‹ Lettres et instruction pastorale de monseigneur l'évêque de ChartesChapitre 3 sur 15 · SO · texte numérisé non relu

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Ses écrits ne sont que feu , qu'eulhousiasme, que mouvemens impétueux et saisîssaos.

Il ne s'avance que par élans, mais il fait à chaque pas de lamentables chutes. Son imagination lance les éclairs ; mais » hélas ! ces éclairs ne laissent après eux que les plus épaisses ténèbres. Il ne ménage aucun dogme,

auelque saint, quelque auguste qu'il soit ; et foule aux pieds , de Tair le pins victorieux et le plus méprisant 9 les débris imaginaires des vérités qu'il croit avoir renversées. 11 n'y a point d'erreurs si révoltantes , si impies , dont les partisans ne trouvent dans^ses livres quelque passage qui les justifie. Êtes -vous panthéiste ? Il vous dira que Dieu n'a point lire l'univers du néant; mais qu^il l'a tiré de lui' même : tout ce qui est créé est donc » suivant Jui , une portion de la substance divine ; tout est Dieu , même les animaux et les monstres ! Il ajoutera , pour vous affermir dans vos rêveries , que le monde est un et triple comme Dieu même. Êtes-vous athée ? il vous ménagera le plus doux triomphe ; il vous assurera qu'il est faux que Dieu soit incompréhensible. Or, comme une intelligence finie ne peut embrasser dans ses étroites conceptions un être infmi y il est évident que , si nous avions de Dieu une idée complète et que son essence ne fût pas incompréhensible , il ne serait plus Dieu. La révélation vous trouve-t-elle incrédule ? il vous dira que c'est la raison que nous apportons en naissant qui est le Verbe-chair^ et qu'il n'existe point d'autre révélation. Il faudrait transcrire tous ses livres pour donner une idée des paradoxes înouis, des conséquences arbitraires , des assertions blasphématoires qu'il y a répandues sans mesure.

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. Les deux autres écrivains que j'ai désigués ne sont ni plus orthodoxes ni plus retenus. Je le montrerai un peu plus tard.

Voilà donc les sources où vient s'abreuver, pour y puiser les élémens de la vraie sagesse^ cette génération nouvelle qui est la fleur et Tespérance de ce royaume. Mais des sources où sont mêlés de si mortels poisons que peuvent-elles verser dans les âmes ? On le com* prend assez : l'impiété» Torgueil, mille idées confuses qui se heurtent et se détruisent^ la haine de tout joug , le mépris de toute vertu ^ la négation de toute vérité, enûn , cette inquiétude dévorante d'un cœur qui ne trouve en lui que le néant , et qui , pour remplir ce vide affreux, essaierait, s'il le fallait, de tous les crimes , et , comme dit Leibnitz , mettrait le feu aux quatre coins du monde.

€e peu de mots mettent devant nos yeux les malheurs qui s'avancent vers nous à grands pas , par l'effet de renseignement déplorable dont je parle en ce moment. Car, il ne faut pas s'y tromper, les organes avoués de ces doctrines , par le privilège qu'ils ont de façonner » de préparer en secret V opinion qui gouverne tout aujourd'hui , sont les maîtres de l'avenir. Ah I que deviendra-t-il entre leurs mains ? Qu'on y prenne garde : les essais de Toulouse (i) et de Strasbourg qui , malgré de vains palliatifs , ont si fort réjoui les impies et les anarchistes , marquent ce que la philosophie nouvelle cache dans son sein ; et ce

(1) On assure que M. ViUemaia a défendu de donner en prix , dans les établissemens universitaires , les ouvrages de H. Gatien-Arnoult. Cette simple marque, d'improbation ne serait rien moins qu'une réparation. {Note <te l'Ami de la. religion,)

(M) qu'elle pent pour tout embrasser et tout perdre , une fois libre et dégagée d'obstacles ; comme ces cratères , aperçus à peine , qui , par les colounes de fumée qu'ils laissent échapper , et par quelques flammes élancées de loin en loin , annoncent Texplosioa terrible des volcans qui les avoisinent.

El à présent 4 o dépositaires de la gToîre et du bonheur de la France , encouragez l'industrie , faites fleurir le commerce , couvrez le royaume de monumens dignes de sa fortune et de sa grandeur ; que des machines , lancées par vos mains pour abréger et faire presque évanouir l'espace , au lieu de se traîner pesamment sur la terre , glissent sur le fer et le disputent de vitesse aux fleuves les plus rapides et au vol même des oiseaux. Tendez tous les ressorts de votre intelligence , ne laissez point de relâche à votre zèle , entassez merveilles sur merveilles. Mais^ au milieu de ce beau travail , arrétez-vous un laHunt et regardez derrière vous. Qui vous suit ? qui et presse sur vos pas ? qui s'offre à votre vue ? Ah I une génération en proie à une imrpîété sans bornes , à une soif brûlante d'indépen^ dance; une génération sans Dieu, sans frein, qui insultera à votre mémoire, déchirera vos lois, renversera vos ouvrages.... Nous aimons à le croire : sans doute, ce torrent de maux peut-être encore détourné, iltfoa ne dorme point en paix sur une terre que peuvent dé** chirer et changer en abhne les matières in^ flammablesqui bouillonnent dans ses entrailles I qu'un rayon d'en haut nous éclaire ! que Dieu sauve la France !

J'exposerai dans une prochaine lettre d'aiif

très réOexiéns non moins dignes d*aUenUon que celles qu'on vient de lire.

t CLAUDE HIPPOLYTB^ éoéque de Chartres.

SIXIÈMB LETTRE.

Chartres, le 17 mars 18A2.

Il y a des choses d'un intérêt moral et d'une conséquence infinie qui se lient étroitement à la destinée et à la sûreté de la société publique , et qui sont profondément ignorées par les gens du monde et même par les hommes qui donnent, avec le plus d'application et de sagesse, le mouvement aux affaires d' un grand royaume. La prospérité ou le malheur d'un État dépend de Téducation de la jeunesse ; et cependant il se forme, dans l'ombre des éco^ les ; des rapports entre les maîtres et les disciples, dont l'effet est de répandre , au sein d'ukie nation, les erreurs les plus étranges, dont la multitude ne s'aperçoit que lorsque leurs conséquences sont irrémédiables. Je vais en citer un exemple.

On croira sortir d'un profond sommeil, quand j'indiquerai à l'instant même une proposition contenue dans un livre au frontispice duquel on lit ces mots en gros caractères :

Adopté par V Université. Que contient donc ce livre de si choquant , de si pernicieux, de si incroyable? Je vais vous l'apprendre. Dans une préface de plus de cent cinquante pages, qui précède \m traité de philosophieécossaise.

l'auteur» professeur célèbre , après avoir déclaré que , pour les choses qu'on ne touche pas, qu*oa ne voit pas , il n'y avait d'antres principes de certitude que C^ qu'il appelle les faits internes, les faits de conscience ( métaphysique quintessenciée et assez vaine) , s'occupe de l'existence de l'âme. Il prononce que la réalité de cette substance spirituelle n'est nullement prouvée. Voici ses termes ; n'en perdez rien , je vous prie. Il est donc évident que , si l'on peut parvenir à résoudre cette question , la science des faits de conscience est. la rouie ; mais il ne Cest pas moins que^ dans l'état actuel de cette science ^ cette question est prématurée. Cependant , il permet de désigner les faits dont cette science s'occupe par leur caractère le plus populaire, qui est d^ être attribués à l'âme* Si nous avons une âme , si nous ne devons pas être placés au rang des brutes , c'e5;t donc un doute qu'on n'a pu éclaircir depuis six mille ans I C'est une question prématurée. Ah! n'est -il pas visible que les passions laisseront mûrir lentement cette question , et qu'elles ne seront pas détournées de leur objet, qu'elles poursuivent avec tant de feu et d'emportement^ parla menace d'un avenir sans preuve etd'un châtiment qu'on ne lit distinctement nulle part ? Voilà donc la croyance que nous ne sommes que matière solennellement autorisée , proclamée par un professeur de l'Université ! La permission de ne pas croire un mot de la vie future, il l'accorde sans hésiter , il la scelle , il la confirme dans un livre authentique adopté par le corps enseignant dont il est l'un des membres le plus accrédités et le plus vantés. Ah ! que voyonsHious

donc ici ? L'affreux matérialisme , le plus terrible tléau des nations, qui sort avec privilé-* g:e^ et tout rayonnant de la gloire d'une connivence si encourageante et si flatteuse, du Heu Oii il aurait dû recevoir les plus mortelles blessures.

Qu'ils viennent à présent les saint simohiens , les fourriéristes ^ les communistes I Ils auront lieu d*êlre satisfaits. Il résulte , en effets de l'opinion matérialiste, que la vertu et le crime échangent leur nom et leur caractère , et que l'assouvissement de toutes les passions, jbêmesles plus abjectes ou les plus sanguinai* res , pourvu qu'on évite le glaive des lois humâmes^ est la fin dernière , la perfection , le devoir de l'homme.

Voici donc une scène qui peut s'ouvrir quelquefois autour de nous. Si Ton demande : Puisje en conscience enlever le bien d' autrui, piller des héritages dont je jouirai avec délices: dans ce monde , sans crainte d'ailleurs d'aucun pouvoir humain? Appelez le professeur de rUniversité, il vous dira : Je ne veux point vous donner de vains scrupules , car c'est une question prémaêarée. — Puis-je me plonger dans les voluptés les plus infâmes , que je goûterai en pleine sécurité ? —Même réponse. — Puis-je bouleverser la sociétépourm'éleversur âes ruines ? Il coulera bien du sang; mais tout me répond du succès.... — Question prèmatu* fée ! — Enfin, dépouillant toute affection de famiite^ étouffant le cri de la nature, puis-je égorger un vieu?c père dont les jours retardent la félicité des miens? M'est-il permis de le regarder comdfie une machine inutile et usée qu'on peut inoocemmeut briser?... —Eh! ne

FaTex-Vous pas eoteodu ? G*esl une question prématurée*

Oii yoit-on ces choses, ou plutôt d'où se déduisent ces conclusions ? du contenu de ce^ tains livres qui sont adoptés » recommandés à la jeunesse.

Faut-il s'étonner si les hommes qui ont respiré cet air empoisonné par les émaqatioos da scepticisme et du matérialisme , devenus beaux esprits , poètes , romanciers» historiens, écriveuten fatalistes» en prétendus philosophes, sans humanité, sans compassion» sans âme » décrivant avec sang froid et presque avec délectation les crimes les plus atroces, les scènes les plus déchirantes, les plus horribles monstruosités?

Faut-il s'étonner s'il est passé en coutume et en mode , dans une classe d'écriYalos» de vanter 9S , d'ériger les conventionnels en héros admirables?

Je l'ai vu , 93. Voici par quels degrés ces conventionnels (je fais les exceptions qui doivent être admises) montèrent à cet apogée de grandeur, d'héroïsme et de génie vers lequel les écrivains dont je parle osent à peine lever leurs yeux éblouis.

Tout fuyait. La vertu , le mérite , les talens épouvantés et transis se cachaient. Il ne se présentait aux réunions électorales que le rebut de la société : on demandait quelquefois à la porte ( je l'ai appris par des voies sûres )» on demandait, dans le langage grossier et cynique de ce temps-là : Quel crime avez-vo'us eammis qui méritât Céchafaud ? Celui qui était noirci par le plus d'horreurs et de bassesses, était introduit avec le plus d'applaudissemiens

et de faveur. Oo procédait, au choix des représentons. S^ïi y avait un avocat sans cUent, un prêtre apostat^ un moine devenu athee^ un régent de collège bien pervers, un mauvais comédien qui briguât avec un peu d'ardeur , il était sûr d'emporter tous les suffrages. Tels étaient le&élémens dont se composait la C(vivention.

C'étaient de grands homnies ! s'écrîe-t-on.Eh! quels grands hommes? quel était leur courage, leur capacité, leur mérite ? Entourés d*une a ripée vaillante et innombrable, comme d'un mur d'airain 9 à l'abri de toute crainte , ils passaient leur temps à f^ire égorger , sur tous les points de la Francp» des gens désarmés , des riches bienfaisans /des citoyens vertueux, des prêtres fidèles. Que dis-je ? chose qu'on n'avais jamais vue sous le ciel , même dans les plus horribles dissensions civiles; barbarie devant laquelle les Caligula, les Néron auraient reculé ! ils faisaient assassiner juridiquement par milliers des femmes , des mères^ des épouses , des jeunes filles qui n'avaient marqué la carrière de la vie où elles entraient à peine, que par les grâces, la douceur et rinnocencede leur âge, et qui pouvaient dire^ comme ces vierges qui s'élevaient sous les ailes d'Esther : Hélas ! si Jeune encore, par quel crime ai-Je pu mériter n^on malheur J Oh ! qu'il fallait de résolution et d'intrépidité pour 'abattre à sqs pieds de pareilles victimes !

Mais, dit-on encore, les conventionnels, d'une main ferme, donnaient l'impulsion à •des événemehs gigantesques. Fiction pitoyable ! L'armée ^ dont les succès étaient tout, ne recevait Timpulsion que d'elle-même , de sou entho>usiasme et de l'ivresse de la victoire.

Sylla , Marins, Octave , Crotnwell dans les K^mps modernes » ont ordonné d'affreux massacres. Il est vrai pourtant aue de grandes qualités se mêlaient à leurs incfinatiotis violentes , à leur caractère impitoyable. Mais, dans la Convention , qu'on me nommo un seul homme en qui quelque grandeur ait jeté une sorte de lustre sur ses crimes? Lequel de ses membres avait même un rapport éloigné avec S^Ua , cet homme d*état si profond, ce guerrier si habile et si consommé ; avec Marins « dont Tâme d'airain et l'invincible valeur entraînaient la fortune et rompaient tous les obstacles ; avec Octave, qui , encore presque adolescent, enveloppait le grand Cicéron dans les filets de sa politique ; enfin avec Gromwell , chez qui chaque circonstance nouvelle développait un nouveau talent ? Quel conventionnel ne serait pas rentré dans la poussière de- •vaut ces gloires , hélas î bicjn mêlées et bien sanglantes? Qui oserait leur opposer celui qui régna quelque temps dan» cet antre de cannibales ? Et ! qu'était-il autre chose qu'un vil rhéteur tout à la fois furieux et froid , frénétique et compassé , dont tout le mérite consistait à renfermer ses noires pensées dans une enveloppe assez élégante , et soil'atiH)ce férocité dans de jolies phrases ?

Un tigre égorge un troupeau et ses pasteurs; sa soif du sang ne peut s'étancher. l}n serpent monstrueux enlace un voyageur égaré dans les forêts de l'Afrique. Il lui fait souffrir un lent et épouvantable supplice. L'uif de ces historiens ou de ces poètes , que j'ai désignés, loin de frémir à la seule pensée de la cruelle fureur de ces animaux, se bornera à dire froi-

clément : Pourquoi les abhorrer P L'un est courageux au okhos k Fégard des faibles ; Tautre est rasé et souple; ils ont les défauts de leurs qualités. Tel est le trait le plus fin et tout à la fois le plus odieux par lequel on a Toulu.essuyerles figures , dégoûtantes de sang et de crimes, des dominateurs» des égor-»

geurs de 93».

L'Université n'a-t-elle pas eu le malheur d'apaiser les remords et de nourrir l'audace de ces sophistes , en approuvant , en adoptant certains écrits ? Dans ce moment même , ne prépare-t-elle pas la conUnuation de leurs effraya ns écarts par l'improbation si mesurée et si légère qu'elle vient de donner au triste courage de l'un de ses professeurs qui a fait aussi , avec des figures de rhéthovique Ibs plus outrées et devant une nombreuse jeu* nesse , l'apologie des farouches anarchistes de 9S ?

Que ne pourrais-je pas dire de oe système public d'împudicité qui surpasse toutes les turpitudes , les rafOnemens de vices y les indi* gnités de tous les lieux de prostitution anciens et modernes ? C'est là évidemment encore un fruit des dodrines matérialistes, qu'un corps , qui enseigne au milieu de nous au nom dé l'Etat , couvre de son autorité aux yeux de ceux qui les soutiennent. Mais )e sois arrêté par les bornes que je dois me prescrire.

Pénétré de douleur , et m'adressant ici en général aux professeurs et aux écrivains de ce siècle qui .s'efforcent de répandre les erreurs dont je viens de m' occuper , qu'il me sok du moins permis de m' écrier : Sophistes sans pudeur et sans entrailles» que voulez-

TOUS donc faire de la jeunesse française ? Oui , ces jeunes âmes que le Ciel a pourvues d'iii-^ ctinatiOns jsi heureuses , qui Aoiyeut une douceur naturelle de mœurs ^ une noble éléva^ tion de caractère à Tair seul delà France dont la pureté n'a pu epcoce être entièrement souillée par vos doctrines , parlez; que prétendezvous en faire ? Voulez-vous donc « comme ce personnage infâme et abhorré des fables antiques , les déppuiller de leur nature , 4e$ transformer en animaux immondes et en botes féroces ?

Fabricius , aprèstdvoir entendu de la bouche:de Cinéas les maximes des philosophes épicuriens, bien moins odieuses que celles de nos docteurs d'athéisme , .poussa un cri d'horreur et proféra ces paroles : O Hercule , envoie de tels instituteurs aux plus cruels enne^ mis de Rome»

Je ne fais point le vœu de Fabricius ; mais je demande au Ciel que la France soit délivrée d'une déiestalile philosophie sur laquelle je vousr écrirai une troisième lettre*

t CLAUDE HiPPOLYTE^^v^çae de Chartres»

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