TEMPÉRANCE
Tempérance je suys, portant l'orloge Qui toutes gens raisonnables conduyt, En cueurs rassis où nuls autres ne loge; Mais fortune d'ung tel si me déloge Que plus ne seay où je prengne desduyt. 0 Jhésu-Crist, comment as-tu permis Qu'ung si grant homme par Atropos soit mis
Hors d'avec nous, qui si fort l'aymions, Et qui le noustre toutes le clamions?
Car de vertus tant l'avons décoré Qu'à tous vivans exemple en donnions.
Las ! tel trespas ne sera restauré !
Où est celuy qui jamais pourroit dire, Ne soustenir l'avoir trop veu esmeu En grant joye, ne aussy par grantyre, Ayant vouloir à aucun contredire Le sien estât, ne en riens mesconneu.
Par tempérance vers les Véniciens Au roy huitiesme Charles fist moult de biens, Les amusant par son très-doulx parler, Devant Fornoue *, oubliant l'acoller, Quant Millennoys ils firent tous saillir ; Mais leurs vouloirs leur fist tost ravaller, Tant que son maistre n'osèrent assaillir.
0 Créateur, qui le monde formas En y mettant ce qu'estoit nécessaire, Alors que vie longue tu affermas A tous humains que tu y enfermas ; Mais puis péché si nous fut tant contraire Que à la mort briefvement nous conduyt, Comme il appert par celuy qui subit Nos cueurs en deul par son département Nous a laissés. 0 vray Dieu, qui ne ment, Très-humblement mériter te prions A son âme que tu seul formé as, Tous les biensfays que faire pourrions !
* On lit dans le ms. : An de Fornoue.
FÔV.
Bien me doy plaindre, et Saincte Mère Eglise, D'ung tel trespas, par quoi avons perdu L'homme de France estant do meilleur guyse Et dont service grant nous estoit rendu. Or prions Dieu que ce qu'a prétendu,
Luy soit tendu En joye sans fin, là sus en paradis ; Car de sa bouche jamais ne saillit dis
Ny contredys Aucunement contraire à nos. vouloirs, Ne de celuy qui bailla ses édis A Moyse en ses tables tous yoirs.
De foy estoit sans doubte le pillier, Jamais en aultre plus ferme foy ne fut ; Toujours il a voulu estudier Au symbolle apostolle qu'il sût Mettre créance, ny errer n'y voulut;
Car il congneut Qu'à nous saulver c'est chose nécessaire, Qu'en ce monde riens n'est plus salutaire
Que de s'atraire A Dieu servir, qui ses servans n'oublie. Requérons luy que l'àme vuelle atraire Du trespassé en sa gloire infinie.
Mieulx sa promesse valoit qu'ung oblige ; Jamais homme sur sa foy ne trompa; En son temps a maint tresté et lige Entreprinses et ad ce s'occupa, Dont les voyes de maints maulx estoupa,
Et occupa Que maintes femmes n'entrassent en veuvage Et que au peuple on ne fist du dommaige
Et de l'oultraige Par guerre forte, très-piteuse et cruelle : 0 Dieu divin, plaise-toi prandre homaige De son âme, la rendant immortelle.
La sienne foy partout estoit connue Et tant avoit es Ytalles crédit
Que une personne qui de loing fust venue, Là en son nom n'eust esté escondit; Car onc marchant par luy ne fut séduyt,
Ny contredit En luy tenant vérité et bon compte.
Jamais à nul ne fist aucun mesconte,
Craignant de honte Et vitupère avoir quelque reproche :
Grand bien il eut, combien qu'il ne fust conte, Mais le sien sang de haulte race aprouche.