‹ Lettres et fragments de lettres de Octave Crémazie [microform]Chapitre 8 sur 32 · ÈS · texte numérisé non relu

ÈS

PR mr

dans un mois. Si la Frence sort victorieuse de la crise terrible qu’elle traverse en ce moment, il est probable que Napoléon TITI reviendra aux Tuileries. Je dis: il est probable, car, parmi les généraux aue la défaite du 6 août lui a imposés, il y en a plusieurs, tels que Changarnier, Trochu, le nouveau gouverneur de Paris, ete,, qui sont des orléanistes de premier choix. Or parle déjà de Trochu comme du Monk qui doit rer'ncer sur le trône la famille de Louis-Philippe.

Je ne sais pas ce que la Providence réserve à la France, mais si le comte de Paris doit remplacer Napoléon IT], je crois que l’on écrira bientôt de la France ce que Kosciusko disait de la Pologne: Finis Poloniæ !

Les d'Orléans représentent les boutiquiers et les avocats, deux classes qui ne sont guère héroïques. En présence de la Prusse, qui veut rétablir l'empire d’Allemagne, ce n’est pas avec des métaphores ou des prosopopées que l’on conservera à la France le rang qui lui appartient en Europe.

Avant-garde, par sa position géographique, des peuples de race latine, la France, comme le dit Cha: teaubriand, est un camp. Elle doit avoir toujours la rain sur son épée. M’est avis que les héros de l’agiotage ou du mur mitoyen qui veulent diriger les destinées de la nation, trouveront trop lourde pour leurs mains débiles la flamboyante épée de Charlemagne, de Louis XIV et de Napoléon.

On se dit à l'oreille les cancans les is fantaisistes à propos de Napoléon IIT. Il est devenu fou,

LETTRES ET FRAGMENTS DE LETTRES. at

disent les uns. Il s’est suicidé, racontent les autres. —Ï1 s'est sauvé à Londres. — Il s’est enfui en Belgique.— Tous ces bruits absurdes sont mis en cireulation par les ennemis de l'empire, qui voudraient bien se partager sa succession.

1 pourrait se faire que Paris fût assiégé par les Prussiens, On dit que cette éventualité entre dans le plan de Bazaine, afin de pouvoir mieux écraser les envahisseurs. Si vous étiez une semaine ou deux sans recevoir de mes nouvelles, il ne faudrait pas vous faquiéter.….

AUX MÊMES

Paris, 90 août 1870.

Mes chers frères,

Vous avez été bien étonnés d'apprendre la douloureuse nouvelle de la défaite de l’armée française, et vous vous demandez comment ä se fait que cette armée, invincible depuis Waterloo, ait été brisée à son premier choc avec la Prusse. D'abord le plan de bataille était mauvais. On avait échelonné les troupes

sur toute la frontière ; l’ennemi, que l’on ne croyait. . pas si nombreux, a écrasé les deux extrémités, Forbach ét Reichshoffen, sans qu’il fût possible au centre de porter secours.

D'ailleurs, les deux cent cinquante mille hommes

Page 1