‹ Lettres et instruction pastorale de monseigneur l'évêque de ChartesChapitre 2 sur 15 · CONCERNANT L* UNIVERSITE · texte numérisé non relu

CONCERNANT L* UNIVERSITE

OC)i)€)i)i)i)i)i)€€CCi)eCOO€!C'C€0€€OCM> PREMIÈRE LETTRE.

Chartres , le 4 mars ISftl*

Je Tiens de lire dans plusieurs journaux deux lettres signées , Tune par M. rArchevô^ que de Paris , et l'autre par M. T Archevêque de Bordeaux. Ces deux prélats énoncent leur sentiment sur une question tellement délicate et importante » que le salut ou la ruine com-< plètç de la religion catholique en France doit dépendre du dénoùment qu'elle recevra.

Nous ne partageons pas le sentiment de ces deux Métropolitains^ et , pour exprimer notre opinion » nous nous voyons avec douleur forcé

de prendre la voie quMls ont eux-mêmes indiquée c'est-à-dire celle de la presse.

MM. les Archevêques de Paris et de Bordeaux sollicitent d'abord avec ardeur la liberté d'enseignement , et Us finissent par proposer un arrangement qui ferait expirer sous les chaînes du monopole , revêtu d'une autre forme , l'enseignement des aspîrans au sacerdoce.

11 faudrait , pour être supérieur et peutêtre professeur d'un petit séminaire , qu'on prit des grades , et pour obtenir ces grades » il faudrait qu'on subît un examen. Or quel instrument plus souple et plus commode qu'un examen^ pour écarter qui l'on veut?

On presse*, on fatigue , on trouble le répondant par des questions difficiles et multipliées, auxquelles Texaniinateur serait quelquefois lui-même incapable de répondre. On crie à l'ignorance , et le candidat est renvoyé. La tentation est bien forte pour les membres d'un corps rival d'user de quelque partialité 5 et l'on se livre , même sans s'en apercevoir , à ce sentiment. Mais, dit-on , les délégués de l'Université ne seront pas les seuls juges. Us auront pour adjoints deux membres du conseil général , deux magistrats et deux ecclésiastiques désignés par l'évêque. Je respecte sincèrement la magistrature et les membres des conseils généraux. Mais enfin un magistrat peut être un habile jurisconsulte , et n'avoir que des notions fort légères sur la littérature grecque et latine, sur les sciences mathématiques , etc. Personne ne contestera que la même remarque ne s'applique aux mem« bres des conseils généraux, qui sont, pour la*

plupart , des propriétaires uniquemeiiC occupés d'agriculture ou d'industrie , des nég;ocians , de riciies ferioiers , etc. » qui seraient tout étonnés eux^iinèmes de se trouver appelés à juger des qualités et du savoir qui font un digne sepéneur de séminaire. IIM. les membres de FUniversité , surtout si c'est le recteur de l'Académie qui préside, comme le propose M. Donnet , auront un avantage incontestable ; ils seront sur leur terrain ; ils traiteront avec une rare facilité des sujets qui leur sont familiers; ils feront entendre ces mots éblouissans de mouvement des esprits , de (progrès , de science ascendante; et les deux ecclésiastiques , bien moins exercés à ces combats littéraires , et dont la profession , il faut l'avouer, trouve en général peu de faveur dans ce siècle » ne formeront qu'une petite minorité impuissante et presque toujours vaincue. Le candidat de l'évèque sera donc trèssouvent repoussé. Celui de l'Université , ou ; si l'on veut> celui du comité , n'aura pas la confiance de l'évèque. De là , quels conflits I <]uelles discussions interminables , qui rendront toujours l'existence de ces maisons chancelante , troublée , et qui y après les avoir ébranlées par de fréquentes secousses , finiront par en entraîner la ruine !

Non , l'Université qui aura évidemment ici la principale influence , n'a pas la main heureuse pour l'éducation chrétienne. (Quel fait plus notoire dans toute la France I ) Comjment pourrait-elle intervenir avec siiccès dans l'éducation cléricale ?

Sous son régime , toutes les vocations au ministère des autels s'éteindraient. Depuis

pins de dix ans , il n'est pas sorti un seul sih -jet pour ce saint état , de tous les collèges et des pensions universitaires de mon diocèse. Cette stérilité désolante n'est-elle pas commune à beaucoup d'autres établissemens du monopole ?

Si ce plan était adopté , il ne faudrait pas un grand nombre d'années pour tarir entièrement la source du sacerdoce.

De nos jours 9 partout le panthéisme, partout le matérialisme, partout l'athéisme. Laissez-nous donc repousser en paix ces monstres qui dévorent la srociété , et façonner les instrumens qui doivent nous aider à les vaincre. C'est notre devoir , c'est notre don que nous avons hérité de nos prédécesseurs. Laissez-TiOus faire ce qu'ils ont fait pendant quinze siècles , avec tant de gloire et tant de bonlieur pour notre patrie.

Une effroyable confusion dMdées règne autour de nous. Il n'y a conviction , unité de croyance, foi sincère que dans le clergé et dans ceux qui l'écoutent. C'est la seule partie saine du corps social. Pourquoi voulez>vous la tourmenter par des expériences téméraires ou plutôt désastreuses ? Ah ! n'altérez point la force et la vigueur dont elle jouit encore» Que savez-vous si elle n'est pas destinée à ren- 'dire la vie au corps entier » si défaillant et si malade ?

Je finis ces lignes tracées à la hâte » en demandant que l'épiscopat entier soit consulté. t CLauDfi HIPPOLTTE , évéque de C^uirires.

DECXIÈUE LETTRE.

Chartres , le mar» 18A1.

lé commence aujourd'hui par les objections àes partisans du profet.

On prétend que les talens sont mal colti- TéSj quMIs avortent dans nos écoles ecclésias* tiques. Mais c'est là une déception , une accusation intéressée « propagée avec beauconp d'art et â*efforts pour prévenir le public et lui donner le change, il est vrai que les jeunes gens instruits dans ces maisons n'efilearenC pas une multiplicité de sciences disparates g de telle manière qu*il ne reste rien de ferme et de suivi dans leurs idées et dans leurs connaissances. On. y suit les sages méthodes qui ont donné à la France tant de grands homme* dont les noms vivront àan» tous les siècles , tandis que les folles coraposîtiofts de nos jeunes écrivains sont Im'n de promettre à leur renommée cet essor glorieux et cette durée immortelle.

Je puis m'appuyer ici sur un fait notoire.

Où est aujourd'hui Téloquenee? Où se trouva cet ascendant de la parole qui' attire la foule» la fîxe et Tintéresse ? IV est-ce pas de nos chaires que part cette parole vive et entraînante? Est-il un lieu où elle retentisse avec plus d*é^ clat et de puissance ? Or , ces prédicateurs » où ont4ts été élevés ? N'est-ce pas en général éans nos grands et petits séminaires ?

Ed second lieu , on se méfie de nous ; on nous demande des garanties; et un fameu]( écrivain universitaire , qui les réclame dans une publication récente» est connu dans toute la France pour un ennemi véhément des re* ligions, pour un panthéiste. D'un autre côté, personne ne conteste aujourd'hui au clergé une régularité exacte et digne d'estime. Qui le croirait? C'est donc la vertu qui doit donner des garanties au panthéisme, au matérialisme , à l'athéisme I C'est l'Évangile qui est suspect, c'est la foi qu'il faut suivre de l'œil avec une vigilance inquiète ! Et il appartient à l'irréligion même la plus outrée et la plus féconde en erreurs extravagantes et désastreuses , il lui appartient de surveiller les croyances, les sentimens qui ont fait dans tous les temps la sûreté et le bonheur des sociétés humaines I Quel renversement incompréhensible !

On se méfie de nous. Il est vrai , nous sommes faibles ; mais la foi rend nos efi<)rts heureux et puissans. Qu'on nous laisse faire , et nous continuerons à verser les sentimens les plus généreux et les vertus les plus pures dans de jeunes cœurs qui en feront goûter les fruits, autour de nous, à leur famille et à la société» Qu'on s'abstienne de nous traverser et de nous troubler, et nous continuerons à envoyer aux extrémités du monde des apôtres intrépides.

La vivacité de leur foi mêlée au courage français leur fera opérer des prodiges. Ils ont en dernier lieu étonné tout l'Orient par leur dévouement héroïque. Ils ont répandu tout leur san^ au milieu des plus affreux supplices pour planter l'étendard de la foi dans ces contrées

lointaines , oùdéfà toutes les bouches s'ouvrent pour célébrer leur force invincible, et où peutêtre bientôt tous les cœurs s'ouvriront pour se pénétrer de leurs divins enseignemens. Voilft les trophées que nos faibles mains élèvent à la religion et à notre patrie. Que l'Université s'en mêle , tout est perdu ; cette gloire est ravie à la France. Ce corps n'a point grâce pour fairo des martyrs, pas même (tout le monde le sait) pour faire des chrétiens.

Enfm , l'Université , dit-on , doit embrasser l'enseignement tout entier, — Mais pour-*^ quoi ? D'où vient cette maxime ? Sur quoi est fondée cette souveraineté et cette omnipotence d'enseignement ? Le droit d'élection est restreint , malgré la maxime qu'on adopte sur la souveraineté du peuple. Tous les pouvoirs ont leurs limites que la loi , le bon sens , l'intérêt général ont établies. Pourquoi donc ce débordement de puissance universitaire ? Qui peut l'autoriser à envahir les droits des pères de famille, des évêques, surtout d'une Eglise antique et reconnue , qu'elle semble vouloir pousser pied à pied jusqu'à ce qu'elle tombe dans Tablme? Non, un corps enseignant, qui envelopperait comme dans un réseau tout un peuple, serait une institution colossale, incon- ;nue jusqu'ici sur la terre, et qui devrait inspip rer le plus juste effroi : maître dés intelligen- «ces , il tiendrait dans sa main la vie des enppires. Qu'il vint à se peupler de philosophes impies, d'hommes d'argent ou de plaisir , de sujets corrompus , sans principes et sans croyance , dès-lors ils porteraient le venin le plus actif dans toutes les parties d'une na-« tion , et les générations naissantes s'avanqe-

(12) raient rapidemeot pour la frapper au ccrar et lui faire souffrir une mort épouvantable.

Pour résumer ce qoe j'ai £t dans one autre leltre» le projet dont on nous 09enace tuerait le sacerdoce , et » quant k la commission composée de deux membres de rUnlTersité, (1) de deux membres du conseil général , de deux magistrats et de deux ecclésiastiques, (2) commission qui, seule > ouvrirait la porte des petits séminaires au supérieur et aux professeurs destinésà lesdiriger, on ne saurait mieux }a comparer qu*à un comité dont toutes les Toix seraient néccMaires pour étire un officier de cavalerie ou de génie , et qui serait formé de deux militaires, de deux avocat* el de deux prêtres.

Je finis par un argument péremptolre* Il y a trois joura , un journal bien connu a loué avec effusion la mesure proposée. Elle est donc mortelle aux intérêts de la f<^. Ce journal a un instinct merveilleux pour discerAer ce qui peut sauver la religion ou ce qui doit ITavilir et la. détruire ; et quand ces deux chances se balancent, son folàme est une apotogio et sa joie fait trembler.

f CLÂOIHB BIPPOLTTK, àféqoe de Charires.

(1) Le )jirf proposé par M. Yinemaln comprendra , non pas deux , mais cinq représenlaos de llJnlTersIté.

(2) Le projet de loi , comme oa l*a tu , n'est pas si cé- •néreiix : il n'admet qa'un ecclétiattlfpM dans le Jury»

(Notes de VAmi 4ê U Migiw.)

€)f)M)i)i)i)€)i)i)€€€)0«€i)MC)€«e€)i>C€C« TROISIÈME LETTRE.

Chartres « le 24 mars 18A1»

. L'avilissement profond où le projet de loi de AL Villemain , sur les écoles secondaires , jetterait les évêqjues et le clergé du royaume, est un gr^ind sujet de réflexions* Je vais exposer à cet égard quelques vues dont je suis vivement frappé.

Je ne rappellerai point ici le détail des dispositions ^ue ce projet renferme. A Thetire qu'il est , il n'est personne en France qui les ignore.

Parlons d'abord du certificat de moralité , et pour abréger , ne considérons que l'effet le plus ordinaire de la mesure proposée à ce su- |et. Compile les petits séminaires sont placés Je plus souvent hors des villes , un prêtre sera forcé de solliciter auprès d'un ou de plusieurs maires de campagne ( s'il a changé, de résidence, ) sans compter bon nombre dé conseillers municipaux , de solliciter , dis-je , une pièce qui attestera qu'il n'est pas un malhonnête homme. Et si l'évèque intervient , s'il |)roteste que ce prêtre est recommandable par ses vertus^ par ses lumières, qu'il est estimé^ révéré dans toute la province , qu'arrivera-tfl ? On lui fermera la bouche, on lui dira quil n'a pas le droit de donner son avis sur le mé« lite de cet ecclésiastique. Après cette dure réponse , on se tournera du côté d'un maçon ,

d'un maréchal-ferraot , d'un vigneron , d'un cabaretier, peut-être vers un repris de justice qui aura subi sa peiue ; on consultera ces personnes , et Ton s'arrêtera à leur témoignage qu'on regardera comme plus éclairé , plus honorable et plus sûr que celui d'un pontife. ie le demande, at-on jamais vu chez aucune nation un corps digne de respect outragé d'une manière si odieuse et qui découvrit chez les auteurs de l'injure si peu de bon sens , de vues et de pudeur ? Car de deux choses l'une : ou Tévêque n'est à vos yeux qu'un stupide , incapable de juger des choses les plus saillao' tes ; ou vous ne voyez en lui qu'un hypocrite , un homme sans conscience dont la parole n'est d'aucun poids. Allez, allez chez les peuples mômes les plus étrangers à tout sentiment de convenance et à toute civilisation , et vous verrez si vous n'y serez pas poursuivis par la vive indignation que causera un aveuglement si outré et une insulte si révoltante !

Tout le reste du projet de loi répond à ce début. Gomment ce qui regarde le certificat de capacité y est-il réglé ? On y suppose que l'évêque et , à son défaut , ses coopérateurs les plus instruits sont hors d'état de comprendre si un candidat a bien ou mal expliqué quelques pages de Virgile , de Cicéron , ou quelques passages d'Homère ou de Lucien : supposition aussi fausse qu'injurieuse ! Nous ne manquons pas de prêtres qui connaissent ces choses aussi bien que MM. les universitaires. Eh ! qui a donné, depuis quinze cents ans, des certificats de capacité , ou plutôt qui a mis le monde entier et tous les siècles en état d'attester la capacité admirable , le savoir profond » le gé-

(15) nie sublime de tant de grands hommes , Thonneuc de la France , si ce n'est les ecclésiastiques? Arrêtez! nousdit-*on, les lumières ont baissé dans le clergé. Cela peut être , mais elles ont baissé dans tous les états. Aujourd'hui , la médiocrité est partout , dans l'Université comme ailleurs. Quel homme d'une supériorité éclatante a-t-elle donné à la France depuis vingt ans ? Mais revenons.

Il faudra que tous les maîtres > quels qu'ils soient , des écoles ecclésiastiques , prennent des grades. Or , qu'est-ce que l'examen pour les grades ? Rien n'est plus connu. C'est une machine prodigieusement élastique , à l'aide de laquelle on peut écarter le répondant le plus instruit et admettre le plus ignorant. De gros volumes sont remplis des questions que l'examinateur a droit de faire. C'est une encyclopédie où échouerait l'esprit le plus vif et la mémoire la plus ferme. Oui , M. Villemain lui-même, s'il se présentait à l'examen »' et qu'on prît à lâche de l'embarrasser , serait bien certainement éconduit avec une boute noire. Qui peut douter que le candidat de l'évêque , de cet homme si incapable et si peu digne d'égards , ne subisse le même affront ?

Si , par un bonheur inespéré , il échappe à cette épreuve , M. Villemain a su lui ménager d'autres écueils ou d'autres barrières. Il a formé un jury de neuf personnes y sur lesquelles il y a six membres ou six élus dé l'I^niversité. On n'y compte qu'un seul ecclésiastique ; encore n'est-il pas même nommé par l'évoque. Il n'est permis à celui-ci que de présenter humblement un sujet au ministre, qui couvrira de son nom cette trace du concouri

secondaire et illusoire du pootife. Tant il esi vrai que la passion de F Université , c'est d'ar* ranger toute chose de manière que le cierge n'ait aucune action , même dans sa propre cause, et que l'autorité sacrée , et révérée depuis deux mille ans , des évéques chrétiens » soit absorbée dans les pâles rayons de sa gloire et dans le gouffre de son omnipotence I Hélas I comment un seul ecclésiastique^ jeté au milieu de cinq ou six membres d*un corps rival , qui , sans aucun doute, le verront d'assez mauvais œil , à qui la tactique des examens est farni^ lière , et que des liens de confraternité uni«ront au président , pourra*t-il souienir une lutte si inégale ?

Je pourrais ajouter que les évêques , en créant ou en soutenant des petits séminaires , n'agissent point pour eux; qu'ils travaillent pour la reli^on, pour la société, pour la poslérité ; qu'ils s'imposent souvent de dures privations personnelles pour faire subsister ces maisons : d*ou je conclurais qu'il serait indi«^ gne de l'équité de la loi de ne mettre aucune dîsttiictioa entre eux et des hommes qui ne forment des pensionnats que par des vues d'intérêt , par spéculation et pour faire fortune. Mais je laisse cette remarque , qui n'est pas cependant sans quelque poids , et je me borne À dire que M. Viilemain met le comiiio â l'outrage qu'il fait à l'épiscopat, au sujet des certificats^ par an autre affront non moins injurieux et non moins sanglant.

11 se moque des évéques comme de gens en qui il ne reconnaît , en effet , ni cœur ni entendement. 11 leur promet la lij)erté pour leurs petits séminaires qu'ils surveillent •

(17) qu*Hs dirigent à présent « où Us nomment tous les maîtres, et il substitue à cet état de cbos^ la spoliation la plus entière de Tautorité dii prélat; il le chasse audacleusement de ses propres écoles. Oui « que le pontife y mette le pied : il peut voir un inspecteur universitaira arriver sur ses traces , casser sous ses yeux les plans d'études qu'il a tracés , les règlemens intérieurs qu'il a arrêtés » que dis-je ? Il peut le voir fermer sa maison pour cinq ans , en vertu d'un jugement émané uniquement do l'Université, à laquelle le projet de loi fournit de nombreux prétextes pour sévir arbitrairement contre les établissemens qui lui déplaisent. Quelle amère dérision!

Mais ce n'est pas assez.

Qu'on n'en doute pas ! on s'applaudit » on s'aoxuse en secret de ce jeu déloyal qu'on prend pour de l'habileié. Nous disons au ministre : Vous nous promettez la liberté pour nos écoles. C'est sans doute un présent que vous prétendez nous faire. Mais nous ne vous demandons pas ce bon office. Nous aimons mieux rester comme nous sommes. Retires vos bonnes intentions... A ces mots, notre généreux interlocuteur se détourne , et nptre simplicité lui cause un rire inextinguible.

Voilà doue ce. projet de loi si libéral , si pur d'intérêt propre et de charlatanisme, ce projet de loi qui devait assurer un affranchissement si doux et si désiré à toutes les victimes du monopole !

Que dirai-je à présent à M. Villemaîn , en séparant le ministre responsable de l'hommp privé qui est ici hor$ de cause ? Puisqu'il xoule aux pieds , à la face de toute l'fiuropq ,

un corps dont j'ai l'honneur de faire partie , il me donne le droit de ne mettre aucune borne à la fermeté de mes réclamations ni à ma franchise.

Lui , qui nous regarde , nous évoques , comme si dépourvus de sens et de connaissances, ne prouve-t-il pas qu'il est lui-même profondément ignorant en histoire ? Il traite avec indignité les premiers pasteurs. N'est-il pas visible par cela seul que les annales du temps passé sont pour lui, du moins en grande partie , une terre inconnue ? Tous les siècles ont respecté les évêques , et païens et barbares ont honoré leur dignité et leurs 'vertus. L'empereur Maxime se trouve heureux de voir assis à sa table le saint évéque de Tours , Martin , et lui fait rendre des honneurs extraordinaires. Le préfet du prétoire^ au départ d' Ambroise , encore laïque , pour la province qu'il allait gouverner, lui dit: N'agissez pas en juge, mais en évéque. Julien recommande à ses prêtres idolâtres de montrer les mœurs respecta^ blés et pures qui caractérisaient les évêques et les prêtres chrétiens. Attila , frappé de la sainteté d'un grand évéque de Troyes , cède à ses prières , et s'abstient en sa faveur d'attaquer et de ravager sa ville. Basile répond avec une généreuse intrépidité à un agent du persécuteur Valens: Jamais, lui dit Modeste, on ne m'a parlé de la sorte. C'est, lui réplique le saint docteur, que vous n'avez jamais rencontré un évoque. Le roi des Goths , Théodoric , sent tout son courroux contre Césaire d'Arles tomber à son aspect ; il le comble d'affectueux hommages , et après l'audience , il dit à ses courtisans : J'ai cru voir non pas un

(19) homme y mais un ange. Enfin Gibbon , tout protestant et tout mécréant qu'il était, a écrit que les évéques ont fait le royaume de France comme les abeilles font leur ruche. Parleraije des travaux que nos pontifes ont entrepris d*âge en âge pour la grandeur de la France ?

Quels efforts pour répandre la civilisation et les lumières ! Quelle multitude de monumens élevés de toutes parts ! Quels services dont je me lasserais à retracer l'éclat! Rapprochonsnous de notre temps : quelle génération si reculée ne gardera la mémoire des Amboise , des d'Ossat , des Duperron , des Huet , des Massillon , des Fléchier, des Féuélon , noms immortels dont le lustre s'est communiqué à notre nation tout entière! Enfîn apparaît à nos yeux Bossuet , doué d'un plus beau génie , plus grand que tous les autres. Il semble faire entendre encore sa voix au milieu de nous , et il en ranime la véhémence et la majesté pour confondre les orgueilleux contempteurs d'un ordre sacré dont il fut la gloire. Placé si haut au-dessus d'eux, il se contente d'opposer à leurs insultes un éloge prophétique sorti autrefois de sa bouche ; il s'écrie : O sainte Église gallicane , pleine de science , pleine de vertu , pleine de force , la postérité te verra telle que font vue les siècles passés ; toujours Cune des plus vives et des plus illustres parties de cette Église éternellement vivante que Jésus-Christ ressuscite a répandue par toute la terre, (1) En mettant à part ma propre faiblesse j'ose dire que cette prédiction n'est pas démentie par l'événement. La France , encore de nos jours, chérît ses évéques , et au défaut des talens

(1) Sermon pour le jour de Pi^qucs.

8ublime9 qui ne sont plus DoUe part , elle reconnaît en eux la ebarité , le zèle» la magnanimité, an dévouement sans bornes au milieu des plus horribles fléaux. Dans la plus grande

Ïiartie de la France, leur présence fait éclater 'affection la plus filiale et la joie la plus vive. M. Viliemain ne sait donc (il autorise du moins à le dire) ni ce qu'ont vu les anciens dges , ni même ce qui se passe presque autour de lui ?

car, s'il le savait, il n'oserait pas mépriser ce que tous les siècles, les idolâtres eux-mêmes ;, et des conquérans à demi-sauvages ont honoré; il ne foulerait point aux pieds des pontifes sar crés , en qui la France voit, même à présent, des pères qui ne respirent que pour elle , des docteurs qui l'éclairent, des amis qui la consolent, des défenseurs prêts à tout sacrifier pour son salut et pour sa gloire.

11 est bien d'autres choses que M. Viller main ignore, ou sur lesquelles il s'aveugle.

Mais il en est aussi qu'il voit très-bien , et qu'8 croit que nous ne voyons pas. H s'abuse* . •

Nous démêlons, par exemple^ fort distinctement le but de son projet de loi. Il veut détruire en France la religion catholique.

Gomment le prouver ? Par un enchaînement de faits qui forment une démonstration mathématique.

L'Université est un corps qui ne donne aucune garantie de sa religion, de ses croyances , dont les membres peuvent être athées « spinosisteSf matérialistes, sociniens , tout ce qu'ils voudront, sans avoir à craindre la moindre perte ni la moindre censure. €e n'est pas tout: on voit dans les plus hauts rangs de cette institution des hommes plus ou moins célèbres,

lesquels mettent dans son sein Tesprît qui ranime, le mouvement qui la dirige , et dont la célébrité a sa source dans la publication d'où-* y rages où ils combattent ^ avec une sorte d'enthousiasme fanatique , nos dogmes les plu»

sacrés, les perfections de Dieu, Timmortalité de l'ame , les peines futures , la divinité de Jésus-Christ. 11 en résulte, et il doit nécessai-* rement en résulter un esprit général répandu dans ce corps et fort éloigné de l'orthodoxie» D'un autre côté, l'Université par les dispositions du projet nommant en réalité tous les maîtres et chefs des écoles ecclésiastiques , et les évéques en étant chassés , elle y sera maltresse absolue. Par une conséquence inévitable,* elle Y soufflera son esprit, c'est-à-dire un esprit éclectique , sceptique , anti-catholique en un mot Instruits d'un tel changement, les prélats qui soutiennent seuls ces maisons leur retireront leur appui: elles crouleront à l'instant même. Dès-lors, plus de candidats pour la prêtrise ; il n'eo vient point d'ailleurs.

Et s'il arrive que sur les débris de ces écoles quelques jeunes gens , imbus de nouvelles doctrines , sachent pourtant se contrefaire et les déguiser , quand ils se présenteront aux ordres, les évéques les soumettront à des épreuves ; ils découvriront en eux par ce moyen une piété fausse , un zèle au moins équivoque , une foi suspecte ; après cette découverte , ils ne pourraient sans crime leur imposer les mains. De là , le sacerdoce éteint parmi nous et la religion de nos pères anéantie. Voilà le plan avec toutes ses suites qu'on a prévues.

A ce sujet f je dirai à ces hommes qui no

savent pas que notre foi est une enclume qui brise tous les marteaux , je leur dirai : Vous courez trop vite à voire but, vous ne l'atteindrez point. Vous tirez avant l'ordre , vous démasquez trop tôt vos batteries : je vous le prédis , vous succomberez dans le combat , et la victoire restera à Dieu , à Jésus-Gbrist et à soq Eglise.

t CLAUDE BiPPOLXTE, évéque de Chartres,

Ci)i)i)i)€)i)€)€)€)€)C>i>€)i)C)C)€C)CC)€)i)i)f)€^^ QUATRIÈME LETTRE.

Chartres , le 22 décembre 18iU.

Je ne partage point les vues de ceux qui croientou semblent croire qu'un prêtre, qu'un évêque manque à sa dignité, quand il se sert de la presse religieuse pour se mettre en rapport avec le public^ en vue de quelque grand intérêt de la religion ou de la société. Quel canal plus honorable et plus sûr que les publications de ces écrivains généreux qui prêtent l'appui de leurs talens à la religion de nos pères, que tant d'autres s'efforcent de décrier et d'avilir ! Je viens donc. Monsieur , vous prier d'insérer dans votre feuille ma réponse à une lettre qu'un des rédacteurs du Journal des Débats m'a fait l'honneur de m'adresser dans le numéro d'hier.

Je n'ai qu'à me louer de la politesse dont a usé envers moi ce publiciste. Malgré la fou-eue qu'un de ses collaborateurs m'a repro-

chée , \e ne sens dans mon cœur que charité sincère et vive pour les personnes que je crois dans Terreur, et je m'imposerai aussi la loi , qui me coûtera fort peu» .d'éviter dans cette réponse tout ce qui pourrait êlre désagréable ou blessa ot pour l'écrivain dont j'ai parlé. Seulement , il faut pardonner un peu de chaleur à un zèle qui tient à la conviction la plus intime > et qui a pour objet et pour aiguillon la croyance de tant de siècles , et le salut du

pi u^ beau royaume du monde.

Il faut d'abord que j'ôte au signataire de la lettre insérée aux Débats , une persuasion ou un soupçon qu'il a manifesté. Il m'est difficite , dit-il, de me persuader que vous ayez lu ce que vous avez censuré , ou du moins , Monseigneur, que vous en ayez pris connaissance autrement que par les citations déloyales qui ont été faites , ou par tes commentaires auxquels nous ne faisons jamais , ici , l'honneur dune réponse. Monsieur, le rédacteur me prête ici une légèreté qui n'est pas de mon âge. Avant de m'élever contre les deux articles que j'ai analysés dans mon Instruction pastorale , je les ai lus et relus avec autant d'attention que de douleur. Ils ont é(.é pendant deux mois sur mon bureau , ils y sont encore , et à la vue de ces deux écrits inspirés par une ardeur d'innovation infiniment périlleuse , dont les plus brillans esprits ne se défendent pas toujours, je me disais à moi-même : Où allons-nous ? Que deviendra notre ^ patrie , inondée tous }es jours de ces feuilles ^ légères qui vont en un clin d'œil semer l'erreur dans ses retraites les plus obscures , dans ses bameaux les plus reculés ? Et alors je sentais des larmes amères et abondantes prêtes à s'échapper de mes yeux.

L'homme de lettres auquel }e réponds » insinue donc que je n*ai pas pris les moyens et que je ne me suis pas donné le temps de le comprendre. Hélas*! ses termes ne sont que trop explicites , sa pensée n*est que trop claire. Voici comment il s'exprime : Dans no-tre pays , oii iiy a à peine wne religion » oàVEgU^ se elle-même ^ au lieu de tendre une main ferme et sàre à ceux qui cherchent leur voie y $*aban^ donne à une sorte de romantisme qui amollit et corrompt tous les dogmes , on chercherait en vain an point de comparaison pour ce qui se passe en Angleterre,

Qu'on pèse toutes les expressions. Dans nO" tre pays : il s'agit de toute la France. Oà ily a à peine une religion : nous reviendrons »ur ces mots dans un instant. L'Eglise s'abandonne à une sorte de romantisme. Mais que préche-t^^lle donc , cette Eglise ? Où puise-t-elle ses enseignemens ? Quel livre tient-elle dans ses mains> quand elle distribue à ses enfans l'aliment sacré de la parole ? La France entière répondra » et la notoriété publique vous garantira que ce livre est l'Evangile du Sauveur. C'est là que le prêtre puise ses textes, ses exemples, ses conseils , les vérités qu'il annonce , les promesses et les menaces qui en rendent rac* complissement si doux ou l'infraction si formidable. Mais l'Evangile est-ce donc un roman ? Prétendez-vous donc imprimer cette désolante flétrissure à plus de trente millions de chrétiens qui vous entourent et qui voient dans cet ouvrage mystérieux le langage de Dieu même ? Et à quel autre code les renvoyez* TOUS donc ? Est^e à la morale de. vos romans, de vos feuilletons et de vos théâtres ? Ah I si

(M) vous ne voyez pas Tablme épouYantable qui se creuse sous la terre que vous foulez , et qui, si terriblement remuée par vos déclamations et vos sarcasmes, ne vous offre plus qu*un soutien léger prêt à céder sous vos pas ; si vous ne voyez point ce gouffre ; tout éclairé d'ailleurs que vous êtes» elle s*esl éclipsée pour vous 9 la lumière qui sauve les peuples et les empires. L*Évangile est ce sang vivifiant qui les anime et les fait fleurir; il est la vérité qui les délivre.

Cette règle venue du Ciel était suivie par nos prédécesseurs depuis quinze cents ans* Ils nous l'ont transmise » et nous l'avons reçue avec respect Depuis saint Rémi jusqu'à Bossuet et à nous , on l'a vue dans les mains de tous les prêtres français , tantôt revêtue d'or et de diamans par des esprits sublimes, tantôt, comme de nos jours, n'offrant que sa droiture et sa nudité, que nous sommes incapables de relever par Tinnocente richesse des talens et du génie. Mais enfin c'est toujours la même loi, le même enseignement. Vous déshonorez donc toutes les générations sacerdotales qui se sont succédé dans ce royaume depuis quinze siècles « en prétendant qu'au lieu de répandre dans le sein de leurs peuples des trésors de grâce et de vérité , ils n'ont mis dans leurs mains que des jouets frivoles , et, si je puis parler ainsi , le misérable clinquant d'un vil romantisme.

Vous avez pris le change, et, permettezmoi de le dire , vous voulez vous envelopper dans l'illusion qui vous abuse. Elle est trop facile à reconnaître et à dissiper. Non-seule-* inent vous concluez du particulier au général,

ce qui est le vice de raisonnement le moins excusable et le plus décrié ; mais tous étendez au tout ce qui n'est applicable qu'à une fraction imperceptible. Une vingtaine de prêtres ont fait monter dans les chaires de Paris un romantisme puéril et condamnable , et vous faites peser cette accusation sur trente mille ecclésiastiques voués dans ce royaume au saint ministère. Gela ne rappelle-t-il point le reproche qu'on fait à certains particuliers » fixés et comme immobiles dans la plus grande de nos cités , de juger tout ce qui se passe dans l'univers par les habitudes ou les événemens de leurs quartiers? Non; la tribune sacrée n'est infestée qu'à Paris par le romantisme.

Les têtes françaises , les mieux faites du monde, et j'ajouterai presque, les têtes sacerdotales réglées par des traditions si pures et par une raison si austère, ne sauraient recevoir cette production de la médiocrité vaniteuse.

Quoique aux portes de la capitale, pas un seul pasteur de mon diocèse ne profane par cette affectation indécente et ridicule la parole de Dieu. Où donc l'écrivain que j'ai en vue a-t-il pris cette opinion fabuleuse et fort peu obligeante pour les prêtres de ce royaume ? Il a entendu peut-être à Paris quelque prédicateur séduit par cette pitoyable nouveauté , et , sans autre information, il rend tout le clergé do France solidaire du peu de sens de deux ou trois de ses membres et de leur engouement pour les extravagances d'une école nouvelle et éphémère. Quelle induction et quelle équité ! Un prêtre intringant est venu demander au bureau des Débats qu'on le signalât au public comme un excellent orateur. Donc tous nos

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prédicaleurs sonl capables de cette bassesse » et. veulent à tout prix être mis dans la gazette. Quelle autre conséquence juste et rigoureusel

Monsieur le rédacteur voit à Paris des jeunes gens affublés d'un costume ridicule, coureurs , ce sont ses termes , de conférences prétendues religieuses, lesquels promènent de tous côtés leur air fatal et leur tournure insipide et prédestinée , qui s'extasient devant les ogives et qui se composent je ne sais quelle religion de bric-à-brac. Je prends pour fidèle ce récit et ces coups de pinceau. Mais ce qui est certaiii, c'est que toute cette fantasmagorie est inconnue dans qos provinces , et qu'il est au moins in uniment rare que des néo-chrétiens se présentent à nous sous ces traits risibles , avec cet cdr fatal et dans cet équipage.

La Religion est morte , dit-on , et le clejrgé n'est plus qu'un simulacre. Oserai-je rapporter les paroles d'un ancien ministre, savoir, qu'aujourd'hui en France ce n'est que là qu'il

Îr a de la vie P D'où vient encore de nos jours 'héroïsme de la charité ? Qui façonne aux combats du Seigneur ces apôtres qui vont à trois mille lieues braver les tortures etla mort, pour étendre la foi et la civilisation ? Qui inspire un si généreux dévouement à ces nlles de saint Vincent , à ces vierges miséricordieuses que leur foi élève si haut au-dessus des sentimens humains, que toute la philosophie du siècle ne pourrait former un seul de ces anges mortels ? •

Mais il faut finir. Je n'ai rien dit que de vrai et dont l'exactitude ne soit hors d'atteinte ; mais je ne saurais pousser plus loin cette discusion. Les organes de la presse religieuse

suppléeront, s'il le faut» à mon silence. Que d'autres dont la foi est peut-être incerlaioe , et qui s'intéressent peu aux plus grandes solennités de notre culte, s'exercent sur un sujet épuisé : pour moi , mon peuple m'appelle, et je n'ai d'autre pensée que d'aller avec lui me prosterner devant le berceau de mon Sauveur.

t CLAUDE HfPPOLTTE , évéque de Chartres.

CINQUIÈMB LETTRE.

Chartres , le ià mars 1842.

Je crois devoir, non-seulement comme prô* tre, comme évêque , mais comme chrétiea catholique, comme citoyen , comme français, déposer dans votre Journal quelques réflexions sur l'enseignement de l' Université, qui m6 semble menacer et les plus grands intérêts de la société et ceux de la foi de nos pères.

Je commence par les principes philosophiques , ou appelés de ce nom , qu'on donne à la jeunesse. Je les regarde comme aussi erronés que funestes ; et, pour écarter tout ménagement pusillanime, je soutiens (sans accuser du reste les intentions de personne) , je soutiens que la philosophie , telle qu'on l'enseigne dans rCJniversité , n'est propre qu'à augmenter la confusion des idées qui est le grand fléau de notre temps, et qu'elle prépare à la France des calamités plus effroyables peut-être que celles qui l'ont frappée « il y a

un demi-siècle « et dont le contre-coup s'est fait sentir presqae dans la terre entière.

Quelques personnes peu réfléchies s'éton-^ lieront de cette double proposition. Je vais la déUTontrer en leur faveur ; car , au fond , elle est dans la pensée et bien souvent sur les lè« yresde tous les hommes j udicieuxet pénétrans.

Il faut d'abord remarquer que, depuis quarante ans , il s'est fait une révolution complète dans la partie de Finstruction publique dont je m'occupe ici. Les anciennes méthodes 9 les anciens principes qui réglaient si puissamment l'esprit et le cœur ont disparu ou o'excitent plus que le dédain. On y a substitué une science toute nouvelle que trois écrivains , dont l'un vient d'être enlevé par une mort prématurée, ont introduite ou fixée jusqu^à ce four dans nos écoles. Là , tout fléchit sous l'autorité de leur nom ; tout cède à l'influence de leurs systèmes nés sur des bord» étrangers et surtout en Allemagne. Tel est notoirement le type et la substance de l'instruction que reçoit notre jeunesse au terme des études classiques.

Voyons donc quelles sont les pensées , les maximes de ces auteurs : par là , nous jugerons avec certitude des nouveaux enseignemens philosophiques qui n'en sont que l'application et Timage.

C'est au plus renommé de ces sayans (!) dont les deux a'utres (2) ont été les échos et les disciples , qu'il faut surtout attribuer les opinions et l'esprit qui régnent dans les écoles que j'ai en vue.

(1) Le prélat fait allusion h U. Cousin.

(2j Le prélat parle de MU Jouffroy et Damfron.

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