‹ Lettres et fragments de lettres de Octave Crémazie [microform]Chapitre 16 sur 32 · PRIT · texte numérisé non relu

PRIT

n’est pas malheureux. Le jour commence à se faire sur la capitulation de Metz. C'est bien la famine, et non la trahison, qui a forcé Bazaine à se rendre, On parle toujours d’une grande sortie. Elle tarde bien, Il est possible qu'on ne veuille rien entreprendre tant que l’on croira à la probabilité de l’armistice.—Une avalanche de rumeurs. Garibaldi forme rapidement une armée considérable dans les Vosges, Le général Michel remplace le général Cambriels. Le colonel Lafon, des franc. - tireurs parisiens, aurait battu les Prussiens près du Bourget et leur aurait pris quatorze canons. J'en doute beaucoup. Les assiégeants auraient aémasqué, sur les hauteurs de Châtillon, une batterie de cent dix-huit canons Krupp et commenceraient le bombardement dans quarante - huit heures. Je continue à n’en rien croire, Napoléon III aurait abdiqué en faveur de son fils. Le prisonnier de Guillaume peut bien signer toutes les abdications du monde, je crois que son fils ne franchira pas de iongtemps le seuil des Tuileries. Vous étes bien heureux là-bas. Sans étre millionnaires, vous pouvez manger des pommes quand le cœur vous en äit, Ici, une petite méchante pomme se vend quinze sous; une poire, de vingt À vingt-cinq sous. Ce matin, j’ai marchandé par curiosité, des pommes d’api. Elles étaient grosses comme des cerises. On a eu le toupet de me demander trois sous pièce, Décidément je passerai l'année 1870 sans inordre À une pornme, O'est un petit mal. heur,

VENDREDI s0IR, 18 novembre.—-Brouillard intense le

matin et le soir. Beau temps dans la journée. Toujours Ft # la même chanson, canonnade des forts, fusillade des , ENS avant-postes. Quelques journaux anglais, arrivés hier

au soir, nous donnent des nouvelles de l'extérieur. Mazzini serait à Tours, comme si Garibaldi ne suff- je sait pas pour compromettre la république aux yeux co des rois et des peuples chrétiens. L'Oficie! de ce matin ke nous apprend que Thiers est arrivé à Tours le 7 cou-

rant. Les négociations au sujet de l’armistice sont

donc définitivement brisées. On affirme, cependant, que

les puissances neutres continuent, en les accentuant “ATEN davantage, leurs démarches auprès du roi de Prusse, + 4 afin d'arriver à poser les bases d’une paix prochaine. ‘ La Russie mobiliserait son armée, et déjà 427,000 5 HE hommes marcheraient sur la frontière prussienne. Le % gouvernement nccuse Pyat, Blanqui et Cie d’être les $ aliiés de la Prusse et prétend que, le 28 octobre, Bis- ST mark annonçait, en donnant les noms des chefs, l'in- 4 a vasion de l'Hôtel de Ville du 31. Il paraît qu’à Tours, 4 les solliciteurs de places sont plus nombreux que les Le ie volontaires. Tous les culotteurs de pipes des quatre- L: Le vingt-neuf départements, qui ont souffert sous le tyran, a ce qui veut dire que sous l’empire ils ont ingurgité FE une quantité invraisemblable de bocks et de petits 1

verres qu'ils ont rarement payés, viennent demander qui une préfecture, qui une perception, Ils se gardent de demander des fusils, car la sainte fraternité des 4 peuples ne leur permet pas de verser le sang de leurs M

frères prussiens. L'armée des Vosges cause beaucoup de mal aux ennemis en coupant les chemins de fer et interceptant les convois. Bonne nouvelle. La garnison de Verdun a fait une sortie et a mis en déroute 15,000 Allemands. Le général Michel remplace le général Cambriels à l’armée des Vosges, ce dernier üyant donné sa démission afin de ne pas servir sous Garibaldi. Canards n° 1. Napoléon III serait à Versailles et ferait son entrée triomphale à Paris, avec le roi de Prusse, le 2 décembre. Les Prussiens, à Lagny, auraient crucifié le maire et ses adjoints. Bismark, non content de l’Alsace et de la Lorraine, demanderait aussi la Cochinchine.

SaAMeDt s01R, 19 novembre. -— Brouillard le matin, temps gris et humide l’après-midi. Forte canonnade des forts de Bicêtre, de Montrouge et de Vanves. L'Officiel de ce matin publie une dépêche de Gambetta, qui nous apprend que l’armée de la Loire a fait 2,500 prisonniers à la butaille d'Orléans. L'ordre règne maintenant à Marseille, Lyon, Toulouse, Perpignan et Saint-Etienne, toutes ces villes ayant enfin reconnu l’autorité de la délégation de Tours. Tant mieux si tout cela est vrui. Comme Gambetta est un vatif des bords de la Garonne et qu’il a fait ses preuves comme baron de Crac, bien des gens se permettent de douter de l'exactitude des nouvelles qui nous viennent de Touxs. Les pommes de terre se vendent en ce moment huit et dix france le boisseau. Comme ce légume, qui se trouve encore en grandes quantités, est caché dans les caves

DORA SA PA LE CAS EL A dd Ana née à Vo

eu à

de messieurs les accapareurs, le gouvernement va mettre en réquisition toutes les pommes #e terre de la capitale et les vendre lui-même à des prix raisonnables. C’est parfaitement juste. Le chiffre de la mortalité va toujours en augmentant. Dans la semaine qui a pris fin jeudi, le nombre des morts dépasse deux ne mille, dont cinq cent quatre-vingts de la petite vé- Re role. Dans les ambulances, on ne compte que dix EU a mille deux cent soldats et mobiles malades ou ga blessés. Si l'on songe qu'il y a en ce moment à Paris

près de 600,000 hommes sous les armes, on trouvera da 4 ce chiffre bien peu élevé. On a tué, faute de fourrage #4: et pour faire durer la viande fraîche plus longtemps, ÿ les animaux du Jardin d’acclimatation. Grâce au massacre de ces pauvres bêtes, les Parisiens pourront manger du lama, du daim, de la gazelle, du bison, de l’ours et de l'élan. Nous avons maintenant un nouveau marché, le marché aux rats, établi sur la place de l'Hôtel de Ville. Ils sont vivants dans des cages comme les lapins. Ce ne sont pas les pauvres mais les Fa riches qui font hausser le prix de ces petits rongeurs. EL + C’est une mode que de manger un salmis de rats, La é sauce coûte probablement plus cher que lo poisson. ro On dit que c’est un mets qui aurait fait venir l'eau à FRS la bouche-à feu Brillat-Savarin. C’est possible, mais oi D j'aime mieux m'en tenir à mon morceau de bœuf “4 Ê NN bouilli ou de cheval rôti. On ne laisse plus sortir un ue É: seul étranger de Paris. Un certain nombre de Britishers, | espérant que le siège de Paris ne durerait pas trois se-

hhsttennimantpeéoméhemsepmtiéanneprelinninnnnnnrmein JOURNAL DU SIÈGE DE PARIS, 179

maines, n'avaient pas voulu quitter la capitale. En bons Anglais, ils voulaient avoir des émotions. Aujourd’hui que nous en sommes au 63: jour de l’investissement et qu'il n’y a pas de raison pur que, le 1° janvier 1871, nous ne soyons pas dans la même position, puisque les assiégeants ne peuvent prendre Paris par la force et que l'intérêt de la défense est de tenir aussi longtemps que possible pour permettre à la France d'organiser l’écrasement de l'invasion, nos John Bulis, qui ne peuvent plus recevoir d'argent du Old England, commencent à faire piteuse figure. Vingt fois par jour, ils damnent Trochu, qu'ils appellent Bismark II, Cancans du jour. Bismark Ier aurait été em- poisonné par un Polonais. Pour le roi Guillaunr e, il se contente de se coucher tous les soirs soûl comme 86,000 Polonais. Garibaldi, après avoir traversé le Rhin à la tête de ses corps francs, révolutionnerait la Bavière. On aurait découvert un complot qui devait faire sauter l'Hôtel de Ville.

DIMANCHE 801R, 20 novembre. Temps magnifique. Saint-Martin va-t-il enfin nous donner son fameux été de novembre, que nous appelons l'été des sauvages ? Canonnade très vive et très efficace sur le Bourget. Reconnaissances heureuses sur la rive sud. Hier et avanthier, une masse de maraudeurs, comme il en sort chaque matin des milliers dès que les portes sont ouvertes, qui s’est trop éloignée des forts, a servi de cible aux balles prussiennes. On parle de cinq cent cinquante morts. Ce chiffre est évidemment exagéré. Du

reste, quelque triste que soit la fin de ces malheureux, il faut bien avouer qu'ils appartenaient à la classe la plus abjecte de la société et qu'ils vendaient à l’ennemi des renseignements sur la situation de la capi-

‘tale, Toujours les demi-mesures. On n'a pas osé saisir

les gravures obscènes sur l’impératrice, on s’est borné à prier les papetiers de ne pas exposer dans leurs montres les nudités dont je vous parlais ces jours derniers. Ils peuvent continuer à les vendre à l’intérieur de leurs boutiques. Les clubs continuent à faire parler de leurs prouesses. Un énergumène, à la Salle Favié (Belleville), après avoir déblatéré pendant une heure contre les prêtres et la religion, a fini son speech en disant qu'il voudrait pouvoir escalader le ciel afin d’aller poignarder Dieu ! Quand l’impiété atteint ce degré de folie, on devrait tout shuplement envoyer le blasphémateur à Charenton. Le journal ultra-rouge, le Faubourien, qui nous fait connaître les élucubrations des

” frères et amis des clubs de Belleville, consacre deux

colonnes à faire l’éloge du courageux citoyen qui a enfin osé dire ce que pense la révolution du Dieu des

. chrétiens, de ce Dieu qui ne vaut pas mieux que Na-

poléon TITI! Dans la même séance, le même club a condamné à mort l’empereur, Rouher, Emile Ollivier et Bazaine,.et a engagé tous les patriotes à exécuter eux-mêmes l'arrêt de mort porté contre les suppôts du tyran. En bon français, cela veut dire que l’assassinat des chefs du parti impérialiste est le plus saint des devoirs. Heureusement que ces excentricités sinistres

ne rencontrent de partisans que dans une infime minorité aussi lâche qu'impuissante. Les bruits d’armistice renaissent depuis deux jours. On assure que l'attaque du moulin d'Orgemont, qui devait avoir lieu hier, à midi, a été contremandée par le général Trochu, à cause de l’arrivée, à Versailles, d’un courrier de cabinet apportant les propositions de paix des puissances neutres. Rumeurs de la journée. Les Français auraient remporté, près de Besançon, une grande victoire sur les Prussiens, qui auraient eu dix mille hommes hors de combat et laissé deux mille prisonniers entre les mains des vainqueurs. On continue à aflirmer la marche triomphante de Garibaldi en Bavière, et on prétend même que le roi Louis aurait été obligé de s'enfuir de Munich.

Lunpr s01r, 21 novembre. — Beau temps le matin, pluie torrentielle pendant l’après-midi. Canonnade toute la journée. Des affiches officielles nous annoncent qu'à dater de demain nous serons mis au régime de la viande salée et du cheval. Il reste bien encore de la viande fraîche, mais on la conserve pour le service des ambulances et des hôpitaux. Bismark vient de publier une circulaire dans laquelle il essaie de démontrer que l'armistice, sans ravitaillement, aurait fait le bonheur de Paris et de la France. Décidément ce Richelieu d’outre-Rhin veut faire croire à l’Europe que des vessies sont des lanternes. À Versailles, la petite vérole fait des ravages effrayants. Depuis plus d'un mois, l’armée allemande perd de a. cents

io, à trois cents hommes par jour. À la variole noire, non. contre laquelle il n'y a pas de remède, viennent se 190 joindre la dyssenterie et le typhus. Le Times, dans ” son numéro du 9 courant, évalue à 30,000 le chiffre des morts causées par la maladie dans les troupes de Guillaume depuis l'investissement de la capitale. Le Moniteur de: Seine-et- Oise, organe officiel du roi de Prusse, qui nous donne ces nouvelles, nous apprend aussi que M. Thiers, dans sa dernière visite aux cours de l'Europe, à chaleureusement plaidé la cause du pape. Qui aurait jamais pensé que le roi de Prusse publierait son journal officiel dans la ville de Louis XTV ? Aurait-on jamais cru que le dernier défenseur du pouvoir temporel sérait M. Thiers, un voltairien ’ de la plus belle ean? Nous pouvons bien dire avec Racine :

Et quel temps fut jamais si fertile en miracles ? on

Les nouvelles qui nous arrivent de la provinee continuent à être bonnes. Il y a maintenant dans les départements plus d’un demi-million d'hommes sous les armes. Ajoutez à ce chiffre les 225,000 mobiles et soldate de la ligne qui sont à Paris, je ne parle pas des 400,000 gardes nationaux qui gardent les remparts et les forts, et vous aurez une masse d'hommes égale à celle de l'invasion. On prétend qu’il faut encore quinze jours pour obtenir une artillerie de campagne capable de lutter avec celle des Prussiens. Donc, vera le 10 décembre, au pl”: tard, Paris sera en état de com-

biner son action avec celle de la province pour écraser les barbares du Nord. Racontars du jour. Un membre du gouvernement aurait dit, hier, que nous serions débloqués dans huit jours. Guillaume et Bismark auraient quitté Versailles, par crainte d’un mouvement de l’armée française sur le chef-lieu de Seine-et-Oise, disent les uns, tout simplement par peur de la petite vérole, disent les autres. L'armée de la Loire s'étant À emparée d’Étampes, les troupes du général von der Thann seraient refoulées du côté de Versailles. Changarnier, qui était à Metz avec Bazaîne, aurait obtenu des Prussiens, vu son grand âge, de n'être pas emmené en Allemagne comme prisonnier de guerre, Il serait à Tours en ce moment.

Manpi soir, 22 novembre, — Mauvais temps toute la journée. Aux avant-postes, escarmouches sérieuses à l'avantage des assiégés. L'Officiel de ce matin nous donne la réponse de Jules Favre à la cireulaire de M. de Bismark. Le ministre des affaires étrangères prouve facilement l'insigne mauvaise foi du chancelier fédéral. Dans L'Univers, Louis Veuillot administre une jolie volée de bois vert au gouvernement, qui laisse encore étaler dans les passages les misérables gravures dont je vous parlais il y a quelques jours, Les négociations relatives à l'armistice semblent définitivement abandonnées. Aujourd’hui que l’on a les preuves que la province se lève sérieusement, on ne songe plus à une suspension d'arnes. On ne veut que la guerre, et la guerre à outrance. On annonce la capitulation de Verdun et de

Neuf-Brisach. La chute de ces deux petites places était prévue et ne saurait influencer le résultat de la cam- pagne de Paris. Le maire de la capitale nous fait savoir que, le 30 novembre, il ne sera plus fourni de gaz aux particuliers. On réserve ce qui reste de charbon pour. l'éclairage des rues. Nous allons revenir à la chandelle et aux quinquets du bon vieux temps. Le chat continue à faire la fortune des petits restaurants. : On assure que plus de 25,000 matous sont déjà tombés, des gouttières où ils prenaient leurs ébats, dans la poêle à frire où ils ont pris le nom de lapins. Esaü a vendu son droit d’aînesse pour un plat de lentilles. On raconte que le directeur des Variétés a donné une entrée gratuite pendant un an à son théâtre pour une livre de gruyère. Voilà un monsieur qui a une furieuse passion pour le fromage. Les on dit du jour. Le général d’Aurelle de Paladines aurait remporté une nouvelle victoire près d'Orléans et aurait forcé l’armée du général vor “er Thann à mettre bas les armes. C’est trop beau p' : être vrai. Le parti bonapartiste gagnerait beaucou,, de terrain en province. On parle même de la restauration de Napoléon III comme d'une chose certaine. Je n’en crois rien. Dans les faubourgs, 28 ‘ultra-radicaux, pour ameuter la populace contre le gouvernement de l'Hôtel de Ville, vont même jusqu’à dire que le général Trochu a cédé sa place à Napoléon LIT, qui est en ce moment le chef de la défense natiovale sous le nom du gouverneur de Paris. Seulement, - je vaincu de Sedan aurait coupé son impériale et fait

raser sa tête pour paraître chauve comme Trochu. Après celle-là, on peut tirer l'échelle,

Mercrept s0IR, 28 novembre. — Pluie toute la journée. Te canon et la fusillade ont fait rage, mais pas d'engagement sérieux. Bonnes nouvelles d'Orléans. Gambetta annonce 200,000 hommes sur les deux rives de la Loire, avec une réserve de 100,000. Le 1er décembre, une nouvelle armée de 200,000 hommes sera prête à entrer en ligne. Aujourd’hui, pour la première fois, j'ai rencontré un homme qui criait de la viande de chien et de chat. En temps de siège, on ne se donne plus la peine de vendre du chien pour du veau, et comme Boileau, on appelle un chat, un chat. De toutes les viandes hétéroclites que nous ingurgitons depuis le commencement de l'investissement, la meilleure est incontestablement celle de l’âne. Sa chair est aussi tendre et d’un goût aussi agréable que celle de l'agneau. C’est un vrai festin de Balthazar quand on peut se procurer une tranche de maître Aliboron, Trochu lance ce matin un nouveau décret renvoyant devant la cour martiale les journalistes qui publieront les mouvements des troupes. Les déplorables indiscrétions de la presse prennent leur source à l'Hôtel de Ville. Comment espérer que les douze mauvais apôtres qui nous gouvernent garderont, avec leurs vingt-cinq ou trente secrétaires, le secret des opérations décidées en conseil? La discrétion est évidemment une vertu monarchique qui rappelle les plus mauvais jours du tyran. Est-ce que ce serait la peine d’être en républi-

186 JQURNAL DU SIÈGE DE PARIS, que une et indivisible, si on ne peut pas bavarder un brin et prouver aux natifs des cafés que l’on a de belles connaissances dans les hautes régions du pouvoir ? Aussi, le résultat le plus olair de tous ces nropos indiscrets, c’est que les Prussiens, inforrués par les : joumaux de Paris qu'ils reçoivent chaque jour, ne ge laissent jamais surprendre. M’est avis que Trochn doit commencer à avoir plein le dos de la clique d'avocats qui l'entoure et qu’un beau matin il pourra bien les faire jeter par la fenêtre par ses mobiles bretons, qui, du reste, ne demanderaient pas mieux, Le club des femmes de Batignolles, comme celui de Belleville, tient à faire parler de lui. Dans la séance de lundi, une, citoyenne Cherrot a proposé, ét l'assemblée a adopté À l’unarimité la résolution suivante: Qu'une députation soit envoyée à l'Hôtel de Ville pour demander aw gouvernement de fermer les maisons de prostitution uinsi que les couvents, les établissements conduits par les religieuses n'ayant jamais servi à autre chose qu'à faire

des courtisanes, Pas de commentaires possibles à pro-

pos d'une aussi sacrilège assimilation. Les articles de

Paris, les bibelots, se vendent à très bon marché. Les

petits fabricants, pressés par le besoin, vendent au prix coûtant, souvent même à perte. Celui qui aurait quelques billets de mille francs achèterait à bon compte un bel assortiment, S'il fait cher vivre, il en coûte aussi pour se chauffer. Le bois qui ae vendait 2 fr. 75 ler 100 livres, vaut maintenant 4 fr, 26, et le charbon de

terre ost monté de trois à cinq france, Bi le siège con

La

tinue encore deux mois, nous n’aurons plus que l’embarras du choix, mourir de faim ou périr de froid, Qui vivra verra, ou plutôt mourra.

Jeupt sorr, 24 novembre, — Temps gris, mais assez doux. Vives et sérieuses escarmouches à Bondy, où la garde nationale a reçu le baptême du feu. La milice citoyenne a combattu comme des soldats pour de bon et a refoulé les Prussiens dans cette forêt de Bondy, refuge des bandits au siècle dernier, qui retrouve dans les Prussiens ses hôtes d'autrefois. L’armistice revient sur l’eau. Bismark, inquiet de l’attitude de la province, serait beaucoup plus coulant sur les conditions, Rumeurs du jour. Révolution en Espagne. Dans un mouvement populaire à Madrid, Serrano aurait été tué, Prim emprisonné et la république proclamée. L'impératrice Eugénie se rendrait demain à Versailles pour signer un traité de paix, Napoléon III reviendrait en France avec les 325,000 soldats français prisonniers en Allemagne, ferait de Bourges la capitale de la France, et laisserait les Parisiens s'arranger comme ils voudraient dans leur ville, qui ne serait plus que le chef-lieu du département de la Seine. Je n'ai pas besoin de vous dire que c’est là un canard de la plus belle venue. Je souffre de la tête depuis ce matin. Je ne vous en écris pas plus long, car je vais me coucher,

Venpeænt, 25 novembre. — Temps sombre comme hier. Fusillade très vive entre les avant-postes du pont de Sèvres et les Prussiens établis à Brimborion. Un cancan d'une jolle force. Révolution à Londres, La

reine serait en fuite, la république proclamée et 200,- 000 Anglais devraient débarquer à Calais pour tomber sur les Prussiens! Je souffre toujours de la tête. Le matin, après le repos de la nuit, je suis assez bien, wais le soir il faut que je me couche de bonne heure.

SAMEDI s0rR, 26 novembre.— Pluie toute la journée. Pas de rapport militaire ce soir. A dater de demain, on ne pourra plus sortir de Paris. Les portes, constamment fermées, ne s’ouvrirent que pour le militaire. Les maraudeurs ne pourront donc plus quitter la ville pour aller porter des renseignements à l'ennemi, et messieurs les journalistes, ne pouvant plus aller aux avant-postes, seront obligés de se taire sur les mouvements des troupes. Grand mouvement de mobiles et de régiments de marche de la garde nationale. On s'attend à une grande bataille sous les murs de la capitale. On parle toujours d’une restauration orléaniste. Sur ce sujet, les bavardages vont leur train. On dit que le comte de Paris est à l'Hôtel de Ville, et que deux mille de ses partisans sont cachés dans les caves et sous les combles du palais municipal!! Je souffre moins aujourd’hui, mais je ne vais pas encore très bien.

DimaNCHE 80IR, 27 novembre. — Beau soleil, temps doux. Rien à noter au point de vue militaire. Comme les Prussiens, nous avons la variole noire. Une danseuse, Mie Bazzacchi, célèbre dans le monde des théâtres, a été enlevée en trois jours par cette terrible

maladie. Les victuailles coûtent toujours les yeux de

la tête. Jambon, quatorze francs la livre. Le fromage, dix francs. Les œufs, un franc pièce. Depuis quelques semaines, plusieurs propriétaires de chevaux nourrissaient leurs bêtes de vain, qui coûte maintenant moins cher que le fourrage. Le gouvernement vient de défendre cet abus. Ceux qui ne pourront plus nourrir leurs chevaux les vendront au gouvernement, qui les fera abattre pour l’amentation de la ville. On dit que l'on a fusillé hier trois cocottes qui faisaient l’espionnage pour le compte des Prussiens. Ma tête va mieux aujourd’hui.

Lunot 801R, 28 novembre. "Temps sombre. Grands mouvements de troupes. Nous touchons au moment suprême. On dit que le prince Frédéric-Charles, battu près de Montargis, a été fait prisonnier. Je n’en crois rien. Je vous ai écrit aujourd’hui par ballon. J'ai la tête fatiguée et vais me coucher. GATE

Marat soïr, 29 novembre.-— Même temps cu’hier. Canonnade formidable pendant toute la nuit. Trochu et Ducrot sont sortis ce matin à la tête de 160,000 hommes. Jusqu'à présent ce mouvement a pleinement réussi. L’Hay, Thiais, Cœuilly, ont été repris sur les Prussiens par les Français, qui passent la nuit sur le. champ de bataille. Les armées de province arrivent. On dit que le comte de Kératry, à la tête de 100,000 ‘Bretons, est à huit lieues de Versailles, Guillaume et Bismark ont quitté cette ville en toute hâte. Grande est l’anxiété, grande aussi la confiance, Espérons que

nous serons bientôt débloqués et que je pourrai enfin recevoir vos lettres.

Mencrent soir, 80 novembre. -—-Tempa sec et très froid. Je n'ai jamais entendu un vacarme pareil à celui de la nuit dernière. Tous les forts tonnaient à la fois. Les Prussiens, refoulés sur toute la ligne, ont abandonné presque toutes leurs positions. On dit qu'un régiment saxon’s’est rendu. Sept cents prisonniers viennent d'arriver au fort de Vincennes. Le général Trochu envoie une dépêche, ce soir, de son quartier de Champigny, annonçant que la journée a été excellente et que l’armée du général Ducrot a pu traverser la Marne tout en repoussant l'ennemi. Le gouvernement défend aux journaux de publier d’autre compte rendu des combats sous Paris que celui donné par le Journal officiel.

Jrupr soir, 1e décembre. Froid très sec. Hier, outre les positions conquises sur l'ennemi du côté de la Marne, les Français se sont emparés du village d'Epinay, près de Saint-Denis, On y a fait cent trente prisonniers et pris deux mitrailleuses. Aujourd'hui, le canon n’a presque pas parlé. On enterre les morts et on relève les blessés. On dit que les Français ont perdu hier neuf à dix mille hommes, et les Prussiens vingt à vingt-cinq mille. Les voitures d’ambulance passent à chaque instant sur le boulevard avec les victimes de la bataille d'hier. On ne s'attend pas à une nouvelle action ävant demain. Les charbonniers qui vendent à faux poids, passent de mauvais quarts d'heure. On a failli pendre celui qui demeuré dans notre maison, parce qu'il avait donné quarante-cinq livres de bois

quand il avait reçu le prix de cinquante livres. La garde nationale est arrivée à temps pour rétablir la paix et emmener le charbonnier chez le commissaire de police. Quelques bonapartistes hallucinés espèrent toujours que Napoléon IIT fera son entrée à Paris demain, 2 décembre, Fe Venprepr s01R, 2 décembre.—- Un froid de loup. Au prix actuel du bois, il fait cher se chauffer. Depuis ce matin, à trois heures, on dirait un congrès de tonnerres. Les grosses pièces des forts donnent à la fois, C’est à devenir sourd. À trois heures après-midi, les estafettes commencent À arriver du champ de bataille. Elles traversent la ville en criant: Bonnes nouvelles ! Au coin de la rue Drouot, un officier qui a quitté le combat à deux heures et demie, raconte à un groupe dont je fais partie que, refoulée le matin sous les forts, l’armée française a repris l'offensive à onze heures et a enlevé avec un entrain admirable les hauteurs de Villiers-sur- Marne et de Chennevières. On s’est battu pendant huit heures contre plus de 100,000 Allemands. Dans sa dépêche de ce soir, le général Trochu exprime sa satisfaction de la tenue et du courage des troupes, et déclare que la victoire d'aujourd'hui est beaucoup plus importante que celle d’avant-hier. Pas le moindre Napoléon aux portes de Paris et le 2 décembre est . passé !

Samenr &07R, 8 décembre. Pluie à torrents, boue à botte que veux-tu. Silence sur toute la ligne, Comme avant-hier, on relève les blessés et on enterre les morts,

On dit que Bourbaki est à Senlis, à douze lieues de Paris, Une dépêche de Gambetta, datée du 3 novembre, nous apprend qu'après trois jours de combats heureux, l’armée de la Loire est arrivée à Montargis, à cent dix kilomètres de Paris. Si les armées qui vien- . nent à notre secours ne rencontrent pas des forces ennemies trop nombreuses, nous pourrions bien être débloqués d'ici à huit jours. Quel bonheur de pouvoir enfin lire vos lettres, qui me font défaut depuis trois mois ! Les deux derniers ballons partis de Paris sont tombés, l’un en Hollande, l’autre à Christiania, en Norvége. Il est probable que vous recevrez une de mes lettres avec le timbre hollandais ou norvégien. Les affaires commerciales sont nulles en ce moment. Le nombre des boutiques fermées augmente chaque jour. La misère envahit les rues. On ne rencontre que mendiants et infirmes qui demandent du pain. Je crois que si nous ne sommes pas débloqués dans un bn la position ne sera plus tenable,

DIMANCHE s01R, 4 décembre.— Froid sibérien. Pas d'engagements sous les murs. Ce matin, l’armée du général Ducrot a repassé la Marne et est venue camper dans le bois de Vincennes. Il paraît qu’il n’entrait pas dans le plan de Trochu de garder les positions conquises dans les derniers combats et que le résultat que l’on cherchait a été obtenu. Nous autres, pauvres pékins, nous ne comprenons rien À ces combats glorieux qui nous laissent gros Jean comme devant. On nous a dit qu’il fallait avoir confiance dans le plan du généra!

Trochu, et nous continuons à croire au succès définitif de la campagne, bien que nous ne comprenions rien à ce qui se passe depuis huit jours. On évalue à vingtdeux mille, tués ou blessés, le chiffre des pertes dans les rangs ennemis, dans les journées des 29, 30 novem-

bre et 2 décembre. Celles des assiégés né dépassent |

pas six mille. Dans les bouillons, les prix sont doublés. Le pain et le vin seuls se vendent aux taux ordinaires. Les pauvres souffrent beaucoup par ce temps de froid extrême, le bois 8e vendant à cinq francs les

100 livres. Si le siège continue encore pendant un,

mois, la vie deviendra tout à fait impossible pour les petites bourses. ;

Lunoi sotr, 5 décembre.—Toujours un froid très vif.

La retraite du général Ducrot produit une mauvaise impression dans la population. On se demande si Trochu va suivre l'exemple de Bazaine, qui faisait des sorties très brillantes, mais qui était toujours obligé de venir se réfugis" sous les canons de Metz. Comme la capitale de lu Lorraine, sommes-nous destinés à subir une capitulation? Pas d'opérations militaires aujourd’hui. Le général Renault, le commandant Franchetti, des éclaireurs à cheval, ont succombé hier aux blessures qu’ils avaient reçues dans la journée du 2 décembre. Pas de nouvelles d'Orléans depuis trois jours. Ce silence devient inquiétant dans les circonstances actuelles. Notre salut dépend des armées de la province, surtout de celle de la Loire. Que deviennent les pigeons messagers ? Sont-ils dévorés par les éper-

Rai

viers et les faucons que les ennemis ont fait venir d'Allemagne pour leur donner la chasse ? Depuis cinq jours, nous n'avons plus de gaz dans les maisons, C'est le pétrole qui est le dieu de la lumière, et la bougie est son prophète. Presque toutes les boutiques ferment à la tombée de la nuit. Les rues sont encore éclairées au gaz, seulement un bec sur trois. À six heures, la capitale a un air morne qui fait l’Ame triste. Les cafés seuls restent ouverts jusqu’à minuit. Grâce aux Jampes à pétrole, ils sont encore éclairés suffisamment. Les cafés font de l'or en ce moment. Comme le charbon est aussi rare que lé merle blanc et que le bois se vend déjà six francs les 100 livres, tous les célibataires, et dans une ville assiégée ils composent la majorité de la population, puisqu’un très grand nombre de gens mariés, ayant envoyé leur famille en province avant l'investissement, sont célibataires pro tempore, vont passer leurs soirées au café, où, pour huit sous, il sont chauftés, éclairés, abreuvés d’une tasse d’excellent café, sans compter les journaux qui sont à leur disposition. Par ce temps de froidure et de siège, c'est done une. économie que de passer sa soirée au café. Les cabinets de lecture sont également encombrés, mais ils ne peuvent recevoir qu'une cinquantaine de personnes à la fois, tandis que trois à quatre cents personnes sont parfaitement à l’aise dans tous les cafés des grands boulevards.

Mari soir, 6 décembre.—Toujours très froid. Mauvaise nouvelle aujourd'hui. Le général en chef de l'ar-

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JOURNAL DU SIÈGE DE PARIS. . 195 mée assiégeante, le comte de Moltke, a envoyé par un parlementaire une lettre au général Trochu, lui annonçant que l’armée de la Loire avait été battue et que les Prussiens occupaient de nouveau Orléans. Le commandant des forces ennemies offre de donner un saufconduit aux officiers que les autorités françaises voudraient envoyer pour vérifier cette défaite. Le gouverneur de Paris a répondu qu’il ne jugeait pas à prois pos d'employer le moyen proposé par le général enji | nemi, pour s'assurer de la vérité de la nouvello comà muniquée par l'état-major prussien. Qn croit généra- Ji lement que cet empressement du général en chef alle-

mand de nous faire connaître le désastre d’une armée française, doit cacher un piège. D'abord, est-il bien , vrai que l'armée de la Loire ait été battue? En admettant comme vraie la dépêche de M. de Moltke, estce toute l’armée d’Aurelle de Paladines qui a été battue, ou seulement le corps d'armée chargé de défendre Orléans ? Dans le premier cas, ce serait un désastre de la plus haute gravité ; dans le second, nous n’aurions à déplorer qu’un fuit de guerre tout à fait secondaire. Paris est très agité ce soir. Pourvu que la voyoucratie de Belleville ne cherche pas, comme au lendemain de la capitulation de Metz, à profiter de l’émotion publique pour tenter un coup de main contre le gouvernement. Rien sous les murs de Paris aujourd’hui. Mercrept sorr, 7 décembre. —- La température s’est un peu adoucie depuis hier. Pas de rapport militaire aujourd’hui. L’émotion produite hier au soir par la

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