FRE ER AE AU EUR SEA ANNE AAENE MORVAN
po
rement aggravé sa position. Les gouvernements dont la neutralité a été, à l'exception de l'Angleterre, sympathique à la France jusqu’à ce jour, en voyant la révolution qui s’y est introduite, pourraient bien changer leur neutralité en hostilité et renouveler la Sainte- Alliance de 1815, afin d’étouffer à sa naissance le mouvement révolutionnaire qui menace tous lestrônes de l’Europe. Donc, si d'ici à trois ou quatre jours, la république française reste sans écho dans les pays qui lui répondirent si promptement en 1848, la position de notre mère patrie sera très grave.
Cetie révolution s’est faite, du reste, sans brûler une cartouche. Il n’y à eu ni combat, ni vol, ni aucun des accompagnements obligés de ces algarades populaires.
J'ai parcouru tous les boulevards, dimanche soir. Tout le monde criait: Vive la république! La morne tristesse de la veille avait fait place à une joie que je ne comprends pas, car ce n’est pas avec un mot mis à la place d’un autre que l'on trouvera des armées et des munitions.
Hier, le côté ridicule a commencé à prraître. On plante des arbres de la liberté, on entonne le chant du Départ et le chant des Girondins, On abat les aigles partout où on les rencontre. Tout cela est puéril.
Tout est tranquille. Les vendeurs de décorations vous appellent citoyens. On passe en leur riant au nez. Quelques-uns vous traitent d’aristos. Les acclamations bruyantes des boulevards ont peu d'écho dans les quartiers sérieux, où la population semble aussi
effrayée de la république que de l’arrivée des Prussiens. Jusqu'à présent, l’ordre le plus parfait règne dans Paris. Attendons,
Je n’ai qu’une confiance médiocre dans le gouverne- | ment provisoire, qui ne compte qu’un seul homme, We Trochu. Les autres sont des avocats très forts sur le RE chapitre des phrases, mais peu ferrés sur les moyens ME h de repousser l'invasion. Ce qu’il nous faut, c’est un 4 gouvernement sans phrases. Je n'ai pas perdu tout espoir, je crois encore que les Prussiens viendront se briser devant les murs de Paris, de
Je pense que Paris ne sera pas encore attaqué la se- 1TÛ g: maine prochaine, et que je pourrai vous écrire avant l'investissement de la capitale, si toutefois les Prussiens peuvent tenter cette opération gigantesque.
À 84 MÈRE
13 septembre 1870.
Ma bonne mère,
Je me porte parfaitement bien, mieux, hélas! que la pauvre France, qui n’a peut-être jamais traversé une crise aussi horrible que celle qui vient de fondre sur elle, Je crois qu’elle sortira de cette douloureuse épreuve, mais ce sera au prix des sacrifices les plus durs et les plus pénibles. Paris est armé jusqu’aux dents et la défense est formidable,
eme 2 ee meme
Nous avons deux cent mille hommes de garde nationale, cent cinquante mille de garde mobile et cent quatorze mille de troupes régulières, ce qui fait près de cinq cent mille hommes. Avec cette masse, on peut donner du fil à retordre aux Prussiens.
Nous avons un approvisionnement complet pour deux mois et suffisant pour nourrir deux millions de personnes. Nous ne pouvons donc pas mourir de faim. Nous paierons probablement un peu plus cher,
Personne ne paraît douter un instant de la défaite définitive du roi de Prusse, dont l’armée va se fondre par les pluies et les maladies, sous les murs de Paris.
La chute de Napoléon entraîne celle du pouvoir temporel du pape.
Quand vous recevrez cette lettre, les troupes italiennes seront depuis longtemps à Rome, car Victor- Emmanuel a donné ordre à son armée de franchir la frontière pontificale. Il ne pouvait en être autrement,
Les hommes qui sont aujourd’hui à la tête du gouvernement français ont toujours été des adversaires de la papauté. Membres du corps législatif, ils ont toujours reproché au gouvernement impérial l'appui qu’il donnait à Pie IX.
Non seulement la révolution du 4 septembre va probablement forcer le pape à reprendre le chemin de l'exil, mais encore, dans le midi, elle a servi de prétexte à des violences contre les ministres de la religion. A Lyon, on a chassé les Visitandines de leur couvent, après avoir volé et pillé. Tout cela est
RP en © AL" 4 RARTUUTE 1e WÜ'Et Abu ur dù | Auot A A At sis dé aise ac
bien triste et n’annonce rien de bon pour l'avenir, J'ai bien peur de voir la guerre civile succéder à la lutte nationale, |
Dimanche, je me suis approché de la sainte table. Plusieurs militaires ont communié en même temps que moi,
Je suis bien content d'apprendre que Mgr Baillargeon continue à aller mieux.
Je serai probablement quelques semaines sans vous écrire et sans recevoir de vos nouvelles, car nous serons sans doute bloqués avant peu. Soyez sans in: il quiétude. | ii
Je vous embrasse de tout mon cœur. rio 4 Votre pauvre enfant. A 1} ÿ À LA MÊME. Ua Paris, 18 septembre 1870. A à
Ma bonne mère,
J'ai reçu, hier soir, votre lettre du 2 courant. Je . commençais à désespérer d’avoir de vos nouvelles, vu f a que les communications sont coupées par les Prus- “od siens. Comme je suis heureux d'apprendre que votre santé est toujours bonne, et combien je remercie Dieu de la faveur qu’il m'’accorde en me conservant ma bonne vieille mère!
Pour moi, je me porte bien.
mg eee meme meme ee
LETTRES ET FRAGMENTS DE LETTRES. 35 Au,.moment où vous m'écriviez, vous espériez encore que la victoire alliit couronner les efforts de la France. Hélas! quelques heures après le départ de votre lettre, vous avez dû apprendre la catastrophe de Sedan et la chute de l’empereur. Aujourd’hui nous sommes en république, et les Prussiens campent sous les murs de la capitale, On s'est déjà battu avec les avant-postes.
Ici on est plein d’ardeur et de courage. On ne voit que des chassepots, on n'entend que le son du celairon et le roulement du tambour. Les gardes nationaux font l'exercice, soir et matin, dans les rues, Les munitions ne manqueront pas. Les provisions sont en quantité suffisante pour soutenir un siège de trois mois, Jusqu'à présent, la vie n’est pas plus chère qu’à l’ordinaire. Les fruits sont à un bon marché sans précédent, De magnifiques pêches se vendent un demi-sou, le raisin deux sous la livre. Les maraîchers et jardiniers des environs de Paris ont fait leur récolte en toute hâte pour ne rien laisser à l'ennemi. Ils arrivent en foule à Paris et vendent à n'importe quels prix les fruits qui ne se gardent pas, comme les pêches et les raisins.
Je ne pense pas que la capitale soit bombardée, Il est probable que la paix sera conclue avant qu’on n'arrive à cette extrémité,
Les élections, qui ne devaient avoir lieu que le 16 octobre, se feront le 2 octobre. Le gouvernement a rapproché la date de la réunion des collèges électoraux
afin de pouvoir légaliser sa position, car le roi de Prusse refuse de traiter avec la république actuelle, qui n’a été proclamée que par les membres de l’extrême gauche. Si le gouvernement actuel fait la paix et paie l'indemnité que demandent les Prussiens, il est perdu, car les républicains rouges et les partisans de la monarchie se réuniront pour le renverser.
Les troupes italiennes doivent entrer à Rome aujourd’hui. Nos pauvres zouaves canadiens n'auront même pas la gloire d'exposer leur vie pour la défense du Saint-Siège, car il est probable que Pie IX n’opposera aucune résistance à la marche des soldats de Victor-Emmanuel. Triste et déplorable année pour nous, descendants des pionniers français. Nous voyons à la fois la chute du pouvoir temporel et l'invasion de la mère patrie.
Je vous écris dimanche an lieu de lundi, parce que, la ligne du Nord étant coupée, les commvnications avec l'Angleterre se font maintenant pur Saint-N:zaire. Votre dernière lettre a mis plus de deux jours à venir
de Londres.
Je commence un journal que je ferai, chaque soir, sendant ia durée du siège, pour vous faire connaître les ineidents et les bruits qui parviendront à mon
oreille.
Je vois que notre pauvre archevêque est toujours bien faible. J'espère pourtant que lé bon Dieu nous le
conservera.
Je suis allé au bureau de poste en revenant de la
grand'messe. J'ai appris du chef des dépêches que l’on espérait pouvoir communiquer, pendant tout le siège, avec l’Angleterre, la ligne d'Orléans étant gardée militairement. Ce sera un peu plus long. J'aurai donc le bonheur de continuer à recevoir de vos nouvelles chaque semaine.
Je vous embrasse cent mille fois.
Votre pauvre enfant,
Eu envoyant à sa famille son Journal du siège de Paris que nous donnons ci-après, Crémazie l'accompagne de la note suivante qui fait comprendre dans quelles conditions ce journal a été écrit.
Je vous envoie aujourd’hui mon journal jusqu'au 19 décembre, J'y ai inséré régulièrement, chaque soir, les impressions de la journée. Voüs verrez dans ces pages bien des choses qui n’ont existé que dans l'imagination des assiégés, des rumeurs insensées et des cancans absurdes. Séparés par une muraille de fer de la France et de l’univers, nous nous sommes nourris, pendant quatre mois, d'espérances trompeuses et d'illusions décevantes. Comme le mirage du ie : la délivrance
nn
miroitait toujours à nos yeux, mais elle ne devait jamais devenir une réalité. Il vous faut donc, en lisant ces pages, vous mettre À la place des assiégés qui, pendant près de cinq mois, n’ont entendu d’autre musique que celle du canon et de la fusillade, n’ont connu la situation de la province que par les messages emphatiques et mensongers de Gambetta.
Non seulement nous ne connaissions pas ce qui se passait dans les départements, mais nous n’étions même pas renseignés sur les batailles qui se livraient à nos portes: le gouvernement de l'Hôtel de ville nous donnant comme des succès toutes les sorties de l’armée de Paris, à l'exception de l'affaire du 2 décembre, qui a été glorieuse, mais sans résultat, puisqu'il a fallu rentrer. dans Paris le 4 au matin. Maintenant que le voile qui nous cachait le véritable état des choses se lève chaque jour davantage, nous pouvons bien dire, avec l'Écriture : Ergo erravimus et ambulavimus in vias falisas. Traduction vulgaire: Nous nous sommes mis le doigt dans l’œil jusqu’au coude,
J'ai fini, hier, de mettre au net mes notes prises au crayon depuis le 19 décembre. Comme j’écrivais après coup, il m'eût été facile de faire le malin en prédisant ‘une foule de choses arrivées depuis, J'ai copié scrupuleusement mes notes sans rien ajouter et sans rien retrancher.
Puissies-vous y trouver quelque intérêt ! Je suis bien certain que vous n’éprouverez pas autant de plaisir en les lisant, vu le peu de soin de la forme, que j'ai senti
me mme
de bonheur à les écrire pour vous. Il me semblait que nous causions chaque soir ensemble.
Comme je ne sais pas quand je pourrai vous écrire, je commence à noter, chaque soir, les nouvelles et les impressions de la journée. Je ne vous raconterai pas les grauds faits du siège, que vous connaîtrez par les journaux, mais seulement les petits faits, les bruits et les cancans.
Manor 8018, 18 septembre 1870.—Aujourd’hui le général Trochu à passé la revue des gardes nationaux et des mobiles, en tout 400,000 hommes. Les boulevards, de la Bastille à la Madeleine, étaient occupés par la garde nationale. Les Champs-Elysées, de la place de la Concorde à l'Arc de triomphe de l'Étoile, voyaient la garde mobile déployée sur les deux côtés de la grande allée. Le gouverneur de Paris, que j'ai vu passer sur la place du Château-d’Eau, paraît plus jeune que le portrait publié par les journaux illustrés. Les cris de Vive la France ! Vive Trochu ! étaient très nombreux. Celui de Vive la République! ne m’a pas semblé rencontrer le même écho.
Sur le trottoir, en face de la caserne du Prince- Eugène, en attendant l’arrivée du général Trochu, j'entends autour de moi les cancans les plus absurdes. Les uns disent que Napoléon IIT n’a capitulé à Sedan que pour donner 80,000 homraes de renfort aux Prussiens, qui doivent le remettre sur le trône quand ils auront pris Paris. Les autres prétendent, au contraire, que ces 80,000 prisonniers de guerre envoyés en Prusse
40 JOURNAL DU äIÈGE DE PARIS,
s’empareront, à un moment donné, des armes de l’ennemi, reviendront en France et tomberont sur l’arrièregarde de l'invasion allemande. Ce que l’on dit de la santé de l'Empereur semble assez plausible. Le pauvre honime est pris par trois maladies terribles, diabète, goutte et maladie de la moelle épinière. Cette dernière affection aurait amené un ramollissement du cerveau, cause des désastres de ces derniers jours. Des voyous parcourent la place du Château-d’Eau en vendant des caricatures où l'insulte basse, triviale, honteuse, est jetée à la famille impériale. Celles qui ont l’impératrice pour sujet frisent souvent, atteignent quelquefois le genre obscène. Tout cela est triste. Je n'ai pas besoin de vous dire que ces saletés ne trouvent d'acheteurs que dans cette lie de la population qui remonte à la surface dans les jours de trouble, Décidément, le peuple souverain n’est pas beau à voir au jour de son triomphe.
MercreDt sotR, 14 septembre.--Le matin, temps sombre ; le midi, le soleil se montre. Poussière insupportable. Les rues n’ont pas été arrosées depuis plusieurs jours, les hommes chargés de ce service étant employés au transport du matériel de guerre. Grand émoi dans la rue Vaugirard, Une bande de pignoufs ayant obtenu, on ne sait comment, un ordre de perquisition chez les jésuites, s’est présentée chez les révérends pères et a visité et fouillé toute la maïson. Ces aimables drôles prétendaient que ces religieux cachaïent des armes, voire même un canon, lesonciies
à me nn + 0
armes étaient destinées à la réaction. Inutile d’ajouter qu’il n’y avait pas même un pistolet de deux sous dans la maison de la rue Vaugirard. Nos hommes ont dû se retirer avec leur courte honte, si tant il y a que ces gens-là puissent avoir une honte, courte ou longue. L'Empire voyait des républicains partout; la république ne rêve que de réaction, Est-ce que l'on va nous ramener aux beaux jours de 93? Allons-nous être “soupçonnés d’être suspects ?—Les Prussiens sont à cinq lieues. Les uhlans ont déjà paru dans la plaine Saint-Denis. Pendant ce temps-là, savez-vous à quoi s'occupe le gouvernement provisoire? Il nomme une commission pour changer les noms des rues de Paris. Est-ce assez byzantin ? Il faut cependant rendre justice aux hommes du 4 septembre. ïls travaillent sans relâche à l'armement de Paris et de la France. Ils ont plus fait en quatorze jours que Palikao en un mois. Cela se conçoit. Sous l'Empire, on ne voulait donner des armes qu'aux gens à bons principes, c'est-à-dire dévoués à l'Empire. Aujourd’hui, on distribue des fusils à tout le monde. Je sais bien que plus tard il nous en cuira, quand le peuple souverain de Belleville voudra mettre en pratique les théories socialistes et comraunistes des clubs. Il tournera contre le gouvernement actuel le chassepot qui lui avait été donné pour chasser l’'envahisseur. Pour le moment, la grande question est de sauver Paris, et le pâle voyou de Belleville fera meilleure besogne sur le dos des Prussiens que le bourgeois honnête et tranquille du Marais ou de la rue Vivienne,
On chassera d'abord le Teuton, sauf à se prendre aux cheveux quand le sol ne sera plus souillé par les hordes d'outre-Rhin. Pour en revenir à la commission qui doit changer les noms des rues de Paris, je pense bien que Jules Favre et Gambetta ne tiennent pas absolument à ce changement. Comme tous les gouvernements sortis de l’émeute de la rue, les maîtres actuels de l'Hôtel de ville sont harcelés par les républicains de la veille. Tous les farceurs qui, depuis dix ans, ont passé leur temps dans les brasseries à maudire Napoléon entre deux verres d'absinthe, se posent aujourd’hui en martyrs et racontent la fabuleuse odyssée des malheurs qu'ils ont endurés sous le règne du tyran. Pour se débarrasser des plus importants de ces importuns on tâche de les caser. C’est pour les empêcher d'organiser des manifestations dans le genre de celle du 15 mai 1848 qu'on leur donne un os à ronger. Gare la mine le jour où l’on ne pourra plus placer les martyrs de la deuxième catégori-! Ce jour-là, le gouvernement ne sera plus qu’un affreux réactionnaire et l'insŸrection sera le plus saint des devoirs.
Jroprsoir, 15septembre.—Sur le boulevard Magenta, j'ai vu défiler ce soir, à 7 heures, une partie du corps d'armée du général Vinoy, qui est arrivé trop tard à Sedan pour prendre part à la bataille. Les soldats, reposés des fatigues de la retraite, ont une allure tout à fait martiale, Les mitrailleuses attiraient surtout l’attention. Le défilé a duré près d’une heure. On dit qu'ils vont établir un camp retranché entre Join@lle-
ee
le-Pont et Charenton. Aux acclaraations qui saluèrent ces braves troupiers, un malheureux provincial, accompagné de sa fille, a mélé le cri de Vive l’'Empereur ! On a manqué l’écharper sur place, pendant que sa fille, folle de terreur, était prise d’une attaque de nerfs, Il ne fait pas bon, en ce moment, d’être bonapartiste. Comme il faut une victime expiatoire, c’est l'Empereur que l’on rend responsable des malheurs de la patrie. Tout le monde dit aujourd’hui que la France était opposée à la guerre, que Napoléon ITI seul a voulu attaquer la Prusse, afin de mieux asseoir sa dynastie. Pourtant, Paris en masse demandait les bords du Rhin il y a deux mois. Non seulement Paris, mais toute la France a poussé le cri: À Berlin ! Depuis 1866, on a reproché chaque jour à l’Empire de n'avoir pas vengé Sadowa. Les journaux de l'opposition n’ont
- pas cessé un instant de rendre l'Empereur responsable
de ce qu’ils appelaient l’humiliation de la France. Malheureusement les Français, impérialistes et républicains, ne soupçonnaient pas la formidable puissance militaire dont la Prusse vient de donner une preuve si rapide et si foudroyante. Napoléon vaincu a tous les torts. Quand on est empereur des Français il ne faut jamais être vaincu. ou, si la victoire fuit votre drapeau, il faut toujours savoir garder la gloire en se faisant tuer à la tête de l’armée. La victoire ou la mort! Un Parisien ne sort pas de là. Aujourd'hui, il y avait dans l'air cette odeur âcre de bois brûlé qui se produit quelquefois à Québec quand le feu est dans la forêt.
- Ce sont les bois des environs de Paris, incendiés par
ordre de l’autorité militaire, qui nous envoient ce parfum qui nous prend à la gorge. Comme le charbon, si le siège se prolonge, pourrait devenir rare, on pose dans les rues des appareils destinés à isoler, au besoin, les conduits du gaz des maisons de ceux qui fournissent l'éclairage des rues. Par ce moyen on pourra toujours fournir aux besoins des lampes des rues, en lais- | sant de côté les particuliers, qui s’éclaireront avec de la bougie ou du pétrolé. Les commères du voisinage
sont affolées en voyant ces travaux. Elles s'imaginent
que l'on mine Paris pour le faire sauter comme la forteresse de Laon. Les journaux manquent de papier. Le Parlement, l'Histoire, le Public, le Volontaire cessent de paraître À cause de cette disette. Les communications sont coupées avec les départements qui alimentent l'imprimerie parisienne. Quelques feuilles s'impriment sur du papier brouillard. Je vous envoie-un numéro de la Petite Presse imprimé sur papier à envelopper. C’est bon À conserver comme souvenir du siège de Paris. Villemessant, qui avait si bien blagué les républicains, abandonne la direction du Figaro, qui est vu d’un très mauvais œil aujourd’hui par les homes au pouvoir. Le barbier endiablé ne compte que médiocrement sur les bons offices de son ancien collaborateur, Rochefort, l’un de nos neuf souverains, qui doit pourtant sa fortune au journal de Villemessant. “VENDREDI s0rR, 16 septembre.—Le temps continue à être magnifique. Les nuits sont froides. On parle
d’une victoire remportée par Bazaine. Rien d’officiel cependant, On voit des espions partout. Un jeune Suédois, pensionnaire de la maison, a été arrêté ayanthier, dans l'après-midi, sur le boulevard du Prinoe- Eugène. Comme il parle le français avec un accent étranger très prononcé, un ouvrier qui lui avait adressé la parole a ameuté les passants en criant: C’est un Prussien! Mort aux espions! La garde nationale est venue à son secours et l’a conduit au poste et de là à la préfecture. Ce n’est qu'après une détention de trente-six heures qu'il a été mis en liberté, grâce à l'intervention de l'ambassade suédoise. Remarquez que ce jeune homme, comme tous les Scandinaves, déteste la Prusse et voulait s'engager comme volontaire dans l’armée française. La foule est toujours stupide, et je préfère le despotisme du grand Mogol à cette domination brutale des masses, Pour moi, je suis à l'abri de ces . algarades, car j’ai maintenant l’accent d’un vieux Parisien, De plus, il paraît que j'ai la tournure d’un officier en retraite, car lorsque je passe devant les stations de voitures, les cochers m’offrent leurs véhicules en m’appelant mon capitaine. Après-midi, je suis allé voir la statue de la ville de Strasbourg sur la place de la Concorde, Elle est entièrement couverte de fleurs, et on fait queue pour mettre son nom sur le registre qui doit être offert à l'héroïque capitale de l’Alsace. Le jardin des Tuileries est fermé. Il sert maintenant de camp à la cavalerie. Le palais est transformé en ambulance, Plus de drapeau tricolore. Le drapeau
blanc avec croix rouge de la Convention de Genève flotte mélancoliquement sur le pavillon central, en at- ri tendant que les canons prussiens viennent remplir de le blessés les salons de Napoléon III. Tandis que de la rue de Rivoli je contemplais campos ubi Napoleo fuit, cinq ou six mille mobiles de la Bourgogne ont passé en chantant un chant de leur pays dont l’air est, à quelques notes près, celui de: Æn roulant ma boule. Je n'ai pas pu saisir les paroles. La Œaire fontaine vient | de la Normandie. Nous devons Derrière chez ma tante à AR la Franche-Comté. En roulant ma boule appartient AE peut-être à la patrie de Charles le T'éméraire. ne Sament, 17 septembre.—Le soir, à huit heures, je | reçois les lettres de ma mère et de Joseph, ainsi que les journaux. C’est une heureuse surprise, car je commençais à croire que les communications étaient coupées du avec l’Angleterre. Demain j'irai au bureau de poste m’informer si on peut encore expédier des lettres en Amérique. H.. est parti pour le Saguenay. J'en suis bien content, car cela va le reposer. Aujourd’hui combats d’avant-postes sous les murs de Paris à l'avantage des Français. Les troupes italiennes sont sous les murs de Rome. Les zouaves veulent résister, mais il est probable que le pape ne se défendra pas. Triste année pour nous Canadiens. Fils de la France, nous assistons . à l’humiliation, à l'invasion de la vieille patrie. Catholiques, nous voyons le Saint-Père au pouvoir de ses ennemis et la chute, au moins pour le moment, du
pouvoir temporel. L'avenir est sombre. Espérons que
la Providence nous donnera bientôt des jours meil-
leurs!
Drmanous, 18 septembre. Temps doux comme
au mois de juillet. Il nous faudrait de la pluie et du
froid afin d’épuiser les Prussiens. Aujourd’hui, à l’é-
glise, il y avait beaucoup plus d'hommes que d’ordi-
naire. Habituellement, sur cent personnes qui assistent ,
aux offices le sexe fort mais laid en compte cinq ou six.
Ce matin, à la messe de dix heures, il y avait presque
autant d'hommes que de femmes. D'où viennent ces
fidèles? De la province qui se réfugie À Paris. Les
Parisiens, en présence des balles et des obus prussiens,
ont-ils retrouvé au fond de leurs cœurs la foi de leurs
pères? Après avoir jeté au bureau de poste m4 lettre
et des journaux, je fais une promenade sur les boule-
vards. Comme aux jours les plus calmes, les trottoirs
sont encombrés de familles endimanchées, les cafés
sont pleins, et les moblots blaguent et rient comme si
les Prussiens étaient À Berlin et non pas sous les murs
de Paris. Au coin de la rue Vivienne, à la librairie
Lacroix, je vois affichée une liste d'ouvrages qui, pu- ue ‘
bliés en Belgique, n’avaient pu entrer en France sous h
Pempire. Ces productions, dont les titres seuls font deviner les infamies qu'elles renferment, sont dirigées, les unes contre le pape, les autres contre l’empereur. FA Naturellement, la république s'empresse d'autoriser la vente de tous ces livres.—-Il paraît que l’on s’est battu près de Vincennes. Tous les voisins sont aux portes et
Fr
Lust At BA PA ME Sn LS de à L \ L f . fa , ,
43 JOURNAL DU SIÈGE DE PARIS, tn
commentent les rencontres de la journée, qui semblent
avoir été favorables aux armes de la France. VA Lunpt sotr, 19 septembre.— Le temps est toujours Th trop beau. Décidém nt les Prussiens ont toutes les Ko. chances, I1 n'y a pas eu d'engagement sérieux hier; ‘172
seulement quelques escarmouches entre uhlans et 1h nn francs-tireurs. Les Prussiens sont à Versailles, ils cam-
À pent dans le parc. Le grand et le petit Trianon sont 4 occupés par l'état-major. Les vandales respecteront-ils ‘ni les richesses artistiques de ce palais sans rival? Le général Ambert à été arrêté parce qu'il ne voulait pas } crier : Vive la république ! Cette arrestation, faite par ke les gardes nationaux, n’a pas été maintenue par l’au- sr torité, Cependant, pour obéir à la pression de la démagogie, le gouvernement a destitué le général. À compter d’aujourd’hui, le service des postes est interrompu, la ligne de l'Ouest ayant été coupée hier par les Prussiens. J'ai bien peur que ma lettre d’hier ne vous parvienne pas. L'employé du bureau de poste de la rue de Bondy est un monsieur bien informé. T1 me ditque … non seulement ma lettre partira, mais encore que les communications resteront ouvertes avec l'Angleterre pendant toute la durée du siège, et, le même jour, les voies ferrées sont coupées par l'ennemi. Il paraît que, sous la république comme sous le tyran, les informations officielles laissent quelquefois à désirer. Je suis allé faire un tour sur le boulevard Saint-Martin. Dans
certains endroits on peut à peine passer sur le trottoir.
Les mobiles, fatigués de l’exercice matinal, sont éten-
dus sur le bitume et dorment au soleil comme des lézards ou des lazzaroni. Au moment où je vous écris on entend le canon: Je vais aller voir ce qui se passe.— 94 heures.--J'arrive de la place du Château-d’Eau, qui est couverte de monde, À part quelques femmes effarées, l'attitude du peuple est calme. On s’est battu toute la journée, sans succès le matin, victorieusement le soir; voilà ce que je puis déméler dans les récits contradictoires de quelques soldats qui arrivent des fortifications. Pas de détails officiels, beaucoup de cancans, Les coups de canon qui continuent à retentir du côté de Saint-Denis ont pour but de chasser les Prussiens des boïs voisins où ils veulent s'établir. Le ton de certains journaux religieux me semble bien étrange. Je comprends que les républicains éreintent le régime qui vient de tomber. Pendant dix-huit ans, ils ont été criblés d'amendes et de mois de prison, ils prennent leur revanche, c’est tout naturel. Mais que le Monde, l'Univers, l’Union viennent nous parler de la tyrannie . de Napoléon III, des charmes de la liberté, j’avoue que je n’y comprends plus rien. Comme dans le Barbier de Séville, je me demande: Qui diable trompe-t-on ici?
Mano sorr, 20 septembre.--Toujours un beau temps désespérant. L'affaire d'hier a été très sérieuse. Les Prussiens ont eu plus de 6,000 hommes hors de combat. Ts se sont emparés de la redoute de Châtillon, que l'on n'avait pas eu le temps de fortifier d’une manière suffisante. Les mobiles de Paris et ceux de la Bretagrie
se sont battus comme de vieilles troupes. Les recrues et les engagés volontaires du 8° zouaves, qui ont remplacé les vrais zouzous tués à Reischoffen et à Forbach, ont lâché pied au premier feu et sont venus jeter la panique dans Paris. Sans cette malheureuse débandade d’une prtie de l’aile droite, le cnmbat de Cha: tillon, bien que glorieux et ayant donné des résultats considérables, se fût certainement terminé par une … grands victoire. Les Prussiens occupent les hauteurs : de Meudon, d’où ils peuvent bombarder le :nont Valérien. Comment n’a+-on pas défendu et fortifié un point stratégique aussi important? L'un des plus brillants rédacteurs du Figaro, Auguste Villemot, le chreni- ‘queur par excellence, est mort dimanche d’une attaque d'apoplexie dans son domicile de la rue Jacob, à l’âge de soixante ans. Son livre {« Vie à Paris, qui renferme ses meilleures chronigres, restera comme un modèle du genre. Le chansonnier vaudevilliste Alexandre Flan est mort aussi dans ces derniers jours. Sa muse facile, mais peu châtiéc et ne respectant guère les oreilles chastes, était populaire dans les faubourgs. De Flan il restera tout au plus quelques refrains qui dans vingt ans seront chantés par des ouvriers en ribote. Le gigantesque Lomon, l’un des rédacteurs du Paye, et par conséquent bonapartiste enragé, a été arrêté hier sur le boulevard par les gardes nationaux républicains. Ce. malheureux Lomon avait commis le crime énorme d’oser dire qu'il n’était pas partisan de la république, 1 faudrait pourtant s'entendre sur le mot Xôerté,
Sous l'empire, on avait parfaitement le droit de dire à ses amis que l’on était républicain, orléaniste, légiti- < miste. Si on ne haranguait pas en public contre le régime impérial, on était bien certain de n'être nullement inquiété. Aujourd’hui, on n’a pas même le droit de dire que la république pourrait bien ne pas être le paradis sur la terre. Et les inamortels principes de 89, je me demande ce que l’on en fait, si un citoyen n’a pas le droit d'exprimer ce qu'il pense.—Les zouaves pontificaux veulent défendre Rome jusqu’à la dernière extrémité. Ici, tout le monde, même ceux qui détestent la papauté, approuve ces braves soldats. On est indigné de la conduite infâme de l'Italie, qui, au lieu de venir au secours de la France, à qui elle doit tout, profite des malheurs qui viennent de fondre sur l’avantgarde de la race latine pour aller dépouiller Pie IX des quelques lieues de territoire qui lui restent encore, Le nouveau lirecteur général des postes, G. Rampont, annonce ce matin que les chemins de fer étant coupés, l'administration n’acceptera plus que des lettres écrites sur papier mince et sans enveloppe, afin de ne pas augmenter inutilement la charge soit des personnes, soit des ballons, qui essaieront de franchir les lignes ennemies. Pour les journaux, le service ne se fait plus que pour l’intérieur de Paris. La circulaire de l'hôtel des Postes invite les Parisiens à ne rien mettre dans leurs lettres qui puisse renseigner l’ennemi, qui fera tous ses efforts pour s'emparer des correspondances de la capitale. M. Thiers, de retour de Londres où il a échoué
LA d'a ARAl AU 4
dans sa mission pacifique, est arrivé à Tours. Dans lee combats de ces derniers jours, les Prussiens sortent des bois, où ils s’empressent de retourner quand l'action devient trop chaude. La forêt de 8ondy en contient une fourmilière. La sève des arbres, les pluies de la semaine dernière ont rendu inutiles les efforts faits pour incendier ces bois, Depuis quinze jours, nous avons à Paris plus de 100,000 mobiles. On se demande pourquoi ne pas avoir fait abattre tous ces arbres par ces gars jeunes et vigoureux.
Merorept son, 21 septembre. — Toujours un ciel d'été. L'artillerie d’Aubervilliers a aujourd’hui culbuté par trois fois une batterie que les Prussiens voulaient établir. Toutes les troupes qui avaient donné dans les engagements de ces trois derniers jours viennent de “entrer dans Paris. Escarmouches sur toute la ligne des forts, sans importance sérieuse. On a fait aujourd'hui plusieurs manifestations contre la paix. Guerre à outrance! tel est le cri des faubourgs de Paris. Ces promenades à travers les rues de la capitale sont déplorables. Elles nous annoncent le retour des mauvais jours de 1848. Les purs de la démagogie avancée trouvent déjà que le gouvernement Fabre-Gambetta est réactionnaire. On l’accuse de travailler pour les d’Orléans. On prétend que de Kératry, le préfet de police, s'entend avec les Prussiens pour rétablir Napoléon TITI. A propos de l’empereur déchu, on annonce que l’on a trouvé la preuve, dans la correspondance impériale saisie au moment où elle allait franchir les frontières,
que le vaincu de Sedan contrefaisait les billets de la banque de France, Vous verrez qu'avant peu on nous prouvera elair comme le jour que, chaque soir, il détroussait les passants au coin des rues. Je ne répon- draïis même pas qu’un monsieur, tout de noir habillé, portant longue barbe, longs cheveux et un feutre pointu, ne viendra pas, un beau soir, nous dire sur la place du Château-d’Eau que le chef véritable des assassins et des voleurs qui ont leur quartier général dans les carrières d'Amérique, à Belleville, n’est autre que Napoléon TIT. Et puis, est-ce bien Troppmann qui a tué la famille Hinck? Je commence à croire que l’homme sinistre du 2 décembre pouvait bien être le véritable coupable, O bêtise humaine ! Par ce bienheureux temps de liberté, de fraternité, d'égalité, on peut s'attendre à toutes les monstruosités. — Aujourd’hui, à Batignoiïles, a eu lieu l’ouverture du Club des libres penseurs. En tête de leur programme se trouve cette declaration : “ La femme a le droit de choisir l’homme qui doit être le père de ses enfants et de s'en séparer quand il ne lui convient plus. Plus de religion, plus de mariage.” C'est du propre comme vous voyez. Heureusement que ces insanités ne peuvent avoir d'influence. Une quinzaine de vieilles folles avec une cinquantaine de jeunes drôlesses, heureuses d'attirer l’attention sur elles, vont clabauder pendant trois ou quatre jours. Dans une semaine le ridicule aura fermé ce elub.
Jeuvi soir, 22 septembre.—M. Jules re qui avait
pm
quitté Paris, dimanche matin, pour s6 rendre au cdattier général du roi de Prusse, au rhâtenu às Ferrières, est rentré à l'Hôtel de Ville hier soir. M. de Bismarck Jai a proposé les conditions suivantes: abandon de l'Alsace et de la Lorraine, reddition de toutes les, places fortes assiégées en ce moment. Devant l'inso lence de semblables propositions M. J, Favre a dû ge retirer. Toutes les chances de paix sont donc évanouies. T1 né reste plus qu'À vaincre où à mourir, Cette décision du gouvernement provisoire de résister jusqu’à la: mort a été accueillie avec enthousiasme par toute Ja population. Des manifestations nombreuses ont eu . lieu à l'Hôtel de Ville pour féliciter le gouvernement. Comme le roi de Prusse refusait de reconnaître la légalité de la révolution du 4 septembre, on avait convoqué les collèges électoraux pour le 16 octobre d’abord, puis pour le 2 du même mois, afin que la France pût : élire une constituante ayant les pouvoirs nécessaires pour traiter avec l'ennemi. Les exigences de la Prusse rendant la paix impossible, on demande au gonvernement de remettre les élections à une époque ultérieure. On dit qu’un décret dans ce sens paraîtra demain dans le journal officiel.—-Le canon gronde toujours, Aujourd'hui, à Romainville, on a fait 300 uhlans prisonniers. La plaine d'Aubervilliers est couverte de cadavres et de blessés prussiens hachés par la mitrailleuse. Un des ublans faits captifs hier disait À un de nos voisins qui était de garde à la porte de Belleville : “ On nous a bien trompés. Nos chefs nous assuraient que Paris n'était pas
capable de tenir vingt-quatre heures. Nous pensions entrer dans la capitale sans brûler une amorce. Nous laisserons nos 08 en Francé.”-—On dit que 6 à 7,000 Prussiens ont trouvé la mort sut le pont Saint-James, près de Ferrières, ce pont ayant sauté au moment où l'ennemi passait, Au combat de Châtillon, lundi dernier, les Prus-. siens reconnaissent avoir perdu 15,000 hommes. On a rétabli la taxe sur la viande et sur le pain, afin que les bouchers et les boulangers n’abusent pas de l’investissement de Paris pour vendre leur marchandise à des prix exorbitants. La manie de voir des espions prussiens partout fait des progrès tous les jours. Cham le caricaturiste, Paul Féval, le préfet de police, le comte de Kératry, ont été arrétés comme suspects par les gardes nationaux, qui veulent faire du zèle, Si cela continué, la moitié de Paris passera son temps s arrêter l'autre, Toujours un temps splendide. Dans les circonstances actuelles, cette sérénité continuelle de l’atmosphère devient agaçante,
Venprent sorr, 28 septembre. — Toujours -la méme température. On se croirait dans le mois d'août. A trois heures, jé passe sur le boulevard des Italiens. A chaque pas des rassemblements de citoyens. Les figures sont radieuses. Je me mêle aux groupes et je prête l’oreille. Grande victoire du côté de Montrouge. On a pris 42 mitrailleuses, 40 canons, mis 80,000 hommes hors de combat, 25,000 prisonniers. C'est . beaucoup trop beau pour être vrai. On dit que les Prussiens captifs doivent passer à 4 heures sur le bou-
levard Saint-Michel. Je prends la rue Montmartre, passe au milieu des Halles centrales, traverse la Seine et arrive devant le musée de Cluny. Foule énorme sur le boulevard Saint-Michel. Tout ce que j’ai entendu de l’autre côté de l’eau n’est que de la Saint-Jean comparé à ce que l’on dit ici: 60,000 prisonniers, 30,000 tués, 60,000 blessés, 55 mitrailleuses, 42 canons d'acier longs de trois mètres, il ne faut rien moins que tout cela pour contenter le quartier latin. Si je me rendais jusqu’à la barrière d’Enfer, je suis certain que j’apprendrais la : capture du roi Guillaume avec ses 400,000 soldats. Dépouillé de ces chiffres fantastiques, le succès de la journée se réduit à ceci: trente mille hommes de l’armée du prince Frédéric-Charles, se dirigeant vers Versailles, sont venûüs se heurter aux régiments français qui, leur barrant le passage à Antony et à Chevilly, les ont forcés à se rejeter du côté d’Arcueil, sous les feux croisés des forts de Bicêtre, de Montrouge et de la redoute de Villejuif. L’artillerie de marine et les mitrailleuses firent rage pendant deux heures et foudroyèrent ces malheureux Prussiens, qui furent bientôt obligés de battre en retraite en laissant 12 mitrailleuses et 900 prisonniers aux mains des Français, qui s’emparèrent des positions occupées la veille par les mangeurs de choucroute. Réduit à ses proportions réelles, le combat de ce jour, première victoire importante de la campagne de Paris, a une grande valeur. L! relève le moral des peureux et des pusillanimes, qui en étaient venus à eroire que les soldats du roi Guillau-
Lu MR RÉ 4
me étaient invincibles. J'ai fait un voyage pour le roi de Prusse, car tandis que nous faisions le pied de grue. sur l’asphalte du boulevard Saint-Michel, 500 prisonniers défilaient par la rue Monge. Ceux qui les ont vus disent que ces pauvres diables faisaient pitié à voir, Leurs uniformes sont en lambeaux, les pieds passent à travers la chaussure, et leurs figures hâves et maladives racontent les douleurs et les privations de leur marche sur la capitale. On les a dirigés partie sur l'École militaire, partie sur le fort de Vincennes. Le journal officiel de ce matin publie le décret qui renvoie à une époque indéterminée les élections municipales et celles pour la constituante. Il paraît que les papiers saisis chez Rouher, le président du défunt sénat, sont de la plus haute importance et promettent d’étranges révélations. |
SAMEDI s0rR, 24 septembré.—Toujours un ciel d'Italie et un soleil de printemps. Nous avons en ce moment le journal de Blanqui, la Patrie en danger, qui prêche les mesures les plus radicales. 11 demande le rétablissement de la commune de Paris, la guillotine en permanence et les autres aménités de 98. Heureusement que l'immense majorité hausse les épaules en lisant ces folies sanglantes d’un autre âge. Il y a bien à Belleville et à la Villette quelques milliers de chenapans qui ne demanderaient pas mienx que de mettre en pratique le programme du citoyen Blanqui, mais la peur de voir Guillaume profiter de la guerre civile pour s'emparer de la capitale et rétablir Napoléon III,
les force à ajourner la guerre contre le bourgeois.
Vienne le jour de la délivrance, toutes les mauvaises
passions refoulées au fond du cœur des socialistes
pendant l'investissement de Paris, éclateront avec la fureur des plus mauvais jours de la première révolu-
tion. Savez-vous qui les ultra-radicaux de Belleville voulaient élire pour la constituante? L'’ouvrier Mégy,
celui qui a été condamné à vingt ans de travaux forcés pour meurtre d’un agent de police, et Eudes,* condam- ‘né à mort pour assassinat du pompier de la Villette.
D’après les hommes de l'avenir, il suffit, pour acquérir
d'un seul coup les connaissances et les talents néces-
saires à un législateur, de tuer un serviteur du tyran.
À ce compte-là, l’homme qui assassine une douzaine
de sergents de ville et autant de pompiers, en criant: Vive la république! devra être le plus grand génie
du sièclé, puisque Mégy, qui n’a brûlé la cervelle qu’à
un seul agent de police, est, pour ce fait, porté à ln
députation nationale. En voyant toutes les folies du régime qui a pris pour devise : liberté, égalité, fra-
ternité, on se prand à soupirer après le gouvernement du grand Ture.—Rien en dehors des fortifications aujourd'hui: de temps en temps on tire quelques coups de eanon sur les corps de cavalerie prussienne qui s'a-
venturent trop près des forts, mais il n’y a pas d’en-
gagements. L'investissement est complet. Impossible de sortir de la ligne des forts. Les courriers d'ambas-
sade sont bloqués comme tout le monde. Il n'y a pas
* Ces deux MARTYRS svalent-été mis en liberté le 5 septembré.
de passeport, anglais ou américain, qui puisse faire franchir les lignes ennemies, Il n’y a plus que la voie aérienne qui soit libre. La poste envoie des ballons quand le vent est favorable, Où tombent ces mallespostes d’un nouveau genre ? entre les mains des Prussiens ou entre celles des Français? Nous n’en savons encore rien.
Dimancne 018, 25 septembre, — Décidément, nous sommes condamnés au beau temps à perpétuité. Nous sommes en automne depuis quatre jours et cependant nous avons un soleil de juillet. Beaucoup de monde dans les églises, Même le soir, à l’archiconfrérie, on trouve un grand nombre d'hommes, militaires et pékins, qui viennent entendre la parole de Dieu, La situation militaire n’a pas changé depuis hier. Quelques coups de canon seulement du côté d’Aubervilliers, destinés sans doute à culbuter des batteries prussiennes, C'est pendant la nuit, du reste, que nous devons nous attendre aux attaques de l'ennemi. I] y a quelques jours, ona surpris des espions prussiens qui, du sixième étage d’une maison de Batignolles, faisaient des signaux, au moyen de lumières de couleurs différentes, au quartier allemarii établi à Neuilly. Ces espions ont été envoyés à la Préfecture de police. Depuis, les malheureux Parisiens soupçonnent toutes les bougies et toutes les lampes d’avoir des relations criminelles avec Bismark. Quand on demeure au 5e ou au 6°, il ne faut plus allumer ni chandelle ni gaz, car les comrmaères et les concierges, à qui l'affaire de Batignolles a mis
martel en tête, iront chercher quatre hommes et un caporal pour envahir votre domicile, afin de surprendre votre bougie en flagrant délit de conversation criminelle avec le roi Guillaume. Une pauvre vieille qui, dans sa mansarde solitaire, raccommodait tranquillement des bas près de sa fenêtre, à la lumière de sa petite lampe de pétrole, a manqué mourir de frayeur en voyant une demi-dousaine d’imbéciles de gardes. nationaux faire irruption chez elle et l’accuser de trahir la France en faisant des signaux au général Von Moltke. Heureusement que les voisins ont pu certifier que la bonne vieille était une excellente patriote, et qu’elle n’avait jamais eu la moindre accointance avec les puissances allemandes. Cette manie déplorable de voir l’espionnage prussien dans toutes les fen ‘tres des étages élevés, a pris des proportions tellement absurdes, que le préfet de police a dû défendre aux gardes nationaux de faire des perquisitions chez les citoyens sans un mandat signé par le commissaire de police. Si la viande n’a pas encore augmenté de prix, les légumes frais commencent à devenir très rares. On me dit que pour se payer une salade de laitue il faut avoir au moins 25,000 francs de rente. Ces pauvres marchandes des quatre saisons qui traînaient dans les rues de Paris leurs petites voitures en criant: Ohé / la salade! ‘Des s'haricots verts! des s'haricots ! Qui veut de la bonne pomme de terre Oresson de fontaine, la santé du corps ! ont disparu depuis quelques jours et leurs voix familiè. res nous font presque défaut. Plus de marchands am-
bulants de fruits et de poissons, Les marchands d’habits ne lancent plus, de leur voix nazillarde, le fameux archand d'habits ! Pourquoi ces derniers ont-ils aussi renoncé à la rue? Je l’ignore. Si l'état de siège a fait disparaître une grande partie des petites industries du macadam, il a créé des spécialités nouvelles, Nous avons maintenant le marchand de bandes de drap rouge qui doivent être placées sur les pantalons de la milice citoyenne, le vendeur de chiffres en métal que le garde national met sur son képi, afin de faire connaître à tous ceux qui ont le bonheur de le contempler qu’il appartient à telle compagnie de tel bataillon. Il ne faut pas oublier la petite fille qui crie d’une voix aiguë: Du papier mince pour les-lettres par le ballon ! Un sou le cahier, un sou! Comme les remparts sont constamment gardés, il faut que chaque jour 60,000 gardes nationaux soient placés sur les fortifications. Dans toutes les rues, vous voyez un certain nombre de magasins fermés, avec cette inscription sur les volets: Tout le monde aux remparts; sera ouvert demain. Les marchands de galette à un sou ont presque tous fermé leurs boutiques. Le beurre se vend trop cher pour qu'ils puissent continuer à fabriquer la galette et la brioche à un sou. Pensez que le beurre frais se vend dix francs la livre. Aujourd’hui les boulevards étaient encombrés. Impossible d'aller à la campagne, occupée, hélas! par les Teutons. Il faut bien se contenter de Paris et de ses boulevards, quand les baïonnettes prus-
à ER CNET ON RNA a ARTS A NA AE OROP ORNE PERS OR PR OST QE ' " , EL ; "] A | LA
siennes vous empêchent d'aller à Romainville, à Meudon ou à Bougival, A Lonor soir, 26 septembre.—V ous souvient-il que, lors de l'insurrection de 1888, nos patriotes disaient que le bon Dieu était Anglais, parce que la navigation du Saint-Laurent était restée libre pendant presque tout le cours du mois de décembre? En présence de ce ciel d’une implacable sérénité, de ce soleil radieux comme dans les plus beaux jours de l'été, les Parisiens prêtent au bon Dieu des sympathies prussiennes, Sur les bords de notre grand fleuve comme sur les rives de 0e ruisseau qui s'appelle la Seine, le peuple souverain est toujours le même. Ce matin, le fort de la Faisanderie, à Vincennes, a tiré sur l'ennemi, qui se dirigeait du côté de Choïsy-le-Roi. Un convoi de munitions, atteint par les obus du fort, a vu ses caissons sauter, en anéantissant, par leur explosion, une partie de.l’escorte. Le roi Guillaume concentre ses troupes entre Sceaux AR et Versailles. C’est pour se préparer à recevoir le choc Dr des armées de Lyon, de la Loire et du Nord, formant CLEAN ensemble un effectif de 400,000 combattants, que les . en Allemands opèrent cette concentration, C'est la cavalerie, au nombre de 80,000 sabres, qui continue à isoler Paris du reste de la France. On reçoit cependant, tous les deux ou trois jours, des nouvelles des départements par les ballons et les pigeons. Les Prussiens ne peuvent réussir à établir leurs batteries, Les artilleurs de la marine qui font le service des forts les eulbutent aussitôt qu'elles sont en place. Encore ce matin, le fort
MIE. de Nogent a renversé, à une distance de cinq kilomè- A CAP" tres (1+ lieue), deux batteries ennemies et tué plus de : re A2 800 soldats du vieux Guillaume, Vendredi dernier, MOD deux régiments badois, au quartier général ennemi, à : AA Versailles, ont refusé de marcher en avant, en donnant JA pour raison de leur refus que les soldats prussiens res- | RCA taient toujours dans la réserve, tandis que les Badois Wa et les Bavarois étaient constamment envoyés au feu, HR Samedi, vingt-quatre sous-officiers et soldats de ces Es) deux régiments ont été fusillés sur la route de Satory. Tous ces malheureux pays, le duché de Bade, la Ba-
; vière, le Wurtemberg, le Hanovre, annexés À la beta Prusse par la politique violente de Bismark, commenje cent à s'apercevoir que leurs maîtres de Berlin ne
voient en eux que de la chair à canon, et qu'ils travail-
lent non pas pour leur patrie, mais pour le roi de Prusse,
On s'attend toujours à une attaque du côté d'Auteuil F ANOE en même temps que par Saint-Denis. La défense sur ces ke YA l deux points est formidable et toutes les probabilités EL CON sont que les Germains en seront pour leurs frais d’at- | et taque. Bien que l'on ne s’attende pas à un bombarde- ru Bey ment immédiat, cependant, comme il faut être prêt Vi Pat __ pour toutes les éventualités, on dépave les places du y quartier latin afin d'’amortir l'effet des bombes qui pourraient être lancées par l’armée assiégeante, Le gouvernement vient de décréter la liberté du colportage, Sous le règne du tyran, on ne pouvait vendre dans les foires et dans les campagnes que les livres et . gravures revétus de l’estampille de la police. Vous
avez peut-être eu connaissance du beau tapage que fit, il y a quatre ans, la clique libre penseuse, parce que l'estampille avait été refusée à la Vie de Jésus de Renan. Le gouvernement, à mon avis, avait cent fois . raison d'appliquer la loi sur le colportage à ce détestable livré, qui aurait semé l’impiété dans les campagnes, encore très nombreuses, qui ont le bonheur de garder intacte la foi de leurs pères. Il me souvient qu’à propos de ce refus de l’estampille au livre de Renan, l'Avenir national traitait Napoléon III de jésuite et de calotin! Maintenant que le colportage est entièrement libre, de quel déluge de livres impies, de brochures et de gravures obscènes les campagnes vont être inondées, Dieu seul le sait! | Marpi, 27 septembre. —Toujours beau temps. Quand done aurons-nous de la pluie? Elle serait accueillie comme un bienfait du ciel. Les reconnaïissances n'ont pas rencontré un seul Prussien dans le rayon des forts de la rive gauche. Depuis samedi, les assiégeants ne montrent pas le bout du nez. On dit que l’armée de la Loire arrive et que les Teutons vont au-devant d’elle afin de la détruire avant qu’elle puisse secourir Paris. Aucuns expliquent l’inaction du roi Guillaume par les préparatifs qu’il fait pour donner un assaut formidable aux forts et au mur d’enceinte. On annonce aussi que Moltke envoieen Normandie un corps de 75,000 Germains, destiné à ravitailler l’armée assiégeante. Tous ces on dit me font l'effet d’être des canards, Je les note cependant, car je veux enregistrer
tous les bruits, vrais ou faux. Dans une rencontre avec l’avant-garde de l’armée de la Loire, les Prussiens ont reçu une râclée telle qu'ils ont été obligés de faire une retraite précipitée sur Etampes. Cette bonne nouvelle nous est arrivée ce matin par une estafette du gouvernement qui a réussi à traverser les lignes ennemies. Elle nous a appris en même temps que Thiers avait quitté Tours, siège de la délégation du gouvernement provisoire, pour se rendre à Saint-Pétersbourg. Vers une heure après-midi, des nuages d’une fumée noire et épaisse couvraient Paris. Dans la prévision d’un bombardement, le gouvernement a réuni sur les buttes Chaumont tout le pétrole emmagasiné dans les entrepôts de Belleville et de la Villette. On achevait d’enterrer les cinquante mille barils de pétrole quand le feu s’est déclaré. On a pu immédiatement circonscrire les ravages de l'incendie. Les pertes matérielles ne s'élèvent pas à un chiffre élevé. Une enquête est ouverte pour savoir si cet accident est dû à la malveillance. Les chiffonniers et les huissiers s'organisent en corps francs. L'industrie des premiers se trouve paralysée, les communications coupées ne permettant plus l'expédition des chiffons aux fabriques de papier des départements. Pour les huissiers, comme l'échéance des billets est renvoyée à la conclusion de la paix ilé n’ont plus de protêts à signifier, En France, ce n’est pas le notaire mais l'huissier qui proteste les billets, Encore un cancan. On affirme qu'un parlementaire prussiep arrivé à l'Hôtel de Ville, a eu un long entretien
avec Jules Favre. Je n’en crois rien. Lundi (hier), le roi Guillaume a passé une grande revue des troupes réunies à Versailles. Les fins politiqueurs prétendent . que cette revue annonce une attaque générale sur tous les forts. Moi qui ne suis ni fin ni politiqueur, je ne dis rien et j'attends les événements. Des sentinelles avancées, ayant entendu quelques coups de fusil, ont abandonné leur poste et sont rentrées en fuyant dans Paris. Ce matin, ces fuyards ont été conduits de la place Vendôme à la prison militaire de la rue du Cherche-Midi, au milieu des huées de la population. Lis avaient le képi mis à l'envers, 1a tunique retournée, les mains liées derrière le dos, et portaient sur la poitrine et sur les épaules deux pancartes sur lesquelles se lisait le mot ‘“ Lâche.” Le fameux canonnier de Saint-Denis, qui démolit les batteries À six kilomètres (14 lieue) et qui a déjà mis quarante-sept canons prussiens hors de service, est un Alsacien, qui s'appelle Christman.
Meroreni, 28 septembre.—Le beau temps continue. Maintenant que l’armée de la Loire marche sur Paris, mieux vaut ne pas avoir les pluies qui étaient l’objet de nos désirs depuis le commencement du siège. Une deuxième estafette est arrivée de Tours. Elle nous apprend que la démarche de Jules Favre auprès de M. de Bismark a gagné toutes les syrapathies du continent. L'Europe considère la position des Prussiens comme très aventurée. Par la même voie nous ayons la nouvelle de l'entrée des troupes italiennes à Rome,
après quelques coups de fusil. Le pape n'a pas quitté le Vatican. Est-ce la fin définitive du pouvoir temporel ? Qui peut connaître les desseins de la Providence ? Qui pourrait dire que dans quelques années, peut-être dans quelques mois, Pie IX ne sera pas encote le Pontife-Roi? L'entrée des soldats de Victor-Emmanuel dans la ville éternelle me remet en mémoire les paroles que Napoléon IIT adressait à un diplomate étranger, il y a deux ans: Quand je serai détrôné, le pape fera bien de faire préparer au Quirinal les appartements de CE Victor- Emmanuel, car ma chute entraînera immédiate. À ment celle du pouvoir temporel. La troisième livraison de la correspondance de 1a famille impériale vient de pa- F5 raître. Elle n'offre rien de bien extraordinaire. Les Ah amateurs de scandale sont désappointés. Ils n’en ont ” SES pas pour leur creuse dent. Il paraît, cependant, que le fameux complot éventé avant le plébiscite n'avait pas l'importance qu’on lui a donnée. Aucuns prétendent que l’on a trouvé à la Préfecture de police la preuve que cette prétendue conspiration était un coup monté F4 par Pietri, Gtrandperret et Bernier. On dit q:: des k mandats d'amener sont lancés contre ces trois personnages. Forcade de la Roquette serait aussi sous le coup d’un ordre d’arrestation, La finance est pleine de cond4 fiance, comme le prouve la hausse de la bourse depuis Er trois jours, C’est un fait, peut-être unique dans l’his- Re toire des villes assiégées, non seulement de voir la Le bourse ouverte, mais encore d'assister à la hausse LME constante de la vente, quand le canon de l'ennemi
x: PR PA RP ne à sbreane RmeS E g-<à 2 s ë A PA A Pac Véd 7 ce 2.
ébranle les colonnes de l'Exchange. Cette fermeté de toutes les valeurs publiques vaut une victoire, car elle . donne du cœur au ventre à tous les boutiquiers et les : rentiers, pour qui la cote de la bourse est la seule infaillibilité de ce monde. On se dit tout bas, à l'oreille, que les espions prussiens vont essayer d’empoisonner les bestiaux destinés à la nourriture des assiégés. Huit bœufs auraient succombé aux effets de l’intoxication. Je n’en crois pas un traître mot, L'Arc de triomphe de l'Étoile devient une véritable forteresse. Des plaques de fer l’enveloppent de la base au sommet, sur lequel on place des pièces de marine du plus fort calibre. On commence à voir des pièces de cinq francs en argent avec l’effigie de la République. C’est le modèle de 1848, une grosse tête de femme à l'expression bête et brutale. On parle de l’adoption par la patrie de tous les enfants des citoyens morts en combattant. Rien des Prussiens, qui ont abandonné les travaux qu'ils avaient commen- . cés près de Choisy-le-Roi. Ils ont brûlé l’église de Créteil, dont le clocher servait d’observatoireaux francstireurs. La viande devient très rare, non pas que l’approvisionnement soit épuisé, mais par suite de la grève des bouchers, qui prétendent que le prix fixé par le gouvernement ne leur permet pas de rentrer dans leurs déboursés. Le veau n'existe plus qu'à l’état de souvenir. Les prix du mouton ont augmenté de 80 070 depuis trois jours. Il est probable, cependant, que cette crise tire à sa fin, car les autorités vont établir des boucheries municipales dans tous les quartiers. Par
en ee de de de do de 2e + JOURNAL DU SIÈGE DE PARIS. 69
ce moyen on pourra se passer de messieurs les bouchers. La malveillance, d’après le rapport du préfet de police, est tout À fait étrangère à l'incendie des buttes Chaumont. C’est la pipe d’un fumeur imprudent, nommé Henriot, qui a été la cause du désastre du 27. Le général de Polhès, qui commande l’armée de la Loire, en ce moment en marche pour secourir Paris, est né en 1813. Comme colonel de zouaves, il s'est distingué sous les murs de Sébastopol. On dit que le
‘peuple anglais désapprouve hautsment la politique
toute prussienne de la reine Victoria et du minuiséère Gladstone. Une assemblée de 200,000 personnes aurait protesté contre la conduite du cabinet britannique. Jeupt, 29 septembre.—Il paraît que le soleil a passé un bail emphythéotique avec Paris. Toujours un ciel d’une pureté irréprochable. Les Prussiens se massent du côté de Choisy-le-Roï, sans doute pour repousser l’armée de la Loire, qui avance tous les jours. Du côté de Saint-Denis, on a canonné et culbuté les batteries que l'ennemi commençait à placer. Les francs-tireurs ont amené, ce matin, aux Halles centrales cinq fourgons de provisions enlevés hier à l’armée allemande On assure que les éclaireurs de l’armée de la Loire ont été vus, mercredi, à une lieue de Choisy-le-Roi. Les Prussiens ont coupé le canal de l'Oureq et celui de la Dhuys. S'ils pensent, par ce moyen, faire mourir la capitale par la soif, ils se trompent joliment. Les puits artésiens, sans compter la “eine, peuvent fournir l’eau
nécessaire à quatre millions d'habitants. Les provi-
sions augmentent de prix chaque jour. In ce moment les haricots se vendent 1 frane 50 la livre, les chouxfleurs 1.80 pièce, la morue 1.25 la livre, le bœuf salé 2.25 la livre, le lard 2.10 à 2.95, les œufs 4 sous pièce, les poulets 7 à 10 fr. pièce, les oies 22 francs. Impossible de trouver un seul hareng. Les pommes de terre, le pain et le vin sont en abondance, et on peut parfaitement vivre avec ces trois aliments, On comménce À voir d’un mauvais œil les attachés aux ambulances. Tous les jours on rencontre dans les rues des milliers d'hommes jeunes et vigoureux qui portent le brassard de la convention de Genève. On se dit, et avec raison, ce me semble, que ces hommes rendraient plus de services à la France comme soldats que comme infiriniers. Les femmes, les pritres, les religieux et religieuses qui s'offrent pou: zoigner les blessés, remplaceraient avantageusement dans les ambulances les attachés actuels. Il se fait un commerce actif de çasques prussiens. Dans les reconnaïssances de chaque jour, on abat toujours quelques Teutons, et le pioupiou se fait des rentes en vendant aux amateurs le fameux casque à paratonnerre. Hier, on a arrêté des espions prussiens qui avaient endossé les habits de soldats français tombés morts sur le champ de bataille de Villejuif. Grâce à l'uniforme, ils avaient pu s'introduire dans Paris par la porte d'Orléans. Malheureusement ils n'ont même pas pu donner le nom du colonel du régiment dont ils portaient le numéro. Ils ont été fusillés ce matin.