‹ Lettres et fragments de lettres de Octave Crémazie [microform]Chapitre 25 sur 32 · ES A · texte numérisé non relu

ES A

Le 18 mars, messieurs les émeutiers vinrent, avec

leurs tambours et leurs clairons, remplacer l'effet des

quinze, tasses de café sur mon système nerveux. Cette rectllescence d'insomnie m’avait singulièrement abat. tu. Aussi, quand j'ai vu que les affaires de la capitale, au lieu de s'améliorer, prenaient une tournure de plus en plus mauvaise et ne semblaient pas me promettre un dodo prochain, je me suis empressé de venir à Orléans et j'en suis très content. Je dors bien et j'ai un excellent appétit. Dans l’après-midi, je fais de longues marches sur les bords de la Loire, qui sont très beaux et très pittoresques. Je rencontre en route beaucoup de moulins à vent qui, avec leurs grands diables de bras tournants, ont une apparence tout à fait fantastique.

On ne voit pas ici ces forts et vigoureux chevaux du Perche qui sont si communs à Paris. Dans l’Orléanais, la plus belle conquête de l’homme ressemble beaucoup à nos petits chevaux canadiens. Les ânes sont aussi bien plus petits que dans le département de Seine-et-Marne. Pas beaucoup plus gros qu’un chien de Terreneuve, un aliboron orléanais traîne toute une famille de paysans. Il ne va pas au galop, mais il fait son petit bonhomme de chemin en trottinant,

À la semaine prochaine, Gi

A SA MÈRE

Orléans, 22 avril 1871, Ma bonne mère,

.….Les émeutiers continuent à terroriser Paris et les postes sont toujours interrompues. Toutes les lettres de la province et de l'étranger sont dirigées sur Versailles, où elles attendent l'entrée des troupes dans la capitale. Je reste donc privé du bonheur de vous lire.

Les malheureux Parisiens subissent en ce moment la plus effroyable dictature. Les églises sont fermées, les prêtres sont jetés en prison, les maisons des riches sont livrées au pillage; pour un mot, un geste, on vous conduit à la Conciergerie. Tous les misérables qui, dans les temps ordinaires, demeurent dans les bas-fonds de la société, remontent aujourd’hui à la surface et profitent du triomphe momentané de la canaille pour voler les riches et dénoncer leurs mattres, souvent même leurs bienfaiteurs d'autrefois. Cette orgie de la voyoucratie touche à sa fin. Les troupes de Versailles sont aujourd’hui maîtresses de tous les environs de Paris, et j'espère que tout sera fini le 1er mai.

Ici, À Orléans, tout est très calme. Je vais maintenant chaque jour à la bibliothèque, qui est très riche en documents historiques. J’étudie les chroniques de la ville d'Orléans. Celles qui racontent le siège de 1428 et la délivrance de la ville par Jeanne d'Arc sont très

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