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En l'an trante-troysiesme que Nature, par le vouloir du hault plasmateur, m'eust mis et proucrayé en ce mortel monde, vallée de toutes misères et tribulacions, ung dix-
1 Selon l'usage suivi par les anciens éditeurs qui nous ont laissé des traces si précieuses de leur zèle , nous plaçons en tète de ce recueil de documents inédits le panégyrique de Philippe de Commines. Ecrit immédiatement après sa mort et dédié à sa veuve, il offre à ce titre un incontestable intérêt. Nous avons cru aussi devoir en reproduire quelques miniatures avec toute la fidélité que garantit le talent de notre habile graveur, M. Vermorcken. Le manuscrit de ce panégyrique, intitulé : Le séjour de deulpour le trespas de messire Philippe de Commines, seigneur d'Argenton, a fait partie de la Bibliothèque du château d'Anet. Plus tard, il appartint au cardinal Dubois dont les livres furent vendus à la Haye, et ce fut ainsi qu'il passa dans la Bibliothèque royale de cette ville où nous l'avons retrouvé.
huytiesme d'octobre, que toutes verdures et plaisantes fleurs sont passées, moy trouvant las, fatigué et plus que travaillé, quérant repoux de pluseurs et diverses pensées discourans par mon dollant esperit, gisant SUr ma couche despourveu de toutes forces corporelles, vis devant moy se présenter une moult discrette et vénérable dame, nommée Congnoissance, laquelle, à ce que peus apercevoir, tant en manières que acoustremens , estoit fort triste et desplaisante.
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Et voyant ladite dame moy estre perturbé et esbahy dont si soudain davant moy estoit venue, se print à parler,
disant : « 0% pauvre et malheureuse créature, ne treuve « estrange dont devant toy je me présente; mais que fays « icy? N'as-tu ouy et entendu les très-dolentes nouvelles « qui puis peu de temps sont arrivées et advenues en la « mayson eslongnée de toute joye, qui pour l'amour du « trespas de son seigneur, ton bon amy, est maintenant « appellée séjour de deul? Liève-toy sus, car plus ycy ne « peus demeurer. » En disant lesquelles parolles, me transporta, conduyt et mena en une moult grant et estandue place, me passant par une multitude de gens mennant deul oultre mesure, tous revestus de noir à l'occasion de leur bon maistre et seigneur, que subit acftident avoit d'eulx séparé et ousté par mort casualle ; et sans là arrester, en une grant salle me feist entrer, toute de noir circuye et environnée, en laquelle vis et aperceus pluseurs personnaiges tant de tristesse et de mérencolie plains, que bien me sembla jamais en plus adoullée compaignie ne m'estre trouvé. Mais surtout je y aperceus une assemblée de femmes entre lesquelles me sembla veoir une dame la plus desconfortée et extrême en douleur que possible seroit de veoir ; car encore toute pasmée estoit, laquelle, elle revenue, en basse et piteuse voix commença à ce fort complaindre. Et parce que desconfortée la vis, à Congnoissance demanday qui elle estoit. A quoy me fist responce que dame estoit de la maison où tant de larmes s'esmanoyent et que à jamais s'appelleroit par bonne raison la doulante, laquelle telles parolles proféra que cy après verrez.