‹ Lettres et négociations de Philippe de Commines (volume 2)Chapitre 7 sur 22 · ESPERANCE · texte numérisé non relu

ESPERANCE

Espérance suys nommée théologalle, Compaigne à foy, aussi de charité,

Et toutes troys d'une vertu esgalle, Je vous proraects, sommes en vérité.

Mort très-cruelle, las ! que as-tu mérité,

Qui irrité As tant de gens par tels cas fortuys; En ostant cil qui les a instruits,

Bien les destruys, Et de toy ont moult cause de ce plaindre, Faisant clameurs et pitéables cris, Et leurs habits tous de noir faire taindre.

Depuis le temps que Charlemaigne perdit A Roncevaulx les douze pers de France, Et qu'à Rouen la Pucelle on ardit Ou que le roy Jehan perdit sa puissance,

Par la vaillance Devant Poitiers des Angloys où fut prins, On n'a perdu homme seul de tel pris,

Sans que despris Face des autres qui ont mérité gloire, Contre lesquelx ne pense avoir mespris Louant cestuy tant digne de mémoyre.

Las ! il valloit très-bien estre loué D'ung fort savant, estant plain de science, Qui eust esté par maint livre esprouvé. Par ce chascun qui a sçavoir s'avance,

Sans recréance, A collauder en grans et gros volumes Le personnaige dont en tristesse summes,

Par qui nous fumes Tant honnourées nous troys, filles divines : Aussi luy fismes de l'honneur comme deusmes, Le décorant de toutes vertus dignes.

0 crestiens, qui de moy estes plains Et qui en Dieu avés vos confiances, Je vous requier pour cestuy faire plains En nettoyant du tout vos consciences,

Et vos offences Regettez loing, pour estre purs et nects. Au Créateur priez que désormais

0 les parfaicts Mener y veuille sans peine, ny tourment, La sienne àme quicte de tous meffaicts En paradis là sus joyeusement.

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