Hymne sublime d'amour
Mais qu'est-ce que j'éprouve? Je ne puis, ô le vrai Dieu de mon cœur, m'abandonner à cette suavité, à ce bonheur... Qu'est-ce, ô mon Dieu, ce que je ressens?
O Jésus, que les saints et les humbles de cœur, que les esprits angéliques et les âmes des justes, que tous les habitants des cieux, vous offrent, sans moi qui ne puis compter parmi eux, un perpétuel tribut de louanges et d'actions de grâces. Ou plutôt, que moi aussi, ô Seigneur, que moi aussi je vous loue. Oui, moi vile et indigne pécheresse, je désire vous aimer, et d'un amour intense. Aidez-moi, vous qui êtes ma force. Vous qui êtes un feu ardent, un feu pour mon cœur : brûlezmoi, ce matin! Vous qui mettez vos paroles sur mes lèvres, faites que jour et nuit je médite vos grandeurs, et que je vous aime toujours. Impures sont mes lèvres, impur est tout mon corps. J'ai besoin de vous afin que vous me purifiiez de toute souillure. Sanctifiez-moi, Jésus. Que votre souvenir, que votre douceur tiennent mon âme dans une continuelle union avec vous. Faites que je m'élève des choses visibles aux invisibles ; de celles de la terre à celles du ciel.
O mon Dieu, mon Jésus!... que dites-vous, ô mon Sauveur? O vraie charité, vous êtes mon Dieu; voilà pourquoi je me sens toujours attirée vers vous, je me sens toujours entraînée vers vous, et j'espère arriver jusqu'à vous. Quand je m'entretiens avec vous, je me sens réconfortée ; mais lorsque ,vous me quittez je me sens défaillir, tomber. La foi me le dit, cette foi que vous m'avez mise au cœur, pour éclairer nies pas. Faites, ô mon Dieu, que celuiqui vous connaît connaisse la vérité, l'éternité... Qui est semblable à vous, Seigneur, qui est semblable à vous? Vous êtes un Dieu tout-puissant. Mon Jésus, vraie charité, vous êtes mon Dieu.
Jésus ma rédemption, je vous loue, je vous bénis. Mon âme vous offre des remerciements infinis, mais au-dessous de tous les bienfaits dont vous m'avez comblée... Je vous remis (rracea,
non comme je devrais, mais comme je lepuisdans ma misère... Et vous, ô Jésus, dans votre miséricorde daignez prêter l'oreille à ma voix. Je vous offre louanges et prières; agréez-les pour que je sois moins indigne du don que vous avez voulu me faire ce matin. C'est votre bonté qui m'a créée; votre miséricorde qui m'a rachetée; et enfin, votre patience qui m'a supportée jusqu'à présent.
Vous, ô Jésus, vous attendez mon amendement, et moi j'attends votre inspiration divine pour commencer une vie meilleure. Mon âme, ô Jésus, vous veut..., vous désire..., et pour vous aimer réellement je me souviendrai de vos peines, de vos plaies, de votre mort, de votre croix, de votre résurrection... et particulièrement de votre ascension.
Pourquoi étais-J3 absente quand vous montâtes au ciel? Pourquoi n'ai-je pas vu, moi aussi, un Dieu outragé, conversant avec les pécheurs?... Et vous êtes parti, mon doux consolateur, en bénissant tous ceux qui étaient avec vous; mais moi je n'y étais pas... Vous avez élevé vos mains, et une nuée vous porta au ciel. Vos Angesdirent que vous reviendriez; mais moi je ne vous ai plus vu... Vous reviendrez néanmoins parce que vous êtes... ma vie, mon soutien, ma force... la vigueur de mon bras. Venez, ô Jésus, pour régner dans mon cœur1.
Et que sont, ô Seigneur, les consolations de la terre si les vôtres font défaut? Allons, Jésus, que j'entende votre voix; dites-moi seulement une de ces paroles que vous m'avez adressées aux jours d'épreuves. Soyez béni, mon Dieu, d'avoir pour ainsi dire commandé aux créatures de m'abandonner, afin que je sois toujours plus près de vous. Ah! la consolation, vous la donnez vous-même, et vous seul. Qu'importe, Jésus, que je ne la trouve pas dans le monde? Vous seul me suffisez. Que m'importeraient les mépris? Vous êtes là pour me consoler. Si vous me l'aviez fait comprendre plus tôt je me serais abandonnée entre vos bras. Et si vous traitez ainsi une pécheresse, que ferez-vous pour les âmes pures, les âmes saintes?
O Jésus, laissez-moi m'attacher entièrement à vous. Je savais que vous étiez mon unique bien, et cependant... je m'abaissais
1. Pensées et affectionsde saint Augustin dans lesMédilations qui lui sont attribuées (XLI, 1,9). Gemma portait jusque dans l'extase sa mentalité habituelle.
vers d'indignes créatures. Oh! qu'est-ce que je prétendais? Où aurais-je pu trouver en dehors de vous des richesses plus considérables, plus attirantes? Pardonnez à ma grande misère, à ma grande iniquité ; ne permettez pas que je me lasse des embrassements de votre amour. Ne permettez pas que je réponde à la grandeur de cet amour par la grandeur de mon ingratitude. A quoi me serviraient les fugitives consolations de la terre, si je demeurais privée de celles de mon Jésus?
Vous seul, mon Sauveur; parce que vous seul pouvez calmer les tempêtes qui, de temps à autre, s'élèvent dans mon cœur; vous seul pouvez donner une nouvelle vigueur à mon âme. Vous seul, mon Dieu, parce que, alors même que vous êtes seul, vous pouvez tout.
Témoignage des sœurs Giannini.
« Le saint nom de Dieu invoqué,
« D'après les avis et sur l'ordre du R. P. Germain, Passioniste, directeur spirituel de Gemma, nous avons soigneusement recueilli, de la bouche même de la servante de Dieu, tout ce qu'elle a dit, durant plus de trois ans, au cours de ses très fréquentes extases. Et comme la pieuse enfant habitait chez nous, il fut aisé, tantôt à l'une et tantôt à l'autre, de mettre ses paroles par écrit sans que l'extatique, privée de ses sens, pût s'en apercevoir.
« Pour la gloire de Dieu et l'amour de la vérité, nous certifions avoir fidèlement reproduit ce que nous entendîmes dans ces extases. Nous n'y avons rien ajouté du nôtre ; nous n'avons supprimé ni altéré quoique ce soit. Et aujourd'hui les épreuves imprimées de ces extases (en italien) nous ayant été présentées, nous tenons à déclarer, que, après confrontation préalable^ nous les avons trouvées conformes de tous points aux manuscrits originaux, prêtés par nous au R. P. Germain, éditeur.
« Plaise donc à Dieu que quiconque fera cette lecture en demeure grandement édifié, et s'enflamme d'amour pour ce divin Jésus, si ardemment aimé de Gemma.
« En foi de quoi, etc.
« Lucques. le 2 février 1909.
Euphémie Giannini (en Religion
Mère Gemma-Madeleine).
Cécile Giannini.
« Et moi en achevant ce livre je proteste de nouveau, comme au début, que je m'en remets entièrement à l'infaillible jugement du Saint-Siège pour tout ce que renferment ces pages.
« P. Germain. »