‹ Lettres et instruction pastorale de monseigneur l'évêque de ChartesChapitre 13 sur 15 · DES MYSTERES DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

DES MYSTERES DE LA RELIGION

ET

DES MTSTÈBES DE l'iNCIŒDULITB.

Un journal fort répandu ayant inséré deux articles dans lesquels se trouvaient des propositions très-injurieuses pour la foi chrétienne f et en particulier pour le clergé catholique , M*'. rÉvêque de Chartres se crut oblige de repousser ces attaques. Il le fit en consacrant quelques pages de \ Instruction pastorale suivante , à la réfutation de ces articles. Nous n'avons pas cru devoir séparer ce long passage de l'écrit dont il fait partie. En conséquence ^ nous donnons ici Ylnstruc^

(158) tion pastorale tout entière. Elle sera lue j nous n'en doutons pas , avec intérêt , et sur-: tout avec beaucoup d'utilité par les personnes à aui nous o(n*ons ce recueil.

Claudb-hippoltte €lausel de hontals ,

par la miséricorde divine et la grâce du Saint- Slége apostolique , évèque de Chartres ,

Au Clergé et aux Fidèles de notre Diocèse, Salut et Bénédiction en Notre-Seigneur JÉsus-

ClIHlST.

Le Seigneur se tait, nos irès-chers Frères , et sa colère excitée par une foule d'écrits où il est indignement attaqué , se recueille , dit un prophète , et laisse une libre carrière aux ennemis de son nom et de sa Religion sainte.

Aussi, Tincrédulité trompée par ce silence ne refuse-t-elle rien à sa haine profonde contre nos dogmes antiques. A la seule pensée de ces croyances de tous les âges , elle rit, elle blasphème^ elle se récrie comme ne pouvantcomprendre que ces préjugés puérils (c'est son langage) aient pu faire si long-temps illusion au genre humain. Elle se croit tout permis.

Elle propose publiquement d'établir une religion nouvelle dégagée de nos dogmes et de nos mystères. Elle perpétue la violation du jour du Seigneur, prévarication inouïe qui est une insulte gratuite et sanglante faite à la divinité, et le scandale de l'univers. Elle fait prévaloir des habitudes qui sont en contradiction ou-, verte avec les lois les plus sacrées et les plus inviolables de l'Église oCi nous sommes nés ;

( 1Ô9) en un mot, elle triomphe, et une foule innoii]<« brable se presse toujours sous ses bannières. ëe le sais, on remarque dans les esprits , depuis quelques années, un mouvement yers le culte de nos pères. Ah I faut-il s* étonner qu'une impiété aussi outrée que celle qui a régné long-temps autour do nous et qui est loin d'être déchue de son influence , indigne à la fîn et ramène quelques âmes droites , et que les touchantes miséricordes qui éclatent quelques fois sous nos yeux , fassent monter du moins quelques vœux et quelques soupirs vers le trône du Toul-Puissant. '

Mais de bonne foi , quelle proportion y a-t-il entre le petit nombre de ceux qui ouvrent les yeux à la lumière et la multitude qui la méconnaît ? Hélas I le mal est toujours d'une étendue et d'une profondeur désolante. One impérieuse dominatrice de ce siècle , et s*ll m'est permis de l'indiquer par son nom , la presse, fomente incessamment cette plaie qui nous dévore. Son pouvoir agît sai>s relâche et partout. 11 est vrai^ son action rencontre quelques obstacles et quelques barrières pour ce qui regarde les choses de la terre : mais le ciel lui est livré sans réserve, ou du moins elle élude effrontément les lois destinées à venger celui qui y règne.

Soiiffrej! , N. T. C. F. , que nous en mettions sous vos yeux quelques exemple». Ce détail vous sera utile ; il vous fera rejeter des œuvres de mensonges dont les poisons , que vous bravez imprudemment, ne peuvent que faire de bien tristes ravages dans vos âmes.

Un de nos écrivains périodiques qui semble s'arroger la dictature de l'opinion et qui se

(160 ) ▼ante de vouer sa plume à la conseryation de Tordre public, se sertdeceYoile pour attaquer la Religion plus dangereusement , avec une malignité plus réelle que ne le font ses agrèsseurs les plus violens. En dernier lieu y il of« frait à ses lecteurs un parallèle odieux et plein de dénigrement entre le clergé anglican et le clergé catholique de France. Après avoir parlé avec pompe des ministres du culte anglican qui forment , dit-il , plutôt une corporation qu^une croyance et qui , suivant lui , semblent

f^lus préoccupés des intérêts terrestres et poitiques de leur nation que du sentiment étev' nel, il tombe impitoyablement sur TÉglise qui nous a vus nailre. Il prétend qu'elle s'abandonne à une sorte dé romantisme qui amollit et cor^ rompt tous ses dogmes. Quelle absurde et outrageante accusation contre nous ! Quel voile ignominieux jeté sur la gloire et les services qui. ont honoré pendant quinze siècles , aux yeux de Tunivers , le clergé de notre patrie ! Qu'enseignons-nous, que faisons-nous qui ne retrace jusque dans les moindres détails le langage, les enseignemens, les fonctions , les démarches de zèle de nos prédécesseurs ?

Voilà donc tant de personnages vénérables, tant de grands hommes qui ont d*âge en âge servi les autels dans ce royaume, transformés en propagateurs deconceptions romantiques, en rêveurs y, en visionnaires ^ en corrupteurs

Ï oublies. C'est à faire ce vil métier qu'ont passé eur vie les Bernard , les François de Sales. , les Vincent de Paul , les Boiirduloue, lesBos- 8uet>les Fénélon. C'étaient des esprits faibles et des citoyens inutiles qui^ au lieu de s'occuper d'élections , de factoreries et de comp^

toirs, perdaient leur tempsà former des élus pour le ciel et à persuader aux hommes d'acheter un trône dans ce royaume immortel au prix de quelques sacrifices et de quelques vertus.

Quelle leçon à donner au peuple , quelle consolation à lui offrir que de lui dire que les biens de ce monde dont il est privé , sont tout ou à peu près tout , et que les dédommagemens que nous permettons à leurs rudes peines, dans une vie meilleure , ne sont qu'une sorte d'imagination romantique ! Voilà de quelles doctrines aussi désastreuses qu'impies on nourrit la jeunesse, la multitude » tant d'esprits crédules, tant de caractères ardens qui brûlent de se jeter dans la voie de la corruption. Quelle impulsion donnée aux sentiments de désespoir, aux crimes, auxfureurs, aux rébellions les plus sanglantes eties plus lamentables ! Du reste ce journal sepiqued'nne dextérité admirable ; il a une tactique fort re-* ma rquable par ses stratagèmes, ses temps d'ar^ rét, ses manœuvres diverses, ses variations calculées. Surtout quand il s'agit de religion , il mêle le vrai et le faux , les caresses et les outrages, les ménagemens et les traits les plus blessans » les plus envenimés. Il approuve de loin en loin notre culte par politique et le fouie aux pieds par inclination. Il prend le masqué ; il pense que les chrétiens sont dupes de ce manège , mais bientôt il le soulève ou plutôt le jette au loin avec audace ; de crainte d'avoir trop voilé aux yeux des habiles son mépris hautain et son aversion profonde pour nos croyances. Il trouve qu'il y a quelque chose de bon dans le Christianisme > mais il ajouts

que de nos jours il ensevelit ses lumières dans les superstitions. Il décide qu'il y a des erreurs dans la Bible ^ et c'est ainsi que d'un seul mot il renverse toute la foi chrétienne , puisque s'il y a une seule fausseté dans le s Livres saints, ils peuvent n'être qu'un tissu d'ignorance et d'impostures. Il met sur la même ligne Moise etKant, un législateur, un philosophe inspiré de Dieu , et le fabricateur du système le plus nébuleux et le plus propre à faire évanouir toute vérité. Qui nous délivrera, dit-il, des superstitions et des mystères ; et je lui montrerai , dans un instant , qu'il y a dans son incrédulité, quelque forme qu'elle prenne, des mystères affreux et des ténèbres plus épaisses et plus nombreuses que les obscuri* tés augustes de notre foi. Il promène avec dédain le niveau du pyrrhonisme sur les doctrines les plus lumineuses, les plus dignes de respect et sur les rêveries les plus infâmes et les plus stupides. Il trouve admirable que la couronne et la tiare soient réunies en même temps sur la tête d'une femme , comme si Jésus-Christ avait dit aux rois et aux reines et non pas aux Apôtres : Allez, enseignez toutes les nations ; comme si l' Homme-Dieu qui devait avant tout annoncer au monde à qui il remettait les pouvoirs spirituels qu'il laisserait sur la terre , n'eût pas désigné d'une manière précise et exclusive Saint Pierre « son vicaire ici-bas , en lui disant: Paissez, conduisez y gouvernez mes brebis et mes agneaux , c*est-à*dire, les grands et les faibles, toute la société des fidèles.

Il semble préparer de loin et de toutes ses forces l'établissement en France d'une reli-*

gioo nationale, c'est-à-dire , schismatiqoe el séparée du centre de l'unité catholique. On a opéré momentanément, il y a un demi siècle, cette séparation • cette rupture ; et presque tout le clergé de ce royaume, plutôt que d'y prendre part, a versé son sang sur les échafauds ou subi les horreurs de Texil. Les évèques et les prêtres français de nos jours, donneraient le même exemple à l'univers.

Enfin il s'épouvante des projets des niveleurs et des communistes. Il déplore les forfaits sanguinaires qu'inspire de temps eu temps à des forcenés le fanatisme politique.

La religion gémit plus amèrement que lui sur ces attentats horribles. Mais les anathèmes dont elle les poursuit sont rendus inutiles par l'impiété , que propage la feuille qui nous occupe. Oui , on pourrait dire à ce publicisle : Vous frémissez à la seule pensée de ces associations qui méditent un bouleversement universel. Mais ceux qui les composent sortent de votre école ; vous les avez encouragés par vos leçons. Vous leur avez appris que Dieu est indémontrable par la philosophie^ c'est-à-dire> par la lumière de la raison. Vous avez brisé par là le seul frein efficace de leurs passions ; vous les avez enflammées , ces passions, vous les avez poussées jusqu'au délire. En leur ôtant la vue de Dieu et de la vie future , vou9 leur avez rendu intolérables les maux de la vie présente ; vous les avez jetés dans le désespoir; vous avez préparé tous leurs crimes. Non , vos craintes ne se réaliseront jamais ; Dieu qui ne veut pas la destruction du genre humain , ne le permettra pas. Mais si , par nne supposition impossible, cette effroyable^

chimère se vérifiait , les g^ens de bien échappés aux déchiremeos affreux qui auraient inondé de sang ce royaume , n'auraient-ils

Ï)as le droit de vous dire : Prédicants du phiosophisme impie et destructeur des nations , reconnaissez votre ouvrage ; allez pleurer sur les ruines de la France, puisque vous avez pu survivre aux coups de vos disciples et à la honte d'avoir allumé leurs fureurs , aiguisé leurs armes , déchiré par leurs mains notre infortunée patrie.

Un autre écrivain s^est chargé d'élever un nouveau monument à l'impiété. Cet écrivain , en parlant tout récemment de la société fondée par Jésus-Christ^ la désignait par ces mots: Cette lUon vaincue qu'on appelle f Église. Sans doute il la voit déjà , comme cette cité antique, ensevelie sous ses ruines. Mais qu'il n'en doute point, le triste espoir qu'il nourrit, sera trahi parl'événement. Notre Église a toujours survécu aux funérailles de ceux qui s'étaient hâtés de célébrer les siennes. Dioctétien érigea une colonne pour annoncer au monde qu'il l'avait frappée au cœur ; qu'elle n'était plus : la colonne a croulé, le persécuteur est mort ; pour elle , son règne s'étend encore à la terre entière. Au huitième siècle, les Sarrasins allaient porter le coup mortel à cette épouse du Sauveur ; Dieu remit son glaive entre les mains d'un roi chrétien , et les champs français furent témoins de leur effroyable défaite. 11 y a quarante ans , nous la vîmes prête à rendre le dernier soupir ; en ce moment , poussé par une inspiration d'en haut, le conquérant qui la menaçait, lui tendit la main et la releva. Non , jamais elle n'or-

( i65 ) iicra le triomphe d'un vainqueur. La mort inême ne peut rien contre la promesse d*im*mortalité qu'elle a reçue. C*esl un aigle que uiiile traits vont atteindre et blesser dans la nue ; son sang tombe sur la terre à gouttes pressées ; sa tête, tristement penchée, semble marquer la place où il va expirer dans la poussière ; mais bientôt une force secrète le ranime , et il reprend un essor si ferme et si rapide qu'il est aisé de voir que rien ne peut ni lasser son courage , ni épuiser sa vigueur. Aussi, poursuivra-t-il son vol sans jamaiss'arrêter, et ses ailes, majestueusement étendue» sur les siècles , ne se ploieront que sur le» derniers débris de l'univers écroulé. Celte durée fera sa gloire. Ses nobles malheurs sont aussi son privilège*

Mais ces malheurs , on du moins l'abandon de la foi parmi nous qui en est une si douloureuse circonstance , quelle en est la cause la plils réelle ? Le croiriez-vous , N. T. C. F. ? C'est l'ignorance, c'est-à-dire, cette complète absence de notions sur les vérités saintes , à laquelle Tertullien attribuait la haine des païens de son temps contre le Christianisme.

(1) On ne se met plus en peine d'acquérir la moindre instruction sur Dieu , sur nos rapports avec lui , sur la fidélité et le culte qui lui sont dus. Quoi ! dites-vous , se peut-il que dans ce siècle de lumières, on soit si étranger à une science qui tient incontestablement le premier rang parmi les connaissances élevées , importantes , indispensables ? Oui »

N. T. C. F. , rien n'est plus vrai ; et quand je in'exprime ainsi , je ne parle pas seulement

(1) Tcrtul. Apolog. cap. 3.

de la multilude , ou des personnes livrées au tourbillon du monde et des affaires , f ai en vue les bommes les plus éclairés sur d'autres objets, les savans , les gens de lettres jusleoient renommés, et je dis que parmi ces esprits émineus , il en est qui sont plus ignorans en matière de religion que les hommes les plus dénués d'instruction et de culture.

Comment cela se fait-il ? Ah Me profond mépris pour la foi qu'ils ont trouvé , à l'entrée de leur carrière , établi dans le monde » joint à l'orgueil que leur ont inspiré d'éclatans succès et la supériorité des taiens , leur a per^suadé qu'il était indigne d'eux^ non-seulement de croire , mais de s'enquérir même sur quels motifs on avait cru avant eux. Il ont dédaigné une étude qui leur paraissait trop peu sérieuse. Les uns ont un caractère honorable, élevé ; ceux-là respectent notre sincérité , et ils se taisent. D'autres à qui cette droiiure et celte élévation d'âme ne sont pas échues en partage , déclament , dogmatisent ; ce sont là les plus habiles comme les plus implacables ennemis de nos croyances. Bien souvent ils allient à une corruption de mœurs systématique et profonde , une sorte de sagesse factice et de parade qu'ils font servir à leur dessein. Ils ne parlent que de conscience en sapant , en ruinant toute morale; ils blasphèment d'un air timoré ; ils usurpent cette gravité calme qui n'appartient qu'à la vertu , pour attaquer Dieu , pour lui disputer ses ouvrages , pour éteindre son culte sur la terre. Par ces dégnisemeas hardis, ils en imposent , ils font pénétrer partout l'athéisme, le panthéisme, le matérialisme , tous ces monstres de doctrine

dont un reste de foi encore subsistant eoipé^ che seul l'irruption presque universelle* A quelques Ames près » rien ne leur échappe :

la jeunesse, même distinguée du vulgaire, qui a bientôt oublié les instructions dont les pasteurs avaient nourri son enfance , et qui depuis n'a trouvé d*autre contre-poids à des dogmes affreux que de faibles notions sur la nature et les perfections divines qu'on leur a données , quelquefois par pure bienséance ou même d'un air incrédule et moqueur, cette jeunesse se précipite donc dans une voie oCi ses insensés désirs n'éprouvent point d'obstacle. Le peuple est plus malheureux encore et plus cruellement atteint par ces doctrines. Une partie de ceux qui forment cette classe s'enivrent à tel point de ces enseignemens impies dont aucune idée, aucune crainte de Dieu ne balance l'expression , qu'ils ne connaissent d'autre correctif à l'infériorité de leur condition que l'espoir de s'en affranchir viorlemment, et de tout bouleverser ; d'autres délassemens à leurs travaux que des chants où l'on célèbre l'enfer , que des lectures qui enflamment toutes les passions , dont ce lieu fournit l'inspiration et le modèle ; d'autre issue à la douleur de leurs infirmités ou aux surprises et aux coups rigoureux de la fortune que le désespoir et le suicide. Ils ont la science du mal qui est mêlée à l'air qu'ils respirent , mais quant aux instincts et aux lumières qui Tiennent de plus haut , ils y sont étrangers. Je le répète donc , l'ignorance est le fléau de la foi dans nos contrées. Or , le plus grand trait d'ignorance dans cette matière , c'est de

Ïienser que tous les mystères sont du côté de a Religion , et que le privilège de rincrédu- ]i(é , c'est d'émanciper la raison et de lui ouvrir une roule 011 elle ne rencontre ni ombre ni difticulté propre à fatiguer rinteiligence. Erreur capitale, N. T. C. F. Ilélas ! et combien de belles âmes se perdent elles-mêmes pour jamais , par reffet de cette fausse vue. Pour être dans te vrai , il faut adopter la proposition contraire ; et se pénétrer de cette vérite y que les systèmes de l'incrédule renferment bien plus de mystères » on « si l'on veut, d'obscurités impénétrables que la doctrine de l'Évangile et la foi du chrétien catholique.

Grand et beau sujet que je vais traiter avec quelque étendue , et dont l'éclaircissement vous sera d'une utilité extrême pour rectifier l'erreur de vos jugemens et vous assurer le vrai bonheur;

Commençons le parallèle qui nous donnera ces lumières par celui qui est le principe de tout , et que les considérations les plus grandes , les plus nécessaires où l'homme puisse s'élever , servent de fondement à ce que je vais dire. Elles expliquent tout, et riennes'explique sans elles.

Que voyons-nous , quelle pensée nous frappe pour peu que nous nous arrêtions à considérer le monde , à méditer sur ce qui nous entoure? Après quelques momensde réflexion, la plus grande des vérités se découvre à notre esprit ; nous nous disons à nous-mêmes :

Il existe des êtres autour de moi, mais qui les a formés ? D'où viennent-ils ? Ils n'ont pas trouvé dans le néant la cause de leur existence^ puisque le néant est la négation de l'être » de

la réalité. Cependant ils existent. Il faut donc absolument qu'au nombre des êtres , il y en ait un qui est éternel, incréé, qui est par luimême (1) » et dont l'inépuisable fécondité a produit toutes les choses créées. Sans un tel être , rien n'existerait. Voilà le Dieu que nous adorons*

Qui peut méconnaître l'évidence et la rigueur mathématique de cette démonstration?

Ici, sans doute, il est impossible de compren* dre , mais il serait insensé de ne pas croire*

Allons plus loin. Quelle est la nature» quels sont les attributs de cet être qui vient de se montrer à nous ? Ce doute est pleinement éolairci par ce que nous venons dédire. L'être qui nous occupe existe par lui-même , il ne lui est donc rien venu par communication , par emprunt ; il tire de son fonds tout ce qu'il est; il ne possède pas seulement l'être » mais en renferme en lui la source et le principe. A présent, je le demande, puisqu'il est antérieur à tous les êtres, qui aurait pu mettre un terme aux effusions de cette source ? Qui aurait pu mesurer l'action de ce principe , l'arrêter à un point détermipé et arbitraire ? Non , un tel obstacle est évidemment une chimère, et on chercherait en vain le grain de sable oCi seraient venus expirer les flots de cet océan de vie. Dans ce grand être» tout est donc absolu» nécessaire, iilimilé; il est infini.

Oui» il est inGni en tout et sous tous les rap-

Ïiorts. Gomment en douter 4^ Il trouve «en lui a plénitude de l'être , tout ce qui le perfectionne , tout ce qui le rend sans ombre » sans défauts , sans mesure. C'est-à-dire qu'il est

Hf Ebo %wHi oui sam. Exod. III. 14.

infiniment grand , infiniment puissant, infini* ment vrai, infiniment sage, infiniment bon , qu'il est pourvu pleinement et sans limitation de toutes les perfections dont nous pouvons concevoir Tidée.

Voulez-vous que je vous montre ceci sous un nouveau jour? Supposez un roi aussi grand que vous voudrez , qui se fasse admirer d(^ tout Tunivers par sa puissance , par sa sagesse, par sa magnanimité, par ses vertus.

Que dira le vrai philosophe de cette grandeur? Il dira qu'elle est aussi incomplète que passagère et fragile. Pourquoi ? C'est que les qua* liiés et lès magnifiques avantages de ce prince ont des bornes , et que le néant qui est celte limite , l'investit et le presse de toutes parts. D'où il suit que le néant affecte celte nature si élevée , la rapetisse, la restreint, lui Ole sa vraie grandeur et presque sa réalité. Que In condition de ce roi devant qui tous les autres ne sont rien , est difierenle! L'être est son essence; sa nalure est donc l'exclusion la plus entière, la plus absolue du néant : il est doue impossible que ce néant si menaçant, si terrible pour les grandeurs mortelles, se mêle à la sienne pour la déprécier, pour l'obscurcir, pour la limiter. Dieu est donc infiniment pariait. Ce n'est pas tout : il est unique. Quelle en est la raison ? C'est qu'il ne peut se faire que plusieurs infinis existent à la fois. En^fft't , chacuu de ces prétendus infinis verrait au-dessus de lui quelque chose de plus excellent que lui-même , c'est-à-dire^ un être dont la grandeur ne souffrirait ni égalité, ni concurrence , ni comparaison.

Ajoutons que Dieu est incorporel , immaté-

fl7i) riel , qu'il est un pur esprit Étendez , agran-» dissez tant que vous voudrez une substance matérielle, il est aisé de concevoir qu'on pourra toujours y ajouter quelque chose , lui marquer une limite. Tout ce qui est corps ou matière est donc essentiellement borné, qualité qui ne peut compatir avec Dieu^ avec TÊ* tre infini.

Remarquez , N. T. G. F. , que les vérités qtie nous venons d'établir, ne sont pas seulement dictées, démontrées par la raison ; elles éclatent encore dans les deux ; elles y sont écrites en caractères qui frappent également et les hommes les plus simples et les plus sublimes génies. Quel cri s'élève donc de toute la nature pour confirmer ce que nous avons dit de l'immensité des perfections divines ? Tant d'ordre , tant d'éclat , tant de symétrie , tant de beauté , en un mot tant de merveilles qui uous entourent , ne font-elles pas entendre , suivant la pensée d'un ancien , un hymne continuel d'admiration et d'action de grâce , qui atteste et célèbre la bonté, la puissance, la souveraine sagesse , en un mot , les attributs adorables et inCnis du Créateur !

Ces mêmes vérités sont gravées dans le cœur de l'homme. On ne les a jamais présentées à un esprit sensé et libre de passion, qui n'en ait reconnu l'empreinte en lui-même et n'y ait souscrit sans hésiter. Annoncer un Dieu parfait, c'est s'unir à l'élite des sages de tous les siècles , c'est au fond parler avec le genre iiumain.

Comparons maintenant les obscurités nécessaires qu'offre à l'esprit notre doctrine sur

(171) Dîeu , et les nuages dont la doctrine contraire est enveloppée.

Il est vrai , et nous l'avons déjà remarqué ^ un être existant par lut-même présente |i notre raison un mystère impénétrable. Mais comment nos adversaires oseraient-ils nous l'opposer , puisque dans tous les systèmes imaginables on est forcé de l'admettre ? Ils prétendent, eux, que la matière est éternelle ; ils pensent donc qu'elle trouve en elle-même la cause de son existence. Jusque là» notre condilionetcetle de l'incrédule estla même; l'ohs* curité est semblable de part et d'autre. Mais voici ce qui met un immense intervalle entre notre sentiment et celui que nous combattons. C'est qu'une fois cette première vérité reçue (le dogme de l'Être par lui-même) , nous ne marchons qu'à la clarté de la raison , de la phis vive lumière ; tandis que l'opiuion con-> traire, chargée de cette difficulté inévitable » n'en rencoiiire plus sur sa route que d'autres aussi propres à déconcerter la plus ferme lalelligence.

Il est aisé de s'en convaincre en jetant un coup-d'œil sur les systèmes de ces infortunés qui s'appliquent à détrôner le vrai Dieu. Les premiers qui s'offrent à nous , ce sont les Panthéistes, dont il est si facile de confondre les odieuses rêveries, dignes de reparaître au milieu de l'effroyable confusion d'idées et de la profonde dépravation qui ravagentetaveuglent tant d'âmes parmi nous.

Si tout est Dieu , comme l'avancent ces sophistes , successeurs de ce que le paganisme a eu de plus impie et de plus abhorjçé , si tous les objets qui existent sont des portions de la

^Mfifa

{ i74 ) divinité, qui peut donc les empêcher de par* ticiperauxprivilèges d'une substanceexistante par elle-même? Pourquoi' ne puisent-ils pas dans leur fonds les plus précieuses^ les plus hautes qualités de TÊtre ? Puisqu'ils sont les possesseurs de la vie incréée » qu'ils en portent la source en eux-mêmes , pourquoi ne s'embellissent-ils pas des perfections inefifahles qui ne sont que les modifications, les attributs nécessaires de TÊtre éternel ? Qui ne voit ici recueil et le faible évident du Panthéisme ? Oui, si le triste partisan de celte doctrine pouvait donner de la réalité à ses rêves, s'il pouvait communiquer au bois , à la pierre , aux corps matériels les plus grossiers , les titres et la nature qu'il leur suppose, aussitôt ces viles substances trouveraient dans leur sein des trésors inconnus de grandeur , d'indépendance et de lumière ; elles s'élèveraient dans les airs, elles iraient se mêler aux ustres les plus brillants. Que dis-je? transformées en intelligences sublimes , en puissances augustes et souveraines , elles iraient demander un trône dans les cienx, ou plutôt se placer elles-mêmes peur jamais aux milieu des clartés éternelles. En faut-il davantage que cette conséquence aussi palpable que révoltante pour faire crouler ce détestable système et le rendre à l'obscurité oii il se cachait et à l'horreur des peuples qui le poursuivait depuis deux mille ans ?

Et le déplorable disciple de l'athéisme , qui pourrait raconter les suites de son égarement? Comment ne voit-il pas qu'il s'entoure d'une obscurité universelle , qu'il appelle autour de )ui des ténèbres pour ainsi dire aussi palpa-

( 174 ) Mes et aussi effraya Dtes que celleti mêmes âe l'enfer ? Car enfui qui peut nier que l'emprei iiltf de l'intelligence, même créée, ne soit yisibie^ évidente dans les choses qu'elle a arrangées , fiiçonnées à qui elle a attaché cet attrait irré* sisiible que font éprouver l'ordre et la symétrie. L'expérience nous le prouve k chaque instant; ce qui est négligé tombe dans le désordre. Le néant qui n'est rien et qui par conséquent laisse à elles-mêmes les choses où il se mêle , ne peut donc y faire paraître que le dérangement , la confusion , le chaos. Non , on ne peut concevoir un ordre constant , admirable , incomparable , marqué dans l'ensemble et sur tous les détails d'un ouvrage immense , sans une intelligence qui ait tout disposé , tout ordonné. Le refus d'avouer cette vérité ne serait qu'un caprice insensé; et pour s'y livrer, il faudrait commencer par dépouii* 1er , par détruire ses sens , sa raison , sa nature. Tout est donc mystère pour l'athée. Le cours du soleil^ la révolution des astres, l'alternative du jour et de la nuit , la succession des saisons , la diversité des températures si bien assorties à tous les besoins de l'homme, la lumière qui le guide, les eaux qui le désaltèrent, la terre qui le nourrit, les animaux qui le secondent , la végétation des plantes , l'organisation des êtres vivans , la structure de notre propre corps , les combinaisons fines et délicates qu'on admire dans des objets créés qui ne semblaient destinés qu'au mépris et à 1 oubli ; enfin une fleur « une feuille, un moucheron , des merveilles , pour ainsi parler , renfermées dans un atome , tout cela n'offre à l'athée que des énigmes où il se perd , dont

il ne saurait Irouyer le dénoÉpient et i'i«si]o. Los ténèbres \ieimenl donc l^ntourer de tous côtés, elles le pénètrent, elles s'unissent à toutes ses conceptions, à toutes ses vues, ellejs ne forment en quelque sorte qu'une même chose avec lui. Sa raison déconcertée ne se reconnaît plus. En proie à un affreux vertige, elle tombe , elJe s'anéantit sous le poids des chimères , des erreurs intolérables qu'on lui impose et qu'elle ne peut porter. C'est ainû que cet esclave d'un fol orgueil se creuse de ses propres mains un abîme sans fond. Ilab^ dîque tous ses titres de gr^odeor ,- il démenT la gloire de son origine : pour lui plus d'avenir , plus d'appui , plus d'espérance. En détruisant Dieu 4 il se détruit tout entier luimême.

Qu'on décide après cela de quel côté on remarque le plus de difficultés , d'obscurités impénétrables , dans les écoles de l'impiété ou dans celles du Christianisme et de la foi de nos pères? Qui pourrait hésiter? Et avec quelle joie , quel amour toujours nouveaux^ le fidèle doit-il se jeter dans le sein d'une religion qui le mène par des routes sûres, glorieuses, où elle répand à grands flots toutes les lumières que nos faibles yeux peuvent souffrir, et à l'impression desquelles peut suffire et se prêter notre nature.

,Qu'il me soit permis de m^adresser ici à l'Être àes êtres , et de porter aux pieds de son trône ces paroles de zèle qui s'échappent du fond de mon cœur :

O mon Dieu , vous vous découvrez à nous il vec tout l'éclat de l'évidence. Tout nous parle devons ; le premier sentiment que nous trou*

( 1^6 ) VODS en nous-mAoïes , nous ré?èle votre amour el vos bienfaits. Mais comment les homoaes répondent-ils de nos jours à cet excès de vos bontés? Hélas I que sont devenus les honneurs que tous les- siècles vous ont rendus ? Qu'est devenu voire culte ? On s'en sépare , on le dédaigne , on le regarde comme une sujétion puérile et risible. On ôte à votre miséricorde même le pouvoir de nous sauver, par l'abus audacieux qu'on en fait. Vous dissimulez votre colère, on s'enhardit à l'outrage par votre silence. Vous répandez dans les esprits quelques lumières nouvelles, on les tourne contre vous. Vous couvrez la terre de riches moissons , on les recueille avec insolie et par une insulte. Mais du moins , Seigneur , trouvezvous dans la gralilude des particuliers ou des peuples que vous avez traités avec une prédilection visible , un dédommagement à ces injures ? Non : les plus grands esprits méconnaissent vos vérités, ou les négligent, ou les combattent , ou les méprisent. Les qualités heureuses ât)nt vous avez enrichi notre nation , se dénaturent quand il s'agit de vous connaître et de vous servir. La droiture devient mensongère, l'équité injuste, la bonté dure et ingrate , l'innocence du premier âge profondément dépravée , la modération fanatique, la pénétration aveugle , le courage lâehe , le génie stupide. Venez donc à notre aide , Dieu de clémence ; répandez sur nous une lumière qui ne peut sortir que de votre sein. Faites enfin comprendre aux hommes ce qu'une dure expérience nous a démontré en vain , que l'union, la paix, la vérité, le bonheur ne se trou-* Tent que là où vous êtes; et que là fidélité

seule à Tos lois adorables les conserve ou les ramène.

Nous avons établi la plus grande de toulei les vérités , une vérité dont les conséquences s^étendent à tout , qui est » nous l'avons dit, la source et le fondement de toutes les autres. Une fois ce dogme reçu , nous tenons dans nos mains un anneau, quis'enchaînant^ un petit nombre d^autres, nous conduit invinciblement jusqu'au dernier article de notre symbole, de la profession de foi catholique. C'est ce que la suite de cette instruction prouvera. Mais poursuivons notre parallèle et appliquons-le aux autres dogmes les plus élevés de notre croyance.

Il est des hommes qui ne méconnaissent point Dieu^ qui ne lui refusent point Tempire des choses créées , mais qui nient l'existence d'une âme, laquelle réside dans notre corps, l'anime et le gouverne. Cette doctrine est-elle plus lumineuse, soulève- t-elle moins de répugnance dans notre raison que les vues que la religion vous suggère ? Vous en jugerez aisément, N. T. C. F. Mais quand j'examine de plus près , quel est mon élonnement ! Non , il n'y a point Heu à balancer ici les difficultés et les mystères, il ne s'en trouve point sur cette matière dans la croyance du vrai philosophe , du chrétien.

Qu'y a-t-il , en effet, de plus aisé à concevoir que l'existence d'un esprit uni à nos organes ? Qui aurait donc pu empêcher ce Dieu que nous avons prouvé , de former une substance semblable à la sienne, plus pure et plus déliée que la lumière , immatérielle, indivisible ^ intelligente > empreinte de sou image ?

( 178 ) VVAre infini ne pouvail-il donc, après a voir lié entre eux l*espritel le corps» régler lenrâ relations et leur commerce , par des lois qui donneraient l'empire à la partie la plus noble et forceraient nos membres à exécuter ses volontés ? La précision de ces rapports , la fidélité et la promptitude de cette correspondance^ était-ce une disposition qui excédai le pouvoir de celui qui peut tout ? La foi ne demande donc ici aucun sacrifice à notre intelligence ; loin de nous obliger à croire nue chose qui étonne et révolte notre raison « elle ne fait qu'en appeler à nos impressions secrètes et profondes et à notre lumière naturelle* Dans quel chaos s'enfonce au contraire le matérialiste ! Suivant lui , notre âme n'est qu'une idée sans réalité; tout meurt avec le corps ; après le tombeau tout est égal. Quoi ! sous un Dieu juste > tout meurt , tout est confondu , et le crime et l'innocence , et la scélératesse la plus noire et la vertu la plus épurée , et les sacritices qu'on a faits à Dieu , à ses lois , et les outrages qu'on n'a cessé de prodiguer à ce grand Être ! Quoi I tout meurt , et la vérité et l'équité, et l'espérance, et les miséricordes du riche, et la résignation du pauvre, et ces désirs d'être uni à son principe immortel , qu'on avait puisés dans des instincts d'amour , dans la confiance et les pressentimens d'un cœur fidèle! Tout meurt, tout est oublié > tout va se perdre dans le néant ; et les larmes inépuisables qu'ont coûtées des malheurs encourus pour avoir combattu l'iniquité et assisté l'innocence , ne trouvent point une main qui les recueille pour en remplacer l'amertume par des joies désormais inaltérables

et sans mélange! La raison n'est-elle pas indignée de cette dureté bizarre et impitoyable qu'on prête à un Dieu dont nous avons démontré la justice et la bonté sans mesure ? Que dirài-je de la faculté qu*on donne à la matière de penser et de raisonner ? Gomment d'un corps brut et inanimé peut donc.jaiUir cette lumière qui brille dans la pensée ? Comment deux parcelles d'une substance grossière peuvent-elles rapprocher deux impressions métamorphosées, dit-on , en idées, et former le fugemenl qui les assortit ou les sépare? La matière se divise et la pensée est indivisible. Gomment un petit corps, sans se déplacer, sans se détacher de notre organe , peut-il s'élever jusqu'au ciel > plonger au fond des abîmes, parcourir l'univers en un clin-d'œil ?

Quoi de plus propre que ces opérations inconcevables à soulever notre raison , et peut-on rien imaginer de plus opposé à ce que nous connaissons distinctement des qualités de la matière ?

Quelles conséquences nouvelles et bien déplorables résultent de cette doctrine ! Les passions les plus odieuses justifiées, les bassesses les plus flétrissantes dépouillées de leur infamie, les crimes dont la nature même a le plus d'horreur , autorisés , que dis-jc ? tous les forfait» , toutes les cruautés , toutes les abominations devenus des vertus. Comment cela ? C'est que la vertu consiste à diriger ses actions vers salin dernière et souveraine. Or , où est la fîn dernière du matérialiste? Elle ne se trouve que dans la vie présente, au-delà de laquelle il ne voit rien, il n'espère rien. C'est là qu'il fixe lui-même et qu'il doit fixer le cen-

tre et le terme de tous ses désirs. U agirait donc contre le but de la destinée qu' il s'est créée, contre sa raison dans l'état où il l'a réduite, s'il ne moissonnait pas à tout prix les horribles plaisirs dont il peut^ sans danger ici-bas , rassasier ses ardentes convoitises* Obligé de me resserrer dans des bornes étroites , je n'ajoute plus que cette vérité conGrmée par i'expérience> savoir, que le matérialisme, outre les contradictions grossières et tes im-> possibilités qu'il renferme , n'est au fond que le code de la scélératesse , l'aiguillon de la corruption la plus monstrueuse, le levier qui soulève le fondement des empires , la torcbe qui les consume et les dévore.

Celte erreur si avilissante pour l'homme , jointe aux excès et aux bassesses de l'idolâtrie^ infectait le genre humain depuis deux mille ans. L'obscurcissement des esprits et la dégradation des mœurs ne pouvait aller plus loin.

On était arrivé au fond de l'abime. Cependant la terre, comme parle saint Paul , gémissait sous le poids d'une corruption aussi effroyable ; elle désirait avec ardeur et pressentait sa délivrance. Les justes , avertis par les saints oracles, saluaient de plus près le Rédempteur du monde. Une aurore mystérieuse commençait à charmer les regards et blanchissait le ciel de ses rayons. On tendait les bras vers ce roi plein de douceur qui ne devait répandre que des bénédictions et des grâces, Ou attendait encore , et déjà un enfant était né dans une grotte obscure*

Cet enfant est à nos yeux le Sauveur des hommes , le réparateur de nos misères, le fils de l'Éternel , Dieu de Dieu^ lumière de lumière^

(181.) Les iocrédules refusent tous ces titres à Jésus- Christ. Voyons encore ici de quel côté se trouvent le plus de nuages , le plus d'incomprébensibiiités , ou dans le dogme chrétien , ou dans les prétentions du déserteur delà foi> du déiste.

Nous ne pouvons que répéter ce que>nous arvons dit, il y a un instant, sur un autre surjet, savoir, que la raison n'a presque aucune violence à se faire pour admettre la possibilité èe rincarnation. Elle comprend très-bien que cet acte de miséricorde inelTable ne blessait en rien la majesté de TÊtre divin. C'est. une vérité publiée et reconnue partout, dit> saint Cyrille de Jérusalem (1) , que le Verbe éternel e%i resté après son union avec notre na». tare , ce qu'il était auparavant. Impassible , im-. muable^ sa grandeur , sa félicité n'ont pu être altérées par cette union. Quoi! nous ditesvoiis , ô déiste , un Dieu traîné dans la boue , confondu avec les scélérats , mort sur une.

croix !.... Mais qui peut comprendre 1-élan.

d'une bonté sans bornes ? Qui oserait prescrire une mesure à une miséricorde qui ne peut en avoir? Qui ne voit que cette perfection divine ne serait plus inQnie si les limites de notre raison étaient aussi les siennes ? Quand Dieu déploie son amour, il faut que notre esprit se perde dans cet abîme de tendresse., et qu'il se voile à la vue d'un bienfait qui le confond et le ravit tout à la fois. Cette réflexion suffit pour détruire le fondement de votre premier doute.

Vous persistez à traiter ce dogme d'incroya-

' (1) Mansitenlm in ipsft carni» assuiiipliouc quod priCis craU tCyr. AU Conc. Eph. pnft, 1, cap, 9.J

■MaiBi

( 1»2 ) bl0 paradoxe^ RéËécbisses , %éméfsAté détracteup de notre fol , et tcmi» se pourrez^ tous empêcher de r€CopDalM*e qu'il y a uaeppoportlon marquée entre les yfues lea plus iatîmes de n^lre esprit^ et l'idée de la présepee d'un être divin sur la terre. Tous les siècles ont oro inie semblable apparition. C'était là l'essence et le fond de l'idolàlrie. 11 est vvBi f ne Pidol&ipîe outrageait la raison , et qu'elle ^e- ▼ait être abborée à cause dea passions et des infamies qu'elle prétait h la divinité. Mais cette croyance épurée , dégagée d'une Gireeastancesi borrible^ celte persuatton qu'un Dieu est venn sur la terre , qu'il s'y est montré en Hieu , qu'il y 91 été l'ami de l'infortnne , le malire de la vérité , l'instituteur et le modèle aobevé de la vertu , cette foi qtt'a-4^Ue qui Justifie vos dénégations et vos répugnances t». Bnfin reconnaissez vous-même la bkar« rerie et l'impiété de vos caprices. Si le Verbe adorable n'avait point paru dans le mande ».

que nous répondriez-voqs on du moins que pourriesE*vous répondre , quand le zèle mettrait dans notre boucbe la censure de vois dis-, solutions , de vos scandales , de la ooapaUe témérité de^vos opinions ; vous nous diriez ; il^ourquoi TElre divin n'est-ril pas venu se mé^ Jer à nous pour nous guider , nous fortifier , DOus instruire ? Certes , sa gloire inaltérable n'aurait soujQTert aucune atteinte. Il n'en aurait lias eu moins de titres à notre respect ». et il en aurait infiniment plus à notre amourw Aveu-:

gles ! ce Dieu est venu, et vous ne cfoy^ pas. en lui 1 Ab! ce n'est point l'obsonrité du mystère gui vous cl^oque ; c'est Vidée de la vertu qu'il faudrait pratiquer qui alarme votre cor-,

Fuptiôn. Vous résistez à la foi, parce que la foi résiste à ce qai vous déshonore et vons l>erd, à ?os passions honteuses et criminel les.

Le dogme de Pliicar nation présente donc plutôt à notre esprit des jours et des conve^ nanees qui l'invitent à ciboire, que des épines, des difficultés et des ombres qui l'en détournent.

Et maintenant , ô Fidèles, soyez attentifs et voyez les folles* suppositions et les ténèbres où s'engagent ceux qui ne veulent pas adorer itn Dieu dans Jésus-Christ. Je serai encore forcé de me restreindre dans un si vaste su-^ jet ; mais le peu que je dirai suffira pour les cœurs droits.

Depuis l'origine presque de notre foi , le sa-* ▼oir et les lumières ont été le partage des seules nations chréiienues. Parlout ailleurs ré-* gnaient rignorance, la stupidité, la barbarie, éomment se fait-il que tant d'hommes éclairés 3 doués même souvent d'une érudition étendue et d'un génie perdant, dont plusieurs touchaient à l'origine , que ces hommes qui avaient les mêmes passions que nos incrédu^ les, la même répugnance à se courber sous le joug d'une doctrine cruciûante , qui con-^ naissaient aussi bien et quelquefois mieux que les adversaires de notre culte toutes les objections qu'on peut nous opposer, dont les écrits les plus secrets , publiés après eux ,; ont prouvé la sincérité de lieur foi , comment se fait-il qu'ils aient adoré si constamment, si hau4ement Jésus-Christ , qu'ils lui aient éto si fidèles ? Jene donne point ceci pour une dé-nionstratioQ rigoureuse. Mais rien ne doit éga-^ 1er, .ce me semble , l'embarras et la perplexité

d*an déiste qui a de la droiture » quand il voit d'un côlé tant de géuérations , de peuples , d'hommes éminens , au pied de la croix , et qu'il n'aperçpit de l'autre , coufinés dans un seul siècle , que les sophistes de ces dernier» temps » dont les efforts pour chasser Dieu de la terre n'en ont banni que la vérité et le bonheur , qui ont fait crouler toutes les vertus avec toutes les croyances , et qui par leurs doctrines ont mis le feu aux quatre coins du SDOode.

Quoi de plus inexplicable que le dénoûment de l'entreprise de ces douze pauvres sans lettres, sans appui, sans talens, sans ressource, qui ont résolu de conquérir l'univers soulevé cohtre eux , et qui ont réussi ? Ah ! nous diton , vous revenez^ans cesse sur cette circonstance. Oui , nous y revenons , comme un peuple vainqueur ne cesse point de montrer ua trophée , témoignage irrécusable de son imonortel triomphe. — Mais le fanatisme a fait tout le succès des Apôtres. — Pitoyable éva- «ion ! il y a une hauteur ,* une persévérance , «ne perfection de vertu qui est inimitable » et par conséquent dont le fanatisme qui est. un grand mal, et qui doit nécessairement laisser échapper quelques signes du mik\, ne peut |auials retracer la pure et fidèle image. Que dirai-je des prophéties dont le texte vénérable nous a été remis par des mains ennemies , lesquelles sans doute n'auraient eu garde de l'altérer en notre faveur ? Pendant deux mille ans les organes de ces prophéties les ont publiées presque sans interruption. Ils n'ont rien oublié, ni le temps , ni la manière , ni les circonstances , ni le détail des cvénemens pré-*

( 185 ) Qiis, dont le théâtre n'était pas plus étendu que Ja plus grande de nos anciennes provinces. Tout ]*Orient, au rapport de deux célèbres historiens païens (1) , était rempli du bruit de ces oracles. Une femme obscure de Samarie conversant auprès du puits de Jacob avec le Sauveur qu'elle ne connaissait pas , Je sais , dit-elle , que le Messie est près de venir; (2) et comment pouvait-elle le savoir, si ce n'est par des traditions respectées et par l'attente publique ? Ces prédictions se sont accomplies avec une exactitude qui ne donne aucune prise à une contradiction sérieuse.

Quel surcroît de complications et 4c difiicnl* tés pour le détracteur de notre croyance! On rejette les miracles du Sauveur ^ si éclata ns , si touchans, si bien démontrés. Le temps nous manque pour réfuter les sophismcs par lesquels on s'efTorce d'en obscurcir la réalité ; mais une forte et lumineuse pensée de saint Augustin suffira pour remplir ce vide. L'univers , dit ce grand docteur, converti sans miracle à l'Evangile si effrayant pour les sens» si impitoyable envers les passions , serait le plus grand de ions les miracles. L'orateur Romain qui était tout à la fois un grand philosophe , après avoir recueilli immédiatement avant la venue de Jésus-Çhrist , tout ce qu'on avait écrit avant lui de pïus saillant et de plus

(1) Plaribus persuasio ineratanUquis Sacerdotum litteris coQtineri , eo ipso tempore fore ot valesceret Oriens, profccUque Judaeà rcrum potireatur. [TacUuSm Hist, Lib. T. cap, 13.)

Percrebuerat Oriente toto vêtus et constans opinio : esse ia fatis ut eo tempore Judaeà profecti rerum potirentur. [Suetonius, Vespas, Cap. 4.)

(3) Scio quia Mcssias veuit. Joan,l\. 25.

plausible sur la nature divine et sur l'homine, coramcQt s*cxprime-t-il ? Qui le croirait ?'I1 place l'existence de la divinité non pas au l)omi)re des vérités ; mais au rang des vraisemblances ; et quant à la morale» suivant Jes lois de Técole philosophique qu'il avait adoptée , il ne la fait porter que sur la hase chancelante d'un pyrrhonisme ùiodifié. (1) iComment concevoir que le fils d'un artisan .»ans commerce avec les sa vans , sans étude » .Élit d'une main tiré du sein des ténèbres les plus épaisses le dogme d'un Dieu unique , et de l'autre posé des fondemens inébranlables h la doctrine des mœurs et à la vertu ? Parle«> ^^ai-je de la troupe innombrable des martyrs, de ces vierges , de ces enfans qui , loin de trembler devant les plus cruels tyrans , ont préféré la mort à l'apostasie, de ces femmes généreuses qu'on a vu quelquefois descendre du trône pour s'ensevelir avec Jésus-Christ, des nombreux docteurs qui ont fait éclater de si hautes lumières, et parmi lesquels on en compte que la France a produits dans ces derjiiers siècles et qui ont éclipsé les plus subli-

(i) Cicdron professaU la doctrine des Académiciens , <iulu*vlait qu'un pyrrhonisme miUgé. U dit à )a Térité, nu commencement du Traité des Offices , qu'il y empruntera les principes des Stoïciens , mais cel^ n'empoche pas qu'il ne se soit borné à leur donner le faible «degré de certitude que les Académiciens attachaient k leurs cnseignemens. D'ailleure il conclut ses livres i>e ta Nature dei Dieux en déclarant que l'existence de la divinité n*est que vraisemblable. El comme oU voit aà Livre premier , chapitre 6 , de cet ouvrage , qu'il regardait la certitude des r(>gles de ^morale comme déf tendante de celle de la réalité d'un Etre divin, on trouve h une nouvelle preuve de la fragilité des fOudemeht sur lesquels 11 appuyait la doctrine des mœurs.

( 187 ) mes génies des temps passés ; enfin de Ces ouvriers évangéliques qui tfiéllie de nos Jodrs vont , à travers d'affreux dattgeW , éclalirer , clyàlisër» sanctifier ' des peuples Ibintaiâs et barbares ? L'infortuné déiste reste encore embataiiSé dans 3es doutes. Mhîë }e lui demande :

Îue faites^voûs dt)be de tant ûe ëaerifiôes , e tant de lumières ^ d^ Uût d'idnocenôé , de tant ùb courage , de tant de éhadtë , ût tant de tertu , Ue t^nt de prodigeè de dèvôtliement et d'hérOTstne ? Tout cela ne voUs touche-Ul pbint ? Dieu n'aurait^l ^as tendu Uti piège aux hotaùmes , si taiit dé Sigâes de soh ioter-^ vention étaient trompeurs ? Qu'àtteildefe^toUs donc pour ouvrir les yeux P Et eh voyant lés efifëts prodigieux et soudains dé quelques g:6uttes de sang tôinbées d'une croix , pouvezvous ne pas recCnùaltre le Verbe de Dieu, le soleil de justice doàt les splekidenrsonttbassé les ofnbres du merisonge , et dont la chaleiir vivifiante a fUûri dans un clin Û't»il tous ces fruits de sainteté et de justice , objet de Fadmlration du monde et dignes d'embellir lo ciel même ?

Le déserteur ou rennetnidenotrelfoi éstdchc bien à plaindre ; et qu'il est étonnant quMl lie sente pas , quil ne se hâte pa$ dé déplorer son aveuglement !

Étendons notre parallèle, mais d'une manière fort abrégée , à ce qui regarde l'Église ' catholique. Les iUcrédules Fabhorretit , eild les importune , je dirai presque , eUe les épouvante, ils UiéhageUt les autres comniinhions chrétienties. Ils n'ont pour elles , ni antipathie ni mépris. Par cela seul qu'elles ne croient pas à rÉglise romaine, ils leur pardonnent de

croire.etriacarDation, et la Rédemption , et les peines éternelles , etpre&que tousnoé Q^ys* lères. Cependant ce,n'eçt pas robscurîté ou la singularité de nos vues sur cette société anti- !que , qu'ils peuvent accuser. Car, je le demande , qupi de plus conforme à la piété et k la ^raison que cette pensée ; savoir , qu'un Dieu en qui réside la sagesse inûnie, a laissé

* après lui un corps destiné à conserver jusqu'à

• la fin ses institutions , ses lois , ses maximes ? Et puisque ce corps doit exister, quoi de plus

'. sensé que de le voir dans l'Église catholique? En effet, les innombrables sociétés hérétiques qui se sont succédé d'âge en âge, ont péri; et celles qui suivirent, sans chef, sans lien ,

: sans unité , sans autorité décisive pour prononcer sur le dogme, et ramener tous les es-

. prits à un mémjs symbole , portent dans leur

.sein un germe mfaillible de dissolution. Elles tpmberont tôt ou tard et vérifieront cette parole du Sauveur : Tout Royaume divisé touche à sa ruine. L'Église catholique est toujours

. persécutée et jamais abattue , toujours ancienne et toujours nouvelle ; elle seule remonte à la source par la succession notoire

. et non contestée de ses Pasteurs. Elle est donc la gardienne des doctrines , des sacremens , des institutions qui sont dues au divin Médiateur. Les hommes les plus sincères et les plus éclairés de l'Angleterre commencent

. à l'entrevoir , et ils sont bien près de convenir que leur séparation d'avec l'Église-mère n'a été dans l'origine qu'une de ces détqrmi-

. nations violentes et terribles dont on n'aperçoit dans le tumulte des passions ni le désor-

. dre évident ni les suites désastreuses.

Ce$i ainsi que du doermc d'un Dieu infini on descend à la vérité du Christianisme , et que le plan divin du Christianisme renferme nécessairement la société sainte dont nous faisons partie. Nous avions en vue cet enchaînement « quand nous avons avancé que la croyance de la vérité première conduisait par une pente irrésistible jusqu'au dernier article du symbole catholique , tant cet édifice est fortement lié et visiblement cimenté par une main adorable !

Finissons par quatre remarques d'une importance infinie que je réduirai aux traits les plus essentiels et les plus saillans pour n6 point fatiguer votre attention.

Premièrement, nous croyons, il est vrdi^ des mystères incompréhensibles. Mais il y a ici une maxime qu'il est impossible dé contester, c'est que la raison fait souvent un devoir à l'homme d'ajouter foi à ce qui surpasse sa raison. L'habitant des champs voit tous les jours le soleil s'avancer dans l'espace ; accomplir sa révolution ; il ne peut concevoir contre le témoignage de ses sens que cet astre reste immobile, ni que la terre et lui-même soient emportés à chaque instant avec une inconcevable rapidité. Un aveugle-né est confondu par ce qu'on lui ra importe des merveilles de la vision , quand on lui affirme que dans un tableau, sur celte surfîice unie, l'œil découvre des enfoncemens et des lointains. Cet efiiet renferme pour lui une contradiction qui le surpasse et renverse toutes ses idées. Cependant , il le ci-oit , et il doit le croire ; et son incrédulité aut»i bien que celle de l'homme ignorant et rustique dont j'ai parlé , sérail un soulèvement

.condamnable contre des autontes, auÂgtieUes il y aurait de leur pxirt faiblesse d'esprit 04ii extravagance de ne point déférer. Il y a doae bien des occasions où , quand les savans. parvient, quand des hommes éclairés et d'une sincérité hors de doute expliquent ^ racontent, il faut renoncer à se» vues personnelles et se soumettre. Qu'un de nos détracteurs de la foi, connu d'ailleurs par ses hautes lumières, expose un phénomène rare et obscur ; si l'un de ses auditeurs rejette ce fait , déelare qu'il ne peut être admis que par des esprits faibles ou bornés^ que voit-on alors ? Le contradic* leur ne reçoit que des marques d'indignation ou de mépris. Ici l'incrédule s'irrite ou se mo-^ que de l'incrédulité : il est dans son d^oit^ du inoins quant au fond. La conduite des déserteurs eux-^mêmes de la Religion confirme donc lu maxime incontestable que nous avons avan-^ cée. Mais remarquez^le> N. T. C. F. , ce n'est plus^ ici un homme qui nous enseigne , c'est un Eirequia été adoré depuis dix-huit siècles dans toutes les parties du monde , qui a reçu le culte d'une multitude d'esprits supérieurs» et dont la divinité est suffisamment prouvée pour tout homme de bonne foi par les preu-^ vesque j'ai rapidement indiquées. Noire soumission de cœur et d'esprit à l'égard des mys* lères que cet Etre divin nous a révélés est donc raisonnable , éclairée , conforme aux règles que doit suivre tout cœur droit et tout esprit Judicieux. Quant à l'incrédule, lorsqu'il adopte i's opinions les plus inintelligibles et les plus ténébreuses, où est son garant? OU est Tau-s torité imposante, irrécusable qui le met à f a* bri du reproche d'aveuglement ou de crédu-*

(191) Kcé? Ah! tôutrabatiâoone, tout le désavoue « KHil refuse un apt>ui à ses ehiiuères ou même ua palliatif à ses erreurs iosensées. Il reste seul avec ses passions , ces conseillères si trompeuses eisi perûdesi Sa conduite est dooo indiË^ne de la liaison ; il ne mérite que la pitié.

En seeokid lieu> les mystères de la foi surpassent nôtre întelUgence « mais ne la heur*^ tent point; ils ne Itont point avec elle dans uae epjposltion directe et véritable. Nous croyons Tauipiste Trinité ; mais nous ne croyons. pas ^'it y ait tout à la fois un être et trois êtres en Dieu. Nous y réconûitissous un seul être et trois persl^nnbSb 0^, qu'est-ce ^ue ces person* nés ? Je rép«udk*ai par ce tnot de saint Augustin : Si Ton me demande ce que ne sont pas lés persokmes divines , je m'ex[)liquerai ;œai5 si Ton me demande ce qu'elles soni » je né trouverai rieii à dire. Que conduis de là ?

C'est que pïir rappe^rt à ce dogme , le chrétien ne comprend point, né voit point; maisqu'easeigné par la vérité incréée elle-même , il serait ineiréusablé de ne pas croire sans voir « de ne pas se soumettre sads comprendre.

.Les éàgés païens eu^tninôtnes ont remarqué daiis la nature et surtout dans la constitution mofale.de rilommedes contrariétés et un bouleversement qui indiquent quelque événement faial , quelque grand désordre antérieur , aivquel est dû ce dérangement funeste et cette plkie p^ofodde. Il est vrai que le péché originel est ébrii partout , c'est-à-dire que les effets en àoat sensibles autour de nous et Su dedans de nous. Quelle en est la cause ? La foi noi^s l'apprend. Mais on ne croit point à cet oracle. On prétend qu'il serait injuste que nous fus*

.( 19Î ) sions punis du péché cr^Adam , d'une faute c{ui nous est étrangère. Qu'il y a d^ précipitation et de témérité dans cette réflexion ! Car puisqu'il n'est point défendu de croire à la préexistence des âmes, qui peut «avoir ce qui s'est passé à une époque si* reculée dans ce peuple immense de substances intelligentes ? Il y a donc encore ici obscurité , mais non impossibilité ni contradictioh.

On blasphème le sacrement de l'Eucharistie ^-mais on n'en connaît pas le fond. Qu'estce que le corps d'un homme et surtout d'ua Homme-Dieu glocifié ? Saint Paul nous en instruit. Ce corps abîmé dans la gloire , dé* -pouillé des propriétés grossières attachées à la condition mortelle, est devenu spirituel (1), c'est-à-dire qu'on ne doit presque plus y voir qu'un pur esprit. Qu'arrive-t^^il donc quand le fidèle participe à ce mystère adorable? G'est comme un rayon de lumière qui descend sur lui du haut du Ciel, qui glisse sur ses lèvres, et pénètre au fond de son cœur pour y por-* ter la joie , la consolation et la vie. Qu^est-ce autre chose que d'être avant le temps plongé dans iB gloire et dans les torrens de l'amour divin ? Qu'est-ce autre chose qu'une antici* patîon du bonheur céleste , par laquelle Dieu peut bien animer notre ardeur pour ce terme si désiré et soutenir les élus haletans et.pres^ que défaillans sur la route ?

Les autres points de notre foi les plus éle-^ vés et les plus difficiles , donnent lieu à de pareils éclaircissemens. Ces vérités qu'entoure un voile sacré , forment des embarras

(1) Scminatur corpus animale surgct corpus spiritualc. 1. Cor, \v. 4â. •

que rhomme Be peut démêler ; mais on y remarque des lueurs et des conrenances qui indiquent que des iuielligences piqs hautes en découvreat, en savent le dénoûment En unmot , ces difficultés sont placées au-dessus de notre raison , mais elles la surpassent sans la blesser. Combien le caractère des mystères de rincrédulité est-il différent ! Ils renferment des impossibilités réelles , des contradictions inconciliables ; il ne s'y offre aucune issue par où leurs défenseurs puissent échapper au reproche trop mérité d'illusion , de méprises choquantes , d'aveuglement lamentable.

Troisièmement : la foi en nos mystères est vue source des plus pures et des plus éclatantes vertus. La Trinité avec l'unité de ses |)ei>Bonnes , est le symbole le plus auguste et le plus touchant de la yïve affection qui doit rapprocher tous les hommes. La croix de Jésus-Christ qui a triomphé du monde, triomphe aussi de tous les maux et de toutes les douleurs qui s'y multiplient et s'y renouvellent sans cesse. Il n'y a point de souffrance qui ne devienne légère par son union avec celles de THomme-Dieu. L'image vivante de ce Sauveur qui nous est montrée dans I^ pauvre , a donné lieu dans tous les siècles aux profusions et à l'héroïsme de la charité. L'Orient retentit encore des éloges prodigués dans Smyrne désolée , à l'admirable dévouement des filles de Vincent de Paul , et à leur humilité profonde qui les empêchait de comprendre comment elles avaient mérité tant de louanges et les effusions d'une si vive gratitude. C'est que Jésus-Christ dénué de tout , était présent à leurs

pour se décider ? Ne passerait-ii pomt pour un esprit faible ou pour un furieux qui court à sa perte, s'il mettait ses plus chers intérêts et sa tête à la merci des raisonoemens , et , si je puis parler ainsi, des chicanes d'ua sophiste ? Cette règle conforme à notre état présent , s'étend à tout ce qui regarde T usage de notre libre arbitre , à nos devoirs , à notre destinée. La sagesse d'en haut ne nous en a point donné d'autre pour assurer nos intérêts éternels. C'est à nous à la- suivre pour nous frayer une route jusqu'au terme immortel et souverainement désirable de notre création.

La Religion s'appuie sur des raisons pleines de lumière et de grandeur^ sur des considérations fortes , décisives , que le bon sens adopte, que l'expérience ratifie, que l'érudition conQrme, que le génie embrasse, heureux de leur devoir le frein de ses témérités et de ses écarts et ses plus magnifiques inspirations. Pour un cœur droit et dégagé des pas* sions 9 le jour de la vérité perce de toutes parts. Ce n'est pas assez : la doctrine de la foi nous perfectionne , nous fortifie , nous élève , nous console. Elle s'allie avec la justice, la pureté et la dignité des mœurs ^ la paix du cœur , l'union des familles , la sainteté du nœud conjugal , le bonheur des états , le repas du monde. Elle est au fond la seule source de toutes ces choses. Enfin on la quitte par l'emportement du vice, et l'on y revient par l'attrait de la vertu ; elle est douce et utile dans toutes les situations , à tous les momens ; avec elle on agit sans trouble , on vit sans re^ mords, on meurt sans effroi. Ces circonstances réunies ne prouvent-elles pas que la Re^

llgibn est souverainement digne dé notre con-l fiance et de notre amour^ qu'elle est utr rayon' de la clarté d'en haut, une émanation de cet ordre éternel qui est inséparable de la vérité? Que peuvent quelques subtilités , même ingénieuses et savantes» contre tant de garanties et tant de lumières ? Hélas ! elles ne sont qu'un appui frafgile , lequel , en croulant, ouvre un abîmé effroyable à celui qui s'y confie. Oui , N. T. C. F., l'incrédule est un navigateur insensé qui , dans sa folle présomption , se croit né pour commander à la mer, aux vents et aux écueils. 11 méprise la conduite de ceux ([ui ont franchi avant lui ces, plages immenses et orageuses. 11 donne un' autre arrangement au gouvernail, aux voiles et aux cordages. Détournant sa vue des clartés qui lui montrent sa route , jl ne consulte que les nuages qui la voilent, il n'appelle pour ainsi dire que les difficultés qui la traversent. Il cherche les tourbillons et les rochers où tant d'autres sont venus se briser. Il subit le même sort y et son orgueil n'aboutit qu'à un horrible naufraj^e.

Le Chrétien fidèle , au contraire.« est un sage nautonnier qui connaît les bornes mises au pouvoir de l'homme, et les suites d'une superbe confiance en soi-même. Il se conforme aux règles et aux maximes des navigateurs les plus renommés et les plus heureux.

11 est courageux mais précautionné. Il ne va pas au-devant des tempêtes , il ne se précipite point vers les gouffres fameux par de nombreux malheurs. Il met à profit tous les rayons qui éclairent sa course et jusqu'aux moindres souffles qui la favorisent. Cette marche sûre

dont la feuille quotidienne répand dans toute la France des erreurs qui ne vont à rien moins qu'à détruire le culte de Dieu sur la terre, et à renverser tous les fondemens de la société humaine. J'ai prouvé que ces erreurs étaient énoncées dans son journal en termes non équivoques. Il a entrepris de se justifier devant le public 5 et il Ta fait sur le ton qui lui est habituel. Il a répondu , comme en se jouant , qu'il pouvait bien lui échapper quelques paroles peu orthodoxes , mais qu'il était homme du monde y que mille sujets passaient rapidement sous sa plume, qu'il s'occupait des intérêts et des vanités du siècle, de ro* mans , d'industrie , de théâtres , d'acteurs et d'actrices ^ et que , lorsqu'il était entraîné à discuter sur des matières de Religion ^ il en parlait en homme du monde ^ que ses lecteurs le savaient ^ et prenaient ses assertions sur ce pied. *

Je vous le demande , Messieurs , estH:e là une a()ologie satisfaisante et plausible ? Qui donc a conféré à l homme du monde le privilège d'insulter Dieu , de le détrôner ^ d'afûrmer que son existence n'est pas démontrable parlsi raison^ et de déclarer par là-même, qu'on ne doit pas y croire ; puisqu'il n'y a qu'un esi^rit faible qui croie ce qui manque .de preuves , et n'est pas fondé sur la rs^ison ? Depuis quand est-il permis à un homme du monde de fouler aux pieds les ministres de la religion de son pays , en assurant que leur enseignement n'est qu'une sorte de romantisme , qui se compose de dogmes altérés et corrompus , et que , par conséquent, ils font l'usage le plus indigue et le plus honteux da

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la confiance des peuples qu'ils dirigent ? N*y a-t-il qu'à dire qu'on est homme du monde ^

fiour être autorisé à couvrir d'ignominie la. ongue succession des pasteurs d'une église, aussi illustre que celle de France , en les enveloppant dans les qualifications de visionnaires et de corrupteurs publics dont on nous flétrit, nous les héritiers de leur doctrine et. leur échos fidèles ? Quel droit a-t-il donc ^ uu; homme du monde qui , de son aveu , a voué sa plume à des sujets légers et frivoles , qaeV droit a-t-il de sortir de sa sphère, de s'élan-. cer dans le domaine des vérités les plus graves et les plus hautes , et de traiter avec la témérité la plus désordonnée, des sujets qui demandent une disposition tout . autrement sérieuse que celle d'un homme préoccupé de modes, de romans et de,théâtres ? Il convient qu'il peut lui échapper quelques traits hardis, et peu orthodoxes. Mais sont-ce des négligences , des incorrections légères en fait d'orthodoxie» que de nier Dieu, au moins équivalemment , que de taxer de morale creuse et fantastique un code de vertus , le plus beau don que le ciel ait fait à l'homme , et qui assure seul sa gloire et son bonheur ? Il pense que quelques mots peu chrétiens, jetés au milieu d'une foule de détails badins, amusans, d'ingénieuses railleries et de jolies phrases , ne peuvent faire aucun mal , ne méritent point l'éclat et le too tragique de nos censures. Oui , mais des blasphèmes horribles, sortis du sein d'une composition enjouée, et accrédités même par l'esprit et les saillies: qui les assaisonnent, ne pénètrent-ils pas plus aisément dans le cœur des gens du siècle, de;

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