon plaisir.

Bien-aimé Jésus! Quand je vois des âmes saintes venir goûter les célestes délices de votre banquet, je suis toute attendrie ; mais quand vous y recevez des âmes mauvaises comme moi, alors !...

O Seigneur, vous venez à moi avec amour au lieu que moi, pécheresse, je m'approche de vous avec nonchalance. Laissez moi vous le dire, Jésus, c'est encore, ce semble, trop rabaisser vos dons que de m'en gratifier... aussi voulez-vous un changement dans ma vie. Oh! que ferai-je pour correspondre a vos désirs? Vous plaît-il que je change votre couronne d'épines en une couronne de lis?

A qui dois-je recourir? A tous vos saints? Mais si ma prière s'appuie sur le mérite des autres, ma dette demeuro toujours insoldée, et le souvenir de vos grandes libéralités toujours

présent... Je suis coupable... moi qui ai reçu de vous tant de faveurs !

Ne m'en accordez plus aucune, ou donnez moi la grâce de vous en témoigner une juste reconnaissance. Exaucez-moi, Seigneur, ou bien mettez un terme à vos bienfaits. Est-ce que peut-être, au lieu de communier dignement, je ne dérobe pas les saintes espèces à d'autres âmes? Ne ferais-je pas de mauvaises communions? Peut-être si; et je ne pleure pas, je ne m'en confonds nullement, je n'y pense même pas ! Libérez-moi, Jésus, de ce doute accablant; rassurez-moi touchant mas communions... rassurez-moi...

Réparez vous-même ce que, dans celle de ce matin, j'ai dit ou commis de répréhensible, afin que tout soit purifié dans votre sang précieux..

Oui..., vous le ferez... oui. J'ai compris que vous désiriez cette prière, et pour vous plaire j'ai correspondu à vos pressantes sollicitudes. Puisque, ô Seigneur, ma nécessité est extrême et le moment propice, je vous supplie de me secourir au plus tôt. Aidez-moi, mon bien-aimé Sauveur, à réaliser votre désir; assistez moi dans cette œuvre de purification. Et quand vous m'aurez enlevé jusqu'à la moindre tâche, alors, oui, je m'acquitterai parfaitement de tout ce qu'exige la sainte communion.

Je ne voudrais pas que sous le rayonnement du soleil eucharistique mon regard s'obscurcît encore davantage. Vous vous donnez toujours à moi, et moi je suis toujours plus méchante. Cette pensée me cause un profond abattement! Mais... ne m'avez-vous pas recommandé, vous-même, de ne pas me laisser décourager par cette considération? O Jésus, je mériterais de brûler en enfer... ! Et vous me faites éprouver les délices de votre amour?

J'oserais presque dire, ô Jésus, que je suis votre amante.

Oui, je vous sens dans mon cœur... je vous y sens très vivement. Quel mystère!... Je me sens en paradis... Quand le matin vous venez vous reposer sur ma langue, et que ensuite vous descendez dans mon cœur, j'oublie tout... lesafflictions... la terre... je ne goûte que vous seul.

O mon bon Ange, gardez-moi... A cette heure vous vous en êtes déjà retourné au ciel. Usez de tout votre crédit auprès de Jésus, et venez, venez souvent à mon aide.

21. — Elle parle d'une apparition de saint Paul de la Croix. Prières à Jésus en faveur de ceux qui la contredisent et se montrent ses ennemis. Elle implore force et courage pour supporter les nouvelles épreuves que Jésus lui prédit.

Voici de nouveau Jésus!... Vous ne vous étiez pas montré depuis hier, et je croyais réellement que vous ne viendriez plus.

Si vous saviez, ô Jésus ce qui est arrivé cette nuit ! Je ne pensais pas même que c'était la fête de saint Paul de la Croix. Mais vous, vous ne pouviez l'ignorer. Que de choses il m'a dites!... Le croirez-vous? Il m'a communiqué un grand désir de devenir sainte comme lui. Il m'a enseigné bien des choses dont je dois vous entretenir. O Jésus, je me glorifie de me trouver dans les tribulations...

Je lui ai demandé encore si je m'étais trompée samedi. Il m'a répondu que c'était malheureusement trop vrai, etque1... Que cela m'attriste Jésus! non pour moi, mais à cause de l'offense qui vous a été faite. Je vous recommande, Jésus, l'auteur de cette impertinence, je vous le recommande. Et si votre main devait s'appesantir sur lui, qu'il n'en soit pas ainsi; mais que tout retombe sur moi.

Ne me parlez plus décela... non pas à cause de moi, sachez-le bien, Jésus. Mais ma peine en est par trop grande... Si vous aviez vu l'extrême déplaisir de saint Paul de la Croix! Le saint m'a néanmoins beaucoup encouragée et m'a déclaré qu'on verrait pire encore. D'après lui ce ne sont aujourd'hui que des paroles, plus tard on en viendra aux actes... Je n'ai jamais souhaité m'illusionner, mais à présent j'en aurais vraiment le désir8. Qu'adviendra-t-il? Voyez-vous comme nos adversaires triomphent? N'avez-vous rien à me reprocher?

Alors, Jésus, je suis contente3.

Voyez, mon Jésus, tout le mal qu'il dit de moi : vous me

i. Elle veut dire que le Seigneur avait été grandement offense par l'imprudence et la mauvaise foi de celui qui l'avait induite en erreur.

2. Non pour l'illusion elle-même, mais pour les désagréments quj en résulteraient et qui peuvent devenir autant de moyens de sanctification.

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