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lettre de M. de Moltke, est calmée. La bourse ne s’est pas effrayée de la prétendue défaite de l’armée de la Loire. La rente n’a baissé aue de vingt-cinq centimes. Nous continuons à être sans nouvelles de Tours, cè qui jette l'inquiétude dans la population parisienne, car nous n’osons pas dire, pas de nouvelles, bonnes nouvelles. Les rumeurs abondent. Le roi de Prusse, ne se sentant plus en sûreté à Versailles après la dé- A faite de ses troupes sur les bords de la Marne, serait . parti pour Reims. Napoléon III, si Paris succombe, . A ferait son entrée avec les troupes prussiennes, La guerre serait sur le point d’éclater entre l’Angleterre et la Russie à propos de l’éternelle question d'Orient, Jeunt sotr, 8 décembre. — Pluie et neige. Toujours même silence sous les murs de Paris, Ces messieurs de Belleville, qui faisaient un si beau tapage dans les | Ne premiers jours du siège et qui demandaient avec tant de violence des chassepots pour courir sus à l’ennemi, ont fait piteuse figure dans les dernières batailles. Soixante et un soldats des tirailleurs de Belleville sont traduits devant un conseil de guerre pour désertion devant l’ennemi. Le bataillon tout entier est licencié et son chef, Floureus, a été arrêté hier. Les frères des écoles ch'étiennes se conduisent admirablement sur le champ de bataille, Chargés par les ambulances d’aller. relever les soldats qui tombent dans : la mélée, ils accomplissent cette périlleuse mission avec un courage qui s'élève à la hauteur de J'héroïsme. La Patrie en danger a rendu le dernier soupir hier.
Comme le rossignol de Milleyoye, Blanqui est maintenant sans voix.
Venprent sotr, 9 décembre. — Le froid, qui nous avait quittés pendant un jour, est revenu plus intense que jamais. Les forts semblent avoir pris l’habitude Hat du silence. Nous sommes toujours sans nouvelles de la province. La défaite de l’armée de la Loire, annoncée avec tant de complaisance par M. de Moltke, demeure toujours à l'état de problème. Où est Bourbaki? Kératry est-il réellement à Montlhéry ? On dit que d'Aurelle de Paladines est à Fontainebleau avec la droite et le centre de l’armée dela Loire. Malheureusement, ces bruits ne sont pas confirmés par l’Ofiù … ciel, qui devient silencieux comme la tombe. Aucuns.
prétendent que le gouvernement a bien reçu des nouvelles, mais que ces nouvelles sont désastreuses, et que les chefs militaires, voulant faire une sortie déses- BD pérée, ne veulent pas décourager les soldats en leur Ye faisant connaître les défaites des armées de la pro- Rue vince. Cette rumeur doit être mise en circulation par les pessimistes. Autre cancan. Les Prussiens auraient évacué Versailles après avoir mis le feu au palais de Louis XIV, Je n’en crois pas un mot,
SaMErt 801R, 10 décembre. — Froid à pierre fendre. Rien comme opérations militaires. Toujours sans nouvelles de Tours. Les Prussiens nous ont envoyé de Versailles deux pigeons qui nous ont apporté des nouvelles désastreuses de la province. Ces dépêches, écri-
tes dans un français allemand, font rire les Parisiens ù 13
au lieu de les effrayer. Cette vieille ficelle qui a réussi à Verdun n'aura jamais de succès à Paris. Les clubs continuent à faire parler d'eux. Celui de Belleville se fait surtout remarquer par ses accès de prétrophobie. Les jésuites sont toujours les bêtes noires. Les Bellevillois ont déclaré hier que Trochu et J. Favre (!). étant deux jésuites, la nation n’avait plus de confiance en eux.
Druancue sorr, 11 décembre.—Le froid de plus fort en plus fort comme chez Nicoler. Le prix du bois allant toujours en augmentant, nous serons bientôt obligés de rester couchés toute la journée si nous ne voulons pas mourir de froid. Quelques coups de canon du côté de-Saint-Denis, mais pas d'engagement. Hier et aujourd’hui, panique à propos du pain. Les ménagères font émeute devant les boulangeries. Dans l’Oficiel de ce soir, le gouvernement nous annonce que nous avons du pain pour quatre mois. Espérons que cette panique, causée par la crainte de voir le pain manquer à l'alimentation, ne se renouvellera plus. Toujours absence de nouvelles de la province. On dit que demain on fera une grande sortie, Il faut que l’on se décide à agir bientôt, car les provisions nous feront défaut avant longtemps. Nous avons bien, il est vrai, pour quatre mois de pain et de vin, mais ce genre de nourriture causera une telle mortalité chez les malades, les femmes et les enfants, que nous serons obligés d'ouvrir les portes de la capitale après un mois de
ce régime, \
Lunpt soie, 12 décembre. — Dégel complet. Brouillard à couper avec un couteau. Le baron Saïllard, ancien ministre plénipotentiaire, a succombé hier au soir aux blessures qu'il avait reçues à la bataille du 2 décembre: Bien qu’il fût bonapartiste, tous les journaux républicains rendent hommage à l’héroïsme qu’il a montré dans les derniers combats. On parie de dissensions sérieuses entre le général Ducrot et le gé-
. néral Blanchard, qui commande le deuxième corps de
la deuxième armée de Paris. Ce qu’il y a de certain, c'est que le Journal officiel de ce matin annonce la dissolution du corps d'armée du général Blanchard. Dans la crise épouvantable que nous traversons en ce moment, si la discorde règne parmi les chefs militaires, Paris et lu France devront bientôt subir la paix désastreuse que la Prusse veut imposer. Pas de nouvelles de Tours. Quelques coups de canon tirés par les forts, mais pas d'engagements.
Manor soir, 13 décembre.—Pluie et brouillard. Pas de nouvelles ni de Tours ni de l’étranger. Les jour. naux n'entrent plus dans Paris. Dans les deux premiers mois du siège, presque chaque semaine nous recevions quelques journaux anglais: depuis un mois, pas une feuille étrangère ne parvient À franchir les lignes pruasiennes. Îl ne nous reste plus que les messagers ailés, qui nous font complètement défaut depuis douze jours. M. de Moltke aurait-il dit la vérité? La victoire des Prussiens sur les bords de la Loire séraïitelle à ce point foudroyante que le gouvernement de
Tours, obligé de chercher un refuge dans une ville du Midi, ne pourrait plus envoyer des pigeons au gouverneur de Paris ? Ce silence obstiné inquiète la population parisienne, qui commence à voir l’avenir sous les couleurs les plus sombres. Beaucoup de rumeur$. On prétend avoir entendu, de l’autre côté de Versailles, la canonnade de l’armée .de Bourbaki, M. Thiers serait à Paris depuis hier soir, Pourquoi ? Se. rait-ce pour apporter des propositions d’armistice ? Kératry et d’Aurelle de Paladines auraient fait leur jonction à Pontoise, Je parierais dix contre un qu'il ‘n’y a pas un mot de vrai dans tous ces cancans. MeErorEDt 8018, 14 décembre. — Brouillard, temps doux. Tant mieux, car lorscue le bois se vend sept francs les 100 livres, il fai, cher se chauffer. On parle de deux engagements dans la nuit d'hier. Le premier, à Boulogne, près de Saint-Cloud, aurait coûté 1,500 hommes aux Prussiens. Dans le second, les Allemands auraient tenté de rep:endre le plateau d’Avron, occupé par l’armée de Paris depuis la bataille du 2 décembre. Repoussés par l'artillerie française, ils auraient perdu plus de 2,000 hommes. Le chiffre de la mortalité a augmenté de plus de quatre cents dans la dernière semaine. C’est surtout chez les femmes et les enfants que la mort fait le plus de victimes. Il ne saurait en être autrement, principalement pour les enfants, à cause de la rareté du lait, qui se vend à un prix inaccessible aux petites bourses. La misère va en augmentant. L'industrie et le commerce sont para-
lysés. On donne bien 1 fr. 50 par jour aux gardes nationaux, mais avec ce menu salaire, on ne pent manger que du pain et boire un démi-litre de vin. Pas de nouvelles de Tours.
: Jeupt sorr, 15 décembre.—Temps très doux ; le thermomètre marque quinze degrés au-dessus de zéro. On a entendu le canon toute la journée. Les forts tiraient sur les ouvrages que les assiégeants ont réussi à élever par les brouillards de ces derniers jours. Trois pigeons sont enfin arrivés aujourd’hui avec des dépêches pour le gouvernement. Avec quelle impatience nous attendoné l’Offciel de demain matin, qui doit nous donner des nouvelles de Tours, je n’ai pas besoin de vous le dire: En attendant, les rumeurs vont leur train. Orléans aurait été repris une seconde fois par l’armée de la Loire. Voilà une ville qui doit s’amuser médiocrement de faire ainsi la navette entre les Français et les Prussiens. Rouen serait occupé par les troupes du roi Guillaume. Pour la vingtième fois, Bismark aurait été assassiné par un Polonais. Nous saurons à quoi nous en tenir demain. Les prix des aliments continuent leur progression ascendante. Il faut avoir 25,000 francs de rente pour se payer une soupe aux choux. Ce légume qui, en temps ordinaire, se vend trois sous, vaut maintenant sept francs. Les poireaux se paient six sous pièce. Si cela continue, le seul moyen de vivre à bon marché sera de se manger les uns les autres. Gare à moi qui suis encore joliment gras!
Venprebt 8018, 16 décembre, — Temps très beau et
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202 JOURNAL DU SIÈGE DE PARIS. be
très doux. Canunnade des forts, mais pas d’ongagements. L'Oficiel de ce matin nous donne eufin les nouvelles apportées par les pigeons arrivés hier. M. de Moltke n'avait pas menti. Après avoir tenu pendant plusieurs jours contre les forces supérieures du prince Frédéric-Charles, le général d’Aurelle de Paladines a dû évacuer Orléans. Divisée en deux parties par cet échec, l’armée de la Loire compte encore 200,000 hommes. La moitié de ces forces, sous le commandement du général Chanzy, couvre Tours. L'autre, sous les ordres de Bourbaki, doit protéger Bourges et Nevers et empêcher le mouvement tournant que les Prussiens veulent opérer en Sologne. Amiens et Rouen sont tombés aux mains des Allemands. Le gouvernement de Tours s’est transporté à Bordeaux. Tout cela n’est ja guère rassurant. Paris ne peut plus compter que sur 1e ‘ lui-même pour se débloquer. La population parisienne est affigée, non désespérée, de ces nouvelles douloureuses. On enntinuera 1n lutte quand même, et la capitale tiendra tant qu’il y aura un morceau de pain à manger. Il 1aut, coûte que coûte, retenir devant nos muy: les 800,000 assiégeants qui iraient, si nous avions le malheur de capituler maintenant, aider le prince Frédérie-Chsrlus à écraser les armées qui ge forment en province Le gouvernement réquisitionne aujourd'hui tous les chevaux, ânes et mulets. Cette mesure énergique nous assure 30,000 chevaux, qui nous donneront de la viande jusqu’au quinze février. Les légumes 8008, les pâtes et le chocolat nous empécheront de
mourir de faim jusqu’au quinze mars. D'ici là, il passera hien de l’eau et bien du sang dans les rivières de France et La victoire reviendra peut-être au drapeau tricolore. Dans quelques jaurs, les omnibus ainsi que les fiacres cesseront de circuler, Chevaux de louage, chevaux de luxe, tout sera mangé.
SAMEDI 80IR, 17 décembre.—-Toujours un temps très doux. On trouve cela joliment bon de ne pas geler. Canonnade des forts, mais rien de sérieux. On parle de bombardement pour la semaine prochaine. Je continue à n’en rien croire. Il y a aujourd’hui trois mois que nous sommes investis. Je crois que c’est la première fois qu’une ville de deux millions d'habitants est assiégée pendant un aussi long espace de temps. Dans un centre comme Paris, où les cerveaux brûlés des quatre coins de l’Europe s6 donnent rendez-vous, il est réellement merveilleux que la tranquillité publique ait pu se maintenir si longtemps. Je ne parle pas de l’échauffourée du 31 octobre, qüi n’a été que
quez que nous n’avons plus de sergent: de ville, que la police est faite par les citoyens. Le chiffre des cri-
60 % ou des trois cinquièmes depuis que nous sommes assiégés. À quelque chose malheur est bon. Il n’y a qu'une seule spécialité qui ait augmenté depuis l’investissement, c’est l’ivrognerie. On ne travaille plus, tout le monde est garde national, on fait l'exercice deux fois par jour, ce qui altère énormément, À ce qu'il
ridicule et qui n’a duré que quelques heures. Remar-.
mes et délits de toute espèce a diminué de plus de :
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paraît, on va chez le marchand de vin plus souvent qu'à son tour et l’on rentre chez soi plus ou moins paf. À Créteil, le chef du deux centième bataillon de la garde nationale, qui faisait le service des grand’ gardes, était ivre avec la moitié de ses hommes. Un décret de ce matin a dissous ce bataillon trop soiffard. Il fait cher vivre en sybarite par ce temps de misère, Les œufs, 1 fr. 50 pièce. Le fromage, 18 francs la livre. Pour nous, gens de peu, nous mangeons du cheval, encore du cheval et toujours du cheval. Par-ci, par-là, un gigot de matou.
Dimanome so1r, 18 décembre.— Très belle journée d'automne. Un monde énorme sur les boulevards. Rien comme opérations militaires. Le Journal officiel de ce matin publie une nouvelle dépêche de Gambetta, en date du: 14, apportée par un pigeon. Pendant douze jours l’armée de la Loire a tenu en échec le prince Frédéric-Charles. Bien qu’elle ait été obligée de battre en retraite, c'est un fait de guerre considérable qu’une armée de recrues ait pu résister pendant douze jours aux meilleures troupes de l'Allemagne. Le général Chanzy, qui paraît être, d’après Gambetta, le véritable homme de guerre révélé par les circonstances, a su faire échouer le mouvement tournant du prince Frédéric-Charles. Au moment où il écrivait sa dépéche, Gambetta était à Bourges, travaillant avec Bourbaki à réorganiser les.corps d’armée qui se sont repliés devant les troupes prussiennes. Chanzy est en parfaite sécurité dans le Perche, at prêt à reprendre l'offensive aus-
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sitot que l'armée de l'Auvergne aura fait sa jonction avec les forces de Bourbaki. En somme, la situation n'est pas mauvaise. Avec de la persévérance et de l’abnégation, la France peut encore espérer le triomphe définitif. Ici, nous allons mettre flamberge au vent avant trois. jours. La fermeture de toutes les portes, signe précurseur de toutes les grandes sorties, est afñchée sur les murs. Mardi ou mercredi, nous aurons certainement une tempête de balles et de boulets sous les murs de Paris. Toutes les voitures d’ambulance sont consignées pour demain. Le lieutenant d'’artil- 18 lerie avec qui j'avais fait une excursion extra muros Le ; pendant la bataille du 13 octobre, part à minuit, avec de quatre batteries de mitrailleuses, pour aller occuper
4 0 un poste qu’il ne connaît pas encore lui-même. Il ne pr le connaîtra que lorsqu'il aura dépassé la ligne des UE forts. C’est le seul moyen de garder le secret des opé- # | rations.
Lunor soir, 19 décembre.—Temps sombre. Silence sur toute la ligne. Grands mouvements de troupes. On dit que d’Aurelle de Paladines à perdu son commandement depuis l'évacuation d'Orléans par son armée. Du a: reste, Gambetta ne fait plus mention de lui dans ses 0 : dernières dépêches. Autre rumeur. L'armée française % aurait battu l’armée prussienne à Beaugency et aurait LLC fait 15,000 prisonniers. La viande de chien et de chat continue à faire le bonheur des petites bourses. On voit maintenant dans les rues des petites voitures, avec ciocheites pour appeler les passants, qui sont de vé-
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ritables boucheries canines et félines ambulantes: La librairie au rabais, ne pouvant expédier ni en province ni à l'étranger, se donne presque pour rien. Avec cinq cents francs, on achèterait ce qui vaut trois mille francs au rabais, en temps ordinaire.
Mani, 22 décembre. - Aujourd’hui, 27 février, je reprends mon journal, que le froid et les souffrances des dernières semaines du siège m'avaient obligé d'interrompre, Je mets au net les notes au crayon que j'ai prises depuis le 19 décembre.
Temps nuageux. Les mouvements de troupes ont continué toute la journée. Pendant la nuit, on a battu le rappel pour réunit les compagnies de marche de la garde nationale. On pense que le branle-bas général commencera cette nuit. L'affaire, si nous en pouvons juger par la masse de troupes qui sortent de Paris, sera plus sérieuse que celle du 2 décembre. Il éat probable que la bataille durera deux ou trois jours. Fasse le ciel que la Franoe soit enfin victorieuse et que nous soyons débloqués pour Noël! La mélasse, qui ne se vendait presque pas à Paris, fait maintenant los beaux
jours des petits ménages. On fait dé la trempette comme chez nous. Nous mangeons en ce moment du pain américain. Le boulanger de notre rue reçoit tous les jours des montagnes de quarts de farine portant l’estampille du Pacific-Mill, Wisconsin.
Merorapr, 21 décembre.—Froid très sec. On s’est battu du côté du Bourget. On a fait une centaine de prisonniers, mais le Bourget est resté aux mains de
l'ennemi. Sur le boulevard, on rencontre les voitures d'ambulance qui ramènent les blessés, Du côté de la Marne, on s’est emparé de Ville-Evrard, de Neuilly et de la Maison-Blanche. On s'attend à une grande affaire pour demain.
Jeuni, 22 décembre.—-Froid sibérien. Contrairement à l'attente générale, pas le moindre combat sous les murs de Paris. Le bois devient très rare et se vend à des prix fabuleux. Nous entrons décidément dans la période aiguë du siège. On commence à construire quelques baraques sur le boulevard pour la vente du
jour de l’an. Je crois que les pet is marchands ne fe-
ront pas fortune cette année, Co 1me maintenant les rues sont peu ou point éclairées, on vend de petites lanternes que l’on accroche à la boutonnière de son paletot.
Venprent, 28 décembre.—Toujours un froid excessif, Les mobiles occupent la Ville-Evrard depuis hier. Malheureusement, ils n'avaient pas fouillé le sous-80l dela maison. Dans la soirée, les soldats saxons, qui s'étaient cachés dans les caves, sont tombés à l’improviste sur les Français, et dans la bagarre le général Blaize a été tué. Revenus de leur surprise, les moblots ont massacré ou fait prisonniers les Allemands coupables de ce tour de Tarnac. La vie devient de plus en plus difficile pour les petites bourses. Une dinde se vend cent francs. ;
Samæpt, 24 décembre.—Froid canadien. Les pauvres soldats, qui ne sont pas vêtus pour supporter une pas
MUR. L MP D PR ALTER UT ANT IP RAS Loi L ? pal 1 Q N
reille température, souffrent horriblement. Beaucoup sont morts de congélation depuis deux jours. On est obligé de faire rentrer les troupes dans Paris, car il est impossible de tenir la campagne par ce froid de quinze degrés. Tout est contre nous. Pendant vingt jours, on avait travaillé à faire les préparatifs d’une grande sortie, et voilà que le général Hiver force l’armée française à chercher dans les murs de la capitale un abri contre les rigueurs d’un froid impitoyable. Du reste, il paraît que les Prussiens, bien que mieux couverts que la garnison de Paris, souffrent aussi et que les morts causées par la congélation sont très nombreuses dans le camp du roi Guillaume, Dimanone, 25 décembre. — Toujours un froid de loup. Combats d’avant-postes sans importance. Triste jour de Noël. Le ciel est gris, pas le moindre rayon de soleil. La poussière soulevée par le vent du nord vous aveugle. Rien de morne comme ce froïd sans neige et sans soleil. Les églises sont pleines aujourd’hui. Autant d'hommes que de femmes, ce qui est rare à Paris. On se familiarise avec la viande de chien. Le pâté fait avec les restes mortels d’un azor quelconque, se vend quatre francs la livre. C’est assez cher, comme vous voyez. Pour moi, je mange du cheval une fois par jour. Il faut avoir des rentes pour se payer deux repas de viande. Le soir, je mange du pain sec avec du thé. Je n’ai pas besoin de vous dire que le beurre, se vendant quatre francs la livre, n'existe pas pour les petites gens comme moi,
: Luwnr, 26 décembre.—Toujours le même froid sibérien. Rien de sérieux comme opérations militaires. Je reste au lit aussi longtemps que possible, attendu qu'il est impossible de se chauffer, quand le bois est à deux sous la livre. Je vais au Collège de France et À la Sorbonne, les jours où il y a des cours. À quel degré d’abrutissement le siège peut réduire un homme! J'ingurgite des cours de mathématiques, de mécanique et une foule d’autres machines en ique, de sanscrit, de chinois, avec un eourage dont je ne me serais jamais cru capable. Que n'écouterait-on pas pour avoir le droit de se chauffer ? Heureusement que l’on n’est pas obligé de comprendre, autrement je serais fort empêché.
Mani, 27 décembre. — Le froid continue avec la même intensité. Le bombardement, auquel je m’obstinais à ne pas croire, a commencé ce matin. Les forts de l'Est, de Noisy, de Nogent, ont été couverts d'obus. En somme, peu de dommages matériels. Plus de bruit que de besogne. Les batteries du plateau d’Avron ont vigoureusement riposté à l'ennemi. Les Prussiens ont lancé hier. plus de cinq mille obus.
Meror&pi, 28 décembre.-—Le thermomètre ne monte pas. Le bombardement des forts continue, mais avec moins de violence que pendant la journée d’hier. Je suis allé sur le boulevard, Peu de baraques et peu de jouets. On vend des chaussettes, des semelles en feutre et des espèces de bonnets de laine appelés passe-montagne. Si les marchands de bibelots sont peu nombreux, en revanche il y a autant de vendeurs
de journaux que de portes cochères. Sur le boulevard Montmartre, les cris et les boniments des détailleurs du quatrième pouvoir de l'État rendraient sourd un artilleur. Comme le commerce des livres et feuilles périodiques est libre depuis le 4 septembre, beaucoup d'enfants, de femmes et de vieillards trouvent dans ce petit négoce le morceau de pain et l’once de cheval qui doivent les empêcher de mourir.
Jevni, 29 décembre.—-Le froid ne diminue pas. Pendant la nuit, le général Trochu a fait évacuer le plateau d’Avron, qui, n'étant pas fortifié, n’était plus tenable pour les Parisiens. On a pu ramener sous les forts, sans perdre un seul homme, les canons et les A munitions. Cette évacuation du plateau d'Avron pro- ! “4 duit une bien mauvaise impression dans le ‘public. ': On se demande comment il se fait que cette position, occupée par les Français depuis le 2 décembre, n'a pas été mise, par des travaux en terre et des casemates, né k à l'abri des bombes prussiennes ? Les Allemands n'ont : pas mis vingt-six jours à rendre Châtillon, Meudon et Montretout imprenables. Le général Trochu perd. chaque jour de sa popularité. Je le crois un très hounête homme, mais il fait trop de proclamations. C’est un avocat habillé en général. On commence à croire qu’il n’est pas À la hauteur des circonstances. En définitive, il n'avait d’autres titres à la haute position qu'il occupe aujourd’hui que la critique qu'il a faite de l’armée française en 1867. [l prouvera une fois de plus là vérité du vera classique :
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La critique est aisée et l’art est diMcile.
Le bombardement des forts continue, mais sans causer de dommages sérieux.
Venprept, 30 décembre.—Le thermomètre reste ên statu quo. Canonnade à grand orchestre pendant toute la nuit. Heureusement que nous sommes habitués à ce tapage tonitruant comme les chiens à aller tête nue, et que nous n’en dormons pas moins bien. Ce sont surtout les forts de l'Est qui servent d'objectifs aux Prussiens, Quelques artillours ont été blessés, mais les forte ne sont pas endommagés. Le commerce des crêpes prend chaque jour une plus grande extension. A tous les coins de rues on en vend à deux sous pièce. Comme il n’y a plus ni œuf, ni lait, ni beurre, on remplace le lait et les œufs par l'huile, et le beurre par la graisse de cheval. C’est tout simplement horrible à sentir. Pour le goût, je ne saurais vous en parler, car je n'ai pas eu le courage d'affronter ce mets oléo-chevalin.
Samepr, 81 décembre.— Toujours même persistance du froid. Le bombardement continue avec la même intensité sans faire beaucoup de mal. Les Parisiens ne sont nullement effrayés de cet ouragan de fer, qui, du reste, n’a pas encore atteint le mur d'enceinte. On vend maintenant du boudin de cheval. Comme cela coûte moins cher que la viande, j'ai essayé d’en manger. C’est tellement nauséabond, qu'il m’a été imposgible d'en avaler une bouchée.
Dimanous, 1 janvier 1871.—Frold noir. Nous com-
mençons l’année au sun d’une canonnade enragée. Les
grosses pièces de marine des forts et des redoutes du Moulin-Saquet et des Hautes-Bruyères répondent éner-
giquement au feu des assiégeants. C’est une chaîne
non interrompue de coups de tonnerre depuis le matin
jusqu'à deux heures de l'après-midi. À dater de ce
moment, les coups ne se suivent plus que de cinq mi-
nutes en cinq minutes. Cependant les rues de Paris sont pleines de gens qui font leurs visites. On se presse
la main, on s’embrasse avec une gaieté qui n’a pas l’air
d'entendre le grondement formidable des canons
Krupp. Je pense au pays et à la famille, et au jour de
l’an canadien. Reverrai-je jamais le ciel de la patrie ?
Dieu seul le sait. Pour mes étrennes, j'ai mangé du
chien. Ce n’est pas mauvais. Pourtant il faut se faire
violence pour avaler les premières bouchées de l'ami
de l'homme, car nous avons une répugnance instinctive
pour cette viande. On vend au prix de quatre francs
la livre une espèce de tête de cochon en fromage. Ça
vous empeste à cent mètres. De quelles substances
hétéroclites peut bien se composer cette ratatouille infernale? Je n’ai pas besoin de vous dire que le porc
n'existe plus depuis longtemps dans la bonne ville de
Paris.
Lonni, 2 janvier.——Froiïd de chien et repas de chien. ‘Bombardement d’une violence incroyable -sur le fort de Nogent, qui a reçu plus de six mille obus pendant la journée. Les dommages matériels ne sont pas considérables. Seuleraent trois hommes tués et douze
blessés. Mais quel vacarme! La population est toujours tranquille. Nous sommes rationnés à deux onces de cheval par jour. J'ai ma carte de rationnement délivrée par la mairie du dixième arrondissement, C’est un spectacle triste, mais en même ternps admirable, de voir avec quelle patience, avec quelle résignation, par ce froid de quinze degrés, les pauvres femmes des faubourgs font queue pendant trois ou quatre heures à la porte des boucheries municipales, les seules ouvertes depuis deux mois, pour obtenir cette maigre portion de trente grammes de cheval. Le chien, le chat et le rat, n'étant ni réquisitionnés ni rationnés, deviennent forcément la nourriture des pauvres diables.
Mani, 8 janvier.— Froid de loup. Escarmouche sans importance près de Groslay. Le fort de Rosny a été aujourd’hui Pobjectif des Prussiens, qui l'ont couvert d’obus. Le bois manque complètement. On commence à couper les arbres des bois de Boulogne et de Vincennes pour les ambulances. On annonce que, dans quelques jours, le gouvernement, en faisant abattre les arbres des promenades publiques, pourra fournir du bois à la ‘population. En attendant, les petites et les moyennes bourses ne peuvent plus se chauffer. Pour les riches, ils achètent au poids de l'or, chez les fabricants de meubles du fauborrg Saint-Antoine, les bois de chêne, de buis, d’acajou, etc., employés dans l’ébénisterie. Bien à plaindre sont les familles pauvres qui
ont des enfants en bas âge, des malades bé des vieil-
lards. La mortalité augmente dans une proportion énorme: plus de quatre mille par semaine. Et nous ne sommes qu’au commencement de la période aiguë du siège. On prétend que nous pouvons tenir jusqu’au 15 mars, A cette époque, la moitié de la population sera morte de faim et de froid.
Mercrepi, 4 janvier. Le froid ne veut pas nous faire grâce d’un seul degré. Le bombardement fait rage eur les forts de l'Est. Trochu, qui était un dieu dans le mois de septembre, est traîné aux gémonies par les journaux. On se demande, et avec raison, il me semble, pourquoi il n’a pas fait des sorties continuelles pour harceler l'ennemi et le retenir sous les forts. En définitive, nous ne savons pas si nous sommes investis par 300,000 Allemands, ou si le gros de l’armée prussienne n'a pas quitté les environs de Paris, en laissant seulement quatre hommes et un caporal pour faire le blocus de la capitale, afin d'aller porter secours au prince Frédéric-Charles, qui est serré de près par Chanzy. Voilà bientôt quatre mois que nous sommes assiégés, et Trochu n’a fait que cinq sorties. On commence à faire des caricatures et des chansons sur le fameux plan du gouverneur de Paris. Pour moi qui suis tout à fait étranger aux choses militaires, je ne me permets pas de critiquer notre commandant en chef, maïs j’avoue que je ne comprends plus rien au système de défense adopté par l'Hôtel de Ville,
Jeupr, 5 janvier.—-La neige qui a tombé toute la
journée a un peu diminué le froid. Le bombardement des forts d’Issy, de Vanves et de Montrouge 8e continue avec une intensité incroyable. Au coin du bouleird de Strasbourg, vers quatre heures de l'après-midi, un capitaine de la garde nationale annonce à un groupe dont je fais partie que les obus des Prussiens ont franchi le mur d'enceinte et sont tombés dans la rue Daguerre, près du cimetière Montparnasse. Une maison a été effondrée, et une femme et deux enfants ont été tués. Le récit du capitaine ne rencontre que des incrédules. Je continue ma route jusqu’à la rue Drouot, devant la mairie du neuvième arrondissement, où 8e tient un véritable club en plein vent. Un garde national vient annoncer que les bombes des assiégeants sont tombés à Plaisance, à l'extrémité du quartier latin. Ici, on se montre encore plus incrédule que sur le boulevard de Strasbourg. On traite de Prussien le malheureux qui a apporté cette mauvaise nouvelle et on le conduit au poste. Nous saurons demain ce qu’il y a de vrai déns ce commencement du bombardement de Paris, car, jusqu'à ce jour, les forts seuls ont été atteints par les projectiles de l’ennemi. VENDREDI, 6 janvier. — Le temps s’adoucit un peu. C’est malheureusement trop vrai, le quartier latin a reçu le baptème du feu. Les obus prussiens ont tué six personnes À Plaisance. Aujourd’hui, le bombardement, commencé hier, continue à faire rage. Les Parisiens n’en sont pas autrement effrayés. Comme les canons Krupp ne peuvent atteindre que le côté sud, la
plus grande partie de la capitale restera toujours à l'abri des projectiles allemands, et ei le bombardement de le rive gauche devient trop violent, les habitants viendront chercher un abri sur la rive droite. On prétend qu’il y a de bonnes nouvelles de la province : Chanzy aurait battu le prince Frédéric-Charles. Le commandant de l’armée de la Loire est maintenant l'idole des Parisiens, qui lui prêtent le génie de Napoléon I: pour avoir le plaisir de démolir Trochu, qui vient de déclarer officiellement qu'il ne capitulera pas. Je crois que cette déclaration du gouverneur de Paris est une imprudence. Le commandant en chef d’une ville de deux millions d’âmes ne doit pas dire qu'il ne capitulera jamais, car il arrive toujours un moment où il faut mettre bas les armes devant ce général invincible qui s'appelle la famine. Trochu a voulu avoir sa petite phrase à sensation comme son collègue Jules Favre, qui a été porté aux nues parce qu’il a écrit: “ Ni un pouce de notre territoire, ni une pierre de nos forteresses.” Un homme politique ne doit pas brûler ses vaisseaux. En le faisant, Jules Favre se trouvera obligé, pour ne pas se désavouer lui-même, de faire une guerre à outrance, que ne permettront peut-être plus les ressources épuisées de la France,
SAMept, 7 janvier.—Température assez douce. Aprèsmidi, je suis allé au quartier latin. Près du jardin du Luxembourg, un obus, lancé de Châtillon, c’est-à-dire à une lieue et demie de Paris, est venu éclater sur le boulevard Saint-Michel, à deux cents pas devant moi.
re Il a tué un cheval attelé à un fiacre, fracassé la tête
ci d’ane pauvre vieille femme qui est morte sur le coup,
“é et démoli la devanture d’un marchand de vin. Je n’ai
pas jugé à propos d’aller plus loin et je suis revenu
chez moi, me promettant bien de ne plus traverser la
Seine tant que durera cet infernal bombardement. La
d coupole du Panthéon a été atteinte par les projectiles
Le prussiens, ainsi que la tour de Saint-Étienne-du-Mont.
55 Les bonnes nouvelles de la province qui circulaient
hier ne se confirment pas. Voilà bientôt un mois que
nous sommes sans dépêches de Gambetta. Tout cela
n'est guère rassurant. Les ultra-radicaux, ennemis
jurés de Trochu, font courir le bruit que c’est lui qui
fait bombarder Paris par les forts, afin de hâter la ca-
pitulation de la capitale et de rétablir Napoléon III.
ue C’est stupide, mais il y a des imbéciles pour avaler
Fe cette bourde. Ce bombardement de Paris nous a pris
\ par surprise. C’est une loi de la guerre qu'avant de
bombarder une place qui renferme une population
civile, l’assiégeant doit notifier quarante-huit heures
à l'avance le commandant de la ville assiégée, afin
que les femmes, les enfants et les vieillards puissent
chercher un refuge en dehors des murs. M. de Bis-
mark, l’homme qui a dit: La force prime le droit, ne se
: gêne pas pour si peu. Du reste, cette dépense de fer-
st railles n'avance pas la reddition de Paris de cinq mi-
nutes. Tant que nous aurons une bouchée de pain à
Ac manger, nous tiendrons quand même, en dépit de tous ie : À les canons Krupp du monde.
Dimanons, 8 janvier.--Le froid semble vouloir revenir, Nous avons enfin des nouvelles de la proviice. Gambetta nous annonce que Faidherbe a remporté, le 3 courant, à Bapaume, une grande victoire sur les Prussiens, Chanzy réussit à maintenir le prince Frédéric-Charles sur la rive gauche de la Loire, Cela ne nous suffit pas, car si l’armée de la Loire ne vient pas à notre secours, il faudra bien que nous succombions,
puisque le pain nous manquera bientôt. Il est dejà
noir et lourd comme le pain de seigle. On annonce qu’il sera rationné à partir de demain. Nous n'aurons plus que trois cents grammes par personne. Le bombardement a fait rage toute la journée. Au point de vue de la capitulation de Paris, c’est tout à fait inoffensif, Malheureusement, il y a chaque jour une dizaine de victimes. Déjà, au quartier latin, on descend dans les caves, espérant y trouver un refuge contre les obus. Tout ce qui est comestible atteint des prix insensés. Les rats d’égoût, qui sont les plus recherchés parce qu’ils sont plus gros et plus gras que lés autres, se vendent maintenant trois francs pièce. Un chat vaut vingt-cinq francs. Le chien continue à se vendre à des prix moins exagérés, On annonce la mort de Prim, tué par les républicains de Madrid. Veuillot prétend que l’homme qui a mis fin aux jours de ce trop célèbre conspirateur, a volé la potence. M'est avis qu’il a raison.
Lunni, 9 janvier.— Le temps est redevenu très froid. Aujourd’hui le bombardement a été effrayant: c'est
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une véritable pluie d’obus monstrueux qui est tombée sur le quartier latin. Comme les projectiles prussiens, set en éclatant dans l'air, font un bruit aussi retentissant ’ que les grosses pièces de marine, nous avons eu un véritable tonnerre à jet continu pendant toute la journée. Je suis sorti vers quatre heures. Sur le boulevard de Sébastopol, on rencontre de pauvres familles sè éplorées traînant dans des petites charrettes leurs main | telats, sur lesquels reposent les enfants. Elles viennent chercher sur la rive droite un refuge contre les bombes du roi Guillaume. C’est un spectacle navrant de voir, 8: par cette température sibérienne, tous ces pauvres pe- RS tits enfants, grelottant de faim et de froid, traînés par leurs parents, qui vont demander un abri de maison en maison. Je dois dire que tout le monde s'empresse de leur donner asile, Notre maison a reçu sa part des émigrants de la rive sud. Nous avons une pauvre femme, folle de douleur: sa fille aînée, âgée de vingt ans, a été coupée en deux, avant-hier, par un obus qui est tombé sur leur maison et a éclaté dans la chambre où se trouvait la malheureuse victime. Pour sauver les quatre enfants qui lui restent, elle a dû quitter son logement. La guerre est une chose horrible. Quand on ne fait que lire l’histoire des conquérants, on se laisse facilement prendre. au miroitement de:la gloire militaire. Mais quand on a vu de près les ravages et les désastres causés par la guerre, on se demande avec pe effroi quel nombre incalculable de misères sans nom, je de douleurs inénarrables, de morts épouvantables, il
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faut à un conquérant pour tresser ce qu’on est convenu d'appeler la couronne du vainqueur.
Marni, 10 janvier.— Moins froid qu’hier, Engagement sans importance du côté de la Malmaison. Aujourd’hui, les Prussiens ont lancé plus de cinq mille obus sur Paris. Cet ouragan de fer n’a pas produit les résultats que l'ennemi espérait. Une maison a pris feu, mais en moins d’une heure, ce commencement d'incendie a été éteint. Douze personnes ont été tuées. C’est bien triste de voir douze créatures humaines anéanties par ces projectiles de l’enfer, mais, au point de vue général de la défense, c’est absolument insignifiant. Si les Allemands comptent sur le bombardement pour précipiter la chute de Paris, ils se trompent étrangement. La faim seule pourra leur ouvrir les portes de la capitale. Les richards seuls peuvent manger de la viande. Le bœuf d'Australie conservé dans des boîtes de ferblanc, se vend vingt francs la livre. Un chou ordinaire vaut aujourd’hui dix-huit francs.
Mercrept, 11 janvier. — Le froid s’obstine à nous faire geler. Le bombardement de la rive gauche a continué sans interruption pendant toute la journée. Huit personnes ont été tuées, et une vingtaine plus ou moins dangereusement blessées. Nous souffrons beaucoup de la mauvaise nourriture. Le pain, dans la composition duquel il n’entre plus que 20° de blé, est un mélange de riz, de pois, de haricots, de lentilles, avec assaisonnement de paille. Si nous devons être soumis à ce régime pendant encore un ou deux mois, je crois que je