‹ Lettres et extases de Gemma GalganiChapitre 7 sur 59 · Sentiments d'humilité. — Une dure épreuve · texte numérisé non relu

Sentiments d'humilité. — Une dure épreuve

Que toujours soit accomplie la volonté de mon Jésus ! Ainsi donc jusqu'ici vous ne m'avez pas connue? Ne voyez-vous pas que de toutes parts je suis trompée par les démons? Mon pauvre Jésus, avec qui vous avons-nous confondu ! 0 Père, aujourd'hui à cinq heures j'ai été me confesser, et le confesseur a parlé de m'enlever Jésus1... 0 mon Père, ma plume se refuse à continuer d'écrire, la main me tremble, je pleure2... Grâces soient rendues à Jésus de ce que j'ai enfin trouvé quelqu'un qui me connaît et m'aidera à aller en Paradis. Non, non, je ne suis pas digne vraiment de recevoir Jésus. Dans ce cœur difforme, pire qu'un fumier, combien de fois déjà Jésus a bien voulu venir! En ce moment je reconnais si clairement ma misère que je voudrais, je voudrais...! Mais qu'est-il donc arrivé depuis que j'ai écrit cette lettre3? Tous me connaissent

i. C'est-à-dire de la priver de la sainte Communion.

2. De fait dans l'autographe de Gemma ces mots, et surtout le nom de Jésus, sont tracés d'une main convulsive.

3. Dans le but d'éprouver le mysticisme de Gemma on avait tenté, avec une inconcevable légèreté, l'expérience suivante : Interceptant une de ses lettres à son directeur, on l'avait cachée, dans la pensée que si la jeune fille était réellement en communication avec le monde surnaturel, un ange viendrait prendre le pli cl le porter à destination. Comme il fallait s'y attendre, l'ange ne vint pas, et la Servante

depuis celte affaire, et je suis vraiment traitée comme je le mérite. Avant j'étais assez considérée, et on avait pour moi beaucoup d'égards ; mais aujourd'hui on me connaît, et il ne me reste que Jésus, Jésus seul. Mon confesseur m'écoute à peine en confession, et me renvoie; il veut me priver de la Communion ; il s'étonne, me dit-il, d'avoir été si crédule, et d'avoir cru au démon. Ensemble rendons grâces à Jésus...

Ce matin, après la Communion j'ai demandé à Jésus de me donner quelque éclaircissement sur ce mystère, et Jésus m'a répondu : « Ma fille, il n'est plus temps de te comporter en enfant; l'heure, au contraire, est venue pour toi d'être rigoureusement éprouvée pour l'accroissement de ta vertu ; mais je t'accorderai tous les secours nécessaires. Sois tranquille, car je serai toujours dans ton cœur. » Vive Jésus! Hier, quand mon confesseur eut appris que c'est le démon qui agit en moi, il me défendit de penser à Jésus; et il veut que après la Communion je sois comme les autres, sans faire tant d'embarras. — 0 Père, cela aussi je l'avais prévu. Comment ferai-je?... Mais j'ai donc vraiment trompé tout le monde? Qu'adviendra-t-il de mon âme? Je pense à mon âme, à la Communion que j'ai toujours faite en état de péché; je meurs de douleur, de douleur pour la grande peine que j'ai faite à Jésus. Personne ne me dit plus un mot. Mais Jésus, lui, Jésus est tout avec moi dans mon cœur. Avec Jésus je ne crains rien.

Je voudrais vous dire, je voudrais vous dire... mais non, je crains. Je ne veux plus tromper personne. Pardonnez-moi, je ne croyais pas vous tromper, ni mon confesseur, ni tous les autres. Venez à mon aide, je veux bien faire, je veux obéir, je ne veux plus pécher. — Jésus, Jésus, faites-moi participer à toutes vos douleurs, souffrir en aimant, souffrir pour Jésus qui nous aime tant, et mourir en souffrant pour Jésus. — Et je devrai rester privée de Jésus, moi qui depuis que je l'ai goûté en suis comme affamée? 0 Jésus! aurais-je perdu votre grâce? Mais au milieu même d'une si grande indignité, je vous aime, je vous aime passionnément. Je mourrai, Jésus, oui, je mourrai, mais d'amour et de douleur pour vous! Père,

de Dieu eut à en subir les factieuses conséquences, tant du fait de l'expérimentateur que de ses témoins.

je reprends courage : plus je me sens infime, plus j'éprouve de tendresse pour Jésus. Son amour m'enivre, me consume toujours davantage. Je resterai seule avec Jésus. — La pauvre Gemma.

20. — Au sein de l'aridité spirituelle, Gemma s'humilie ; et brûlante d'amour, elle s'élance à la recherche de son Dieu qui se cache.

Pauvre Jésus! Il a tant et tant souffert sans même proférer une plainte, et moi pour un rien je me lamente ; mais ce n'est pas du fond du cœur, soyez-en sûr, Père; c'est seulement des lèvres; et lorsque je viens à y réfléchir je rougis de moi. Je crois que vous ne me comprenez pas. Vous croyez peut-être que je me plains d'être obligée de vivre de la charité d 'autrui. Non, non, de cela je ne m'en plains pas; et n'est-ce pas précisément ce qui me rend semblable à Jésus? Vive Jésus! encore une fois, vive Jésus! Mais si ce Jésus continue d'agir comme il le fait, je ne sais vraiment pas cequi arrivera. Il s'éloigne toujours davantage, moi je le cherche avec toujours plus d'ardeur, et il me laisse de plus en plus seule, bonne à rien. Alors je fais des efforts, mon désir s'accroît, puis survient l'affaire des côtes et le sang de la bouche1. Vous verrez ce qui arrivera de la sorte. Si Jésus continue à me traiter ainsi et à s'éloigner toujours davantage, je ne pourrai plus résister, et je mourrai. Eh bien! je mourrai. Et si, après, la divine Mère me conduit au ciel Jésus sera bien forcé de ne pas me fuir. Voyez, n'était-ce notre bonne Mère qui me rassure, Jésus me laisserait peut-être encore ainsi seule mourir sans lui.

Mais une bonne fois, direz-vous, laissons de côté ces lamentations. Oui, laissons-les. Oh! que pouvait faire de plus Jésus pour moi? Pouvait-il m'aimer davantage? Et n'a-t-il pas droit maintenant de tout exiger de moi, puisqu'il m'a créée toute

i. Sous l'impétuosité de ces mystiques angoisses le cœur de la pieuse vierge bondissait comme à l'étroit dans «a poitrine, et soulevait enfin en les incurvant les côtes correspondantes. De ce phénomène étrange ainsi que du sang qui sous la divine étreinte montai alors à sa bouche, il est parlé longuement dans le chapitre \vi uY la Vie de Gemma.

pour lui? Gomme elles sont éloquentes les plaies de Jésus, qui me parlent toujours d'amour avec une si douce violence que je voudrais... mon bien-aimé Jésus, je voudrais en quelque sorte avoir un seul transport, le plus ardent qu'eurent les saints, afin de pouvoir mieux vous aimer. Mais comment faire? A qui le demander? A vous-même, ô mon Dieu ! Il est vrai, ô Jésus! que parfois je vous demande, je vous demande, et vous ne m'exaucez pas; mais si je vous demande de vous aimer je suis sûre que aussitôt vous m'exaucerez.

Jeudi, pendant la nuit j'ai un peu souffert; et vendredi, toute la journée. Le matin il me fut impossible d'aller à l'église; je ne pouvais pas me tenir debout ; à peine pouvais-je articuler les mains; je souffrais beaucoup de la tête ; et de temps à autre mes côtes se soulevaient de telle sorte que je m'évanouissais. Savez-vous, Père, que cet état doit encore empirer? Hier au soir une voix intérieure me dit que ce qui concerne les côtes irait en s'aggravant ; j'ai peur qu'elles ne se brisent ; et alors? Mais non, je n'ai peur de rien, je ne crains rien.

Gomment dois-je faire, ô mon Père, pour éviter l'effort de l'esprit ou du cœur? Pour le cœur, c'est impossible; quant à mon esprit ne savez-vous pas qu'il n'est plus capable de former une pensée pour Jésus? Le matin je me lève pour aller à Jésus. De préparation je n'en fais pas, et l'action de grâces elle-même ne me réussit pas davantage. Je me tiens en silence, et Jésus fait de même. J'essaie d'agir avec le cœur, et mes côtes se soulèvent; je commence alors avec l'esprit ; mais s'il n'est plus en mon pouvoir, je ne me souviens plus de rien, il est vrai que ma pensée est toujours avec Jésus ou sa Mère; mais je ne sais pas leur dire une parole ni leur demander une grâce. Dans le cours de la journée, quelques oraisons jaculatoires; cela, oui. Et puis je cours à Jésus, et le front dans la poussière je dis l'acte de contrition : je le fais bien cent fois par jour. Sans rien dire je regarde Jésus, je le cherche et je ne le trouve nulle part. Personne ne me le donne, et lui ne me regarde même pas. Bénissez-moi une fois encore : je suis la pauvre Gemma.

21. — Excellents sentiments de résignation au milieu de ses amertumes.

Vive Jésus! Père, je suis contente... Jésus, j'en ai la certitude, m'envoie un peu de tribulation pour mon profit et mon utilité ; j'aurais donc besoin de la recevoir avec une entière bonne volonté. Je devrais même, n'est-il pas vrai, l'attendre avec impatience et plus estimer les peines, les dégoûts que les consolations spirituelles. Qu'est-ce que je fais, au contraire ?... Vous le savez bien. Soyez satisfait; je me suis remise tout entière entre les mains de Dieu, je me suis totalement abandonnée à sa volonté. Je cherche Jésus, mais afin qu'il m'aide à faire sa volonté.

De la sorte, j'ai encore appris autre chose : dans mon intérieur, je n'agis plus en pensant, en cherchant. J'ai tout recommandé à Jésus, et je vis en silence dans la paix du cœur. Pardonnez-moi si je vous écris au décousu. En vérité, je vous le déclare, je ne sais pas ce que je dis ; je souffre un peu en écrivant. Mais qu'importe ?

La nature cherche toujours sa consolation, ou à l'intérieur ou à l'extérieur : elle aime toujours à s'occuper de ce qui peut lui apporter un peu de satisfaction. Me permettez-vous de me faire violence autant que je le puis?... Sur ce point, Jésus m'inspire de me soumettre à votre direction. Voyez : Jésus m'a laissée seule dans le monde, je ne dois me préoccuper de personne. Je devrais toujours converser avec lui, je ne devrais me mêler de rien; et au lieu de cela ! Je devrais penser à mes péchés, à tout ce qui me manque pour être une digne enfant de Jésus ; et au lieu de cela!... Je devrais combattre généreusement et me faire effort; et au lieu de cela !... Si Jésus est tout à moi, qui jamais pourra me vaincre ? Mes péchés, il est vrai, m'inspirent de la crainte ; mais la miséricorde me dit et m'assure que si je me repens et m'abandonne à Jésus, je le posséderai lui-même entièrement. 11 n'y a plus qu'à m'humilier sous la main puissante de Dieu, et à prier sans chercher ce qui m'agrée.

Bénissez-moi. Je suis la pauvre Gemma.

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