‹ Lettres et extases de Gemma GalganiChapitre 39 sur 59 · LETTRES DU R. P. GERMAIN · texte numérisé non relu

LETTRES DU R. P. GERMAIN

1. — Le prudent directeur suspend son jugement concernant les faits extraordinaires survenus en Gemma ; il l'engage à un entier abandon entre les mains de Jésus. Il lui recommande l'humilité, et l'exhorte à ne faire aucun cas de ce qu'elle pourrait encore éprouver.

4^1 emma, fille de Jïsus, — Une courte réponse suffit à votre Jfligjf longue lettre. Vous aimez Jésus, n'est-ce pas? vous l'aimez ardemment? Et alors d'où viennent ces craintes, ces doutes; et pourquoi vous tourmenter? Ne saura-t-il pas en agir envers vous comme votre père, votre époux, votre tout? Qu'importe ce qui se passe dans votre âme? Que vous soyez dans les délices ou dans la souffrance? dans la lumière ou dans les ténèbres ? Vous êtes à Jésus, vous vivez de lui et avec lui. Rien ne vous manquera. Donc, si vous m'en croyez, abandonnez-vous corps et âme entre ses mains, sans arrière-pensée sur vous ou ce qui vous concerne, tant pour le présent que pour l'avenir. Par-dessus tout, humiliez-vous profondément, dans la pensée continuelle de votre nullité. Tant que nous resterons comme entièrement perdus dans l'abîme de notre néant, l'ennemi ne pourra nous nuire d'aucune manière. Gomme bouquet spirituel de cette belle vertu d'humilité, je voudrais aussi vous conseiller de faire une visite spéciale au Saint Sacrement, durant laquelle vous prierez Jésus de vous faire bien connaître votre néant, vous pleurerez vos péchés, vous protesterez que vous n'êtes pas digne de paraître devant sa divine Majesté. Enfin, si à ce moment-là vous êtes seule dans l'église vous vous acquitterez de ces actes le front contre terre. Quant à vos pauvres souffrances, offrez-les au divin Maître en expiation de vos fautes. Ne tenez aucun compte, pour le moment, de tout ce que vous croiriez encore voir ou sentir d'extraordinaire, cela vous parût-il bon et saint. Si le Seigneur avait effectivement sur

vous des desseins particuliers, il vous les fera connaître sans laisser subsister le moindre doute. Ne vous troublez pas cependant s'il vous arrive encore de voir ou de sentir de pareilles choses. Je vous dis seulement de ne pas plus vous en préoccuper que si elles n'existaient pas, et cela, pour que le démon ne puisse vous tromper. En dehors de votre confesseur ou de votre directeur ne vous en ouvrez absolument à personne. Vous avez compris? Je prierai pour vous, et je vous promets mon assistance, si vous êtes fidèle à mes humbles avis... Je vous recommande à Dieu et vous bénis. Vive Jésus! Votre serviteur, Germain.

2. — Feignant de la croire encore toute remplie de sa propre volonté, il l'en reprend sévèrement. Il l'exhorte ensuite à réciter la prière du Sauveur à Gethsémani, et lui dicte un acte de protestation, suggéré par Jésus.

Gemma de Jésus. — Encore une fois, vous m'aurez fait fâcher par vos manies vraiment excessives. Après les instructions que je vous avais données dans ma dernière lettre je croyais que vous vous seriez tenue en repos ; et tout au contraire !... Mais dites-moi, ma fille, ne cherchez-vous pas uniquement la volonté de Jésus? Jésus seul ne vous suffit-il pas? Ne vous confiez-vous pas entièrement en lui? Ne voulez- vous pas qu'il dirige vos moindres démarches? La réponse à toutes ces questions je la trouve, belle et spontanée, dans votre cœur, dans votre esprit et sur vos lèvres : oui, oui, Jésus seul, Jésus seul. Or, s'il en est ainsi pourquoi cette affliction et ces extravagances? « Mais je veux être Religieuse Passioniste, et tout de suite!... Mais je neveux plus rester ainsi au milieu du monde!... Mais je n'en puis plus!... » 0 la belle petite épouse de Jésus !... Et que signifient ces je veux et je ne veux pas ; ces je peux et je ne peux pas ? S'il vous arrive encore de parler ainsi je ne m'occuperai plus de vous. Allons, Gemma de Jésus, abandonnez-vous, au contraire, entre ses mains, et dormez tranquillement sur son divin Cœur sans vous préoccuper aucunement ni de vous-même ni de ce qui survient en vous ou autour de vous. Que vous importe que les événements se réalisent d'une manière ou d'une autre? que les créatures aient de vous telle ou telle pensée, et vous jugent ainsi ou

autrement? Que vous importe même que Jésus vous donne des caresses ou des soufflets ? qu'il vous laisse dans l'aridité et la désolation la plus profonde, ou vous console avec surabondance? qu'il vous facilite la prière ou vous la rende impossible? Enfin, vous submergeât-il dans un océan de douleurs, que vous importe ? Vous ne vivez que pour lui plaire, et consoler son cœur. Or, c'est à lui et non pas à vous d'en choisir les moyens. Aussi, quel que soit votre état, je vous conseille de vous rendre familière la belle prière du Sauveur à Gethsémani : « Non pas, céleste Père, ce que je veux, mais ce que vous voulez vous-même. Que ma personnalité s 'efface ^ et que votre volonté s'accomplisse en moi. » Pour ce qui concerne ensuite les faits étranges qui vous arrivent, vous avez l'avantage de posséder un directeur éclairé dans la personne de Monseigneur'. Tâchez de suivre les yeux fermés sa ligne de conduite, et vous ne vous tromperez pas. Sans doute votre ennemi, plein d'astuce et de mauvais désirs, pourrait bien vous attirer dans ses pièges ; mais si vous vous en méfiez et si vous vous laissez conduire par l'obéissance rien ne saura vous nuire. Dans ce but, Jésus m'a suggéré la protestation suivante ; vous la transcrirez immédiatement sur une petite feuille de papier, la placerez sur votre cœur, et l'y porterez toujours. La voici : « Dieu chéri de mon âme, pleinement consciente de ma profonde ignorance, de mon indignité, de mon extrême fragilité, des péchés considérables qui m'ont mérité d'être abandonnée de vous, consciente enfin des grands périls auxquels, par suite de tout cela, je me trouve exposée, je viens me jeter à vos pieds. Je proteste devant le ciel et la terre que j'entends refuser absolument tout consentement à une action quelconque de l'ennemi infernal. Je déclare répudier de toute l'énergie de mon âme tout agissemenl du démon, avec lequel je ne veux avoir rien de commun. Que le tentateur demeure donc toujours loin de moi, loin de ma pensée, de mon cœur et de mon corps. Et si vous, ô mon Dieu, dans vos impénétrables jugements, vous permettiez que cet affreux adversaire vint me molester, je déclare ne consentir à aucun de ses actes;

I. M«r Volpi, alors auxiliaire de Lucques, aujourd'hui évêque d'Arezzo.

beaucoup moins encore aux fins perverses de sa malveillance. — Je pose cette protestation et déclaration sur mon cœur; j'entends la renouveler à chaque battement, et d'une façon encore plus explicite chaque jois que je la presserai sur moi. Je suis à vous, ô Jésus; secourez-moi. — Lu et signé aux pieds de Jésus-Hostie dans l'église de ..., à Lucques, ce ... mai igoo. — L'indigne servante de Jésus, Gemma Galgani. »

3. — Il lui recommande le détachement de tout le créé et l'assure de l'amour de Jésus. Il descend à certains détails qu'il dit connaître par ailleurs, et lui donne avec une paternelle bonté de très sages conseils.

Gemma de Jésus, — Je ne vous ai pas écrit plus tôt parce que Jésus ne me l'a pas permis. Il veut que vous vous détachiez de tout le créé, de ce qu'il y a de plus innocent, de plus pur et de plus saint sur cette terre, et même des consolations célestes. Malgré tant de grâces que vous a faites la divine Miséricorde, vous êtes encore une enfant. Si on vous enlève votre poupée, vous vous affligez aussitôt comme un bébé et vous vous mettez à pleurer, à jeter les hauts cris. Si Jésus vous console, vous voilà aussitôt passionnément attachée à sa présence au point de ne plus vouloir en être privée. Vous êtes vraiment comme une petite enfant de Jésus ! Mais cela ne peut durer. Il faut que désormais vous soyez plus virile. De même, après tant d'explications que je vous ai données, que signifient ces instances que vous renouvelez dans chacune de vos lettres : le couvent, le couvent! Que voudriez-vous donc en dehors de ce que veut Jésus et de ce qu'il a déterminé à votre sujet? Pourquoi ne le laissez-vous pas agir, et ne vous abandonnezvous pas à lui ? En cela, oui, qu'il vous serait bon de redevenir petite fille et de vous endormir dans les bras de votre Père céleste comme le tout petit enfant dans ceux de sa mère ! Et cet enfant qu'on tient de la sorte est-il agité, préoccupé ? 11 ne pense à rien, ne veut rien, ne désire rien, n'espère rien, ne craint rien. Il lui suffit d'être dans les bras de sa mère, et il s'y repose en paix. Donc, avez-vous compris? — Mais, direz-vous, Jésus paraît irrité contre moi, il semble me repousser et m'a-

bandonner aux mains de mon ennemi ! Mais qu'importent ces apparences quand le contraire est certain? Il est sûr, en effet, que Jésus vous aime et qu'il ne permettra pas que vous le perdiez. Qu'importe, dès lors, qu'il y ait à souffrir des aridités, des tourments, des désolations, etc.? Je voudrais m 'étendre encore davantage. Mais comment pourrais-je m 'immiscer dans la direction minutieuse de votre âme lorsque vous avez un guide aussi éclairé que Msr l'Evêque, qui est encore votre propre pasteur? Et puis, vous vous êtes très peu ouverte à moi touchant les particularités de votre intérieur (et j'approuve pleinement cette réserve). Je connais déjà néanmoins, par ailleurs, cet intérieur dans ses plus menus détails, ainsi que l'horrible guerre et les vexations nouvelles par lesquelles l'esprit immonde vous a tourmentée. Pauvre Gemma, vive Jésus!!! Malgré tout, je veux vous donner quelques conseils que vous soumettrez au jugement de votre sage directeur. Je trouve bien des dangers dans ces apparitions sensibles qui se montrent à vous, dans ces discours de Jésus, de la Vierge, des Saints, dans ces embrassades, etc., etc.. Ce qui est sensible demeure toujours sujet à bien d'illusions et de périls pour tout le monde. Et cette appréhension est d'autant mieux fondée pour ce qui vous concerne que l'ennemi, à n'en pas douter, s'est déjà plus d'une fois joué de vous. Aussi vous ai-je suggéré, dans une autre lettre, la protestation que toujours, j'espère bien, vous porterez sur votre cœur. Il ne suffit pas, même pour conjurer l'illusion, de voir deux personnages dont l'un se dit Jésus et l'autre le démon, tous les deux pouvant être le malin esprit. Soyez donc bien sur vos gardes, ne vous y fiez pas trop, soumettez-vous aveuglément au jugement de votre directeur, priez le Sauveur de vous ôter toutes ces choses sensibles et insolites, et de ne pas tolérer que le tentateur vous trompe en aucune manière. Quant à ces suggestions et aux violences venant ouvertement de cet ennemi... si vous vous défiez humblement de vous-même et mettez votre confiance en Dieu, Jésus ne permettra pas que vous commettiez de faute ni qu'aucun mal physique en résulte pour vous. C'est là, je crois, tout ce que j'avais à vous dire. Si votre directeur désire que je descende davantage dans le détail, il vous ordonnera de me manifester plus minutieusement les particularités de votre intérieur, bien que déjà, comme je l'ai déclaré, je le connaisse

par une autre voie... Ne parlez de moi avec personne, je dis avec personne, excepté avec votre directeur, à qui vous présenterez mes hommag-cs les plus respectueux en le suppliant, de ma part, de ne pas me nommer auprès de qui que ce soit. — Adieu, Gemma de Jésus. Priez pour moi. Je vous bénis.

4. — Il lui explique le mystère de la souffrance et lui recommande la plus profonde vénération pour la divine Majesté.

Gemma de Jésus. Ma fille en Jésus. — ... Vous n'avez peutêtre pas encore bien saisi la raison secrète de cette souffrance. Jésus, Epoux de sang1, la communiquerait volontiers à tous les chrétiens; et si tous la recevaient de bon cœur, tous aussi en seraient surabondamment pourvus. Or, ce calice, le Sauveur vous l'a présenté. Vous l'avez accepté; et voilà pourquoi maintenant vous n'êtes pas épargnée. Ce n'est pas que nos pauvres douleurs vaillent quelque chose; mais Jésus, néanmoins, s'y complaît, parce qu'ayant voulu souffrir lui-même sur la terre il veut ég-alement que tous ses disciples souffrent avec lui et comme lui. Et voilà pourquoi, aux jours où ses tourments furent le plus grands sur la terre, le jeudi et le vendredi, il fait aussi éprouver à tous ici-bas des peines beaucoup plus vives. Il n'y a plus alors de mesure; plus on en subit de bon cœur, plus on en reçoit. Voilà donc l'explication de ce mystère. Oh ! n'est-ce pas une g-loire pour un chrétien de souffrir avec Jésus et comme lui? — Au lieu doue de gémir en certaines occasions, dites au contraire : « Oui, Jésus, encore cela. » Vive Jésus! Que de fois vous ai-je répété : « Gemma, ce n'est plus le temps de l'enfance, ni d'agir en petite enfant? »

... Je vous recommande aussi de révérer grandement la Majesté de Dieu. Sans doute Jésus s'abaisse beaucoup; mais nous n'en demeurons pas moins cendre et poussière en sa divine présence. Amour tendre et ardent, filial et affectueux, oui; mais familiarité, traitant d'égal à égal ou à peu près, non. Avez-vous compris'? Jésus reste toujours le grand Dieu devant lequel nous ferons toujours bien de nous prosterner en tremblant. Donc, plus tant de tutoiements, de laisser-aller. Plus d<

ces petites colères, ni de ces idées de lui arracher les lettres des mains1. — Ceci ne regarde que vos actes extérieurs. Quanta vos sentiments intimes lorsque Jésus vous apparaît, je désire beaucoup que vous m'expliquiez vous-même succinctement ce que vous éprouvez en sa présence, et comment vous vous y comportez... Adieu, ma fille. Je vous bénis. V. S. Germain.

5. — Après lui avoir doucement reproché sa « gourmandise spirituelle », il lui conseille de renoncer à toute consolation pour plaire davantage au Sauveur. Il lui recommande la prière afin d'éviter les pièges du tentateur. Quelques avis pour méditer avec fruits sur la Passion du Rédempteur. Il lui dit comment elle doit se comporter dans les apparitions angéliques, et la rassure enfin sur certains doutes concernant la pureté.

Gemma de Jésus, — Comment ne pas vous pardonner en vous voyant si humiliée et si repentante de votre faute? Vive Jésus! Je vous accorde le pardon le plus cordial, et redeviens ce que j'étais pour vous. Tout, néanmoins, n'est pas encore parfait. Vous avez beaucoup de bonne volonté, mais aussi une tête dure, et vous n'avancez pas. Donc, regardez, faisons ainsi : ces deux longs écrits que je vous traçai par mode de règlements, et que votre saint directeur (Monseigneur) approuva, tâchez de les lire souvent, au moins chaque jour ; de la sorte il vous sera difficile d'en oublier les avis. Le point sur lequel j'entends tout particulièrement insister est celui qui a rapport à la gourmandise spirituelle. Vous n'avez pas encore compris que si le Seigneur vous accorde quelque douceur, c'est uniquement pour vous préparer à de grandes peines d'esprit. Vous vous arrêtez, au contraire, à cette douceur sans penser plus loin, comme ferait un bébé sur le sein de sa mère. Aussi pour peu que Jésus se cache et retire ses consolations, vous pleurez et vous vous désespérez. De même, s'il revient à vous comme auparavant, vous voilà de nouveau ivre de joie. Préparez-vous, ma fille, préparez-vous. Ce n'est pas encore le moment de vous envoler au ciel pour jouir de la gloire avec Jésus ; ni même de rester dans ses bras. Ce n'est pas l'heure de mourir phtisique

l. Voir lettre 21.

ou autrement, mais de glorifier le Seigneur par une vie de sacrifice et d'immolation, digne d'un gréant et non d'une bambine. Avez-vous compris? Dans ce but, je vous engage à protester à Jésus qu'à partir de ce moment vous renoncez à toutes les consolations, joies, visites angéliques, etc.. et que vous serez contente d'en demeurer privée, si cela peut lui plaire davantage. S'il continue à vous accorder ces faveurs, au moins de temps en temps, vous les recevrez avec reconnaissance; veillez cependant à ne pas trop vous y attacher. Ce que je vous recommande encore beaucoup, c'est de prier Jésus qu'il ne permette pas au démon de vous nuire en aucune manière. Souffrir beaucoup de ce cruel ennemi, soit; mais être trompée par lui, jamais. En attendant, vous ferez bien de vous tenir sur vos gardes, car grande est la haine que ce vilain menteur a conçue pour vous. Prenez cependant courage; les saints Anges le tiendront éloigné. N'empêche que vous devez toujours vous méfier de lui. Et voilà pourquoi, dès le début, je manifestai le désir que Jésus vous mît plutôt dans la voie ordinaire et commune, où l'on risque beaucoup moins de s'égarer.

... Pour la méditation, vous pouvez très bien la faire sur la Passion ; mais veillez à ne pas vous en tenir à certains sentiments sensibles et superficiels. Allez au fond des choses, comme je vous l'ai déjà dit de vive voix. Toutes les vérités de la foi, tous les trésors de la sagesse et de la science divines se trouvent dans la Passion de Jésus. Efforcez-vous de les y découvrir, et laissez là des tendresses et des larmes, qui ne vous font aucunement pénétrer dans ces mystérieuses profondeurs. Touchant les apparitions angéliques, redoublez d'exactitude dans l'exécution de ce que Monseigneur vous a prescrit et de ce que je vous ai insinué moi-même : protestez que vous en êtes indigne, que Dieu vous suffit, que vous entendez résister à toute supercherie du démon. Bien plus, usez encore de ce moyen. Si malgré vos protestations l'apparition ne se retire pas, vous l'inviterez d'abord à se prosterner avec vous devant la Majesté de Dieu pour faire ensemble des actes d'adoration, de foi, de louange et d'amour... Lauda/nus te, benedicimus

te, elc , ainsi que la belle oraison jaculatoire qui a toujours

épouvanté le démon : vive Jésus!... Après avoir usé d'une sage réserve, par la modestie de vos regards et par la fuite des occasions, ne vous mettez nullement en peine de ce que vous

êtes forcée de voir dans le monde. Jésus ne permettra pas que votre âme subisse de ce côté-là le moindre préjudice ; non, car vous lui avez livré votre pureté, et il saura bien se la garder. ... Adieu, Gemma de Jésus. Je vous bénis à tous les instants du jour. — P. G.

6. — Tout an déclarant profitables les angoisses de la Servante de Dieu, 11 s'efforce de la consoler et l'exhorte à une courageuse fermeté. Il désire qu'elle s'offre volontiers pour toutes sortes de peines. Il lui recommande la lecture de ce qu'il lui écrit et la pratique de l'humilité.

Gemma de Jésus, — Je veux cette fois vous écrire directement, et non par le moyen de Mme Cécilia. Mais vous devez prêter un peu plus d'attention à ce qu'on vous dit ou fait dire : sinon ce serait peine perdue. Je vous fis dire... que votre état actuel d'aridité, de privations et de souffrances est bien préférable au premier, qu'il est plus agréé de Jésus et plus avantageux pour vous. Et comment pouvez-vous maintenant oublier cette assertion, vous attrister et perdre courage en répétant : pauvre Gemma? Cessez, ma fille, d'en agir ainsi; laissez-vous conduire et gouverner, parce que vous n'en êtes pas capable de vous-même. Je vous l'affirme donc à nouveau, sachez que votre état actuel est bon. Si Jésus dans d'amoureuses visites vous combla de tant de consolations, ce fut pour vous préparer à cette épreuve dont il veut, par vous, tirer sa gloire. Vous avez raison de penser à vos ingratitudes et de croire, que tout ce qui vous tourmente est le châtiment de votre peu de correspondance ; mais cela n'empêche aucunement que ce soit Jésus qui agisse maintenant en vous. Ne craignez pas, pauvre Gemma ; Jésus ne s'est pas rebuté ni ne vous a délaissée. Il vous aime encore plus qu'auparavant ; mais, pour l'instant, cette purification vous est nécessaire. Combien de fois vous l'ai-je dit sans que jamais vous ayez eu l'air d y faire attention? Vous êtes une enfant, et il vous faut devenir plus virile. Vous vous étiez trop habituée aux douceurs ; or Jésus veut nous détacher de tout, et d'abord de nous-mêmes. Tel sera le résultat dépuratif qu'il vous impose actuellement. Soyez attentive, ferme et courageuse, parce que les peines deviendront toujours plus nombreuses, les répits

moins fréquents et les pointes plus aiguës. Que dis-je : les pointes? Pour façonner un esprit aussi mal poli que le vôtre il ne faut pas seulement des pointes et des ciseaux, mais des maillets et des haches. Donc, cessez de faire l'enfant et de pleurer comme un bébé. Dites plutôt: a Frappez, Jésus, si de la sorte je puis arriver à vous plaire. » Voyons si cette fois vous aurez compris. Après vous être humiliée des saillies d'orgueil que je vous ai signalées, tâchez, ma fille, de vous tenir en paix. Ne croyez pas que Jésus soit sévère au point de nous jeter en enfer pour un léger manquement. Il est, au contraire, si bon, notre bien-aimé Jésus ! Quant à vous, songez à l'aimer toujours davantage ; et pour lui prouver cet amour, renoncez de bon cœur à toute consolation spirituelle. Déclarez même au Sauveur que vous êtes prête à souffrir pour lui de grandes humiliations, privations et jusqu'au sacrifice de vos inclinations les plus innocentes et les plus saintes. Dites-lui que vous acceptez de grandes aridités, angoisses, douleurs du corps et de l'âme ; que vous consentez à éprouver de grandes contrariétés et même à être abandonnée de tous, excepté de lui... Pauvre Gemma ! N'oubliez pas les prières que je vous ai recommandées ; et si vous ne parvenez pas à vous les remémorer toutes, recourez aux feuillets où elles sont écrites. Ne pensez pas que, pour s'élever d'un esprit aride et d'une âme brisée, les prières sont moins écoutées de Dieu.

Quand le Rédempteur s'acquitta de celle qui sauva le genre humain ce fut en suant du sang à Gethsémani et en criant sur la Croix : « Mon Père, pourquoi m'avez-vous abandonné?»... Si votre saint directeur l'approuve, recueillez toutes mes lettres, même celles adressées à Mme Gécilia pour votre propre gouverne, et relisez-les avec attention. Elles sont dictées par Jésus dans ce qu'elles ont de fort et de dur comme dans ce qu'elles offrent de doux et d'encourageant. Je vous recommande la sainte humilité et la connaissance de vous-même. Si vous ne voulez pas être dupe du grappin, considérez-vous comme la plus rebutante des guenilles, digne à peine d'être mise en litière aux chiens... Quand on se tient pour tel on n'est étonné d'aucun mauvais traitement, ou plutôt on s'en réjouit. Adieu, Gemma. Ne sentez-vous pas la bénédiction et l'Ange que je vous envoie au moins cent fois le jour? — V. S. P. G.

7. — Il la rassure au sujet de la crainte qu'elle a d'être dans l'illusion, et prie Jésus, par l'intercession des saints archanges Michel et Raphaël, de la délivrer de telles appréhensions.

Gemma de Jésus, — Oui, Gemma de Jésus, et non d'aucun autre, et beaucoup moins encore de ce vilain démon; Gemma de Jésus, toujours toute à lui, uniquement à lui. 0 ma fille, comment vous laissez-vous mettre en tête de pareilles folies, au lieu d'écouter celui que Dieu vous a donné pour père, guide et maître dans la voie spirituelle? — Non, non, il n'est pas vrai que vous soyez dans l'illusion. Celui qui vous le persuade est un trompeur et un ennemi de Jésus. Il n'est pas vrai que vous ayez agi avec feinte et duplicité. Il n'est pas vrai que vous ayez commis les péchés dont vous parlez. Vos véritables péchés, vos défauts réels sont ceux que je vous ai moi-même tant de fois signalés. De ceux-là, oui, tâchez de vous en corriger; des autres, ne vous en mettez point en peine. Et puis, Jésus ne serait-il plus pour nos âmes ce Dieu bien-aimé, tendre, compatissant et miséricordieux qu'il fut toujours? 0 Jésus, ô Jésus, Gemma est toute à vous. Envoyez l'archange saint Michel pour que de son épée flamboyante il chasse au loin ce vilain démon qui inspire tant de dégoûta cette chère enfant. Envoyez le saint archange Raphaël redonner à Gemma la force nécessaire pour sortir de l'abattement physique et moral où elle se trouve à présent. O Jésus, guérissez cette chère enfant, et ne permettez pas que l'ennemi lui fasse aucun mal. — - Adieu, ma fille, je vous bénis.

8. — Il lui fait quelques réprimandes, l'exhorte à se remettre en tout et pour tout entre les mains de son directeur, et lui donne de sages avis.

Gemma de Jésus, — Cette fois je me suis scandalisé de votre façon d'agir. Vous voulez donc suivre votre propre volonté plutôt que celle de Jésus, et vous désirez quelque chose en dehors de lui? Non, direz-vous; mais alors pourquoi vous troubler ainsi? Vous avez un directeur très pieux et très éclairé.

Si vous tenez à bien vous comporter, remettez-vous entièrement entre ses mains, et laissez-vous conduire par lui. Si Dieu demande autre chose de vous, votre directeur vous le dira; et fussiez-vous égarée au fond de la mer le Seigneur saura bien vous en retirer pour accomplir en vous sa très sainte volonté. Donc, vous avez compris? Que rien au monde ne puisse vous troubler. Tout ce qui ôte la paix de l'âme ne vient pas de Dieu : cette règle n'admet aucune exception. — Je vous reproche encore vos retours excessifs sur vous-même, pour vous demander si vous marchez bien ou mal, si c'est Jésus qui opère en vous ou bien votre ennemi, si l'illusion vient de l'imagination ou d'ailleurs, etc., etc. Que signifie tout cela? Vous ne devez aucunement penser à vous. Quand vous serez aux pieds de votre directeur vous lui exposerez ce dont vous vous souviendrez au moment même, sans perdre le temps à y réfléchir. Votre père spirituel jugera; puis vous vous conduirez d'après sa réponse et ses ordres. Ce que de vous-même vous pouvez et devez faire, le voici : vous humilier beaucoup, tout craindre de vous, fragile et inexpérimentée, ainsi que du démon astucieux, haineux et puissant. Pénétrée de ces sentiments, priez le Sauveur de vous continuer son assistance et d'écarter ce malin esprit. Priez-le encore de vous mettre dans la voie communément suivie par tous ses serviteurs, même les plus humbles, et de vous ôter de l'esprit toutes ces singularités nullement nécessaires pour plaire à Dieu et le servir. Dans les sentiers du Seigneur il n'y a de sécurité qu'en ceci : souffrir avec une constante générosité, un total dépouillement de soimême et une profonde humilité de cœur. Tout le reste est un feu de paille qui s'éteint dès que sa flamme a disparu. — La troisième de vos fautes, n'est-ce pas enfin de vous mettre à gémir lorsque Jésus vous prive de ses douceurs? Gomme une bambine accoutumée aux dragées! Non, petite enfant, je viens de vous le dire, ce n'est pas là ce qu'il vous faut, mais Dieu seul. Tant que vous êtes sûre de ne pas l'offenser par un péché manifeste, tenez pour certain que Jésus est au milieu de votre cœur. Qu'importe que vous ne le sentiez pas? Le Dieu de consolation vaut mieux que la consolation de Dieu. — Ainsi, j'ai tout dit. — Tâchez de vous trouver devant Jésus au Très Saint Sacrement; j'y serai, moi aussi, et vous tiendrai compagnie. — Adieu. — Je vous bénis. — P. (J.

9. — Il l'exhorte encore à ne pas s'attacher aux consolations spirituelles, désapprouve certains sentiments intimes, et insiste pour qu'elle prie le Sauveur delà placer dans la voie commune.

Gemma de Jésus... Vive Jésus! D'après ce que vous me dites tout va bien. Veillez néanmoins à ne pas vous attacher aux consolations de Jésus. Lorsqu'il vous comble de caresses et de suavités, ne manquez pas de lui répéter l'oraison jaculatoire que je vous ai enseignée, de lui demander peines et souffrances comme vous le méritez. Ne vous attachez pas, dis-je, à ces douceurs, parce que bientôt viendra l'amertume, la pure amertume sans aucun soulagement. Ne faites pas trop l'importante, je vous le recommande encore une fois. Ne pensez jamais à vous-même, mais seulement à vos péchés. Ayez soin toutefois de ne pas vous décourager à la vue de vos démérites ; la miséricorde divine est plus grande que notre indignité. Je n'approuve pas le sentiment que vous dites éprouver concernant l'état des personnes qui s'approchent de vous. Ces impressions, Dieu les donne à ses ministres, aux directeurs d'âmes chargés de procurer le bien du prochain, et nullement à une fillette comme vous, incapable de se gouverner elle-même. Donc, Gemma, attention! Continuez à prier Jésus de vouloir bien, si c'est possible, vous mettre dans la voie ordinaire. Du moins dites-le-lui, et insistez en suppliant; il fera ce qu'il voudra, du moment que nous sommes entre ses mains... Oui, que s'accomplisse en nous et sur nous la très sainte volonté de Jésus, notre unique et souverain Bien... Je vous bénis du fond du cœur. — P. G.

10. — Il l'encourage et l'engage à mettre tbute sa confiance en Jésus, parce que rien ne saurait la séparer de lui.

Rome, 3o octobre 1902.

Chère Gemma, — Oh ! pourquoi craignez-vous ainsi? Jésus est avec vous, et l'ennemi vous épouvante? Notre faiblesse est grande, sans doute; et d'un souffle le moindre démon pourrait nous renverser; mais nous ne comptons pas sur nos propres

forces. Courage donc, Gemma de Jésus! S'il est vrai que vous approchez de votre fin il est vrai aussi, comme dit le Saintl'sprit, qu'au dernier moment l'enfer a coutume de redoubler ses attaques avec une extrême Jureur. Mais Jésus est notre force. « Qui pourra nous séparer de Jésus-Christ? disait l'apùtre saint Paul. Aï la vie, ni la mort, ni ce qu'il y a de plus haut ni ce qu'il y a de plus bas, ni le ciel, ni l'enfer: ni aucune créature ne pourra jamais, j'en suis sûr, me séparer de la charité de Dieu, qui est dans le Christ Jésus. » Donc, ma fille, répondez-vous aussi aux suggestions de votre ennemi : « Guis me separabit? Mes péchés sont grands et nombreux; mais mon Sauveur les a expiés pour moi. Guis me separabit? Grande est ma mal. ce, grande mon ingratitude, et bien coupable mon manque de correspondance à tant de grâces ; mais Jésus, plein de bonté et de miséricorde, est un père, un époux, un fidèle ami. Il est donc et sera toujours avec moi, toujours à moi, comme je serai moi-même avec lui et toujours à lui. Guis me separabit? » Au malin tâchez, comme on dit, de lui montrer les cornes. Dites-lui avec mépris : « Va-t-en, vilaine bête, sinon je t' accuserai auprès de Jésus et je te ferai rouer de coups par mon ange gardien et par un autre encore. » Et ainsi à l'avenant, en termes non moins dédaigneux. Vous avez compris? Vive Jésus, Gemma, et que rien ne vous attriste... Je vous bénis. — P. G.

11. — Il l'encourage à souffrir avec générosité les vexations du démon, les aridités de l'esprit, les infirmités du corps en lui rappelant que ce sont là autant de moyens pour nous purifier de nos fautes et obtenir des grâces de Dieu.

Gemma de Jésus. — Hier enfin votre lettre m'est parvenue par le P. consulteur, Pierre-Paul... Vous dites que vous souffrez beaucoup... Mais ne craignez rien. Jésus lui-même vous a dit qu'il tirerait sa gloire des mauvais traitements dont vous êtes maintenant l'objet de la part du démon. Ne devriez-vous pas vous en réjouir?... Donc, épouse du Christ, souffrez avec courage les vexations diaboliques, les infirmités de la chair qui se consume et les aridités de l'esprit qui se désole. Kt dan-; la solitude de l'âme comme du corps, sans consolation ni visi-

tes célestes étendez-vous joyeusement sur la croix. C'est là, et par de tels moyens que Jésus sauva nos âmes, apaisa le courroux de la divine justice, et nous mérita les grâces du ciel. Si nous voulons, nous aussi, expier nos fautes, celles des autres, et obtenir les grâces de Dieu, c'est avec cette monnaie que nous devons payer... Priez beaucoup pour moi. Vive Jésus, Gemma de Jésus. — P. G.

^^m^<m^&mm$&&&

Page 1