‹ Lettres et Négociations de Philippe Commines, Publiées avec un commentaire historique & biographiqueChapitre 2 sur 21 · LOYS · texte numérisé non relu

LOYS

Le 25 janvier 1484 (t. st.)* 1® comte de Bunois écriTait de Paris à ramiral de Bourbon pour rengager à Tenir

rejoindre Monsieur (il désignait en ces termes le duc d'Orléans), qui était « en bonne volonté de mettre le roy en

• Ms. 131 de la Bibliothèque de l'univernté de Gand, f" 184. — • Une analyse de ce docament a été publiée par Godkfkoy, Hist. de Charles VIII, p. ^6 : il «et assez important pour être reproduit intégnlement.

DE COMMINES

« estât que les g«na de bien puis^eut avoir loy de parler - « pour son bien et le servir \ »

La tentative du duc d'Orléans ne réussit pas. Le Parlement, loin d'accéder à son désir de s'emparer du gouvernement, envoya vers Charles YIII des députés parmi les- (|uels se trouvait Martin de Bellefaye, et peu de jours après, tandis que le duc d'Orléans recragnait la Touraine, le jeune roi reuti'a à Paris, où son premier soin l'ut de se rendre au sein du Parlement pour en accroître les prérogatives. Commines eut Taudace d'assister à cette séance ; et ce fat peutêtre le même jour que le duc de Lorraine « ayda à le chas- « ser de la court avec rudes et foUes parolles *. » Le duc de Lorraine s'était allié intimement par des lettres du 29 septembre 1 184 avec le seigneur de Beaujeu \ Il reprochait de plus à Commines de s'être opposé à ses prétentions sur le comté de Provence. Commines comprit qu'il n'était ni sûr, ni honorable pour lui de prolonger son séjour à Paris *, et , il se retira dans le domaine de sa femme à Montsorean» afin d'être plus près des princes confédérés qui se fortifiaient aux bords de la Loire.

Tout semblait annoncer une insurrection prochaine. Tandis qu'une prise d'armes s'organisait en Guyenne et en Bretagne, des mécontents se réunissaient depuis Âuxerre

* DœwrnmU francait à la BiH. imp. de SakU-Pàen^ourg,

* Mém,, t. II, p. 299. Le duc d'Ori^ank déclarait anni qoe ton» M* griefs B*adranaient non àa roi, mais an dac de Lorraine. Godifrot. ffitt. de CharUt VIII, p. 450.

* GoDBTBOT, HiiMn de Charîet 7III, p. 451.

* Le nom de Gomminm ae troaTe pour la demièm ftals dté dan» une ordonnance dn mois de fënier 1484 (▼. at.). Secil«Ude$ûtdem,f t. XIX, p. 472.

jusqu'à Soissons pour passer TOise et marcher vers Paris. Commines aTait*i1, Tannée prMdente, tiûé à préparer ces

complots par son voyage en Champagne?

Le 16 septembre 1485, Charles VIII écrit au Parlement qu'il a résolu de procéder contre le duc d'Orléans et ses complices a par a^joumements et prises de corps. » Peu de jours après, le 28 du même mois, une ordonnance royale priya Commines de la dignité de sénéchal de Poitou; elle était conçue en ces termes :

Charles, par la grâce de Dieu, roj de France, à tons œulx qui oes présentes lettres yerront, salut. Comme il soit ainsi que présen t ement aucuns princes et seigneurs de nostre rojaulme se soient eslerés et mis en armes contre nous, & la grant ofaargOt ^oule et oppressicm de nos snljects, pour quoj, après ce que nous aTons esté deuement informés que Philippes de Communes, choTalier, sénescfaal de Poictou, avoit et a, dis longtemps a, conseillé, fiiTorisé et porté,, conseille, porte etfaTorise à rencontre de nous les dicts princes et seigneurs à nous rebelles et désobéissans, et leur donne tout Vayde et fàyear qu'il peut, nous rayons desohargé dudict estât et office, et dMcelluj ayons ponrreu nostre amé et féal conseiller et chambellan Yron du Fou, cheyalier, grant yeneur de France; et pour ce que, de tout temps et d'ancienneté, cenlx qui ont tenu ledict estât et office de nostre séneechal de Poictou, ont eu de par nous la garde et cappitainerie du chastel de nostre ville de Poictiere, que pareillement a tenu et tient ledict de Commjnes, nous ayons été conseillés, par Tadvis des princes et seigneurs de nostre sang ot gens de nostre conseil, de l'en deseharger et d'en pourvoir aucun notable pursonnaige ;i nous seur et féable.

Donné à Orléans, le quinziesme septembre, l'an de grâce mil quatre cens quatre-vingt et cinq, et de nostre règne le troisiesme^

* iMa.,t. ni,|ir.p. 188.

DE COMMINBS.

On ordonna en même temps à Gommines de changer le capitame qu*il avait chargé de la garde da château de Talmont. GommiiieB rëpondaît le 6 noTembre au roi :

Sire, j'aj receu vostrcs lettres qu'il vous a pion m'escripre avec<inos tmo information contre oelluy qui est au chasteaa de Tallemond, par lesquelles il vous plaist me mander que incontinent je Toste et que je vous mande le nom de cellujr que j*7 mettrai : ce que je feray & tonte diligence, et a nom celluy qne je y envem^, Régné de PoiUé , qui est d'anprèi d*Argenton et a femme et plusieurs entants.

Sire, ceUi^ qoi estoit à Tallemont, a nom Segné de Pel- Toisin et est fils de messire Mathurin de Pdyoisin, et dès que je ftis premièrem e nt anivé devers toqs, tous le me Iwillastes, et lui et son père sont bien hérités an pajs de Poitou, et croj que le père et le fils vouldroîent loyalement servir* Mais oellQj qui les a chargés, estoit à TUlemond à la morte paye et contreflst mon signe pour ouider avoir argent du reoevenr dudict lieu, et encontinent le dict Eegné le ilst mettre en prison, et les officiers procédèrent contre Iny comme Ton fait en tel cas ; et pour ce que je savois qu'il estoit serviteur dudict Begné et pour lui fiûre plaisir, je mandai incontinent qu'on le laissât aller, nonobstant qu'un homme m*étoît venu dire qu*fl avoit envoyé devers monseigneur de la Trémoflle pour lui offrir de le mettre de nuit dedans la place, n ne m*en challist., pour ce que je voyois qne quant il seroit dehors, qa*n ne me poroit nuyre ; et pour vengeance de cette prison, il se alla adresser aux gens de monseigneur de Gar^, à la Chèse-le-Visoonte, afin qu'il lui aidast à mettre cecy en avant, et ausqy le premier qui déposa en ce procès contre ledict Régné, est le lieutenant dudict lien de la Ghèse.

Sue, la place vous sera touqjours bien gardée, et vous en sera raidu bon compte au plaisir de Dieu, auquel je prie, sire, qu'il vous doint bonne vie et longue et accomplissement de ce que désires.

LETTRES ET NBGOCUTIONS

Ëlacript à Montsoreau, le VI" jour de novembre.

Votre très-humble et très-obéissant serviteur,

PhiuPPBS DB COIOCTHBS *.

René de Fouillé, zélé serviteur de Commines, garda, paraît-il, avec un courageux dévouement, le château de Talmont, malgré le roi et malgré le Parlement.

Les discordes intérieures devenaient de jour en jour plus menaçantes Au mois de férrier 1486, Danois écrivait au

* JhcmeiUs français à Satnt-PAtrOomy, vol. 71, n« 65.

* Ob avait habilement répandu le bruit que Charles Vm B*âtait qa*un «bfant supposé, t On Ta tenn, porta me note écrite au commencement

• du XVI' siècle , et y avoit apparence, pour fils supposé du consente-

• ment du roi et de la reine pour servir à oster les prétentiona de

• Charles, frère du roi, et aussi on dit que le dit Charles estoit fils t (Tun boulanger dWmboise. Je Tay ainsi appris de feu me.'?sii'o

• Kenaut de Beaune , archevesque de Bourges et puis de Sens, qui « en avoit des mémoires escrits à la main de ce temps-là. i» Renaud de Beaune était le petit-fils du marchand de Tours chez qui furent déposés les fonds de Commines. Son beau-frère, Robert Briçonnet, avait, comme archevê(|ue de Reims, sacré Charles VIII.

Dn Haillan, qui était par sa mère, parent de Tristan FErmite, dit à oe sqjet :

< An mesme temps (1470), nasqnit Chartes fils dn roj, et despnis < roy et nommé Charles hnictiesme. Plosienrs ont en opinit» qu*il c enst esté supposé, antres q«*il estoit Uen fils dn roy, nuds non de t la rojna sa femme, qni estoit Charieite de SaMije, et laquelle ledit « roi son maiy n'aioMÎt gnerrea; mais que pour asaopir les troubles

• esmens par son frère , il fit ceste supposition, laquelle noua avons

• plus amplement descrite en Thistoire dudit roj, et non encores « imprimée. La naissance de cest enfant (si tant est qu'il fust vray fils

• du i"oy), afFoiblit l'espérance des princes et luy enfla le cœur. » De l'estat cl succès des affaires de France , Lis. II, p. 157, (éd. de 1607).

Pieire Landais avoua dans son procès qu'il avait été porté par quelques grands à contester la légitimité de Charles YIII. Lenglet désigne le duc d'Orléans.

DE COMMINBS.

gouverneur d'Auxerre que le moment était venu pour tous l68 mécontents de « tirer aux champs » et de se diriger en armes Ters Paris où les rejoindrait le duc d'Orléans ^

Restait le soin de trouver ce qu'on a appelé dans tons les temps le nerf de la guerre.

Le seigneur du Bouchage avait remis en 1478 dix mille écus d'or au soleil à la banque lyonnaise des Mëdicis et des Sasseti, et depuis lors il avait grossi cette somme par de nouveaux versements *. Ce fut sur ce dépôt, para!t-il, qu'on préleva les fonds dont on avait le plus urgent besoin, et lé seigneur du Bouchage se porta caution vis-à-vis de la banque des Médicis et des Sasseti à Lyon, d'une somme de quatre mille écus d'or, qui devait être remise à Tours, non pas entre les mains de Com mines, qui ne s'y trouvait pas, mais probablement dans l'hôtel qu'il y possédait comme les autres âkvoris de Louis XI. Ce prêt se fait « sur cela que « vous savés, » écrit mystérieusement Cosme Sasseti an seigneur du Bouchage :

Monseigneur, je me recommande hmnblement à vostre bonne .gréoe. Plaise voua savoir que monseigneur d*Ârgenton m*a escript, einsy que verrés par ces lettres que je vous envoie dedens ces présentes enterdoses, que je vous mande de par luy que vostre plaisir soit de lui fidre prester, à Tours, la somme de mi" escus d'or, sur cela que vous savés ; car le doit à ung homme de Inen à quy point ne vouldroit fidllir : et m*a requis ledit seigneu» d*Aigenton de m*obliger à vous de ladicte scHume, en cas que aultrement ne le veuillës bailler, ce que je suis bien content de faire. Pour tant, monseignetir, ^7 avés intendon de besognior, m*envoierés, par ce présent poorteur, les lettres

* GoDKFROY, Bist. de Charles VIII, p. 507. Cf. p. 576.

* MoLiNi, I>oe. di itor, iUU»^ 1. 1, p. 13.

LETTRES ET NÉGOCUTIONS

adressant à celui qui le doit desborser, et cornant je dis, je m'obligeray de restituer ladicte somme à vostro vouloir , ensemble, sy riens voulés que faire puisse, pour Tacomplir de trè»-boii cuer, à Taide de Dieu, au quiel je prie, mon très-hon- Jkoré seigneur, que tous doint bonne vie et longue. Escript à Ljon, ce XXY* jour de décembre, de la main de

Yostre hnmUe serviteur, CosKB Sassbt.

A nknuriffneur du B<mchag9, moft tri$-hmaré tHgiimr ^

Commines feignit devoir mille écus aumarquis de Salaces, et le seigneur dn Boncliage promit d*en tenir compte personnellement. Le marquis de Salaces, seignenr à peu pr& indépendant entre la Savoie et le Dauphiné, espérait accroître

sa puissance en entrant dans la coalition dirigéf^ contre la royauté D'autres liens le rapprochaient de Coniinines. A sou exemple, il cultivait les lettres, et bien qu'il eût traduit VArt de ehwalerie d'après Végëce, il plaçait comme Commines, la première condition des succès dans les roses et dans les combinaisons de la politiqae.

Le seigneur du Bouchage écrivait à Cosnie Sasseti en termes déguisés mais fort aii'ables, car comme le dit Commines, pour les seigneurs aussi bien que pour les princes, il est utile « de tenir bons termes aux marchans : on ne « sçait à quelle heure on en peut avoir besoing, car quel- « quefois peu d'argent faict grand service-',

Voici en quels termes était conçue une des lettres d'Im-

* ifém,» t. m, pr. p. 193.

* Louis , marquis de Salaces, avait ëpoasë Jeanne de Montfemt, sœur de la doofaesse de Savoie, n mourut en 1604.

* Mém., t. n, p. 338.

DE COMMINËS. 41

bert fie I^atariiay plus connu dans l'histoire sous le nom de seigneur du Bouchage :

Seigneur Cosme, Je me recommande à YOiis tant comme je puis. J'ay receu les lettres que m^avez escriptes, par lesquelles me mandez que avez baillé environ mil escus à monseigneur le marquis de Salluces, que monsieur d'Argenton luy debvoit. Je vous prie que teniez quicte mondicL seigneur d'Arjientuii de ladict<3 somme de mil escus, et je vous en tiendraj compte.

An surplus, je vous prie que luy veilliez assurer pour moy et luy respondre de la somme do six cens vingt-cinq escus, en quoy je luy suis tenu, en cas que monseigneur le marquis ne retire la terre et seigneurie d'Ampton avant le terme qui est dit et mis ès contracts passés entre mondict seigneur le marquis et monsieur d'Argeinon ; car, cas advenant qu'il rctirast ladicte terre , je ne serois tenu hiy baillier lesdicts six cens vincrî-cinq escus, ains en demoureroye quicte. Aussi, en cas qu'il ne la retire, le terme passé, si vous plaist, l'aseurez de les lui bailler incontinent le terme eschu. Et au surplus, «'aucune chose vous plaist que pour vous faire puisse, niandez-le moy, et je le ferav de très-bon cueur, aidant Nostre-Seigneur, auquel je prie, seigneur Cosme, vous donner ce que désirez.

Escript au boys de Vincenncs , le XXV* jour d'avril , l'an mil quatre cens quatre-vingt et si^.

Le tout vostrc, Yhbe&t de Bata&nay ^

En même temps s'engageait une correspondance mystérieuse oùCoinminos attribuait les titres d'évêque-,de prévôt, de doyen, de chapelain, de compagnon, à ses principaux complices. Il serait difficile de déterminer aiigourd'liiii lesquelles de ces désignations doivent s'appliquer aux

* Mém., t. III, pr. p. 190.

* L'évèqne est, je pense, le duc d'Orléans. La dignité la plus élevée lui revenait de droit. Le cousin n'est-ii psu» le duc de Bourbon t

ducs d'Orléans, de Bourbon et de Hretagne, aux comtes d'Angouléme et de Duuois à Lescuu, qui résidait en Guyenne *, à Coetman, alors gouverneur d' Auxerre ; mais on ne saurait douter que le bénéfice engagé dans le procès anquel on Êdt sans cesse allusion, ne fût le gouTemement même du royaume, prôt à être livré aux hasards de la guerre civile :

Le ^Tost a fiât sçavoir au cousin qull envoyait au compagnon pour radvertir que lay, le secrétaire et le diacre, avec eux le obeveder, se délibéraient de commencer un grand procès an chapelain et à son chapitre, délibérés de luy faire perdre tous ses bénéfices, car ils ont mil ou douse cens escus en or, et de monnoye tant que en voudront. Ledict prévost voudroit bien que le.compagnon ne se ad[joignît point avec le doyen et que ne se meskst de wa, procès ; ledict cousin n*a peur, mais que Ton aye de quoy fournir au procès, et que si Ton avoit de quoj y fournir, il seroit bien d^opinion que l'on le poursuivît ; mais quand est de luy, il ne veut entrer en procès, qu'il no v<Me bien les provisions de Rome bonnes. Et de la ligue du compagnon au doyen, ledict cousin ne s'en soucie point , mais que vous establissiez le procès en manière que tout soit bien. Ledict cousin m'a dit qu'il ne prise pas fort Ja ligU(3 du doyen devers le prévost, car il s'est doublé que s'il y i^loit, qu'il luy feroit renoncer à ses bénéfices, et si luy feroit par advanture pis. Le chapelain ne sera que sage de garder de tomber au défaut

* Dnndt, dans sn coiTeBpondance, dm auati d*un langage ënigmatiqae quand il parle da grand homme qui est an sergent des bois qni est pardélà. Godbprot, ffistoire de Charkê VIII, p. 508.

* Le 21 février (1487) le comte de Conuninges (Leaoun) Mndt an roî pour se plaindre des mauTais offices qu'on lui ri-ndait et dft» soupçons qn*on répandait sur sa fidélité. Le 18 décembre 1487, il lui écrit de nonveau et déclare qu'il n'est ni Anglais, ni Espagnol, mais bon Français. DocwmmU/rançait à Saint'P^tbourff,

DE COMMIMES.

là où il est, et y vaudroit mieux retirer au bénéfice du doyen. Le compagnon ne sera que sage de faire provisions de sens le plus qu'il pourra, aus.si do monnoye, et de bien garder le liénéfiee et de s'en aller incontir.L^nt au doyen, s'il ne s'y est allé. Si le cousin a les titres nécessaires contre le compagnon, qui touchent le proc ès, il ne y doit point obéir, et que prenne j^rarde de bien garder le prieuré contentieux. Le raaisti e n'a rien aux ordres, en manière que je eroy (pie bientôt en sera au bout, en manière que le compa^nion soit des principaux amis du doyen, car le priivost luy en doniK ra plus tost bénéfice, quand il verra qu'il ne pourra besoigner «juc pour son ami, et que le doyen et chapelain soient bien unis en leur procès, car le prévost ne demande que de appointer à l'une des parties. Ledict doyen et compagnon no doivent aller là oii est le diacre, pour chosse que l'on leur sache dire, car seroiont arrestés pour ce que doivent à la banque; car je suis adverty que ne y auroit point de faute. Le clerc du doyen a perdu la recréance Je sa chapelenie, mais si le doyen veut, il aura bonne cause au principal. Ledict compagnon doit tousjours tascher que les prévost et secrétaire soient ses amys. Aussi encore doit montrer qu'il est le leur; mais puisqu'il est appelant de Tofficial, s^il procède contre Iny par authorité, en cette manière et est tous ses procès, que ledit compagnon face si bonne poursuite que le tout soit bien ; et si enfin n'est venu devers le doyen, faut ùàte de manière qu'il y vienne pour mettre à fin l'eschange du compagnon et du chantre, et faire en manière que le doyen soit tousjoars pour ledict compagnon. Soyez si sage à la poursuite de votre procès que ne perdiez la recréancc, car si le secrétaire la gagne, tous aurez bien à faire au princij;»!; mais faites que le compagnon fasse tousjours savoir de ses volontés au prévost et secrétaire, et advisés de rassambler desus le plus que pourrés, car sont

pour le recréant que le y<nt>7e, et le surplus en monnoye

la plus....; que verés*.

' Documents français à Saint- P/tcrshourf/ , vol. 71 , n" 34. Lettre autographe, non siguée. Les dernières lignes sont à peu près illisibles.

L£TTKË8 ET NÉGOCIATIONS

Commiiies avait quitté la Touraine, où le parti des princes du sang n'avait osé se maintenir contre les forces de la régente, et après un court séjour en Poitou, où ses fonctions de sénéchal ayaient cessé, il alla rejoindre le duc de Bourbon. Ce fat du TiUage de Saint-Maurice, situé entre Poitiers et Usson, qu'il écrivit la lettre suivante au seigneur de Brosse :

Tout est prest icy, mais un des cstats est en pratique. Tout est bien, excepté moy à qui on tient bonnes paroles : nous avons bien eu affaire à demcslor le fait do céans. L'évesquc est allé à Bourges et n'y a eu remède; il a demandé mes serviteurs, il n'y arrestcra guéi-os et est bien icy de eeste compagnie; le ehapelaiu et le chantre sont vers eux. Le compagon ne partira encore d'icj, qui est homme de vertu et ses gens aussy; je ne partiray encore d'ioy que je ne voye plus clair. De nostre bénéfice n"ay sceu que tout bien. Bertrand * est allé au Dauphiné pour dix jours et seait })ien là où \ ous estes; le principal chapelain du doyen se recommandt> à vous et le compagnon et ses gens , et tous voudroient que ne fussiez bougé; je voudrois le chapelain mieux qu'il n'est et pour toigours. Et à Dieu, à demain.

De Saint-Moriase.

Le tout Tostre.

En nostre appointement nul vlj a charge, ni honte; mais il n*est pas tel que nous renssions bien âdt, si ce ne fussent aucuns de ceux que vous vistes.

A mMfîMT de Bmm •.

* Je ne sais quel esl ce personnage. Id encore le nom est probablement faux.

* Lettre entiteement teite de la main de Commines, mais non signée. DoewmmU fremçak à S^M-PéUrAvwrg ^ voL 71, n* 31.

DE COMMINES

A la suite de l'adresse, la lettre porte ces mots : pour bailler au mestre de son hostd. Ont-ils été ajoutes par Cornmines et fàut-ii supposer qa*il avait Toula désigner ainsi le duc de Bretagne luî-même? Ce message assez périlleux ftit4I, au contraire, décliné par celui qui devait le transmettre etqui raurait renvoyé au seigneur d'Argenton, en écrivant sur la lettre ces mots : pour bailler au mestre de son hostel? De ces deux hypothèses, la seconde paraît la plus vraisemblable, car eUe est aisée à justifier. La lettre aurait été rapportée  Tours, oh le seigneur d'Argenton ne se trouvait plus, on vient de le voir, avec Tordre de la donner, en son absence, à son maître d'hôtel. Ce qui est certain, c'est que ce messager, qu'alarmaient sans doute les bruits répandus sur les motifs du départ du seigneur d'Argenton, n*osa entrer dans son hôtel et s'adressa à un passant pour le prier d'y remettre la lettre dont il était chargé.

Gommines, disgracié et fugitif, abandonnait à ses adversaires le terrain judiciaire que jusqu'à ce moment il avait défendu pas à pas.

Dès le 9 mars 1486, le Parlement prescrivit le dépôt au greffe de toutes les confessions du seigneur d'Argenton \ et quelques jours après, le 22 mars, il lui ordonna de remettre Talmont et Ghâteau-Gontier aux La TrémoSlle, et de leur restituer tous les revenus qu'il avait perçus mais, lorsqu'un sergent se présenta au nom des La Trémoïlle pour prendre possession du château de Talmont, René de Fouillé lui en refusa l'acc&B

* AiehivM da Thouan.

* ArebifeB de ThooBnu

* LèàSt appelant ne lui Avoit vonln ûâraobéiaaanoe de la place de

/ Le 10 juin 1480, lo roi, par des lettres patentes données

à Troyes, ordonne que si le seigneur d'Argenton persiste à se refoser à la restitution du château de Talmont, il sera arrdtë et que tons ses biens seront saisis. Bn même temps, le Pariement désigne m conseiller, nommë Jean Pellien, pour TeiUer à Texécution de son arrêt. Jean Pellieu évalua, avec une minutieuse exactitude, les revenus perçus par le seigneur d'Argenton h. 11,693 livres 10 sous 9 deniers et deux tiers de denier, et chargea Pierre Guilloton, sergent au baillage de Thouars, de se rendre à Argenton pour sommer Gommines de s'incliner devant l'autorité de la justice. Cette citation attachée aux portes du diâteau d'Argenton en fut aussitôt arrachée.

Je sergent susdit, le onzième jour du mois de juillet 1486, me transportaj de la ville de Thouars en la ville d'Argenton, et quant fas audit lieu d'Argenton, me transportay jusques à la porte du chastel, en espoir d'entrer audit chasteau pour fîdre les Gommandemens cy-aprës à dédairer, aux personnes dudit de Communes, seigneur dudit lieu, et de dame Hélène de Jambe, sa fenmie, demeurant audit chasteau, auquel chasteau ne peu entrer parce que on me ferma les portes et la barrière d'ieelnj, et pour ce, après ce que je fus deument informé que lesdits seigneur et dame d'Argenton faisoient et avoient à constmne fiâte leur continuelle résidence audit chasteau d'Argenton et que ladite dame j estoit pour lors résidente, je, - par une oédulle par moj atachée et dâaissée à la porte dudit chasteau, feis commandement... et ainsi que m'en voulIi(>7e retour^

Thalleniond, en laquelle il n'avoit peu entrer, nonobatant quelque commandement quMI flat, pour lea réjbelUona et lea déaobéisaanoea que faifloit le dit appelant, René de Fouillé et «utrea aea aerviteura eatans en en ladicte place. (ilreft<PM du ekâUau de Tkomar§), * Archivea da Thonara.

DË COMMINES.

ner, survint illec Hantoine Ledoux, soj-disant procureur dudJt seigneur d'Argenton, qui icelle cédulle en ma présence osta de ladite porte et me déclaira que ledit seigneur d'Argenton, son maistre, estoit de longtemps appellans ^

A la suite de oe procès-yerbal, Pierre Gmlleton adressa an Parlement nn rapport eù il exposait qn*il s'était rendu

PI) la ville d'Argenton, à quatre lieues de Thouars, « espé- « rans y trouver et appréhender eu personne nobles perc sonnes, messire Phelippe de Gommines, dievalier, et % dame Hélène de Jambe, seigneur et dame dndit lieu, « aveoques lesqmeulx ne peu avoir senr accès de parler c aucunement, parce que le chasteau estoit clos et que € l'on ne m'en voulut faire aucune ouverture. » Le ser-» gent attacha donc sa cëdule « à la porte du chasteau du dit c lieu d'Argenton, ouquel estoit lors ladite dame Hélène € de Jambe, ainsi que de ce fut deuement informé. > Cette cédttle portait qu*à défaut de paiement le dit sergent c exposeroit et mettroit en vente lesdits chasteaux et t hostels par criée au plus offrant et dernier enchérisseur, « au plus prouchain jour de marché. » C'est ce qui eut lieu, en effet; la criée se iit à Bressuire et à Thouars. Personne ne mit ces biens à prix, et le procureur des La TrémoKlle déclara les prendre en paiement de sa créance, en se réservant de saisir d'autres biens si ceux-là étaient insuffisants, et, en effet, presqu'aussitôt après, on saisit la terre d'Argenton *.

Cependant, le procureur de Commines était intervenu pour former un nouvel appel au Parlement. Il soutenait

* Archives df Thouars.

' Archives de Thouars.

que le seigneur (rArgenton n'avait rien à restituer parce • qu'il avait dépensé à Talmont et à Chàteau-Gontliier plus

de quinze mille livres, c'est-à-^ire au delà des reyenus qu*il avait perçus; que Ton avait dans tous les cas commis uue grave erreur en évaluant le revenu des domaines que Ton avait saisis ; que la forêt de Talmont valait annuellement de trois à quatre cents livres tournois, et qu'elle relevait non pas de la principauté de Talmont, mais de la seigneurie d'Olonne.

D'autre part, le procureur des La TrémoïUe niait tout ce qu'avançait le procureur de Gommines. La forêt de Talmont ne relevait que de Talmont, mais lors même qu*il en eût été autrement, à quel titre Gommines invoquait-il le

lien féodal (lui l'eût assujettie à la seigneurie d'Olonne? « Dient les dits intimés que de dire par le dit appellaut « qu*il soit seigneur de la seigneurie d'Aulonne, n'y a « apparence; ains de la dite terre d*Aulonne, de Berrye et « autres terres jusques à deux ou trois milles tournois de € rente qui appartindrent à feu monseigneur le viconte de « Thuuars, ayeul maternel des dits intimés, le dit appel- € lant en est usurpateur comme il estoit de la principaulté c de Thaliemond, Bran, Brandois et Gurzon ^ »

Lorsque Gommines tomba en disgràœ et fiit réduit à s'éloigner de la cour, il invoqua lui-même ces circonstances pour obtenir de nouveaux délais. D'une part, il annonça l'intention de faire droit aux réclamations des La Trémoïlle; d'autre part, il représenta qu'il se trouvait dans l'impossibilité de se défiandre. Bien de plus noble que la conduite du Parlement dans cette affaire. Quelque convaincu qu*il

* ArcbiTeB de Tbouara.

DE COMMINËS.

fût de la déloyauté de Commines, il n'hésita pas à accueillir cette requête afin que ses décisions impartiales fussent rendues après un débat contradictoire : « Appoincté est, c sans préjudice de Taccord que on dit estre Mt entre c les dites parties, qu'elles produiront ce qu'elles vouldront « dedans le premier jour de juin prochain, et se.rempes- « chement dixdit de Commynes dure encore, il restera à « la court de pourvoir d'autre délay K *

Commines, retiré en Bourbonnais, adressait à Laurent de Médicis cette lettre qui fait allusion à ses relations financières avec les Sasseti :

Seigneur Laurens, je me recommande à vous tant comme je puis. J'escrîps aucunes choses d'importance à Gosme Sasset, lesquens il tous fera s^Toir. Je tous prie que à diligence m*en fassiez response et que m*en mandiez vostre avis ; car en Pestât que sont mes afl&res, j'aj bien bessoin de tel conseil que le Tostra. Toùtesfojs je ne suis point despounreu d'amis, et si vous me Toules emploier en riens, me trouTeres tousjours vostre serviteur. Priant iDieu, seigneur Laurens, qu^ vous doint accomplir tout ce que vous deorires.

A MoUns, le IX* de majr.

Le plus que tout vostre,

COMMTNBS *.

Le duc de Bourbon, qui résidait à Moulins, était un

prince faible qui se souvenait de ses intrigues de la ligue du Rien Public et qui écoutait en ce moment Commines pour le trahir quelques semaines plus tard.

' Archives de Thouars.

* Benoist, lettres de Comj/nes, p. 16.

COMMIKES. — II. 4

Commmas Tit mm à MouBdb le duc da Lorraiiie qui

avait contribué à le faire chasser de la cour, et qui l'avait quittée lui-mêmo parce que Charles VIII plaçait en Italie ses propres prétentions au-dessus de celles de la maison d'Anjou. Commines dit en parlant du duc de Lorraine : c 11 « me feit la plus grant chière du monde, soy doulant de « eeulx qui demoroient au gouTemement » Ceci n'était pas moins vrai du duc de Bourbon.

Commines, aidé par son ami le sire de Culant, décida le duc de Bourbon à se rendre à Beauvais près du roi Charles VIII pour lui porter ses plaintes sur le gouTer* nement du royaume. Charles VIII, qui ayait besoin du duc de Bourbon dans un moment où Maximllien éprenait les armes, ini avait promis d*aToir ëgard à son conseil « de bien traiter les grands, bons et notables personnages t de son royaume » et Commines avait pu croire que cette promesse le concernait directement. Néanmoins , comme il était sous le coup des lettres du 10 juin 1486, il eut besoin pour accompagner le duc de Bourbon d*ttn saufconduit qui lui fut accordé le 29 août de la même année :

De par le roy. Nos amés et féaulx, nostre oncle de Bourbon nous a fait prier que le seigneur d'Argenton, qui est avec hiy, puisse venir, et U le puisse aeurement amener par devers nous : ce que voulentiers Iny avons octroyé. Et par oe ne luy donnes ou iiEiictes donner aoenn empesohement, car nous n'en serions

* Mem., t. II, p. 21)9.

• GoDEFROY, Histoire de Ckarlei VIII , p. 531. On peut appliquer à Commines ce passage lU? sf'-s mémoires : * Nulle mutation ne peut estreen ung royaulme qu'elle ne soit bien doulouieu.se pour la plujiai t, et combien que aucuns y gaignent, encorea il y en a cent plus qui y perdent... Ce qui plaist à ung roy, desplaist à l'aultre. » Mém., t il, p. 583.

DE COMMJNËS.

pas contens; et sUl y avoit catuse de luy faire qudqve an<Mt,

nous sommes pour le faiiv obéjr et satisfaire à ju»Uç^. Donné à Beauvais, le XXIIII* jour d'août.

Charles

Mais cela ne suflSsait point à Commines. Il redoutait autant la justice royale nue le roi lui-in^me, et il réclama de la cour du Parlement une ratification des lettres de sauf-conduit :

Veues par la court les lettres du roy, et veue aussi la requetta bailliée par le seigneur d'Argenton , par laquelle il requéroit que, attendu le contenu ès dictes lettres, ne luy fust donné aucun empeschement à sa personne, la court le luy a octroyé et a commandé au greffier la répousce à sa requeste, et qu^elle feust par ledict greffier signée *.

L'entrevue du roi et du duc de Bourbon fut sans résultat. € Le roy estant à Beauvais, à Ventrée du noia de sq»* € tembre. Fan mille quatre cent quatre-vingt et eut, mou* € seigneur de Bourbon, venant de wm paya de Bourbon-

< nais, arriva en cour, bien accompagné , et le roy envoya a des plus gens de bien de sa maison au devant de lui :

< il avoit dans sa maison aucuns de ses serviteurs, qui

< estoient fort grands mutins, dont le seigneur de Guiapt € et le seigneur d'Ârgenton qui s'estoit retiré par devers

< luy, estoient les principaux, qui avoient attiré pkuienrs

< jeunes gentilshommes à leur oordélle ; et, trois ou « quatre jours après (jue mondit seigneur de Bourbon « eut séjourné audit Beauvais, à la poursuite des dits

* Mém., t. III, pr. p. 137.

* Mém,t t- III, pr. p. 137.

« seigneurs de Culant et d'Argenton (je crois bien que c monseigneur d'Orléans, qui estoit aussy à Beauvais, c et ceux de sa bande n'y nnisoyent pas), mondit sei- < gmepr de Bourbon feit un peu da courronssë, feignant c de n*estre point content de monseigneur et de madame c de Beaujeu, ny du seigneur de Grayllle et autres € qui goûvernoyent vsous eux, en disant qu'ils estoient « cause de la guerre que le duc d'Autriche faisoit, et t dn mescontentement qu'avoient les autres seigneurs du c sang. Il allëgnoit qn*il estoit connestable, et qu*à luy c appartenoit Texécution de la guerre, et qn*il s'en Touloit € aller en Picardie, pour résister à l'entreprise du dit duc « d'Autriche et y trouver quelque bon appointement. De** « fait, il partit du dit Beauvais contre le gré du roy, poui* « tirer en Picardie : il j eut à son départ des allées et « Tenues de la part de monseigneur et de madame de « Beaujeu, et antres grands personnages de la maison du « roy, par devers luy, pour interrompre son despart, mais c il n'y eut point de remède ; et il s'en alla au giste en la « Neuville-en-Hez, à quatre lieues de là. Auquel lieu scm- € blablement, dès le lendemain, il y eut des gens envoyés c de par le roy et mondit seigneur et dame de Beaiigeu t pour le retarder ; mais toujours il faisoit dn mauvais c cheval. Toutefois quelque chose qu'il fit, je crois qu'il c Tentendoit autrement, et qu'il avoit une secrète intellit gence avec mondit seigneur et madame de Beaujeu, qui « se menoit par aucun de ses serviteurs ; mais il vouloit ■ c bien feindre d'estre un peu mescontent, pour contenter les t dits seigneurs de Culant et d'Argenton et antres qui c estoyent de leur bande, et par ce moyen il sçavoit ton-

DE GOMMINES.

« jours le faict et les intrigues de moudit seigneur c d'Orléans et da ceux do sa suite ^ »

Guillaume de Jaligny temiiiie la page que nous Tenons de dter, par ces mots : € Quoy qu'il en soit, bieniost après c les dicts seigneurs de Culant et d'Argenton furent mis « hors de la maison du duc de Bourbon. »

Voici les détails que Guillaume de Jaligny donne à ce sujet : a Le lendemain que le roy fut arrivé à Compiègne, a monseigneur de Bourbon se trouya avec monseigneur et « madame de Beavgeu, et se mirent à part eux en confé- « renée, et là eurent plusieurs paroles ensemble, chacun « faisant sa dolëance et plainte, de ce qu'il luy sembloit que « l'un faisoit tort à l'autre ; mais, après plusieurs remous- «c trauces, ils délibérèrent d'estre bons frères et parens, « et d'avoit le £ûct du roj et du royaume sur toute chose « à cœur et en recommandation, et de s'employer à son « service comme ils y estoient tenus, sans avoir de partia- « lité pour quelque homme que ce fust, et là arrestèrent « entre eux de plus, que tous leurs serviteurs qui s'estoient « meslés, ou avoient volonté de mettre et nourrir quelque « dissension et division entre eux, «qu'ils s'en defferoient « et ne leur donneroient plus de crédit auprès d'eux ; et, « A cet effet, pour ce que les dits seigneurs de Culant et « d'Argenton estoient notes estre des principaux, mondit a seigneur de Bourbon, dès lors, leur donna congé et les a esloigna de lui avec tous ceux qui estoient de leur inteU « ligenoe. Plusieurs gens de bien, qui aimoient le service a du roy, furent fort joyeux de voir les deux frères estre « ainsi bien ensemble, pour ce que les affaires du roy s'en

' OopiFsoT, Mkt» i9 Cksrfef VIII, p. 0.

« fortifloient toujours dayantage ; mais d'antres, an con-

« traire, qui eussent bien youIq voir des brooilteries dans « l'Estat, n'eu estoient pas fort joyeux »

Gommines n'en continua pas moins ses complots. Il avait, raconte Octavieii de Saint-Oelais, formé le projet de s'emparer de la personne da roi de France. Tout an moins s*agissait-il d*ulie vaste prise d*armes contre la dame de Beanjeu.

Quels étaient les principaux complices du sire d'Argonton? Par une coïncidence remarquable, il faut à la fois citer parmi eux un prince que l'histoire a inscrit au nombre * des bons rois et un prélat qu'elle a également placé parmi les gratkds ministres. C'était le duc d'Orléans qui régna depuis sous le nom de Louis XII; c'était révéque de Montauban qui, sous le titre de cardinal d'Amboise, devait être l'illustre conseiller de ce même roi Louis XII.

Nous ne savons si Commines revint près du roi, sur la foi des anciennes lettres de saiif-conduit, ou bien s'il essaya, ce qui paraît plus probable, do feindre une fausse soumissioB. Malgré son habileté, il fut pris au piège : « Au mois « de janvier i486 (v. st.), continae Guillaume de Jaligny, « le roy fut adverty que les évesques de Périgueux, suret noinnif» de P(Uiipad(iiir, et de M^Milaulmn, snî'noTnnic de « Chaumont, et les seip^neurs d'Argenton et de Bucy, frère « dudit évesque de Montauban, avoient intelligence avec « monseigneur d'Oriéans et monseigneur de Dunois, et A d'autres ^ui s'estoietat retirés en Bretagne, et qu'ils leur « ftiisoient sçavôîr toutes nouvelles de cour. Mesme fat « trouvé un homme allant d'Amboise (où ils estoient avec tt le roy) en liretague, portant des lettres d'eux, ef crois

* GoDEFROY, Histoire de Charles Mil, p. 9.

DE COM.MINES

« bien que le i)ort«Hir desdites lettres fit sous main scavoii* « son inessa£re afin d'estre trouvé chargé d'icelles lettres : « pour ce faict, le roy les fit un matin constituer prisonce niera, et à chacan d'eux bailla des gardes et 1m fit «r mettre en lieu aeur »

Noua ne possédons pas d'autres détails sur Tarrestatioii de Coramines. Nous savons seulement que ce fut le sire du Mesnil-Simon qui mit la main sur lui en saisissant en même temps sa vaisselle et ses bijoux qui étaient d'une yaleur considérable.

Dès que l'ocrrestation de Gommines fîit connue, un bour^ geois de Tours qui avait été chargé de remettre & son

maître d'hôtel la lettre écrite de Saint-Maurice, se présenta devant le chancelier de l '.ourhonnais et le général de Languedoc et la déposa entre ieui*s mains. 11 déclara qu'il Tavait reçue d'un homme inconnu et écrivit lui-même au verso les quelques lignes que nous allons reproduire :

Ces présentes me fui*ent baillées par ung passant que je ne congnois, il y a environ huit mois, pour les bailler au maistre dhostel de monseigneur d'Argenton, dcpui? lequel temps je !es ay gardées. Depuis que j'a y oy les nouvelles dudict d'Âi^nton, je les ay haillées à monsieur le chancelier de Bourbonojs, maistre Charles de la Yernade, et monsieur le général de Languedoc, pour en faire, pour le bien du roj, ce qu'ils verront bien estre. Du jeudi XY* jour de février 1486.

Basquet *.

Les pi^euves dt; la trahison de Coniiniues se multipliaient ; il fut conduit au château de Loches ^.

1 GoDBPROT, Sithire ééCharlei VIII, p. 14.

, * Iheummkfraneaii à SttM-P/tmb(mtg» vol. 71, n« 31.

' n e«t i remarquer que Tun des deniers actes où Comminee eAt

Peu de mois s'étaient écoulés depuis que, Louis XI étant mort, Olivier le Diable avait cessé d'être d^itaine du château de Loches ; mais tout y retraçait encore les plus tristes souvenirs. Autour du donjon, un vaste terrain que la cognée avait dépouillé de ses chênes séculaires, rappelait une des bizarres fantaisies de Louis XI qui, ayant reçu un jour une fâcheuse nouvelle dans cette forêt, avait fait détruire les arbres qui, à ce qu'il croyait, lui avaient porté malheur K Dans le donjon où avaient été enfermés le duo d*Alençou, Philippe de Savoie et tant d'autres victimes de sa tyrannie, se voyait encore une de ces cages de fer, basses et étroites, à double serrure, où le prisonnier, même sous les barreaux de fer '[ui l'entouraient, portait une lourde chaîne terminée par une sonnette de cuivre, afin que le moindre mouvement n'échappât point à Tattention des geôliers. Étrange et terrible exemple des vicissitudes de la fortune 1 Le ministre de Louis XI, conduit à Loches, fut enfermé dans la cage de fer inventée par son bon maître pour torturer les pensionnaire.s du barbier Olivier. Il rapporte lui-même « qu'il tasta de ces rigoureuses prisons *. »

Ce fut probablement alors qu'il répéta, à ce que raconte Sleidan, ce verset du psahniste qui s'appliquait si bien à sa situation présente : Veni m alUiudmm maris et Umpeitas imersU me.

Cornalines put faire à Loches d'umères réHexions sur la

figuré comme témoin, était tue charte en favenr de la collégiale de Notre-Dame an château de Loches. Reeueiliet onfo»»., t. XIX, p. 967.

* Loais XI ne gardait ni les habita, ni le cheval dimt il ae aervait un jonr de malheur on de contrariété. C«Mut de Ltmit ZI, Lknolst,

t. II, p. 246.

DE COMMINES. 67

vanité de la puissance et de la grandeur, et la trace s'en est conservée dans ses Mémoires :

c Nostre vie, dit-il, est si brefve qu'elle ne suflBst à avoir « de tant de choses expérience. . . Tout bien regardé, nostre

€ seulle espérance doibtestre en Dieu; car en cestui-là gist « toute nostre fermeté et toute bonté, qui en nulle chose c de ce monde ne se pourroit trouver, mais chascuu de « nous la congnoist tard, et après ce que nous avons en c be8oing^ »

Supporta-t-il son malheur avec courage? Sa prison retentit-elle de ses lamentations? « L'on dit que le plaindre

« allège la douleur, » mais Coiuiuiues (jui fait cette observation en parlant de lui, ne l'applique qu'à ses maladies où il montrait moins de force et moins de patience que le roi Louis XI

Il affirme du reste que les peines du corps sont bien

moins grandes que celles de l'entendement, même dans le bonlieur, même dans la luvjspérité, à plus forte raison pour ceux « qui sont des conditions de ceulx qui sont nommés au «t livre de Boucasse... Les coups que Bieu donne sur les « grans, sont surtout les plus cruels et les plus pesans'. » Hélas! Commines venait lui-même ajouter un chapitre de plus au livre : Decas^u9virortmiîli»sMtm.

Il est à penser toutefois (|ue Commines ne fui pas traité avec une extrême rigueur. François de Pontbriant qui avait remplacé Olivier le Diable comme capitaine de Loches, ne lui était pas inconnu, car c'était ce même personnage qu'en

« JM»., 1. 1, pp. 113 et 156.

• JM»., t. n, p. 856.

* Mérn,, t, II, p. 584.

1480 il avait si vivement recommandé au duc de Miian Do reste, la détention de Commines ne m prolongea pas huH mois comme il le dit dans ses Mémoires mais un peu pitis de six mois, et Von comprend que ce temps lui ait paru bien loncr.

Un arrêt du parlement du IS juin li87 ordonna que Commines serait conduit en la C!onciergerie du Palais à Paris : il n*y arriva toutefois qu'après le 17 juillet, date de rordonnance suivante du conseil de la grand*chambre :

Veues par la court les lottros à elle oscHptes par François de Pontbrlunt, « npitaino de lioclies, par lesquelles il a cscript qu'il ji Hnioné à Coiln il, par ropdoniiaiico du i"oy, les évosques de Montaulban et de Périgaeux, et qu'il amène à Paris ]o scig-neor d^Argenton et six autres prisonniers, et tout oonsidéré : ladicte cour a ordoiiné et ordonne que lediet soigrneup d'Argenton sera mis prisoniiiei' eu la iiaulte chambro de la tour carrée de la OOtisiergerie du Palais, gardé par deux huissiers de ladicte court qui loy feront sa despense. Et, au rogart des autres six, ils seront misés prisons faictcs nouTellemenr en ladicte consiergerie, séparément et le plus seurement que faire se pourra

Une autre ordonnance prescrivit les mesures de surveillance qu'il y avait lieu de prendre à Tégard du prisonnier, dont on redoutait l'évasion :

La court a permis que messire Philippe de Commines, ehevaliep, seigneur d'Argenton , à présent prisonnier en la tour esrrée des hauites gnlleries de ce palais, puisse ojrr messes en

' Voyez tome I, p. 'Ml. François de l'ontbriant était fort dévoué à Charles VIII. II avait été pris par les partisans du duc d'Orléans au mois de septembre 1485. Histoire de C haf Us YIII, p. 492.

* Mém., t. II, p. 265.

» M^., t. m, pr. p. 141.

DE COMMIMES.

sa prison, tous les jours à ses déponp, se bon lui semble; et a eivj<Nnct ladicte court à Nicolas le Mercier et Jeban Bachelier, huissier en ladicte cour, qu'ils prengne^t de jour en jour chapellain pour dire ladiote messe, et qu'ils ne laissent parler ledict .d'Argenton audict chapellain, ne autre, en quelque maïiière que ce soit ; et qu'ils gardent bien et seurement ledict d'Argenton, tellenient que aueun inconvénient n'en adviengne, sur leurs vies , et qu'ils facent mettre des crochets de fer aux huys desdictes galleries et facent murer les fenestres des galleries du OOsté de la rivière.

Al]Qonrd'hui Jehan Btâ&y a mis par devers le greffe criminel de la court de céans certaine clef qu'il disoit estre de Tun des hnyn des galleries haultes de la Gonsiei^erie, et s requis qu'il pleusi à la court /aire mettre des serrures ou fermetures auxdicts hvy» et autres de ladicte gallerie *.

Le Parlement avait délégué Martin de Bellefaye pour interroger Gommines « sur plusieurs mauvaises et damp- « (lées entreprinses, eonspiratioDS et machinatioiiB illicites « contre le roj et son anctorité, ainsi qne sur plusieurs « lettres contrefaictes, avec les expositions d'icelles, înfor- « mations et confessions^. » Martin de Bellefaye, arraché de sou siège pai* l'ordre de Louis XI et livré à ses honteuses vengeances ^, venait de l'entrer au Parlement pour présider à une enquête qui embrassait et les périls du règne nouveau et les abus du règne précédent.

Lundy Xlll* jour de juillet 1487, au Conseil de la grant chambre.

A <'sU' fait venir messii'o Philippe de Comniines, chevalier, seigueui" d'Argcutou, pi-isonuier en la toui- cai'rée de la cousier-

* Mém., t. III, pr. p. 142.

* Mém,, t. m, pr. p. 140.

' BeeueU i&t ordmi., t. XIX, p. 338.

gerie de ce palais, auquel, après serment ])ar lui taict <ie dire vérité, lui ont esté leues de mot à mot ses cuiilessions autresfois laictes par devant aueun conseiller de ladicte court, ensemble la confrontation dudict d'Argenton et d'un nommé Georges, faicte par devant lediet conseiller, èsquclles confession et confrontation il a persévéré, sans y vouloir adjoutcr, ne diminuer, et icelles a dit contenir vérité. Ce fait, a esté interroguc touchant certain article contenu en certaines lettres missives escriptes i)ar le seigneur de la Forest ; lequel d'Argenton, après lecture à lui faicte dudict article, a dit qu'il n'estoit véritable, et du contenu on icelluy n'en parla jà : mais audict seigneur de la Forest, et dit, sur ce interrogué, que sur ledict article ne s'en vouldroit audict de la Forest rapporter, pour ce qu'il scet la prinse et détention de la personne de qui il parle, et pourroit avoir esté induit à charger ledit d'Ârgenton. £t à tant a esté reuYojré en sa prison

C'est tout ce que nous possédons des iilterrogatoires subis par Commines à Loches «i à Paris. 11 lui avait été à peu près impossible de tronver quelque avocat qui se chargeât de sa défense : il Tentreprit lui-même et plaida pendant deux heures, c II insista fort, dit Sleidan, sur les travaux € et peines qu'il avoit soustenus pour le roy et le royaume, « combien le roi Louys s'estoit montré envers luy de bonne « volonté et libéralité, et qu'il n' avoit rien fait par ambition « on avarice; que s*il se fust voulu enrichir, il en avoit eu c autant grand moyen qu'homme de sa qualité et estât*. >

Le discours de Commines, à ce qu'assure Sleidan, fût fort éloquent, et il put dës ce moment obtenir quelques adoucissements dans les précautions dont on entourait sa captivité. Les fenêtres furent démurées ; quelques grilles disparurent,

« Mém., t. III, pr. p. 143.

* Mém., ià» LengkA, t. IV, fi, p. 123.

DE COM.MlxNES.

Gl

et le prisonnier put voir et Taznr du ciel et les eaux de la Seine, chargées de nombreux bateaux qui en remontaient ]e cours.

Il est permis de croire que Commines» tranquillisé sur son sort, ne se borna pas, pendant sa ciq^tiTité, à compter les navires qui arrivaient de Normandie et que ces longues heures Airent en partie employées à la rédaction de ses

mémoires. Ils avaiont été commencés, paraît-il, aussitôt après la mort de Louis XI Il les poursuivit dans le silence et dans la méditation de la captivité ; et cette fois encore, les enseignements du malheur rendirent les jugements de rhistorien plus profonds et plus sages ; mais en comparant « les pertes et douleurs reçues depuis le trespas de « Louis XI T) aux « grâces et privautés » dont il avait été comblé, il ne se sentit que plus porte à louer et à excuser le prince que, presque seul au milieu de ceux qui le maudissaient, il continuait à appeler « son bienlaicteur *. »

CSependant, le proc^ des La Trémollle contre Commines, suspendu depuis le mois de février 1487 jusqu'au mois de mars 1488, avait, dès cette époque, occupé de nouveau le Parlement. Piédefer, avocat de Commines, réclama un autre ajournement, que combattit Michon, avocat des La Trémoïlle.

< Le délai étant passé, Piédefer, pour le défendeur, a dit « que la cause de son empeschement dure toujours et que

a il ne sçauroit faire son enqueste, car toutes les terres du « dit défendeur sont saisies, et si ne parle personne à lui, « par quoy impossible seroit de y besongner, et doit avoir

* M/m., 1. 1, p. 74. « JMs., 1. 1, p. 156.

* jriA».,t.I,p.4.

« délaj de troys moys après sa délivrance. Michon dît que

« ledit défendeur a dos gens nt procureurs assez instruis de < la matière et que la prëseuce dudit défendeur n'j est € requise »

Huit mois après, Piëdefer insistait encore : « Piëdefer « pour Commjnids a dit que il n'amt charge, ne mémoires « pour ledit défendeur qui estoit empesehé tant en sa perte somie que eu ses biens, comme chacun scet, et estoient « ses terres saisies et n'eust sceu l'aire sou enqueste »

Cependant de graves événements allaient s'accomplir. Le duc d'Orléans, le duc de. Bretagne et le prince d*Orange avaient levé Tétendard de la rébellion, et c'était Tillustre héritier d'une maison longtemps spoliée, c'était Louis de la Trémoïlle qui coiumaudait l'armée du roi. La guerre le ramenait dans ses domaines héréditaires. Le 19 mai 1188, il était à Thouars et écrivait que l'on craignait un débarquement des Anglais aux Sables d'Olonne ^. Le 30 juin il r^orçaît la garnison Ile Thouars^.* Un mois après, la victoire de Saint-Aubin du Cormier couronne sa fidélité et son courage, et Anne de Beaujeu qui, dès le mois d'avril, a recommandé aux conseillers du Parlement « de vider le- « procès touchant la visconté de Thouars eu faveur de ce son cousin de la Trémoïlle, lequel est continuellement fit occupé an service du roi en ses plus graus affaires, » n'hésite pas, le 22 septembre, à donner, au nom du roi, des ordres formels pour qu'il en Boii ainsi

* Archives de Thouars.

" Archives de Thouars.

^ Documents français à Saint- Pe'tershourg.

■ ■* Documents français à Saint-PéUrsbourg.

^ Mém.f t. I, introd., p. XCY.

ff

DE COMMINRS. 63

L'un des plus «ayants éditeurs de Oommines, Godeiroy, rapporte que la restitution de la vicomte de Thouars fut ie prix des services rendus par Louis de ia Trëmoïlle à la

bataille de Saint-Aubin, et Jean Bouchet ajoute, dans ie panégyrique de son héros, que cette vicomte et d'autres terres, venant de la succession de sa mère, ne lui furent délivrées « non sans grandes mises et labeurs » , mais qu'il demeura enfin prince de Talmontf et vicomte de Thouars.

En effet, Louis de la Tréraoïlle, dans tout Téclat de sa gloire, avait été réduit à preseiiUir de nouvelles réclamations où il exposait qu'il avait dépensé vingt mille francs pour le service du roi et qu'il n'avait pu recouvrer l'héritage de ses ayeux

Si la défaite du duc d^Orléans, à la journée de Sainte Aubin-du-Cormier, servit mal les projets ambitieux de Cornmines, elle lui fut utile à un autre point de vue, car elle permit de ne plus redouter la faction à laquelle il avait apporté l'appui de ses intrigues. L'intervention du pape Innocent VIII en faveur des prélats arrêtés en même temps que lui, ne fut pas non plus sans influence sur l*heureuse issue des poursuites, dont était saisi te Parlement.

Laurent Spinelli écrivait, le 28 mars 1488, à Laurent de Mëdicis ;

Vous aurez appris que les amUa.-sadours du pape se sont tirés à leur hoimeui' de lour harangue et que révèquo en a été graudement loué. Lo roi les a chargés de juger le procès de révêque de Montauban et de révêque de Périgueux , et ils sont disposés à ie Mre, pensant qu'ils seront absous. S'il en

* J)oewme»it fronçais à Siièil'Pétertboury .

est ainsi, monseigneur d^Argenton peut avoir bon eqioir pour loi*.

La procédure instroite contre Gommines ne se termina qu'un an après : le 24 mars 1489, un arrêt du Parlement, que nous reproduirons , le condamna à dix ans d*exil dans

un de ses domaines et à la confiscation du (j[uart de ses biens.

Veues par la court les charges, informations et procès faietsà l'eiicontre de messiro Philippe de Communes, prisonnier au palais, à Paris, pour raison de ce qu il estoit chargé d'avoir eu intelligence, adhésion et pi'atiequo par parolles, messaiges, lettres de cliifTre et autrement avec plui-ieurs relielle.s et désoliéissans subjects du roy, et d'autres crimes et maléfices, les < onfe.ssion.s dudict de Commjne.s, faictes tant par devant aucuns commissaires, ordonnés par le rov que depuis en la < ourt de céans, Icsdictes lettres de chiffres, eonfroniation et autres choses estans audict procès et tout considéré, dict a esté que ladicte court, pour réparation et pugnition desdicts cas, a condamné et condamne Icdict de Commjnes à estre relégué, jusques à dix ans prochainement venans, en une des maisons, terres et seigneuries de luv ou de sa femme, telle qu'il plaira au roj lui ordonner, dont il ne partira durant ledict temps, et promettra et jurera ledict de Communes que par lettres, messaiges, ne autrement il ne communicquera, ne praticquera avec aucuns qu'il saiche vouloir entreprendre aucune chose contre Tauctorité du roy et le bien du royaulme, et s'aucune chose il en scet, en advertira ou fera advertir le roy sur peine d'estre tenu et réputé crimijieux de crime de lèse-miyesté et comme tel pugny, et, néantmoins, de ce faire baillera bonne et suffisante caution, Jusquesàla somme da dix mil escus d'or. Et si a déclaré et déclare icelle court la quarto partie de tous les biens dadict de Commjnes estre acquise

* Archives de Florence.

DE COMMINES

et confisquée au roy, ci aaiiB prcjudioe du droict préfenda par Jehan d*OrTal en la oonté de Dreux. Prononcé le vingt-quatrieBme jonr de 'mars. Tan mil quatre cens quatre-vingts huict

Nous ne saTons si Gommines prêta le serment de ne plus pratiquer. Du resté, la confiscation d*ime partie de ses biens ne fiit point ex^tde, et la sentence même d'exil,

comme nous le verrons bientôt, fut appliquée avec peu de rigueur.

Cependant, Gommines était à peme rendu à la iiberté« lorsque des sergents se rendirent à Ai^ton afin de ponrsuÎTre Texécution des arrêts du Parlement qui avait, depuis longtemps, ordonné qu*on mft ce domaine atix enchères pour

satisfaire à des amendes et à des indemnités judiciaires. Si Commines avait résisté du fond du Chàtelet, eu défendant Talinont et Olontie avec une persévérante ténacité, il n*eût pas» à plus forte raison, laisse aisément échapper de ses mains Théritage de sa femme, ce manoir d'Argenton dont les seigneurs avaient figuré avec gloire dans les chroniques de Froissart. Son habileté étant à bout, il n'hésita pas à recourir à la violence. Aidé de ses serviteurs, il repoussa par la. force les sergents qui se présentèrent: de là, un nouvel igouniement devant le Parlement et sur peine de bannis-* sèment du royaume *. »

Dix jours apr^, le Parlement déboutant Gommines de tons ses moyens de défense, le condamna définitivement à restituer Talniont et Château-Gonthier. '

Commines continuait à alléguer des réparations considérables exécutées à Talmont et à Chàteau-Gonthier, pour

« Mém.. t. III, pr. p. 146.

* Archives tle Thouars.

GOHIIINCS. — II.

06 LETTRES £T NEGOCIATIONS

contester les restitutions de revenus, qu'on lui demandait ; mais il ne s'appuyait que sur de vagues affirmations, comme on peut le voir dans la requête suivante :

Supplie humblement Philippcs de Communes, chevalier, seigneur d'Argenton , comme commandement ayt esté fait au procureur dudit suppliant de baillicr ses defFenses contre la déclaration des fruits de plusieurs années, des terres et seigneuries de Talemont et Chasteau-G entier, à luy baillée par l'opinion de monseigneur de la Trémoïlle, et aussi de bailler par escrlpt les réparations que ioellui de Communes a faictes ès dits lieux» ce qui seroit impossible au procureur dudit suppliant, parce qu'il n*a mémoire, ne instruction pour oe faire, etc. *

En Tain ▼OQdraitH>n, igoute Commines, consulter les receveurs pour évaluer les danses feites à Tàlmont et à

Château-Gonthier Celles qui y figurent : « ce sont menues « réparations ; mais il y en a de grandes qui ont esté faictes « par le dit de Commynes pour la fortification des dites « places et chasteaux, et qui ont cousté au dit de Conimynes « plus de quinze mille livres tournois. »

En ce qui touche Ârgenton, la saisie est nulle quant au fond, parce que ce domaine appartient à sa femme et non h lui. La mise aux enchères ne l'est pas moins quant à la forme, car elle a eu lieu, non à Passe- Avant, à deux lieues d'Argenton, mais à Thouars, qui est bien plus loin. Ëlle anrait même dû se faire à Argenton, et l'on ne dit pas la v4ritë lorsqu'on soutient : t que au dit lieu d'Argenton no» « erai j«stiu aceessus*, »

* Archives de Thouars,

• Ai-chives de Tliouars.

DE COMMINES

"Les années 1489, 1490 et 1491 se passèrent ainsi en interminables contestations. Enfin, deux arrêts, l'un du 31 août 1491, Tautre du 5 septembre suivant, ordonnèrent de nonvelles restitutions, celles des terres de Berrye, Olonne, CurSEon, La Chaume, Bran et Brandois, et, de plus, le remboursement des revenus injustement perçus par Com* mines et le paiement des frais du procès, évalués ensemble à la somme de sept mille huit cent onze livres quatre sous sept deniers parsisls, et payables nonobstant toutes opposi* tions ou appellations quelconques.

Le 17 février 1492, Jacques Gardeteau, sergent de Thouars, se rend à Argenton, et là , il signifie <à Antoine Ledûux, receveur du domaine d' Argenton, la saisie qui en est faite « pour convertir au paiement des sommes dont le « sire de Conunines est refiisant et en demeure. » Les biens sont mis aux enchères, et, le 14 mars, les héritiers de la Trémoîlle s'en rendent adjudicataires pour le montant de- leur créance , qui est portée à la susdite somme de sept mille huit cent onze livres quatre sous sept deniers parisis. Cependant le sergent de Thouars , par incurie, avait perdu de vue que Tannée était bissextile, et il eu résulta que les délais fixés par le Parlement n'avaient pas été strictement observés. Il fallut annuler tout ce qui avait été fkit et recourir à une nouvelle signification, mais lorsque le sergent retourna à Argenton, porteur de sa cédule, il n'y trouva plus Antoine Ledoux, « lors résidant à Paris pour « les affaires de monseigneur d' Argenton, son maistre *. »

Gommines, de son cdté, poursuivait activement ses récla-

* ArchiTes de Thouars.

mations vis-à-vis des banquiers florentin*. Il écrivait, le 5 août 1489, à Laurent de Médicis :

Segncur Lorcns, je me rccomniando à vous, tant comme je puis. Je vous avois cscript touchant Tliomas Portunarv 11 luois a; mes vous n'avez pas eu les lettres, comme ma mandé mon homme. Très-voUentiers j'usse atendu en m'asurant ma dette. Mcsscr Aserito s'est mis à en nier une partie et à me volloir frauder de XIIIP escus Je vous prie avoir tousjours la matière pour recommandé. Mon homme est encore à Millan. Je ne sé s'il apointcront : à moy ne tiendra. S'il est pès avec le roy des Romains, j^on fct en amendera. J'ay veu lettres de Franconfort du XX' du mois pasé d'un de nous ombasadeurs, qui àsuro l'avoir veu jurer, et à ste propre heure ay eu lettres de court, qui n'eu font nulle mension. Sj oticj est, vous le sarez avant avoir ste lettre. Je ne sé sien Bertangne Taseteront ; il sont beaucoup jrens mal d'acort.

Cosme Sasot vous ai a de tout escript, lequel s'est très-exactement conduit comme j'ay entendu, et a bonne renommée des gens qui le connoissent. Là où je verois faute en vos serviteurs, je vous le manderois, car encj le m'avcz-vous autresfois esci-ipt. Je ne les ay pas tousjours trouvés tous sages ; mes à mou avis ii me craignoient plus que homme de desà.

J'ay eu en ma grant nésessité à fère de III cent escus, estant en la prison ; mes gens n'osoient emprunter de lieu qui vint à connoissance et prcsoient les vostres pour les fournir ; il mirent XV jours pour eij fournir II cent. Au saillir, vv^llus avoir trois ou IIII mille cscus sur sortain argent, dont il me sont respondant pour raonsci^rncur du Bosagc. Nonostant que en ay escript souvent, n'ay peu tirer que 111 mille francs, que j'ay recea puis, VXII jours son, et en a duré la poursuite IIII moi».

• Thomas Portinari avait été à Bruges le chef de la nation de Florence et le banquier s Mé<licis : il avait été élevé an rang de conseiller des ducs de Bourgogne,

DE COMMIMES.

Jo sô bien que n'ont pas tousjours argent, mes y veoient mon besoing, et qui me fasoit pis, je doutois que ste dissimulacioii ne se fist à l'apétit de ceux qui me veullent mal , car partout mes biens estoient embrouilliés. Toutefois je vous prie que pour cest heure n'en facez nul samblant, car jo no désire la malle grâce de nul. Je n'ay eu lo vis à nul de vous serviteurs, non plus que à l'autre, mès seulement à vous, où j'ay plus d'espérance que on nulle autre personne qui vive. Je vous prie que en escrivant à vous gens à Lion, dites seullemcnt se mot, que en co (^ui me touchera, qu il y soient diilig-onts, et tousjours me pardonner que si ardiment vous escrips, et vous prie ne leur en mander autre okose, car toujours trouve Fraosoiâ Sasset, mou amy.

Lo roi et Madame *, puis peu de jours, me donnent espérance de mes affères et aux prélats prins cant et moy ont donné liberté d'aller partout et restitué les pensions de leurs frers. De ces choses n'ay jusques icy fet nulle poursuite, mès en attenderay leur plesir; mès les presse des biens que m'ont ostés et fet perdre, car d'autre estât, ni office, n'ay nulle envie.

Segneur Lorens, je vous suplie avoir pour recommandé une matière dont n'a guères vous ay escrlpt, qui s'adrèse à Rome, et me commandez vostre plesir, et vous me trouverez prest à y obéir, priant à Dieu, segneur Lorens, qui tous doinst tout se que vous désirez.

A Dreux, le V* d'aust, de la main de.

Plus que tout vostre,

CdOCTHBB

Cependant un (compte modifié par de nombreuses réserves avait été signé à Dreux, tel que Commines l'avait écrit de sa propre main ;

Nous, Lorens de Médids et Fransois Sasset, compaignons À

* Madame de Beaujea.

* Lettre autographe , qui peut donner une idée de rorfographe du seigneur d'Argciitoa. Bknoist, Zetlres de Comynes, p. 18.

LETTRES ET NÊG0C1AT1(»«5

Lion, certefions que aiyourd'huy, date de ces présentes, avons conté avec monseigneur d'Argenton de plusieurs sommes do deniers, que avons eu affôre ensamblo juques aujourdui, et do tout sommes dcmoré d'acort, excepté de la somme do V mille cscus qu'il nous demande pour le profit de deux ans finis de mois d'aust dernièrement passé, pour aucunes sommes d'arj-'ent que avons eu de Iv en garde , comme estions acoustumé de fère le tams passé, se que ne Ij avons point aloué, ne mis en conte, ains sommes demorés d'acort que sy ladite somme lui est dû ou non, s'en remest ledit seigneur à la discrésion, jugement et équité du dessus dit Lorons de Modisis, et en tesmoing de ce, avons siné ccste présenté) de notre main et marque acoustumé. A Dreux, le YI* de novembre. Tan IX \

C'était surtout contre les réserves énoncées par Cosme Sasseti que Commines protestait le plus vivement, comme nous rapprend la lettre suivante de Laurent de Médicis.

Illustrissime seigneur, j'ai reçu par le même messager une lettre de Votre Seigneurie, et mon âme est pénétrée du regret d'apprendre l'état d'irritation où parait vous avoir mis le dernier règlement de compte do Cosme Sassetti avec \'otre 6'eigneurie, J'en serais bien plus désolé encore si je pouvais croire que Votre Seigneurie ait suspecté les sentiments de ma maison envers elle, à qui je suis si infiniment obligé à tant de titres que je serais l'homme le plus ingrat du monde si je m'acquittais envers elle autrement que je ne le dois, vu les immenses bienfaits que j'ai reçus de Votre Seigneurie dans la prospérité et dans les revers *.

* Aidiif«s de Florence.

* Anolmraiiioltooiaggiormeiiteme dol«iià,Mperqaeilo^^ esters nata in qudia alcona «inistra <^moM deUo senritù nio verso VosiraSigiMnia, alla qnale lo aono tant» obligato per iofiniti respecta , ehe mi pareria meritare il nome de huorao ingratîssiiiio, te io pagassi àl présente qaella de altra moneta che io 11 debbo, per molti benefici rioevati da Voftra Signoria nelle adversità et prosperità nue.

Dfi COAiMlNES. 71

Aussi, examinant à fond la conscience de mon devoir, je puis assurer Votre Seigneurie que ni moi, ni aucun des miens nous ne ferons jamais rien qui puisse l'indisposer à mon égard ou lui faire concevoir une mauvaise opinion de moi. Et si co que Cosme Sassettl a dit touciiant les intérêts de Votre Seigneurie, devait avoir ce funeste résultat. J'en serais affligé jusqu'au fond do l'âme, parce que co serait contre toute vérité et contre mon intention intime. Je confesse bien, et Votre Seigneurie ne l'ignore pas , que depuis quelque temps notre maison de Lyon a essuyé des dommages et des pertes d'une si grande importance que vis-à-vis de ceux qui ont été ou qui seront encore mes clients, comme l'est Votre Seigneurie, il n'a pas été possible de se taire, de n'en point parler et de ne point s'en plaindre, comme l'a fait Cosme Sassetti : c'est là, peut-être, ce qui aura déplu à Votre Seigneurie ; mais elle peut être assui^ée que je n'ai, au fait, rien à discuter avec elle, soit à propos de co qu'elle en écrit, soit pour tout autre motif, Votre Seigneurie pouvant disposer à son gré, non-seulement de toute la somme en contestation avec Cosme, mais de ioute ma fortune, comme de la sienne propre. Que Votre Seigneurie veuille donc me croire, et que cette affaire se termine sans qu'il y ait le moindre nuage entre elle et moi, parce que je fais plus d'estime des bonnes grâces de Votre Seigneurie, * quelle que 8oit sa fortimei que de u'im* porte queUe somme d'argent *.

C'est à une autre lettre de Laurent de Médicis que Cornmines rëpond en ces ternes :

Seigneor Lorens , non obstant toutes mes plaintes que je fesois à Cosme Saset, votre senritenr, des rigoreux termes que me tenoit votre meson de Lion , igr aj'je esté forcé par ses remonstranoes de fère mon donmage et m^aeorder à votre

' In ogni 8ua fortnna.

* Archives de Florence.

volloir et au sien. Inédit apointement est bien mègrc pour moj, car sy j'avois afère d'argent durant ce terme, je n cn porois finer. Toutefois, ce que j'en aj fet, a esté pour demoror en votre bonne grâce, à laquelle je me recommande de toute ma puisance, et mes afFeres. Ledict apointement m'a esté gref ung petit, mès il m'a forcé. Des nouvelles de dechà, on dit que noua avons trois rois, nous voisins, qui nous menacent. Les II ont des aflPêres et gruns emprinses, pour coy croy que cest esté ne se fera point grant chose, pour Bretaigno et pour l'Eselusc. En Flandre y poroit bien avoir débat, mès cella est bien d'autruj et no grève point ce réaume. L'un seul de ces rois ne nous asaudra point; ossy n'y feroit point son profit. Pour ceste heure, ne sé autre chose , sinon que tousjours suis prest à vous fère service: priant à Dieu, seigneur Lorens, qui vous doinst acomplir tout ce que vous déaires. A Amboise, le Y" de mars.

De la miiin du plus que tout vôtrot

GOIIMTNES.

Au uifinâur Lomm de Médicii *.

En même temps, Coramines chargeait l'ambassadeur Laurent Spinelli de recommander le soin de ses intérêts aux chefs de la seigneurie de Florence.

Spinelli écrit le 25 mars 1490 à Laurent de Mëdicis ;

Monseigneur d'Argenton m'a écrit une lettre et m'a fait parler par l'homme qu'il a envoyé ici, en me priant très-instamment de vous faire part do ses sentiments et de vous assurer qu'il se dit votre serviteur et ami ; il me prie aussi de vous engager à le traiter comme le mérite l'affection quMl a toigours témoignée à Votre Ma^nifloenoe. J'écris à oe siyet à Filippo de Caglinno. Pour le surplus, tous pourres. vous faire montrer la lettie

• Archives de Florence.

» Archives de Florence,

DB OOMMINES

Commines n'eu repoussait pas moins toutes les propositions d'arrangement qu'on -loi adressait. Cosme Sasseti mandait à oe sujet à Laurent de Médieis :

J'ai bien des fois réclamé la lettre d'Arg'enton et votre avis sur la manière dont vous entendez qu'on lu paye. Quant à lui, il ne veut s'accommoder en aucune façon de ce vous m'avez écrit à diverses reprises : il lui semble qu'on le traîne en longueur, et il fait des plaintes. Délibérez doue bien vite sur ce qu'il faut faire et répondez >moi*.

Ck>mme si ces difficnltës ne snfSsaient point pour calmer l'activité de son esprit, Commines intentait en mdme temps

un procès à André de Vivonne pour faire annuler les lettres royales qui lui avaient enlevé la sénéchaussée de Poitou. Nous retrouvons ici l'avocat Piédefer,mais la partie adverse loi répliquait assez rudement que le roi n'avait Mt que pourvoir « à un cas insupportable et notoire, que Com- « mines avoit esté convaincu d'avoir eu aucunes intellî- « gences, conspirations et factions avecques aucuns tenans « parti contraire au roy, qu'à ceste cause il ne povoit « exercer, ne tenir roffîce de séneschal, signanter que le « danger estoit lors sur les marches dudict païs de « Poictou »

Commines, expulsé de Talmont, menacé à Argenton, s'était retiré au château de Dreux, et là aussi il avait un procès à soutenir contre le seigneur d'Orval, qui contestait la validité de la vente consentie par Alain d'Albret.

' Archives du Florence.

* Mém., t. lU, pr. p. 152.

C'était au monastère de Notre-Dame-la-Ronde , près de Dreux, qu'il avait déposé, comme une offrande qui rappelait sans doute quelque tobu formé dans ses heures d*abgolsse et de péril, les chaînes qu*il avait portées à Loches

Un rayon de honheur, bien différent de celui qu'on demande aux brûlantes déceptions de rambition politique, mais que donnent les joies paisibles et pures du foyer domestique, vint éclairer à Dreux la vie de Commines, après tant de souffrances et de cruels revers. Il avait eu déjà, probablement pendant sou s^onr à Montsorean en 1485, un enfoni qui mourut peu après. En 1490, Hélkie de Ghambes qui avait intercédé prte du roi pour le faire sortir de sa cage de fer de Loches et qui paraît lui être restée fidèle et dévouée, le rendit père d'une fille qui devait vivre et transmettre le sangduseignenrd*Argenton à de royales générar tiens.

Cependant le séjour de Dreux n*était pour Commines qu'un exil. H n'aspirait qu'à revenir à la cour où il avait à

recouvrer à la fois sou iufiueuce et ses richesses.

* Lm aniiMiax des chaînes que portait GommliiM, étaknt pMMët dsiu une odte de bakine, qui tat oonserrée avec ioln. Elle toi exposé ea 1863 «a comcoun rëgionnal de Chaiirea et pe trouve aujourd'hui an miuée de cette ville* Comminee, Icnv de aa diUvraaoe, Tavait offerte en mime temps qne aea diatiMs, aa monaatàre de Notre-Dame-la- Ronde. (Note communiquée par M. Beautompa-Beaapré.)

DE OOMMINES. 75

OOMMINES BBNTBB BH rAYBDR PR&S DE CHABLE8 YUI.

Six mois à peina 8*étaient éconlAs depuis la fin de la

captÎTité de Commines, lorsqu'il invoqua auprès d*Anne de Beaujeu les services jadis rendus à Louis XI, pour obtenir sa rentrée en faveur près de Charles VIII.

Dès le 12 septembre 1489, ii écrivait à Anne de Beanjea :

Madame, tant et sj très-humblement comme je poii, me .veoommande en vostre bonne grâce. Monseigneur de la Heuse m*a dit ce qu il a plu au roy me mander par Ij. Madame, je répute ce bien et honneur venir de monseigneur et de tous, et vous suplie le voUoir mestre à fin. J'ay fet response par escript. Je tous sapplie, madame, ^ne vous «plese la voir, car j'aj espérance que le roy et vous me serez bons procureurs, pour honneur et révérence dou ro7 vostre père. Plèse vous, madame, me commander tonsgours vostre bon plaisir pour Tacomplir à mon pooir, en priant à Dieu que vous doinst bonne vie et longue et racomplissement de vostre désir.

Escript à Dreux, ce XII* Jour de septembre.

Vostre très-humUe et très^béjssant serviteur,

COMMTMBS

Commines obtint, paralt-il , au mois de janvier 1490, Tautorisation de reparaître à la cour, qui se trouvait à Mou-

* ir;^.,t. m,pr.p. 104.

lins. Ce fut dû là c^u'il adressa la lettre suivante au duc de Bourbon :

Uboseignear, ti trto-hmnVlement oomme je puis, me recommande i TOitre bonne grâce. L'arrivée de moneeigneiir le prince a esté kj très-bcmne poor quelque brouille enoommenoé pour le Ait de cette gnarde, où le roj a très-sagement procédé. Je crois, moaseigneor, que le roj désire vostre Tenoe, et si Ikit chacun, se me semble. Des nouvelles n*en sçaj nulles que celles que chacun jour TOUS sont aivojées. Il a pieu au roj commander la pension que j'avoys, quand il me désapointa FolBoe; mais fl ne tiendra qu'aux gens de finances qu'il ne se fosse, et n*7 ai embesogné que ivj* n me semble, monseigneur, que ceux qui ont loy de parler à luj, aisément luy font entendre la raison. Vous me pouves, monseignenr, toujours commander vostre bon plaisir pour Tacomplir à mon pouvoir. Priant k Dieu, monseigneur, qui vous doint bonne vie et longue et accomplissement de tout ce que vous désires.

A Molins, le 4 de janvier.

De la main de vostre très-humUe ettrèsH>béissant sravitenr,

PmUPPB DB COMMTNBS.

Ce qui démontre sufBsamment que Gommines avait reconquis son ancienne position , c'est que , dès le mois d'avril 1491, intervient un contrat entre Alain d'Âlbret

et Im, où il est dit que le sire d'Âlbret, n'ayant pu le mettre dans la possession des terres d'Avesnes et de Laudrecies, « obstant aucunes coustumes du pays de Hënault, i» lui confirme celle du comté de Dreux, dont il restera saisi, tant que les sommes par loi avancées ne seront pas rembour-

* Bibl. imjf. de Saint- PéUrshourg , Doc. français, vol. 71, u" 89.

DE COMMIMES.

sëes, et y ajoute la vente d'une maison nommée la Picquemuse, située à Paris, près du palais des Tournelles. Il est à remarquer en effet que Commines se maintient dans la jouissance de la terre de Drenx, malgré divers procès qu'engagent Jean d*Âlbret, comte de Nevers et seigneur d*Orval, et Jacques d'Bstouteville, baron dlvry : il prend même, dès le mois de novembre 1490, le titre de comte de Dreux

D'autre part, rinfluence politique de Commines renaît de jour en jour, combattue et contestée , il est vrai , par ceux qui le craignent ou le méprisent, miûs s'imposant malgré eux, tant son liabileté est grande.

Gosme Sasseti écrivait de Ljon, le 10 juillet 1400, à Laurent' de Médicis :

Monseigneur d*Ar8«nton a recouvré la liberté d*a]Ier partout et est parti â*icipour une de ses terres. Néanmoins je ne crois pas qu^il retourne à la cour en ce moment, parce que sa monnaie n*y aurait point cours *.

La fortune du sire d*Argenton s'était d^à relevée, lorsque Sasseti mandait Tannée suivante A Laurent de Médids :

J*ai reçu votre lettre du 24 du mois passé, ainsi que la lettre destinée î monseigneur d'Ârgenton à qui je Tai remise : il est testé tiès-satis&it de votre bienveillance envers lui, il m*» a beaucoi^ remercié et parsit désirer de rester votre ami. Je Fai assolé que de votre côté vous ne négUgerieK rien dans ce but. U estcontinnellement id, nageant entre deux eaux. Cest un homme

* Le catalogue Joursanvault (n<* 1225) cite un acte de foi et hommage rendu le 22 décembre 1490 à Philippe de Commines, comte de Dreux et seigneur d'Argenton, par Michel Deschamps pour un fief relevant du comté do Dreux. (Archives des BasseS'Pjrénées.}

' Archives de Florence.

aage et subtil K Je ne sais enoore de quel côté il abordera : tous le saun» bientôt ■

Huit jours après , GommiiMs répondait à Laurent de M^cis :

Seigneur Lorens, je me recommande à tous de toute ma puis* sance. J'aj resu vos lettres pai* Gosme, et vous prie continuer en se bon pourpos envers moj. Vous avez assez su la prinse de Nantes, qui est cité petite et grans faubourg, la mieux garnie de pourtaux et de tours et de murailles» que nulle autre que j*aie jamès veue, et de fousés taillés en roc, mal mésonnée, et est la fin de la rivière de Lëre et rentrée de la mer de se costé de Bertagne, d'artillerie assez pourvue, et duché. Le treté a esté lonc, et grant merrilles que n*a esté découvert, car il est passé par beaucoup de mains, et en estoit assez srerty le marésal de Bcrtainge; mes il ne le povoit croire, pour le parentage. Madame Anne ne tient plus que Rennes, ville grande et fort peuplée, loins de mer* Le roj tient les présents paîB, sauf un apeUé Redon, qui est ville très-feUe, et n'y saront mètre gens, que le roj ne la preinge en VI jours, 8j elle n'est secourue. Six mois après. Rennes dira le mot par ûunine. On n'osa fère nulle asamblée pour tirer outre Nantes, de peur que oella ne descovrit Femprinse.

Autres petites villes tient ladite dame au bas de Bertainge, mès niens fort. Juques iej n^est désendu nuls Englès ; fimt-U que le secours vienge de là ou que' le roy ait Bertainge, ^on, que le roy desEomaina et de Gastille ficent grant effors par leur fons, qui samble mal aparant, calr on dit que ne s'atendoient de rien fôre jusques Pan qui vient. Il samble que Dieu meine les fets du roy, car il viennent mieux que l*Dn ne s'atendoit. Le mariage estoit mal profitable ; pour le fils ùt esté milleur que pour le père, et les Englès usent plus prins la matière & ceur, qui est naeion

* EgU è del continue qui et stassi infra due aqne, riputato homo .

savio et sottile.

• Archives de Florence.

DE COMMINËS. 79

puisante et riche «t gem YàsùB crains pour les bataiUee, ei n*a pas tenu àeux les séeons passées, que il ne se soient esprenrés en toutes autres dioses, et ne sont point crains desi.

Maint an a que la couronne de France tint Bertainge» se ne flisent-il et a esté encore plus bas ; mès par une bataille flitmoo- Trée. Pluisieurs désireraient que le roy espousftt cette flUe de Bertainge pour avoir pés & se bout, à Taqnit de sa conscience, et seroît une grant tgonsion pour cette couronne : autrement poroit bien èattap la guem encore. 87 n*estoit pour les Englès, le demorant de ladite ducbé ne dureroit ung mois; ils n*ont nul homme de seur qne le prinse d*Orange, qui & cette nécessité ne Ta voUa lesser encore, mès dit ne la transporter point, mès atendre la fortune dedans Rennes.

Je fais mon conte que dMcj à XII jours, Fermée du roy sera devant Redon. Conquérir Honguerie et recouvrer Bertainge, est grant em prinse ; et les Bertons désiroient homme qui se tînt sur le lieu. La parsoniie de ladite dame est fort louée et afecsionnée à se roy dos Romaius. Jecroj que selon la proféciedu roy Louis, à qui Dieu face pardon, que Italie dcrnora encore on pès aucuns ans.

J'espère bref la délivrance de monseigneur d'Orléans. Diverses opinions y a en cette court ; mès notre roy est très-sage et aime le harnès. Cosme vous escripra le demorant, qui en set plus [que] moy, mès je me soucie bien qui vous lira cette mavesse lettre. Priant à Dieu, seigneur, qui vous doinst acomplir tout se que vous désirez.

A Monsoreau, le XXI* d'avril.

J'ai parlé à Cosme d'une carte où est comprins Guinée, j'en tiens le double.

Plus que tout Téitre, CommiBS *.

Si Commines nageait entre deux eaux, c'était afin de cacher de nouvelles intrigues : le moment n'était pas éloigné

' Archives de Florenoe.

OÙ on allait 'voir combieii il était c sage et subtil. » Il avait retrouvé» A la cour de Charles VIII» le seigneur de Miolans,

naguère associé comme lui aux mesures les plus violentes de Louis XI contre la maison de Savoie. Le seigneur de Miolans parvint à s'emparer de l'esprit faible et inquiet de Charles VIII, d^à impatient de se dérober à la tutelle de oenx qui, jusqu'alors, avaient gouyerné eu son nom ; et son premier soin fat d'entraîner le roi hors du château du Plessis, dans une partie de chasse où l'on amena devant lui le duc d*Or!dans, délivré de sa prison de Bourges, qui recouvra tous ses honneurs. Ce fut ainsi, observe Saint- Gelais, que Charles VIII fit un tour de prince magnanime, ' , et que le dne d'Orléans se trouva pour jamais obligé de lui fidre service.

Le triomphe du duo d'Orléans était celui de Commines.

Peu de jours après, le 25 juillet 1491, Charles VIII, ne se contentant pas de renoncer à tout droit de confiscation, lui fit don, sous prétexte des garanties invoquées contre la couronne, d'une somme de trente mille livres, bien supérieure à ce dont il avait besoin pour indemniser les La Trémoïlle. Il semble aussi, Ters cette époque, avoir recouvré les pen<* sions dont il jouissait autrefois.

Un autre complice de Commines, Dunois, dominait en Bretagne. Il se réconcilia aussi avec Charles VIII. ^

* Dunois monrut au milieu de ses succès lo 25 novembre 1491. C'était « un très-sage chevalier, rempli de très-bon conseil sur toutes « le8 concurrences d'estat qui pou voient survenir. {Godejroy, p. 95.) Comme Commines, il aimait lea lattrea; il poaaëdait dans sa bibliothèqne daa auiaiiacrita précieux «t plnaiegra voluiwa imprimé dont rémunération ne aara paa aana intérêt pour l*hiatoira de la typograpliie avant 1402 : La mer dea hiatoirea. — Orose. — Eticqnea et polîtiequee.

D£ COMMINBS.

Le 6 septembre 1491, l'ancien parti des princes du sang est reconstitué. Un traité d'alliance est signé à la Flèche par les ducs d'Orléans et de Bourbon, les ëvéques d'Alby et de Montanban, le comte de Danois , Miolans et Du BonchagOi « pour servir le roj Charles, défendre et garder sa « personne, redresser le fait de son royaume et soulager « son peuple. » Les auteurs de cette ligue s'engagent aussi : « à s'aimer l'un l'autre, et à se porter, favoriser, soustenir « et tascher de se mettre l'un l'autre en la bonne grâce du « roy'. » Une prudence exoessiye, mais dictée par Texpé» rience, peut seule expliquer ici Tabsenoe du nom de Com* mines.

L'œuvre de Miolans et de Dunois , dirigée probablement par le seigneur d'Argenton, fut le mariage, aussitôt accompli qu'annoncé, du roi de France et de la jeune duchesse de Bretagne. Si Oommines ne parvint point à réunir la Flandre à la France, ce fut peut-être à lui qu'elle dut le territoire que baigne TOcéan. La patrie d*Artevelde avait résisté ; la terre du duc Noménoé se souvint de Duguesclin et ne se plaignit point de devenir française.

Anne de Bretagne se montra trës>reconnaissante à l'égard

^ Le propriétaire. — Le mirouer de vie humaine. — Le miroiier de la lUdemcion. — Méluaine. ^ Le TieU twtam«nt. — Le «kwirliial de U ooort. — Faadooliu tempornm. — ' Le oonfeesional Jarson. — Magnelonne. — Sidradi. — PoordiM. Le romant de la Roae. — Boèee : de eooaoIacîoB. -~ Bonnea meurt. —Manderflle. — Lea cammeiitalm Céaar. — L*art de che? alerie. — Le Inddaire. ^ Le doetrlnal daa creatieiia. — L*aaaaiitt de Roddea. — Le livre dea vioea et vertaa. ^ La Teageaoe de Jhémaaleiii. — Pradenoe et MAibée. — Le lay des tnapaaaëa, et plnaieDra antrea petiti traictUa. (BibL imp. de Paria. Ma.fr. 8912, f» 81 v») * GoDiFRoy, MitMrt de CkarUs VW, p. 616.

LETTRES ET NEOOCIATIONS

de ceux qui avaient négocié son mariage; c'est Commines qui nous l'apprend dans une lettre à Laurent de Médicis :

Seigneur Laurent, je me reoommande à tous autant que je puis, et je tous reiiMroie d^avoir liien voulu m'écrira ci de ce que Toua m*aTea foit dife par Oôme. Voua eerei informé du changement de oe mariage : les Toisins de la Bretagne en éprouvent une grande allégresse ; œux de la Picardie et de la Champagne ne se r^ouissent pas autant*. Le roi restituera honorablement la fille du roi des Rcnnains *, et tâchera de nous procurer la paix : je crois bien que jusque là nous aurons des allées et des venues. Monseigneur d*Oriéans et monseigneur de Bourbon nous ont beaucoup se^vi, car, par la f<n«e, on n*en serait pas venu à bout cette année. Le roi donne une très-grande autorité à ces àemi ducs, qui sont grands amis, et il les a pris pour cbambeUans pour foire tout passer. Je pense que les choses resteront sur ce pied un peu de temps. Le même prince a foit le duc d*Orléans, gouverneur de Normendle, il y a trois jours, ce qui est une marque de ce je vous dis plus haut. Tout le monde loue fort la nouvelle reine, et elle se montre.trbs^bligée envers ceux qui ont mené cette aflkire. Jè serai encore homme de cour pendant deux mois, toigours prêt à vous servir partout où je pourrai. Priant Dieu, seigneur LÀurent, qu*il vous donne raocomplissement de tout ce que vous désires.

Écrit à Tours, le III* de décembre.

chme vous écrira plus au long touchant les autres aflkirei de . ,

ce pays. ^ Le plus que tout vôtre,

COMBIYNBS «.

* Le 12 juillet 1491, Maximilien adressa aux populations de la Bourgogne un manifeste où il leur annonça qu^il ne tarderait point A les

affranchir de la domination française.

* Dôjà dans une lettre du 29 juin 1479, le comte Engelbert de Nassau avait engagé Charles VIII à renvoyer Marguerite à son père : c ee qui seroit un grand commencement de bien. » I/ocuMents françaù à Saint-Péiershourg.

* Archives de Florence.

DE C0MMINE8.

Quelques jours après, Laurent Spinelii écrit de Lyoa à Laurent de Médicis :

J*ai envoyé à dôme voire lettre du 2 et celle du seigneur d*Ârgenton : il vous répondra, comme il lui appartient, puisque c'est une affaire qu*il doit mener lui-même. Quant à ce qui a été fidt par Pabbé de San-Antonio je pense que le roi finira par céder à votre réclamation : il s*y conformera comme il convient, et il vous fera de plus indemniser. Je crois que le seigneur d'Ârgenton restera notre ami ; et pour ne pas Tiniter, je lui ai toujours dit que, si Dieu nous âûsait la grâce de réussir et de nous dédommager d*une partie des torts (^uc vous avez soutferts du temps de Lionetto vous lui ferles bien sa part : j*estime que .cet espoir rengagera à faire queleiue chose et même beaucoup s*il ajoute foi & ma parole

Laurent Spinelii ne se trompait point : Commines tenait

beaucoup à conserver l'amitié de Laurent de Médicis, et, ■ quelques jours après, il lui adressait une longue lettre, où il embrassait de ses regards toute la situation politique de rBurope, depuis les menaces da roi des Romains et du roi d'Angleterre jusqu'aux combats qui se livrent à Grenade, sans omettre l'espoir, mal justifié, qu'il nourrit déjà, de voir naître bientôt un héritier de la couronne de France :

Seigneur Lorens, je me recommande bien fort à votre bonne grftoe et vous merde de vous lettres. Desà n^est riens sourvenu puis se mariage, qu*& la vérité est grant exemple de fortune, comme disent vous dites lettres, car le rcgr Ta espousée comme

^ Cf. DESJARDms, 1. 1, p. 230.

* Lionetto de Rossi. La banque de Lyon, qn^il dirigeait, avait

éprouvé de fortes pertes.

' Archives (le Florence.

▼raye dodiesse et héritière de Bertainge, avec trèe-grant donère. Mès, se que plus les aide après Dieu» a esté la bonne délibéracion, qtt*il avoient d*eiix bien défendre et la grant réparadon qu'il avoient fet & la ville de Rennes, et sans cella riens ne 8*en fût fet, et 8 y est fort sagonent eondolt le prinse d'Oranges, et bon besoing Ij a esté, car sy les Allemans ussent entendu ledit mariage, il ût esté en grant dangier de sa parsone et tons oenx qui s'en méUoient.

De la pès de Honguerie, nous la tenons pour fette au profit et honneur du toj de Behaigne, avec queque poj de soupesou de guère par desà. Mès le plus dangereux est le roi d*Eng^eterre et solicite les autres. Le roy d'Ëspainge n a point encore fet en Grenade^ mes la chose ne peut guère durer. Partout j a embassadeurs, et puis aucuns seigneurs d'Allcmainge ne désirent point le roy des Romains trop grant. Toutfois il leur demande ayde : ne sé sy la ly front. On en a yci petite crainte.

Puis aucuns jours, c'est cuidé preudre Mes par intelligence de uiig des XIII gouverneurs de la ville, et si mesieur Gracian de Gevaro ùteu ses gens au jour qu'il avoit prins, et un autre gentilhomme de Loreine, la chose ne fût point faillye. Et depuis • avoient reprins jour au XXV'" de se mois tlo p-envier, auquel ledit {gouverneur devolt avoir la guarde d'une porte, car il en ont la guarde tour à tour. L'ng portier les a descouvers, et a ledict gouverneur esté prins : s'ût esté au profit de monseigneur de Loreine. Le roy se fet uug trés-hean })rinse et sage, et tous ses voisins quièrent son amitié, et ay espérance que Dieu ly donnera quequefois ung beau fils d'esté reyne, qui sera sage dame. Et atant fais fin à este mavesse lettre, priant à DiiMi, seigneur Lorens, qu'il vous doinst l'accomplisement entier de vous désires.

A Orléans, le XIIP de janvier,

De la main du plus que tout vôtre,

COMMTNES.

* Archives de Plorenoe.

DE OOMMINBS. 85

Trois mois après, Laurent de Médicis descendait au tombeau, laissant après lui une gloire et une puissance dont ses héritiers ne surent pas toujours porter le poids, et la première lettre que Oommines adressa à Pierre de Mëdicis qui lui succéda, reproduisit une de ces réclamations pécuniaires qui remplirent une trop grande partie de la vie du seigneur d*Argenton :

Seigneur Pierre, je me recommande à vous, tant comme je puis. N'a guères que moy estant à Paris, dis à Pellegrin Lorin, qui recout pour moy VI mille frans, qui m'estoycnt rleus en la ville, pour ce que c'estoit monnove, et n avois homme qui si bien s'i cognust, et aussi pour ce que me iiois de ly, car il a XX ans que hante fort en mou logis, se qu'il fist, et Ij ordonnaj bailler ladite somme par la ville à aucuniï, au bout d'un jour ou II, sus qu'il cstoit en franchise avec son Irère I^hilippe, qui, à ce jour avoit esté prins pour debte et par le moyen dudit rdlegrin échapé. Auquel lieu allay parler aux deux. Après plusieurs paroUes me rendirent partie de mon argent ; du surplus, montant deux mille VI" frans, s'obliga à moy devant notaires ledit Pellegrin de me payer ladite somme dedans troys moys, et voulentiers lui eusse presté, sans se mettre en ce dangier, car je luy pourchassois du bien par mariage : toutesfois n'a guères s'en est party, sans me riens mander, ne advertir, et ne sçay où il est tiré. Pour quoi double à grant paine recouvrer mon argent, et pour ce vous ]^ qu*il TOUS plaise mander Philippe son frère, devant vous, lequel je tiens cause de ce que par son dit frère m^a fait, dont en riens ne me mescontent^, mais que recouvre le mien, et lui dire se qui TOUS samblera propice, afin qu'il face dilligence que son frère me paye. Il vous alléguera quelque transport que me fist ledit Pdlegrin d'une debte du trésorier de Bretaigne ; mais je n*eni^ riens peu reoouvnw. Pourquoy de rechief vous supplie vous employer pour moj en ceste matière et m'en faire responce; tels tours ne prouffitent point aux bons marchans. Et

Ç6 LETTRES ET NÉGOCIATIONS

si en riens tous plaist m'employer, savez que tou^jours sois à votre commandement. Priant à Dieo, seigneur Pierre, que vous doint tout ce que vous désirez.

Dreux, oe IX* d'aoust.

Le tout vôtre, Phiuppb D£ €!ommtnbs.

il« aê^mw Pierre de MéiiMe *.

La lettre suivante présente plus d'intérêt : Coraraines venait d'être envoyé à Senlis pour négocier, au nom du roi de France', un traité qui devait confirmer l'union de la Bretagno et de la Franoe, ramener la paix sur les frontières des Pays-Bas et calmer le ressentiment de Idaximilien :

4« teignm' Pierre de M4dicit.

Seigneur Pierre, je me recommande à tous autant comme je puis. J*aî reoeu les lettres qu*i] tous a pieu n'a guères m^escripre, et en dit le contenu an rojr et à nul autre. Et à ce que j'ay entendu par sa responoe, crois que le trouvères tel envers vous, comme luy et ses prédécesseurs ont esté envers vostro maison. Et 8^ j a faulte en ce que Je vous dis, elle vkndra de tous, oomme plus i plain j'ay dit à Fransquin Norry pour ce tous esoripre.

Au senrplus & ce matin a esté oondu la paix entre le roy et raroheduc Pliilippes, en la présence des embassadeurs de l'empereur et du nn des Rodimains. Je vous en envoyé le gros, car les chosM ne sont pas encore couchées par le menu, ne ne seront de huyt jours. J'ay esté présent aux choses dessus dictes, Il y avoit icy embassadeurs pour le comte Palletin et pour les Suysscs et tous tendans à fin pour estre médiateurs de ceste paix.

Quant votre homme sera venu, je le adresiseray envers le roy

< Arehivea de Florctpee.

• JM».>t.n/p. 318.

DE COMMIMES.

et partout ailleurs, là oû ge pourray. Et si on autre chose vous plaist m'employer, vous mo trouverez tousjours à votre commandement. Priant à Dieu, seigneur Pierre, qu'il vous doint accomplissement de tout ce que vous désii'ez. Escript à Senlis, le VHP jour de m&y.

Le tout vôtre,

COUIITNBS *.

Ce fut en vertu des dispositions du traité de Francfort, renouvelées par le traité de Senlis, que Comraines recouvra ses domaines héréditaires qui avaient été confisqués lors de sa trahison; mais rien ne permet de croire qu*il ait revu le foyer paternel et les campagnes dans lesquelles il ne pouvait plus retrouver une patrie *.

L'homme de Pierre de Médids que Commines se chargeait « d'adresser, » c'est-à-dire de guider et de conduire,

se nommait Francesco délia Casa. Nous reproduirons quelques-unes do ses dépèches à Pierre de Médicis : i>a première est du 18 juin 1493 :

Je vous écrivis la dernière fois, que madame de Bourbon m'avait demandé si vous seriez content que le roi do France vous fît entrer dans la nouvelle ligue entre le Pape, les Vénitiens et Milan : répondez à ce sujet par le premier courrier. Monseigneur d'Argenfoii m'en a depuis touché un mot, et vous savez combien cela importe. Je me recommande à Votre Magnificence. Je n'ai rien de plus à vous dire pour cette fois, sinon qu'il me

< Archivai d« Floreaee.

* La maiioii d'Albrat réclama la terre d* ATesaei, en vertu da traité de Sentia, « par lequel avoit iU dMdé que chaaonn retoorneroit a» • rien ; t mais oe domaine resta à Charles de Croy, prince de Chiinay, qui avait é^wué Loniie d*Albret. (Docomeida citée par M. Rahlenbeok.)

88 LETTRES ET NÉOOOÀTIONS

paraît oertain ^oe je mènarai à bonne fin ce que yoiis iii*ai7ef confié, sans que noos en leçeriona ni grief; ni tort aaomi. Je legiette seulement que nos amifl, que tous savez, ont en quelque sorte apprivoisé quelques-uns de osa aaîgnMn arec lesquels j'ai affitire et qui désiraient pouvoir eUGmw tirer quelque chose de nous. Monseigneur d'Ai^genton en est un, et néanmoins il est tout TÔtie S mais le gouvernement est ici tel ai\jourd*liai ^e personne ne peat fiûre fond sur rien et qu'on n'y voit que oonfusion**

La seconde est écrite dix jours après :

Le roi revint ici samedi passé, qui était le 22 de ce mois, au soir. Le lendemain matin, dimanche, je Ais introduit par monseigneur d'Argenton auprès de Sa Majesté, et j*eus ma première aadiaioe dana un petit cabinet A Tusage privé du roi, où se pressaient une aoixantalne des principaux et plus grands seigneurs du rojaume., Bà Ui^esté, un ftinoon sur le poing, ouvrit votre lettre, y jeta un rapide coup d*œil, puis voulut lui-même la lire et la connaître tout ottidve* Après cette lecture, il se retira avec le sénédial eimonseignenr d'Argenton, et ayant pris connaissance de la lettre de la Seigneofie et dâibèré avee eux, il me dit que j'étais le bien venu, qu'il me ferait Inentftt entendre etquMlme ferait donner réponse de mes lettres de créance. Cela dit, il 8*en alla à la messe. De mon côté, je me retirai avec monseigneur d^Argenton et le sénéchal qui m'annoncèrent avoir reçu du roi ordre et commission de m'entendre le lendemain sur mes lettres de créance, avec Tassistance de quelques autres seigneurs qui en sont chargés.

Le prince de Salerne est, comme je vous l'ai dit précédem-

* Sok) mi dolgo ehe U amioi nostri, ehe voi sapete, haano in modo avveni qnskvno di quetti signori, eon chi io ho a fare, che aacora da aoi deiidenrano possere trarre qualehe oosa. E M. 4*Arg8nton ne è

uno, che nondimanco è tatto voatro*

* Archives de Florence; Dbsiakdins, N^oc. dipl. mire la Ffoutce itUt Toieane,t, I, p. 221.

DE COMMJMËS.

ment, grâce au séncohal, un des délégués admis dans les conseils relatifs aux affaires d'Italie. M'étant aporru, en causant avec lui, qu'il L'taiL ciioisi pour siéger à mon audicnro, je ne pus m'empèclier de voir dans cette désignation une inadvertance peu honorable pour le roi et pour nous, et secrètement j'en avertis monseigneur d'Argenton en lui en démontrant la portée. Celui-ci reconnut la justesse et l'exactitude de mon observation, il retourna auprès du sénéchal et le roi ordonna qu'on désignerait le lendemain avec le général de Languedoc, comme délégués chargés de coite affaire, le maréciial des Cordes, gouverneur de Bourgogne, le sénéchal et Argenton. C'est ce qu'on fît.

Monseigneur d'Argenton, comme vous savez, est tout vôtre : il me vient ici bien à point, c ar c'est un homme prudent et trèsentendu, et en outre il espère se servir de vous ou du moins se faire honneur de vos affaires. Je le vois, en ce qui touche toutes les nôtres, faire tous ses efforts, et bien qu'il n'ait pas grande autorité, comme les autres le craignent, il lui en reste assez pour que, avec son activité et son habileté, il soit encore pour vous un instrument excellent et nécessaire. Écrivez-lui, remerciez-le, et tâchez de le satisfaire, si vous pouvez, sur les trois chefs de demande que je vous ai transmis de sa part, ou au moins sor une partie de ceux-ci , surtout quant à son affaire avec Lorino quMl désirerait faire retirer de l'ordinaire ; il a écrit à Péron deBasohi de le solliciter; tâchez donc de Tobliger ou de vous en excaser de la meilleure fiiçon, et, en tout cas, songes à le i:éoompen8er par quelque senrif»; car c'est un homme assez convoiteux et qui ne sert pas tant par amour que pour tirer de tous quelque chose *.

* M, d'Argenton è, com vol sapete, tutto vostro, e di qiia mi vieue assai a proposito, perché è prudente e intende assai, e iuoltro perché spera valersi di vui, u almeno farsi onore délie materie vostre. Lo veggo in ingni noeira ooea andare di bnone gambe ; e, benehè non «la di grande autorité, perehè è temnto da ooston», nondimanoo non è di •I poea che, aoouata oon la sna prontena e destrma, non ci aia ano ottimo e neoenario initnunento. Serivetegli nne lettera e ringraiiaptelo e «opra i tre capi, di che per loi xi ecrisai per altn, vedete o di

W) LETTKhIi) ËT NÉGOCIATIONS

Péron de Baschi est trèe-avide, et je sais qu'à Milan on Fa fort bien traité do présenta et d*autres choses. S*il vous semble bon, d'après ce que ma dit Argenton, vous lui donnerez quelque gratification.

Il me parait étraiiye que nos amis d'Italie poussent si avant leurs alTaiivs : jVn causais avec monseigneur d'Arg^en ton, qui, par aventure, fait aux autn-s do ce rôté des promesses qu'il ne songe pas à tenir *, et il me repondit que je ne faisais pas autant de diligence pour votre serviee que le seigneur Ludovic ' nà'n fait pour son affaire.

Monseigneur d'Argenton me dit que si l'afTaire do Naples va plus avant, vous devez songer à une seigneurie pour vous particulièrement.

Je recois à l'instant votre lettre du 14, à laquelle je ne trouve rien de plus à répondre. Je ferai diligence pour eonnaitrc aussi en détail que possible les promesses du seigneur Ludovic et autre chose, si je le puis ; mais il faut mareher adroitement avec ces gens, car tous ceux qui ont ces seerets entre les mains, sont des hommes gagnés par le seigneur Ludovic, et monseigneur d'Argenton lui-même oriente habilement sa voilo de ce côté pour voguer avec le vent qui souâie

La troisième lettre» commencée le 16 juillet 1493, ne fut achevée que le lendemain :

Vous ajant écrit, il jr a huit jours, par Mathieu del Vccchio et

tutti o di parte aatia&rgli potondo, e iiMumme in questa >ua con il Lorino, che denderebhe lo traMsî de rordinario; e a Pérou de Basche ne écrive che la loUeoitl, ti che wdete di lervirlo o pigliarne buona eaeasaiiooe. e ad ogni uodo penaate di ricompenaarlo di qaakhe piacere, perché e uomo che appetîsce aasai, e non serve tanto par amore, quautoper viderai di voi di qualebe ooaa.

' Che, par awentura, altri di ooatà promette qaelk> che non pensa dioaiervare.

* Ludovic Stoa, tvtear du Jeune dtto de Milan, puis duc de Milan lai-même.

> Archivée de Florence; Dbsjardws, 1. 1, p. 223.

DE C0MMINB8.

vous ayant fait savoir alors le résultat do l'audience du roi et do la conférence que j'ai ouo aveo les cinq conseillers chargés des affaires d'Italie, je n'ai pas grand chose à vous dire pour le iDoment.

Monseigneur d'Argenton est parvenu par son habileté et sa prudence à se faire admettre au nombre des cinq, mais il n en est pas beaucoup plus avancé, car les autres, connaissant co qu'il vaut, ne lui disent pas tout. Nous lui sommes très-obligés de oe qu^il nous sert activement partout où il le peut, non pas autant pour l'amour naturel qu'il vous porte, que pour se fa^pe aussi honneur de nos affaires et so prévaloir de nous : il me rappelle souvent ses affaires et me demande si vous m'avez répondu à oe siget. Voyez si tous pouvez lui être agréable en quelque diose, et veuillez j aviser K

Lorenzone arriva, il y a deux jours; il avait, me dit-il, laissé à CMéans, Antonio del Repoli av«c qnarante^neuf faucons. J*en parlai de suite au sénéchal, avant le départ du roi, et Sa Miy^^té me fit dire de les envoyer à Melun, qui est une ville distante d'ici de dix lieues, oft le roi sera demain et où je me rendrai oe soir pour accompagner la cour partout où elle .ira. Ce matin j*ai reçu votre lettre adressée à Francis Nori et' à moi, par laquelle j*apprends que tous les fiiuoons sont destinés an roi. Nous les lui remettrions, si d^à nous n*en avions mis deux de côté pour monseigneur d'Argenton, qui mouvait prié avec beaucoup d*insis» tance der les faire venir ; mais, au moment de. les présenter, je tâcherai que le sénéchal les réclame lui-même pour monsei«

* M. d'Argenton per 8ua mdustria o prudenza è suto ammesso pcr UBO de dnque, ma non è tirato molto inanzi, nè gli fanno intender tatto perehè eonoMono ehe vale troppo. Noi gli siamo obligatl, cbe ei serve prontamente di qnnto puô, non taato pw amor natarale ehe vl porta, quaato anoora per fanU oonore délie tioee nostre, e per valerai di noi ; e spesso mi ricorda e demanda se délie sue fkccende mi avete ripMto ooea aicnna; vedete, potendo, compiaoergli in qnalehe eoea, e ne avrisate.

gnear d Argenton. Je vous dirai une autre fois comment le roi les aura reçus *.

La lettre suivante complète celle que dous venons de citer :

Je vous écrivis de Paris, il y a quatre jours, tout ce qui m'était arrivé alors. Depuis je suis venu ici où le roi se trouve pour 66 livrer à loisir à la chasse dans les environs. J'y ai fait amener, sur Tordre do Sa Majesté, votre envoi de faucons : le roi, curieux de les voir, alla les visiter à la tombée de la nuit. Il en est parti de ches vous cinquante-quatre, dont trois sont morts en route, à ce que m*a dit Antoine. Vous savez qu*au moment du départ, il j en avait quatre m mauvaise santé.

Laurent Spindli en a, parait^il, eu trois, pour les donner à je ne sais quel seigneur. Les quarante-huit autres qui sont arrivés loi, ne poumnent être en meilleur état, sauf un seul; il ne leur manque pas une plume, et ils sont beaux et gras au possible. Je vous avais écrit que monseigneur d*Argenton m*en avait demandé une couple et que je les lui avait promis, si je pouvais en disposer ; mais, vu voîte recommandation et la volonté de roi, tons les oiseux seront, comme vous Tordonnes, fidUement remis k-Qi M igesté ; et bien qn*une lettre de Lyon me mande que vous en avez promis deux à Filippo de Qagliano pour son frère Julien, qui demandait qu'on les remit ici à un trésorier de la reine, je vous excuserai et moi aussi sur ce que le roi a voulu les garder tous pour lui : je prendrai le même prétexte vis* à-vis de monseigneur d' Argenton

Au-dessus de ces détails d'un faible intérêt, se plaçaient des qujBstions politiques qui réclamaient une urgente solution. L'Italie était profondément divisée. Tandis qne Flo^ rence se rapprochait du' roi de Naples, le Pape, le duc de

* Archives Florence ; Dksjardins, 1. 1, p. 233.

* Arehives de Florence; Dbsjardinb, 1. 1, p. 239.

DE COMMINES. 93

Milan et Venise formaient une étroite alliance, et on ne savait encore dans quel but on avait stipulé dans ce traité • la levée de nombreux hommes d'armes. Il importait à Florence, flottante et indécise an.milieu de ces discordes, de tronver un appui dans le conseil de Charles VIII. Le 31 août 1493, Fhmoesco délia Casa écrit à Pierre de Médicis :

Depuis que le roi a quitté Paris, monseignear d'Ârgenton -n'a plus mis le pied & la cour. J'apprends qa*il doit y être aiyoïir* dlmi et j*en suis fort aise, car bien qu'il ne pédie pas en toute eau, il Tiendra néanmoins fort à propos à nos ambassadeurs dans bien des choses ^ Quand ils seront arrivés, ils devront, me semble-t-il, £ûre en tonte diligence un bon. choix d'un on deux de ces principaux seigneurs qui gouyement, et entrer avec eux en étroite intelligence et en bonne amitié, car si nous ne nous attachons à quelque bon ami particulier, nous n*aurons jamais aucune certitude dans nos affidres; et un bon ami dévoué et intime nous aidera mieux qu*une foule de relations sans valeur *.

Fraucesco délia Casa ajoute cinq jours après :

Je ne puis laissa de vous dire, quoique je pense que vous n*en ferez pas grand cas, qu'un ami secret m'a dit que Peron a eu un entretien secret avec le pape, pendant une nuit, dans une chambre où il n*7 avait qu'eux, et il craint que le Pape ne lui ait parMTde votre ligue avec le roi de Naples.

n me semble que vous devez le plus tôt possible nous écrire comment nous pouvons vous justifier de cette ligue, qu'on dit exister, et il ne serait pas mauvais, je pense, qu'en écrivant au

* L'Argeuton, dipoi ehe il rè partt de Paris, non è auto mai in oorle, e infesdo che oggi d debbe easire, cbe aaaai mi piace perché non Mtaate cbe non peaebi in ogni pelago, nondimanco a motte ooae

vérvk assai a proposito k nostri ambaadadori.

* Arehivee de Florence ; Dbbj;v*^^' P* ^*

loi, TOQB ^Tianes anad èxl sénéobal de Beauvais, qui ii*a plus «m titre de sénéchal de Garcasaoïme. Je n*ai pas aatre chose à vous mander. Nos ambassadeurs se dirigent yers Tours où le roi sera, à ce que je suppose, dans une disaine de jours

Gomminefl était-il cet ami secret? II y a quelque motif de le penser car Francisco délia Casa écrivait le 9 novembre de la même aimée :

L'évêque de Saînt-Malo a eu un eutretieu secret. Je Tai su par le seigneur d'Ar}?enton...

Le seigneur d'Argenton nous assure, et je le crois, qu'il parle et travaille pour nous *.

Ue autre ambassadeur florentin, révéque d'Arezzo, écrit

le 29 novembre 1493 à Pierre de Médicis :

Je me tiens volontiers sur mes gardes pour ne pas être pris, et je pense qu^il fait bon de ne pas bouger, car soit que vous avanciez, soit que vous reculiez, vous vous heurtez i des lances en arrêt : je voudrais bien que la cuve eût déposé son marc avant que nous goûtions le moût. II est bon d'aller doucement, mais trop est trop, dit^n ici. Voici le Pape admis dans Tappointement du roi d*Espagne. On sait qu'abandonnés à vous-mêmes, vous ne pourriez soutenir le choc des Français et des Lombards s*il vous atteignait. Qu'importe ? Je vous ai enseigné mille charmes pour Tamortir, diversions, mariages, cha|ieauz, etc., la nature vient de m*en révéla un nouveau qui jwr eoiiem, etc. On sait que le principe de oe mal fitt la corruption de ceux de lârbas pour abaisser celui d'id : pourquoi n'essayèrentpila donc pas de jeter la croche d*huile, pour un porc plus gras ? Nous avons appris, par le mojen de monseigneur d*Asgenion, que les promoteurs de Tentreprise ont tellement réussi & échauffer le roi qn*on ne Ta jamais vu si ftnieux.

* Archives de Florence; Desjardins, t. I, p. 252.

* Archives de Florence ; Dksjaadins, 1. 1 , p. 260.

DE OOHMINES. 95

L*a]lu8ion que j'ai touchée m-àuam du porc ^lus g-ras, je né 1a tiem pas d*uii méchant bavard. On la juge ntito mm fti d/iéio fit. C'est un grand personnage qui m'a glissé à roreîlle et tu^ Jftramnto le mot en question du porc

Gommines, qui rendait de si notables seriioeè, n'agisaait pas , nons l'avons déjà tu , avec un complet désintéressement; et Francesco délia Casa écrivait le 14 janvier 1494 à Pierre de Médicis ;

Monseigneur d^Argenton reviendra dans quelques jours à la cour; je voudrais bien pouvoir lui répondre quelque chose au si^et de 06 que je vous ai écrit & sa prière *.

Tont annonce qu'il fut fait droit, au moins en partie, à ces réclamations, puisque Commines se montra plus que jamais l'ami des Médicis et le défenseur des intérêts de Florence.

Oonunines combattait à la fois, dans le conseil de Charles YIII , l'opinion du roi et celle du duc d'Orléans qui voulaient tous les deux une expédition en Italie, Tun avec l'espoir de recevoir à Rome , des mains du Pape , la

couronne d'empereur d'Orient ^, l'autre avec l'ambition plus modeste de disputer aux Sforza l'héritage de son aïeule Valentine Visconti, le beau duché de Milan.

Charles VIII était « très-jeune et foible personne, plain « de son vouloir, peu accompaigné de sages gens, ne de

* ArohiTM de Florence ; Dbsjabdiks, 1. 1, p. 3S0.

* £*Aigait(m toraerà, fiRapocM dl, in corte; die desiderreîpoteigli reepottdere qiudche ooea di quanto scrissi a sna riehiests. ArtàiHt de

Florence ;DESJ\nT)WS^ t. I, p. 268.

^ Le 6 septembre 1494 , Andi-e Paléologue déclara céder à Charles VIII tous sec droite à Tempire d'Orient.

« bons chiefs » Quant au duc d'Orléans, c'était « un tt jeune et beau personnaige, mais aimant son plaisir*. »

Lorsque Commines affirmait que servir les Italiens, c était 86 mettre à l'hôpital, et beaucoup donner pour ne rien obtenir', il ne Élisait que reproduire Topinion même de Louis XI, qui s'était toujours montré peu disposé à intervenir dans les affaires d'Italie. Commines avait vu, sous Louis XI, Olivier le Diable triompher de ses sages avis. Il ne se sentit pas moins humilié quand un autre valet de chambre de son ancien maître, Étienne de Vesc, qui était aussi « homme de « petit estât et de petite lignée^ » fit, sous Charles YIII, rejeter de nouveau ses conseils.Parmi ses contradicteurs, se trouvait également le général des finances GuillaumeBriçonnet, qui avait épousé la fille de Jean de Beaune, le marchand de Tours qui avait jadis reçu le dépôt des premières largesses du roi de France en ûtveur du transfuge. Briçonnet, d'après notre historien, était « un homme de finance auquel le cœur « faillit » Étrange rapprochement ! Briçonnet avait, comme receveur du roi, enregistré la pension et les dons de 1472 qui rappelaient la trahison de Commines; Étienne de Vesc avait été l'un des témoins dont la déposition avait constaté ses fraudes dans la destruction des titres du château de Thouars : l'un et Tautre lui rappelaient ses hontes.

Ce qui, d'après Commines, manquait aux conseillers du roi et an roi lui-même, c'était « le sens. » Il observe des premiers : « Le sens des conducteurs du voyaige iiy servit

* iMi.,t.n,p.292.

•iM».,t.lI,p. 327.

* 3£ém„ t. II, p. 557.

* Ifém.» t. n, pp. 201 «t 329.

•iW»., t. II, p. 891.

DE C0MMINE3.

« go^e» » et il tu jusqtt'â dife dtf Chwlés Vif! : « Lé

« roy n'estoit pourvea, ne de sons, ne d*argent*. »

Ludovic Sforza, tuteur de son neveu le jeune duc Jeân- Galeas, appelait lés. Français en Italie : il réd&audt àê Charles Vill Fiftvattttare de \a yiïït de Gènes, ei ponr paf- Tenir & oe but, Il dottnA à oertAlns «efvtteuM du de FraBoey notamiMBt à Étientte de Vê80« htAt itdWë duettts. C'était trop peu, selon Coramines qui ne put ou ne voulut recevoir sa part dans ces dons. <f Si argent ils dévoient « prendre, dit-il, ils en dévoient demander pids *. » Ludovic Sforsa était du reste trop habile pour lie pas rénasli*, car voici le portrait que nous en a hdssd Oonotttlliêfl ! c Lediet seigoêiir Lodorvie «stoft hmnmé tf^alge, mais « fort craintif et bien souple quand il avoit paoup (j'en « parle comme do celluy que j'ay congneu et beaucoup de c choses traicté avec iuj)» et homme sans foy s'il Véolt son « prouffit pour rompre *. » Telles étaient les pratig%e$ qui venaient d'Italie

Charles Vm, de son cÔté, entretenait en même temps d^autres pratiques avec le Pape, les Vénitiens et les Florentins. Le soin de les diriger avait été confié à un «erriteur de lamaisojn d'Anjou, né en Italie et nommé Perron der Baschi, qae nous avons déjà vu employé aux mêmes intrigues par le R>i Lôufs XI ^ Les Pïorenths, de plus en plus inquiet», arrdent envojr^ Tevêque d'ArIse et Pierre Soderini

* J/i<«., t. II, p, 892.

« 3fém., t. II, p. 328.

» Mém., t. II, p. ni4.

♦ Mém., t. II, p. 311.

» Mém., t. II, pp. .321 et 557.

« Mém., t. II, p. 315.

GoniniBs. — II.

vers Charies VIII « pour dbsimuler avep \ny ^ > ComAttines se trouva, nous l'avons déjà vu, au nombre de deux qui

« besognèrent » avec ces envoyés de Florence Une autre ambassade, conduite par Pierre Capponi, rencontra le roi à Lyon Capponi , à qui on attribue cette célèbre réponse dans les murs de Florence menacée : « Si vous c sonnes vos trompettes, nous sonnerons nos cloches, » n*était, d'après Commlnes qui s'entendait en trahisons, qn*un traître, perfide vis-à-vis de Pierre de Médicis comme vis-à-vis de sa patrie^. Corainines eut peut-être, nous le verrons plus tard^ certains motifs de calomnier Pierre Capponi.

A Vienne, on discuta longuement dans le conseil du roi quelle conduite il fallait tenir vis-à-vis des Florentins. Corn* mines continuait à défendre leurs intérêts. Il écrivait le 6 août 1494 à Pierre de Médicis :

Âu idgmur Pkm de ItéHeit,

Seigneur Pierre , je me recommande à vous tant comme je

puis, pour ce que à Teure que vos gens partirent de Lyon ils me escripvirent, me priant que si je venoye ycy en court, que je voulsissc aider à adolsir les choses qui étoicnt mal entendues céaiis, et l'on vous trouveroit toujours bon serviteur et amy du roi.

Je fais responce à Laurens Spinelli au contenu de leurs dites lettres, pour ce que l'on m'a dit à Ljon en passant qu'il est retourné à Cliambéry, et luy escrips qu'il me face briefve responce pour ce que je ne sçay quel chemin je prendray au pai'ty

« Mém., t. II, p. 336.

< Mém,, t. II, p. 336.

> iMn., t. II, p. 339.

* Mém., t. II, p. 340.

DE OOMMINES. 90

^né le toj fera .d*icy, et pour le tempe que je j serai, m^emploieny Toulentiero à tous fiure quelque servioe. Et ne oonvindny à dire oe que m^escriprez, à penonne du monde, eapérant que ▼08 enrois et tos paroUes seront semUaMes. Touteefois il est force que chacun oongnoisse ses amis par dfect et en bref. Et si je estoie party à Teure tirant en France, si renToyeraj-je les lettres en telles mains que le roy les pourra Tooir et entendre, et messeigneurs d'auprès de luy ; toutesfois j*espère estre encoures là où sera le roy, m'ouffirant toujours tous servir en ce que il sera possible. En priant Dieu, seigneur Pierre, que TOUS doint ce que désires.

Escript à Vienne, oe VI* jour d*aoust.

Le plus que toni Tostre, Pb* db Comhtnbs

On nous a cfuisorvë .aussi la lettre que Comminos adressa le même jour à Laurent Spinelli. II y examine tous les griefs dirigés contre la seigneurie de Florence et lui donne de sages conseils :

A Ztmrm SpinàHy.

Laurens, je me recommaTido à vous tant comme je puis. Vous savez que à Tlieure de vostre partcmci.t de Lyon, vous et Cosmo m'avez escript, me priant, que si je vcnoie en court, que misse peine de donner à entendre au voy et à messeigneurs qui sont auprès de luj le contraire des charges que l'on donnoit contre vérité à la seigneurie de Florence et au seigneur Pierre de Médicis : en passant à Lyon ay sceu comment vous m'avez escript puis naguères et que les lettres estoient allées à Paris, les(iuelles je n'ay point eues, et que vous seul dcvés estrc de retour à ceste heure à Cliamhcry.

Pour quoy, tant pour satisfaire à vostre requeste que pour

* Brnoiit, lÊUtfti iê CmifMtt p. 85.

I^TTRBS ET NâOOGIATIONS

faire service audit seigneur Pierre de Médioia, aj mlf peint, dèeqae suis arrÎTé jcy.de savoir la véniâ dont pnwédoit oe grant mesoontentemont que le roy^Toit contre liqr» et en ay parlé aux principaulx. Tous disent gAnérallement, et enooares d*aiienns qni Touldroient ûûre plaisir à Tostre maison, que en tontee assemblées ci en tous lieux ledit seigneur Pierre s'est montré ▼ray parcial pour le roy Âlphons, et qu'il a fait reosroîr aon armée dedans le port de Pise et de là sont partis pour Tenir commencer la guerro mi rivière do Gennes. Anssy m*s esté parlé du reffbs que entre vous aves fkdt de prester argent» quant en avez esté requis , et que Ton vous voulloil liailkr tanes seuretés et prouffit, et que en brel^ termes eussisa esté paié et que Qennevoya n*ont paa fiiit ainsi. «Tay fait responee pour vostre escnse, que en général ne réussies jamais fait, et que d*autres princes vous eussent peu contraindre à faire le semblable ; mais que en particulier je creoys qu'on eust trouvé argent aveeques entre vous, au moins quélque sonune raisonnable.

H m*a esté respondu que autresfols Florentins ont presté deux cens mille ducas contans au roy Perrand et payé cinquante mille ducas tous les ans comme par tribut. Csst article ay-Je tenu comme japport fait contre vérité et Tay excusé à ceulx à qui il avoit esté dit, disant que de tribut jamais ne réussies payé et que si Florentins paiolent aucun argent par années, qu*il fÎEdlolt que ce feust pour quelque entretennement de gens d*armes à Teure qu^ils estoient ses alliés. D*autres plu- / sieurs choses m*ont esté dictes, que je passe pour briefveté.

Et pour fin de ma lettre, j'ay prié aucuns personnaiges et en bon lieu que cestb hayne voulsist repouser sans a^jouster plus grant foy aux rapports, ni faire nulle rigueur jusques & ce quo plus amplement le roy feust informé de vos excuses, et que après ce coup ne m'en empescheroie plus si je vous veoye gens obstinés. Et me semble bien que si ladite seignorie de Florence se vouloit déclarer franchement pour le roy et que le s^gneur Pierre en feust moien, qu'ils seroient reoeus plus en &venr et amytié aveeques luy qu'ils M temoA jauMd» rnno le Hm roy

DE OOMMINES. 101

Lojf » à qui Dieu paidoini. Et ne finit point craindre que à rappéiit d» mil ennemis qu'ils euisent, 1« roj fâiit ohoae dont i]g 00 denment donloir; et seroient les choses mieulx entendues que jamais. Et si n*entend point qu'ils feisâent nulle déclaration jusquos à ce qu'ils yeissent Teure propice.

Si TOUS TOUS mectes en dissimulations, les rappoHs et les mahenianoes oroytront chacun jour; aussi tous t^oz bien qu*il n*en est plus temps. Je ne s^aj que Je deviendray au partement du rcj, qui sera brief ; et pour ce, d tous me Toulla lespondie &ioCe»-le dlligentement. J'escrips tn^ lignes au seigneur Pierre, et remects la créance sur tob lettres. Vous sares que je lu7 Touldroje fitire service et à toute sa maison. En priant Dieu, Lanrens, que tous doint accomplissement de tout ce que TOUS désirez.

Esoripi à Vienne, le YI* jour du mois d'aoust.

Le tout TostM,

P|?*M00MimiB8 <.

Laurent Spinelli , qui gouveniait la banque de Pierre de Mëdicis, était, dit Commines, « un homme de bien en c son estât et assez nourri en France, mais des choses de c nostre court ne pOToit ayoir congnoissance *. »

Au milieu de ces graves discussions, Commines ne négligeait pas le soin de ses intérêts prives. Pour être plus certain de conserver le comté de Dreux, il se fit remettre à Vienne deux déclarations différentes par Alain d'Albret qui faisait partie de la même expédition. La première, du 9 août, porte qu'Alain d*Albret ne le forcera Jamais ni à prendre la seigneurie d'ATesnes, ni à rendre 1» comté de Dreux. La seconde, du 22 août, ajoute en termes contradictoires mais destinés à multiplier les garanties pécu-

* Bbmoist, LttKmdêCmynes, p. 23.

* iM».,t.U,p. 350.

niaires, que Commines a remis mille livres à Alain d'Albret, six cents à sou fils, de plus trois perles, et de ce chef Alain d'Albret reconnaît devoir an seigneur d'Argenton trois mille livres, qui devront être payées avant tout rachat dn comté de Dreux

Les perles vendues par ConiMiinos l)ril!èrent peut-être dans les fêtes qui signalèrent la marche des Français en Italie : il eût mieux valu une solide armure pour les périls qui marqnk'ent leur retour.

La guerre venait d'être définitivement résolue , et dès ce moment, Commines, qui Tavait combattue dans les conseils, montra le plus grand zèle pour en assurer le succès. Il nous apprend notaminciit qu'il ('ijuipa, à ses frais, une grosse galléace < très-puissante , avec grant artillerie ' et grosses c pièces, » telles que les Italiens n*en avaient jamais vues de semblables *. C'était, selon toute probabilité, le plus gros navire de la flotte, car ce fut celui que choisit le duc d'Orléans, qu*on croyait appelé à prendre le commandemwt de toute Tarmée de mer.

' Documents des archives des Jiusscs-Pyrihices, }>uhliés \m- M. Rahleubeck. Il y a quelques lacunes danii ces tîocuinents, l'ar une cbai-te dti 13 dëeembre 1493, le terme du rachat du comté de Dreux avait été prorogé.

* Ce go6t pour les armes qui devaient briaer les remparts et détraire len gros bataillons, parait avoir été héréditaire dans la famille de Commines. Son père avait réuni au château de Renescure un assez graad nombre de canons que le duc Philippe empbya en Orient contre les infidèles. Commines remarque que le foit de TartUlerie n'avait jamais été si bien entendu en France que dans Texpédition du l lD l et que les Italiens j connaissaient peu de chose. {Mém,, t. II, p. 31G.)

' Mém., t. II, p. 335, 342 et 346.

DE C0MM1NE8

En ces besoins pressants, on demanda cent mille francs aux SoU de Gènes à rintérêt de 3 ij^ pour cent par mois ' . On emprunta aussi à un marchand milanais cinquante mille ducats» qui furent avancés par le duc de Milan, i la condition qu'ils fassent garantis personnellement par divers seigneurs. Le seigneur d'Argenton, entre autres, s'engagea pour six mille ducats

Commines ût mieux encore ; il fut Tue des premiers à monter à cheval, afin de ne pas se trouver au milieu des courtisans dont il méprisait l'inezpérienoe *. liais il Ait. rappelé presqu'aussitôt, parce que le projet d'expédition, parut un instant ajourné; et lorsqu'on Texécuta, lo roi, mieux avisé, retint Commines près de lui.

* Coctier menacd de poursuites pour avoir reçu de Txjuis XI 93,000 écus en six ou sept mois, en avança 50,000 pour l'expéditioa d'Italie. (Commines, éd. Lengldt, t. IV, p. 289.)

• JM»., t. II, p. 331.

' Espérant passer les monts en moindre compagnie. {Mém., t. II, p. 331.)

Diyilizea by v^OOgle

LETTRES t;T KijaOCIATIONS

AMBASSÂPS DX COIIMJNBB A V£N|S£,

ÇHi^rlçs yiU ^juitta Vienne le 23 aofit |494 traversa

les Alpes Iç 2 septembre. II fut reçu on ami et en allié à Turin et se dirigea vers Asti, domaine de $ou beau-frère le duc d'Orléans.

Ludovic Sforza se rendit au devant de Charles VIU :

« jr A tfiM puimm que noua tanoiia grandM, dont vous

€ avez Tnne qui est Millan; Taultre ne bonge, qui sont « Vénissiens, ainsi n'avez afl'aire qu'à celle de Naples. « Quant vous me voudrez croire , je vous aideray à faire < plus grant que ne fut jamais Cliarlemagne. » — c Et c disoit vrai, lyoute Gommines, mais que toutes choses « eussent esté bien disposées de nostre costé. ' »

Ce fat à Asti' qne le roi nomma Commines son ambassadeur près de l'une de ces grandes puissances d'Italie. Il devait obtenir l'alliance des Vénitiens, ou tout au moins les

* Mém.t t. II, p. 336. Commines assistait à cette entreTiie, car Charles VIII et Ludovic Sfom M monti-ènint ron «t Tautro ka nonvallea qn*ilB rsgurent du combat d« Rapallo o& les Napolitaina avaient ét^ repoussAi.

* Comminca fit qndqna a^oora à Aati : « Je darnooray à partir « ancnna joara parce que la roy fot malade. » {Mém», t. II, p.

DB00MMINB8.

lOft

empêcher « de bouger. » Jîn efiet» eomm le remarque Commines, « par leurs Ibroes, leur eens et lear conduiote, ils < povoient ajséement troabler le roy. » Il s'agissait doue, en allant les remercier de raecneil qu'ils a^ent fait pr^

cédemment à deux ambassadeurs français , « de les entre* « tenir en l'araour du roi de France » *.

ho voyage de Commine* ne dura que six jours , « car le « chemin estoit le plus beau dn monde > Il s'arrêta à Pavie et admira au oopTent des Chartreux le monument Amëraire du duc Jean-GaWas I'', surmonté de sa statue ëquestre plus haute que Tautel et' entouré des éeus des eHés qu'il avait usurpées et sur lesquelles il n'avait auciui droit Le duc Jean>Galéas avait été Tami de liouie XI* qui le citait comme un modèle des princes. Comminee le juge en quelques mots, en l'appelant « ung grant et manTais tgrran, c mais honnorable *. »

An château de Pavie languissait prisonnier le jeune due do Milan Joan-Galéas II, qui avait avec lui sa femme et un jeune enfant. Commiiies lit de vains efforts pour le voir. Son oncle liudovicle cachait à toiu les yeux et faisait noyer les messagers qui portaient ses plaintes. Quelques jours àprhët Charles VIII (comme il le raconta lui-mdme à Commines)^ exigea qu'on le lui montrât, et il le trouva pâle, aouf-

* Mém., t. Ut p. 403. Les Vénitieiii ne s'étaient pas toi^ooni montrés bien disposés pour U France. Van 1488, Chailea TIQ flt saisir lears naTires. Dans une lettre de Loois de Graville, amiral de Franoe, on lit que les Vénitiens sont hérétiques et ennemis du roi. (DoefÊmmit fitutçêii à SM'PéUnbowtg,)

• JMi., t. II. p. 343< » Mém., t. II, p. 352.

« MM., t. U, p. 363.

LETTREii ËT NÉOOCIÂTIONS

frant, afiaibli, disait-on, par le priison. Ce triste speot^icle était l'une de « ces pitiés d'Italie ' » dont parie notre historien.

Commines trayersa Brescia, Vérone, Vicence, Padoue. « Partout, dit'il, me fût faict grant honneur et venoient ff grant nombre de gens an devant de moy, avec lenr podes-

« tat... Ils me conduisoient jusquos à l'hostollerie, et com- » mandoient à i'hoste que habondarnment je fusse traicté, et c me fiiisoient deffrajer avec toutes honnorables parolies ; c mais qui conteroit bien ce qa'il fault dotmer aux tabou- « fins et aux trompettes, il n*7 a guàres de gaing à ce « deffray, mais le traictement est honnorable *. »

Le l*' octobre 1494, Commines n*ëtait pas encore arrivé aux bords de l'Adi'iatique, car les ambassadeurs florentins à Venise mandaient ce jour-là aux Huit de Pratique ' :

On attend ici dans deux jours monseigneur d'Ârgenton, ambassadeur de Sa Majesté Très-Chrétienne le roi de France. On a ordonné à quarante gentilshommes de lui faire honneur en allant à sa rencontre avec deux bucentaures. Son logement est préparé à SainiOeoiges le Migeur. Je ferai la plus grande diligence possible pour savoir les motifs de cette visite, et Vos Seigneuries seront informées de tout ce que j'aurai pu recueillir*.

L*nn de ces ambassadeurs, Paulo- Antonio Soderini, ^ri^ait le même jour à Pierre de Médicis :

Monseigneur d*Aigenton doit venir id dans une couple de

' Mém., t. II, p. 355.

« Méra., t. II, p. 404.

' On donnait ce nom aux membres du conseil supérieur du gouvernement de Florence.

* Arohives de Florence. *

DE OQMMINES.

jours. Sachant la bonne amitié qu'il avait pour votre pèrè d'illustre mémoire et qu'il a encore pour y<Ni8,j*aile dessein d*aUerle visiter en cérémonie le lendemain de sonaniToe. Je sais que les envoyés de Milan etde Ferrare irontà sa rencontre à quelques milles ; j'irai seul lui faire visite comme je viens de dire. Si toutefois il vous semblait que je dusse agir d'une manière plutôt que d*one autre» faites-lc moi savoir. J'ai appris de très-bonne source que le seigneur d'Argenton doit exposer à la seigneurie que Sa Msgcsté Très-Chrétienne, informée qu'on fiui courir le bruit qu'elle n'est venue en Italie que pour bouleverser oe p^ys et se l'assigettlr en ravissant à la Sainte-Église sa liberté, envoie son ambassadeur déclarer et donner à la JElépublique l'assurance formelle que, sauf oe qui concerne le royaume de Naplcs (lequel, ainsi qu'elle Ta ûâi entendre & diverses reprises, lui appartient de droit), elle n*est' pas venue dans le dessein de nuire à qui que oesoit, ni d'occuper qudque point du i^ritoire d'autrui, quoique la conduite du Pape et colle de nos seigneurs envers Sa Majesté soient de nature à altérer ses bonnes dispositions.

L'ambassadeur de Milan répète qu^avant quMl se passe quinze jours, on apprendra une nouvelle des plus importantes. Je ne puis conjecturer de quoi il s'agit, ni ce que oe peut être. Vous en jugeres mieux

Ce fut le 2 octobre 1494 que Conunines arriva à Venifle. Il descendit la Brouta de Padoue à Fusina, où il trouva des barques petites mais élégantes et ornées de aomptneux tapis, pour fendre le flot endormi qui expire silencieusement sur ces lagunes chantées par les poètes. Vingt-cinq gentilshommes richement vêtus de drap de soie et d'écarf late, lui souhaitèrent la bienvenue au nom de la seigneurie de Venise. Ce fut avec une vive admiration qu'il salua ses canaux couverte de trente mille gondoles, ses édifices, ses

* ArdiiTes de FlQrenoe.

LETTRES KT dÉGOOUTIONS

jfvdiw, uonafttèrw, tes soixuite-douze paroisaes, < et c Mt choM biin esirange de iwAr si belleB et si grans « églises fondées en la mer ^ »

Gommines s'arrêta d*àbord à l'église de Saint-André,

où d'autres gentilshommes lui adressèrent une seconde harangue. Là se trouvaient les ambassadeurs de Milan et à» Fârrare» et ce fut plaoé au milieu d'eux qu'il monta dans une barque beaneonp pins grande, tendue de satin cramoisi, qni le porta dans la grande me qne les Vénitiens appellent le Grand Canal, c la plus belle qui soit au monde, » car elle est bordée de palais dont les façades sont de marbre ou do i)orph yre. Si on y pénètre, tout répond à œtte inaguificence, car partout l'or et les peintures marient à i'envi les pompes de la richesse et le génie des arts. « C'est, dit Corn* < mines, la phM triomphante cité que j*aye jamais vene » ' C'était, de plus, celle qui recevait le mieux les ambassadeurs étrangers, et une compagnie de cinquante gentilshommes ne quitta pas l'envoyé de Charles VIII jusqu'à ce qu'il fût arrivé à l'abbaye de Saint-Georges, où on avait préparé sa résidence.

Commines lyoute que Venise est aussi la cité « qui plus c saigement se gonveme; que ses affaires sont plus saigec ment conseillées que de prince , ne communaulté qui soit

€ au monde ; qu'il a connu les Vénitiens si saîges et tant € enclins d'acroistre leur seicïneurie que, s'il n'y est pourc veu tost, tous leurs voisins en maudiront l'heure \ » Égaux aox Romains par leur génie, mais plus prudents et

• Jfite.,tU,p.405.

• Mém., t. n, p. 406.

• Jfés., t. n, pp. 321 et 409.

DE C0MMINB8. 100

mieitx {ostruits par rexpérioDce, iU n'ont point do tribmil

du peuple, et le peuple lui-même n*est point pbrt^ aux discordes civiles , car il se compose en grande partie d'ëtrangors. Si toutes les fonctions sont réservées aux gentilshommes , il n'y a ni ti'ësors, ni commandements d'armée qui puissent exciter leur oonvoitifle et leur ambition ^

C'était à des YënitieDs que Louis XI » montant snr le trône, avait demandé les secreii de Tart de gouTemor les hommes*. C'était aussi à des Vénitiens qu*à la cour de Bourgogne, Commiues, jeune encui e, avait entendu raconter les révolutions de l'Orient, où Mahomet II s'était élevé moins par. la force que par la ruse , moins en exterminant ses ennemis qu*en semant la division parmi enx K Les Vénitiens avaient lutté avec les mêmes armes. En 1494 et en 1495, ils entendaient c plus que jamais la façon d'enlz « deffen(lr<3 et garder *. » Coramines devait trouver parmi eux des émules et des rivaux dans l'art diffidie de dissimuler.

L'ambassadeur florentin se hâta d'annoncer aux Hait de Pratique Tarrivée du seigneur d'Argenton :

Monseigneur d* Argenton arriva hier soir, et les gentilshommes qui en avaient reçu Tordre comme je vous l'ai écrit, allèrent à sa rencontre à cinq milles d*ici avec deux bucentaures ; ce matin ils se sont, au nombre de trente, rendus avec lés mêmes buœntauree à Saini^leorges où il esl logé, et rouf conduit à l'audience. Je terni diligence, comme je vous le disais dans nm denièn kMm,

* JTiAi., 1. 11,^.531.

* CHASmXAIN, t. IV, p. 190.

* jf^., t. Il, p. m.

* Mém,, t. n, p. 409.

110 LBTTRB8 ET NéGOCIATIONS '

pool* savoir quelle est sa cbai^, et j'en rendrai compte à Vos SeigEenriee *,

Commines, résumant le discours qu'il adressa à la seigneurie de Venise, rapporte qu'il la remercia de la réponse fkite à d'autres ambassadeurs français : que le roi pouvait se confier en elle en poursuivant hardiment son entreprise Après avoir invoqué les anciennes alliances des rois de France et de Venise, il s'efforça de justifier les projets de son maître sur le royaume de Naples et sur l'Orient, et offrit aux Vénitiens le port de Brindes où les croisés s'embarquaient au XI* siècle, jusqu'à ce qu'on eût pu leur rendre aux rives de l'Hellade on du Bosphore quelques-uns de ces territoires que les compagnons de Dandolo avaient conquis» mais qu'ils n'avaient su conserver. A ce que rapporte C!ommines, les Vénitiens lui tinrent les meilleures paroles du roi et de ses affaires, parce qu'ils supposaient qu'il n'irait pas plus loin que le Milanais, et montrèrent un grand désintéressement en ce qui touchait la cession des ports de Brindes et d'Otrante, car ils savaient bien que le roi ne les possédait pas et ils croyaient qu'il ne les posséderait jamais. Du reste, ils craignaient peu les Français < et ne s'en faisoient « que rire »

Nous mettrons sous les yeux de nos lecteurs les pièces officielles conservées aux archives de Venise; ils y trouveront sur la premik^ audience accordée à Gommines les intéressants détails que cherchaient à recueillir les envoyés florentins :

* Ardiivii de Florsaoe (Soetobra 14M).

* Cette rëpome ert donnée par OcDmor, Hitf* de Charïet YIIX, p. 239.

*iM».,t.II,p.413.

DE OOMMINES.

JSommaire du discours de monseigneur d'Argenktn, au nom

Après avoir fait son compliment au nom du roi, et ses lettres de créance ayant été présentées et lues, monseigneur d'Àrgenton a exposé ce qui suit :

Aussitôt que Sa Majesté Très-Chrétienno fut arrivée en Italie et dès qu'elle v eut rejoint le seigneur Ludovic, elle résolut d'envoyer immédiatement monseigneur d'Argenton, en qualité d'ambassadeur auprès do l'illustrissime seigneurie, mais, à cause d'une maladie survenue au roi, celui-ci a été forcé de différer jusqu'à présent son voj^age.

Il remercia ensuite rillustrissirae seigneurie, an nom de Sa Majesté, du bon accueil qu'on avait lait à monseigneur de Citain, le dernier ambassadeur de Sa Majesté ici, des bonnes relations qu'on avait eues avec lui, de l'ordre transmis au capitaine-général de traiter tous les navires et tous les sujets de Sa Mtyesté Très-Chrétienne comme ceux de Venise, de la réponse donnée à Sa Miyesté concernant la demande faite par elle de oin^ galères que la République s'est excusée, par de bonnes raisons, de fournir, ainsi que de ce qu*elle aurait répondu ans «inbaasadeurs du pape et du roi : que l'intention de rillustrissime seigneurie est de rester fidèle à l'amiUé et & Tallianee de sadite Majesté Très-Chrétienne.

Il déclara de plus qu'U a éfé et est envoyé pour justifier Sa Majesté de l'intention que lui ont prêtée lesdits ambassadeurs, de ne pas se contenter du rojaurae de Napks, mais de vouloir aussi usurper l'Italie entière, œ que monseigneur d'Argenton déclare être faux. Non-seulement iln*a jamais été dansles usages de la couronne de France de 8*emparer du bien d'autrui, mais Sa M^esté, en oe qui ]a toucbe, a fonueilement manifesté son intention à cet égard, eioe n*est pas ello qu'on pourrait suspecter de ce chef. Il sniBra de rappeler qu'après la mort de son père, on la rit rendre Perpignan et le

1 12 IJSTTRBS ffr NÉGOCIATIONS

Roussillon à la couronne d'Espagne, sans même exiger la restitution de rengagère qui s*élevait à près de 350,000 écafl; que le roi a de même rend» à Tardiiduc d*Aatriche les places qoi lui appartenaient. Il affirma que Sa Majesté n*a pas la moindre prétention snr lltalie, sauf mr le royaume de Naplefl,.qiiî est le sien à juste titre, et eneore ti*edt-oe que pour arriver à reconquérir sur les infidèles les villes et les provinces qu*il8 imt usurpées; que Sa Majesté b*aurait même pas le môindre souci de son royaume de Naples, si elle ne voyait dans son entreprise une oeuvre ohtfétleiine; que, ûê rojanme reconquis, elle rétablirait les seigneurs ûtaiB leurs domaines et leur restituerait à tous leurs possessions, Après qnd il restera fort peu de chose & Sa M sgesié, vu les énormes dépenses qu*elle aura & fkire pour mainfenir Tordre dans son dit royaume; que le Saini-Pére n*a pas de motif légitime pour se plaindra de Sa Majesté, puisqu'elle entend lui pAyer pour ledit royaume, le tribut qui 8*élève à 4d ou 44,000 écQS par fin ; que Sa ICajesté tient beaucoup à ce que la séréidssime République Mit informée de ces droonstances, pour flft Jurtiflestion ; que Sa Bf^'esté, en considération de Tamitié et de Fallianee réciproques qtil existent entre elle et la sérénissime République a résolu de faire part & celle-ci de ce qu*élle compte Mre cette année, I>'abord, en ce qui concerne Ostie, Sa Mi^ieaté n^enteod pas garder cette ville, pas plus qn^aucnne autre place de réalise ; elle veut k restituer et la remettre entre les mains du révérend cardinal de Saint-Pi«rre-ès-Idens, qui est, comme tout le monde sait, évéque et patron de ce siège. SaM«^)e(r(é compte partager ses gens d'armes en deux corps : l*tti, qu'elle enverra à son camp, près de Fenare, où il n*y a paa endors de iroupeff françaises; Fautre, sons les ordres de monselgiiear de Montpensier, marcbera snr les places des Mo- Mttflnff, Idsqoeiff, aprts avoir promis à Sa Blegesté qu'ils se déelareaMdent pour aile & m arrivée en Italie avec une armée, \ n*mit pas laissé, à PaelfhV&cuM et 4 Rapallo, de &voriser, dTassisCer et mémo d'aoeneiUir ses ennemis. A protesta du reste que Sa Majesté ne voulait rien prendre auxdits Florentins, s'ils lui

DE COMMINES

livraient passage pour so remire au but de son expédition ; qu'elle leur demanderait ce passaii;e et que s'ils l'accordaient de bonne grâ(?o, elle les traiterait en amis ; que par cette route elle comptait rallier l'armée de Colonua, qui s'était, ainsi que Sienne, prononcée en sa faveui', et que, de là, 8a Majesté se porterait à la conquête de son royaume ; que si lesdits Florentins lui refusaient le passage, Sa Majjesté se verrait fort à regret forcée de s'emparer de quelques-unes de leurs places, ce qu'elle ne ferait du reste que pour les raisons qu'on vient de dire et pour aucun autre motif; qu'il était aussi bien vrai que Sa MÉyesté forait savoir aux Plorentins, que s'ils voulaient conserver PieiTo de Médicis pour leur gouverneur, comme il l'est aduclU meiit, elle en serait bien aise; qye s'ils voulaient au contraire rétablir le gouvernement de la commune Sa Majesté ne s'y opposerait pas davantage. Voilà ce qu'il avait à exjioset' pour le moment, ajouta-t-il, et il demanda à être enten<lu par les auditeurs sur des questions plus particulières : il rendit de grandes actions de grâces pour les honneurs qu'on lui avait faits dans cette ville et dans tout le territoire de la seigneurie, s'en louant hautement et i>romettant d'en faire rapport à Sa Majesté Très-Chrétienne, comme aussi d'embrasser' en toute oirconstauee le parti de la République, 11 finit ])ar une allusion à la sage réponse super qnalitatihus, que lui avait faite lo sérënissime Doge, en disant qu'il existait de nombreux motifs d'amour et de bienveillance récipi oques entre Sa Majesté Très- Chrétienne et la sérénissimo République, que rien entre eux ne donnait lieu à la haine ou à l'inimitié, et que les ennemis de l'un ne pouvaient être les amis de l'autre.

Des auditeurs spéciaux furent désignés pour recevoir les communications c plus particulières > qu'avait à faire le

seigneur d'Argenton. En voici le résumé :

' Monseigneur d'Argeuton exposa trois points : 1*> Que bien des gens assurent que la s^nissime République

^ Governar a comunita.

connmn. u. 8

ii*68t pu contente que Sa Majesté Très-Chfétnane s'eapar» én royaume de Maplet, aAn de se pas avoir vd aeignenr pin» guissant dans ce royamne que le roi Àlpheose, qui le gouverne en ce moment; que cette hésitation ne pcai venir à Tes^ prit de la seigneurie; que s'il loi semUaii que son allianoa arec Sa Majesté Très-Chrétienne n'est pas aussi solide et aussi fBrme qu'elle le voudrait et s'il lui convenait d'y joindre quelques articles additioniielsi. Sa Majesté était toute |)réte à le foÀiet et l'ambassadeur promettait do lui en éei-iix' immédiate- .Bient, s^eagageant à avoir la réponse de Sa Mtyesté dans six jours, trc^ le mandat et lee plein» ponrolr» nécessaires pour

2^ (^le^ lerojMUnC'^d^NapIes étant reconquis par SaMi^esté, alla aurait j^ns leaoin ds.u~sdxénissime République que celle^i de Sa M^^esté, car eUs lestttimit à tous les seigneurs leurs pcrasessioas et n*eii garderait que la mSÛfàve partie en compensa* tien de ses dépenaes; qu'elle étaîimue daàisa conduite, non par un sentiment de cupidité, mais, uniqueaev^^r le bien de la religion chzélienné; .que Sa Majesté possédait d^ un royaume trèa-vaate qn^éUe snrait i protéger constamment/vfontre TAne^terre et contre la Bourgogne, àm câté de Perpignan et du cdté ds Mailmaieitt, d*eù Fan pouvait conclure qB*eli& aurait teB(»n de la République comme il a été dit plus haut; \

9* Qu'il avait cba^ de parler du dernier point oommeVm son propre nom, et seulement avec deox ou trots personnes^ . c'est-èrdire que, si la seigneurie désirait avoir quelque ville ou port du royaume de Naples, Sa Migesté Très-Chrétienne était prête à le lui abandonner libéralement, jusqu'à ce qu'elle eût recouvré en Grèce sur le Turc quelque autre place ]^us importante qu'elle lui donnerait en échange; ^e si la sérénissime se^eurie voulait assister Sa Migesté dans son ^pédition de Naples, à savoir avec dix ou vingt galères, ou bien avec cent ou deux cenis lances» ce secours découragerait le roi Alphonse et hâterait le succès de l'entreprise, et Sa Migesté saurait reconnaître l'assistance qu'on lui aurait prêtée et s'en montrer reeon-

DE COMMINES

naigaante ; mais, que Sa Migeste, soit qii*eUe reçût oette aide de la

République, soit qu'elle ne la reçût pas, n'en étoit pas moins bien

disposée envers elle, et que, dès que Texpédition de Naples serait

terminée, on pourrait s'occuper de la réforme de TÉglise et de

bien d'autres aflSûres qui touchaient à l'intérêt de la chrétienté *.

Le lendemain, 4 octobre 1494, Oommines présenta ses lettres de créance au Doge « qu'on honore comme un roi, » mais « qui ne peult gnères de luy seul. » Néanmoins, Agos-

tino Barbarigo, qui était depuis longtemps investi de cette dignité, était « homme de bien, saige, bien expérimenté « aux choses d'Italie, doulce et amyable personne ^ » Cette audience se borna à quelques compliments, puis l'on montra à Commines l'arsenal où la République préparait ses yictoires, et la chapelle de Saint-Marc où elle en déposait les trophées.

Les Vénitiens prirent huit jours (leurs conseils étaient un peu longs, dit Commines) pour répondre au discours qui leur avait été adressé. On nous a conservé le texte de la délibération qui eut lieu à ce sujet :

DélibmtUo» du Sénat de Venise (9 octobro 1494).

Le Sénat décide qu'il sera lépondu à l'ambassadeur de Sa Majesté Très-Clirétienno, en ces termes, en ce qui touche les propositions dont il a été fait rapport on ce conseil :

Magnifî(iue ambassadeur, nous vous avons déjà amplement déclaré, la première fois que vous fûtes en notre présence, le profond respect que nous avons pour Sa Majesté Très-Chrétienne, respect que de tout temps notre seigneurie a professé envers

* Archives de Veuise^ Délibérationa secrètes da Sénat, XXXV, f> 31. Cf. Bbmbo, p. 27.

* Mém., t. II, p. 407.

son auguste dynastie, ainsi que Testime toute partieoliire que nous faisons de yotre très-digne personne; il nous paraît donc qu'il serait superflu de revenir sur ces deux points, et nous nous en référons & ce que nous vous avons fiait entendre de vive voix. Nous croyons également qu'il serait oiseux de rien i^'outcr à propos des remerciments que Sa M^'esté Très-Chrétienne a la bonté de nous adresser, au si^et de Faocadl que nous avons fait à monseigneur de Citain, naguères encore «on ambassadeur auprès de nous, et au sujet de nos bonnes inten* tiens envers sa propre personne : nous n'avons en cela rien &it qui ne nous fût dicté par la bienveillance et le dévouement qui nous animent envers Sa Majesté. Nous agréons les justifications qu'elle nous a fait cxpusc r par Votre Magnificence, d'abord en notre prét-ciifc, puis yav lo (Tiiial do nos députés, à propos de la présente expédition de Sa Majesté Très-Cliréticnne et de son intention do no n vondirjiior que ce qui lui revient de droit, et nous le faisons d'autant plus volontiers que nous avons toujours connu la justiee et l'équité do la très-chrcticnno maison de Fi-aneo, et partieulièicment de Sa Majesté qui en a donné de si ^Tands témoignages, en restituant Perpignan et le Roussillon aux Espagnols et d'autres places à l'illustrissime archiduc d'Autriche, comme nous l'a si bien rappelé Votre Magnificence. Bien plus, nous n'avons jamais conçu do pensée, ni de soupçon du genre de ceux dont Votre Magnifieenee nous a parlé. Loin de là , dans l'opinion générale que nous avons de la justice et de la bonté do Sa Majesté Très-Chrétienne envers tout le monde , nous avons toujours tenu et nous tenons encore, nous fondant sur l'amitié, l'union et l'alliance réciproques qui nous attachent par des liens si solides et si sincères, à ce que Sa dite Majesté considère comme les siens propres notre État et nos biens, avec la ferme conviction qu'elle maintiendra la dite alliance avec nous, comme nous le ferons à son égard. Cette cause d'une suspicion non méritée étant écartée de nous, il n'est plus besoin de renouveler, confirmer ou étendre notre dite alliance, comme Votre Magnificence Ta proposé, et

DE COMMINKS.

mcmo nous sommes CGavaincus qu'il ne serait pas possible d'y rien ajouter.

Puisque dans son discours et dans ses justifications, Votre Magnificence nous a fait comprendre que Sa xMaJestc Très-Chrétienne n'a pas, en ce qui concerne l'affaire d'Ostie, l'intention de conserver cette place, mais qu'elle veut la laisser entre les mains de son révérendissime évèque et seigneur le cardinal do Saint-Pion e-ès-Licns, et que sa Majesté ne veut également retenir aucune autre place do FEglise, nous ne pouvons que la louer hautement d'un si saint propos , et en cette circonstance le roi agira comme il convient à son titre de Très-Chrétien.

Il no nous reste qu'à rendre (î "amples et immortelles actions de grâces à Sa Majesté Très-Chrétienne de ce qu'elle nous a fait part, avec tant d'amour et do confiance, dos événements qui lui arrivent, ce qui accroît grandement nos obligations envers elle. Estimant qu'il est de notre devoir de communiquer pareillement à Sa Majesté ce qui, de notre côté, peut être digne de lui être notifié, spécialement en ce qui touche aux intérêts et aux dangers de la République chi-étienne, nous signalerons à Votre Magnificence que le Grand Turc qui tend sans cesse à in<piiéter les chrétiens, surtout lorsqu'il voit quelque présage de discorde, vient de contraindre par la force des armes presque toutes les terres et les places fortes de la pauvre et misérable Croatie, déjà ravagée et désolée par ses troupes l'année dernière, à lui payer un tribut et à le reconnaître pour son seigneur et maître ; il est parvenu ainsi à subjuguer cette importante province, ce qui est comme le premier degré et le plus aisé de l'invasion de l'Italie. En outre, ces jours derniers, il s'en est peu fallu que les Turcs n'occupassent furtivement Belgrade, place et château d'une importance plus grande qu'on ne poui'rait dire, qui est la clef et la porte de toute la Hongrie. Ils avaient déjà pris deux tours, et s'ils ont été repoussés, c'est plus à la miséricorde du ciel qu'à la force humaine qu'il faut l'attribuer. De plus, nous reçûmes hier un avis de notre gouverneur de Capo d'Istria, du 6 courant, qu'une autre armée turque était eu marche vers la Bosnie et quelques autres

lia * LETTRES ET NÉUOCiATiONS

lieux dont les habitants, comme Tavaicnt fait éfralcment ceux de la Croatie, demandent depuis plusieurs mois secours et assistance, non seulement à Sa Sainteté, mais aussi à l'Italie entière, qui, eiiveloppée dans li\s troubles (jui raf.'itent actuellement, ne peut agir comme elle en aurait le désir. Nous si^nialons ces faits à Sa Majesté Très-Chrétienne, avec la plus profonde et la plus amère douleur, et nous ne doutons pas qu'elle ne partag-e, en les apprenant, le deuil et le chagrin qu'en éprouve notre seigneurie.

Ce projet fut adopté par cent cinquante-ime voix contre vingt. On décida toutefois que le paragraphe relatif à Ostte serait remplacé par la phrase suivante :

Puisque daD8 son discours et dans ses justifications, Votre Magnificence nous a fait comprendre que Sa Majesté Trèj}-Ghrétienne n^a pas, en ce qui concerne raffaire d'Ostie, l'intention de garder cette place, ni aucune autre du domaine de TÉglise, nous ne pouvons que louer hautement Sa Majesté d'un si saint propos, et en cette circonstance, elle agira comme il convient à son titre de roi Très-Chrétien *.

Cette rédaction fut approuvée par cent quarante-huit suffrages contre un. On tenait à ne pas mentionner les prétentions à la possession d'Ostio, iiivoî|uées par lo cardinal d(^ Saint-Pierre ad viîicula, Julien de la Rovère, qui se signalait alors dans le camp français parmi les plus ardents adver^ saires du pape Alexandre VI, et qui devait lui-même, quelques années plus tard, ceindre la tiare sonslenom de Jules II.

Commines s'était mis immédiatement en rapport avec Taddeo Vioomorcati , envoyé de Ludovic Sforza qui avait chargé son ambassadeur « de lui tenir compaignie et de « l'adresser*. »

* Archives do Veniso. Délibérations secrètes du Sénat, XXXV, f* 32. Cf. Bkmbo, p. 27.

* Mém.t t. Il, p. 403.

DE comAmE&.

• Le 7 octobre, nous rencontrons la première dépêche de l'amlyassadeur milanais :

lUesteissime et eieeliMitisaime «eigUMir,

Commo j'accompagnais aujourd'hui monseigneur d'Argenton, qui visite ce pays, Sa Seigneurie me pria de vouloir écrire en son nom à Votre Excellence, qu'autant qu'elle a pu en juger jusqu'à présent, l'intention de cette seigneurie est de ne s'opposer en aucune faron à l'expédition du royaume de Naplcs, que compte entreprendre Sa Majesté Très-Chrétienne. Il m'a ensuite chargé très-expressément de le recommander inst;immcnt à Votre Excellence : je lui répondis que, encore que l'amour do Votre Excellence envers Sa Seigneurie fût si grand pour le rang qu'elle occupe auprès du roi et pour son propre mérite, qu'il serait impossible d'y rien ajouter, je ne laisserais pas néanmoins d'exécuter ce dont elle me chargeait. Je me recommande de rechef à vos bonnes grâces.

Venise, le 7 octobre 1495.

Votre humble serviteur, Tadceus Vicomercatos *.

Qoatre jours aprèfl> le même ambassadeur rendait compte de la communication qui lui avait été donnée par le Doge, de la réponse que le Sénat avait faite au discours de Cornmines.

ninstrissime et «xodUeutiasime seigneur.

Je fus appelé ce matin en présence de rillustrissime seigneurie. Le prince' me dit qu^on m'avait mandé pour observer envers Votre Excellence l'usage ordinaire, en me communiquant les nouvelles importantes, afin que je pusse vous les transmettre, comme les Vénitiens en usent eux-mêmes avec leur ambassadeur;

« ArohifBSdtMUaa.

* On dMgaiit ainsi le Do«e.

I;i0 LËÏÏKES KT NËGOCUTIONS

que 068 jours passés on m'avait fait pa rt de ranÎTée de Tamliassa* deur du roi Très-Chrétien auprès de la^ seigneurie et du résumé de sa harangue; qa*en me communiquant aujourd'hui la léponse qu*on yavait fidte, on me mettrait mieux au courant de la question. Le prince chaîna alors le secrétaire de me lire cette réponse. Après les généralités où Ton dit qu*on lui a mieux &it connaître de vive voix les dispositions de cette seigneurie enveni Sa Majesté Très-Chrétienne, ou s'adresse directement à Tamhaik sadeur, et voici ce qu*on lui dit en substance: cette seigneurie est on ne peut plus disposée à maintenir et i entretenir rallianoe de Sa Mi^jesté Très-Chrétienne, inaugurée par ses augustes prédécesseurs avec une grandeur qui ne laisse pas songer même à la possibilité de Paccroitre. Sa Majesté no doit pas craindre que la seigneurie dévié jamais de cette ligne de conduite, eeUe-ci étant fermement persuadée que Sa dite Majesté, en sa qualité de prince très-chrétien, n'entreprendra jamais rien que de juste. On loua ensuite le dessein de Sa Mig'esté de ne pas enlever Ostîe à l'Église ; et pour répondre aux coramunications qu'elle a daigné Mre &ire & la seigneurie, celle-ci de .son côté finit par lui transmettre aussi plusieurs nouvelles importantes, comme l'occupation de la Croatie par le Grand Turc, qui profite do la discorde des princes chrétiens ; Tinvasion de Belgrade , poste très-important de la Hongrie ; la formation d'une armée turque vers la Bosnie pour passer on Italie. Telle fut la substance de cette réponse, mise en fort beau langage, comme vous l'entendrez mieux de votre ambassadeur qui en a reçu une copie pour vous Padresser. Je louai ia haute sagesse de cette réponse et je remerciai comme de coutume le prince de sa .communication. Je lui dis que je transmettrais cette réponse i Totre Excellence avec la même bienveillance et la même afllection qu'U me l'avait communiquée : ce que je fais en me recommandant i vos bonnes grâces.

Venise, 11 octobre 1494.

Votre humble serviteur, Tadbbus Viooxkkoatus.

DE COMMiNËS. 121

Post scriptum. Illustrissime et excellentissime seigneur, la même communication que j'ai reçue sur la venue en cette illustrissime sei^jneurie de monseigneur d'Argenton et de Texposé général de sa mission, a été faite aussi aux ambassadeurs du Papo, du roi Alphonse et du duc de Ferme, (jui ont été appelés successivement Tun après l'autre

Commines, fidèle à son opinion, se hâta, dès qu'il fut à s Venise, de tout mettre en œuvre pour le rétablissement de la paix. Non-seulement il écrivit au roi pour lui conseiller « de prendre un bon appoinctement » mais mm le Terrons aussi faire parrenir ses conseils jusqu'à Naples et hâter à Rome l'enYoi d*un légat qui se serait présenté à Charles VIII, muni de pleins pouvoirs pour signer un traité. Chose étrange! il ira jusqu'cà engager secrètement les Florentins à bien garder leurs forteresses contre les Français, afin que quelque succès ne Tienne pas exciter l'ambition et la Tanité du jeune monarque.

Il est intéressant de retrouTer dans les pièces diplomatiques de cette époque le témoignage manifeste de cette intelligence supérieure que nous admirons dans les Mémoires,

Dès le 5 octobre 1494, Soderini écrit à Florence :

Le sérènissime prince me fit dire hier soir par un des ehanoeliers que je voulusse bien me rendre ce matin, à rhenre de Tandienoe, en présence de la seigneurie, ce que je fls, et Sa Sérénité me tint à peu près le discours suivant : « Ambassadeur, « voulant maintenir les bons usages établis avec vos seigneurs, . € et comme il convient envers de fidèles amis à qui nous tenons

* Ardiivesde Milan.

• Mém., t n, p. 364.

LËTÏHËS ËT NÉUOClAïiÛNS

« à faire part do tout ce que nous apprenons d important, nous c avons juge utile de vous mander pour vous communiquer ce f que nous a remontré monseigneur d'Argenton, ambassadeur t de Sa Majesté Très-Chrétienne lo roi de t'rance. Son allocut tion a été publique, elle n'a pas eu lieu à huis-clos, et tout lo € monde pouvait entrer et ci-outer. Donc, après les salutations, € les protestations et les offres d'usage entre bons amis, ledit « ambassadeur exposa longuement toutes les raisons en vertu « desquelles Sa Majesté prétend que le royaume de Naples lui « appartient de droit (nous savons que les arabassadeurs de ce « prince ont fait la mémo dômaiche aujtre.s de vos seigneurs). « Or, Sa Majesté, ne pouvant souflïir que son liien soit injus- € tement occupé par d'autres à son grand dommage et au

• préjudice de son honneur et de sa dignité, est venue en f Italie pour le revendiquer les armes à la main, et son dessein

• est d'y rester et de persévérer dans son entreprise jusqu'à t ce qu'elle occupe ledit royaume. C'est ce dont nous avons » voulu vous fâii'e part pour que vous le communiquiez à vos « seigneurs. • A ces mots, le prince se tut; je i-emerciai Sa Sérénité et la seigneurie de leur bienveillante cummunication ; je les assurai que j'allais la transmettre à ^'os Seigneuries, que jVïtais certain qu'elle vous serait agréable au delà de toute expression et que vous vous empresseriez d'en rendre grâce à Sa Sérénité et à celte illustrissime seigneurie. Comme il me parut que lo priin e taisait ^illusion aux inotifs qui avaient pu déterminer ^'os Seigneuries à m'cnvojer ici avec Jean-Baptiste Ridolfi , je crus pouvoir répondre en termes ménagés : que , lorsque Vos Seigneui-ies curent reçu l'assurance que le l'oi de France devait traverser Tltalie, la ( onjonctui'O leur parut si grave qu'elles jugèrent urgent de nous dépêcher v«L'rs la seigneurie, connaissant sa vertu, sa gravité, sa sngesse et le rang considérable qu'elle tient en Italie, pour l'entretenir de ce projet, la consulter et se concerter avec elle, dans l'intention de ne manquer à rien de ce qui serait nécessaire pour assurer le repos général et la paix particulière des divers États de l'Italie ;

DE C0MMINB8. 183

que depuiï< , .Sa Majesté Très-Chrétioniie ayant réalisé son projet et fait les démonstrations qu'on sait, ayant on outre manifesté son intention do rester en Italie et de persister dans son entreprise, le péril, qui était d'abord éloigné, est devenu imminent au point que si Dieu et ceux qui peuvent nous aider n\v apportent remède, nos affaires vont tomber dans un désordre et un trouble que tous les efforts humains seront impuissants a conjurer. Eu eonséqueuee , j'exhortais humblement leurs illustrissimes Seigneuries à aviser aux cireonstances et à ouvrir un avis s'il leur paraissait opportun d'agir en tel ou tel sens, leur promettant que, eomme on l'a pu voir en toute oeeasion, Vos Seigneuries ne manqu(^raient pas, de leur eôté, de faire tout oe qui sera jugé utile au repos, à la paix et à la tranquillité do l'Italie entière. I.e prince me répliqua dans un langage trèsexpressif qu'on n'avait rien négligé pour faire en sorte que ios troubles actuels n'altérassent point la paix de l'Italio, qu'on suivrait la droite ligne et qu'on y persisterait jusqu'au bout avec zèle et diligence. A quoi je repartis que tel.i étaient bien aussi l'espoir et l'attente de Vos illastrissimea Seigneuries. 'Venise, 5 octobre 1494

Soderini écrit de nouveau le lendemain à Pierre de Medi^ cis :

Je m'empresse de tous &ire savoir que monseigneur d*Âigenton m'envoya bier matin son secrétaire pour s^excoser de ne point encore m*aToir fiiît maiidw, mais que la cause en était qu'il avait constamment Tambassadeur de Wàm sur les talons et qu'il m'écrirait ce qu'il aurait à me dire. Je le remerciai convenablement, je louai fort son bon procédé et je dis que si moi aussi je manquais à oe que rédament le respect et le dévouement de la République et de votre penonne envers le roi, comme l'amour et la ccmflaace que la BépuUique et vous, vous portez à son Excel-

* Archives de Florence. Gorretpoiidaneee des Huit de Pratique et des ambanadeors.

124 LETTRES ET NÉtiOCUTlONS

loncc, l'unique motif en était quo je ne voulais porter ombrage ni défiance à personne en faisant quelque démarche. Il vient do me faire dire par le même secrétaire (et c'est pourquoi j(> vous dépêche le présent courrier, avec ordre do se trouver à sa destination mercredi prochain, 8 courant, à la XX'' heure), qu'il a reçu des lettres do la cour par lesquelles on l'informe que le roi était engagé par la plupart des siens à s'en aller hiverner en Provence avec une partie de son armée, que J^aint -Malo et Beaucaire (ce que m'avait déjà dit monseig'neur d'Ai'genton comme je vous l'ai écrit) sont les seuls qui Ten détournent, que 8aint-Malo, ayant appris que le Pape envoie pour lég^t le cardinal de (iurck, lui a écrit que si ce légat se rendait de suite à Asti, il en résulterait une heureuse issue pour la pacification des allaires. Eu conséquence, il me cliarge de vous écrire (^ue le légat est prié de se rendre à son poste avec la plus grande diligence possible, et que, dans cette occurrence, si j'étais de bonne volonté, il n'eu résulterait que de bons effets. Je l'ai convenablement remercié en lui promettant de vous écrire au vol *, comme je le fais. Vous porterez un bon jugement, j'en suis certain, de la nature et du caractère de cotte confidence, et vous y donnerez telle suite que vous croirez être compatible avec i honneur de la seigneurie et le vôtre.

Je dépêche ce messager avec toute la diligence que je vous mande, estimant que si vous êtes le pii-mier en cette affaire, vous no pourrez qu'en recueillir de la reconnaissance et de l'honneur auprès de tout le monde -.

Le 11 octobre 1494, les ambassadeurs de Florence

rendent compte de la communication qui leur a été faite, aussi bien qu'aux ambassadeurs de Milan, de la réponse adressée par le Sénat à la harangue du seigneur d'Argenton:

Vos Seigneuries ont appris par ma letti^ du 5 de oo mois la

« Yolaado.

' Archi'vw de Florence.

DB COMMIMES.

communication quo cette seigneurie m*a faîte dn discours do monseigneur d'Argenfon et ce (jm- j ai jugé à propos de répondre à cette communication ; j aià vous annoncer que cette seigneurie m'a fait appeler co matin, et le prince me dit aussitôt : t Ambas- « sadeur, nous vous avons communiqué le discours qu'a prot noncé publiquement monseiixneur d'Argenton envoyé du roi t de France. Depuis, il a fait part à nos auditeurs de certaines t choses qui ne diffèrent guère de celles qu'il avait exposées en t publie. Selon la règle que nous nous sommes imposée à l'égard t de Vos Seigneuries qui êtes nos bons amis, nous vous les ferons « connaître en vous donnant lecture de la réponse que nous e avons adressée à monseigneur d'Argenton lui-même. • Dans cotte réponse , cette seigneurie déclare d'abord qu'en ce qui touche son respect et son dévouement pour la maison de France et st)i''( i;ilement envers Sa Majesté Très-Chrétituine, ainsi quo son aiieetion à l'égard de sa personne, elle ne peut répondre autre chose (jue ce qui a été dit lors du premier discours. Quant à ce qui concerne le royaume de Naples, elle a compris ce qui a été dit de la constante coutume de la Maison Très-Chrétienne confirmée par Sa Majesté dans beaucoup de ses actions, notamment (piand elle a restitué Perpignan et le comté de Roussillon dont il a été fait mention, et cette seigneurie considère comme hors de doute que le roi ne veut que ce qui lui appartient justement et honnêtement. Quant à l'alliance ou ligue entre Sa Majesté et cette seigneurie, elle ne sera violée, avec la grâce de Notre-Seigiieur, par aucune des parties qui l'ont conclue, et cette seigneurie est résolue à l'observer avec bonne foi et sincérité, si on l'observe ainsi à son égard, et il lui paraît inutile en ce moment de la confirmer ou do la renouveler. Quant à la déclaration d(^ Sa Majesté (prelle n'a pas occupé Ostie k\o(' la volonté • de conserver cette ville pas plus qu'aucun doniaini; de la Sainte- Eglise, elle approuve fort cette intention et dit qu'elle est telle qu'elle convient à son titri> de roi très-chrétien. De plus, 1<ï prince ajouta qu'en sa (pialité d'allié du roi cî de prince dévoué à la religion chrétienne, il était tenu de faire connaître à Sa Mtvjesté

Très*0hiéti6niie que le Tore, ton^urt impatient dWaoer le nom cbrétien ei prêt à Mûsir toutes les ocoaaions â*7 parvenir, a récemment réuni se» troupes dans la Croatie qui a été pillée et ravagée ra&née dernière» sauf quelques forteresses qui ont résisté et qui M eassent de demander des eeoowrsà Tltalie; mais ces aseouTB, rhalie absorbée par ses troubles, n*a pu les fournir. Des ftrteresses ont été réduites à capituler, et toute la CSroatie est conquise, dételle aorte que le Tore peut envabir facilement l'Italie, et dermèrement deelettres du 6 de ee mois écrites par le gou- Yerseur de Cape d'Istria ont annoncé que le Turc rassemble une geande année dans la Bosnie qui est une province Yoisine de la Croatie. il ^attaqué Belgrade, ville de la plus hante importance qui forme Teotrée de la Hongrie» et o^est plutôt par le seeoBFB de Dieu que par celui des hommes qu'on a repoussé les Turc» qui avaient d^ pris deux tours. Lorsque le roi Très- GhrétieB sera instruit de toutes ces choses» il n*en sera pas wÛBsafBigé que cette seigneurie. Oette répeose était longue et enéedebeUeapaiolea, mais j*en co^ose la substance à Vos Seigneuries. La mémo eommnnieation a été faite séparément au légat, à rambassadeor du roi et à FeuToyé de Feraare. J'exprimai mes remereîmeats, dans les termes qui me parurent les plus cowvsnablea, de labienveiUante communication qui m'était fiûte, laquelle, comme je Tassurai, sera d'autant plu9 agréable â Vos Seigneiries qjiL'elle offire la preuve que cette illustrissime selgasorie 5Mhn*iff»^ à entretenir avec Vos Seigneuries les affectueuses relations qui coitvianiient entre de bons amis.

Hier soir arriva ici messire Jean-Baptiste Spinello, ambassadeur du roi Alphonse» qui vient résider près de cette illustrissime seigneurie

Le même jour où cette lettre était envoyée par les ambassadears flsrentins, Pierre de Médicis écrivait à Soderini :

Paul-Antoine, voilà bien des jours que je ne vous ai plus

* Archives de Florence.

D£ COMMINES

MiifftnoMiiMi; j*«vai8 prié les huit adgneiin de k Pratique de le fiure poor voue dooiier en diligence avis de ce qui se pessait icL Leurs Seigneuries ei mai, nous ne pouvions presque pat Uin autresMut* les Véaitiena ne voulant pas que dans celle légation on a'oocupe d*intéréts plue grands, comme Tezigerait cependant le yiani imminent auquel Tentreprise de la Fsmuoê expose tonte lltalie. Si nous voyions qu'on envisage antiaoent la sitHation, nous vous tiendrions mieux au oourant des aifoires. Toutefois, pour ne pas vous laisser trop lan> guir apcès une de mes lettrss, je vous dirai ici tout ce qui. m*avrive ei ma préoccupe.

J*ai reçu toulaa vos lettres jusqu'à la dernière, qui me fiit apportée par un courrier en poste. De toutes je suis ^ztr&uement satisfait et je ue puis que louer votre activité, dont nous ne retirons pas un médiocre fruit. Plus j'y songe, plus jo me réjouis que vous soyez là bas, parce que, grâce à vous, nous connaissons très-bien Tesprit qui y règne. Je vous engage donc à persévérer et à recueillir de part et d'autre ce que vous pourrez moissonner. Je désire savoir en particulier la réponse qu'on fera à l'envoyé du roi d'Espagne et à monseigneur d'Argeuton ; tous ferez lire à Son Excellence le paragraphe suivant.

J'ai appris, à raa grande satisfaction, que mon cher seigneur d'Arprenton était arrivé là bas, et, dès que j'eus connaissance de son voyage j'en ressentis un grand encouragement. En vérité. Sa Majesté le roi de France ne pouvait envoyer une personne plus capable, plus sage, plus intègre, plus éclairée, ni plus amie do notre nation, et comme vous vous trouvez encore là, j'ai toujours espéré qu'il en résulterait quelque bon résultat pour l'information de Son ExoeUence et pour le bien de notre Républiqut'. Co que vous me mandez par vos deux lettres a comblé au tlolà de toute mesure la bonne opinion et la confiance que m'inspire >'on Excellence. En apprenant la rocommuudation oliieieuse qu'oll(3 vous avait faite d'envoyer en hâte le lé^^at vers 8a Majesté le roi de France, j'écrivis sur le ciiamp en due fornus où besoin était, si bien que vous pouvez assurer

Son ExoeUenoe que dans quatre <m aix joiin on pfa» tft même, monseigneur le légat partira pour se rendre auprès de Sa Majesté Très-Chrétienne avec la plos grande célérité possi^le, cbargéde pouvoirs qui Ibront voir an monde entier que notre Saint-Père ne néglige rien pour arriver à quelque bon traité.

Quant à nous, je tous dis que, autant qu'il sera au pouvoir de la République, nous serons toujours disposés à tout fisiire pour rhonneur de la couronne de France, car c'est notre tradition naturelle et celle en particulier de tous les membres de notre maison. Certaines cÈroonstanoes et les raisons que vous connaisses, ont pu égarer Topinion de quelques-uns sur noire dévouement envers la couronne de France ; mais j*ai Tespdr, s*il plaît à Dieu, qu^il ne se passera plus long temps que nos bonnes intentions ne soient connues.

Pries monseigneur d*Argenton de daigner aceueilHr cette réponse, comme il Ta fiût toiyours, avec cette bienveillaiice dont il a donné tant de témoignages à la cité et à moi, qui lui en garde nne vive reconnaissance. Je me félicite que Son Excellence soit parvenue & ce point où Ton pourra enfin Tappréder à sa valeur, car je ne doute pas qu*el]e ne se montre Tami fidèle de la Répnblique et le protecteur de ma ftmiille qui n*a jamais llûlli envers la couronne de France* Je ne sais que dire de plus à Son Excellence, ànon qu'elle m*aime, comme elle Fa toi^ours fiût, et qu'elle persévère dans ses bonnes dispositions et dans sa bienveillance envers la République , l'assurant que si Dieu nous donne jamais la grâce et l'occasion de pouvoir fidre admettre notre justification par la clémence du roi Très-Cbrétien, j'ai la ferme espérance que nous recouvrerons la bonne réputation dont nous jouissions auprès de Sa Migesté.

En dernier lieu, remerdes vivement Son Excellence en la priant de vouloir nous prévenir amicalement si elle avait Fnne on l'antre recommandation à nous fàiie, et lorsqn'ellé retour-, nera auprès du roi son maître, je la supplie de continuer à faire Toflloe de bon patron et de bon seigneur, car c'est ainsi que

DE COMMIMES.

Veêtf aàm moi, Son Bxodionce» à qui je voui frio ds me mmnmander. Son Rxcellenoe aimant ordinairament à connaître lee noaTeOei d*ItBUe» Tooa loi dira que 8a Sainteté et le roi Alphonae prandront ki armée dans quelques jonre contre lee Colonne ponr leoonvrer Oetie, et que , pour oemer «t attaquer leurs possessions, les armées du Pape et da roi (Sa Mi^esté s'y troinrera en pemmne) se composeront de 70 eeeadrons, de 3,000 cliéTaax-légien et de 5«0Û0 fimtaseinB **

La seigneurie de Florence avait en ce moment, près du roi de Naples, un ambassadeur qui doriyait de Terracine le 13 octobre 1494, à Pierre de Mëdida :

n me reste à répondre À vos deux lettrss du 7 et du S, dont j*ai fait part 4 Sa M^geeté ; je Tai entretenue spédelement de la mission donnée & Spinollo aveo des ponvoim plus étendus ; je lui ai aussi parlé des nouTéUes pratiques que monseigneur d*Orléans TOUS a &it proposer par Peliegrino Lorini« et de rartide que Paul- Antoine tous a envojé de Venise i par Tordre de monseigneur d*Argenton, relatiTement aux sollicitations à adrosser au légat afin d'arriver à un accord*. Sa Mi^eeté en a été fort reconnaissante, et elle vous a loué de ce que vous ates fait ponr concilier les deux négociations sans que Tune fît tort à Tautre, Si Ton réussit A accommoder le tout. Sa Mi^eeté en espàre de bons résultats, et elle ccnnpte y parvenir, moyennant Taide de Dieu et avec votre concours. Le roi ne parait pas mécontent que vous ayez usé de largesse envefs Laurent * et que vous ayez dépassé la somme, pourvu qu*on mène la chose A bonne fin. Bu côté du roi, c*est tout ce qu*on peut désirer. Il se prêtera A tout

* Archives de Florence. •

• Il se nommait Philippe Valori. C'^ît peut-être un frère de François Valori, ami de Savonarole et mort avec lui en 1498.

' Nous croyons qu'il s'agit ici de Laurent de Mëdicis et non, comme Ta supposé M. Desjardins, de Spinello. L'ambaasadeur Spinello, nous venons de le voir, s^appelait Jean-Baptiate.

ooMMun». — 11. 9 .

LETTRES ET NÉGOClATlUNii

et rwÊÊ prie da preodu» loîn. àê la eoadoke &m aftiMa. H ny a pas longtemps qv'«it Ptvaiii ici FJioiBB|0.Qn0 3a roi eairetesatt «qirta- d» «enselgiMiir. de Bteoie et. qn» ledit aeigoear f*eet hêié d*eiiToyer pour. Ini QomMuiiiqiiar la propeeitiofi fiule & SïNuieUp« et »M^^i$kvwmit poor. réobuner «& Mooiun desix à bxàk ivitte ducafa, .dottk il a gvand beMiiu X«a.roi a féaokn ce matiA de miTOjar indme homaie J usqa*4 Briogne* et il en expédie un autre en «a opmpagnie» wmmé Aatanio Luglio, qui prendra les davanti paroe que le premier aeiait reconnu, et Sa Hiô^ conaent & prêter audit Mîgneur de Bresse de Fargant jusqa*4 aix mille duddta, pour aoeéUrar ko ehowa .et adopter toutes les mesures néoessairea avant la oonclnsion. Ces deux hommes viendront s'abooeher directement avec tous, le désir du roi 'étant que tous procuriea et remettiez Taigent à Spînéllo, paroe que ledit seigneur a témoigné qu*il ne voulait le recevoir que dea mains de celuinn

Il faut noter ici les intrigues particutières formées, d*abord par le dnc d'Qrldana, mdoonteDt de voir Gharlea VIII reconnaître le droit des Sibna sur le dnché de Milan et

en second lieu par monseigneur de Bresse , qui fut depuis duc de Savoie. Commines dit un mot des pratiques qui avaient lieu avec lui

Soderini répond le 16 octobre à Pierre de Médicis :

Je vous ai fait connaître lo 11 la réponse que la seigneurie avait faite à monseigneur d'Argenton et qu'elle m'a oommuniquée. Je répondais en même t<?mps à votre lettre du 3 et je vous mandais ce que je croyais le plus digne de vous èti-e signalé. En réponse à votre lettre du 11, que j'ai reçue hier à la tombée do la

' Aircluves lie Florence; Obsjardins, 1. 1, p. 461. * Cf. Mém,, t. II, p. 342.

» J/^fj»., t. JI, p; MfiO. .

D£ COMMUES. Lit

nuit, je me hâte de vous faire savoir que je suis ailé ce matin devers la seigneurie, pour la remercier en votre nom de la communication qu'elle m'avait donnée des propositions de monseigneur d'Argenton, et je lui lispai't, autant que je le jugeai à propos, des avis que vous me transmettez, Sa Sérénité le prince m'a chargé do remercier beaucoup Vos Seigneuries pour cette communication, et il m'a dit qu'on me communiquerait libéralement tout ce qui pourrait produire un heureux effet, afin que je le transmisse à Vos Seigneuries : « Vous voyez, iijouta-t-il, que le t temps devient mauvais; nos gens ne pourront pas tenir la cam- « pagne, ni nos Hottes la mer, et à cause de cela il est nécoissaire « que chacune des parties renonce à l'offensive. L'arrivée du légat t envoyé par Sa Sainteté amènera une trêve à tant de troubles, i et il faudra bien trouver un bon expédient *. »

A cette lettre était jointe la dépêche chiffrée que nous allons reproduire :

Quelque persuadé que je fusse que vous aviez do bonnes raisons pour ne pas répondre à plusieurs de mes lettres, je vous avoue cependant que votre missive du 11 ne m'a pas peu encouragé et réjoui, d'abord parce que j'y trouve Tassurance que vous êtes satisfait de moij ce que je désire par-dessus tout, et aussi parce que vous m'y tracez la marche la plus convenable à suivre dans les circonstances actuelles. Voilà bientôt trois mois que je suis ici, et je commençais à ne plus voir fort clair. Donc, pour répondre avec ordre à votre lettre, je commencerai par monseigneur d'Argenton. Il me fit dire hier par un de ses affidés, I que bien qu'il n'eût rien de nouveau à me mander, comme l'ambassadeur du seigneur Louis et les autres ne pouvaient se rendre chez ni , le canal de la Giodecca n'étant pas praticable par le gros temps qu'il faisait, il désirait néanmoins s'entretenir un peu avec moi. Demeurant dans son voisinage, je me rendis à sa

* Archives d« Florence; Dbsjahdins, t. 1, p. 523.

LETTRES ET NEGOCIATIOiNS

demande,' sachant bien qu'il iiy avait rien à perdre anrec k» aiitrai et tout à gagner avec Ini. H 8*infi»nna beaucoup de Tona et de tootee tm aflbires, et parut ofaanné d*appre&dre que tout allait bien et que vos alfidrea, comme ceUei de la dtA, étaient dana une bonne aitnation. Comme j*aUaia me retirer, il me dit : « Monseignear rambaesadeor, je porte tant d^alTeotion à Pierre « et à Toire dté , que je regrette de ne ponvoir me trourer con- « etamment avec vona, maie il faut bien se soumettre aux dr* € constances; TeoilleE m*en ezcoser. i A quoi je repondis que je ■sois retenn vis-&-Tis de lui par les mêmes ccmddérations que lai vis-à-vis de moi, mais qa*il suffit que nons soyons assurés de notre bon'Touldr mntnal et réedos & ne laisser échapper aucune occasion d*en faire preuve Tun envers Tautre.

Cette occadon s'est présentée aigourdliui , bien que la tempête d*hier n*aitpoint cessé. Je lui avais Mi dire que j'avais & rentretenir, d toutefois le moment lui paraissait opportun; il me fit prier de me rendre de suite ches lui, et j'y allaL Je loi dis que j'avais reçu votre réponse, concernant le conseil quMl m'avait donné de vous engager en son non à solliciter renvoi du légat, et relstivement à la bienveillanoe qu'il avait témoignée envers vous et envers toute la dté; j*i^utai que j'allais d'ailleurs lui communiquer votre lettre. Il m'écouta avec beaucoup d'attention et de plaisir, et quant à l'envoi de rambaasadeur, il loua beaucoup ce que vous.avet fidt,.en disant que c'étut une mesure dont on ne pouvaitque se i^ooir et qu'il était bien désirable qu'elle se réalisât avant un mois d'id, qu'il serait bien fiMÛle aujourd'hui d*arranger les afliûres, le roi s'étant subitement décidé à retourner en France, ce à quoi tous les siens l'engagent fortement, sauf ceux dont je vous ai parlé dans une autre lettre. Il m'a pH^ de vous écrire que vous ne laissies pas soupçonner que c'est à son instigation que vous aves sollicité Tenvie de cette ambassade, car d le bruit en vendt à la oour,^ il en suUrdt des désagréments. Quant & sa bonne vtdonté envers TOUS et ceux de la dté, il m*a répété ce qu'il m'avdt d^à dit, joutant que vous aviei les uns et les autres beaucoup d'amis en

DE COMAUNËS.

France, la plupart genfl de bien et des plus illustres. Les dernières paroles que loi avaient dites entre autres monseigneur de Bourbon et sa fonme, furent qu'ils savaient que Sa Majesté comptait beaucoup sur vos services, vu la pratique que vous avez des affaires de l'Italie, et qu'on devait avoir ici pour vous la plus grande confiance -et la plus^ grande déférence : aussi vous priaient-ils de vous employer de tout votre pouvoir à prendre soin que ni votre personne, ni votre gouvernement n'eussent à Bulâr à Florence aucune offense ou aucun dommage. En somme, il condut que vous et la cité, vous pouviez placer en lui la plus entière confiance et la plus grande sécurité, protestant que partout où il pourrait vous obliger , il le ferait avec autant de sàle, d^affection et de dévouement que vous pourriec le Mn vous-même.

Comme je lui demandai n^arait rien appris de nouveau, il me dit que quelques jours aTaiii son départ il arait remaïqué qu'on inclinait à négocier la paix, ce qui Tavait engagé à dire que si Ton avait Fintantion de ftire la paix, on pouvait renvoyer à FUrtnoe, parce qu'il comptait bien tooi amener, tous et la cité, à lai accorder des conditions plus honorables que B*en obtiandndt bomme de France , mais que a^ iUlait user encore de rigueur et de dureté, comme on a fait préoédemment, il ne se sentait pas propre à ce métier et ne voulait pas le ûdre. n oonaentait bien à se rendre à Florence pour exécuter la commission dont il a été cktaegi dans son ambsatade, mais il voulait y persévérer et arriver ainsi à pooranivre cette pratique ovee vont et la cité. Honselgneor de Saist-Malo bésita jusqu'à minuit et se décida enfin à l'envoyer id. U vous invite ai^ourdirai à prendre bon adn de iroa afliires, psioe que ai on laisse passer la saison et ai Ton peut empêcher les partis de se soulever, il est indobitable qtt\>n finira par ocmcliire une paix à laquelle il voas engage fortement à vous montrar fikvoralde, en procurant à Sa Majesté le plus dlKmnear et de satisfiMsUon que vous pourrez , dans llntérét même de votre honneur et de celui de la cité ; car, bien que, dans les circonstances présentes, SaMi^festé

LETTWiiS ET KEGOCIATIONS

ae montfe fbvtOBenl Mté» coBtr* mt et la otté, parw qu'elle « se figure que toob loi ameha la tîotoin dai mauut n^anmoiiw si TOQS faidei de hçon qn*elle Tienne à boni de son entreprise avec quelque honneur et quelque satiiftMtioo, elle Toas rendra non>.seuIement sa bienveillanoe et b«i afliMiion (car elle et tente la maison de Kranoe ont to^jonn été liieo di spo eé eo à votre ^ard par le passé) , maie eHe ▼ou en anm ami me étemelle obligation. Monseignetir d*Âr9rtitoni toqs prie et vous abjure, par le grand amour qu'il Tona porte, de ihira tons- vos efforta ponr que les ohosea n'aillent pas autMment, car il y te, pour TODS et pour la dté, de tm intMts les plus graves.

Voilà ce qu^'I m'a dit de plus essentiel concernant TarriTée du légat et ses propres dispositions envers tous et la eité. Ce qu'il avait à me communiquer pour le moment» répond dono aox trois paragraphes du passage de votre lettre dont je lui ai donné lecture. Outre ce que je viens de vous mander, qoi m'a paru digne de vona être signalé, il a encore tovebé jdane ia co nv e r s a t i on plnsieors points qne je vais réemner : d'abord, c'est le Pape qtaf a ébi là principale cause qae 8a Mi^eeté engagée dans cette entreprise ; car, après Yy avoir ponnée par ses brefs et par divers mcjena et IVivoir pressée de se prononcer et de divulguer partout qu*elle voulait s'y engager, Sa Sainteté a changé de parti et a traité avec le roi Alphonse. Alors, bien que le roi de France fit* Bvt le point de se rsMdtr; h seigneur Lndovie ne kdssa pas d*exciter Sa Majesté et de réchauffer son ardeur, en loi protnettant comme chote trèensertaine que Bologne et Porii ae déolarciraient en ta ilfivenr et qii*il ne serait pas pins tét à nos frontières avec son armée, que vous et la cité, vous en ferlea tdnt notant, et que le pape se trouverait par conséquent forcé loi-même ft changer de politique. Ensuite, les rigueurs dimt €m a usé oivers nons, ont été initignées par lee premiors finiteors de Tentreprise; tous les autres étaient d'avis qu^on devait procéder envers nous avec douceur, que nous nous rallierions plus sûrement à lenr detsâin par ce moyen que par Tintimida* tion ott là foroe, et que si noua n'embrassions pas leur parti, ils

DE COMMINËS.

parvindmaDt ioiigou» à nom lidM fwtwmMtraa. Le séignenr Lado?ie et le ràiéohftl de BflMcaire Men^idM» qœ la flotte, bien équipée et irte'forte si Pou avait e^Marré dam aa conduite Poidiie qa*U âdkit y garder , devait ^êtra dlsigée mr le roiyaume deHapks. Saint-Malo et le grand écuyer loi désignaient pour but Livoonie, en affinnant qa*on s'emparerait vite de ce port, de mène qae de Piatraaaata ai de 'Bot antna plaças dtt litiofal, qui leur fonmiiaieit de grandesroomvodités pour la oonqadte do Bogwoma de Naplss .

PaîB enfln, en oe qui oonoenie Tentreprise, il eondat en ces termes ; t Si Piene nona aide, oomme je sois certain qa!il le fera, c oarje sais que^ lai et Hovenoe sont les boas amis de Sa M^ye^té, cJes affikiras .prendront nae bonne teof^are, et j'entrevois c bien ce que feront en ce cas Saint-Mak», le seigneur Lndovio t et ]es>autres qai ont ponssé le rd dans cette expédition. • Et, parlant d»- Saint-Malo : f sais sûr, i^jonta-t^il, que « Saint-ldisla doonsBait Usa 40,0CX>dcas pour qa*il n*eAt jamais « M question da cette entieprise et qu*il fût assuré d*4tMmain-

tenu dana-sa positktt aatueUe ^ ;d?obtsQir le diayosn avec t bien d*aatres ehoaes. > «Quant ans alUres d*ioi, il dit qu'il n'a aucune espérance d6 rien obtenir de cette seigueurie, mais que le roi, ajant toigouvs entretenu à Venise un bomme d*un rang peu élevé, a jugé bon de Vf envoyer vaistenant pour -feire honneur aax Véaltisns et leur Adre croire A son estime, vu que, il n> a .pas- bien < longtemps encore, il n*était nallemsnt dair qna ceux-ci voulussent rester neutres et ne pas slmmisoer dans ces affldres. B trouve que les ^éeàtàiBDA ne les prennent pas an sérieux, et en. Fa prié, non en public mais oflteiensement, d'en* gager Is roi^r^faiie la paix, sa oonsidératioa du Tnre, euzr mêmes, n'entendant intwvenir fn..aiiQune %on dans les négociations. U-Jeur semble, qn*au point oà ûs en sont^ ils n'ont plus besoinide penpnae pour se défendre et sa maintenir.

Je n'ai pas. cra devoir entrer dans plus de détails avec moQr seigneur d'Argenton, et je lefemsfoiai vivement de ses bonnes dispositions envers vous et envers la cité. Je rengageai à y per-

•évérer» lui dowant ma parole que Toai titndriea k toat bien lecrat et qa^en tout teinpi il ponnait oompter aur la bon souYenir et la rBeonnaisMnoe de Votre Seignearie et de la cité ; qoe partout où voua pottrriex toos emplojer pour riioimeiir et le profit de Sa HÉyeBté TrtfrChrétienne» llioiUMvr de Flortaoe eauf, ▼ooe leriei prêt k le ftire avec plna d*aflbatioii, de sèle et de d^ooement qu'homme du monde, et que âa Majesté Tria-Chrétienne trouvenut notre TÎUe animée à.aon égard des mémea diapoeitiona et dea mémea ajmpathiea, avec une unanimité de aentimenta qui ne le oède à ceux d'auimme Tille, ni d*anoon peuple de aon royaume de Eranoe. Tax retenu oette lettre juaqu*au 18. Monaeipieur d*Aifenton m*a ftxt dire hier qu*il avait reçu dea lettrée de la cour ne co n tenan t qu*une nouvelle dig^ de nientien, c'eat que Sa M^jeatéle roi de Fhmoe devait ae trouver hier àPavie et ae porter de 1& aur Plaiaance, puiaanr Parme, et Ton i^oute, maia Sa Seigneurie a*en croit rien, que le roi ae rendra au camp. Ce matin j*eDvojai communiquer cea nouveUee à la ieignearied'id, qui me ftt réj^ndre qu*elle avait donné connaiaaance à numaaigneur â*Aigenton de pluaieura lettrée d*aprèa leaquellea lea Turca ont fhit qnelqaee exeuraicna .

Commines fat reçu par le doge le 17 octobre. 11 venait loi annoncer, m dépit de aea préviaiona et de aea eapé* rancaa *, le mouvement de l'aimée fraoçaiae qui s'était por> tée en avant.

Dès 1g 13 octobre, Bernard de Magno, qui se trouvait aux bords du Tessin, mandait à Ludovic Sforza :

niuatriaaime et excflUentiaafane aeigneur.

Le comte Charles ma fait prévenir ce soir que Sa Majesté le

* Arebim de Fbrence - Dksjabdiks, 1. 1, p. 528.

* Je erojoie fen nem eni que le roi ne peeaest point ooltra. {Mém,^ t. II, p. 343.) Ln oompagnie fat en graat vouloir de i-etonmer. (Mém*, t. II, p. 347.)

Diyilizea by v^OOgle

DE COMMUNES

roi de Fnuioa va dînor d«iiiaiii an tÊnhomrg de Pavie, an <lel& du pont dn Teestn, et qa*ene a donné Tordre de ne laiseer entrer personne de sa soite et de férmer la porte de la ville. Je pars à rinatant avec Pierre-Fanl de Yarèse et Damien de Omppello poor prendre les dispositions néoessaires. Si je dois fiiiro antre ohoee, je prie Votre Seigneiune de m*en donner avis» et je me reoomniande toujours & ses bonnes grAoes.

Ornpello, 13 octobre.

Votre ildUe serviteur,

BBaNAEDO DB MaGNO

Quatre jonrs après, Vicomercati écrivait à œ siget à Ludovic Sforza :

lUustrissime et ezoellentissime seigneur.

Ce matin, dès que j*eu8 reconduit monseigneur d*Âigenton après raudience, je retournai vers son Illustrissime Seigneurie pour lui donner avis que le roi Trèe-Cbrétien, parti de CSasal pour Vigevano, avait quitté cet endroit pour se rendre & Pavie et de là à Plaisance, m'acquittent ainsi de la charge que m*en avait donnée Votre Seigneurie par ses lettres des 10, 12et 13 du présent mois. Le prince remercie Votre Exoellenoe de cette communication, et il m*a en partie répété ce qu'il nous avait d^& dit, à monseigneur d*Argenton et à moi, concernant les nouvelles des Turcs, i^outant qu'il ne doutait pas que Sa ll^esté Très- Chrétienne, d*accord avec Votre Seigneurie, ne prit en sérieuse considération ces affaires turques. Je lui répondis, comme je l'avais fidt d^à en présence du magnifique ambassadeur français, qu'on ne devait pas en douter, en elfet, et que Votre Seigneurie ne faillirait jamais au devoir d'un vrai prince chrétien.

Venise, 17 octobre 1494.

Votre humble serviteur, Taddeus Vicombrcatub V

* Ai-chives de Milan.

' Archives de MiUm.

LETTRES ET iNEGOCiATlUNS

Cinq jouis aprët , Viconereati igoate quelques déteils de plus sur l'effet que produtmt la nooTelle inopinëe de- la

marche de Tarmée française, et sur les perplexités de Coramines quand il fut chargé d'anuoûcer une résolution si opposée à sou langage :

IllQftiMme et excelleutisrime seigneur,

Hier, vers les doux heures de la nuit, moïiseigucur d'Ar<reriton, à qui il venait d'arriver un courrier, me fit part de certaine résolution de Sa Majesté Très-Chrétienne , relative à l'ej^pédition de Naples, et me donna lecture d'une lettre de Sa Majesté, datée de Pavie. Il me denuinda ensuite conseil sur la manière dont on pourrait communiquer cette lettre à la seigneurie d'ici, et je lui donnai les avis qui me paraissaient les plus opportuns, en lui disant comment j'en userais moi-même en pareil cas, saut' que Sa Seigneurie, prudente et expérimentée comme elle l'est, saurait bien mieux mener l'affaire que je ne pourrais le lui conseiller. Il me demanda, vu que les gens de Sa Majesté Très-Chrétienne n'ont pas la pratique des affaires de ce pays et ne sont pas instruits des usages italiens, de vouloir bien écrire à Votre ivvcellence, en son iiom, pour la ])rier d'eiigagcr le roi Très-Clirctii'ii a tenir cette illustre seigneurie au courant de ses desseins jour par jour et de ne pas trop se reposer sur les bonnes réponses qu'elle lui a faites, précaution nécessaire à son avis. Il me pressa beaucoup de vous transmettre cet avertissement, nonobstant que je lui eusse répondu que Votre Excellence était très-prudente et connaissait fort bien ces affaires, et qu'elle ne manquerait pas do communiquer à Sa Majesté Très-Chrétienne tous les avis qu'elle jugerait nécessaires pour le bien de son entreprise ; je lui promis néanmoins de m'acquitter immédiatement de sa commission,

Venise, 22 octobre 1494.

Votre humble serviteur, Tadueus Vicombrcatus'.

* Âi'chives de Milan. '

DE COÂLMhNES.

Lvdovie Sforza, à qui pesait déjà le séjour des Français dans ses États, avait plus que personne engagé Charles VIII à franchir le Tessin ^ : il eût vu avec plaisir les Français conquérir les villes de Pise, de Sarzana et de Pietra- «anta, pour les réunir aussitôt après au Milanais

Cependant Soderini continuait, à mesure que s'accroissait le péril de sa patrie, à entretenir de plus fréquentes relations ayec Commines. Il écrivait le 22 octobre à Pierre de Médicis :

Je m'ompresso de vous faire savoir, par la présente lettre, que, dimanche matin, 19 de ce mois, monseigneur d'Argonton me fit prier , avant son lever, par son messager ordinaire, de lui envoyer mon secrétaire. Il lui dit d'abord que les Vénitiens, lui ayant communiqué la nouvelle des incursions des Turcs eu Croatie et l'avant chargé de la transmettre au roi en engageant celui-ci à chercher un moyen de rétablir la paix dans la chrétienté et d'agir contre les Turcs, il leur avait demandé do faire la même communication à Tambassadeur du seigneur Ludovic, de l'inviter à écrire audit seigneur Ludovic dans le même sens et d'écrire aussi à leur ambassadeur auprès du roi pour qu'il fît de son côté la même démarche en leur nom. Il raconta qu'il était venu ici pour se rendre à Saint-Antoine do Padoue avec un seul serviteur et qu'il faisait toutefois ])artie du conseil du roi; il rapporta ensuite qu'il y avait eu de grandes discussions, relativement au projet du roi de se porter en avant, entre les premiers fauteurs do cette entreprise, ceux qui l'avaient conseillée ci encouragée , et les autres grands personnages qui entourent le roi , ceux-ci ne pouvant souffrir que les premiers poussassent le roi, faible de complexion comme il l'est, et dans un pareil moment, à s'immiscer dans les affaires des autres, au péril de sa vie et au préju-

< iMii.»t.]|,p.341.

* Jfém., t. Il, p. 348.

dioe de tout le monde ; que te roi Toulait partir dana quinie jouTi pour Flaiaaiice, puis pour Parme et de là pour le camp de Perrare ; que la iiotte avait quitté Odnes avec 4,000 hommes, la plupart CMnois, appareillant pour livourne, sauf quelques navires détaebèa pour transporter à Oatîe' des hommee, des vivree et de Tartillerie. Le cardinal de Saint-Pierre^Liens n^'a pas voulu se joindre à la flotte, il préfère rester auprès du roi avec les antres, pour Taifermir dans son entreprise; ç*est le grand éenjer qui a le commandement de la flotte et il emmène le frère de Son Excellence, qui en montre du déplaisir. M onaeignear d'Argenton a beaucoup questionné mon secrétaire sur les fortifleationa de Livonme, sur lea ressources de cette ville en liommes et en artillerie et sur les antres plaoes que noua poasédona sur le littoral on & proximité de la mer. Le aeorétaire lui ajant répondu que nos places étaient asaea liien pourvues de tout pour n'avoir rim à craindre» il laissa entendre qu*on lui avait assuré le contraire, et il insista beaucoup pour que je vous engageasse à lea a^rovisionner de manière qu*on ne puisse en occuper aucune; car, si Ton réussit à temporiser jusqu'A oe que la saison ne permette plus de tenir la campagne, il 7 a tout lien d^^pérer un bon arrangement. Mon secrétaire, après Tavoir remercié, lui dit que je voua avais mis an courant de rentretien que j'avais eu avec lui et que, pour que sa bonne volonté fût mieux connue de la cité et de vous, je vous écrirais de même tout ce qu'il venait de lui dire.

n est de nouveau venu ici un envoyé du marquis de Mantoue, lequel s'était trouvé à Asti. Il a rapporté à la seigneurie, par l'ordre de son maître, que le roi de France a certainement 28,000 combattants en Italie et que, dans un entretien que ce même envoyé avait eu avec le roi sur la route de ^Hgevano à Pavie, Sa Mi^|esté avait aiBrmé que la seigneurie de Venise lui avait promis sous serment de ne rien tenter contre die. Çe qui a mis ceux dld fort en courroux, i^oute renvoyé, et ils le nient formellement II assure que le roi a le projet de marcher de Parme

U£ COMMINES

sur Lucques, avec un grand nombre de gens, sous le commandement de monseigneur de Montpensier, pour nous attaquer, et qne Sa Migesté lui a prouvé qu'elle avait les mojens de nous frapper au CBur.

Do plus, je m^empresse de tous faire savoir que ceux d'ici ont eu, il y a quelques jours, Tintention de nommer et de députer vers le roi deux ambassadeurs choisis parmi ceux qui sont investis de la pins grande autorité dans TÉtat ; on donnait pour prétexte que c'était afin de s'entendre avec le légat sur la négociation du traité, mais, en réalité, on voulait faire honneur au roi de France , comme le roi leur a fait honneur en envoyant ici monseigneur d*Ai^enton. Cependant leur ambassadeur ayant écrit que le roi avait témoigné Tintention de ▼enir visiter cette cité et les principales villes de la République sur la terre ferme, le conseil des Pregadi siège en permanence depuis plusieurs jours; je tiens do bonne source qu'ils sont dans une grande perplexité, no sachant s'ils doivent nommer et envoyer lesdits ambassadeurs et s'ils doivent accueillir la visite qu^on leur annonce, attendu que, si le roi vient ici, ils seront ottU^ de faire ane dépense d*an moins 30,000 dacats pour sa réception, ce dont ils ne se soucient guère; et, d'un autre côté, nous pourrions les soupçonner de n'avoir député Tambassade que pour inviter le roi à se rendre id, ce qui nous porterait ombrage. Ils prétendent que oM le seigneur Ludovic qui pousse le roi à allep à Lucques, pour 8*ai ûire honneur, tout en évitant rembarras et les frais que lui ooeasionnerait le séjour de la cour pendant une partie de Phiver. De plus, voyant le roi s'avancer avec plus de force, d*ordre et de résolution qu^on ne 8*y attendait, et ayant cru jusqu ici que tout œla se faisait dans leur intérêt et qu'ils ne pouvaient courir aucun danger , ni essuyer aucun dommage, ils sont, depuis quelques jours, dereniis d*une extrême défiance ; ils ne savent plus à qui se fier, ni que faire, ni que dire, et la personne qui metiaot au courant de tout ceci m'affirme que, s'il est une puissance en Italie dans laquelle ils aient quelque confiance, c'est nous.

142 ' LETTRES KT NKGOClATlONiJ

On a dirigé hier au soir sur la Polésine de Rovigo une grande quantité de munitions, et l'on y envoie constamment des troupes. Ils se figurent qu'on ne veut pas entamer des négociations avec eux, parce qu^en leur faisant des propositions, on pou n'ait éveiller le mécontentement et le ressentiment, des autres parties ; ils craignent qu'un traité ne eonduisc pas à une pacification générale, qu'il subsiste des liaines et des raneunes, et que le rapprochement qui aurait lieu, ne tourne contre eux.

J'ai émt hier au soir ce qui précède.

Depuis, monseigneur d'Argenton m'a fait prévenir, sur les trois heures, quMl avait reçu des lettres de la cour et qu'il désirait m'entretenir, mais qu^ajant à sa table la personne dont je vous ai parlé plus haut, il ne poiurrait me recevoir que vers six heures.

Au point du jour, il me fit prier de loi envoyer mon secrétaire, n fit entendre à ce dernier qu'il avait reçu des lettres du roi et de monseigneur de Saint-Malo, qui Tavertissent que Sa Majesté se rend à Plaisance ; que là le roi délibérera s'il doit se rendre au camp de la Romagne ou au camp de nos ennemis. Aussitôt après, on enverra un courrier en poste- à monseigneur d'Argenton pour lai annoncer le parti auquel on se sera arrêté. Il espère que vous reconnaîtrez enfin la grande fsiute que vous avez commise en vous découvrant de jour en jour davantage et en faisant acte d^hostilité envers Sa M^esté, avec quelques autres Alphonsins , et que votre ville, dont il connaît rattachement envers le roi « se prononcera pour lui quand il 'aura conquis son rojaume de Naples. Des navires qui mettent à la voile, les uns iront à Ostie, pour l'objet que je vous ai dit plus haut, les autres transporteront à la Spezzia un grand renfort de troupes, 'd^artillerie et de mnaitioiis. C*est pourquoi monseigneur d'Argenton vous engage et voQf ac^jure de nouveaa à faire tons vas efforts pour qu'on ne remporte ancnn avantage sur nous d*ici à quelque temps et qa*on ne s'empare d'aactine de nos places, espérant bien que vous v appliquerez

DË COMMINKS. UH

tous vos soins. Il espère qu'en agissant de la sorte, les choses prendront une bonne tournure. Enfin, il doit aller ce matin remercier la seigneurie, de la part du roi, pour les honneurs qu'on lui a rendus et pour les bonnes intentions dont on a fait preuve envers Sa Msgesté. En réalité, dit-il, il n*y a rien d'important à faire avec ceux d'ici *.

Une nouvelle ambassade du roi de Naples était arrivée à Venise, et on lit à ce sujet dana une lettre écrite au cajnp fîrançais dans les premiers jours de novembre :

Monseigneur d'Argenton, qui est ambassadeur à Venise pour le roj, lui fit hyer assavoir qu'il estoit venu une autre ambassade du roy Alphonse devers la seigneurie, requérant icello, en grant humilité, comme le roy les tenoit comme ses pères, et que, à ce besoing, le voulsist secourir, et qu'il no pourroit plus supporter les frais. On n'a point respondii, mais ils dévoient continuer en leurs propos qu'ils ont été tousjours alliés de la maison de France et qu'ils ne se veullent point se mesler de leurs différents *.

Un mois ne s'était pas écoulé depuis que Commines avait passé à Pavie , lorsque l^mbassadeur vénitien à Milan annonça la mort du ieune Galeas et l'avénemeut de son oncle Ludovic. Ces lettres furent montrées à Commines, Les Vénitiens s'indignaient du crime et des fruits qu'il portait : ils demandèrent au seigneur d'Ârgenton si le roi de France ne prendrait point contre Tusurpateur le parti de Torphelin délaissé à qui l'avenir ne réservait que lé silence et l'oubli du cloître. « Combien que la chose fust « raisonnable, je leur mis en doute, rapporte Commines, « veu l'affaire que le roy avoit dudict liUdovic ^. »

* AreMvet dc'.FloTeaee: DBSJAitDiifS, t. I, p. 528.

* CampoffM et Metins âs la fronde armée d'Italie^ par M. dk la

PlLORORRIR, p. 89.

' Jiém.t 1. 1], p. 344.

Un autre drame allait s'accomplir aux borde de TArno : Pierre de Médicis , suivant trop docilement les conseils de Commiues, s'était rendu aux frontières de l'État de Florence au devant de Charles VIII pour faire acte d'humble soumission, mais cette démarche lui coûta le pouvoir, et ce fut à grand peine qn*il sauva sa vie, abandonnant an pillage ses trésors et ses richesses de tout genre

Commines apprit par l'ambassadeur florentin que Fortune avait couru sus à Pierre de Médicis et qu'il avait perdu honneur et biens. Ces nouvelles l'affligèrent, car il avait connn son père, et il ajoute que si Pierre de Mëdicis eût vonla le croire, « il ne lui fîist point ainsy mésadvenu. i» n avait, en effet, reçu d*âtienne de Vesc et de Briçonnet rantorisation a d*appoinct!er avec Iny. ' » Commines eftt-il ag^ par pure amitié? N'eùt-il pas retiré quelque avantage personnel de cet appoiutement? Il se garde bien de nous le dire; mais il rapporte que Pierre de Médicis lui répondit « comme par moquerie » par le moyen de Pierre Capponi, à qui il garde rancune dans ses Mémoires. La grande faute de Pierre de Médicis avait été de mal choisir son heure pour ce appoinctîer. »

Paul-Antoine Soderini , qui instruisait de tout ceci Commines avant d'en faire part aux magistrats vénitiens, parlait la veille de Pierre de Médicis comme de son seigneur naturel; le lendemain, il se déclara son ennemi. Soderini, dit Gonmiines, « estoit des salges hommes qui fussent én « Italie *. »

* Prâtiqne m meiil àFloreiwe... Mém.^ t. II, p. 349.

• iTiAs., t. II, p. 358.

« Mém.^ t. II, p. 369.

DE COMMINËS. 145

Soderini fut presque aussitôt rappelé à Florence : il montra à Commines l'ordre auquei il allait obéir, et le quitta pour rentrer dans sa patrie.

Pierre de Mëdicis chercha un asile à Venise. Laissons . parler Commines :

« Deux jours aprës, vint lediet Pierre eo pourpoînct on ce avec la robbe d'un variât ; et en grant doubte le receurent « à Venise, tant craignoient à desplaire au roy. Toutesfois « ils ne le povoient reffuser par raison et désiroient bien « sentir de moy que le roy en disoit; et demonra deux <c jours hors la TiUe. Je dësîroye à luy ayder et n'avoye eu oc nulle lettre du voy contre luy ; et dis que je cro) oye sa « fuyte avoir esté par craincte du peuple et non point par « celle du roy. Ainsi il vint, et l'allay veoir le lendemain « qu'il eut parlé à la seigneurie, qui le feirent bien logier « et luy feirent très-grant honneur... Quant je le veis, il « me sembla bien qu'il n'estoit point homme pour reste pondre. Il me compta au long sa fortune, et à mou poroir « le recoofortay, Ung peu m'a fallu parler de ce Pierre de « Médicis, qui estoit grant chose, veu son estât et aucto- (c rite; car soixante ans avoit duré ceste auctorité, si « grande que plus ne povoit *. »

Commines croyait la puissance des Médicis à jamus détruite * : il ne prévoyait pas qu*un siècle ne s'écoulerait " point sans que les petites-filles de Laurent le Magnifique « vinssent s'asseoir sur le trône de France.

Il est intéressant de comparer au récit de Commines la lettre suivante de Taddeo Vicomercati au duc de Milan :

* Mém., t. II, p. 360.

* Il Mmbleque ceate lignée vint à fiiallir. Méat., t. II, p. 338.

CONHIRM.— n. 10

Monseigneur, cette nuit est arrivé ici le magnifique Pierre de Médicis avec trente à quarante personnes, et il s'est logé dans rhôtel de certains banquiers-gentilshommes, delà nlaison des Lip* pomano. Monseigneur d'Argenton , comme il me l'a fait savoir, lui a fait visite ce matin chez lesdits gentilshommes, où il Ta trouvé en petit pourpoint, tel que ledit Pierre est parti de Florence, à ce qu'il lui a raconté. Un envoyé do monseigneur de Bresse était venu à sa rencontre avec des lettres du roi, par lesquelles il l'engageait à s'arrêter à Bologne, les événements qui se sont accomplis étant arrivés contre la volonté et au vif déplaisir du roi , aussi bien que do Votre Excellence. Le roi l'exhortait à ne pas perdre courage et annonçait qu'il enverrait promptement quelqu'un vers lui. Ensuite monseigneur d'Argenton me communiqua (Quelques lettres du cardinal de Gurck \ qui lui fait connaître que Sa Sainteté l'a désigné en qualité de légat auprès de Sa Majesté Très-Chrétienne pour négocier la paix et raccord entre Sa Sainteté et Sa Majesté ; qui l'engage à ' bien fortifier cette seigneurie dans son refus do prêter assistance au roi Alphonse, et qui le prévient ensuite que ladite seigneurie doit avoir fait dire au Souverain-Pontife qu'elle veut secourir le roi Alphonse, au retour do la belle saison. Monseigneur d'Argenton me demanda mon avis sur ce point, pour savoir s'il y avait lieu do faire quelque observation à cette seigneurie. Je lui dis qu'on parle de diverses façons et qu'on dit beaucoup de paroles creuses sans fondement ; qu'il me paraît que la seigneurie est tellement assurée et certaine des bonnes dispositions de Sa Majesté Très-Chrétienne qu'elle peut se reposer sur elle avec une juste confiance ; que néanmoins monseigneur d'Argenton était trop sage, qu'il voyait et comprenait trop bien les affaires pour que j'eusse rien à lui conseiller. Enfin il m'annonça le voyage de Sa Majesté Très-Chrétienne à Florence où elle a dû entrer hier, et en dernier lieu il me chargea de l'excuser auprès de Votre Excellence, s'il ne lui donne pas de ses nouvelles,

^ Raymond PerraoH, évêque de Gurck, créé cardinal en 1493.

DE COMMmES.

Biais cxnnme il me tient jour par jour an ooiurant de ce qit*û ^Hpprend du cdté du loi et d^aiUems, il pense que je le supplée auprès de tous, n me pria instamment de le recommander à TOUS de la manière la pins expresse. Âjant répondu & tout comme il eonyenait, j'ajoutai que je fends tout ce qu il m*avait demandé, quoique ce fftt chose bien superflue de le recommander, Sa Seigneurie se recommandant amplement par elle-même. Je me rappelle toi^o^ ^ bonnes grftoes.

Venise, le 18 novembre 1494.

TaddbubVicomeboatub'.

Si Commines déplora la mine de Pierre de Médicis , ce fut surtout parce que ses intérêts privés en soufi'rirent. Il avait confié des sommes importantes à leur banque de Lyon. Un autre créancier se trouvait à Florence. C'était un maître d*hdtel chargé de préparer le logement du roi. qui pilla le palais de Pierre de Médicis, « disant que sa « banque de Lyon lui deyoit grant somme d'argent*. » Ce maître d'hùtel ne partagea point avec Commines.

Ce fut dans un entretien à Venise que Pierre de Médicis raconta à Commines que le duc de Milan, cet allié des Français sur lequel on fondait tant d'espérances, ne son- ^geait qu'à les rejeter an delà des Alpes Ludovic Sforza prétendait en savoir la façon à ce qu*il |ivait écrit à Pierre de Médicis et à ce qu'il écrivit anss! à la république de Venise : le but auquel il tendait, avait été atteint le jour où s'était accomplie sou usurpation.

Commines ne se montre pas dans ses Mémoires plus

* Archives de Milan (trad.).

* Mém., t. II, p. 361.

' Mém., t. II, p. 412.

* Mém., t. II, p. 412.

LETTRES £T NÉGOCIATIONS

afilige «les malheurs de Pierre de Médicis que de ceux de Cico Simonetta. 11 rapporte que les ambassadeurs fraudais qui avaient obtenu de lui plus qu'il n'eût dù leur accorder, le racontaient a en se raillant et se mocquant de luy ^ »

Charles VIII entra en vainqueur à Florence , mais de peur de mécontenter les Florentins, il n*osa pas y rappeler Pierre de Mtklicis, dont la ruiiK; n'avait été cau.sée que pai* sa condescendance vis-à-vis des Français.

Lorsque Florence , comme Pise, eut reçu les bannières fleurdelisées, les Vénitiens s*émurent : ils ne riaient plus et commençaient à avoir peur. Dès ce moment se multiplièrent les longs conseils et les mystérieuses ambassades qu'inspirait une pensée hostile prête à se révéler d'après les circonstances et les événements. Déjà Venise se livre à des armements que justifie la prudence, mais dont elle cache le but.

Le 27 novembre, Commines écrit au duc de Milan :

Monseigneur, si très-humblement comme je puis, me recommande à vostre bonne grâce. Vostre embassadonr vous escript des bruys qui courent par ceste ville et du préparatif qu'ils font tant par mer que par terre pour lesté qui vient. Ils m'ont dit puis six jours età ung secrétaire que le roy m'avoit icy envoyé, comment ils faisoient armer pour eulx p:ar(k*r du Turc ; et s'ils ne font venir nuls estrangiers, je croy qu'ils n'ont intention sinon d'eux bien garder, car ils sont en soubson grand.

On ne sauroit dire meUleures parolles que tousjours me disent du roy et m'asseurent de ne riens ûiire contre luy. Mais depuis qu'il est entré à Pise, ont sans cesso «^^f ' en ce consdl des Prcguaj', et comme sçait vostre dit emba.^sadeur de qui je en ay plus ejitendu que par autres, le bruit court par les gens de la ville que

* Mém.y t. II, p. 351.

DE COMMINËS. 149

depuis que lo roj est à Florence, qu'il leur a osté toute liberté et que es maisons où nos gens sont loties, Von fait des choses mal faictes touchant femmes Mais je sçay bien que tout cela se trouvera racnsoiifrc et ne m'y arreste point. Ils disent aussi qu'on liëve je ne sçay quels deniers sur lo peuple audit Florence, cequo je ne croy pas bien, et ferez bien, monseif^neur, de souvent advertir le roy de ce qu'il aura à faire, car ces choses de coste ville ne sont pas si bien (Mitenducs là comme vous les entendez.

Plaise vous, monseigneur, tousjours me commander vostre bon plaisir pour Tacomplir à mon povoir, en priant à Dieu, monsriirneur, qu'il vous doint bonne vie et longue et tout ce que vous désirez.

Ëscript à Venise le XXVI P jour de novembre.

Vostre très-humble et obéissant serviteur,

Philipps se Gommynes.

A mon très-redoubté seigmur, nionseiçnem' le dite de MUlan *.

Au mois de décembre 1494 , Milan et Venise « bran- « loient, » selon l'expression de Commines ; mais grâce à rinflueace du seigneur d'Argenton, la défection était sans cdsse ajournée, et l'habile ambassadeur, profitant de ces heureux résultats, voyait son crédit s'aecrottre auprès de Charles VIII. Le roi lui adressait le bulletin quotidien de se.s étapes et de ses succès et le 28 décembre 1494, le Sénat de Venise écrivait aux ambassadeurs qu'il avait envoyés au camp français :

Noos avons appris par une source sûre que Sa M^'esté Très-

* Cf. JM»., t. II, p. 347.

* Doeament commnniqui par M. Ghantvfty. n en exitte une tnidootioiiaux archives de Milan.

» Mifm., t. II, p. 372.

* Mém., t. II, p. 370.

IfSO LETTRES ET NÉGOCIATIONS

Chrétienne tient présentement en ])lus grand crédit ot en plus d'estime que personne, monseigneur Philippe ci le rnai échal de Gié, et que monseigneur de iSaint-Malo et monseigneur du Bouchage ne sont pas aussi en faveur c^uo do coutume. L'illustris.^inic seigneurie recommande à Votre Magnificouce de lui donner à cet ^ard des informations précises et complètes *,

Cependant, les luttes politiques devenaient d'autant plus vives, qu'elles se mêlaient à de nombreuses rivalités et à d*ardeiites jalousies. Le roi des Romains, à qui l'on avait persuadé que Charles VIII youlait ceindre à la fois à Rome la conrpnne des empereurs d'Orient et celle des empereurs d'Occident, s'alarma et résolut d'envoyer l'évê^ue de Trente à Venise. 11 y vint un autre ambassadeur du roi d'Espagne qui craignait de voir les Français porter leurs drapeaux en Sardaigne et en Sicile. En même temps, l'envoyé de Naples multipliait ses démarches *, « Totyonrs praticquer, dit Conmiines, c'est la coustume d'Italie »

Commines, plein du désir de tout savoir, entretenait de fréquentes relations même avec les ambassadeurs ennemis qui résidaient à Venise ; et c'était de la bouche des envoyés du Pape et du roi Alphonse qu'il avait appris les préparatifs qui se faisaient pour combattre les Français à Viterbe ou pour faire débarquer les Espagnols à Reggio Il voyait aussi fréquémment l'ambassadeur de Bijaset II,

* ArehiTw da Sénat de Veniae.

* Il 7 aToit ambanade de Ni^les, les tnppliant tous les Jours et leur oArant ce qii*ils Touldn^ent, et confeasoit le roy Alphonse avoir failly vers euU et leur remonstroit le péril que ce leur seroit si le roy venoit

au dessus de son entreprinse. Mé».t t* Ht P> 412. » Mèm., t. Il, p. 370.

« Mém., t. II, pp. 363 et 427.

0£ COMMUŒS.

bien qu'en ce moment même Charles VIII invoquât si haut sa résolution de combattre les Infidèles.

Taddeo Vicomercati émysàt le 7 janvier 1495 au duc de Milan :

UIustciMime et exoeUeatiisilne seigneur.

L'ambassadeur d'Espagne est retourné ce matin à la seigneurie, mandé par elle, si je suis bien informé. Je ne sais encore ce qu'il vient pratiquer ici, sinon qu'il est chargé, entre autres choses, par le roi son maitre, d'engager la seigneurie à ne pas envoyer cette année ses galères en Barbarie, parce que les Maures lui importent peu dans ses embarras actuels. Monseigneur d'Argenton, d'après ce qu'il m'a fait dire ce soir, a eu aiyourd'hui un entretien d'une bonne heure avec cet ambassadeur, et il n'a rien pu en obtenir, sinon l'asseilion formelle qu'on verrait de grandes choses en Italie au printemps et que le roi son maître n'aurait jamais cru que Sa Majesté Très- Chrétienne dût venir en ce pays. Ce sont les mêmes expressions dont se servit hier avec moi un fils dudit ambassadeur, qui assistait à la messe avec le prince, à cause de la solennité do l'Epiphanie, et il ajouta que le roi d'Espagne paraissait fort mécontent de Tarrivée des Français en Italie ^

Les magistrats de Venise continuaient à montrer à Ck>mmines quelques-unes des lettres qu'ils recevaient, ou les lui fiûsaient lire par un de leurs secrétaires *. Néanmoins son influence déclinait, et on allait jusqu'à lui insinuer <}u'il ferait bien de ne pas prolonger son séjour à Venise. Taddeo Vicomercati le rapporte d'après Taveu de Commines ; voici ce qu'il mande, à çe sujet, au duc Ludovic :

* Archives de Milan (tnd.).

* if^.,t.ll,p.364.

lOe LETTRES ET NÉGCX;iATlONS

nioBlrissime 6t ezcelle&tiaaiiiie seigneur.

Monseigneur d*Argénton m*a fait savoir aujourd'hui que dans un entretien avecTun de ceux qui se trouvent actuellement dans le conseil de la seigneurie, celui-ci , rengageant adroitement à 8 en aller d'ici, lui a dit spontanément, mut en termes qui semblaient toutefois lui avoir été suggérés par d'autres, qu'il vaudrait mieux qu^il se rendit auprès de Sa Majesté Très» Chrétienne pour l'aider de ses conseils et lui persuader de faire la paix, mais il lui répondit qu'il ne s'éloig-nerait qu'avee lo congé du roi ou par Tordre formel de la République. Il mo demanda si je croyais que ces paroles lui eussent été dites de la part de la seigneurie pour le faire partir, afin qu'elle fût plus à Taise pour pratiquer quelque chose avec les ambassadeurs du roi des Romains qu'on attend, et av(>c l'ambassadeur d*£spague, qui est arrivé. Je sais que Sa Majesté Très-Chrétienne ne lui a écrit, depuis qu'il est ici, qu'une ou deux fois, comme monseigneur d'Argentan me Fa dit lui-même à plusieurs reprises, en se plaignant du gouvernement du roi, qui devrait, dans l'intérêt de l'expédition, en communiquer jour par jour les progrès à la seigneurie par l'intermédiaire de monseigneur d*Aigenton, qui du moins n'aurait pas Pair d^étre sans mission; car on doit savoir combien il importe do tenir la seigneurie au courant de tout. Â diverses reprises, en plusieurs dreonstances, ces gentilshommes lui ont dit qu'ils ne comprenaient pas dans quel but raratnssadeur de France était venu à VenlM, puisqu'il ne leur ftdsait jamais la molndM communioation et n'écrivait jamais à wm roi ce qui se passe ici. Je lui répondis que son intorlocnteur avait peut^tre été de bonne foi et qu*ii ne fsllait pas chercher à son discours un sens qu'il n*avait pent-étro pas ; que lors même que le conseil de retourner auprès du roi viendrait de la seigneurie , ce n'était pas pour le motif que monseigneur d'Ârgenton lui prétait, mais pour un autre, car son s^our n'empêcherait pas la seigneurie de négocier et d*entamer de nouvelles pratiques avec les autres

DE COMMiNEb. 1S3

ambpssftdeiire, si telle était son intentiojo, ai de 8*occupei^ des questions relatives à ces afikires. Il m^approuva et me dit qu'il avait des motife pour supposer que ce langage lui a été tenu parce qu'il réside ici sans utilité, puisque le roi son maître ne communique rien à la seigneurie par son entremise et encore moins par les ambassadeurs vénitiens, à qui il a peu parlé depuis leur arrivée, ce qui n'est pas favorable à ses desseins ; et blâ» mant le gouvernement du roi, il ajouta que si le roi savait le trouble que la seigneurie peut jeter dans ses entreprises, il en ferait plus de cas quMl ne le fait, et se tiendrait avec cdle-ci dans d'autres termes. Je répliquai que <»rtes U avait raison, et que sachant la position du roi il devrait en avertir Sa Majesté et le gouvernement. Il répondit qu'il avait écrit et insisté et qu'il n'avait point encore obtenu de réponse ; qu'il avait envoyé des messagers en jioste et n'avait pu avoir de nouvelles, ni rien connaître de ce qui iittéresse I*l7Xpédition ; (ju'il ne voulait plus écrire, puisque se^ conseils étairnt pris eu mauvaise part, et il ajouta que Votre Excellence sait bien eomineut tout se passe à la cour. Il termina en disant (lue si les elforts du roi sont heureux et couronnés de succès, Thonneur en revient plutôt à la Providence qu'à riiabilcté de son gouvernement *. J'ai cru no pas devoir vous ca<'her cet enti-etien pour que vous en lassiez l'usage (jue votre haute sagesse vous suggérera. Je compris d'ailleurs que monseigneur d'Argenton serait bien aise que vous puissiez engager le roi à entretenir des relations plus amicales avec cette seigneurie. Je me recommande toujours à Votre Altesse.

Venise, 11 janvier 1495.

\'otre humble serviteur, TaDDBUS VlCOJtfBRCATUS

Si Charles VIII eût été arrêté dans sa marche, une ligue

* Coinininf'.s a ex|irim(- la même pensée dans ses Mémoires.

• Archives de Milan (trad.).

i54 LETTRES £T NÉGOCIATIONS

eût été aiissitôt conclue contre lui : a J'en estoye bien « asseuré, » ditCommines *.

Un grand ëvénenient allait consolider pour quelque temps encore la posHion diplomatique de CiommineB. Le 31 décemlire 1494, Charles VIII était entré à Rome, et le 15 jaii- ^r, le Pape arait signé un traité de paix et d'amitié.

Taddeo Y icomercati éerit an doc de Milan :

niostriasime et «xcéUentisBime seigneur.

Le bruit s'étant répandu dans ce pays, depuis liier soir, que le révérend yiee-obancalier ayait quitté Rome aveo quelques cardinaux pour se rendre auprès de Votre Excellence, et le paUio faisant à ce sujet toutes sortes de gloses et de cornmeutaires selon son habitude , je me suis rendu ai^jourd'hui ches monseigneur d'Argenton et j'ai touché aussi un mot de ces rumeurs. Sa Seigneurie, sans me répondre, me mit sous les jeux une lettre de monseigneur de Beaumont, écrite à Rome le 16, qui lui annonce que- le roi est d'aooord avec le Pape ; qu'il ' laisse le fort Saint>Ange entre les mains de celui-ci, mais que Sa Sainteté abandonne au roi toutes les autres forteresses de lÉglise ; que le seigneur Ascagne * est parti de Rome, ne se fiant pas trop à la parole du Pape. On lui donne quelques autres nouvelles insignifiantes. Il m*entretint ensuite des nombreuses raisons qui ont pu amener le roi à faire cet accord, qui ne satisfait pas iout le monde ; il en conclut que je pouvais me tranquilliser et quon ne ferait contre le seigneur Ascagne rien qui pfit motiver ches vous le moindre mécontentement, car vous sayes bl^, disait'n,qu6 Sa Mtgesté n^est pas ingrate et vous ne pouvez croire sérieusement qu*on entreprenne rien de fâcheux contre ledit révérendisûme seigneur. U parla ensuite du caractère du roi et

, * Mém.yt. II, p. 372.

* Le cardinal vice-chancelier Ascanio Sforza, dont Taddeo Yioomer- - cati parle au commencement de cette lettre.

DE OCKHIMINBB.

de son gouvernement. Je l'assurai que rien au monde ne potov rait fiire départir Votre Excellence de son respect et de ses bottMS dispositions envers Sa Majesté Très-Chrétienne ; qae je ne voyais aucune raison pour ne pas prendre en sérieuse considération les affaires de la seigneurie; que toutefois je n'étais pas sans quoique inquiètade, surtout an si^ei dei runièiuil qui circulent, la seigneurie n'ignorant pas combien elles sont fondées, pour des motifs qn*elle connaît mieux que mm. H répliqua qu'il avait été nécessaire pour bien des raisons que le roi s'entendit avec le Souverain-Pontife et qu'il n'y avait rien à craindre pour le seigneur Âscagne ; que tout se calmerait et qu'il ne fallait pas en douter le moins du monde, quoi que le pulklic pût dire. Je passai, comme de. laoïQtam», plus d'une lieure.à entietenir Sa Seigneurie de ces questions et d'autres encore. Au moment où j'avais me retirer, arriva Julien de Médiois areo trois ou quatre yemna/^' Jto le laissai avec' monseigneur d'Argenton.

. Venise» fil janvier 1405.

Votre iiumble eervitsur, TAnvBiis YzaoïiiKCATV*.

• A eett» lettre était joint la poet-tcriptom tmnoA :

Votre SioeUence, qui a suivi Jee événements jour par jour, a toujours pu s^aperoevoir que ceux d*ici ne voyaient qn*avM déplaisir lee sucoès. de Sa M%Mé TrèsObrétienne et sa piésenoe-en Italie. Néanmoins, .on m*a^ ce matin, communiqué racoord de Sa Miyeaté et du Pape, avee de teUee démonstrationa qu*on eût dit qu*ili en ressentaient intérieniement une grande joie ; o^est probablement une ftinte pour cacher quelque projet. Je fus mandé en bâte et tard; qui aurait cm que la seigneurie fût levée & cette heure? Le prince, avant d*aborder un antre siget, me dit qu*on venait de recevoir à Tingtant la 'liouvelle dont il allait me ikire part. La même communication ftit fSûte à monseigneur d'Argenton, ches lequd rambaasadeur

do roi Alphonse était aUé un peu auparavaiit. L'aprés-dîner il 7 eat conseil des Pregadi, et le soir le , bruit se répandit, tant par les lettres priyées des marchands que par les propos des gentilshommes, quo monseigneur le Tice-chancelier quittait Rome avec Lonate, pour se rendre à Milan, et que les cardinaux Colonna et Savdli partaient aussi, ne se trouvant plus en sûreté à Borne.

Même date que ci-dessus.

Je me recommande'toujours à vos bonnes grâces, Tadobus Yicqmercatus *.

Nous avons vu Gommines insister près du duc de Milan pour qu'il oblint que Charles YIII ménageât davantage la

république de Venise. Ludovic déféra à sa priëre, et le roi

de France en tint compte dans une certaine mesure, comme nous l'apprend une autre lettre de Taddeo Vicomercati :

niustrissime et exoellentissime seigneur,

La lettre dè Votre Excellenoe, du 20, ne réclame point de réponse, sinon que j*ai ikii savoir à monseigneur d'Âi^penton que Votre Excellence a invité Sa Miy'esté Très-Chrétienne à user, par son entiwmise, de termes plus aflkbles envers cette illustre seigneurie. Après avoir remercié Votre Altesse de cette démarche, il témoigna qu'il en avait déjà retiré quelque satisfaction et qu'il en avait bien vu Peffet, ayant reçu, comme vous le savez, des lettres du roi Très-Chrétien qui conttennent.les articles du traité de Sa Ms^esté avec le Souverain-Pontife, et d'antres lettres de monseigneur de Saint'Malo... Je me recommande aux bonnes grâces de Votre Excellence.

Venise, 25 janvier 1405.

Votre humble serviteur, Taddbus Vicombroatus*.

* Archives do Milan (trad.).

* Archives de Milan (trad.).

DE COMMINES

A cette lettre succéda celle que nous allons reproduire et qui est également adressée au duc de Milau :

Illustrissime et excellentissimo seigneur.

Monseigneur d^Argcnton ;i vom les articles du traité conclu entre le Pape et le roi Très^hrétien , comme j^en informai Votre Excellence par une lettre du 23. Il les a communiqués immédiatement à la seigneurie et lui en a laissé copie; quand on les lui eut rendus, il me les fit montrer, après s^étre en personne présenté chez moi. Ainsi que je Tai &it savoir i Votre Excellence, ils sont en tout et pour tout semblables à ceux que Votre Excellence m*a chargé de communiquer à cette seignenriep sauf que les siens sont rédigés en fitmoais. Je me recommande toujours à tos bonnes grâces.

Venise, 27 janvier 1405.

Votre humble serviteur, Taddeus Vicomercatus *.

Cependant, tandis qae le roi traitait à Rome, on voyait se réveiller aux bords de VAnio les vieilles discordes de Pise et de Florence, que les Français n*avaient pu apaiser.

Comraines en fut vivement affligé, comme on peut en juger par cette lettre de Taddeo Yicomercati au duc de Milan :

Illuâtrisâime et excellentissimc seigneur,

Ce matin, de bonne heure, monseigneur d^Ai^nton fit mander mon chancelier et lui dit qu^il avait à m*apiHwndre les grands troubles qui avaient échité à Florence. La veille au soir, vers une heure de la nuit, igonta-t-il, étaient venus ches lui quelques Florentins, tant des amis de Pierre de Médids que de ses ennemis, et, lui montrant des lettres de Florence, ils lui annoncèrent que les citojens de cette ville s'étaient sou-

* Archives de Milan (trad.).

IQt LETTRES ET NÉGOCIATIONS

bnréBr ^*jlâ KnM Uilk y«iitp,plii8 (As £x mille oi^^nMflMJit â*«nta amM ^. prétenâuit VMÔttvrer ce que les Fnui^ lam 999ink% enlevé ; qn^ûa avaictnti d^à ftii marcher d« monde poQp. aaiiégflr Piee et e*éteîent en^pêréB de quelques c^tom dtm Pimns, et que les Génois amîest eim^ quatre etkits honuoee à Pise ; que les Florentins, v^ajtait jusqn^à présent , obtenu du roi que de belles paroles, relatiTement à la restitution de leur» domaines, s'étaient i^lu8> les reprendre de force^ Sur quoi monseigneur d'Aigenton avait fitdt obsenrer à ses Tisîieurs que les ^Florentins aTaient grand tort de recourir à de semblables moyens et que ce n'était rien moins que s'insurger contre le roi; ^u*ili ne pouTsient se plaindre de Sa Majesté, sachant bien qué Pierre de Médids né lui avait donné lesditeis terres que par leur charge, afin qull les gardât pour sa sécurité pendant Fezpédifion dans le i^jàumè de Naplea ; que s'ils entrepniMdent quoi que ce soit contre cette eonTontion, les Fran» çais, qui étaient à Pise ^ à hifo^raet se tourneraient immédia» tement contre eux, et bien qu'ils fussent peu nombreux, ils leur feraient une guerre plus rude qu'Os ne le croyaioit ; que le roi lui-même n*j pourrait obvier, puisque Sa Migesté a été constamment préoocnpée d^intéréts plus graves, et que dès lois il n'y a pas lieu de s'étonner qu'ils n'aient obtenu jusqu'à présent que de belles paroles. Lesdits marchands reconnurent eux-mêmes que les florentins devaient rester dans les termes de leur convention s'ils ne voulabnt pas chercher leur malheur. Monseigneur d'Ârgenton se montre fort contrarié de ces mouvonents, dans la crainte qu'ils n'entravent l'e^édition de Naples. il a répété à mon chancelier que lesdits marchands lui avaient appris que lés Florentins députaient en ce momenf ^ un ambassadeur auprès de cette seigneurie. Mon cfaancdier lui répondit qull n'avait absolument rien ouï dire de ces soulé|vements et lui promit de me rapporter le tout ; et comme monseigneur d'Argenton écrivait en ce moment à l'amhassadetu* français qui réside à Florence, il dit de lui-même qu'il l'entrie-' tenait de ses aflhires privées et i^n de cee éyénem^tç. 'Il

DE COMMINBS.

est vrai que les marchands florentins ont ramassé dans ce pajs

toutes les cuirasses qu'ils ont pu trouver; la chose m'a été affirmée par des marchands milanais, qui leur en avaient vendu une bonne quantité, dont la plupart n'avaient plus vu le jour depuis longtemps, ot lesdits Milanais riaient beaucoup de ce méchant marché. Je me recommande toigours à vos bonnes grâces.

Venise, le dernier jour de janvier 1495.

Votre humble serviteur, Taddbus Vioombroatus*.

Les affiôras privées auxquelles Cominmes faisait allusion à propos des lettres qu*il adressait à Florence, concernaient ce qu'il avait à rëdamer des dëpdts confiés antrefins par lui à la banque des Médicis. D'autres contrariétés lui étaient

réservées à Milan , où les marchands qui avaient avancé de l'argent au roi, invoquaient sa caution personnelle pour être payés sans retard.

Le 12 janvier 1495, le duc de Milan écrivait à CornmSnes :

Monseigneur, depuis la fin du mois de septembre dernier est expiré le délai où devaient être restitués et payés les trmte miUe éctts pour lesquels plusieurs seigneurs de la cour (et notamment Votre Seigneurie pour quatre mille écua) se sont engagés vis-à-vis de Jean de Beoleo, de François Magiolino et de François de Rome, nos marchands, qui vous ont aidés, grâce à notre intervention, et qui se plaignent de ce que cette somme ne leur est pas restituée, car ils en ont besoin pour leurs opérations. C'est pourquoi je prie instamment Votre Seigneurie de fiûre psjer sa pari dans cette créance parce que, si elle ne le

* Archives de Milan (trad.). i

faisait point, nos marchands poursuivraient en justice l'exoeutiou de renga{,'emeut qu'ils ont de vous et des autres seigneurs, ot quelque regret que nouy en eussions à cause de l'amour que nous poitons à Votre Seigneurie, nous no pourrions houuétcmeut les en empêcher

Gommines répondit en ces termes à Ludovic Sforza :

Monseigneur, si très-humblement comme je puis, me recommande à vostre bonne grâce. «Taj receu une lettre qu*il vous a pieu m*escripre, faisant mention de quatre mille ducats dont je suis respondant à aucuns marchans de Millau, afin que les paiasse avant qu^ils ne procédassent selon Pobligation contre moy et antres oUigés envers eulx pour trente mille ducats. ' Monseigneur, je sçaj bien que, avant partir de Vienne, je tas requis avec d'autres ^oor respondre pour cinquante mille ducats, et pluseurs en y eut qui refusèrent de le £sûre , et à Feure le conte Carie dist qu'il se mettroit pour la plus part, si les autres qui en estoient requis ne se vouloient mettre, et qu'il ne s'en falloit point soulcier, et s'y mist pour vingt mille, et voyant cela et que monseigneur de Sainct-Malo et monseigneur le séneschal s'y mettoient, je m'y mis aussi, espérant qu'ils en savoient bien l'issue.

Monseigneur, je en escripts à ceulz qui y sont obligés, combien que je croy que leur en avez escript. Toutefois les aflhtres du roy sont encores bien troublées, et a besoing de vostre fiiveur et amytié plus que jamais. Je ne veulx point nyer, ny mettre en doubte la debte, mais bien vous supplier de tenir la main que je ne feusse point tost pressé et que premiers on s'adressast à ceulx qui pevent le plus pour les faire paier.

Plaise TOUS, monseigneur, tousjours me commander vostre bon plaisir pour Vacomplir à mon povoir. Bn priant & Dieu,

* ArehiTM de Milan (trad.).

DE CgMMiNES.

molueigiieur, qii*il tous doint bonno vie et longue et tout oe que toiu déeireK.

Bscript à Venise, le lUI* jour de têmiet»

S'il est vraj ce quou dit, le Pape monstre qu'il est homme de mauvaise foj.

Vostre très-humble et très-obéissant serviteur, Philippe nn Commtnes.

 mon très-redoubté seigneur, moimigneur le duc de MillanK

Voici quels étaient les événements auxquels faisait allusion la dernière phrase de la lettre de Commines. Le cardinal d6 Valence, César Borgia, ayait été remis par le Pape comme otage entre les mains du roi de France. Il s'Àihappa du camp français à Velletri, au moment même où les ambassadeurs du roi d'Espagne déclaraient à Charles VIII que le traité de Barcelone était rompu. Commines se hâta de communiquer ces importantes nouvelles à l'ambassadeur milanais qui en fit part en ces termes à LudoYÎc Sforza :

Illustrissime et excellentissime seigneur,

L'ilUptrimime seigneurie a hit oonnaftre oesdr i monseigneur d'Ârgenton, par an de ses ehanoeliers, qu'on a reçu de Rome, par lettres du 2 et du 8, Tavis que le Pape avait manifesté un vif mécontaitement de ce que le cardinal de Valence avait quitté Velletri, et qu*il avait fait ch^rdier avec soin où 0 s^était retiré pour le fidre revenir, puisqu'fl doit y avoir des ambassadeurs délégués près de Sa Majesté Trés^lirétienne aux termes des articles approuvés par Sa Sainteté et afin de témoigner au roi sa ferme intention de respecter les dits artides. On syoute que malgré le refos du châtelain de Civita-Veccbiade rendre cette

Doenneiit commnniqQé par M. ChanTqr.

COMHINIS. — II.

forteresse i Sa Mi^^f «Ue n'en èiaii pas moins passée entre les mains de Sadite M^eeté TitoOirétienne. On dit aussi qu'il n*étatt pas vrai que les ambassadeurs d'Espagne eussent protesté contre le roi de France et menacé de loi dédarer la guerre, mais qu'il était exact qu'à Velletri ils lui avaient parlé en termes très-Ti& pour le détourner de son entreprise. Monseigneur d*Ârgenton, qui s*était montré fort mécontentque le Pape se fat jurononcé contre le roi, n'eût pas plus tôt reçu ces. nouvdles qu'il me les fit communiquer avec allégresse, disant qu'il ne pouvait croire que les sérénissimes rois d'Espagne voulussent attirer la foudre sur eux, en rompant avec la couronne de France. Je me recommande de nouveau à vos bonnes gréées.

Venise, le 6 février 1495.

Votre humble serviteur,

TASnSVS VlOOHBRCATUS

Ck>mmines avait acquis, en ce moment, la convietioii que Venise était d'accord avec le roi d'Espagne dans l'hostilité qui se manifestait contre la France. Pensa-t-il que l'on pouvait prévenir l'explosion de ce mauvais vouloir par quelque tentative hardie , et qu'en présence dés rassemblements de tronpes yénitieunes dans la Polésine de Rovigo, il était licite de diriger un coup de main contre la cité m^e de Venise? Nous n'oserions résoudre cette question , et nous nous bornerons à rapporter les faits.

Le corps d'armée conQé au sire d'Aubigny, de la maison de Stuart, qui formait l'avi^t-garde, avait été, dès le début de la campagne, gêné par une partie de son artillerie trop pesante pour foire la guerre au milieu des montagnes. Il avait fallu la laisser à jCastro-Gano, et un envoyé spécial fiit chargé de demander qu'on pût , à travers le territoire de

■ Archive* de Milan (trad.).

DË COMMlNKi».

Venise, la transporter à Ravenne pour l'embarquer et la renvoyer en France. De là un grand émoi parmi les Vénitiens si prompts à s'inquiéter.

Le Sénat s'assembla, et on lui proposa la résolution soivante :

Il est décidé que notre sérénissime prince i*épondra dans les termes que sa sagesse lui suggérera, en présence de monseigneur d'Argenton , à l'envoyé de Sa Majesté Très-Chrétienne, sur la communication que celui-ci a soumise au CoHvSeil. towhant le transport par mer de certaines pièces d'artillerie qui se trouvent à Castro-Caiio et qu'on veut embarquer à Ravenne en destination du royaume, en ce sens :

Que nous avons remontré audit envoyé la difficulté d'embarquer ladite artillerie à Ravenne, à cause du défaut de port, et en même temps pour le danger qui pourrait s'en suivre. Néanmoins, si ledit envoyé trouve bon d'insister, nous sommes contents qu'il le fasse avec notre permission et licence, sous cette condition que, pour des motifs raisonnables, ladite artillerie ne soit ni embarquée, ni transportée sur nos bâtiments, et qu'il n'en résulte aucune charge pour notre territoire, sans utilité pour Sa Majesté Très-Chrétienne : lequel point sera justifié jjar notre susdit sérénissime prince, pu employant les ai^uments les plus efficaces qui conviennent à la matière.

Lorsqu'on passa au voté,, il y eut cent dix-sept suffrages

contre, soixante-trois pour, et treize suffrages douteux : la résolution fut donc rejetée.

Cent trente-une voix se prononcèrent pour :

Que la présente matière fût résolue le soir même et qoe tout' membre de oe collège f&t teau de donner sou opinion, à peine, par chaque abstention, d*nne amende de cinq cents ducats, exiglMes par les aTOcate de la Commune, sans antre avis.

LETTRES £T NÉGOCIATIONS

Trente-huit seulement demandèrent :

Que la préeente aibire fût ^journée au lendfiinaiii et que le Conseil tàt oonToqué de nouveau ponr en délib&rer.

Quarante-six émettent le veau :

Qu'il soit répondu à renvoyé susdit en ce sens : Que nous avons remontré audit envoyé la difficulté d'embarquer ladite artillerie à Ravenne, à eause du défaut de port, et également pour le (langer qui pourrait s'en suivre ; néanmoins, que si ledit envoyé insiste, nous sommes contents qu'il puisse le faire avec notre autorisation et noire licence; mais en même temps qu'il soit entendu que, par le moyen le plus prudent et le plus secret qu'il sera possible, le prince et le collège devront proposer et persuader audit envoyé d'employer qmliiue bâtimeiit étranger pour transporter ladite artillerie, et que le prince et le collège susdits prendront toutes les mesures convenables pour j parvenir.

Soixante-huit Toix contre soixante dix-huit opinent:

Qu'il eera répondu audit envoyé en cette forme : Que noua avons remontré audit envoyé la difficulté d'embarquer ladite artillerie à Bavenne, à cause du défaut de port, et également pour le danger qui pourait s'en suivre ; néanmoins , que si Ton* ▼ojé insiste, nous sommes contents qu'il puisse le faire avec notre permission et notre licence ; mais en même temps il sera entendu que si, cette réponse ayant été faite, ledit envoyé sollicite la faveur d'obtenir des bâtiments pour le transport de ladite artillerie , il lui sera répondu qu'il ait à se pourvoir lui-même des bâtiments appartenant à des particuliers qui lui conviendront le mieux.

Enfin cent soixante-treize voix contre six déclarent :

Qu'il sera répondu audit envoyé en cette forme : Que nous

DË COMMINES.

avons remontré audit envoyé la difficulté d'embarquer ladite artillerie à Ravenne, à cause du défaut do port, et également peuple danger qui pourrait s'en suivre; néanmoins, que si renvoyé insiste, nous sommes contents qu'il puisse le faire avec notre permission et notre licence, sous cette condition : que, pour des motifs très-raisonnables, ladite artillerie ne sera ni embarquée, ni transportée dans le royaume sur nos bâtiments , et qu'il ne pourra résulter de ce transport aucun tort pour notre autorité, sans utilitf'^ pour le roi Très-Chrétien : ce qui sera justifié par le sérénissime prince, en employant tous les arguments qui conviennent à la matière

Dans le midi de Tltalie, les armes françaises restaient victorieuses; Gaête et Capoue étaient conquises, et les bannières fleurdelyséos s'approchaient de Naples. Taddeo Vicomercati écrit au duc de Milan :

Illastrissime et ezoeUentissime seignear.

Ce soir, an sortir d*une féte que la seigneurie donne chaque année à pareil jour, j'étais allé me promener en barque sur le canal avec monseigneur d*Argenton, quand nous fûmes rejoints par un secrétaire de la seignenrie qui, en ma présence, fit connaître à monseigneor d*Argenion que la seigneurie avait reçu des lettres du 19, lui annonçant Tentlée de Sa Majesté à Capoue, où les habitants TaTaient accueillie avec toute sorte d'honneurs et de r^ouissances. Âversa lui a fait offrir d'ouvrir ses portes et de se soumettre ; le territoire de Gaete avait aussi été occupé et la citadelle de cette ville était sur le point de capituler. Il lui remit ensuite une lettre de monseigneur Péron de Bascbi , informant monseigneur d'Argenton des heureux succès de Sa MEgesté Très-Chrétienne, de la prise de Capoue par son armée et de l'arrivée du comte de Pitigliano et de monseigneur Jean-Jacques Trivnloe près de Sa Migesté. Monseigneur Péron pense que le

* Archivoi du Sénat de VeniM (trad.).

loti LETTRES ET NÉGOCIATIONS

roi Ferdioiuid loi-iilBe Jkaàn on penonno «OHleYant de Sa Ifiû^sté; il annooee Vmiréè d'un trompette du Migneor YiigiBio Ureine, qui yenait loi demander un aanf-oonduit pour que le dit Uraino pût ae rendre aaprèe d'elle. H tomine en diaant qu*il espère qu'on sera à Naplea dane quelques jours. En rentrant olies moi, je tranvai un autre aecrétaiie de la seigneurie qui me fit le même messafe , me donnant avis de rentrée du roi à Gapoue et de la soumission d*ATerBa et de Ga£te A SaUi^|sflté. Je me recommande tom'ours i vos bonnes grâces. Venise, le 26 février 1485.

Votre humUe serritenr,

TaODBUS VrCOICBRCATUS *.

Sur oea entrefaites, les Français marchaient toujours. te 22 février 1495, (Parles VIII oecupa Naples. « Tout,

« dit Coinroines, se mit à faire bonne chière et joustes « et festes, et entrèrent en tant de gloire, qu'il ne « sembloit point aux nostres que les Italiens fussent « hommes *, » Puis on joua en présence du roi des pièces sa^ynques où Ton tournait en dérision non-seulement le roi d'ISspagne et le roi des Romains, mais aussi le Paipe et le doge de Venise *.

La nouvelle de la i)rise de Naples arriva le 2 mars à Venise, comme nous l'apprend cette lettre deTaddeo Vicomercati au duc de Milan :

J'ai communiqué ce matin à la seigneurie la harangue que tous a adressée monseigneur de la Volte, ambassadeur du roi Très-

' Archives de Milan.

• Mém., t. II, p. 397.

* Et fact» sunt coram rege FraQciœ per suos trtgedi» «t eoQMdi» de Pap», Romanomm et Hiapaniv regibns ac VmetoroiB lUnstria- •imi* dadbiu, coUuiorie et more gallico deriaorio. JMIsIâMi oaoa. (/>rt de VkigMre de CkarUs VIII» éd. GoeavRoy, p. 715.)

DE COMMINES

Cliiétien, et la réponse que vous lui avez faite, ainsi que vous m'en ciiciigiez par votre lettre du 25. Je lui donnai également lecture de lavis de la prise de Naples par Sa Majesté Très-Chré- ♦ tienne, comme vous me l'avez prescrit par une autre lettre du 27. Le plus âgé dos conseillers, en Tabsence du prince retenu par une légère indisposition, remercia Votre Excellence de sa bienveiUante communication, en me disant qu'eux aussi avaient reçu ce matin même l'avis do l'entrée du roi Très-Chrétien à Naples et du retour du roi Ferdinand au château de l'Œuf, tandis que ceux du Château-Neuf bombardent la ville de Naples, et les Français le Chàteau-Neuf lui-même. J'ai fait la même communication à monseigneur d'Argenton qui a témoigné la plus grande satisfaction de vos bonnes dispositions envers son maître en me répondant que Sa Majesté est obligée à Votre Excellence et qu'il sait bien ce que vous avez écrit à divei-ses reprises au roi et à quelqu'un placé près de lui, que vous chargiez de lui communiquer vos lettres : il me remercia ensuite de ma communication et m'apprit qu'à l'instant même un chancelier de la seigneurie . lui apportait des lettres de Naples, où le roi lui annonce sou entrée au fort de Capoue avec sa garde et lui fait part de l'espérance qu'il a de voir prochainement tout le royaume pacifié ; en même temps il lui envoie une seconde lettre contenant la même chose, que monseigneur d'Argenton présentera demain à la seigneurie.

Venise, le 2 mars 1495.

lioraque les V^niiieiis apprirent cette importante nouvelle, ils s'empressèrent de faire appeler Commines et de la lui annoncer, « monstrans en estre joyeux. » Ils ajoutaient toutefois que le château n'était pas conquis et qu'il 8*y trouvait une forte garnison. Commines comprit aisé» ment « qu'ils ayoient bonne et seure' espérance » que le

' Archives de Milan (trad.).

TaDDBUS VlCOMEnCATUS *.

Château-Neuf, où s'était enfermé le marquis de Pescaiie, lie partagerait pas le sort de la ville. On sut bientôt que le château était tombé au pouvoir des Français. Celte fois encore, ils firent chercher Comminee.' Ils étaient an nombre de cinquante on soixante dans le palais du doge, accablés de tristesse, la tâte baissée et cachée entre leurs mains, « plus esbahis et plus espoyentés » que les sénateurs romains après la journée de Cannes. Personne ne s'adressait, soit de la parole, soit du regard, à l'ambassadeur français qui les regardait « à grant merveille. » Seul , le doge ne paraissait p'as troublé : il raconta ce qu'il Tenait d'apprendre, et le fit avec un air de satisfaction. Cet homme de bien, si sage, si amiable, méritait Téloge qu'en fiiit Cornmines : « Nul en la compaignie ne se saToit faindre si bien « que luy » Commines , de son côté, multiplia les offres et les assurances pour calmer les Vénitiens et « les oster de a sousperon. »

A Milan comme à Venise, cette nouvelle produisit une sensation profonde, et le duc Ludovic écrivit lui-même à Oommines :

Nous avons récemment fait connaître à Votre Seigneurie que nous avions remarqué avec quelque tristesse que le roi Très- Chrétien ne nous avait pas annoncé la reddition deNaples. Nous sommes cependant de ceux qui ne céderions à personne au monde riionneur de prendre la plus grande part à ses succès et à sa prospérité, et partout où il a été et où il sera nécessaire d'aider Sa Majesté, elle peut compter que personne ne l'a fait et ne le fera de meilleur cœur que nous. C'est l'affection singulière que nous portons k Sa Majesté, qui nous engageait à vous écrire combien nous aurions souhaité qu'elle nous donnât dans sa prospé-'

DiyilizuaTjy v^OOgle

DE COMMINES

rité quelque marque d'une svmpathie, sui' l.i([uelk' nous n'osious plus comptei" aprtVs le silence qu elle gardait à notre égard. Maintenant que les lettres de Sa Majesté, dont la copie est jointe à celle-ci, nous ont été remises par monseigneur de la Volte, non-seulement nous en avons éprouvé une extrême joie parce qu'il eût été impossible de nous éci'ire avec plus d'amour, mais encore nous regardons comme un devoir d'en faire part à Votre Seigneurie, afin quelle sache qu'autiint nous avons ressenti de déplaisir ces jours derniers parce qu'on ne nous annonçait pas ce grand événement, autant nous éprouvons aujourd'hui d'allégresse et de bonheur, en voyant Sa Majesté nous témoigner par ses lettres si affables qu'elle répond à noti-e atîeetion et qu'elle l'apprécie telle (ju'elle est, en se montrant persuadée que personne au monde ne se r^jouit^plus que nous de sa prospérité *.

Au moment même où le duc de Milan se livrait à c*^s emphatiques et fallacieuses protestations, il envoyait à ■\'eiiise rëvêque de Côme, Antoine Trivulce, et Francesco- Beroardino Visoonti, et alors commencèrent secrètement et pendant la nuH ces conférences d*où devait sortir la ligne contre la France. Commînes en fut instruit. Habile dans Fart de corrompre, « il ayoit bons moyens d'estre adrerty. » Il sayait que l'ambassadeur espagnol avait passé déguisé à Milan et que Ludovic Sforza « conduisoit » les Allemands. Aussi se fait-il honneur de sa perspicacité : « Ceulx de Mil- « lan me vindrent veoir, dit-il, et m'apportèrent lettre de « leur maistre, et me dirent que leur yenue estoit parce « que les Véuissiens ayoient enyoyé deux ambassadeurs à la « yflle de Millan ; mais cecy estoit mensonge et tromperie « et toute déception, car tout cela estoit assemblé pour

' Aroliivefi de Milan (4 mars 1495).

« faire ligue contre le roy. Après me demandèrent si je tt ne sçavoye point que estoit venu faire cest ambassadeur « d'Ëspaigne et celluy du roi des Rommains, afiKn qu'ils en « poussent advertir leur maistre. Pour ces raisons et « voyant la ligne si approchée, ne vonlns plus &ire de a l'ignorant, et respondis andict ambassadeur de Millan « que, puisqu'ils me tenoient termes si esiranges, je « vouloye monstrer que le roy ne vouloit point perdre « Tamytié du duc de Millan, s'il povoit remédier; et moy, « comme serviteur, m'en vouloye acquiter et excuser des « mauvais rapports que on en pourroit avoir faicts andict « duc leur maistre , que je oroyoye astre mal informé; et « quMl debvoit bien penser , avant que perdre la recon- « gnoissance de tel service comme il avoit faict au roy, « que nos roys de France ne furent jamais ingrats, et que, « pour quelque parolle qui povoit avoir esté dicte , ne se « debvoit point despartir l'amour de deux, qui tant estoit «t séante à cbascune desdictes parties, et les prioye qu'ils « me voulsissent dire leurs doléances, pour en advertir le « roy avant qu'ils feissent aultre. Us me jurèrent tous et « feirent grans sermons qu'ils n'en avoient nul vouloir : « toutesfois ils mentoient et estoient venus pour traicter « ladicte ligue »

C'est sous rinfluence de ce sentiment et de cette émotion que Oommines adressa au duc de Milan l'une des plus belles lettres qu'il nous ait laissées :

Monseigneur, si très-humblement comme je puis, me recommande à vostre bonne grâce. J'ay receu deux lettres de Vous, dont humblement vous mercie et répute à graut honneur de

* Mém., t. II, p. 414,

DE COMMINES

quojr il TOUS plaût m*Moripre 1m cIioms qu'il vous leiiibla là loy fimli leoon^oiitra enTeis tous ramour que tous Iny avei portée et que loi portei, et fois ivès-joyeulx, monseigneQr, de quoy TOUS le preses à oaeor; car ee me aemUe vray aigne d'amour, ei voua ây Uen, monaeigoeiir, que ai mon povoir eatoit grant envera le dit aeigneur, que je mettroye peine de amender la faulte ai elle y estoit, et m'en aoia aoquicCé d'en eacripre; mais comme autreffoia voua ay dit et voua rarea congneu, ceste erreur ne procédoit point de Iqy, et la lettre que maintenant Tooa a eacrîpte, eat du jonr ou du lendemain qu'il entra à Napplea» et ay de ceate date, maia lea cbeyaucheura ne aont point fort diligena, comme toub aanra bien dire monaeigneur de la Yaulte.

Le roy a en deux de aea prédeéeaaeura roya de France qui n*ont point eaté ingraa vera leurs amys de qui ila avoient receu plaiair. Le roy Charles son grant ptee estant en trtegrant néoesaiti des Ângloia et en doubte du roy Alphona le Premier, ajlyé des dis Angloia, comme sa maison a esté de tout temps, luy requift ne luy Touloir foire aucun dommaige en Languedoc, ce qu'il poroit bien fidre, car il estoit lors en Cathelongne, mais le dit roys Alphons luy fit gracieuse response, disant ^ue, ven rafliure en quoy il estait, qu'il n'entreprendroit lîens contre luy* CSeste responce garda le dit roy Gbazks, qui jamaia depuis pour prospérité qu'il eust, ne voulut en son nom prester l'oreille à foire riens contre le dit roy Âlphons.

Le fou roy Loys, à qui Dieu pardoint, voyant l'amour que luy monstok le fou duc de Ifillan Francisque, vostre père, tant de luy envoyer gens d'armes à son affimre et d'un bon conseil qu'il luy donna, Taaymé tonte sa vie et tenu en aussi grant révérence oonmia a'il eust esté son pàre, et encores le recongneut envers le fou duc Onaléace vostre foère en quelque temps que est paasé, pour quoy condus, monseigneur, que tons les plaisirs dessus dis ensemble ne sont point à comparer à œnlx que vous avei fois au roy de présent, et ay espérance qu'il ne

▼ouldra poiut estre mains recongnoissant enTers tous que ses prédécesseurs ont esté devers les dessus dis seigneurs , et si aura plus affaire de tous pour luj aider à garder le royaume de Napplcs, quant U en sera party, qu'U n'a en à le conquérir.

Plaise TOUS, monseigneur, tousjours me commander Tostre bon plaisir pour Tacomplir à mon poToir , en priant à Dieu, monseigneur, qu'il tous doint IwDne vie et longue et tout oe que TOUS désirez.

Escript à Venise le ix' jour de mars 1495.

Vostre très-humble et très-obéissant serviteur, Philippe db Comhynes.

Je ne tous escrips riens des noaTélles d*icj pour ce que messeignears les «mtassadeur» que tods 7 aTei, tous advertissent de tout *.

Commines jugea utile de répéter aux Vénitiens ce qu'il venait de dire aux ambassadeurs du duc de Milan ; « Le « lendemain, oontinae-t-il , allay à la seigneurie leur parler « de ceste ligne et dire ce qn*il me sembloit senir an cas ; « et entre anltres choses, je lenr dis qne en Fallyance qu'ils € avoient avec le roy et qu'ils aToient eue avec le feu roy € LoYS son père, ils ne povoient soustenir les ennemys « l'ung de Taultre , et qu'ils ne povoieut faire ceste ligue

< dont l'on parloit, que ce ne fust aller contre lenr pro-

< messe. Hs me feirent retirer ; et puis quant je revins, me « dit le duc qne je ne debvois point croire tout ce que Ton c disoit par la dicte ville, car chacun y estoit en liberté et « povoit chascun dire ce qu'il vouloit : toutefois , qu'ils

* BHHik Mmtnm, fonds Égerton, 1963, ^ I. Otte lettre a été publiée par M. Charavay dans VÀnuU&ur é^autograjtkes do 16 avril 1865, et il en existe ,aae traduction italienne aux trchivés de Milan.

DE C0MMINE8.

€ n'avoient jamais pensé faire ligue contre le roy, ne jamais « ouy parler ; mais, an contraire, qu'ils dësiroient faire ligae c entre le roy et ces anltres deux rojs et tonte l'Italie, « et qu'elle fust contre ledict Tnre, et disoient encores

e qu'ils ne feroient riens de nouveau, que je n'eusse res- « pouco du roy ou que le temps de l'avoir ne fust passé ; « et me monstroient plus honneur qu'à ceux de Millan » Quatre mois s'étaient écoulés au milieu de ces intrigues qui avaient toutes pour but de se concilier l'alliance des Vénitiens. Les ambassadeurs milanais, allemands, espar gnols ne cessaient de réitérer leurs communications. Gommines, de son côté, faisait le mieux qu'il pouvait *, mais sa tâche devenait de jour en jour plus laborieuse et plus accablante. Ne pouvant plus compter sur l'envoyé milanais, il avait à lutter ouvertement contre deux autres ambassadeurs. L'un était celui du roi de, Naples qui offrait aux Vénitiens tout ce qu'ils voudraient, et qui ne cessait de leur représenter le péril qui existerait pour eux si le rot réussissait dans son entreprise. L'autre était celui de Bajazet, allié au Pape contre la France. Cornniiiies rapporte qu'il le vit plusieurs fois ^, et nous parle avec grande estime des empereurs des Ottomans, surtout du plus illustre d'entre eux, de Mahomet II qui était à la fois sage et vail * lant*et peut-être plus sage que vaillant, car, de même que le roi Louis XI, « il usoit plus de sens et de cautelle que c de vaillance, ne hardiesse*. » Aussi ce Turc, qui ressemblait fort au roi Très-Chrétien , pouvait-il être placé à

« if;âs.»t. n.p.4i5.

* Mém., t. II, p. 412.

* Mém., t. II, p.

Diyilizùa by GoC^le

LKTTHliS ET iNKGUCIATiOiNS

côté de lui, c parmi les plus grans hommes qui ayeni c rëgnë depuis cent ans *. »

A cette partie du séjour de Commines à Venise et à sa lutte avec l'ambassadeur de Bajazetll, se rattachent des souvenirs qui méritent d'être recueillis. Depuis Corfou jusqu'à Nègrepont, depuis Athènes jusqu'à Gonstantinople, des milliers de chrétiens n'attendaient qu'un signal pour prendre les armes. Ils adressaient à Venise des messages qui passaient sous les yeux de Commines, et Commines, à son tour, interrogeait les marchands qui connaissaient le mieux les mers de la Grèce Noble page de la vie de Commines qui, au milieu de tant de ténébreuse intrigues, servit du moins cette généreuse pensée de raffranchissement de rOrîent, que le zix* siècle est si lent à accomplir.

Le traité conclu à Rome le 15 janvier 1495 avait remis entre les mains de Charles VIII le frère de Bajazet, l'infortuné Zizim, dont on espérait un important appui dans l'expédition projetée contre les Infidèles. Malgré Venise qui Tenait de traiter arec les Turcs pour mieux surreiller les succès de Charles VIII, Commines préparait un soulèvement en Macédoine < qui fut, dit-il, patrimoine d'Alexandre*. » Un Conmène vint s'aboucher avec lui et fat caché pendant plusieurs jours dans son palais. L'archevêque de Durazzo, Albanais de naissance, se rendit aussi à Venise pour acheter des armes : Commines ne cessait de presser son départ, lorsque les Vénitiens le firent arrêter. La fortune des Gomnène ne devait plus se relever, et les efforts de Conmiine»

* JMM,,t.II, p.287.

• j|»ffi.,t.Il, p. 400.

> M^,, t. II, p. 291.

DE GOMMINES. HS

se bornèrent à fàire rendre la liberté à rareherdqne de Dnrazzo. Noos trouvons à ce sujet quelques lignes dans la

correspondance des ambassadeurs milanais :

Illustrissime et excellentissime seigneur,

L*archevéqaedeDiirazzo, qui se préparait à partir ces jours dernioni pour se rendra dans le Leyant, comme Taddée en a informé Votre BsceUenoe» a été raléohé, grâce à Tappui, à rinfloence et aox prières de monseigneur d*Ârgenton.

Venise, le 10 mars 1495.

Vos humbles serviteurs, Ant. Trivulck, évéque, FaANCiscns-BBRNARDijs Vicbcombs et Taddbus Vicombrcatus *.

Il était évident à tous les yeux que la conquête française à Naples ne serait pas durable. Tout ce qui avait été fait, avait mécontenté la population. « Le roy ne pensoit qu'à « passer temps, et d'aultres à prendre et à prouffiter » Le moment approchait où une vaste confédération allait réunir toute l'Italie contre l'invasion étrangère.

Gommines eut soin d*adresser au roi le sombre et sincère tableau de la situation politique dans le nord de la péninsule, situation aggravée par les prétentions du duc d'Orléans, qui s'arrogeait sans hésiter, dans son château d'Asti, le titre de duc de Milan. Il insista pour que les Français se montrassent plus prudents et songeassent à consolider leurs victoires ; mais, comme il nous l'apprend, • il eut maigre « responce »

* ArebiTes de Milan (trad.).

* j\fém., t. II, p. 426.

» Mém., t. II, p. 417.

176 LETTRES ET NKGÛCIATIONS

Le 30 mars 1495, Commiii«s voyant que les circonstances devenaient de plus en plus graves, se rendit à la

seigneurie, et demanda qu'on ajournât de quinze jours la conclusion de la ligue, afin qu'il eût le temps d'écrire de nouveau au roi et de recevoir sa réponse.

Il était trop tard. La ligue fut signée la nuit suivante. On qipela Commines le lendemain matin de fort bonnehenre, et le doge lui laissa à peine- le temps de s'asseoir, avant de lui foire connaître la conclusion d'une étroite alliance entre le Pape, le roi des Romains, le roi d'Espagne, le duc de Milan et la Republique de Venise, pour la conservation de leurs États et la défense de l'Italie. Cette fois, les magistrats de Venise étaient jojenx et fiers, réunis en grand nombre et portant tous la tête haute. * Xavoye le oœnr t serré, raconte Gonunines, et estoye en grant doubte de « la personne du roi et de toute sa compaignie*. > Pois quelques paroles furent échangées à part, en dehors de la communication officielle des Vénitiens. Commines se vante de s'être plu à leur dire (tant il les voyait soupçonneux et préoccupés du soin de conserver le secret de leurs résolutions), que, dès la veille, il avait tout appris et tout écrit an roi. Ce qui panât hors de contestation, c'est que Commines plus ému qu'il ne l'eût été, si un avis ildMe lui était déjà parvenu, et d'autre part, que les Vénitiens cherchèrent à le tranquilliser en lui disant « qu'il n'y avoit « riens contre le roy, mais pour se garder de luy *. » Ils ajoutaient qu'il ne voulait pas que le roi continuât à abuser tout le monde par ses paroles, car, au lieu de conquérir le

< JM».. t. II, p. 417.

* Mén.» t. Il, p. 420.

DE COMMINES

royaume de Ka]^ et de combattre lab Infid^es^U amgeait à détruire les États de llilan et de Florence et à occuper

ceux de l'Église. Commines répondit que les rois de France, loin d'enlever quelque chose à l'Église, l'avaient toujours protégée, que d'ailleurs toutes les raisons qu'alléguaient les Vénitiens, n'étaient point celles « qui les mouvoient» mais « qu'ils aYoient. emrie de troubler Tltalie et Jaire leur « prouffit. -r Ile prindrent cela ung peu à mal, oe me diot « l'on ^. p Néanmoins, an moment où Comminee voulait se retirer, ils le firent rasseoir , et le doge lui demanda s'il ne voulait pas ûiire quoique ouverture de paix. Venise, ville de marchands comme Florence, eût désiré atteindre le but qu'elle se propoeait, plutôt en se montrant capable d'entreprendre la guerre qu'en la fiusant imprudemment..

B- y avait tontefois dans ce traité d^ clanseB aecrëtee que le doge avait eu soin de passer sous silence. Venise s'engageait à favoriser de sa flotte le débarquement des Espagnols dans le royaume de Naples ; et le duc de Milan devait enlever Àsti au duc d'Orléans, tandis que le roi des Romains envahirait la France par ses finoiptièrefl de Test et du nord.

Un historien vénitien, Pietro Bembo, rapporte ainsi Im mémorable séance dont nous venons d'emprunter le rédt

aux Mémoires de Commines : « Quel que fût le nombre des « ambassadeurs et des citoyens qui prirent part aux négo- « dations, quelque fréquentes qu'eussent été les déiibé- « rations, la discrétion des sénateurs et des autres magis* « trats avait été si bieft maintenue par Tordre des Dix, que « Philippe de Commines, envojé du roi Charles, qid tous

• Mém., t. II, p. 422.

coMMiacs. — II. 19

m LErrRES et NEtiOCIATIO.NS

« l68 jours se rendait à la seignenrid et voyait les autres « ambassadeurs, ne parvint toutefois à rien eonnidtre. C'est

« pourquoi, lorsqu'il fut appelé à la seigneurie le surlen- « demain du jour où le traité avait été écrit, et lorsqu'il «c apprit du doge la conclusion de l'alliance et le nom des « alliés, il iîullit perdre connaissance. Cependant, le doge « lui déclara que ce quils avaient &it) c'était non pas pour a entreprendre la guerre contre qui que ce fût, mais pour « se défendre, s'ils étaient attaqués. Bnfin, Commines «.reprit peu à peu ses esprits : Quoi ! dit-il, mon souverain « ne pourra rentrer en France *? — Certes , il le pourra, « reprit le doge, s'il veut y retourner en ami, et nous lui « viendrons en aide de tout ce qui noua appartient. — Après .« cette réponse, Commines s'éloigna, et quand, sortant de «c la seigneurie, il descendit l'escalier, il se tourna vers le « secrétaire du sénat qui l'accompagnait : « Je te prie, mon « ami, lui dit-il, de me répéter le discours que m'a adressé le « doge; car j'ai tout oublié'. » On sent dans la relation de Bembo l'orgueil du Vénitien qui triomphe de l'humiliation de l'ambassadeur français et se plaît à l'exagérer.

Après l'audience, Commines s'étant retiré che^ lui, tous les ambassadeurs de la ligue se réunirent, et le seigneur d'Aiv genton aperçut l'envoyé de Naples qui avait revêtu une robe neuve et qui se montrait fort joyeux « et avoit cause. » L'après-midi, les ambassadeurs se promenèrent dans des barques ornées des écussons de leurs m^dtres, où des ménétriers jouaient en signe d'allégresse. Ces barques passèrent sous les fenêtres de Commines. Le soir, il y eut une grande illumination accompagnée de sabres d'artillerie , et

' P. Bbmu, Mût» ten», p. 36.

Diyilizea by v^OOgle

DE COMMINË&^.

Commmes, caché dans und gondble bouverie; alla, « enviroh « dix heures de noict^ Voii" la feste (ce sont ses expre»-

« sions), par espécial devant la maison des ambassadeurs^ a où se faisoient bancquets et grans chières »

Cependant, une fête bien plus solennelle encore était fixée an dunantihe de Pâques Fleuries, qu'on appelle eh Italie le dimanche de rOilve(12 avril 1405). Ce jour-là, tons left ambassadeurs, portant à la lâain vn rameaii d'olivier, se rendirent à la chapelle de SainMIarc, eh stIiTatit niie galerie tendue de tapisseries et érigiéft an letDUr honneur. Plusieurs, les Allemands surtout, portoieiit des robes de velours cramoisi données par la République. Peut-être les Allemands, victorieux daha leur intrigue, parurent-ils très-grands à Commines, mais il se borhe à remarquer avec ironie que ks robes neuves qu'ib reçurent, étaient bien, courtes. On représéntfl'ensUite des mystères et des personnages bien différents de ceux joués par les Français à Naplos. Le premier rôle était rempli par l'Italie, fière de trouver des défenseurs de sa liberté sur les rives du Danube comme au pied des montagnes de la Castille.

Commines avait été Invité par deiix ibis à 6ette féte \ oH comprend qu'il s'en excuaa. Ce qui ajoutait à son humiliation, c'est que les ambassadeurs de Ifilan et de Fei^ rare, qui lui avaient tenU compagnie pendant plusieurs mois, « faisoient contenance » de ne plus le connaître. Cependant, Commines, dès le jour où il entendit que lé Pape, mettant un terme à de trop longues accusations, avàit fiât écrire dans la ligue qâe son but était avant tout dé réunir la chrétienté contré lés Infidèles « résolut de cher-

* ifém., t. II« p. 423;

LETTRES ET NKUOCIATIONS

dier parmi l«s InfldUM TalUé do roi très-Cbrétiat. L'am^ liifsadmir turc à Venise ayait reçn Tordre de s'ëtoignev:

il Tint, pendant la nuit qui suivit la fôte de rOlive, troi»ver Commines dans sa chambre, et passa quatre heures avec lui. « Il avoit, dit Comminês, grant envie que son « maistre fust nostre amy » Commines sans doute ne le désirait pas moiiui, Charles VUI était allé à Naides malgré le Pi^; su reprochant an Fa^ de fo^oriser les luildèlee : il pouvait éire utile qu'il en revint, encore malgré le Pape* mais, cette fois, secouru lui-même par les InfidMes

Commines rapporte dans ses Mémoires qu'avant la conclusion de la ligue, il avait eu soin d'engager le roi à commencer sa retraite, le duc d'Orléans à se fortifier à Asti eontre les Milanais, le due de Bourbon, lieutenant du roi en France, i envoyer des renforts an duc d'Orléans. Cela peut être vrai, maïs il fout toutefois reconnaître que tous les documents où se retrouvent cette sollicitude et cette prudence, sont postérieurs à la ligue de Venise.

C'est à la seconde semaine du mois d'avril 1495 qu'appartient la lettre suivante adressée par Commines à Charles VIII : ,

Sire, je vous ai escript puis deuxlmrs, et deux fois par avant, depuis eesie ligue, par le ohasain ds Bologne. Ces gens fej ont eu peur ^oa tous ne vinssias dn# & Rome, dès que vous sçauriss cas nouveUes , qui est la cause pour quoj ils ont pensé y pourvoir ; et pour vous empeseher' de n*entreprendre, ils font

« ir^„t. Il, p. «M. •

* Le 13 mai, a ne ambusade torque ae rendit à Naples prèa d« Charles YIII. BMdM dê Varmét ^ItaU», par M. ds la PiLonea-

KIK, p. 281 .

* Var. : vous garder. Texte de Saint-Pëterabourg.

Diyitizea by v^OOgle

DE COMMINBS.

tirer toutes leurs galères en une petite isie plus près de Fouille que n'est Courfou, et me semble qu'il n'y doit avoir que soixante milles ; et y pourront estre assemblés d'icj à trois semaines, et font leur compte que, si vous entreprenez rien, qu'ils mettront gens en Fouille. Voilà sur quoy ils fondoient ce reconfort qu'ils donroient à ces chasteaux * de Fouille, dont j'ay fait mention par mes autres lettres. Des quatre galères qu'ils arraoient en ceste ville, les trois sont parties ceste nuit, et leur provéditeur, qui est le frère de messire Hiérôme George • ; ils ont eu lettres certaines, et j en ay veu , de la perdition de deux gualéacos de Flauidres et une nave, sans s en estre échappé un seul homme de huit cens.

A ce soir ai-riva ung courrier de marcheans, parti, le XXV de l'autrtr mois, de Bruges. Ung marchand de Flandres et un Florentin m'ont monstré lettres faisant mention de l'allée de celui qui se dit duc d'York ' en Angleterre , s'il peut, et que pour ce, il en faisoit les apprêts * ; il ' est passé par Wormes, il n'y a que six jours, et dit que le T07 des Romains y estoit et qu'il amassoit force gens pour Tenir en Italie , et que par tont son chemin en Venant, il n*ft enfenidii • parler d'autre chose ; et à Diseboorg on a fût monstre de enyiron VP hommes à obérai, ès environs dudit lien. Le nombre de ces gens se fait bien grand par les lettres arrivées icy \ je le erois beaucoup moindre * ;

* Var. : à ses tn«rehans« Pisp. Poaiette»

t HiOToniHio ZonI, ambassadeur en Fruee.

* PetoiUn 'Werbeeqite.

* Aviatde «loitter les Pays-Bse, PaterUa Werbeeque s'était engagé,

par un traité secret signé à Malines le 24 janvier 1494, & transmettre à Philippe le Beau, s'il rénisisaait, tous ses droits aux couroiUMS de France et d'Angleterre. La Tenre de Oharlea le Téméraire, Marguerite d'York , présida à oe traité : Werbeequa n'était que son instrament.

• Le mot s'applique au courrier.

• Var. : n'a ouj. Pap. Fontette.

' Var. : par les Ailemans d'icy. Pap. Fontette.

• Var. ; je le crois advancé maintenant. Pap. Fontette.

mais sa venue, je ne la mets en nul donbte, 8*il ne loi mus yient autre chose.

Geste seigneurie * a fait dépesohcr pluseurs grans ambassa^ deurs , messire SSaeharini Cantonna qui fut en France, et oeluj que vous vistes Tera Ast avecques le duc de Milan, au roy des Romains ; meBsire Franceaco Capello, qui aussi fut en France, ei ung autre, en Espagne : ils passeront par Languedoc. On leur peut dire qu'ils retournent qui voudra, sans autre rudesse, et vont pour se tenir forme «une pièce. Ils en ajoustent encore* ung à celuy qu*ib mat & Milan, et ung à Rome, qui fait par tous lect liens de la ^g^e, deux. L*mnliamndgBr d'Espagne m'a envolé Teoir, qui Ait enooro malade, aussi bien que moj, disant qn*il aToit lettres d'Espagne et que leur apprest estoit fort grant, mais qu'il n^estoit nonvdles qu'ils bougeassent, et conseille, comme déjà tous 9j dit, sire, par àena. fois

Ung serviteur 'que le duc d'Urbin a en oeste irille, me vint hier veoir, et estdt venu ponr accorder son maistré à oesie seigneurie, et m'a adverty qu'ils ne Touloient foira nulles * dépenses nouTelles, si Tons ne vouliez faira antre chose; et â'offra, si TOUS k vonles, pour le party qu'il estoit avec le roy Ferr^d. Yons sçares quels gens il a et sa situation; mais si vons fiTiei le seignenr de Pistaie ^ et luy, et les Florentins vos amis, TOUS tiendriea une barrièro au travers de l'Italie etxtHme mer & l'antre. Et me desplaist, siro, de si longuement avoir esoouté cette liberté de Pise, car vient an eontraira en

* Var. : ceste sérënissime. Pap. Fontette.

* Zaccaria Contarini et FrancisoQ Capello fareat envogréB en France

par les Vénitiens en 1402.

' Var. : Il y a d'autres envoies. Texte de Saiut-Péfersbourg.

* Le texte de Saint-Pétersbourg porte : « Qu'il n'eatoit nouvelles « qu'ils bougea.ssent de ceste ville, comme icj à tous ay dit, sire, par- « deux fois. >

" Var. : ung aecrétabv. Pap. Fontette.

K Var. : Aultres.

\ Var. PesCre; Peeca^re?

Ufi COMMINËS.

oeste Italie, a esté matière de double et semblera ad vis aux Florentins, à coste heure, que la ligue leur portera aydo ; et leur fut hier icy offert d'y entrer, s'ils vouloient; ils disent que ce lut avec offres de leur rendre leurs places, mais je n*en suis pas

certain.

Les menaces apercssent chascune ficure, et ne se dit rien de ceste ville -, .sinon qu'ils ne vous vouldroient point nuire au fait du rovàume, mais vous ayder à retourner seurement chez ces gens do Milan. Je parle ung petit gros, mais ce sont eux' qui ont la plus grande peur. Pour cent hommes qui viendront en Piémont, on dira icy cinq cens.

On fait grant apprest, sire, en oeste TUle, pour dimanche, et sera noaée oeste ligue en présence du due et de tous les ambassadeurs qui en sont, retournans de la procession, lesquels tiendront chascun une palme à la main, et aiissy à Ifikn et aux autres lieux de oeste ligue, selon le commandement * du Pape *.

Presque aussitôt après, Gommines adressa cette autre lettre au roi de France :

Sire, je vous ay csicript deux l'ois de renc par Boulongne, pour ce que j'ajr perdu la pratioque de m'ayder des courriers de ceste

' Oftmmines avait écrit d*alKird : • Bt déplaist fort, si n*ett la peur de Piae, à toiu ceux qui seroiMit au contraire en caste Italie. »

* Var. : Bt ne dit nul de ceste Tille pis. Pap. Fontette.

* Le mot : etut, rapproché du mot : de la phrase anivante : parait aa rapporter aax Vénitiens et, d'autre part, on aamble dire que las Vénitiena auraient m avec plaisir l'armée de Charles YIII rentrer dans les États de leur allic,^lo duc de Milan. II y a peut-être jci quelque lacune. Je lis dans la minute conservée & Saiai-Péterabotirg , • Ces gens de Milan sont ceulx qui ont le plus penr; > et, en effet, citaient les Milanais qui avaient le plus à s'inquiéter de la réunion des hommes d'armes français dans le Piémont.

* Var. : «le ce Ixjn pape. Pap. Fontette.

' Minute à Saint-Pétersbourg, Bibl. imp. Doc. fr. LXXI, 116; Papiers Fontette, Ribl. irop. de Paris; Mém. de Commines, éd. Dupont, t. III, pr. p. 413.

seigneurie. Par la derrenière, faisois mention de^ gens que œulx-cy et l^ dac de MiUan dévoient envoyer à Rome, lesquels OOmineiMJèrent hjer à pajer et à faire partir les chiefs des gens de pié et d^aucuns chevaulx-légiers ; et pour ce qu'ils n'ont point leur nombre entier à beaucop près, ils s^en vont à dilligence à Rome les faire là. Et ont envoyé oeulx-cj cinquante mille ducats comptans ; je ne eçaj si Millan en paje sa part, et les ont voulu faire pajer par changes , mais ils n ont trouvé nul qui en ait Tonlu prendre la charge. Au XX* de ce mojs , doivent estre à Rome eeulx qui ont esté ordonnés par eulx pour la seurté du Pape, et envojent des gens d'armes en bon nombre à Ravenne.

Le roj des Romains. reçoit argent aussj icy, mais je ne sçay Ift somme; mais je sçaj bien qu'il en reoeyra largement, tant à OMise de oeste ligue que de son mariaige, mais je suis bien eertain qa*il en re^it icy ekéa quelles mains il tombe , et Iny envoyé ung mardiant aleman beanoop drap d'or et drap de soye pour estre à Pasques à Disebourg ; mais ils persévèrent icy à dire qu*il sera à Trente audict jour, et croy, sire, pour certain, qu'il sera biief après en Italie , et en grant compagnie, et que Tintention des anoims est qu'il yra le plus près de vous qu'il poorrast ; et Bgàj bien que ung ambassadeur a ai\|onrd'u^ dict que l^argent leor fanldra, ou qu'on verra- qui aura du m^lknr de vous deux. Vous aveartous deux des gens de bien : l'aBiemblée en seroit bien périlleuse ; et vous parle voolentiers clèrement de cecy, aiBn que vous deslibérez bien tout ce que VQOS aves à faire avant le besoing, et que vons ne mettiez point sa venue en doubte ; et si Tacord se povoit trouver, vous feries bonne ouvre.

Le médecin qui me pense, qui est de Flandres (monsieur de Citai n le cognoist bien : U est aussi suige homme de son estât qu'il y en a point en Italie), il a pmiaé ung de ces Âlemans iqy, et m*a dit, & oest apiès-disner, qu'ils luj ont dit que si vous ne iQuohies à riens, de ffimpire, ni m reteniez de celuy de l'Église, que vous n^aures point de dlbat ens«nlile. Je Inj ay dit que TOUS ne pensastee oo^es usurper ne sur Vun, ne sur Tautre;

Diyilizea by v^OOgle

DE COMMINES

mais que par force ne vous feroit-l'on riens faire. Je le dy pour ce que croy qu'il vous sera parlé de toute?? ces restitutions. Il m'a dit aussy qu'il avoit entendu que le duc de Millan envoyoit gens à Pise. Ung autre m'a dit que messire Gualéace * ou Fracasse * vont au devant du roy des Romains, car ne doubtez point que de ce costé il sera faicte la dilligence telle comme à vous, «ire, pour ravancer.

A ceste propre heure est venu devers moy le secrétaire principal de ceste seigneurie; car ce sont leurs messaiges, et est présent à toutes clioses, et est celuy qui a hanté en France, dont j'ay parlé par autres lettres, et est bien saige homme ; et depuis qu'ils me signiifièrent ceste ligue, ne suis bougé de mon logeis pour la fièvre qui m'estoit prinse ung jour devant, laquelle j'ay encores, par quoy ils n'avoient riens sceu do mes nouvelles, ny moy des leurs ; et m'a dit qu'il me venoit viseter de par le duc, et m'a offert métlccins et autres choses nécessaires , et après ' avoir parié de ce propos une pièce, s'est voulu départir. Quant il a veu que je ne luy disoye riens, il est entré à me dire qu'il se esbaïssoit comme, l'autre jour, je m'estoye tant mescontenté, et que onques ceste soisrneurie n'entendist riens faire contre vous, ny empescher à la possession du royaume qu'ils vous ont laissé prendre à vostre aise: mais que par sa foy, ils ont eu paour et d'autres aussy. Je luy ay dit que le duc de Millan feignoit d'avoir ceste paour pour la leur faire plus grande, affln de les fouî i'cr on ce brouillis, qui sera plus grant qu'ils ne l'ont entendu et plus long. Il a dit que , sans nulle doubte , que en nulle chose du monde ils ne vous feront empeschement, sauf que de leur pouvoir ils vouldroient sauver ce qui est d'Italie de vos mains, excepté le royaume, et que vous pouvez bien considérer, aux poursuites qu'ils ont eues, qu'ils vous pourroient bien faire pis s'ils vouloient ; mais qu'ils n'entendent avoir rien mué de ce qu'ils Yoiu ont promis dès le oommenoement.

* Le'oomie de GiO«"of Cf. Ml. de Vâmét éTJMit, par M. db la

PlLOKGBKIB, pp. 322 ot 350.

* Galéas de Stn-Severino, surnommé Fracessa.

Of otti eiûYoyè un grip * & leur cappitaine-général qui ert en Conrfcni, mander qa*il aiwmbld lAleon gal^ eoatilles', qa*ilf ont dehors, qui sont environ trente. Ce lien est près de Ponille» et le dj pour 0*en prendre garde pour oe que je toos diraj après. Os en ont encores quinze qu'ils veaillent faire partir, qui ne sont enoores achevées, oommanoeans toutes, et j besoignent en une mOTveUrase dilligenoe, et, oonune il y en a une preste, ils nettent ung eaj^taine dessus et autres oiBoiers yénitiens, et les euToyent ipy près, en EKlayonje et en Dalmatye, pour prendre le reste des gens, et fais mon oomple.que dedens huit jours elles seront toutes parties. Il y a trois naTes qu*ils font neuves, dont il y èn a une fort grosse ; le bailly de Berry ïtk yeue. Genlx-là iront ausay; mais jé fitis mon compte qu*eUes ne sauroient partir de troys sepmaines, et auront quarante-cinq gualées et quelques sept naves en tout; mais ils en peuvent bien ilner là plus largement s'ils Teulent, et de tout temps ils font là leurs assemblées, pour ce que c*est là saillie de lem gonflé.

Aucuns marobans de PouiUe qui sont de Trane, qui sont en eeste ville, à qui il a esté prins de leurs biens, pour oe que Ton disoit qu'ils estoient absens, sont allés au duc, ennuyt, pour luy demander lettres de recommandation, car ils vouloient aller vers Tostre vioe-roy en Fouille ^ Ds nWt peu parler à luy; mais il est saiUy ung secrétaire à qui ils ont dit leurs cas, lequel sur le champ a respiondu qu'ils eussent patience trois ou quatre jours, et qu'ils pourroient bien veoir quelque autre chose qui leur plairoit. Et en oeste propre substance a ennuyt parlé Fambassadeur du roy Âlphons à ung petit TieUlot qui est id, dont antresfois aj escript à monseigneur le séneschal, et cela, sire, est la cause pour qnoy j'envoye oeste lettre par homme ezprto, vous suppliant, sire, me mander qu'il tous plaira que

' Le grip est un navire léger. Commines en parle dans ses Mémoires.

* Antonio Grimani.

' Ce mot a été probablement mal lu. Il faut, je crois : sous Uilles» R0U8 voiles.

* Gabriel d^Albret.

DE COMMINES

je deviègiie avant que le temps empire, et aussi à {^rant peine me souffriroient icj; car depuis l'onziesmo du mois passé ne receu lettres de vous , et n'oubliez pas mon huille * que j'ay demandée, ou autre chose pour me tirer dlcj» si c'est vostre plaisir.

Je ne sçay, sire, s'il y a plus rien en Pouillo qui tienne, car on parle d'Otrante et du chasteau de Brandis. Los grualéaces qui doivent appoiter kurs stradiots, seront brief avecques leur cappitaine-général de leur retour, et m'a-l'en dist qu'ils les feront doscharger en la terre do l'Eglise. La perte de leurs deux gualéaces de Flandres et do la nave garde beaucop de gens d'estre en ceste ville ' : il j avoit quarante gentilshommes dessus

En mâme temps, Cominmes éerivait an cardinal de Saint- Malo :

Mcmaeignenr, j*ay eaorit an roj deux lettres et oeete-cy depuis la oonolnnon de cette ligue, et à tous une. Depuis que cette lettre au roj a esté &ite» m*est Tenu voir ung qui sçait qudque chose, m*assurer sans doute de la venue du toj des Romains et que de grandes choses se Tante Tambassadeur du nj d'Bspagne dès qu'il sera en Flandres, lequd a eu lettres et dit que de Flandres sont arrivés gens en Sicile, comme Inj a dit ledit ambassadeur. Je luj aj demandé s'il savoit combien reoeut le roj des Romains à ceste heure; il ne me Ta scen dire, mais ce qui luy a esté promis là, c'est six-TingtB mille ducats. Ung Vénitien mal content de cette ligne (mais Tent montrer le contraire et Ton trouve qu'il j à aidé) a dit ce matin à l'ambassadeur du roj Alphonse et devant tesmoin : c A < ee point estoit grand chose à nous -d'avoir fiûjt ceste ligne. »

* Ce mot semble avoir été mal transcrit, et j'ignore comment on peut le ranplacer.

* Cette phrase parait incomplète.

' Mém*, t, m, pr. p. 40R (diaprés les papiers Fonfette).

m LETTKEb ET NÉGOCIATIONS

L*aiitn a dit qiw ouy, mW «U0 Imir «rtott féante. U liqr a refpondu : c Traiatre, ioulié pud an Italie ai 00 roj de EVanoe < eadiappe, caF8*iliiioiiioit«B deceerojBoaledocdeliilaitoo « qae qaelque broniHevînteli Alemagne, nonaen aeriona mal. » Je ne dia rien, ne quoy, par espoinrantement pour donner dente à nul,, maia pour dire oe qne o*eat et afin qu'il ariae à aon fidot ai dilligence, et de^oufir ohaonn ne voua oonate rien, et je dia moina de oe qoe me diaent oeux qui savent Uen le Tooloir delearamaftreaon oe qne feront. Il n j a nnl deocnzqiii aeaont dédaréa, qui ne voua Tonlaiat bien de tant obliger à luy qae nooa aider à retourner, noa bogoea aanvea, laiaaant le rojaome; et oe qne obaonn vona en pourra dire, m*eat dit iej, ei oea oflirealà ae pourront hanaaer 00 baiaaer aelim que noua troQTenmt * fora. Dieu Toua veuille garder de cet inoonvénient, mais ai oela ▼enoit, la manière de pratiquer aenrement œ retour aeroit plua aeure ayec oeux icj que aultres , pour la quantité grande de leura navirea et pour voua toua.aider à repaaaer.

Je ne acay ai Toua n*aTea nul ambaaaadeur devera lés Suiaaea» maîa ai voua ayea à Tenir là où je eroia, y devries deapendre quelque argent pour eaaajer à en fourrer une bande en le pays du duo de Milan, et encore qu*ila ne pnaaent pas faire grand choae, qu'ila meiaaent lea feux, et aonblablement Toa gens qui aeront du ooaté du Piedmont, a*ila n^ peuvent avoir intelligenoe, car je &ia mon compte que toat H en viendra; il n*j a que cela au monde qui lea espouvantaat, car la crainte de la perte leur va devant toute choae. J*aj eaié mal traité de nonvdlea particulièrea, veu le lieu oû j*eatoia. Le roj a grande olioae en question et a bien beacin de ohoiair bon party. Pour cent hommea qu*fl fera venir en Piedmont, il aéra bruit de cinq oena. Voua aaves bien, monaigneur, que ai je m*en vaia, que Ton le redira, et ai ne scaj par où je puisse pasflfer en aeureté, car icy j'ay beaucoup parlé contre le duo de Ifilan, avant la conduaion de la ligne et le jour qu'élle me fut dicte, et 7 a eu maint débat parmi oea VénitieDa avant la oonduaion ; maia puisqu'ils y aont, en tout et partout a'en voudroient montrer

DE COMMINËS. m

les €heht mtà» mmm pénUffos oonkra 1a p«noiiiw dn n^, ni à le vouloir do tons points fouller, qao kf antros ; mais jo ne ■eny plos bon do non à traitor aToc ooz, Toa la Ikiym oomme nous sommes départis. Si ost service que jo vous poissa âûro, on lo me fiûsant sçavoir, monseigneur, jo le fisraj de bon oœur

D'autres lettres de Coramines que nous ne possédons plus, furent envoyées au duc d'Orléans et au duc de Bourbon. Ândrë. Tbëvet y fait peut-être allusion quand il dit dans son livre éoU^VUdei Aonmes UMres : « J*ai quel- « qnes lettres missives du seigneur d*Argenton, qui sont « fortnëcessaires pour le discours d*une si cëlëbrée entrece prise*. «Il est à regnHter qu'elles ne se retrouvent plus, et nous sommes réduits à citer les documents où elles sont mentionnées.

Le 14 avril le duc d'Orléans écrit au duc de Bourbon :

Monseigneur mon cousin, présentement et depuis ce matin que je vous ay escrit et dépesché la poste, ay pu un paquet de lettres de monseigneur d'Argenton estant à Venise, lesquelles il m'a fait soavoir que les ouvre et voye et incontinent les vous envoyé en diligence, ce que je fais par ceste poste, et par icelles pourrez amplement voir et sçavoir du fait du roy en Italie, où, pour Dieu, monseigneur mon cousin, pourvoyer en tout extrême diligence, et principalement à m'euvoyer gens à ce que je puisse garder les passages' des montagnes pour avoir secours de France, afin d'éviter aux inconvéniens et sauver la personne

* JNU. imp. de Sawt-PéterbofÊirf, Doe. f^., vol. 71, 118. Une perCto de cette lettre a iki publié par M^* Dopent ( JMa.', t. HI, p. 416), eomine adrenée an eaignear de Beai^an.

* Ce ne eont pas lee eeule doenments que notw ajone à regretter.

Commines correspondait avec SébesUen Badoer, ambassadeur vénitien à Milan (Romanin, Stor. docum. di VntHia, p. 57). Ançnne de cee lettres n'est parvenue jusqu'à nous. '

du roy, car je boû délibéré y employer ma penoime et mM lâmA

sans rien j esTgargluie.

Eacrit d'Ast, très à la haste, ce quatorsiesme joàr d'avril, à cinq heures du soir*

Vostro bon cousin,

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