LOYS
Quelques jours apr^ , le dito d*0rléaii& écrit de nocnreaU au duc de Bourbon :
Monsieur mon cOusin, je sois très-fort esbahj, veu que par tant de fois tous ày escrit et qu'en cecj gist tout le fait et sal- YttkiOi du roj, que autrement n'aj do xost nouveUes, attendu mesmement que la chose requiert grande et extresme diligence, comme pourrez voir par les lettres do monsieur d'Ârgenton à Vous adressantes, lesquelles par ceste poste vous envoyé, et aussi le siège què d'heure en autre j'attends, où me sera impossible de résister, et seray contraint de départir et abandonner les passages, si autrement no suis secouru. J'ai envoyé par plusieurs et diverses fois haster les nobles du Dauphiiié, et vous avois escrit que de vostre part y voulussiez envoyer, dont n'ay eu aucune » rcsponse. Toutesfois par lettres qu'ils m'ont cejourd'huy csci'ites, ils font la meilleure dilif2:ence que possible leur est, et se montrent en cecy bons et loyaux sujets et serviteurs du roy. Mes gens qui, ceste nuit, estoient allés dehors, ont trouvé près d'iey vingt-cinq hommes d'armes du seigneur Ludovic, lesquels ils ont rué jus et amenés tous prisonniers en ceste ville, et n'en est eschappé qu'un tout seul, dont vous ay bien voulu avertir, parce que je sçais qu'en sciiez très-joyeux, priant Dieu, monsieur mon cousin, qu'il vous doint ce que vous désirez.
Escrit en Ast^le XXII' jour d'avril*
Vostre bon cousin*
LoYS.
A montim' mm <}imHn,moiuiiur de BaurhmK
* GoDEFROY, ffist. (le Charles VIII. pr. p. 70<J.
* GoDEFROY, Eût. de Charles VIII, pr. p. 702.
DÈ COMMINES. 191
l)ës le 9 avril, Goinmmes songeait à quitter Venise, mais
il craignait, sMl traversait le Milanais, d*ètre arrêté par les
marchands vis-à-vis desquels il s'était engagé, et il écrivait à ce stiget au duc Ludovic :
Monaeigneiir, si très-litunblenient comme je puis, iâe rseommande à vostre boniie gr£oe. JTalteiis à*iey à peo de jours nouvelles du roy et savoir là où fl luy plaira que j'aille devers luj ou en France, et non obstant oeste ligne ne fengr nulle diiBoulti de pssser panny vos seigneuries ; ttais comme il vous a pleb m*eseripre deux ibis, aucuns marchans de MUlan me demandent quatre mille ducats dont je suis respondant pour le roy et y suia oUigéen la chambre appostolicquc, pourquoj me semble que par raison ne me pevent contraindre par autre voye. Par quoy vous supplye, monseigneur, qu'il vous plaise m*escripre si non obstant la demande des dis marchans, je puis seuremmit passer parmy Vostre pays, si le cas estoit que le roy me permist de m*en aller; etqu^il vous plaise, monseigneur, toui^oursme commander vostre bon plaisir pour Tacomplir à mon povoir. En priant à Dieu, monseigneur, qu*il vous ddnt bonne vie et longue et tout ce que vous désires.
EScript à Vmne, le IX* jour d^avril.
Vostre très-humble et très^béissant serviteur,
Philippe de Commynes.
A MO» Mt'twkmM ttignmr, monteiçnmt Itduede MBkm * *
Commines attendait à Venise un autro envoyé de Charles VIII : c'est ce que nous apprend une lettre de Jean- Baptiste Ridolii , ambassadeur florentin à Milan, adressée aux Dix de la Balie :
L'illustrissime duc de Milan m'a communiqué une lettre qui lui est écrite de \ euisc pur ses ambassadeurs, où on lui annonce
* Document commaniqné par M. CharaTay.
192 LBrmBS ET NÉGOCIATIONS
que monMigneur d*Argeiitoiï a dédaié à cette leigneiirie» de lA part da roi, que Sa M^jeeté avait résolu de loi enyojer un autre amlMssadear, pour lui fkire eouuaître oe qui sera exposé en son nom. Sur quoi la seigneurie lui a répondu qu*elle réoouterait toiQours volontiera et qu*elle répondrait à tontes ses oommuni'> cations, en tenant compte de ce que réclament Tintérét» Thonneur et là dignité de la Ligue *.
En effet, Jean Bourdin, secrétaire de Charles VIII, arriva à Venise ; mais Gommines y resta avec lui , et nous les ▼oyons le 2é mai se rendre ensemble an Sénat. Comminee prit la parole et prononça on discours fort habile idont on nous a conservé le rëeomé :
Premièrement, le roi fit déclarer : que la Ligue a été formée sans qu'il en fût prévenu; qu'on l'avait aussi pressé de négocier une ligue avec d'autres souverains, et qu'un grand personnage, qu'il peut regarder comme son égal l'y avait même engagé, mais que son amour envers la seigneurie l'avait empêché d'en rien faire ; que, même avant d'apprendre la conclusion de la ligue, il avait solennellemerit envoyé deux ambassadeurs à ladite seigneurie, non-seulement pour renouveler son alliance avec elle, mais aussi pour resserrer encore davantage les liens qui les unissaient déjà. Cependant, la ligue conclue, le roi s'est vu forcé de modifier ses desseins, non qu'il en soit mécontent, mais il se plaint de n'en avoir point été informé.
En second lieu, Itien qu'il ne convienne pas à la grandeur du roi de justifier ses act^s, néanmoins quand il s'adresse à une seigneurie aussi sage, il lui a paru qu'il était sans inconvénient de le faire et de lui exposer à la fois tout ce qui s'était passé ici et ce qu'il se proposait de faire.
Le roi a franchi k s Alpes et a traversé le marquisat de Montferrât, où il j a beaucoup de domaines et de lieux importants, qui ii*ont eu à déplorer ni dommages, ni vexations, ni violence»
* Archives de Florence.
* Cette iDainaation parait dirigée contre le doc de Milan.
DE CUMMINES. ■ 193 •
d*aiiciiiie torto : il en a étâ de rnéma dans Tâtat' de MUad* notemiiMiit Ion de son passage àPatie et dans d*autre8 villes du la m^e importance. Les Lueqoois ont mis à sa disposition nn de leurs châteanx qa*il lenr a grâoteasement restitué» moins de deux mois après. Les Florâitins Ini ont spontanément olfert jAu" aieors de leva forCereiseSt et on leor proposa depuis de les leur remettre; il en a été de même des forteresses pontiiioales, qui ont d^à été rendues, selon la convention &ite arec le Saint- Père4
Quant à ce que le roi se propooe de fiMre, il s'est décidé 4 retourner en France, sans rédamer ni garanties, ni subsides quelconques. Il s'avancera avec son aimée, ne crojant pas que personne doive mettre le moindre obstade à sa marche et étant -même persuadé que le duc de Bdan, loin de ay opposer, le laissera passer et se gardera bien de se montrer hostile^ icanse du voisinage de ses États et de la France.
Enfin le roi désire s'aboucher, en Italie ou hors delltalie, avec le s&rénissime roi des Romains ; il y a même dê^k des démarches foites pour une entrevue, dans Punique but de cî>ndiire et de mettre à exécution une expédition gén^iale contre les Infidèles : le rd apprendrait donc volontiers qud genre de secours U peut espérer de la susdite seigneurie dans cette entreprise
Le même jour,.Commmes écrivit à Charles VIII pour lui rendre compte de cette audience :
Sire,
Je vous ai écrit hier matin que jé nWais auonhé ndutélle de maître Jean Bourdin. Toutefois il est arrivé dans la soirée et nom sans péril. Avant lui est venu un courrier que vous m'avet envoyé avec des lettres, par lesquelles j*apprends Fétat de la santé de Votre Majesté, et aussi de monseigneur le cardind et du sénéchd. Vous trouvères en vérité, sire, par le rapport que
* Archive» de Venise (U'»d.)*
eomint». — u. 15
▼mu fef* kdit maftra Jaui, qod J*fti dit fiât tout oe qui ne panIflMdt néoesnira saloii 1m drooniikaiioMi, et je émis que rem aT6B le MOomiaStfe per oerteinea lettres que je tous ai écrites, n 11*7 a rien ea de trop, et je ne laisserai point, par oonsiâMion pour quelques personnes, de dire tout oe que tous me oomaian» dem. Dans la matinée d*aqfotird*]iui dimaBcfae, nous nous sommes rendus tous deux à la 8ei|;neurie qui nous attendait, parce qu*elle av^t été informée de rarrivée de maître Jean, et ecHDune nous nous trouvions devant la porte de la salle de son audience dans un endroit oA Ton attend quand il y a lieu, nous avons remarqué que tous les ambassadeurs de la Ligue étsient réuiiis dans oetts salle. On les fit retirer dans une piètiè voisine, et Ton nous fit appeler. Nous exposâmes le contenu de nos instructions sans omettre aucune chose et le moins mal que nous pâmes. Il s^ trouvait beaucoup de mmide, c*est pourquoi nous demandâmes U aiJuneH * (ce sont certaines personnes que nous crûmes devoir réclamer oette fois). Ils nous éooutftrent et nous firent très-bon accueil.
Le prince répondit sur le premier point de votre instra0tiim« que la Ligue n*a pas été fidte contre vous, puisqu'elle n*a d*autrs but que la conservation de cet État et la paix de lltalie ; et lorsque vous en fidtes vous-màne de semblables sans leur en donner connaissance, vous ne pouvez vous plaindre de celle qu'ils ont conclue, et si vous ne pouvez évit^ d'avoir des amis et des ennemis, il en est de même pour eux. A, ce que j'avais dit que Ton vous avait fait certaines propositions d'alliance dans une affaire dirigée contre eux et relative à certaines terres qu'ils possèdent et que d'autres prétendent devoir leur appartenir, ils m'ont répondu avec colère, disant que d^uis que cette cité existe, ils ont sans cesse fait leur devoir pour rester en paix avec leurs , voisins, ét que lorsqu'ils n'ont pu faire autrement, ils ont su
* Que Ilmt-il entendre par ces si^fMdi? BtiteBt.ee des fardes «1^ chés à la peraonae éie» ambassadeurs et dont Gonuninea rédama la protection, en voyant la foule qui Teatoarait ?
DE OOMMINES.
combattre; que tout ce qu'ils ont acquis, ils le possèdent justement et qu'ils sont prêts à défendre, comme ils l'ont acquis, c'est-à-dire de leur san{2'etde leurs biens, tout ce qu'ils possèdent, contre quiconque voudrait les attaquer. Ils ajoutèrent qu'ils croyaient que vous détendriez de la même manière le royaume de Naples et vos États de France que vos prédécesseurs ont acquis au prix des mêmes peines, mais qu'ils vous remerciaient humblement de fid jpas avoir voulu prêter l'oreille aux susdites négociations.
Quant à ce que j'avais dit, sire, que vous vouliez observer tous vos traités avec lo Pape et avec les Florentins et leur restituer avant votre départ tout ce qué vous avez promis de leur rendre, ils répondirent qu'en agissant ainsi , vous auriez la paix en Italie , et que vous seriez certain qu'ils ne vous inquiéteraient en aucune chose, ce qu'ils ne sont tenus de faire én vertu de quelque ligue que ce soit.
Quant à la paix que vous désirez avec le roi des Romains , ils seraient heureux de vous la voir conclure ainsi qu'avec tous les autres princes chrétiens. En effet, ce qui a eu lieu dans le temps passé contre- le Turc , démontre par expérience qu'après avoir seuls soutenu la guerre contre le Turc pendrint dix-huit ans sans accepter aucune trêve, ils ont été malgré eux réduits à faire la paix avec lui et à l'entretenir. Toutefois, s'ils voyaient le Pape qui est le chef des chrétiens et deux ou trois princes mettre la main k l'œuvre, ils y prendraient aussi une part assez grande pour que Ton reconnût que cet État est véritablement chrétien et qu'il ne veut rien épargner.
En ce qui touche votre retour et la manière dont vous compter reffectuer, ils ont répondu qu'ils trouvaient bon qu'on vous laissât passer en sûreté et que vous rendissiez à chacun ce que vous lui avez enlevé, comme vous le dites dans vos instructions; cependant, puisque vous réunissez des troupes nombreuses là où vous êtes, et puis que d'autres bandes se rassemblent à Asti , il y a des motifs sutîisants pour qu'ils prennent de ce côté des mesui*es pour assurer leur sécurité. Je leur ai parlé nettement en présence de maître Jean comme je l'avais
196 LETTRES Eï iNEGOCIATIONS
fidt avant son arrivée ; je répétai devant loi oe qoe ka amlias- ^ 8ad«nn de Milan m^avaient dit pendant la Semaine Sainte: qu'il j en avait qui menaçaient de piller tont le pays Jusqu'aux Alpes et de ne pas vous laisser passer, ensdes-vous mille ou qulnse cents cavaliers, que cela avait été écrit à vous et en Fhmce et que je croyais que vou»>mânie avies ordonné de le mander à monsogneur d*Oriéans. Nous dimes aussi que les lettres que vous a adressées monseigneur Ludovic, vous avaient engagé à appeler de France plus de gens d*annes qu*il n*en faudrait pour rétablir la paix dont on ne paraît pas vouloir* Bn ce qui toudie Asti et ce qu'ils aflliment qu'il vaudrait mieux repasser en petite compagnie, nous avons répondu que les menaces du seigneur Ludovic procédaient de son arrogance plutêt que d'aucune raison, puisqu*0 avait été la première cause de vo^ venue en Italie.
Le prince nous a répondu que si vous fidsies les restitutions, il ne cNjàit pas que la Ligue voulât emp^her votre départ, que toutefois il ferait appeler les ambassadeurs de la Ligne qui étaient dans la diambre voisine et qu'ils nous répondraient.
Nous réi^uâmes que nous ne voulions avoir aucune funne de négociation avec quelque ambassadeur que ce fftt, parce que vous étiex résolu à passer sans attaquer personne et que vous sanriei bien protéger les vôtres. J'exhortai le prince, puisque je venais . par votre commandement de dédarv votre volonté , de vouloir bien aussi me parler clairement ailn que je pusse vous écrire si vous avec, oui ou non, quelque diose & redouter d'eux à votre passage, parce que, dans tous les cas, vous êtes résolu à passer. Ils me dirent qu'ils nous répondraient sur ce point, mais qu'ib ne pouvaient pas porter cette question devant le conseil ou devant les Prégadi avant raprès-dinée de demain, que mardi, «nercredi et jeudi, ils seraient empêchés & cause de la féte de TAscension qui est la pins grandie féte qu'ils célèbrent pendant tonte l'année. Noito crojons donc que ce ne sera que- vendredi que nous obtiendrons une réponse, et aussitét que nous l'aurons j«çae, si autre chose ne survient point, nous nous mettrons en
DE COMMINES
route aussi rapidement que nous le pourrons, pour retourner pi ès de vous. Le fils de l'ambassadeur d'Espagne m'a dit ce matin que malgré la coalition qui a eu lieu, toute la Ligue n'osera pas s*opposer à votre passage, mais que, si Ton découvrait celui qui le lui a dit, il serait battu.
La plupart des soldats n'ont pas encore reçu leur argent pour chevaucher, parce que les selles no sont pas prêtes, et on remet les soldats et les capitaines du jour au lendemain et ainsi de suite, mais toute la cité murmure, et vous devez persévérer dans votre entreprise sans vous préoccuper ni des uns ni des autres, quelque parole qu'on vous puisse dire.
On ne sait rien en ce moment ni du roi des Romains, ni d'aucun personnage qui soit en Allemagne, mais j'ai fait bonne diligence pour être instruit de ce qui se passe.
Commines acheva cette lettre deux jours aprës !
Dans la matinée d'aujourd'hui mardi, nous sommes retournés à îa seigneurie et nous lui avons fait connaître ce dont vous nous avez chargés relativement à don Ferrand : ils nous ont répondu qu'ils vous remerciaient grandement de cette communication, mais que c'était une affaire qui leur était étrangère.
En ce qui touche le fait de votre retour dont nous leur avons parlé, ils en ont conféré avec les ambassadeurs de la Ligue, et il leur paraît à tous que vous n'avez point la volonté de faire des restitutions, parce qu'ils ont reçu récemment dos lettres de Rome et d'ailleurs où on leur annonce que vous avez menacé le Pape d'entrer à Rome, ce qui les oblige à faire tout ce qu'ils p<îuvent non point pour attaquer, mais pour se défendre; et puis ils sont revenus à dire que vous devriez passer en petit^^ compagnie et que le duc de Milan et eux aussi vous donneraient des otages. Je répondis aussitôt que si le duc de Milan vous remettait sa femme, ses enfants et tous ses parents jusqu'à la quatrième génération, vous ne lui eonlleriez point vofre personne. Quelques uns d'entre eux dirent alors : t Mais si nous vous donnions d<'S « nôtres? » Nous répliquâmes que si, pendant le voj^age, il arrivait
m ■ LEiTKES KT NÉGOCIATIONS
quelque dlOieà qupi le« otages m pussent porter lioUe, et si» en se emilaiii en eax, vous tomUes dans ki nudns do dqc de Hilan, et si (çe qu'é^ Diea ne plaise i) tous étiei tué ou pris, oetie seigneorie ne poomât tous lessuaeiter, ni tous délivrer des priseaa de Milan, et qaHli màmi assez d^expArienoe pour être coin- ^rainciu que veus ne ssoMttrifls à la liw de personne^ que d^aiUeurs toqs n*en aves aucun beooin, que tous passeries de> toute maaièfie et que toi^ verriez^ quels seraient ceux qui ose- ' raient s'y opposer.
Trois ou quatre d'entreeuxseleTtoent et direntqa^ils tous don-» neraientdnqnantegalions, cinqàdxnavireset autitntdegaléasses et qu*il8 Tpus feraient oonduire jusqu^au po^t de LiTOume et tous eteortemieint jusqu'à, Marseille. Neiq^ les loperdâmes, nous leur fîmes part de oe que tous nous ayea éorit et noua «ijoutfimes que nous Toudripns savoir oe qu'ils comptaient faire» afin que de cette défiance on netomMt point dans des hostijtités ; nens dédarâmes que nous iiMons d^ailleurs aucun pouvoir à cet égard, et ^s*i]s kdésirai^t et cela était nécessaire, nous leur vieii^ tuerions nos instructions. Ils cherchèrent plusieurs fois à glisser quelques mots, et nous leur dîmes en nous retirant» que, selon notre eyinion, tous n*entreries dans aucune TiUe femée depuis Totre royaupf» 4t> Tfaples jusqu'en Piémont, que vous prendries la route de terre, que vous vous reposeries où il serait besoin, que vous donniries dans vc9 beaux pftvinons hors des dtés, et que si Ton ne vous portait pas de vivres, vous séries réduit, là pû il le fBudrait, à les payer de vos deniers.
A ces mots, nous nous aommes retirés. Ds n^ont pas dit ce qu*ils voulaient fa^, et noua nous sommes empressés de venir expédier cette lettre : nous croyoms, sire, qu'elle sera la dernière et que nous n'aurons pljis d'enjtretjen avec eux, sinon pour prendre congé, sauf le jeudi qui çst le jour de la fiâte de l'Ascension, parce que nons ne pourrons pas partir plus tôt.
Ce changement de langage de dimanche à mardi provient,
sire, de ceux dfi Milan qui ont poussé le Pape à changer d'avis çt qui vous ppurçuiyent des plus grandes vwnaces, parce qu^ila
DB COlOIflNBS.
excitent constamment à se déclarer contre vous ceux-là mêmes auxquels nous disions ce matin qu'il sera nécessaire qu'ils s'opposent seuls à votre passage, parce que le seig^neur Ludovic est assez occupé de son côté et le sera encore plus comme cela est vrai. A notre avis, ces apparences et ces démontrations dirigées contre vous aussi bien que les parolôs couvertes qu'ils prononcent, ont pour but de vous intimider; mais si vous n'essayez pas d'entrer à Rome par force et si vous vous bornez à poursuivre votre route, vous ne trouverez pas un homme qui ose vous dire quelque chose. Quoiqu'il en soit, veuillez être, aussi bien que ceux qui sont avec vous, complètement en repos sur cette matière; vous pourrez séjourner dans la terre des Florentins, si cela est nécessaire ou si cela vous plaît, et les avoir pour serviteurs et pour amis. Je ne connais aucun peuple qui comme celui de Milan ne sache tirer aucun avanta^'c de ce qu'il possède si ce n'est des gens do pied. Tous les cnj)itaines, excepté je marquis de Mantoue, se trouvent dans cette ville, et il en est bien peu qui no réclament pas le subside que l'on accorde quand leurs gens montent à cheval, ce qui forme une grande somme d'argent, parce qi^il n'y a aucun hommes d'ai*mes à qui il ne faille donner au moins cinquante ducats. L'homme du marquis de Mantoue m'a dit ce matin que son maître est encore à Milan, qu'il a reçu l'ordre de se tenir prêt et qu'il n'est pas encore question de se mettre en marche. Il est bien assuré de son argent, car sans cela, il ne ferait rien. Nous vous écrivons longuement, sire, afin que vous avisiez sur le tout, et aussi afin que vous veuLlliez réunir vos hommes d'armes dans le Parmesan, ce qui exigera plusieurs jours *.
Commines, dans ses Mémoires, nous apprend peu de chose des derniers temps de son séjour à Venise. Parfois
' Archives de Milan, 24 msd 1495 (trad.) Cette lettre fut-elle interceptée et communiquée au duo de Milan? En obtint-il une copie par un de ses apents aussi habiles que Commines dans l'art de surpreiidro les •«creta de leurs enncmiB? Rien ne permet de résoudre cette question.
il allait visiter le monastère des religieux du Mont d'Olivet, qui conservaieut le corps de sainte Hélène, et ils lui racontaient qu'Alphonse de Naples , « très-salge roy mais très- « hays, » venait de se retirer dans on monastère de leur ordre, n*a^t emporté d^s grandeurs du monde que des remords et des illusions évanouies^. Telle devait être aussi ' . la iin d'un arrière-petit-fils du duc Charles de Bourgogne, qui, après avoir rempli l'Italie de sa gloire bien plus éclatante que celle de Charles VIII, chercha la paix plus haut encore que n'avait atteint son ambition.
Cependant, dès que Commines quittait le cloître, tout lui retraçait les tristes Inuiges de la guerre qui se pr^arait, et il vit descendre à lUe Saint-Nicolas quinse cents estrudiotes grecs ou albanais, « vaillans hommes » qui recevaient un ducat par tête d'eunemi qu'ils rapportaient à leurs chefs *.
Commines continuait à être « aussi bien traicté que « devant » mais on se méfiait de lui et il était surveillé de près. On le croyait capable de former des intrigues qui eussent menacé la sûreté dos Vénitiens.
Presque au moment où il prononçait des harangues si pacifiques, les ambassadeurs du duc de Milan à Venise dénonçaient à leur maître les pratiques nouées par le seigneur d'Argenton avec un capitaine du duché de Ferrare, nommé Beschetto, qui se trouvait, semble<-t-il, en ce moment, à la solde de Ludovic Sforza :
Illustrissime et excellentissime seigneur.
Ce matin, après nous avoir wmeméB fort afltetuéusement de
? Métn., t. H, pp. 380 et 383.
« .Vém., t. II, p. 456.
' Mm., t. II, p. 4^4.
DE COMMIMES. 201
ce qui s'est passé ces jours derniers, Tillustrissime seigneurie nous confia sous le plus grand secret ce qu'elle avait appris par les siens , des pratiques que monseigneur d'Argeuton paraît entretenir avec messire Alojs Beschetto. Nous ne lui avons pas caché combien Votre Excellence a été irritée d'un pareil acte; nous lui avons fait connaître que vous en aviez averti l'illustre seigneur Ascagne \ afin qu'il écrivît au nom de notre Etat, et que nous-mômcs de notre côté, nous devions aussi lui en dire quelques mots, comme Votre Excellence nous en a chargés par une lettre du 8. L'illustrissime prince a ajouté qu'on pèserait miirement la cho^^e et qu'on nous ferait connaître plus tard la décision qui serait prise, nous recommandant bien en attendant de non parler <à qui que ce soit, ce que nous ferons. Nous nous recommandons à Votre ExoeUenoe.
Venise, le 10 mai 1495.
Vos très-fidèles serviteurs, Ahtoinb Trivuloe, éyâque» et ses OQ^ègues *.
« Ainsi vivent en Italie, » dit Commines en parlant d'autres intrigues ; « les seigneurs et les cappitaines ont « sans cesse praticques avec les ennemis » Ce qui était mi des seigneurs èt des ci^itaines, Tétait aussi des ambassadeurs, lors mdme que ces ambassadeurs n'étaient que des étrangers en Italie.
Ces bruits , vrais ou faux , hâtèrent vraisemblablement ' le jour où Commines prit congé du doge et de la seigneurie. Barbarigo, toujours prudent, lui répéta que si les Vénitiens et les Milanais formaient un camp de quarante mille hommes, c'était non pour attaquer, mais pour se défendre.
Immédiatement après le départ du seigneur d'Ârgenton,
* Le cardinal Ascanio Sforza.
* Archives Milan. Cf. Mém. t. II, p. 515.
» J^<riw., t. II, p. 364.
on arrêta à Venise un bombardier français : de là de uouvelles rumeurs qui rappelaient la réunion de l'artillerie fhinçaise à CastroOano et le complot de Beschetto. Nous les me&tioimoiis d'après une lettre de Taddeo Vicomereati :
lUastrittime et excellentissime seigneur,
ilprèe le départ de monaeigneur d^Argenton, rillQstrissime aeigneorie a fait araéter on de ses bomliardiers, nommé mahre Nobile, français, homme tiès-habile, parait-il, dans son métier. On ignore le motif de cotte arrestation, quoiqu'on iiusedroiiler les bruits les {dus divers. Ce qui est vrai, c*est qu*il avait de fréquentes relations arec monseigneur d'Argenton. Je me leeommande toiyours aux tenues gr&ces de Votre Ezcellenoe.
Valise, le6 juin 1495.
Votre humUe serviteur, Taddbus VicomnoATus *,
Les Vénitieiis avaient conduit Communes « en bonne
« seureté et à lenrs dépens, ' » jusqu'à Padoue. Ce fut là qu'un de leurs provéditeurs qui était venu au-devant de Commines, lui déclara que si les Français n'attaquaient pas les Milanais, les Vénitiens ne passeraient pas l'Oglio. Commines se montra, comme toujours, habile et prévoyant : « Noua prismes enseignes ensemble, dit-il, ladictprové- « ditaor et moy, de povoir envoyer Tun vers Tantre, s*il « en estoit besoing, pour traicter quelque bon appoincte- « ment, et ne voulus rien rompre, car je ne sçavoye ce qui « pourroit survenir à mon maistre ^. n Les envoyés du marquis de Mantoue étaient présents, mais Us n'entendirent
* Archives de MiUn (Trad.).
* Mém.,t. II, p. 424.
* Mèn., t. II, p. 434.
DE CÛMMINES.
rien de ces propos échangés probablement à ?oiz basse entre Commines et le provéditeur vénitien.
A Ferrare, Commines vit le duc Hercule d'Esté se rendre au-devant de lui et lui faire « bonne chière ' ; » mais ce prinoe, à la fois gendre du roi Ferdinand de Naples et beaupère de LudoTie Sforsa, hésitait entre ses relations dp fiunille et son hostilité contre les Vénitiens qui l'avaient dépouillé d*une partie de ses États *. A Bologne, le chef de la seigneurie de cette ville, Jean de Bentivoglio, reçut également Commines en le défrayant à ses dépens : comme le duc de Ferrie, il ne se hâtait point de proclamer ses sympathies pour la cause du roi de France. L'un et l'autre se préoccupaient surtout de ce que l'on pourrait Ajouter à Içurs domaines : peu importait qu'on l'enlerât aux Vénitiens ou mâme au due de Milan
* iM.,t.II, p.485.
' Mém., t. ir, p. 516.
> Mém., t. II, p. 660.
SUITE DE l'expédition D'ITàUE.
Ck>iiiinines i|e consacre que denx lignes à raccueil que
lui fit à Bologne Jean de Bentivoglio, dont le nom fut porté, peu d'années plus tard, par un négociateur qui, à son exemple, nous a laissé de précieux mémoires. Il mentionne plus brièvement encore son court séjour à Florence, où grandissait un jeune homme qui devait, comme Bentivoglio, s'illustrer dans Thistoire, mais qui est surtout resté célèbre parce qu'il développa, avec le même art que le seigneur d'Ârgenton, ce système d'habileté politique, de sagesse envieuse, de prudence perfide, qui, au xv* siècle, fut commun à Louis XI ftt aux États d'Italie. Machiavel avait . vingt-six ans. Il s'applaudissait des conquêtes des Français, si elles devaient avoir pour résultat l'humiliation des ennemis de Florence: il ne regrettait pas les Médicis, et, sans 'se préoccuper beaucoup du choix de la puissance qu'il encenserait, il se rangeait le premier parmi les adeptes complaisants de cette théorie (jui place le bien dans l'utile, le droit dans la force , Dieu même dans le succès. Ce que Commines laisse entrevoir, Machiavel le proclame ; il se fait gloire de ce qu'avant lui on n'avouait qu'à peine ; il développe des idées qui ne sont peut-être pas les siennes, mais qui jamais n'ont été exposées avec tant d'éloquence
Diyilizea by v^OOgle
DE COMMIMES.
et tant d'audace. Commines connut-il Machiavel ? L'instruisit-il par ses conseils? Le forma-t-il par ses leçons? Fut-ce alors que s'établit au centre de l'Italie cette école savante et astucieuse qui devait perpétuer le système de Commines, quand les vietoires de Charles VIII seraient d^à oubliées ? Commines s'était à peine arrêté au berceau de Bentivoglio : il eut à Florence le loisir d'entretenir Machiavel , et put l'exhorter à quitter son professeur de lettres grecques pour se mêler activfnient aux agitations politiques.
Commines ne nous parle, du reste, que des rapports qu'il eut à Florence arec un prieur de Saint-Marc, plus puissant par sa parole et son austérité que les magistrats euxmêmes, car pour le peuple, peut-être aussi pour lee Français, c'était un saint et un prophète. Commines interrogea Savonarola sur l'avenir (^ui lui paraissait si sombre. « Je « lui demandai, dit-il, si le roi pourrait passer sans péril « de sa personne, vu la grande assemblée que faisoient les « Vénitiens, de laquelle il savoit parler mieux que mm, qui « en Tenois^ » Sayonaroki répondit que Charles VIII aurait un combat à livrer, mais qu'il en sortirait à son honneur : ce que Commines appliqua plus tard à la rencontre de Fornoue. Mais Savonarola ajoutait aussi : « Si « Charles VIII ne remplit pas la mission que Dieu lui a « donnée, s'il n'empêche pas ses gens de piller, je vois sa « .sentence déjà écrite au ciel *. »
Commines eut de longues conférences avec les magistrats de Florence^ sur les questions si ardentes qui étaient alors débattues, surtout sur celles dont dépendait la liberté
* JMn., t. II, p. 438.
« Afàn,, t. I^p. 501.
ou la sujétion des Pisans, Jamais elles n'avaient été si urgentes, si difficiles à résoudre, car elles étaient intimement liées à la retraite de l'armée et à la sûreté du roi. Gommities' apprit suecessiveftneist que Charles VIII était sorti de Ni^les le* 20 mai et qu^l avait traversé Rome où le Pape ne se trontait ph». Le 13 juin, il quitta Ini-mâme Plorenoe pour aller rejoindre le roi à Sienne.
La seigneurie de Florence en informa aussitôt ses ambassadeurs :
Itonseigneiir d*Ârgenton est parti oe matin pour se rendre près da roi'. Comme nodS connaissons Tintérét qn^il porte & nos MSûHi, wins én atons' eaaiSté aveo Ini: n nous a promis de s'efloiplojei* de son- miens en notre &reiir. A rooession, toqs pouivM' rédamer son' appui et voue aider de lui tontes- lès foi» que VOUS' jogeres qu'il peut tous être utile. Nous avons montré à Sa Seigneurie la lettre que nous avons reçue, et elle s*est engagée à mettre tout en œuvre pour j réussir ; vous Fen feies * ressouvenir ^
Commines amenait à sa suite de nombreux bt^ages que Thomas Spinelli s*était chargé de conduire , et on était à peine arriTé près de Lastra» quand une troupe de maraudeurs en enleva une partie. De là grand émoi à Florenee.
La seigneurie craignait que le seigneur d'Ârgenton ne se montrât irrité et ne lui retirât un appui dans lequel elle plaçait ses espérances sous Charles YIII aussi bien que sous Louis XL Aussi écrivait-elle en toute hâte le 19 juin 1495 à ses ambassadeurs près du roi de France :
Nous apprenons à Tinstant même (8 heures du soir), que
* Cette lettre et cellee qui raiwnt, lont tirées des Archives de Flonlioe.
DR COMMINES. iffJ
certaines voitares d« monseigneur d*Argenton ont été attaquées en route par quelques valets étrangers, du cdté de La^tra. Les paysans ayant de suite fait sonner le tocsin, on a pu rejoindre les voleurs, et nous ne doutons pas que tout aura été retrouvé. Dès que nous avons eu connaissance de cet incident, nous avons dépéché de la cavalerie et des commissaires pour faire garder les passages afin de mettre la main sur les brigands et d*en faire une justice aussi sévère que le mérite leur crime. Nous vous laissons à penser quel déplaisir nous en avons ressenti, et nous ne nous tiendrons pour satisfaits que si nous atteignons le but que nous nous proposons. D nous a paru opportun de vous communiquer cet avis, pour que vous puissies rassurer monseigneur d'Argonton quand le Inniit en viendra jusque là, et lui dire que nous avons pris toutes les précautions pour recouvrer entièrement ce qn*on a enlevé.
Le mdme jour, la seigneurie de Florence adressait la lettre suivante à Jean de Bentivoglio :
Quelques voitures de monseigneur d*Âi^nton qui est parti d'ici pour rcgoindre Sa Majesté Très-Chrétienne, ont été attaquées en route par deë valets étrangers, à sept milles d*ici environ. D'après nos information.^! , les brigands doivent avoir jj^s la route de votre pays et ils se dirigent vers Bologne. Nous venons en conséquence prier Votre Seigneurie de vouloir bien, dans cette circonstance, qui nous intéresse vivement, à cause du respect que nous portons à monseigneur d'Argenton, faire toutes les diligences nécessaires pour retenir les susdits bagages et pour mettre la main sur les brigands. Ce faisant, Votre Seigneurie nous obligera au delà de toute expression, et nous lui en garderons une profonde reconnaissance, avec le ferme propos d'agir de même vis-à-vis d'elle, si quelque occasion s^en présentait.
Le lendemain , la seigneurie de Florence tnandait de nouveau à ses ambassadeurs au camp français :
Nous TOUS aTons informés hier soir de Taeddent sunrenu aux équipages de monseigneur d*Argenton et des mesures que nous avions immédisA^ent prises : elles ont eu pour résultat que les bsgages ont été recouvrés ; nous ne croyons pas qu*il y manque rien. Quelques-uns des coupables ont été pris et ils sulnront le châtiment de leur crime : on est à la poursuite des autres, et ils tomberont probablement en notre pouvoir. Il nous a paru bon de vous communiquer ces détails, pour que vous en ÛMsies tel ussge que vous trouverez convenable. Les susdits bagages sont à Lastra en lieu sûr, et nous les enverrons sous bonne escorte le plus tôt que nous le pourrons.
Les Dix da la Balie lyoutaient dans une autre lettre aux mêmes ambassadeurs :
Nous vous écrivons œ matin quelques lignes, pour vous donner avis que les bagages de monseigneur d'Argenton sont entièrement recouvrés; on les a depuis expédiée, sons la conduite d*un massier chargé de les conduire en sûreté. En réalité, nous n'avons pas trouvé la chose au^si grave qu'on la rapportait hier soir. Thomas Spinelli, qui accompagnait ces bagages par ordre de monseigneur d*Argenton, est fort bien instruit de tout et pourra vous dire comment les choses se sont passées.
Charles VIII fit bon accueil à Commines et l'admit dans son intimité. Il lui dépeignit les péripéties de son expédition ; il loi rapporta comment, dans un moment de dénuement et de disette , il avait vu s*ouvrir les portes de Bracciano ^ : il est probable que ce dst aussi le roi qui raconta à Commines qu'à deux reprises on amena les canons pour assaillir le château Saint-Ange, mais que chaque fois il s y opposa *,
« x¥em , t: 11, p. 306.
.* Mém., t. II, p. 385.
DB COliMINBS. m
En d'autres moments, le roi, trompé par la folle présomption de ses courtisans, plaisantait son ambassadeur sur ses craintes et lui demandait en riant si les Yénittens n'enverraient pas au-devant de l'armée française, pour faire acte d'obéissance et de soumission. Commines répondit en mettant sous les yeux du roi le rôle des estradiotes et des mercenaires recrutés par les Vénitiens, document important qu'il avait réussi à obtenir, grâce à son habileté; mais les jeunes gens qui entouraient le roi, croyaient peu à ce que disait le seigneur d'Argenton, et ce fut en vain quil supplia Charles VIIÎ de hâter sa marche pour rentrer en France.
Cpmmines exposa aussi les griefs des Florentins. Il soutint qu'il fallait leur abandonner les Pisaus et accepter les ducats et les hommes d'armes qu'ils offiraient; néanmoins l'avis du comte de Lîgny remporta sur le sien , qui fut écarté a non pour raison, mais pour pitié des Pisans »
Lorsqu'on mit en délibération s'il fallait occuper Sienne, Commines insista de nouveau pour que le roi « tirât à son « chemin, » au lieu de s'arrêter « à ces folles offres d'une tt cité qui se gouverne plus follement que ville d'Italie. » Cette fois, chacun était de son opinion, mais on n'en fit rien : l'on amusa le roi ou sept jours en lui montrant les dames de Sienne, et une garnison française y fut laissée au grand mécontentement des Florentins *.
Commines était chargé près de Charles VIII, non-seulement du soin de défendre les intérêts de FJorence, isais
< iMn., t. II, pp. 436 «1440.
• Mém , t. II. p. 435.
GoniKcs. — II. U
aussi d'une mission du duc de Ferrare, car ce prince écrivait le 21 juin à Antoine de Costabili :
Messer Antonio, depuis votre dépajrt d'ici jusqu'à ce jour, nous avons reçu en plusieurs fois six lettres, datées du 11, 14, 15, 16 et 18 de ce mois, par lesquelles vouB nous avez longuement raconté votre arrivée à Florence et puis à la cour, l'audience que vous avez eue de Sa Majesté et vos entretiens avec monseigneur d'Argenton et d'autres seigneurs. Comme vous avez vu, par une lettre que nous vous avons adressée, que vous devez prendre congé et revenir ici, lious n'avons rien à vous mander, sinon que nous vous remercions et nous vous louons de tous les renseignements que aous nous avez communiqués et de tout ce que vous avez dit et fait. Vous avez, à notre avis, agi en tout avec sagesse et en bon ambassadeur; mais, avant de partir, vous remercierez de notre part monseigneur d'Argenton de la faveur qu'il vous a accordée, ainsi que de ses bonnes intentions et do sa bonne volonté à notre égard, en lui donnant l'assurance du grand amour et de l'affection que nous portons à Sa Seigneurie. Vous tiendrez aussi le même langage, dans les meilleurs termes qu'il vous paraîtra convenir, à monseigneur de la TrémoïUe et aux autres seigneur^ vis-àvis de qui vous jugerez devoir le faire *.
Le duc de Ferrare ayait pour gendre le due de Milan :
nous le verrons s'interposer près de lui pour qu'on laissât les Français sortir paisiblement de l'Italie. 11 ëorivit luimême à Commines, le 2 j.aiilet :
Excellent et magnifique seigneur,
Messer. Antonio de CostalMli, que nous tmôD» envoyé Ters Sa Mi^esté Très-Chrétieime en qualité de notre ambassadeur, pour les négociations que tous oonnaisses, nous a tait connaître,
* Archives de Modène.
DE COMMINES
Rson retour, la manière gracieuse avec laquelle Sa dite Majesté a daigné l'accueillir et la bienveillance que vous lui avez témoignée vous-même. Il nous a rendu compte de tout ce qui s'était dit et fait relativement aux affaires dont nous l'avions chargé; nous avons pris en considération les aimables paroles que Sa Majesté lui a adressées en dernier lieu et Tespérance que A'otre Seigneurie conservo encore de faire réussir cette négociation. Nous remercierons d'abord Votre Seigneurie de la bienveillance dont elle a usé envers notre dit ambassadeur, de rintroduetion et de la faveur qu'elle lui a ménagées auprès du roi Très-Chrétien, à l'occasion de cette négociation, et aussi de vos excellentes dispositions à notre égard. Comme nous désirions beaucoup, en vérité , que cette négociation eût une issue favorable, principalement dans l'intérêt de Sa dite Majesté, afin qu'elle pût passer sans s'exposer aux hasards de la fortune, et aussi afin que le sérénissime duc de Milan, notre ^ gendre, no fût inquiété en rien, nous avons fort regretté que cette issue favorable ne se soit pas produite ; mais nous tenons à ce que Votre Seigneurie sache, et nous la prions de vouloir le faire connaître au roi, que, de notre côté, nous avons fait tout ce qu'il êkiit possible de faire, et nous avons mis toute la diligence nécessaire pour amener cette conclusion. D^autres n'ayant pas jusqu'ici jugé à propos d'intervenir dans ces négociations, nous ne pouvons pas faire davantage, et nous sommes certain que Sa Majesté nous en excusera; elle a pu voir la bonne volonté que nous j avons mise, et Votre Seigneurie pourra lui dire qu'ayant bien examiné la dernière réponse de Sa Majesté, ainsi que les paroles bienveillantes de Votre Seigneurie, nous avons de rechef écrit à Milan et rappelé au duc ce qui nous a paru opportun à propos de la négociation, et si nous en recevions une réponse favorable, nous vous en préviendrions de suite. Nous ne vous ferons pas faute de diligence et do zèle dans cette aâaire. Il nous reste à prier Votre Seigneurie de vouloir nous recommander aux bonnes grâces du roi et lui faire comprendre combien nous sommes attachés à
212 LETTRES ET MéGOCIATIONS
Sa Majesté, combien sont grands notre confiance en elle et notre désir de la servir. Elle peut, en un mot, disposer de nous , de notre État et de notre fortune comme de son bien propre, et nous nous mettons également à la disposition de Votre Seigneurie là où il lui plaira de nous employer *.
Cependant, I«8 Français avaient qnittë Sienne. Ils s'avançaient vers l'Arno. Arrivés près d'Emboli, dans un endroit où 8 élève le célèbre oratoire de Notre-Dame de Ripa, ils rencontrèrent deux routes condoisant Tune vers Florence, rautre vers Pise. Cominmes insista probablement nne dernière fois ponr qne les Françms se dirigeassent en amis et en alliës vers Florence; mais lorsque le parti contraire eut été adopté, il enti^a dans l'oratoire voisin et y fit un vœu à Notre-Dame do Ripa, afin que, grâce à sa protection, il ne fût pas victime de tant d'imprudence et pût rentrer sain et sanf en France : c'est ainsi, du moins, que nous eacpliquons sa dévotion à Notre-Dame de Ripa, qn*fl choisit pour patronne de sa dernière demeure.
Toutes les espérances de Oommines s'étaient évanouies. Déjà quelques hommes d'armes français s'étaient joints aux Pisans pour enlever le château de Librafatta aux Florentins, et ceux-<îi traitaient en ennemis les Français aussi bien que les Pisans.
Charles VIII, sans traverser Florence, s'était dirigé vers Pise. Ce tôt là qu*il convoqna son conseil pour statuer sur les rivalités des Florentins et des Pisans. Comiuines maintenait toujours qu'il fallait replacer les Pisans sous la domination de Florence, mais un grand nombre de sdgneurs firançais, prenant pitié de la désolation des Pisans, accn-
* Archives de Modène.
QE COMMINES
saient ceux qui tenaient ce langage, de s'être laissé gagner par l'or des Florentins. Charle8 VIII, hésitant et ébranle, ne prit, cette fois encore, aucune résolution, et les Dix de la Bafie adressèrent à Oommines une nouvelle lettre pour lui recommander les intérêts de la seigneurie de Florence :
Connaissant par une longue expérience Tamoiir et Taffection que Votre Seigneurie a toi^onrs témoignée envers cette ville et envers ceux de notre nation, nous prenons la conllanoe de lui adresser la présente lettre, par Thomas Spinelli, notre tr6scher conoitojen, que Votre Seigneurie connaît fiort bien, et nous la prions de^ vouloir s'employer en notre laveur auprès de Sa ll^jesté TrèsCShiétienne et 4o8 seigneurs de sa coor, de la manièie qu'elle Jugera la plus convenaUe à nos intérêts, spécialement en ce qui touche le règlement de nos aSkiies; car Sa M^esté, se trouvant & Luoques, a promis & nos ambassadeurs de s*en ooonper aans faute et sans retard dès qu'elle serait à Asti ou daua quelque lieu voisin K Nous priais instamment Votre Seigneurie de vouloir soUicdtsr cette solution de manière qu'elle sorte son effet, selon la confiance que nous avons en Votre Seigneurie. Nos seigneurs ont de plus répondu ces jours derniers & quelques lettres de Sa Miyesté ; nous avons remis une copie de leur réponse à Thomas Splnelli, pour la communiquer à Votre Seigneurie , qui saura ainst que Sa If^gesté exigeait que nous suspendions les hostilités contre les Pisans, promettant d*en exiger autant de oeux-d, ce que nous étions contents de'âdre par égard pour Sa Majesté, et jusqu'id nous avons empêché nos gsns de fiùre aucune démonstration contre les Pisans. Nonobstant cela, à peine Sa Majesté eutelle quitté leur ville, que les dits Pisans, avec les Français qui sont restés à Pise (quelques-uns même en qualité de parlementaires), te remirent à battre le pays dans tous les sens, le piDant et le ravageant, brisant les prisons saccagean t tout
* Voyez la lettre de Charles YIIl à U «eigiMorie d« Flormce, da 23 joia 1495. DE&iARDiMS, p. 621.
LETTRES ET NÉOOCUTIOMS
sur leur passage, do telle sorte que, pour sauver notre honneur et assurer la sécurité des nôtres, nous avons été forcés do leur permettre d'user do représailles. Nous croyons devoir porter ces faits à la connaissance do Votre Seigneurie, afin que si l'on venait à les rapporter d'une autre manière, elle puisse nous justifier et défendre notre cause en toute vérité.
Nous avons chargé Tliomas Spinelli, pendant qu'il sera à la cour, de poursuivre et de surveiller nos intérêts jusqu'à l'arrivée de messeigncurs Guido- Antonio Vespucci et Neri Capponi, que nous venons d'accréditer comme ambassadeurs auprcs de Sa Majesté Très-Chrétienne, pour rcxpédition do nos aifairos. Nous prions Votre Seigneurie d'accorder une ploino foi à tout co que lui exposera ledit Thomas Spinelli, que nous lui recommandons eu toute circonstance , comme notre très- cher concitoyen.
A mmii^mr d'Ârgenttm *.
Cependant, de graves événements a'aocompliaeaient an nord de Tltàtie. Le dnc d'Orléans, an lien d'employer à forfier ÀsU, les renforts que le duc de Bourbon lui envoyait à
la prière de Commines les avait conduits dans le Milanais pour commencer la guerre contre Ludovic, et cédant à «une • pratique friande \ » il s'était emparé de Novare où il se vit bientôt assiégé à son tour par des forces supérieures aux siennes.
Lorsque Charles VIII arriva à Sarzana, on mit en délibération, dans le conseil oij se trouvait Commines, s'il fallait envoyer- des hommes d'armes à Gênes. Il fut conclu par tous
que on n'y entendroit point » et néanmoins on fit le con-
Archives de Florence.
• Mtfm., t. II, p. 442.
* Mém., t. II, p. 443. Le duc d'Orléans raconta lui-même cette pratique à Commines. Mém., t. II, p. 451.
DE COMMINËS. 215
traire de ce qui avait èU résolu. « Et tût le premier coup, « dit Coramines, que je ouys parler que l'on creust qu'il y c deubst avoir bataille. Je me esbahis comment il estoit € possible que ung si jeune roy n'avoit quelques bons servit teurs qui Iny osassent avoir dict le përil en quoy il se € mettoit. De moj il me sembloit qu'il ne me crojoit point « du tout ^ »
Ainsi l'armée française s'affaiblissait de plus en plus à mesure qu'elle était exposée davantage à être assaillie dans un pajs rempli de montagnes et de défilés. Lorsqu'elle arriva au pied des Apennins, elle ne comptait pas dix mille combattants, et les confëdérës, an nombre de trente à quarante mille, se préparaient à la combattre sous les ordres du marquis de Mantoue, qui avait établi son camp près de Fornoue.
Le danger auquel on était exposé, se révéla à tous les yeux. « La crainte, dit Gommines, commen^it à venir aux « plus saiges » Charles VIII qui n'était pas loin de regretter d'avoir repoussé les conseils de Gommines, exprima le désir de l'envoyer yers les Vénitiens, en le faisant accompagner d'un oflBcier qui eût apprécié le nombre des confédérés. Gommines jugeait la chose fort périlleuse. Néanmoins, sur les instances de Guillaume Brîçomiet, qu'on n'appelait plus que le cardinal de Saint-Malo, Gommines adressa un message à Vm des provéditenrs vénitiens attachés à l'armée, qui était, par une chance fort heureuse, celui qu'à son départ de Venise il avait vu à Padoue ^ ; il lui
* JKte., t. n, pp. 445 «1 446.
* JM».,t.lI,p.463.
* Lm provéditoun, dit GommiiiM (t. II, p. 410)^ aoconpiigiiait les e«pitaniM«tleB ooBMillaiit.
S16 LETTRES BT MéGOClATIONS
rappelait m qui s*4taift alon passé «tra aux et lUsaîi
demander an sanf^oendnit. U reçut pour réponse qve ragres»
8Îon du doo d'Orlëaoe snraH sospendn les pouvoirs donnés
pour traiter de la paix, mais que l'on conviendrait du lieu et de l'heure d'une entrevue. Cette réponse arriva le dimanche soir, a Nul ne Tostima de ceux qui avoient le crédit, dit « Gommines. Je cndgnoye à trop entreprendre et que on le « tinst à couardise, si j'en pressoye trop ; et laissay ainsi la « ehose pour oe uoir, combien que j'eusse Touleatiers aydé « à tirer le roy et sa compaignie de là, si j'eusse peu, sans « péi'il » Vers minuit, le cardinal de Saint-Malo, dont la tente était voisine de celle de Gommines, vint lui annoncer que le roi étaitdéoidé à se porter en avant : ce qui parut ai imprudent «u seigneur d*ArgeBton qu'il œ vit dans ee pro* jet que la pensée isolée du cardinal Briçonnet, et il eût été oonv^alile que le roi « eost assemblé les plus sages h<»nmes « et capitaines pour se conseillier d'ung tel affaire * C'était d'ailleurs rompre brusquement la négociation qu'on avait «haigé Oosunines d*entamer : « Bt me desplsut bien, «( diMU qu'il foUoit prendre ce train; maia mes afllûres (c avoient esté tels au commencement du rbgne de ce roy, a que je n'osoye fort m'eotremettre, affin de ne point faire a ennerays de ceulx à qui il donnoit auctorité ^. »
Il était à peine sept heures du matin quand Charles VIII monta à cbeval, tout rayonnant, malgré sa petite taille, de l'ardeur du oombsi et de l'enivrement du triomphe : ce qui rappela à Conmi&es les paroles propbétiqttes de Savonarola. Aussi, lorsqu'il entendit le roi lui dire qu'il le chargeait
< iriAs.,t.U,p.464.
* Mém.tX.lh p. 464.
« iM».,t.U,p.4M.
D£ COMMIMES. 1^17
d'aller avec le cardinal de Saint-Malo négocier avec les onnemis, il ne put s'empêcher de lui répondre : « Sire, je « le ferai Yokmtierti» mais je ne vis jamais deux si grosses <r oompagnies si pràs l'une de Tantre, qui «e départissent « sans combattre »
Oommines Myit, sur l'ordre du roi, une seconde kttre aux provédltenrs vénitiens. Il y rappelait sa pacifique ambassade de Venise et s'offrait de nouveau comme médiateur, répétant que le roi ne Youlait de mal à personne et ne demandait qu'à poorsniTre sa retraite
Les proréditears, l'ui d'eux sortout, se montraient disposée à traiter avec les Français, mais les capitaines de l'armée confédérée voulaient combattre. Tout à coup le canon se fit entendre, et Commines qui venait de dire au cardinal de Saint-Malo qu'il n'était plus temps « de s'amu- < ssr*, » rejoignit Charles VIII asses tôt pour se placer an milieu des pensionnaires de la maison dn roi qu'il ayait commandés en 1478 à D^on. Il ehargea vreo eux les escadrons italiens du marquis de Mantoue. Le soir il trouva le roi dans une métairie remplie de blessés, et l'entendit raconter son péril : il lui prêta même son manteau, puis il se coodia dans une Tîgne, apràs «voir soupe d'un morceau de pain noir.
Il ftnt bien le reoonnaitre, cette victoire n'avait pas été
décisive, et rien n'assurait à l'armée française qu'elle pourrait poursuivre sa retraite, a Le lendemain au matin, raconte a Commines, me délibéray de continuer encores nostre a pratioque d*appoinctement, tousjours désirant le passage
« Mém., t. II, p. 406.
• jr4As.,t. II, p.467.
> JM»., t. II, p. 471.
218 LETTRES ET NÉGOCUTIONS
« du roy en seareté ^ » Il envoya en effet un trompette chargé de proposer de nouvelles négociations. On lui fit parvenir un sauf-conduit pour parlementer à mi-chemin dea deux armées. Bien qne cela parût à Gommines d'une exécution à peu prts impossible, il ne fit anenne oljectioii : « Je € ne vonloye, dit-il, riens rompre, ne ûûre difficile »
On lit dans one lettre écrite du camp 'français le 7 juillet 1495, c'est-à-dire le lendemain de la bataille de Formoue :
€ Le marquis de Mantoue et le comte de Oaléas doivent ce « jourdlini venir parier an roy pour trouver moyen de fàire c quelque traietié de paix, et ont envoyé quérir kur sauf- « conduit pour j venir. Bt sont ordonnés, pour les ouyr, € messeignenrs de Saint-Malo, mareschal de Gyé, Pyennes.et € d*Argenton*. »
n avait été donvenn que les plénipotentiaires des deux années se rencontreraient snr les 1>ords du Taro. Un orage
en avait enflé les eaux, et les plénipotentiaires français esti- « raant leurs personnes, » engageaient Commines à passer sans eux sur l'autre rive, « sans lui dire ce qu'il avoit à « &ire, ne à dire » Il franchit donc le Taro. « Il me sem- • « bloit, rapporte-tpil, qne si je ne ûdsoye rien, au moins je « m*acquiteroie vers œulx qui estoient assamblés par mon « moyen. » Il leur déclara, en effet, qne seul il ne pouvait faire aucune ouverture, et lorsqu'un héraut français vint lui annoncer qu'on l'autorisait « à ouvrir ce qu'il vou-
< JMs.,t. II, p. 484.
" Mém., t. n, p. 485.
> LAttre de Jacques de Thenray, publiée par M. os LAPiMBOsan, Cêmfogne i$ Ckêrkt VIII m ItaHâ, p. 360.
«iM».,t.n,p.486.
DE COMMINES
< droit, » il persista dans le même langage, et ne voulut rien fiiire en Tabsenoe du cardinal de Saint-Malo et dn maréchal de Oyé : c car ils saToient du yovloîr da roy plus « que moy, tant pour en estre plus prochains que pour
a avoir parlé à luy à l'oreille à nostre partement; mais de « son aâ'aire présent j'en sçavoie autant que eulx pour c lors K »
Comimiies , qui désirait fort la paix et qui comprenait sans doute qu*il était bon, en toute hypothèse, de gagner du temps eu pouq)arlers, se montra très- gracieux vis-A-Tis
des confédérés, à tel point que le marquis de Mantoue lui ayant demandé si le roi l'aurait fait mettre à mort dans le cas où il se serait emparé de lui, Corn mines répondit que le roi lui eût&it, au contraire, s'il en eût été ainsi, le plus bienveillant accueil. La conférence se borna U, etCommines fetouma près du roi.
Rien ne fut décidé dans le conseil qui s'assembla aussitôt. Charles VIII parla de nouveau à l'oreille du cardinal de Saint-Malo et chargea Commines de retourner près des confédérés pour entendre ce qu'ils auraient à dire« Or, comme le remarque Commines, c^était au roi de France qui avait provoqué cette conférence, qu'il appartenait de faire les premières propositions, et le cardinal eut soin d'ajouter qu'on ne pouvait rien conclure. « Je u'avoye « garde de riens conclure, ajoute Commines, car on ne a me disoit riens, n Cependant, espérant bien « ne rien « gaster » et devoir pent^e an hasard quelques paroles « de seurté, » il se dirigea de nouveau vers le Taro, mais déjà la nuit approchait et il rencontra un trompette
« Mém., t. Il, p. 480.
LETTRES BT NÉGOCIATIONS
italien cliargë de l'engager à ne pas aller plus loin, parce qne le guet était confié à cet cniete Bftradiotes qui coupaient les tôtes de lem'ennenif et qui se fbisaient payer ches les ehrétiens le même salaire que cbes les InfldUes.
A son retour, Gommines remarqua « d'autres conseils en « i'oreiile qui le firent doubter, » et lorsqu'un peu après minuit » il entra dans l'appai'tement du roi, il y trouva les chambellans en équipage de guerre, qui lui annoncèrent qne le roi contmuait son voyage et qu*on le laisserait en arrière pour tenir le parlement : « dont je m'excusaj, sjonU Com- V mines, disant que je ne me vouloye point faire tuer 4 mon « escient et que je no seroye point des derniers à chevaP. »
Une heure avant le jour, l'armée française se mit en marche ; à huit heures, lee plénipotentiaires italiens attendaient inutilement sur la rive du Tare; à midi, ils ne savaient pas encore le départ des Français qui gagnaient les plaines de la Lombardie. Gommines ajoute que si les confédérés ne poursuivirent pas les Français, ce fut parce que les provéditeurs vénitiens s'y opposèrent.
L'armée française n'avait plus rien à craindre, mais ses souffirances n'étaient pas à leur terme. Commines, qui n'était pas, comme il Tobsenre, des plus malheureux, était réduit à porter lui-même dans ses bras le fourrage de son cheval, et pendant deux jours, il n'eut pour toute nourriture que du mauvais pain. C'était le plus pénible voyage qu'il eût fait de sa vie, et il en avait connu « de bien aspres » du temps du duc Charles de Bourgogne.
On arriva enfin à Asti, et on n'y ^prit que des nouvelles inquiétantes. La position du due d'Oriéans, assiégé 4
« JM».,t.U,p,488.
DB OOMMINES.
Novare, devenait de plas en plus critique. Coinmiues, pour soutenir son courage, lui avait fait savoir que des négociations étaient entamées avec le duc de Milan, principalement par la médiation du duo do Ferrare, et que la duchesse douairi^ de Savoie interposait, dans ce but, son actÎTe médiatîott. « Je m*en mesloye aussi » dit Commines, et, en effet, les confédérés loi avaient envoyé un sauf-oonduit, car ils ne désii aient pas moins, assure-tril, le voir chargé du soin de ces négociations*
Cela était vrai peut-être pour le duc de Milan qui semblait oouTidncu que Charles VIII était peu favorable aux prétentions du duc d'Orléans, « qu'il ne désiroit point fort « de Teoir si grant * » et qui savait bien que Commines ne les seconderait pas davantage. Quant aux Vénitiens, depuis l'ambassade de Commines à Venise et plus encore depuis la fallacieuse négociation des bords du Taro, ils éprouvaient un profond sentiment de méfiance.
Ce fut dans ces circonstances que le Sénat de Venise transmît à ses provéditeurs les instructions suivantes :
De quelque pratique que Ton use, sojas sur vos gardes à toute heure, jour et nuit, sans relâche, en tout oe qui se rspporte aux propositions qu*on vous ^ara, car nous connaissons asses les artifices et Tastuce accoutumée des Français. Pour airivar à ce qui ooncenM pemonnéllenient nonseignear d*AiigeBtoii, il vous a, dites-vous, demandé un nauf-conduit de qoatee jours peur venir dans ve(m camp, accompagné de quap vsate c a v aiî s rs , afin de traiter d'un aeeord avec vous. Nous «pfrenoQS par la voie de Mikm que oe sauf-conduit lui est d^& déUvvé. Aussi vous diroDS-noos là dessus notre sentiment. .Noos
* Afém.,t. II, p. r/)!.
'* « Mém*, t. II, p. 493.
connaînons ledit seigneur d'Ai^enton pour un homme aussi habile et anssi sagace quo possible, ainsi que nous avons pu nous «1 convaincre pendant son séjour dans notre ville. Vous avez pu TOUS en faire vous-mêmes une idée par diverses ouvertures insidieuses quMl vous a faites avant et après la rencontre des armées. Le nombre des cavaliers qu'il amène ei sa liaison intime avec le duc d'Orléans, nous font tenir pour indubitable que sa visite ne peut avoir qu'une fin mauvaise et dangereuse et quelle cache quelque pernicieux dessein *. Nous aimerions mieux qu on ne l'eût point reçu, mais la chose étant probablement faite à cette heure, nous vous recoinmandons que sous aucun prétexte vous ne le laissiez s'arrêter au milieu de notre armée, mais qu'il soit congédié immédiatement avec toute sa suite, de telle sorte que personne d'entre eux ne demeure en arrière : on les accompagnera de près aiin qu'ils ne puissent s'entretenir, ni tenter aucune pratique avec (|ui que ce soit, et afin surtout que nul d'entre eux ne puisse pénétrer, ni envoyer de message à Novare, par quelque moyen que ce soit. Vous nous transmettrez en toute liàte le résumé des ouvertures qu'il aura pu vous faire, pour que nous puissions sur ce point vous exprimer notre avis et nos intentions. En attendant, pressez de plus en
* Per descender ad la particalarttà de monsignor de Argeaton,qna]e ne waivete baver reobieeto aalvo conducto per zomi quattro de peter venir in qoetto campo cum eavaUi 40 per praticar qaalcbe accorde, et per la via de Milaao aemtimo tab salvo condncto euar It stà coooeeeo : etiam eirea qneato ve dSremo el sentimMito noirtro : oognoMeado la qua> liCà de la penooa de dielo monaignor d^Argenton venatissima et saga- «iaiima qnanto exprimer se poeee, corn ben rhavemo eognoaraio nel tempo le stado in qnesta noetea eit&, et ancbe per^iverM me fraudelente rechieste a vny facte, et avantietdapoi el congresso deliexerciti, lo bavette etiam vui poesato ben comprehender. Ët nmiliter per el nmnero di cavalli ei mena cum si, et per la aifectioiie iacomparabile !uy ha al signer duca de Orllens, nui tegnimo indnhifamente, che la venuta sua non possi esser nisi ad cativo et periculosissimo fine et cum qualche peraitiosa pensata. *
DE OOMMINES.
plus le siège de Novare et veillez à ce que, par aucune voie, Ton ne puisse ravitailler cette ville *.
Cominnies a?ait tracé des r^Ies semblables sur les précaniioiis à observer vis-à-vis des ambassadeurs, pour lesquels il y a « matière de suspection*. » Il avait lui-même écrit qu'en ce cas il fallait « tost despécher et faire faire « bon guet. » Il ne ponvait pas se plaindre que Ton Ht dans sa mission « des communications dangereuses »
Quoi qu*il en fût, Commines ne profita pas du sauf-conduit qu'on lui avait adressé, et ce ne fbt pas du côté des Vénitiens que vinrent les obstacles. « Comme les envieulx « sont entre gens de cour, » le cardinal Briçonnet s'opposa à ce que Commines fût investi d*une si haute mission \ et oeluiHU se vit réduit à y renoncer, comme il récrivait Ini-mfime le 24 juillet au marquis deKantone :
Monsetgnenr, je me recommande à votre bonne giAee tant comme je pois, J'ay reoeu le sanf-conduit qu*!! vous a pieu m'en^ voier par ce porteur, votre trompette, lequel a esté ven par le toj en son conseil ; mais son plaisir n'a pas esté que j'allasse jusqnes en votre est Mais s*il vous plaist vous trouver on envoîer quelquse gens en une ville nentro, comme de madame de Savoje oudemadamelamaïquise, leroyyenvoieranu^oo antres; on ai TOUS sjmes mieolx envoîer quelo*iin jusques devers ledit seigasur, il envoieroit devers vous, en votre camp, et oeste voye là me ssmUeroit la meiUeore. n me despleat bien que je ne me peus trouver sur le bort de la rivière, comme j*av<^ dit,
* Archives de Venise.
* Mém., 1. 1, p. 264. » Mém.,t. I, p. 82.
* Le cardinal rompit que je ne m'en meslane point. Mém., t. Il, p. 501.
kioir doBipaHinnoB 1« matin d'auprès de vous ; mais j'en feis mon exenae àTotre autre trompette que tous eustes en ceste viUe et laidiB davantage le désir que j'avois de S3ryir en la pacifficatirai de ses dlifénns anssj avant que ma puissance se peut estendre. Et s'il vous plaist m*emploïer en riens, me trouyerez tousjours prest à TOUS faire service. Priant & Dieu, monseigneur, qn*il TOUS doint bonne vie et longue.
Escript en Âst, le XXIIII* jour de juillet.
Le roy vous respond à vos lettres.
Votre humble serviteur, Phelippe de Commynes.
ée Mmtom, gowtmmr général dn étnt tParmu dê la uSfnmriê iê Venue «. '
Cependant la manvaiBe saison approchait, Tannée de Charles VIII et la gandson de NoTare souffraient de plus en plus, et les choses en arrivèrent à ce point que Cornmines crut devoir exposer 4 Charles Vnt toute la gravité
de la situation. « Je m'aventuray, dit-il lui-même, de dire « au roj qu'il me sembloit qu'il vouloit mettre sa personne « et Sstat en grand hasard pour peu d'occasion, qu'il ne « devoit point laisser à prendre quelque honneste ^poine- « tement pour ces paroles que on disoit quil ne debvoit « point commencer, et que s*il vouloit je le feroje bien par* « 1er en sorte que l'honneur des deux costés y seroit bien « gardé » Le roi renvoya Commines au cardinal de Saint- Malo qui voulait la guerre; mais Commines, secondé par le seigneur de la TrémoïUe, insista, et le cardinal déclarant que c'était à lui qu*il appartenait, en sa qualité d'homme
* Archives de Venise (trad.).
' Mém,, t. II, p. 511.
DE COMMINES
d*église, d'ouvrir les négociations, il répondit qu'à défaut du cardinal, il les aborderait lui-même.
Tel est le récit de Commines ; mais de même qu'au commeneement de la guerre il entretenait des relations aree les Florentins, à l'insu dn roi, pour s'efforeer de l'arrêter dès son début, il y a tout Heu de croire qtie cette fois aussi, il adressa de son propre mouvement et sans y être autorisé, des communications secrètes afin de rétablir la paix qu'il considérait comme pouvant seule sauver le roi et les siens. Charles VIII Tenait de l'envoyer à Casai, où la marquise de Montferrat était morte, laissant apràs elle deux fils sur lesquels avait mis la main un de ses oncles, le grec Constan* tin, dont Commines à Venise avait voulu faire un roi de Macédoine. Bien que Constantin ne fût pas l'un des parents les plus proches des jeunes marquis de Montferrat, Commines déclara au nom de Charles VIII lui en remettre la tutelle, et d'autre part, il est permis de l'ajouter, Constantin, UiYonaé dans son ambition, s'engagea à seconder tous les projets de Commines : ce qu'il fit en adressant aussitôt aux Milanais et aux Vénitiens un message oii il leur faisait part, avec toutes les réserves dictées par la prudence, du désir de négocier qu'avait exprimé le seigneur d'Argenton.
Le 12 septembre .1495, Ludovic Sforta remit les instrac* tfams suivantes à Jules Gattand en le chargeant de se rsocfre à Casai :
Jules, ajant vu le post-scriptum inséré dans la lettre de Tillustre seigneur Constantin, dont vous connaissez le contenu, nous voulons que vous vous rendiez secrètement à Casai et que vous vous présentiez audit seigneur Constantin, de telle sorte que lui et son messager qui vous accompacrnora , soient seuls instruits de votre arrivée. Vous lui offrirez d'abord nos saluta-
COMMIIIU. — II. t9
•m LETTRES ET NÉGOCIATIONS
tions «t aoi ranoraianieiits de la ccwmnmiiettitfit qu'il nom a ftite, en Tout aemnt deB ternes qui tous paraîtront les ^tm acm* TMUkbles. Yoas loi expliquerei la eanae doTotra voyage qui a été amené uniquement par les paroles dont, à ce qu'il nous a écrit, 8*e8t servi le seigneur d'Ârgenton , et qui a pour but de tous entretenir avec lui comme il en a témoigné le désir; et si le seigneur Constantin tous procure le mojen de rencontrer monseigneur d'ArgentoUf lorsque vous serez avec lui, vous le saluerez en notre nom et tous le remercierez do Taffection qu'il témoigne i notre égard ; vous lui ferez connaître que le seul motif de votre voyage est de vous entretenir avec lui , comme il en a exprimé le désir, et vous lui ferez entendre que nous aimerons aussi toujours ceux qui se montrent de bonne volonté vis-à-vis de nous, et que naturellement nous sommes porté à la paix avec tout le monde, mais surtout avec ceux que nous avons de tout temps le plus aimés. A ce sujet, vous chercherez à apprendre s'il agit avec sincérité, vérité et loyauté, et vous nous ferez savoir s'il compte venir ici avec vous, ou bien nous écrire dans le cas où il préférerait que vous restassiez là secrètement; et vous aurez soin d'user de tels moyens qui ne vous engagent en rien jusqu'à ce que vous ayez reçu une nouvelle lettre de nous
Gcmmines, dans ses Mémoires, a soin de passer sons
silence ce que son initiative avait d'irrëgulier et de mystérieux ; il ne parle même point des ouvertures qu'il fit faire an duc de Milan et se borne à raconter qu'il était depuis trois jours à Casai, lorsqu'y arriva, par une heureuse et fortuite coincidence, un maître d*lidtel du duc de Mantoue, capitaine général des YénitieÏÏ^, et que ce ftit ainsi que s'ouvrirent les négociations, t Celluy-là et moy , dit-il, entrasmes
« en parolles d'appoincter les deux osts safis combatre...
« Je lui disoye que moy et iuy, comme médiateurs, com*
* Archives de Milan (trad.).
t>Ë GOMMiltBâ. ^
« mencârions, s'il vouloit ^ » Eu effet, il adressa des letttws ' dictées par la même pensée aux proTéditeura vénitieiis. < Je « avoje oôcasîon, ijottte-tjl» de eoniiiiiler l'office de bon « médiateur, car ainsi favoye cenoMd an partir de
« Venise »
Commines, revenu près de Charles VIII, lui présehta un comte Boschetto» probablement le même condottiere qu'on ravait accusfS, quelques mois auparavant, de vouloir gagner, et qui, par sa double influence a Milan ét à FerTare, pouvait être utile aujc Français. On examina de nouveau dans le conseil si, comme le demandait Commines, on accorderait un saUf-conduit aux envoyés de la Ligue. Les gens d*églîse, à ce que rapporte Commines, continuaient à vou- • loir la bataille ou ils ne se fussent point trouvés Quant à lui, il insista sur la Mblesse de l'armée^ sur la famine dont elle était menacée, sur le devoir de tous de placer an-dessus d'intérêts particuliers l'intefêt général de la France. Le sauf-conduit fut accordé, l'opinion de Commines prévalut et le roi lui ordonna de se rendre au camp ennemi t car il ne € vouloit riens rompre *, »
Des conférences s'ouvrirent. Elles eiireiit lien près dë Gamerano et elles se continuèrent au.eamp des confédéré», où Commines se rendit avec le maréchal de Gyé et le seigneur de Piennes. Dès le premier jour, il obtint un résultat important, car il sauva la garnison de Novare. Les ambassadeiirs milanais résumèrent esftiB importante convention •dans les termes que nous allons reproduire:
' Mem., t. Il, pp. 512 et 514« « Mem., t. II, p. 515.
Mém., t. II, p. 517.
* Mem., t. II, p. 519.
Les amboMadeurs français, monseigneur le maréchal de Gyé, monseigneur de Pionnes et monseigneur d'Argenton, ayant déclaré dès le début de leurs ouvertures, au nom de Sa Majesté Très-Chrétienne, qu'avant d'aborder les questions particulières ils avaient à demander qu'on laissât le duc d'Orléans sortir de Novare et se rendre auprès de Sa Majesté, on n'a pas voulu discuter l'évacuation de Novare avant d'en avoir parlé au duc, et monseigneur le duc de Milan a répondu qu'il entend traiter avec Sa Majesté et non avec le duc d'Orléans, qui lui a ealevé Novare avec ses gens et ^on argent.
Enfin on répondit pour conclure, qu'afin d'être agréables an Roi Très-Chrétien, monsd^eur le duc de Milan et monseigneur le marquis de Mantoue permettraient au duc d'Orléans de rejoindre Sa Majesté, à condition que si la paix n'avait pas lieu, ledit duc d'Orléans aurait, si tel était le bon plaisir du duc et du marquis de Mantoue, à revenir À Novare avec le même nombre de serviteurs qui l'auraient accompagné à sa sortie et point davantage. Le duc d'Orléans aura à fournir la liste de ses gens avant de sortir, et ils seront comptés par quelqu'un des nôtres.
Ledit ambassadeur ajant demandé des sûretés pendant le vojrage dndit duc d'Orléans, pour sa sauvegarde, lesdits seigneurs ont consenti que le seigneur marquis se porterait à Venr droit de la première conférence des seigneurs français avec Sa Seigneurie, où se rendrait en mémo temps un desdits ambassadeurs français, et qu'il j resterait pour protéger le duc d'Orléans. Le duc de Milan enverra chercher par un des siens ledit duc d*Orléans 'à Novare, qui se rendra suivi ambassadeurs finançais et des gens désignés pour sa suite, jusqu'à l'endroit où se troiivera le marquis de Mantoue. Lorsque le due d'Orléans y sera arrivé, le marquis retournera au camp avec les am&uNadeurs français et ceux de nos gens qui les «Qnmt aoeompagnés; et le duc d*Qrléans avec les siens ira rq'oindre Sa Majesté *,
Ce qui contribua le plus à ce résultat inespéré, ce /ut le
* Archive» de Milan (20 septembre 1496).
DE C0MMINE8.
brait que lebailU de Dijon s'arançait Vereeil, aT«c vingt mille SoisseB recrutés à la hâte, pour déliTrer la garnison de Novare, et le duc d'Orléans qui les attendait impatiemment, eût sans doute, quelques jours plus tard, refiiflë d'évacuer la forteresse qu'il avait conquise.
Cependant les BOttffiranoes des assiégés étaient devenues si TiTes qnll était impossible de les prolonger. Un tiers était mort, sortont par la famine, car ils avaient été rédnits à manger tous leurs chevaux. Beaucoup sortirent de Novare, firent quelques pas et expirèrent sur les routes sans pouvoir aller plus loin. Gommines en vit plusieurs étendus dans une vigne et frappés d'épuisement. U leur fit donner de la soupe : < J*en sanvay bien, dit>il, cinquante pour t m esco. » A Yeroeil, il en monmt encore on grand nombre dans les rues et jusque sur les famiers de la ville
Ce triste spectacle confirma Gommines dans sa profonde conviction qu'il était indispensable et urgent de conclure la paix.
Dès le 24 septembre, l'ardievéqne de Rouen S le maréchal de Ojré, le seigneur d* Arganton et le président de Paris avaient indiqué, comme bases du traité, les points suivants :
1' Remise de la citadelle de Gênes entre les mains du duc de Ferrare, qui s'engagera, pendant deux ans, à la délivrer aux Français si le due de Milan leur contestait le drdt d'y armer et désarmer. Engagement semblable pendant dix ans, des Anciens qui, dans la même hypoflièse, se
* M/m.t t. II, p. 522. Voyez le récit de M. pk la Pilorobhu, CWmpagmii Okêrlti VIII» p. 382.
* Georgei d^Ambdae.
LBTTIIB6 St NÉGOCIATIONS
mettront en Tobéissance du roi ; coBflnnattoii, pour le reste, dtt fief 4e G^oee aa dne d« Milan ; promesse par les ambassadeurs français, an nom du roi, que les armements qui se feront à Gènes, ne seront dirigés ni contre les gonverneors
de cette ville, ni contre le duc de Milan; mais les Génois fourniront aux Français les navires dont ils auront besoin ;
2^ Engagement du duc de Milan et de la seigneurie de Venise de n*aider en imcnne mani^ le roi Alphonse et le roi Ferdinand, de reftirer les hommes d*armes qn*ils auraient pu lenr prêter et d'shandonner tous les territoires du royaume de Naples qu'ils auraient occupés ;
3° Engagement du duc de Milan et de la seigneurie de Venise de publier un ban pour annoncer que quiconque prendrait les armes coDtre le roi Très-Chrétieu ou pour énTahir le royaume de Niqides, serait puni ; indemnité pour eertaines personnes dont les noms seront indiqués ^.
Tons les plénipotentiaires se réunirent en une assemblée solennelle pour s'occuper du rétablissement de la paix. Le duo et la duchesse de Milan s'y rendirent, et comme Commines ne savait pas la langue de Tite-Live et parlait assez mal, à ce qu'il nous apprend, celle de Guichardin et de Machiayel, ce ftitle président du parlement de Paris» Jean de Gannay , qui fut chargé de prononcer de doctes harangues en latin. Cependant la vivacité française éclatait souYent,et lorsque les envoyés de Charles VIII prenaient la parole tous à la fois, le duc de MUap ne manquait pas de dire ; % Hq, € ungà uuf »
Toutefois, en dehors des discours latins du président 4^
' Archives de Milan.
I Mém,, t. U, p. m.
D£ COMMiNËS. 231
Paris, ii y avait des raisonnements qui persuadaient mieux Ludovic Sforza, qui probablement n'avait jamais étudié les écrivains de Tancienne Rome. Ces arguments qui ne se produisaient point dans les séances publiques, mais qu'on faisait répéter tout bas par le comte Boachetto ou par d'autres, c'était au seigneur d'Argenton qu'il appartenait de les faire prévaloir. Il fallait ayant tout séparer les confédérés et opposer les intérêts du duc de Milan à ceux de la seigneurie de Venise. Grâce à Thabilete de Commines, on y parvint, et une clause secrète porta que si les Vénitiens n'adhéraient pas an traité et si Chaiies VUI leur faisait la guerre ayec l'aide de Ludovic, celuirei garderait ezclusiyement toutes les conquêtes que les Français enlèveraient aux Vénitiens.
Tous les points auxquels tenaient les ambassadeurs français furent donc admis, et le 10 octobre 1495 fut signé un traité de paix et d'alliance entre le roi de France et le duc de Milan, où le seigneur d'Argenton figure à juste titre, an premier rang aprSs le maréchal de Oyé, entre les plénipotentiaires de Charles VIII. Les Vénitiens n* j étaient point intervenus; mais on avait stipulé un délai de deux mois pour qu'ils pussent y adhérer
Charles VIII, voulant consolider la paix qu'il venait de condnre avec le duc de Milan, lui fit offrir par Commines nne entrevue ; mats Ludovic Sforsa la repoussa, prétendant que d^à, à Pavie, au commencement de l'expédition, les Français avaient voulu s'emparer de sa personne, et qu'en ce moment le cardinal de Saint-Malo et le comte de Lignjr
* Gcsmnùft ffist. ii Chartes VIII, pr. p. R$Du«&det ordon»., t. XX, p. 485; Camfafnt ie Ckêrkt VIII, par M. db la Pilorobhik, p. 384.
232 LËTTR£S KT NÉGOCIATIONS
tenaient encore des propos qui devaient l'engager & une grande prudence. Il alla jusqu'à dire qu'il ne se croirait en sûreté que si l'entrevue avait lieu sur un pont séparé par une forte barrière ^
I46 refus dn dno de Milan, si blessant ponr l'honneur français» irrita fort les ccmseiUars de Charles VIII. Commines presque seul soutenait le parti de Ludovic Sforsa et continuait à lui adresser des messages confidentiels simplement signés : PMlippe; mais autour de lui la plupart des courtisans rataient que c'était une grande faute que d'avoir traité avec un honune menteur et perfide comme Ludovic Sforsa, an Uea de chercher avant tout à se rapprodier des Vénitiens. Peut-être reprochait-on A Gommines d'avoir écouté à la fois ses intérêts en faveur de Milan et ses rancunes contre Venise.
Neuf jours après la conclusion du traité et au moment . môme où ii rejetait l'entrevue proposée, Ludovic écrivait à l'un de ses cousins, François Sforza, comte de Sauta-Flora, qui était retenu an camp français comme prisonnier ou plutôt comme otage ; il espérait qn*à la suite du traité de Verceil il serait mis en liberté et le chargeait d'un message pour le roi et pour le maréchal de Gyé et le seigneur d'Argenton. Malgré ces circonstances, François Sforza ne put s'ëkngner du capitaine à la garde duquel il était confié et fut réduit à employer un intermédiaire dana une affairô qu'il edt 'mieux conduite si on avait montré quelque générositti à son égard. Tout en excusant le roi, il ne manqua point de l apporter dans sa réponse que les courtisans français insultaient tous les jours le duc de Milan ;
f GUICHAKOIN.
OË COMMIMES.
lUastrisaime et exoellentissime sei^^eur,
Hwr A huit heures, j'ai reçu tob lettjras ainù que celles qui étaient adreiséee au roi TrteOhrétien, à monseigneur de Oyé et à monseignenr d'Argenton, afin que je me rendisse près de Sadite Majesté et desdits «^gneurs, pour remplir la miision que tous m*aTiei oonflée. Sa Migesté était & Ghieri ; mais je ne pus rien £ure pan» qu*îl ne m*est pas permis de quitter le capitaine qui m'accompagne sans cesse, et J'en chargeai Manfred, qui m*a rapporté de la part de Sa ICe^^ 4^ oonnaîtriei sa réponse par une lettre qu'elle venait de tous écrire, qu'elle attendrait que Votre BzceUenoe Tait reçue et qu*en ce moment il n*y avait pas lîmi d*en faire une antre, J'ai reçu la réponse de monseigneur de Oyê (^uc je tous euToie d-induse. Quant à monseigneur d*Ârgentou, il a répondu que dans trois jours il se rendrait de Totre cdté et que par ce motif il n'aTait pas autre chose à dire. Cependant, après un court interralle, ilraconta A Manfired que le roi aTuit écrit A Venise et qu'il croyait que c'était A la suggestion de ses riTanx'. La lettre signée : PkUi^pe, est de monseigneur d'Argenton. Tandis que Manfred se trouTait A Chieri pour s'entretenir aTeo Sadite Bf^cstc, il y eut de nouTcau des paroles injurieuses prononcées contre nos seigneurs par leurs ennemis, qui disaient que nous ATÎons trompé Sadite Migesté et que nous lui STions fait jeter trois cent mille francs aux Allemands, etc., et quelques-uns disaient avoir appris d'une persduie d'autorité auprès de Votre Excellence, que tous feries semblant de permettre aux Français de s'armer à Gènes, mais qu'en réalité vous étiez d'intelligence avec les patrons des navires qui ne disaient rien et laissaient passer le temps en leur faisant perdre leur argent. D'autres disaient que le roi attendait votre réponse quant aux navires qui ont naguère été armés A G^es pour le roi de Naples et qui étaient déjà partis quand les lettres de dé^se parurent. En vérité, Votre Excellence est fortement censurée
* Commines voulait probaUement désigner la oardinal de Saint- Malo et le comte de Lignj.
234 LErrRES El NÉGOCIATIONS
dans cette cour, mais elle ne doit point ii*en préoocuper, car le roi, comme je Fentende, reete Honnu dans la bonne opinion qu*il a d*eUe, et les ehoees qui se disent, nesontqnepropos de courtisans.
Ce matinjeme sois mis en route et je précéderai toi^oors le nnd*iine journée au moins, puisque Votre Bxcellenoe ne m*a pas donné d'antres charges. Je pense que le roi partira demain matin pour continuer son voyage et aller fort loin. On dit généralement quil demeurera du oftté de Ljon ou en Provence tout cet hiver avec ses hommes d*armes.
Je me recommande humblement à Votre Excellence. Turin, le 20 octobre 1495.
De Votre Altesse illustrissime
Le serviteur, Le comte François Sforza
L*opimon du cardinal de Saint-Malo triomphait, et, ce qui sans doute affligea vivement Gommines, ce fût à lui que Charles VIII donna l'ordre de se rendre immédiatement aux bords de l'Adriatique pour entamer avec les Vénitiens une
négociation qui devait inévitablement mécontenter le duc de Milan.
Commines parle peu dans ses Mémoires de cette seconde ambassade à Venise. Il se borne à remarquer qu'il fut reçu à Venise avec les égards dûs à son rang, mais avec moins d'honneur qn'à son pi emier voyage Il retrouva le vieux
doge Barbarigo et lui exposa le désir du roi de France de voir la seigneurie de Venise retirer tout appui au roi Ferdinand d'Aragon. Barbarigo lui promit de consulter le grand conseil, et la seigneurie, pour mieux attester la gravité des circonstances et de la résolution qu'elle allait prendre,
• Archives de Milaa.
* Mém., t. II, pp. 323 et 530.
DE COMMUES.
ordonna trois jours de prières publiques. fut le 17 novembre 1495 que le grand conseil adopta le texte de sa
réponse qui fut communiquée à Commines le surlendemain après quinze jours d'attente :
Magnifique ambassadeur» tu le respeet que nous avons de tout temps porté À Sa M^esté TMs^hrétiemie et à ses angustes'prédéoaneors, nous nous sommes toujours fidt un usage et comme une loi natoreUe d^aocneUlir avec empressement et bonheur- les envoyés de Sadite Bftgesté et les marques de sa bienveillanoe envers nons. Noos sommes d*antant plus heureux d*en agir ainsi aveo Votre Exoellenoe, qoe nous professons une affection et une estime toutes particulières pour ses vertus et ses insignes qualités, dont die nous a donné tant de preuves. Le discours de Votre Excellence a pour ol^et et pour but de nous engager à répondre aux trois articles * qui nous ont été envoyés du camp du roi, et Votre Exoellenoe nous a notifié qu*il nous avait été accordé un délai de deux mois pour préparer notre réponse. Dès ce moment toutefins, d'aocord avec notre sénat et conformément à ce que nous avons d^& fait déoilaxer à Sa Majesté par nos délégués, nous dirons que, ni dans le passé, ni à Theure présente, nous ne tenons être en guerre ou avcur rompu avec Sadite Mt^esté. Tout ce que nous avons fiût jusqu'à ce jour, nous Pavons accompli pour ne pas manquer à nos confédérés, oflbnsés et provoqués par Sa li^jesté eUe-méme ; o*était, c*est encore un devoir que nous impose noire alliance, et une foule d'exemples ont attesté à Tunivers entier que nous n*avons jamais ftilli à notre penchant naturel de respecter la parole que nous avions une fois donnée. Depuis longtemps déjà nous avons averti nosdits confédérés de la situation des afiiûres, mais nons n'avons point encore reçu leur réponse: nous n'avons donc point en ce moment les pleins pouvoirs nécessaires pour répliquer en détail aux trois articles qu*on nons propose , d'autant plus que nous
* La première rédaction du traité conclu par Charles VIII avec le duc de Milan, ne comprenait que trois articles.
voyoDi, •ctodlement «won, Sadite Mijesté penistor dus at* attaques contre le SouTerain Pontife, chef de notre confédéral tkm, et contre rÉ^iae, oomme nous en avons reçu rassorance dn Saint-Père et comme le démontre d^ailleors le résultat des mesores que nous voyons Sa liiflôesté prendre chaque jour. Si elle consentait à cesser entièrement ses hostilités envers nos confédérés, nous serions de notra cdté tout prêts à revenir àraffection et an respect que nous lui portions autrefois, car personne n'est animé envers Sa MêjM de sentiments meillears et plus respectueux que les ndtres. Voilà tont oe qn*il nous est pcaiUe de répondre quant à préssnt, car nous ne savons encore, comme nous venons de le dire, quelles sont les intentions de nos alliés. De jour en jour nous attendons de leurs nouvelles, et dès qu*éUes nous seront parvenues, nous pourrons répondre d*une manière plus explicite. Cependant, pour ne pas manquer au dévouement que nous avons tOHjours proliBSsé envers Sa M^esté, et surtout parce qua c^est Votre Excellence qui la représente ici, nous crojons qu'il est de notre devoir d*^|onter une réflexion. Les principaux monarques et potentats de la chrétienté se trouvant engagés dans les querelles et les discussions actuelles, dont les Inildèlee prennent occasion pour 8*animer et s*exciter à Finvasion de la république chrétienne, il serait nécessaire, et noua engageons Votre Excellence à s*j employer, que tontes ces querelles et ces discordes pussent s'apaiser sans l'emploi des armes et sans Teini- «ion du sang chrétien. La tâdie si digne et si louable d'assurer une heureuse issue aux différends actuels n*est pas au-dessus des moyens et des ressources dont nous pouvons disposw. Quant à nous, nous nous offrons à y prêter notre intervention et notre concours actif, en assurant Sa Mijesté que nous n'y épargnerions pas nos âttigues, si nous savions lui être agréables en cela, et que nous nous «nployerions de telle sorte que nous aurions lieu d'espérer de voir le tout réussir pour la plus grande satisfaction, le plus grand honneur et la plus grande gloire de Sa Majesté *.
' Archives de Venise. Cette déclaration fut communiquée I0 même jour aux envojéa d'Allemagne, d'Espagne et de Bologne.
DE C0MM1NE8. 237
Venise offrait sa médiation afin de ae rendre l'arbitre de oe grand différend, mais Comminee, devenu trop hoetile aux VéniiienB, interpréta lear n^nae comme un reins formel d*accéder à tontes ses demandes
Cependant, après cette déclaration publique, Barbarigo, dans un entretien particulier avec Commines, lui ât d'autres propositions. Il engageait le roi de France à se contenter de la suzeraineté du royaume de Naples comme de celle de la cité de Gênes, réclamait pour Venise la possession des ports de la Fouille et offrait seulement i Charles VIII aelvl de Tarente, le plus éloigné de tous, sous le prétexte qu'il était le plus convenable pour que les Français commençassent de là une croisade à laquelle les Vénitiens s'associeraient Tolontiers. < C'estoit, dit Commines, une très-meschante c inTention, car c'estoit coller les pensées » Le seigneur d'Argenton se borna à répliquer qu'il rapporterait au roi la rép<mse qu'il avait reçue, et il se hâta de quitter Venise.
Cette infructueuse démarche près des Vénitiens ne devait-elle pas compromettre tout ce qu'on espérait de ralliance du duc de Milan? Gommines en était convaincu et devait l'éprouver lui-même. En traversant le Milanais, il 8*arrdta au château de Vigevano. Le duc Ludovic, dirigeant une partie de chasse du côté où devait arriver l'envoyé de Charles VIII, alla au-devant de lui et hii fît donner un appartement où on l'entoura des plus grands honneurs ; mais tout se borna là. Commines n'obtint pas même l'audience qu'il avait sollicitée» et eUe était fort
« if<te..t. U,p.631.
• Mém., t. II. p. 632.
238 LETTRES ET NÉOOCÎATIONS
urgente, car il s'agissait du départ des navires qu'attendaient les Français de Naples et que le duc retenait à Génes^ Loraqoe CSommines parvint enfin à Toir Ludovic, ses plaintes fiirent mal reçues. Le duc prétendit que le rOi lui avait offert Sarzana et Pietra-Santa et n'avait jamais tenu son engagement, puis il ajouta avec une irritation très-marquée que s'il avait promis des navires, ce n'était point afin que les Français pussent s'y embarquer. Commines lui répondit qu*il trouvait rexeuse • bien maigre > et que si le duc lui prétait une mule pour traverser les Alpes, il lui serait assez inutile de n*en avoir qiie la vue et de ne pouvoir s'en servir. Enfin, après une longue discussion, Commines, réveillant tour à tour l'ambition et les terreurs de son interlocuteur, lui montra Charles VIII prêt, soit à ressaisir répée pour le combattre, soit à lui abandonner unè partie de ses conquêtes du royaume de Naples. Ludovic ne parut ni ému de ces menaces, ni séduit par ces promesses. Oe fut en vain que Commines, insistant sur ces points, lui exposa la part qu'il avait prise au traité de Verceil, lui offrit Tarante et Bari, lai fit entrevoir la haine perpétuelle du roi de France, et chercha de nouYeau à Texciter contre les Vénitiens dont il lui représentait la puissance comme dangereuse pour tous leurs Toisins. Le duc de Milan se bornait & répondre à l'ambassadeur de Charles VIII « que avec le roy a ne povoit trouver nulle seureté, ne fiance »
Pendant le séjour que Commines fit à Vigevano , il put admirer fort à Taise cette résidence qui est « la plus belle « demeure pour chasses et volleries en toutes sortes ' ;
« iMs., t. II, p. 536.
• Uém., t. Il, p. 451.
DE OOMMINES.
mais il éprouva un autre sentiment en voyant les remparts ëievës contre les Français aux bords du Tessin» peu de mois auparavant, alors quele duc d*Orléans n^avait sa ni maintenir la paix» ni foire la go«rre. Ce Atrent les diefii mêmes de Tarmëe milanaise qui montrèrent à Commines les positions dont le duc d'Orléans n'avait pas su profiter ' . La veille il avait entendu dire à Milan que si le duc d'Orléans se fût approché de cette ville, on lui en eût ouvert les portes Il y eut même un capitaine milanais qui reprocha tout haut aux Français de Tarmëe de Charles Vm de ne pas aToir tirë un* meilleur parti de leur avantage le jour de la bataille de Pomoue
Après trois jours passés à Vigevano, Commines s'éloigna, et le duc qui l'avait reconduit à une lieue de son château, le voyant triste et abattu, « advisa une plus belle mensonge » et lui dit tout à coup qu'il Youlait « lui monstrer ung tour a d*ami afin que le roy eust occasion de lui faire bonne « chière. » Il lui promit que dhB le lendemain il ordonnerait de mettre les navires de Gênes à la disposition des Français et que du reste il lui écrirait de sa propre main pour lui en annoncer le départ, de telle sorte qu'il en serait' instruit avant d'arriver à Lyon et pourrait le premier en faire part an roi ^.
Commines passa les Alpes, et il n'entendait aucune poste derrière lui qu'il ne crût voir arriver le courrier du duc de Milan. Il avait toutefois quelque doute, « congnoissant . « L'homme ^ » Il s'arrêta un jour à Chambëry où le duc de
« iM».,t. II, p. 352.
* Mém,,t, II, p. 451.
» MM., t. II, p. 482.
* Mém., t. II, pp. 535 et 536.
* Mm,, t. H, p. 536.
Savoie « lui fit grande chiëre » puis il continua sa route vers Lyon où il arriva le 12 décembre 1 405 : le courrier du duc Ludovic n'avait pas paru.
Cependant Commines avait conservé quelque espoir, et pour ne rien négliger, oinq jours i^rèt son retour à Lyon, il adressa an due de Milan la lettre suivante :
Monieignear, je me recommande tiès-humUement à votra bonne giâoe. Quant je suis arrivé ici, j'ai trouvé plmienrs lettres donUes qu^il vous a plu envoyer, dont les aucunes se lidreasoient & moj, et je ay largement communiqué avec le conte Francisco et votre secrétaire.
A nuyt a esté informé le roy du contenu de vos demiéres lettres qui sont bonnes et saiges, et quant Fermée de Gènes M partie, il n'y eust point eu défouUe que leur service n*enst esté bien reconnu. Jusques ici fat compagnie a esté en doute que tout ne passe à Oénes par dissimulation et de votre consentement, et en ay vcu plusieurs avertissements aiyourduj, et luy coûte ladite armée bien chier.
Monseigneur, tout gît à rcxpérience et que ceste armée parte tost Le roy désfare bien que vous ly soies bon parent et amy, et n*a nul plésir de cuir parler du contraire ; et me semble qoe quand vous seres bien de ly, que vous vivres en grant snrté et grant repost. Messire Téodore* et moy, avons de tout pailé au long à vosdits serviteurs, et désire ledit messire Téodofe vous fere service, et moy de toute ma puissance, priant à Dieu, mousoigneur, qu'il vous donne bonne vie et longue et tout ce que vous désirez.
Escript à Lyon, le X\ll* jour de décembre.
Votre trèe-bumUe serviteur,
PHlUm DS COMMTMIS.
A mm trés-redoubte seigneur monteignew U duc de MilanK
* Jiém., t. II, p. 530.
* J'ignore qml est ce mesiire ThM(»«.
* ArchiTes de Mihui.
DE COMMINËS.
Commines tit plus encore : il alla le lendemain trouver le comte François Sforza, que les Français avaient conduit avec eux à Lyon; il lui annonça que le roi de France envoyait un agent à Milan et le pressa d'appuyer ses efforts.
Le comte François Sforsa écrlyait le 18 déeembre 1405 an duc de Milan :
lllustrissirac et excelieutissimo soiprnonr,
Monseigneur d'Argenton vient de me faire mander sur-lechamp, et, accompagné de ma garde habituelle, sans laquelle je ne puis faire un pas» je me suis rendu chez lui. Il m'a dit, au nom de Sa Majesté, que Ghirinat qui doit aller remplacer là bas Regalt avait reçu Tordre de se mettre en route. Il me fit comprendre que Sa Majesté renvoyait, bien éclairé sur les aflkires de Votre Excellence et muni de toutes les; instructions néoenaires pour u%ocier dans Tintérét commun, et le roi lui «vait donné Tordre qa*on m*en fît part, afin que je connusse la qualité de oe personnage, qui se trouvait là avec ledit seigneur d*Argenton, et afin que je susse que du côté du roi on n*aTait rien négligé pour correspondre anx bonnes dispositions que Votre Excellenoe témoigne envers Sa Miyesté. Il me semble asses habile, plus que les antres peut-être, et pour cela même je crois que Votre Seigneurie en retirera plus de satisfaction. Je répondis que Votre ExceUenoe snrnit singulièrement charmée et satisfaite du choix et de Tarrivée d*un homme si distingué. Je n^ai rien de plus k vous mander, sinon que je me reoonuaande toujours à Votre Excellenoe.
Lyon, 18 décembre 1495.
Votre humilie serviteuri François Sforza *i
Le duc de Milan n'accueillit pas les propositions (jui lui furent adressées, mais il écrivit à Commines pour qu'où
* Ces noms paraissent inexaetemeat reprodaito*
* Archives de Milan (trad.).
COMMUES. — 11. IS
laissât son cousin à Lyon et qu*on ne le traitât pas avec trop de rigueur :
En oe qui touehe le comte François, qqi a été remis enti» les mains de monseigneiir de Miolans et emmené par loi à Vienne, nous éoriTons à notre olianoelier Thomasino qne roos lui dires ce qne vous anres appris dndit comtes Nous tous prions avec oonHance de tous employer pour que ledit comte soit laissé à Lyon, où se trouve Sa Mi^esté, pour quily soit tden traité, qu'on ne éloigne pas et qu'on lui procure les moyens d*y rester «ans trop d!ennni on dincommodité, en témoignant an moins ainsi qne Sa Hi^jesté n*a pas perdu tout soud de notre honneur et de notre dignité, et qu'elle n*a pas complètement oublié notre amour et notre affection envers elle.
Au mçnevr d'Arçenton *,
Âinsî s'étaient eTanouies les dernières espérances de Commines dans les résultats de Tentrevue de Vigevano et dans les promesses du duc de Milan. Les courtisaiiB qui avaient blâmé la paix de Veredl, ne manquèrent pas de railler
la crédulité de Commines « et de lui bien laver la teste, « comme on est accousturaé de faire aux cours des princes « en semblables cas, » et Commines laisse échapper de son esprit humilié cet aveu : c Bien estoie iré et marry »
Le seigneur d*Ârgenton, pour se venger du duc de Milan, voulut engager Charles VIII â se rapprocher des Vénitiens dont il avait dit tant de mal à Vigevano. H essaya de représenter ces mêmes propositions dans lesquelles il avait vu naguère un refus formel de négocier, comme dignes d*être discutées et acceptées. « C*estoit, dit-il, un bon appoincte-
* Archives de Milan (trad.).
« Mém., t. Il, p. 536.
DE COMMINES
« ment'. » Mais le duc d'Orléans et le cardinal de Saint-Malo combattirent sou avis. Charles YIIl qui y était faTorable» ne montra aucune énergie pour le soutenir. Au demeurant, soit crainte de mtententer ses conseillers, soit indolence naturelle, « le roy n*en feist nulle estime. Il estnît petit 4e .« corps et peu entendu. Il entendoit à faire bonne cliiàre et « jouster, et de nulle aultre chose ne luy challoît *. »
Une autre question à laquelle s'intéressait vivement Commmes, n'avait pas reçu une solution plus favorable. Deux jours après la signature du traité de Verceil, la seigneurie de Florence se plaignait de ce que les Français ne lui restituaient point, comme ils 8*7 étaient engagés, la citadelle de Pise et les forteresses voisines, et exprimait le vœu que le seigneur d'Argenton fût envoyé aux bords de l'Arno pour faire droit à tous les griefs et rétablir dans toute sa force Talliance française confirmée en ce moment même à Trino. Voici en quels termes était conçue la lettre adressée le 12 octobre 1495. à Néri Capponi, ambassadeur florentin près de Charies VIII :
On nous assure que le rm et menseigneor deUgny ont fidt par- Tenir an capitaine de ladtadelle de Fiseet aux autres capîtaisee, des ordres qui ne seront pas plus reepeetés que les pvéoédents ne l'ont été jusqu*id. Il nous parait donc néoessaire d*agir près de Sa M^sté Très-Chrétienne et par rentremise de nos amis, pour que Sa Mi^esté envoie 1& bas quelque personnage de crédit, chargé de ses pouvoirs et muni de lettres et de mandements, écrits de bonne ^cre, du roi, du duc d*QrléaaB et de monseigneur de Ligny , enjoignant que sans remise ni exception aucune, Pise, Petrasaneta, Mutrone, Semna et Senanello nous soient exactement
' Mém,,i.lh p. 531.
• JAte., t II, p. 536.
Militiiéef . GéniiaiflSBiit Tamoir et la grande affection que monseigneur d'Ai^enton porte à notre cité, pour y avoir été autreibis et pour s'j être beaucoup employé en faveur de nos affaires, nous voudrions bien qu'on travaillât à lui faire donner cette mission, pourvu néanmoins qu'on fût bien assuré que ce choix ne serait pas vu de mauvais œil do l'autre côté et qu^on n'en prendrait point occasion pour nous contrarier et empêcher l'exécution desdites restitutions. Cela mérite d'être pris en sérieuse considération ; mais si rien no s'y oppose, nous désirons qu'on mette en œuvre lous les moyens et toute la diligence possible pour le faire charger de cette mission , qu'il ar eeptcra, crovons-nous, volontiers. Mais il faut que le roi lui donne des pouvoirs assez étendus pour que la restitution s'efFeotue sans remise. La clio.se presse, et il importe que monseigneur d'Argenton ou celui qu'on enverra, arrive avec la plus grande célérité possible, parce que nous désirons recouvrer nos possessions avant que Sa Majesté Très-Chrétienne quitte l'Italie pour retourner en France *.
Les rëclamattons multipliées de Florence forent pen dooutées. « Chacun sait, dit Machiavel, combien de fois les Flo- « rentins ont donné de l'argent à Charles VIII, afin qu'il t leur rendît, la citadelle de Pise, ce qu'il n'exécuta jamais : t ce qui était une grande preuve de l'avarice et du peu c de bonne foi- de ce prince *. » En ce qui touchait le choix du seigneur â*Ârgenton, leurs vœux ne fùrent pas davantage pris en considération, et d'autres missions le conduis sirent, nous ravons déjà vu, en Lombardie et vers l'Adriatique.
Gommines, en quittant Lyon, paraît avoir été envoyé dans Ton des ports de la Méditerranée où l'on embarquait
* Archives de Florence (trad.). • . v
' Discours ^lit., 1. III, ch. \hui.
OE CÛMMINES.
des hommes d'armes pour secourir les garnisons de Naples et de Gaëte; il en vit revenir les. Suisses qui rapportèrent toutes leurs enseignes, mais qui étaient si affaiblis par les privations et les fatigues qu'il âdlut les porter hors des navires ^
"Telle était la triste conclusion de la brillante et éphémère expédition de Charles VIII.
Certes, Commines s'était signalé en Italie par l'habileté de sa conduite et la isagesse de ses conseils. Pendant la premi^ période de Texpédition, il avait retardé ht formation de la ligue contre la France ; dans la seconde, il en avait conjuré les menaces et les périls. Cependant, il ren* trait en France, amoindri dans sa réputation, abaissé dans son influence, et sans avoir pu faire triompher en Italie ni ses rancunes ni ses amitiés, car il avait été joué par ses rivaux les diplomates de Milan et de Venise, sans avoir çien pu faire pour ses anciens et fidèles clients, les Florentins.
* Mém,, t. II, p. 564 et 556.
DSRNIÈRBS ANNÉES DU RSONB DE CHARLES TlIt. *
Commines, bien que son rôle fût moins important et plu» effacé, ne cessait pas de s'occuper activement des affaires d'Italie.
. Vis-Â-Yis des Vënitieiis» il avait une ravancbe à prendre et pen de recennaissance à satisfaire. Lorsque Charles VIII se r^neilia avec le Saint-Siëge, ce fîit lui qui introduisit -
près du roi le messager secret du pape Alexandre VI qui était fort hostile à la république de Venise \
Vis-à-vis du duc de Milan, il ressentait d'autres rancunes plus vives, plus profondes. Il appuyait tous les projets dirigés contre lui, même ceux des condottieri italiens qu'il espérait Toir « foire grans choses * > pour renverser Ludovic qui continuait à agir sous la triple influence de la tromperie, de la malveillance et de la peur *.
Lorsqu'on forma le projet de nouvelles expéditions en Italie, Commines, n'écoutant que ses haines, ne montra plus cet esprit de résistance qui l'avait honoré au milieu de tant d'imprudentes résolutions. Voyant s'incliner la fortune de Charles VIII et s'élever celle du duc d'Orléans, il ne songeait plus à contester l'opinion d'un prince qui était devenu
' Méfu., t. II, p. 587.
« Mém.y t. II, p. 566.
> Uétu., t. il, p. 558.
DE COMMi^£S,
par la mort du dauphin (autre prophétie de Savonarola) rhéritier présomptif du trône. Deux fois on décida dans le conseil du roi que le duc d*0rléaxi8 réunirait une armée à Asti, et Commines TOta dans ce sens oomme tons ses ooUègaes; mais le doc d'Orléans ne voulait pas quitter la Franee, et si a Asti il se souvenait de Valentine Visoonti, il se rappelait à plus forte raison à Paris que l'époux de Valentine était l'un des fils du roi Charles V et lui avait transmis de ce chef des droits qu'il allait bientôt revendiquer.
Un instant, il fut question d*une allianee intime entre le roi de France et le roi de Naples, Ferdinand d'Aragon, pour se partager Tltalie. « Toute ceste ouverture » à l'avis de Gommines et d'après ce qu'il apprit depuis « n'estoit que « dissimulation. » Telle était, liyoute-t-il « la pratique d'£8c pagne. » Il assista au conseil où Ton délibéra sur ce point et il était sans doute l'un de ceux qui pensaient qu'il làllait t joindre ceste praotique de plus près » Peut-être ftit-ce grâce & son influence qu'on chargea de cette mission, le seigneur du Bouchage « homme bien saige » et oomme lui ancien ministre de Louis XI.
Commines ne restait dévoué qu'aux Florentins, et il faut bien le dire, en défendant leurs intérêts, il servait aussi les siens engloutis dans le naufrage des Médicb et vainement disputés jusqu'alors aux orages des révolutions qui se succédaient aux bords de l'Amo. H n'avait jamais cessé de réclamer près de la République pour qu'elle fît servir au paiement de ses créances le produit de la confiscation des biens de Pierre de Médicis. Il avait insisté sur ce point lors de son passage à Florence avant la bataille de Fomoue, et on l'avait
t48 LETTRES ET NÉGOCIATIONS
va alors flatter dans ce but les Nerli qui étaient les auteur» (Je la ruine des Médicis Rentré en France, il réitéra ses réclamations, et le 10 juin 1497, ks dix de la Balie écrî- Talent à leurs amliasiadeiirs :
Les syndics des Médicis, Lorenzo Tornabuoni et Galéas Sassetti ont comparu devant nous ; nous leur avons nettement déclaré qu'il faut de toute manière qu'ils s'occupent de la créance de mon.seigneur d'Argenton et qu'on ne manque piis d'y aviser le plus tôt po,>>sible. Ils ont concerté entre eux un arrangement dont ils donneront avis à Cosme Sassetti pour qu'il le soumette à monseigneur d'Argonton : quant à nous, nous prendrons soin quMl soit satisfait le plus promptemcnt possible *.
Ils ajoutent quelques jours après :
Pour 1 affaire de monseigneur d'Argenton, nous tâcherons de vous répondre une autre fois et dy donner la meilleure solution que noua pourrons *.
Ils reviennent sur ce point dans une lettre du 31 août :
Si monseigneur d^Âr^ton se plaint,, il n'éooute pas la raison à notre ^lard ; car, comme tous TaTez tu par notre lettre précédente, la diiBculté des temps et la féne de ceux qui doiTont fournir Fargent, engendrent plus d'un obstacle, mais en réalitô on ne Tout pas lui manquer, et tous pouTez le rasi^urer K
Le 14 septembre, ils écrivent eux-mêmes au seigneur d'Argenton :
lIoBselgneur» nous nous roconunandons à Totn bonne grfiœ et nous TOUS faisons ssrroir que nous n*aTons Jamais oublié com^
* t. TT, p. 368.
^ Archives de Florwice.
* Archives de P loi-enoe (1" Juillet 1497).
* Archives de Floi«aoe.
DË COMMINËS.
bien vous vous êtes toujours employé en laveur de cette république et de cette nation : aussi en avons-nous une fî:rande obligation à Votre Soignourio. Si votre payement n'a pu être réglé aussitôt que nous l'aurions voulu, cela ne vient pas da ce qu'on taisait peu de cas de Votre Seigneurie, mais <;Y>st à cause de la grande diUiculté de trouver dans les biens de Pierre de Médicis Taigent nécessaire pour vous rembourser. Cette affaire a été remise aux soins de quelques agents que nous avons pressés de liquider votre créance : ce qu'ils ont fait de la manière qu'ils ont in(li(juée à notre ambassadeur, qui doit vous en rendre compte. Votre Seigneurie écrira ou enverra ici quelqu'un ou mémo une simple procuration , pour poursuivre l'affaire. De notre côté, nous aiderons et nous favoriserons de tout notre pouvoir les intérêts d'un soigneur qui est notre ami le plus cher et qui a si bien mérité de notre république ^
Quelques jours après, ils lui écrivent de nouveau :
Votre Seigneurie aura appris par notre ambassadeur, la résolution que les agents préposés aux biens des rebelles • ont prise
concernant votre créance. Nous venons donc engager Votre Seigneurie à envoyer (juelqu'un ou à charger (^ui bon vous semblera de retirer on votre nom les meubles ou les immeubles qui vous sont accordés on payement : on les délivrei-a à celui (|U<' vous aurez muni de vos pouvoirs à cet enVr . Que Votre Seigneurie veuille bien croire que s'il y avait eu un moyen quelconque de la satisfaire et de la rembourser en argent comptant, nous l'aurions fait bien plus volontiers, en souvenir de la bienveillance que Votre Seigneurie nous a toujours témoignée. Néanmoins nous espérons que vous resterez finalement content et satisfait de nous, car nous connaissons la prudence et la sagesse de Votiv
* Corne di signore amii o carisumo noitro et benmerîto aasai délia citta nostra. Arehéees de Florence.
' Lea MédicÎA prosorits étaient oonaidérés comme rebelles.
Seigneurie, et elle saura lileii apprécier oombieii il eti diiBoile de iSfUrederargent là où il ii> en a pas de comptant ; et si ellea attendu quelque temps, elle reconnaîtra bien du moins que la foute en est, non pasà nous, mais à la nature même de Taibire et à la triste situation du temps présent
Il n'est pa» sans intérêt de fidre connaître la solution
proposée par la republi(4ue de Florence. Les Dominicains de Saint-Marc avaient acheté trois mille écus d'or la bibliothèque des Médicis, et un banquier nommé Nasi, s'engagea «n leor nom à en remettre le tiers en dix-huit mois an seigneor d*Aiigenton. Les beaux manuscrits qui sont encore aiqonrdlim Torgnéil de Florence, ayaient été acquis par les moines de Saint-Marc, selon le conseil de Sayonarola, et ils devenaient ainsi un gage remis en quelque sorte entre les mains de l'illustre historien qui devait bientôt après raconter la mort de l'éloquent prieur de Saint-Marc *.
Noos ne pouYons complètement passer aoaa silence d*aatree oontettationa pëcanîaires aonlerées par Gommines. Depuis plusieurs aomées, il réclamait du seigneur du Mesnil- Simon une indemnité considérable pour la vaisselle, les chaînes et les bagues que celui-ci avait saisies en 1487, lors de l'arrestation du seigneur d'Argenton à Amboise. Gommines les évaluait à plus de trois mille écus en demandant à être cm sur serment; mus il n'avait obtenu en justice que deux mille livres. L'aiRure ne devait se terminer que sous le règne de Louis XII par une transaction *.
' Archives de Florence (28 septembre 1497).
* Voyez l'intéressante notice de M. Benoist sur les lettres de Comminea conservées à Florence, 2* partie, p. 8.
* JfAa.,t.III, pr. p. 168.
DE COMMINËS.
De 1496 à 1498, Coramines ne quitta pas Charles VIII qui allait de Lyon à Moulins, de Moulins à Tours pour présider à des joutes « et ne pensoit à aultres choses ^ » Autour de lui tout était divisions et riTalités.
Cependant Charles VIII, ayant que sa vie 8*achevàt, sentit 8*éveîller en lui un sentiment plus profond des devoirs de la royauté. Il s'efforça dMmiter Texemple des rois les plus vénérés. Il donnait, comme saint Louis, audience aux pauvres et Commines l'y vit pendant deux heures écoutant tout le monde et veillant avec soin au maintien de la justice^. Huit jours après, Charles VIII, empoisonné, à ce que répétaient les rameurs popalaires, par une orange que lui avait envoyée Ludovic Sforza, expirait presque subitement sur un grabat dans une galerie ouverte. Commines se trouvait en ce moment au château d'Argenton. II accourut aussitôt à Amboise, alla dire son oraison aux pieds des restes inanimés du roi, et passa ainsi cinq ou six heures en prières ou exL méditations sur les vanités dn monde. Cette fois encore, à ce triste spectacle, il put reconnaître c que c'est bien peu c de chose que ceste misérable vie qui tant nous donne de « peine pour les choses du monde, et que la puissance de c Dieu est bien grande, puisque les rois n'^ peuvent résisc ter non plus que les laboureurs *. »
Charles VIII était un prince faible mais bon, et sa
* Mém.. t. II, p. 567.
' Charles VIII écrivit à Ift cour des compte» c pour savoir la fbnno
< qu'ont tenoa let roy» à donner sndience au pauvi*^ peuple, et meeme
< comme monsieur saint Loys y procédoit. » (22 décembre 1407.J
GonF.FROY , Histoire de CharUt VIII,]^t, p. 745. » Mém., t. II, p. 588.
* Mifm., t. II, p. 590.
mémoire fiit entourée de larmes et de regrets : c Je etàj^
< dif Gommines, que j'ay esté Thomme du monde à qui il a
< plus faict de rudesse ; mais je ne lui en sceus jamais ■ « mauvais gré ^ »
< Mém., t. U, p. 595.
DB COMMtNfiS.
▲TéNBMENT DB LOUIS Xlt.
Le duc d'Orléans, agité par son ambition et sans oeSM tnèlé à des intrigues, allait être eaàXé en Allemagne, lorsqu'il se trouva tout à coup appelé à monter sur le trône /.
Dès le lendemain, Commines se présenta à l'audience du
successeur de Charles VIII : « J'avoye, dit-il, esté aussi € privé de luy que nulle autre personne, et pour luy « ayoye esté eu tous mes troubles et pertes : toutesfois pour « Vbeure ne luy en souTint. point fort »
Louis Xn, comme le remarque fort bien le dernier édi* teur de Gonunines', avait perdu, en ceignant la couronne, la mémoire des services comme celle des injures *, C'étaient du reste des services bien anciens, que ceux de Comuiinf's, et depuis lors bien des dissentiments les avaient effacés. Néanmoins le nouveau roi déclara « qu'il vouloit tenir tout
* Daprès Adrien de But, Louis XI, parrain de Louis XII , lui pré* dit U ooaronne dès is jour d« aa naisMoce : Obiit Karolus, dux Aurelianensis, relinquens uxorem suam gravidam. Nato filio, novus rex LudoTicQs eum levant de aacro fonte, dioens possibiie illam sceptra
posse déferre.
• Mém., t. II, p. 596.
' Mademoiselle Dupont.
€ homme en son entier etestat ' . » Comniines conserva Toffiee de conseiller du roi. Il assista à ce titre à la cérémonie du sacre à Reims et probablement aussi à Teutrée solennelle à Paris, le 2 jaUlet 1498. fin effet, le 26 de ce moU, il figurait panni les personnages qui siégèrent an conseil dn roi, et il resta auprès de Loni9 XII pendant tout l'hiver, car lorsque les Vénitiens envoyèrent, pour féliciter le nouveau roi , un ambassadeur extraordinaire, celui-ci, nommé Pietro Stella, ne manqua pas d'aller saluer Commines, et nous remarquent l'analyse suivante d'une de ses lettres dans le iM^rto de Marîno Sanuto : « Stella écrit que monseigneor d'Argen- « ton était aussi à la cour, et qu'il lui avait fait honne <c chère (hona eUra), qu'il se rappelait au souvenir de la « seigneurie, qu'il l'avait assuré avoir toujours parlé au roi « Charles de la grande puissance de la seigneurie, et qu'il « tenait pour certain que le nouveau roi serait fort notre « ami *. »
LTtalie restait divisée et troublée. An moment même où expirait Charles VIII, Savonarola montait sur le bâcher.
Gommines ne sait s'il faut l'accuser ou le plaindre, si on a bien ou mal fait de le frapper. Un instant, il semble disposé à le croire inspiré par Dieu, puis il rejette ses révëlatious, en attribuant aux avis secrets d'un de ses amis qui siégeait au conseil, ses plus merveiUeuses prophéties. Sa fin tai terrible, il est vrai, et d'autant plus cruelle que sa vie avait été la plus belle du inonde. Mais ce qui semble toucher Gommines davantage, c'est que la mort de Savonarola entraîne
* Mém.^ t. II, p. 596.
' JHarU d€ Sanuio, publiés par M. Rawdon Brown et cités par M. Baschet, JH^l, te'nit.^ p. 351.
DE COMMINËS.
le pillage du monastère de Saint-Marc, et le banquier Nasi refuse de remplir ses engagements, puisque la bibliothèque des Médicis est tombée entre les mains de la seigneurie de Florence. Ce qni acerolt déplus en plus les difficultés, c'est que des denx syndics des créances à charge des Médicis, Vm GosmeSasseti meurt presque miné lui-même, Tautre Lorenzo Tornabuoni est impliqué dans un complot et mis cà mort *.
Commiues se vit réduit à de nouvelles instances et à de nouvelles prières adressées à la seigneurie florentine :
Mes très^honnorés seigneurs, je me recommande humblement à votre bonne grâce. Je renvoie devers vous ce porteur apdé Jehannet de Sallet, qui autreafois a esté iept mois à Floranoe à la poursuite de ce que me doit Pierre de Médedns, les héritiers de fèa Lorens Toarneboane et oeulz de fan François Sazet, tant à cause de leur maison, vielle que neof^e, à Lyon, vous sapjdiant que me vueilles faire meilleure justioe, que ne m*a esté fticte le temps passé, et que je me sente que ce nouveau gouvernement ait plus ooi^gnoissanoe de la longue et continuelle amour que je vous aj portée et porte, que oeulz qui jr ont esté puis inus ans en çà. Aucuns partiouliers m^cmt escript que vous m*aves ordonné quatre mille ducats en déduction du principal et que le bancq de Na^y m'en devoit respondxe, mais ledit bancq ne Fa voollu fkire, vers leqnd j*ay envolé. La despence des poursuites a esté grande^ et si me firent les awvitenrs dndit bancq de Médecins grand tort en ung appointement, que plusieurs k Florence entendent bien, dont m'a esté plusieurs fois prommis de par vous de m*en rescompenser. Aussi m'a ûilu empmmpter argent à grant interest, par deflkut de oeluy que me détiennent les dessus dits. Vous supplie vouloir avoir b<m reguart à tout, et aussi me faire la justice de Pelgrin Lorin de deux mille six cents livres qu'il me robba, et s'il vous plaist m^employer en chose qui soit
' Bbnoist, leitres de CtntMnynet» 2* partie, p. 0.
en ma puissance, me trooTem toiuoore prait A Toiii fiUre aer* Tioe. Priant à Dieu, mes très-honnorés seigneon, qQ*il tooi doint racomplisseinent de tont oe que vous désires. Eseript à Paris le XX* jour de juiUet.
Votre humUe serviteur, Petlove db GommvBS
Commines n'obtint rien, et pràs de trois années s'ëtaieni ëoonl^s, lorsqu'il écrivait de nouveau :
Mes très-honnorés seigneurs, je me recommande à votre bonne grâce, tant comme je puis. Après avoir veu une responce qu'il vous a pieu faire à vos ambassadeurs monseigneur de Vol-^ terre et mef^sire Luc d'AIbice, touchant Targent qu^il m'est dea par oeolx de Médicis, aj esté délibéré de vous envojrar oest homme d'église nommé monsieur Jehan do la Font, pour vous remonstrer la perte qui se mect de tant attendre mon argent, et la despenoe que j*a7 eu en le pourchassant, sans la perte d'ung bien, bon serviteur qui est mort à la poursuite, et si vous prie avoir congnoissance que je n'aj jamais voulu pourchasser chose qui fût en riens à votre préjudice, ne dommaige, comme ont ûdt et font d'autres en semblable cas, mais au contraire aj serché et procuré de toute ma puissance de vous pover fidre ser* vice, comme plusieurs d*entre vous savent, par quoj vous supplje de me vouloir faire payer, comme autrefois m'avez eseript par deux lettres, tant du principal que des despens ; car il est bien à votre puissance et en les biens dudit de Médicis, et si sont encore souhs vous et en votre subjection, ceulx qui m'estojent obligés comme luy : priant Dieu, mes très-honnorés seigneurs^ qu'il vous doint ce que désirez.
A Paris, oe dimanche de Quasimodo.
Votre humble serviteur, Philippe db Commtnbs
* Brnoist, Leiires <h' Commynes , 2^ partie, p. (20 juillet 149U}. ' Benoist, Lettres de CommifHes, 2' partie, p. 1 1 (1502).
DË COMMINES.
Conliiiines avait quitté la cour'. Il avait eu à se plaindrë du maréchal de Gjé et luttait contre lui, d*acoord avec là reinei et il y a lieu de tiroire qtie eettè fois encore il s'engagea dans quelque intrigue qui amena une autre disgrâeë.
Depuis plusieurs années, il ne possédait plus le comté dé Dreux, qui avait été racheté en 1198 par le comte de Nevers et il se voyait de nouveau menacé dans la possession du domaine d'Argenton. L'héritier des Chabot, issus de Brunissent d'Argenton» invoquait mi document qui remontait an règne de Charles YII. SoUs Louis XI, Commines, si peu délicat en matière de titres, avait été assez puissant pour faire condamner son adversaire à la prison coramo convaincu d'avoir falsifié les lettres qu'il produisait ^ ; mais cette fois, lem* authenticité n'était plus contestée.
Ces revendications se poursuivaient et laissaient à Commines peu de repos. Cependant il semblait aimei' & multiplier lui-mdme des déihélés judiciaires qtie tout autre se fût efforcé de fuir, et il soulevait comme à plaisir* d'autres contestations non moins fâcheuses que celles qu'il avait déjà traversées. Le seigneur de la Rochejacque"^ lin invoquait dans l'église de Voulgeton certains privilèges seigneuriaux attestés par le placement de ses armoiries sui* les fendtres. Commines n*hésita pas à en faire briser les vitraux, autre façon de détruire les titres qui le gênaient. L'un de ses successeurs à la sénéchaussée de Poitiers le
* Il siégea la dernière fois au ooriMil , le 2d juillet 1408. Jiém.t Introd. de M"' niipont, p. rxx.
* Acte du l"" avril 1497 'v. st.i aux archives des ÊMfeee-Pjrén^Mii
Ce document vient d'être publié par M. Rahlenbeck.
* Mém., Inti-od. de M"* Dupont, p. rxwii.
COMMIMBS. — lli 17
condamna le 20 mars 1503 aux dépens, dommages et intérêts
Dans un autre procès du même genre, relatif à Téglise de Boëue, le sire de Sanzej s'appuyait sur l'existence des monuments fbnèbres de sa fianille. Cette fois encore, Commines Youlnt foire disparaître ces preuves et alla jusqu'à porter la main sur des tombeaux. De là, de nouvelles sentences prononcées contre lui
Ëu même temps, Com mines menait une autre aâ'aire bien plus importante, bien plus sëriense, sur laquelle une pleine lumière n*a point encore été répandue. Nous sarons combien Gommines avait toiyours éié mêU à toutes les intrigues dont la Bretagne était le tbéàtre *, et cette fois il songeait à y intervenir dans un intérêt direct et personnel, en laissant à l'avenir le soin de faire grandir et de développer ce qu'il semait. Âpres avoir, plus que personne peut-être, contribué à l'union de k Bretagne à la monarchie française, il était arrivé à se demander si ee psicte» déjÀ presque rompu à la mort de Charles VIII, sè maintiendrait après le règne de Louis XII. Au XIV* siècle, une princesse flamande avait groupé autour d'elle les barons bretons. Aurait-on reproché à l'un d'eux, appelé à recueillir l'héritage d'Anne de Bi-etagne, de s'être allié à la fille d'un chevalier né dans la patrie de la comtesse de M<mtfoft?
En 1494» Commines Se trouvait à Vienne quand Charles VIII se iit remettre, moyennant certaines indem-
* Mém,t 1. 1. Introd. do M>^ Dopoot, p. cxxvui.
* Mém,, t I, Introd. de Mi>*Dapoiit, p. oxxix.
* C*cit par emmr qiw, dans le volume prëeMent, p. IB] , j'ai attribué à Louis XI le ilon d'un collier d'ordre envoyé à Commints. Ce collier était celni de rHermine et lui était adreaaé par le duc de Bretagne.
DE COMMINES. itt^
nités pécuniaires, la renonciation de tous les droits qu'Alain d*Albret pouvait avoii^ au duché de Bretagne, du chef de MU aïeul qui avait épousé Fj^ançoise de Bretagne, petitefille de Charles de Blois ; mais Françoise de Bretagne avait un frère, Charles de Bretagne, baron d*Ayaugoar, dont ia fille unique aTait épousé le neigneur de Boussac. Bn 1501 , Jean de Brosse , seigneur de Boussac , avait reçu défense de porter les armes et le nom de Bretagne. Cependant il était mort, laissant à son fils aîné nommé René, des prétentions qu'il n'avait jamais abdiquées. Par une étrange contradiction, les successeurs de Philippe de Valois tenaient le duché de Bretagne d*Anne, qui descendait du comte de Montfort, et ne voyaient que des usurpations ambitieuses dans les réclamations des représentants de Charles de Blois.
Quoiqu'il en (ât, le eontrat de mariage d'Anne de Bretagne et de Louis XII portait que si la reine n'avait pas d*ettfimts, le duché de Bretagne retournerait à ses plus proches parents, c'est-à-dire aux Brosse-Bonssac. Anne n'avait qu'une seule fille, qui pouvait mourir, et lors même qn'elln vivrait, rien n'était plus aisé que de s'appuyer tôt ou tard contre elle sur l'arrêt rendu par la cour des pairs à Conflans en 1341, qui avait adjugé la Bretagne à Charles ée Blois et à ses descendants >. D'ailleurs de vifs symptômes de mécontentement se manifestaient parmi les Bretons, et ils regrettaient déjà l'indépendance dont ils avaient joui pendant plusieurs siècles.
* La i>^< noalogie de la maison de C/ommines, conservée à Tournât, meutioane av^c soin qti» la fille de Philippe : i fat mariée an conte dit c P«Btiè«re, droit Mritier de la eont^ de Bloîs et de la duci de Bre- . t taigne. »
Tout porte à croire que Commines, dans le vaste horizon que lui ouvrait sa perspicacité, caressa l'éventualité qui tôt ou tard pouvait placer sur les épaules de sa fille le manteau d'hermine des duchesses de Bretagne. René de Boussae» tncoustsnt, I^ger, prodigue, se limit à des dépenses inconsidérées. Commines lui prêta k direrses reprises de l'argent, jusqu'à ce que de son débiteur il fît son gendre, en lui donnant, comme dot de sa fille, les créances mêmes qu'il pouvait revendiquer contre lui.
Ce fut au mois d'août 1504, que Jeanne de Commines, flUe unique du seigneur d'Argenton, épousa René de Brosse, comte de Pentfaièvre. Dans le contrat, Commines s'engageait à faire célébrer les noces à ses frais, « à vestir et « accoustrer honnestement et honorablement sa fille, » et de plus à lui donner dix-huit mille écus d'or ; mais les deux tiers de cette somme' représentaient les avances faites par Commines pour dégager une partie des domaines du comte de Pentfaiàvre. Pour le surplus, on lui remettait des perles, des rubis, des diamants à la façon de Gênes, une fleur de lis, donnée peut-être par Louis XI, un parement d'or de mille quarante-sept écus, un balai qui seul en valait plus de mille, et enfin certaines menues choses d'argent; mais il était convenu que s'il se trouvait « que ces pierreries ne fussent « bonnes et loyales, » Commines serait tenu a de les ûdre « valoir à la discrétion de gens de bien, eux congnoissans « en pierreries. » Il en résultait que Commines avait constitué, sans bourse délier, une dot magnifique, telle que la dame de Beaiiyeu n'en avait pas obtenue de son père, le roi Louis XI'.
« ir^., t.IIl,pr.p. 161.
DE COMMINES. 261
Sur ces entrefaites, l'Italie avait vu s'accomplir un mémorable événement qui dut produire une vive sensation chez le seigneur d'Ârgentou. Une expédition conduite par Louis XII «rait passé les Alpes, et sous les remparts mâmes de la forteresse de Novàre, témoins de ses anciens revers, Ludovic Sforza était tombé entre ses mains. Le duc de Milan, traité avec une impitoyable rigueur, avait été conduit au château de Loches où Coramines avait passé deux mois. Moins heureux que lui, il allait languir dix années dans les souffrances de la captivité et devait rendre le dernier soupir dans les fers.
Louis XII, pour exercer une action plus puissante dans les affaires d*Italîe, traitait avec Tempereur Maximilien et avec son fils Philippe ; mais ces négociations furent aussi souvent rompues que reprises, et en 1505, le bruit se répandit que la France allait porter la guerre en Flandre, en prenant pour prétexte ce droit de ressort du parlement de Paris auquel Charles VIII avait renoncé pour un terme de dix années, dans des lettres royales où Gommines figurait comme témoin V
A cette nouvelle, le seigneur d' Argenton se souvint qu'en d'autres circonstances semblables, il avait offert d'excellents conseils. Cette fois, Olivier le Diable n'était plus là pour les combattre, et il crut le moment propice pour reparaître à la cour, n devait j trouver son ancien ami Georges d'Amboise, qui y résidait comme légat du Pape ; il comptait aussi sur rinâuence de sa belle-sœur, la dame de Beaumont Il se
* Voyez plus haut, p. 3.
* Jmui d« Polignac, seigneur do Randan et à» BeaumoDt, avait épousé Jeanne de Cbambea, MWir d'Hélène de Ghanbes, femme de Comminea.
LETTRES ET NECiOClATlONS
rendit donc an Plessis-les-Tours (lien plein de souvenirs ponr
lui), et y trouva un puissant médiateur sur lequel il n'avait point compté et qui cherchait, en protégeant Cominines, à se réconcilier avec la reine. C'était, selon toute probabilité, le maréchal de Rieux, ancien tnteur d*Anne de Bre- " tagne et depuis quelque temps Toli^jet de son mauvais vouloir qu*il s'efforçait de calmer. On avait promis d'avance à Commines que le roi lui ferait bon accueil. En effet, Louis Xn luf parla trois fois et alla jusqu'à lui dire que ses bonnes dispositions à son égard, dues d'abord aux instances de révéque du Puy, Geoifroi de Pompadour (autre complice de Commines dans les troubles de la minorité de Char* lesYIII), remontaient à son séjour à Lyon, c'est-à-dire à plusieurs mois. Tout dépendait néanmoins d'Anne de Bretagne qui, en co moment, voyageait dans ses États liéréditaires, et ce fut à cette princesse, qui lui avait sans cesse été favorable, que Commines écrivit le 17 juillet 1505 :
Madame, tant et sy très-humblement comme je puis, me ree<mimandé k vostre bonne grâce. Madame, lo^t après vostre . parlement de Blois, fus parler à monseigneur le légat, à Beaureguart, et ne vous ossc nommer celluj qui en a esté moyen, pour ce que je le doubte à vostre malle grâce, et plusieurs fois en a envoyé devers moy, et dès le premier coup le vous eusse fait savoir, mays je ne cuydois point que la chose avînt, pour ce qlie je désirois savoir s'il me feroit bonne chère ou mauvesse avant aller. Tout^sfoys, madame, il me tint les millieurs fermes du monde et la tnillieuie parolle et bien longue. Après plusieurs parolics, ly pryô que pousse veoir le roy. Il me dist qu'il luy en pai lei oir , et pour eeste lieure ne se peut faire, comme il me maiidn. et me remvt à Tou!-s; je rnanday àcelliiy qui avoit esté f;iuse de mon aller andiet B'-am r'<:i!;irt. (juc, s;uis estrc seur de veoir le roy, je n'yrois point volentiers. Kney la chose est
m CÛMMlNfiS.
demoure quinze jours, qu'il m'a renvoyé ung^ homme, qu<'je viiisc et que le roy me feroit bonne chère : qu'il a fait, madame, et tenu bien longues parolles, par troy.s Ibys, et hier, de vous, longtemps, au propos du petit cheval qu'il me fit monter, sur lequel cntroz voullentiers aux villes, comme il me dit, et me semble, madame, qu'il désire bien vostre retour.
Madame, .se commencement de bien me vient pour l'onneur de vous, et est bien en vostre puissance d'en taire bonne yssue, et, .sv propos ne change, veut me mestre en lieu où je puurroys faire service, mais, sans ce que vous y aidissez et que l'eussez agréable, il ne s'y vouldroit point employer. Par quoy tout est remis i vostre venue, et croy que jusques-là retourneiv sens moy, et combien que me soye trouvé longue espace avecque le roy, où il y avoit poy de gens, et qu'il parloit à moy, n'ay en riens voulu parler de mes afaires, et croy que pour ce coup n'en parlere point. Il m'a conté, madame, comme monsieur duPuy ' ly parla de moy à Lyon, et que, sy je en eusse esci'ipt à monsieur du Puy, qu'il m'eust fait bonne response. Et sy sa pensée est comme sa parolle, madame, se que je croy, je m'en doy contenter, mais le tout dépent de vous, madame, car s'il cuydoit que n'y cusez nulle afecsion , combien qu'il ayt bien afaire de compaignie, sy doubté-je que je demouroia sus moy à faire mes vignes.
Madame, madame d'Àngoulesme * et monsieur son Als sont icy pour ces choses de Savoye, compe je «roy, car il en eit venu des gens.
Plaiae tous tousjours, madame, me commander vostre bon pMr pour Facomplir à mon povolr, en priant Dieu, madame, quMI vous doint bounc vie et longue et loat se que vous désires. A Tours, ce XVII* jour de juillet.
Vottro très-humble et trèe-obéissant sugetet serviteur,
GoiomiBe.
À la roffM ma 99um%Um dam *.
' Geoffroi de Pompadour, évêque du Puy.
* Louise de Savoie , mère de Frao^ois I"".
^ Mém., t. lil, pr. p. 172.
ii64 LETTRES ET NEUOClATlOiNS
Six jours après, Gommines adressa ane antre- lettre à la
reine. Il y confirmait tout ce qu'il lui avait déjà écrit, insistait sur les bons offices de (leorges d'Amboise, annonçait que le roi songeait à appeler près de lui Geoffroi de Poin-« padoor et se félicitait d'avoir trouvé un nouvel appui dans Ifi duchesse d*ÂDgouléme, màre de rhéritier présomptif de Ift couronne, qui Ait, depuis, François I*'. Néanmoins le roi éprouvait quelque défiance, quelque suspicion. On lui disait qu'il serait trompé , s'il écoutait Commines et madame de Beaumout. Il songeait même à demander quelque promesse ou quelque serment au seigneur d'Argenton, et celui-ci, qui ne s*en était jamais montré avare, se fût bien gardé d'hésiter à ce sujet, car il espérait que le roi Taimerait plus que personne.
Tout ceci est nettement indiqué dans la lettre où Commines mentionne également l'ambassade du comte deNevers en Flandre et les e^orts de Tamiral de France pour allumer la guerre ;
Madame, tant et très-humblement comme je puis, me
recommande à votre bonne grâce.
Madame, puis poy do jours, vous aj escript mon arrivée, et comme le roy m'avoit fait bonne chère et fort parlé à moy, et a fait, chacun jour, depuis mais lettres escriptes, paroUes générolles, et <à chascune fois m'a parlé de vous et longuement ; mais je n'y suis allé que unne fo^'s le jour et en la compaingnie de monseigneur le léguât.
Il y a environ quatre jours, madame, que je demandé à monseigneur le léguât s'il ne valloit pas myeulx que je m'en allasse eu attendant votre venue, puisque mon fait estoit lemis là et se qu'il lui semblojt (juc je devois dire au roy à mon pai-trnicnt, et çie dist que je atiriidisse jusques sur le partemeiit du roy et que pe dist sinon que le merciais de ce ^u'il lui avoit pieu ^ue vii[i$e
COAiMlNËS.
icy et que pour ceste heure ne loi TouUois Cure raqiiestede aoltra chose, et que 8*il luy plesoit m*emploier en aucune chose en am . service, que de millieur oeur que jamais je m'y emploirois, et puis que à rostre venue il Vous en parlera et s*jr emploiia de toute sa puissance. Encj je suiveraj son conseil, car quant je vottldrays faire autrement , je parderois tantott tout. Sine d'amyiié il ne monstre et de privées paroles assez, et in*a parlé ennuyt de .fiUre venir monsieur du Puy, et ung autre fojs le m'avoit dit, et dit que le dit du Pny est bien de mes amis. Je ne sé sMl vouldroit quelque serment ou promesse de moj, car en quelque susepecion Tavoit-on mis au commencement, disant que s'il a y fioit, que mademoiselle de Beaumont ' et moj h la fin lujr nuirions envers vous et le tromperions.
Madame d'Ângoulème, madame, a porté fort bonnes parolles, disant qu*il me vouldroit céans, avec ung bon et gros appoinctement, pour ce qu^il est grand faute de gens. Je entens bien à son parler, qu'il faut bien qu il s'ayde de quelqu'un, et croj qu'il seroit plus content de mcy que d'aultre, sy défience ne l'en guarde, mais qu'il vous plaise l'ajder.
Je vous !>upplie, madame, qu'il vous plaise m'escripre une bonne lettre, que je lui puisse moustrer ou faire monstrer sy j'estois party d'ycy.
Le roy envoie monsieur de Nevers et l'évesque de Paris vers le roy de Castille pour ses resors * et aucunes appellacions, et cela le prend fort à ceur et à grands apri sts de parolles. Monsieur l'amiral tient le roy de près et fit ung tel ' visage, quant il me vit rest<?r en votre chambre à Paris, quant il m'y trouva.
Le roy, madame, fut ung poy mal disposé puis poy de jours, et vis monseigneur le léguât en peur; mais l'endemain il n'y parut. Il me semble, madame, que ferez bien d'abrégier votre véage. Il n'est point de nouvelles qu il aille euNormcndie. On dit, je ne sé
* Jeanne de Chambes, femme de Jean de Polignae, seigneur de Beaomont.
* Les reesoris du parlement de Paris en Flandre. » Var.: bel.
5i66 LEÏTHES KT iNÉOOClATiONS
sUl rat yrayt que ledit amiral egrit fart oonira ae oonié de Fton- . dre. S'il y avait brouilUs et guerre, son amjrauté en yaudroit XX mille francs par an davantage. Les semUables diférens ^
seux pour coy ils vont, ay-je veu toute ma vie, et toujours s'opèrent en parlant * .
Je loue Dieu, madame, de ce que Tafère do maresal prend train à votre honneur et plésir : il a ycy ung homme, mès mù ne parla à ly, que j'aie veu. Le roy loue vos mariages *, se m'a-t-on dit. Priant à Notre Seigneur, madame, qn'il vous doioat bonne vie et longue et accomplissement de tous vos désirs.
A Tours, SL XXIIl*'. - ' '
Je vous supplie, madame, rompre ses lettres.
De la main de votre très-humble et ti'ès-obéissant ^sujei et serviteur,
COKMTNRB.
À la royns nui souveraine dam *.
A ces lettres de Gommines, il fant joindre d'antres lettres
signées d'un nom qui se retrouve sans cesse dans son histoire, celles que Jacques de Beaune écrivait au même moment à ime dame d'honneur de la reine Anne.
Jacques de Beaune mandait le 10 juillet 1505 :
Monseigneur d'Argenton a fait la révérance au roy, et Ta présenté monseigneur le légat, et lui a fiût le roj bonne chière, et dîne avec mondit seigneur.
* Cette phrase est à peu près illisible.
* D'après M. de laPilorgerie, ceci se rapportait notamment au projet de mariage du roi d'Espagne et de Germaine de Foix.
' Les mots : juillet 1505 , se trouvent dans la copie reproduite pai* M. de la Pilorgerie.
* Le document original, publié par M"* Dupont, Mém., t. III, pr. p. 175, et par M. de la Pilorgerie, p. 460, appartient à M. de Chambry, qui a en Tobligeance de nous en adresser une nouvelle transcription. •
DE COMMINES
Il ajoutait le leudemain :
L'amiral 6et icy, qui se tient près et est toigours ajirès toutes r^onnations à faire, se il peult, un monde nonyeaii. Monseigneur le légat le tient àe près, mieulx qull ne fist jamais. Ledit seigneur esoript à ladite dame» j'aj fait retarder la poste d'ung jour pour faire escripre madame d*Angolesme qui arriva ce soir. J*ai veu monsieur d'Argeuton se jourd*htti au Plessis, à qui j'ai parlé. Ondqn'un m*a dit qa'il fost Tautre jour bien deux heures avecques le ro7 en devis et à bon visaige ^
Cependant, la paix fat maintenue. « Le roy de Gastille, « dit Wîelant, ne demandoit point la guerre en France... « 11 fut conseillé de faire faire par son procureur-général, « secrètement et à part, protestations pertinentes et à per- « pétuelle mémoire, et icelles faites et enregistrées, manda « à ses députés accorder les points et articles projetés par
* Bibliothèque de Nantes. — Cet kttrM sont adruajoi à mademoiselle Michelle de Subonne. J'en dois roUigeante oommnmcatum A M. de la IMlorgerie, qui se propose de les publier. J*emiminte la mtme eouree une antre lettre de Jacques de Beame, du 26 juillet 1805, qi^ offire des détails intéressante sur les intrignee qui divisaient Louis XII et Anne de Brrtagne :
. < Mademoiselle, j*escripB à la royne que je voua ay advertiè de t quelques propos pour loi dire ; c^eot du fait de Flandres. D y a un
< penonnaige par dessà qui dit qnMl a ^rand crédit avecques la rojn» « et se vente bien de eavoir de ses principatilz affaires. Il eacript son-
< vent , à ce que j'entens , et par le paige , vous en aperoevreK bien
• par ce que verrez. C'est celuy dont l'on avoit soabaoa SUS vous et « dont nous parlasmes en ceste maissou. Vous ferez bien d'entendre u de son intencion par ces lettres , et vous prie que prenez garde
* si en riens i on touche de moy. Je m'en suis aperçu en quelque
< endroit. Vous y ferez comme vous vouldriez que fisse pour vous « et dont avez seurté, et ne le vous escrips sna§ cause. *
<c l68 gens du roj de France*. i» Louis XI avait fait de
même lorsqu'il invitait les députés flamands à assister à renregistromeiit du traité d'Arras par le Parlement qui venait d'être saisi des réserves secrètes qui l'aimulaient. Commînes n*eût point eu le droit de blâmer oes procédés qui semblaient de bonne mise à son ancien maître.
Trois ans après* le bruit d*une invasion des Français dans les Pays-Bas se répandit de nouveau , et le prince de Castille déclara (|u'en cas de guerre avec Louis XII, il transporterait au prince de Chimaj les terres de Renescure et d'Ugies, appartenant à Philippe deCommines, seigneur d'Argenton*. Le prince de Castille, devenu Tempereur Charles^uint, oublia sans doute eette sentence qu'il avait prononcée dans sa jeunesse contre rhistorien dont le livre faisait, à ce que rapporte De Thou , la méditation de ses veilles.
Commines était en effet rentré en faveur pris dé Louis XII, car, le 30 décembre 1505, le roi le nomma son chambellan ordinaire, « considérant et ayant égard aux « grans, vertueux, louables et tr^-recommandables ser-
« vices que nostre araé et féal conseiller Philippe de Com-
' Corp. chron. Flandriae, t. IV, p. 179. — J'aurais dû rappeler dans le volume précédent, que le 18 juin 1480, Maximilien , devenu rallié d'Edouard IV contre Louis XI, fit ajourner Philippe de Commines et d'autres transfuges qu'il appelait * nos vassaulx et subjects, • qui jadis souUoient estre serviteurs do deffuncls nos trés-chiers sei- « gneurs, ayeul et père, les ducs Philippe et Charles, que Dieu « absoille ! » Deux mois leur étaient accordés pour se présenter : personne no comparut (Archives de Lille).
' Bull, de la commisiion roj/ale d'histoire, 1*^ série, t. XI, p. 204 (86 avril 1S09).
DE COMMIMES.
a mynes, seigneur d'Argenton, a faits à nos prédécesseurs « roys de France, en plus grans charges et estats que a eus « d'eulx près et à Tentour de leurs personnes et autrement « que à nous consécutiveinent depuis nostre adveuement « à la oonronne, où il s*est tousjoars si yertneusement et « loyaument acquitté , qu'il en est digne de singnlifere « louenge et recommandation
Au mois fie mai 1506, le bruit se répandit qu'il serait envoyé comme ambassadeur vers les Electeurs de rËmpire'.
Nous savons qu'au mois de mai 1507, il accompagna Louis XII à Milan, et ce fût de cette yille qu*il adressa la lettre sniTante à la seigneurie de Florence :
Mes très^honnorés et doutés seigneurs, je me recommande humblement à votre bonne gr&oe. Je envoyé se porteur devers vous, pour savoir sy vos consciences ne vous jugeront jamais que vous me devez faire raison de ce que me devoyt Pierre de Médicis, dont vous en avez prins les biens, et aussi pour vous supplier de me faire briefve justice d'un appelle Pelegrin Lorin. Et si vous ne me vouliez faire la raison, qu'il vous plaise y faire contraindre les héritiers de feu François Sasset, qui sont obligés. Du tout vous advertira plus au long ledit porteur, vous priant tousijours me commender vostre bon plésir et je mecteray payne de lacomplir. Priant à Dieu, mes très-honnorés et doutés sei-
* Bibl. imp. de Parts, fonds Gaignières, 763, {° 90. (Document signalé par M. de Beaucomt.) Il paraît que Commines reçut en même temps une pension de raille livres tournois, assignée sur la généralité de Languedoc. Ou a conservé une quittance qu'il donna le 20mai 1506. Mém., t. III, p. 179.
• Et dist-on que le dit roy envoiera monseigneur d'Argenton vers les princes électeurs de TEmpire (Lettre de Conrteville, 24 mai 1506). Lb Qi.K\, Nég. dipl. entre la France «t PÀMiriehe, 1. 1, p. 14S.
gneurs, qui vous doiut hotine vjre et longue et acumpliMemeiit de tout se que vous dt'sircz.
A Millan, ce IP jour de juing.
Votro très-humble serviteur, Philippe de Commtnes
A cette époque, Florence était gouvernée par Pierrfl Soderini, avec lequel Commines avait traité en 1494, avaut rexpédîtiou de Charles VIII en Italie. Soderini avait pour secrétaire MachiaTel , qui avait atteint toute la ibroe de râge et dn talent. Ce fut sans donte Machiavel (fort influent à cette époque, car il réglait à la fois et Torganisation militaire et le gouverneiiient intérieur) qui répondit à Commines. Combien ne faut-il pas regretter ces lettres échangées entre les deux maîtres de la science politique au XV* siècle, qui Fun et l'autre ont fondé une école perpétuée jusqu'à nos jours! Il n'est pas toutefois im^ssible de suppléer à cette lacune , et l'on peut afBrmer que les dépêches de Florence continuaient à alléguer à la fois les malheurs de la situation et la mauvaise foi des Français, qui promettaient toujours de restituer Pise et qui ne tenaient jamais leur engagement.
Après une résistance dont un ardent patriotisme avait prolongé les péripéties, les Pisans ouvrirent enfin leurs portes le 8 juin 1509. Louis XII les avait abandonnés, mais en se faisant payer sa neutralité par les Florentins, et nous ne savons si Commines pouvait s'appuyer avec succès sur cette conduite odieuse et avare, quand, le 27 novembre 1509, il écrivit de nouveau à la seigneurie de Florence :
* ArchiTes d« Florence.
DE COiMMlNES. 271
MêS très-honnorés et doublés seigneurs, je me recommando très-liumblement à votre bonne grâce. Vous scavez assez quantes prossuytes je ay faictes pour estre paie de ceulx de Médicis et que tout homme l'est, excepté moy, et toutesfois il me sembloit que j'avoie bien desservy Testre des premiers, etay tousjours esté bon amy de vous marchans estans en France et ailleurs, où je les ay trouvés. Ladite prossuyte m'a esté do grande despence, et on m'a tousjours remis quant vous auriez recouvert Pise, ce qui est advenu, Dieu mercy, et ne croy point nulle personne hors Florence qui en ait esté plus joyeuix que moi. J'espoirois que la raison m'en fust faicte à F'iorence, sans qu'il fust bcsoing que je y envoyasse, car messer Néry Capponi avoit prins la charge de moy, d'en faire la prossuyte, mais despuis ladite prinse, je n'en ay ouy nulles nouvelles : pour quoy envoyé ce porteur appelle Pierre Boismart, natif de Tours, pour en faire les diligences, telles qu'il voira estre à faire, et vous prie, mes très-honnorés et doubîés seigneurs, qu'il vous plaise, tant de ma debte que des despens que j'ay mis à la prossuyte, m'en vouloir faire paier, sans ce que je soie plus abusé, comme j'ay est.; jusques icy. Priant à Dieu, mes trcs-honnores et doublés seigneurs, qui vous doint bonne vie et longue et l'accomplissement de tout ce que vous désirez.
A Orléans, l6 XXYII'' jour de novembre, Tan mil cincq cens * et neuf.
Votre très-humble serviteur, Phii.ippes db Commynbs.
A ms três-honnaréi H douM tnguun, mutifneun tenant
Commines insista dans une autre lettre portant la date du 22 mars 1510 :
Mes très-honnorés et doubtés seigneurs, je me recommande très-humblement à votre bonne grâce. J'ay ung serviteur à
* Arehives de Florence.
272 LETTRES ET NEUUCIATIONS
Florence, à la poursuicte de ce que me debvoit feu Pierre de Médicis. Il ma tousjours esté mandé et escript que je seroje pajé quant Pise seroit recouverte, et ai-je espérance que ainsi se fera, veu qu'estes hors de vos grans affaires, et que mondit servi-teur aura quelque bonne expédiction et aurez mémoire que tousjours vous ay esté bon serviteur et seray pour le temps advenir, vous priant, mes très-honnorés et doul^tc.s seigneurs, qu'il vous plaise que à ceste J'ois la raison me soit faicte, et tousjours me commander vostro plaisir pour Taccomplir à mon pouvoir. En priant à Dieu, mes tn s-honnorés seigneurs, qu'il vous doint bonne vie et longue et accomplissement de tout ce que vous désirez. A Paris, ce XXll* jour de mars.
Vostre très-humble serviteur,
Pbilippbs db Ck>MifTNn.
A mes très-honnorés et doubtés teigneurs, messeigneurs de la seigneurie de Florence *.
Nous compléterons la sërie de ces infructueuses réclamiitions par la lettre suivante :
Haulx et puissans et mes très-honnorés seigneurs, trè.s-hurableniont à vostre l)onne grâctî me recommande. Je renvoyé devers vos seigneuries Pierre Boismart, lequel en ceste saison passée y a fait long séjour, comme paravaiit luy avoient fait pluissieurs aultres de mes st-rviteurs, àla poursuicte de ce que me doivent ceulx de Médicis< lesquels tousjours sont retournés sans riens faire, avec quelque peu d'espérance. J'ay esté informé que pour Teuvi-e présante les choses estoient assez disposées pour me faire la raison, dont je vous supplie, autant qu'il m'est possible, et de vouloir avoir mémoii*e des services passés et que telles pour-' suictes ne se font point sans grant despance, et me commander T08 bons plaisirs pour Tacomplir à mon poToir. Priant à Dieu^
* Archives de Florence^
DE œMMINES. 27:i
liaalx et puissans et mes très-honnûrés seigneurs, qu'il vous doint bonne vie et longue et acompUssement de tout ce que désirez.
A Argenton, le XXV* jour d'aoust 1511.
Vofltre très-humble serviteur,
PniLLina DB COMMTNBS.
A koHkg etpuinoHi «é met Mê-kanmoréi teiçneun iélatei-
Commines avait de nouYeaa quitté la côur et pow ne
plus y revenir. Des motifs que nous ignorons, l'en éloignèrent. Peut-être, alors qu'il écrivait que le roi, « si défiance « ne le gardoit, seroit plus content de lui que d'autre, » espéraitrii arriver au faite de la puissance en dominant tous ses envieux et tons ses jaloux ; peut-être ne se consolart-il point de n'avoir réussi, même en voyant son ancien ami Georges d'Âmboise devenir le premier ministre de Louis XII.
* Archives de Florenos.
COMMIRES. — II. IS
S74 LETTRES ET NâOOCIATIONS
HOBT DS OOMMINBS^
Nous avons épuisé les documents qui se rapportent à Commiues. Trois mois après la dernière lettre qu'il adressa à la seigneurie de Florence, il termina sa carrière qne des préoccupations de tout genre paraissent avoir tronblëe jusqu'au dernier jour. Le mois d'octobre avait été marqué p«r les événements les plus importants de sa vie, c'est-à-dire par les services rendus à Louis XI à Péronne, par la donation de ses grands domaines de Poitou et enfin par son ambassade à Venise : ce fut le 18 de ce mois qu'il mourut, en 161 1, au château d'Argenton.
Efforçons-nous d'oublier les démêlés judi<naires dans lesquels Commines compromit son repos 'et son honneur; éloignons même de notre mémoire la complaisance que récompensa Louis XI et l'habileté que reconnurent trop peu Charles VIII et Louis XII; et après avoir suivi d'année en année la marche des complications politiques dont le rapide mouvement entraîna Commines, ftisons à ses derniers moments une sphère calme et silencieuse où notre jugement se recueille devant son tombeau. Signalons davantage ce qu'il y eut « de clère cognoissance \ » comme il le dit lui"
• Jfite., t. II, p. 156.
DB COMMUIES. S75
mêmej dans son esprit, ce qu'il y eut de noble et d'élevé . dans son culte potir la sdeiice» dans son admiratioA pour les arts, et puûqiie les lettres surtout ont fiut TÎm le nom de Ck>mmme8, essayons, en terminant ce volume, de justifier l'hommage qu'elles lui ont rendu.
Commines, dans les dernières années de sa vie , n'avait pas cessé de travailler à ses Jfémoires ; il s'en était occupé activement à la fin du règne de Ciiarles Vlll il les acheva pendant celui de Louis XII, et, sous l'influence d'une de ces idées communes à tous les vieillards, qui lés portent à rechercher bien loin en arrière les souvenirs les plus chers et les amitiés les plus solides , il les dédia à Angelo Cato, l'astrologue de Louis XI. En efifet, pour tous les deux^ Louis XI était « un maistre et un bienfaicteur ; » pour eux seuls peut-être, c'était « un prince digne de trës^cellente « mémoire » Ce livre devait offrir l'apiologie de Louis XI ^ non pas une œuvre de vaine et mensongère flattèrie, mais une appréciation pleine d'aperçus profonds, visant à l'impartialité dans un style simple qui porta Montaigne à y croire, d'autant plus propre à voiler le fond des choses que la forme y paraît plus libre et plus sincère. Qui, mieux que Commines, pouvait parler de Louis XI, puisqu'il avait été sans cesse « occupé en ses grans affaires » et qu'il avait « fidct « plus continuelle résidence avec iuy que nul aultre? » Qui devait « en avoir meilleure souvenance » à cause « de ces • « grans privaultés et biensfaicts sans jamais entrerompre « jusques à la mort? » Il va jusqu'à déclarer, perdant de vue la cause de « ces privaultés et biensfoits^ » qu'il y est
• Afém., t. II, pp. 300 et 58».
* Mém., 1. 1, pp. 1 et Si.
LETTRES ET NéOOCIATlONS
tenu « pour obligation d*honnenr. » Il eût mieux fait de se borner à dire a .que les pertes et donleurs rêoeaes d^is « son trespas «avaient davantage rappeM A sa mémoire « les « grâces receues de Inj ; » mais la postérité qni, sans cher*
cher la vérité historique dans tous les chapitres des Mémoires, les étudie comme l'un des plus admirables traités " de politique, a le droit de trouver Commines trop modeste quand il exprime à l'astrologue italien l'espoir qu*il mettra en latin sa prose française, si vive et si concise, et surtout, lorsque même dans la langue où il écrit, il proclame res* pectaensement la supériorité d'nn de ses contemporains « qni sauroit mieulx parler que luy et le coucher en raeil- « leur langage. » Ce contemporain, c'était un vieil ami, un serviteur non moins dévoué du même maître; c'était monsieur du Bouchage, à qui Louis XI recommandait, en 1475 r « d'estre plus malidenz que ses adyersaîres et de les « endonmr de paroles »
Du reste , ces feuillets, offerts à Angelo Cato et soumis à la révision de monsieur du BDuchage , ne s'adressaient qu'à des hommes habiles comme eux. a Bestes, ne simples « gens ne s'amuseront point à lire ces mémoires ; mais « princes ou aultres gens de oour j trouveront de bons a advertissemens, à mon advis*. » Que n*a-t-il été donné à Commines d'associer dayantage à ces observations dictées par une longue expérience , la sanction des grandes règles morales, en dehors desquelles il n'est de place ni pour
* Mém,, éd. Lenglflt, t. III, p. 381. Un historien dn temps dit, en parlant da edgaenr da Bouehag» et d'un dieoonn qu'il pnmonça :
, Natura magia quant aiie fiieundua. GonmoT, BUt, de CkêrUt YJUp p. 381.
* Mém., 1. 1, p. 268.
DE COMHINBS.
l'autorité des rois , ni pour la liberté des peuples 1 Que nVt-il senri et que n'a-t-il eu à glorifier un autre,maltre que Louis XI ! Dignus Alewandris omnibus hic PhUippus,
dit Juste-Lipse en parlant du seigneur d'Argentou.
Commines, plein de respect pour la science et cherchant sans cesse à slnstroire, s'était entouré de prédeux manuscrits que le temps a ^persés. Il recherchait surtoiit ceux qui se rapportaient à l'histoire et qui enseignaient, sekm lui, malgré la protestation des vertus isolées , la marche des temps à travers les mêmes hontes et les mêmes faiblesses, il nous parle lui-même de ses lectures de Tite-Live dont on lui montra un manuscrit à Venise ^ et le tombeau à Padoue Il possédait un manuscrit de Valère-Maxime mis «n frafiçais, en déux grands volumes ornés de ses armes, qui reposa longtemps à Paris à la Bibliothèque de Tabbaye de Sainte-Geneviève Le British Muséum a recueilli aussi un manuscrit de Froissart, dont l'origine est la même*. A la Bibliothèque royale de La Haye (collection Meerman), on conserve le premier volume de la traduction de la Citi 4ô IHm, de saint Augustin , avec de grandes miniatures. Le second volume se trouve. A la JBibliothèqae de Nantes. L'un et Tantre portent également les insigiMyi hénddiqnes de Commines
« Mém., t. II, p. 553.
* Dès 1470, Philelphe chargeait ou de mi ajais de lai acheter les
Décades imprimées à Rome.
« Afem.^t. II, p. 441.
* Mém., t, I, introd., p. xix.
' British Mtts. y Harley, 4379, 4380. Ces volumes, tranacritsen Flandre, Bontornës d'intéressantes miniatures. Je me bornerai à meatioiUMr ici oella qui rapr^MBte la dame des aaamgei où &iUit périrChsrlet VI.
* Note eommaiiiqiiée pkr M. Gampbell, oonaervatear de la Bibliotlièqae rojale ft la Haje.
LETTRES ET NéoOCIATIONS
En même temps que le selgnenr d*Argenton étudiait sop la carie de rEnrope les mouTements d'armëes et les chan-
gements de frontièires, il suivait avec une intelligente curio^ site les découvertes des navigateurs dans d'autres hémisphères. Il se faisait envoyer, en 1481, de Florence oî| ▼ivait Âmëric Vespuce \ une mi^pemonde, dernière représentation dn monde borné dn moyen âge*, et dans one lettre écrite an mois d'arril 1491, il se félicitait , de posséder une carte de la Gainée quMI avait vainement demandée en Italie Comme tous les esprits supérieurs, il avait le pressentiment des grandes choses qui allaient s'accomplir : on était arrive à la veille du jour où le oap des Tempêtes serait franchi et où, du sein d'une mer inconnue, 4Uait surgir le Nouveau-Monde.
A Venise, Gommines visita la chapelle de Saint-Marc et prit plaisir à voir les mosaïques aux couleurs variées qui résistent aux ravages des siècles *. A Florence, il admira le pont de l'Arno ^ et le palais de Cosme de Médicis. « En. son « càs, qui estoit de marchandise, estoit la plus grant maison « que je eroy qui jamais ait esté an monde... C'est la plus « belle maison de citadin on marchant que j*aye jamais veue, « la mieulx pounreue que de nul homme qui fost au monde « de son estât ^. » Ce que ce palais renfermait, n'était pas
* Commines avait eu de fréquentes relations avec la famille Vesr pucci, notamment avec Guido Vespucci qui, en 1478, Taccompagnii à Rome, et avec Guido-Antonio Vespucci qui en 1495 fut ftPabassadeiiy de la seigneurie de Florence j^ré^ de Char^ \IU,
* Tome I, p. 3-22.
* Voyez ci-(iessii5, p. 79.
* Mém., t. II, p. 407.
» Mém., t. II, p. 355.
* Mém., t. II, pp. 337 et 351 .
DE GOMMINES
moiBB prédenz, car Ton y voyait des YtMê d'agatiie, de superbes eamayeux et trois mille médailles, les plus rares et
les plus belles de l'Italie*. Laurent de Médicis en offrit quelques unes à Commines
11 faut remarquer que le séjour de Commines en Italie» avait développé chez loi la passion la plus vive et la plus ' éclairée des arts. Persomie, plus que lui» n'applaudissait aux dépenses que fit le roi Charles VIII, après son expédition , pour élever en France de somptueux édifices imi-
* Métn., t. Il, p. 362. Commines fît frapper, comme seigneur d'ArgeatOD, un fort joli jeton qui se trouve dans la collection de M. Fillon, à Fontenaj, et qui a été publié par ses soins dans ses Études numismatiques, p. 96.
Dans le tome I, p. 144, j'ai reproduit une lettre du duc de Milan du 29 octobre 1476, où sont mentionnés d'aatrea présents offerte à GonunînM. Depah la ptt1>]icAtioii du ftfemier volume, M. Oaio a retrouvé âoz arehiiwe de Milan, une lettre de la même date, adrenée k TambaaaBdeur Piraaçois de Petraaaacta, qni donne à ce wa^et quelques détails, en insistant eur Ibb aonrioeB et aur rinfluenee do eelgneor d*Arg«nton : « Ayant npfria eomlnen est grande Taffection que nionc aeigaeur d*Argenton a to^joura montrée et montre enoore à Fégard c de notre peraoane et de nos affUrei, non* noua sentons tena de le • traiter avec une cordiale bienveillance comme un sincère et bon ami t (euM btitéooleiUia cordiale eom wro et bono amico) ; et en signe de t bienveillance, nous lui envoyons une pièce, de beau drap d'or cramoisi 4 qui contient trente-huit aunes et demie et de plus un collier d'or de 4 ducat de soixante-quinze anneaux. L'un et l'autre valent environ c raille écus. Nous voulons que vous les offriez de notre part et nous
< espérons qu'il les acceptera d'aussi bon cœur que nous les lui dou- « nous. Remerciez-le en termes convenables de l'affection qu'il nous f a montrée et priez-le de nous avoir toi;gonrs ponr bien recommandé
< prèe du roi Très-Cbrétien, dont noua aommee b aineère fila et aer- « vitenr. Ce que nona loi oIRmw, oe n^est point comme présent, mais « eà signe de bienveillance, et 4 Tavenir pam nous eoHviwndrons « enoore mieui de lui. »
tés de ceux qui avaient frappé ses regards dans sa marche conquérante. Ou avait cherché au-delà des Alpes des sottlptears et des peintres pour présider à ces travaux, et en même temps se formaient des collections où Ton réunissait les cfae&-d*€Bnvre de la France, de la Flandre et de ritalie^. Les statues faisaient revivre pour Oommines les • gloires de l'antiquité ; le pinceau des peintres de Venise lui retraçait l'image des hommes les plus illustres de son temps, et il rapporte lui-même qu'il cherchait, en étudiant le portrait de Mahomet II, à retrouver dans ses traits Texpression « de son grant esprit*. »
Gommines laissa dans ses domaines d'importants vestiges de ce goût des arts. 11 réédifia le château d'Argenton et y dépensa, à ce qui est relaté dans ses procès, des sommes énormes. Il reconstruisit aussi le château de YiUentras. A Chinon , il éleva une forte tour qui portait ses armoiries et que, longtemps après lui, on continua à appeler la tour d'Argenton. L'église de Saint-Étienue de Chinon. achevée en moins d'une année, était aussi son ouvrage. Ses vastes proportions et l'absence de piliers donnaient à son architecture UQ caractère aussi hardi qu'élégant, et le clocher n'était pas moins remarquable
Au château de Dreux, un peintre, nommé Olivier Chiffelin, était appelé dès 1487, c'est-à-dire à une époque oà l'opulence n'était pas rentrée dans la maison de Gommines^;
* J/m., t. II, p. 586.
■ Mém., t. II, p. 286.
* Mém., préface de M''"^ Dupont, p. 127.
* -^près nous être beaucoup occupé des vastes domaines de Coinrnines en France , nous eussions défiiré de pouvoir donner quelques indications sur le nombre et Timportance de ceux qu'il possédtô en Flandre et qui provenaient moins de son pafain^e quo d*acquisitions qaUl
DE COMMINES
et son chapelain, Jean Pèlerin, est cité comme auteur cTim traité de Artf/hiali pttrspwtioa ^ Bnfln, il fit construire au couTent des Grands-Âugustins
à Paris, dans une chapelle consacrée à Notre-Dame de Ripa et entourée d'une grille d'aii'ain habilement ciselée, un tombeau où il était représenté à genoux à côté de iui femme, devant un autel imité des monuments d'Italie et quelque peu inspiré par le paganisme antique. Là un ûis* ceau d*épis * laissait se dérouler, entre deux cornes d'abondance, la légende favorite du seigneur d'Ârgenton : Qv» non laborat, non 7/ianducat
La statue de Gommines nous le montre d'une taille élevée et d'une noble figure. Tel nous le retrouvons dans les portraits
avait pu tàbn depuis la traité de SenUe. Lepippre rapporte qu'il vit aux arehiTea de lille, un rdle en valin, dTone ntrême longueur, éerit en flamand, maie portant ce titre en français : i Ces briefii fi appartiennent k measire Philippe de Gommines, seignenr d*Ar-
genton. » Ce document n*a pu être retrouT^,
' Ckowe et Calvboastlb, Zm wtdmt peMmJtamnds, t. n, pp. 325, 329.
• La gerbe de blé, qui représente la moisson après le travail, c'està-dire lo succès après la peine, paraît avoir été l'un des emblèmes préférés des courtisans de Louis XL Le bâtard d'Armagnac, qui savait à peine écrire, avait adopté pour cimier une gerbe de blé, et pour tenants deux sirènes, allégorie qui eût mieux convenu au seigneur du Bouchage, et peut-être aussi à Gommines. Dans l'écn de Comimnes, conune dans celui de ses ancêtres, le cimier est une téte de loup issaat de flammes , la gueule lisante : o*eat le rapaj; lupvi de l^gile. — Les sirènes du bâtard d'Armagnac oflkvient-elles nne allusion quelque peu mythologique, mais coosaerde par Tussge héraldique du temps, à rilUigttimité de sa nsissanoet Tels étaient ansd, sous LouisXI, les tenants de VécQ du 1>âtard de Bourbon, autre ami de Gommines.
' Le dessin du tombsau de Conomines se trouve dans Miujk, itnligf ., %. III, p. 41. On Tojait aussi sur oe monument un g^be et un ehou- Mbqs avec ees mots ; < Le monde n'est qu'abus^ >
282 LETTRES ET NBOOGIATIONS
qu'on avait eomerféa da lui à Beanregard ' et au chAtean de Basai-Rabntiii *. Tel le représente aussi une précieuse esquisse an crayon rouge consenrée dans un manuserit
d'Arras, où il figure à côté de Froissant, de Monstrelet et d'Olivier de la Marche.
Sleidau le dépeint de même : « Il estoit beau persomiage c et de haute stature; et sçavoit assez bien parier en Itac lien, en allemand et en espagnol, mais surtout il pfurloit « bon françois, car il avoit diligemment len et retenu € toutes sortes d'histoires escrites en françois et princi- € paiement des Romains. I! conversoit fort avec gens « d'estrauge nation, désirant par ce moyen apprendre t d'eux ce qu'il ne sçayoit point; et d'autant qu'il ayoit en € singulière recommandation de bien employer son temps, c on ne l'enst jamais trouvé oisif. Sa mémoire estoit merc veilleuse , voir telle que souvent il dictoit en mesme € temps, à quatre qui écrivoient sous lui, choses diverses « et concernantes à l' Estât , avec telle promptitude et c fiidlité comme s'il n'eust devisé que d'une certaine c matière *. » Le témoignage de Sleidan est précieux, puisqu'il déclare avoir connu un des anciens serviteurs de Commines, -nommé Matthieu d'Arras *,
Lorsqu'à la fin du xviii' siècle, les cendres de Commines furent jetées au vent, on recueillit les débris de son cénotaphe. On s'efforçait alors, grâce à un premier et timide essai de réparation , de réunir dans un musée ce que l'on
* Une copie da portrait conservé au chiteau de Beauragard ee tfonve aiijoiird*hqi aa mmié de VenaiUea.
* Dblpbgii, letmographie,
9 Mém., éà, Lenglet, t. IV. pp. 2 et 122.
« Valère André ditégalement : Fam» fnU dÊftaiH, tMumprth
DJ£ COMMiNES.
avait oousenrë des monvments renversé par des mains
impies, et pour dissimuler ces dévastations, on en étayaît les ruines sur d'autres ruines, et ce fut ainsi que l'on plaça la statue de Commines sur un bas relief de marbre blanc, détaché (étrange rapprodiement) du mausolée de Georges d'Amboise qui, avant de devenir l'illustre ministre de Louis XII, avait été le complice des obscures intrigues du seigneur d*Argenton ; et par un hasard non moms bisarre. ce bas- relief représentait saint Georges combattant le dragon qui darde le poison Trois siècles plus tôt, on eût vu là une double allusion au duc de Bourgogne qu'avait trahi Gommines et an monstre venimeux , pour parler comme ChaateUain, qu*il était allé servir.
C'est au monument de Gonunines, érigé dans l'église des Grands-Augustins, que se rapportent ces vers si connus de Ronsard ;