U LETTRES ET NÉGOCIATIONS
tenait de Vos Altesses ce que nous avons appris de Christophe de Bolla votre secrétaire. S'il a demandé que celui-ci vînt ici, c'était seulement, à ce qu'il nous a dit, parce qu'il sait le français. Néanmoins, ou lui ou nous ou quiconque aura mission de Vos Altesses , lui sera également agréable. Quant à ses bonnes dispositions il nous en fit beaucoup de démonstrations. Pour celles du roi envers Vos Altesses , il en donna des témoignages verlis et ostensione litterarum, en nous montrant aussi une commission qu'il nous dit avoir du roi Très-Chrétien son maître pour régler et rétablir toutes les choses entre Sa Majesté et Vos Altesses : il nous fit même voir le mandat en forme qu'il avait reçu dans ce but. En vertu de ce mandat, il peut recevoir l'hommage et le serment de fidélité de Vos Altesses pour Gènes et Savone, comme s'il était la propre personne du roi, et peut dresser eadem auctoritate les actes suffisants et les investitures qui seront requises, etc. Cela, dit- il, il est prêt à le faire où et autant de fois et de la manière qu'il plaira à Vos Altesses, sans hésitation aucune, de telle sorte qu'il est permis dès maintenant d'assurer Vos Altesses qu'elles peuvent tenir la chose pour faite , et qnando etiam la commission dudit roi lui serait enlevée, il ferait et maintiendrait tout ceci pour vous, non qu'il ait le moindre motif de soupçonner un changement de résolution chez le roi , mais, s'il s'exprime ainsi, c'est afin de vous garantir que vous pouvez à cet égard être parfaitement tranquilles. Son intention paraît être que le relief se fasse à Milan, à son retour de Florence, comme le porte l'acte. Il a, ajoute-t-il, une autre commission, c'est de renouveler et de conclure les alliances etc., et cette commission, il l'a, nous dit-il, en commun avec le magnifique Laurent. Nous comprenons que son intention est de tout conclure ici , mais de faire la publication ailleurs, et pour deux motifs , c'est-à-dire pour convaincre ici la commune de l'autorité et des pouvoirs dont ils sont revêtus Laurent et lui, et en le publiant ailleurs de satisfaire madame de Savoie ; car elle en témoigne grand désir , et a fait à ce sujet beaucoup d'instances et de prières auprès du roi Très-Chrétien
son frère. Il veut agir avec elle de sorte que lorsqu'il sera à Milan et que les choses seront tarnen conclues, il puisse l'en informer et lui montrer que tout se fait à son intervention. Nous qui ne nous proposons pas le même but, nous n'avons pas à entrer dans ces détails. Nous nous attachons seulement à le louer de ses bonnes dispositions et de ses démonstrations, et à lui exprimer adroitement la reconnaissance de Vos Altesse? pour l'encourager et le fortifier dans ce bon esprit ; car en vérité il nous semble qu'il en est aussi animé qu'on peut le dire, et il en est de même quant aux bons rapports qu'il nous fait des parfaites dispositions de son seigneur le roi et aux témoignages qu'il nous en donne. En ce qui touche l'adresse avec laquelle il veut agir vis-à-vis de madame de Savoie, il nous recommande bien de vouloir garder pour nous tout ce qu'il nous en a dit, et nous le lui avons promis.
Hier comme nous étions avec le magnifique Laurent, la conversation tomba entr'autres choses sur ce monseigneur d'Argenton et sur l'arrivée de Christophe. Et comme nous essayions adroitement de savoir quelque chose de la mission et du caractère de ce seigneur, il nous dit qu'il avait les pouvoirs nécessaires pour l'une et l'autre affaire, qu'il lui semblait que le roi suivait la droite voie, et que ce seigneur mettait beaucoup de zèle dans l'une et l'autre affaire £ la satisfaction complète de Vos Altesses. Quant à son caractère, il nous dit qu'en lui parlant etiam aperte de rémunération, il ne lui semblait point qu'il dût s'en fâcher aucunement, parce que dans son pays on n'y mettait pas de délicatesse, ni de scrupule. Laurent ajouta qu'il avait bien prévu une chose, c'est-à-dire que le roi ne demanderait pas d'argent pour cette conclusion et qu'il ne ferait plus aucune demande pour messire Robert. Quant à la demande d'argent, il nous dit qu'il n'y avait eu aucun pourparler à ce sujet, et quant à l'autre point, c'est-à-dire quant à messire Robert, il affirma aussi qu'il ne pouvait en être question, surtout maintenant qu'il est allé à Gènes et s'est attaché au roi Ferdinand '.
1 Robert de Saa-Severino. Voyez tome Ier, pp. 175, 177, 178 et 181.
Monseigneur d'Argenton nous a tenu, quant au fait de messire Robert, le même langage, et hoc magis que le roi avait dernièrement résolu de se séparer de lui en lui donnant une pension annuelle de vingt mille francs plutôt pour la décharge de l'honneur du roi que par affection ; mais il a gâté son affaire par une défection trop prompte, avant d'avoir reçu les lettres du roi, et ainsi Sa Majesté doit être fort heureuse d'en être débarrassée, mais elle est aussi fort mécontente qu'il soit allé à Gênes et qu'il se montre hostile à Vos Altesses.
En ce qui touche ce que Vos Altesses m'ont commandé de faire avec monseigneur d'Argenton, quand nous aurons les papiers et les lettres de Christophe de Bolla, veuillez nous donner vos instructions : nous nous y conformerons en tout. Nous nous recommandons toujours très-humblement à Vos Altesses.
Florence, 5 août 1478.
De Vos Altesses les dévoués serviteurs, Jean-Ange de Talentis et Philippe Sacramoro.
A ux illustrissimes ci excellentissimes princes et seigneurs les ducs de Milan ' .
Une longue dépêche écrite §inq jours plus tard rapporte la marche et la conclusion des négociations : .
Illustrissimes princes et excellentissimes seigneurs,
Avant-hier et hier soir nous nous sommes réunis pour la seconde fois avec le magnifique seigneur d'Argenton et le magnifique Laurent, pour conférer et pour examiner ce qu'il y aurait à faire quant au renouvellement des alliances et au relief des fiefs. A cet égard, le magnifique seigneur d'Argenton commença à toucher quelques mots des volontés antérieures de son seigneur en ce qui concerne le fait de messire Robert et la question
' Ai-ch. «le Milan (trad.j.
d'argent. Ce qui regarde messire Robert, a été résolu tout naturellement, nous déclara monseigneur d'Argenton, puisqu'il a renoncé au patronage du roi Très-Chrétien et a agi contrairement à ses desseins en s'associant à l'entreprise de Gênes et en se mettant au service du roi Ferdinand contre Vos Altesses. Monseigneur d'Argenton n'avait donc qu'une chose à dire, c'est qu'il avait lui-même gâté son affaire. Quant à la question d'argent, il nous fit connaître qu'il lui semblait qu'il y avait lieu de s'en occuper pour savoir quelle était l'intention de Vos Altesses et quelle était la commission que vous nous avez donnée. Nous lui répondîmes que sur aucun de ces deux points nous n'avions aucune commission ; mais, pour l'instruire de ce que nous pensions des intentions et de la pensée de Vos Altesses, nous lui racontâmes tout ce que nous savions des tentatives qui avaient été faites à ce sujet, alors que vivait encore feu l'illustrissime duc Galéas. En ce temps , bien que Sa Majesté insistât assez sur la question , néanmoins , connaissant la volonté de Son Excellence et les puissantes considérations pour lesquelles il ne semblait honorable, ni pour une partie ni pour l'autre, de débattre une question d'argent, elle se borna spontanément à demander le renouvellement et la confirmation des alliances et le règlement des fiefs, sans y mêler davantage la question d'argent. Nous dîmes que monseigneur d'Argenton lui-même en devait être parfaitement informé, attendu que feu François de Petrasancta, ancien envoyé de l'illustrissime duc Galéas, avait eu commission de Son Excellence d'employer l'amicale intervention du magnifique seigneur d'Argenton. Nous ajoutâmes que si l'on s'était actuellement adressé à Sa Majesté, ce n'était point qu'il fût grandement nécessaire in jure d'une pareille reconnaissance nouvelle, puisque les personnes de Vos Altesses étaient nominatim comprises dans un grand nombre de traités, mais que cela se faisait pour rendre notoire à toutes les puissances du monde quelles étaient l'affection et l'intimité du seigneur roi vis-à-vis de Vos Excellences, et similiter quels étaient le dévouement et le respect de
COMMINES. — m. 2
Vos Altesses pour Sa Majesté, et que maintenant, si Ton soulevait une question d'argent, cette question effacerait tout ce que l'on savait de cette sincère intelligence qui doit exister entre Vos Excellences et Sa Majesté. Le seigneur d'Argenton parut, après cette question d'argent, vouloir s'attacher au billet de cinquante mille ducats que ledit feu illustrissime seigneur lui donna autrefois ', disant que c'était une avance sur les subsides qu'il devait envoyer ; il argumenta aussi de la quittance qu'il lui fit pour les trois années à venir. Nous lui montrâmes par les actes qu'ils n'avaient pas été donnés, ni par obligation aucune, ni comme avance, mais comme simple don, qu'ils avaient été ainsi acceptés, et que la quittance qu'on en donna pour ces trois années, ne constatait aussi qu'un acte de volonté libérale et spontanée. La conversation s'arrêta là, et l'on en vint à rechercher ce qu'il y avait de mieux à faire tant pour le renouvellement des alliances que pour le relief des fiefs, et à examiner les formes qui conviendraient pour le renouvellement et la conclusion des alliances.
Nous savons que Sa Majesté et le magnifique Laurent sont très-portés à consentir au renouvellement et à la confirmation des alliances, et quoique monseigneur d'Argenton ait touché les deux questions susmentionnées, il nous semble en vérité que c'était plutôt avec l'idée de soutenir, en suivant son mandat le mieux qu'il le pourrait, les intérêts de son seigneur, ou plutôt pour montrer qu'en y renonçant il nous faisait des concessions plus considérables. Dans cette persuasion , après avoir vu son mandat, nous vinmes aussi à lui montrer les actes prémentionnés. Quand il les eut vus , et après quelque débat à ce sujet, nous arrivâmes à cette conclusion que pour le moment nous avions assez discuté, et l'on fixa une autre réunion pour hier à la même heure. C'est ce qui eut lieu. Le seigneur d'Argenton commença par s'occuper de ces traités et des questions qui s'y rapportent. Il parla brièvement du duc d'Orléans et
* Voyez tome Ier, p. 136.
dit ensuite que le roi avait quelque motif de croire que Vos Altesses avaient un envoyé auprès de l'empereur et qu'elles lui offraient de fortes sommes pour l'investiture du duché de Milan, que si cela était vrai, il ne serait ni convenable, ni loyal de renouveler et de confirmer les alliances avec son seigneur, qu'il fallait avant tout abandonner ces pratiques avec l'empereur , d'abord, parce que l'empereur, par rapport à son fils, est un ennemi dudit seigneur roi , item , parce que lui remettre une grosse somme de deniers, ce serait les employer au dommage de son seigneur ; car on peut croire que l'empereur fournirait à son fils quelques subsides d'argent , infuturum annuum ; et s'il donnait cette investiture, ce serait avec l'espérance et peut-être avec l'assurance de recevoir ces sommes. Par conséquent, pour remédier à cet état de choses, il lui semblait que Vos Altesses devaient s'obliger à ne pas avoir d'envoyé près de l'empereur, vel saltem à ne pas lui donner d'argent, tant que le roi Très-Chrétien serait en guerre ouverte avec son fils. Il déclara que quant à cette obligation il suffirait que Vos Altesses s'engageassent par des lettres spéciales. Nous répondîmes que nous croyons que toute proposition qui tendrait à engager Vos Altesses à retenir l'argent , serait bien reçue et agréable, surtout parce que les raisons que Vos Excellences font valoir vis-à-vis de l'empereur, sont d'une telle force qu'il n'y a pas lieu de songer au rachat à prix d'argent , que néanmoins il nous semblait plus convenable de réserver ces propositions pour les présenter à Vos Altesses , quand le magnifique seigneur d'Argenton se rendrait près d'elles, et intérim qu'il ne fallait pas pour cela différer de traiter du renouvellement des alliances. De plus pour éclaircir ce qu'on avait rapporté de votre député auprès de l'empereur, nous lui dîmes que nous ne savions pas qu'on eût choisi d'autres ambassadeurs que messire Gérard Colla et messire Guido-Antonio Arcimboldo, qui furent envoyés immédiatement, selon la coutume , pour le relief du fief et pour faire les protestations dues , comme ils le firent, mais ils revinrent aussitôt ; que depuis on ne lui avait
député aucune autre personne à notre connaissance ; qu'il était vrai qu'on avait dit que le comte Palatin avait fait demander un envoyé à Vos Altesses, et qu'il s'était rendu près de lui, mais que ce ne fut pas comme ambassadeur, et que c'était peutêtre là la cause de l'erreur de ceux qui disaient qu'un ambassadeur avait été envoyé à l'empereur. Le seigneur d'Argenton témoigna qu'il n'était pas irrité qu'on eût envoyé vers le comte Palatin. Ces paroles dites, le magnifique Laurent commença à déclarer, avec quelques préambules, que puisqu'il avait plu à Sa Majesté le roi de l'associer en cette affaire au magnifique seigneur d'Argenton, comme serviteur de Sa Majesté et de Vos Altesses , il dirait son opinion, et il fit remarquer que si Sa Majesté avait fait quelque réclamation au sujet de messire Robert et de l'argent, c'était qu'à cette époque, par suite des guerres où elle était engagée, elle éprouvait d'évidentes nécessités d'hommes et d'argent, et que, Vos Altesses se trouvant alors en paix, sa conduite était aisée à expliquer ; mais qu'actuellement du côté de Sa Majesté ces motifs avaient cessé, et que Vos Altesses d'autre part étaient exposées à des dépenses. Il pensait donc que cette confirmation qu'il verrait avec plaisir, devait se faire libéralement et sans aucune exception , que son collègue ledit magnifique seigneur d'Argenton était du même avis , et qu'il croyait que cela plairait aussi à Sa Majesté le roi ; car lorsqu'il s'adressa à lui , il le trouva plein de bienveillance et de bonnes dispositions. Le roi lui fit notamment savoir que ce qu'il désirait le plus, c'était que ses publiques démonstrations et ses assurances envers Vos Altesses fussent reçues de la même manière. Ainsi, de quelle façon que le renouvellement se fasse, Sa Majesté en demeurera contente. Il s'en remettait toutefois modestement audit magnifique seigneur son collègue, lequel (nous passons beaucoup de ses paroles) nous montra tout ce qu'il avait fait, depuis qu'il avait quitté le roi, en faveur de Vos Altesses, et comme conclusion il tomba d'accord avec nous et avec le magnifique Laurent pour atteindre libéralement ce résultat. Nous traitâmes ensuite du
mode et de la forme de l'acte. Le magnifique seigneur d'Argenton nous montra une formule très-courte en langue française par lettres patentes ; elle comprenait toutefois l'essentiel et la conclusion de ce qui se doit faire actuellement, sans rappeler les actes antérieurs. Nous lui avons exprimé le désir de conserver la forme des premières conventions en latin, et nous avons proposé d'en rédiger une minute , de la lui montrer et de la porter à la connaissance de Vos Altesses, en même temps que nous vous ferions connaître leurs motifs , leur mandat et leurs dispositions amicales. Ils y consentirent et se montrèrent contents que la chose se fît ainsi. Voilà donc à quel point nous en sommes demeurés. Pour que Vos Altesses soient parfaitement au courant de tout, nous vous faisons connaître que le mandat qu'ils ont, est le même pour l'un et pour l'autre, et non in solidum ; et à cause de cela il faut que le magnifique Laurent au besoin y intervienne ici , et que Vos Altesses envoient un mandat convenable. L'acte de relief du fief, parce qu'il regarde monseigneur d'Argenton seul, pourra se faire chez vous ; et il se propose de le passer à son retour en arrivant à Milan. Item, parce que ledit seigneur nous assure qu'en semblable cas l'usage est que quand les actes sont passés et conclus, chaque partie reprend son mandat et ses pouvoirs, il paraît vouloir en faire de même actuellement. Il nous a paru bon d'en donner avis à Vos Altesses, afin que vous puissiez en profiter et afin que vous puissiez nous instruire de tout ce que nous avons à faire. La formule que Vos Excellences nous ont envoyée pour le traité, ne peut être adoptée, parce qu'elle comprend semel et simul la confirmation et le relief et quantum expedit les alliances et les fiefs. Ces deux choses doivent être arrêtées par deux conventions séparées : l'une sera réglée ici , celle des alliances ; l'autre le sera à Milan, c'est-à-dire celle du relief et de la confirmation des fiefs ; mais les considérants et la conclusion seront conservés, tout en faisant des conventions séparées qui seront rédigées simul et semel. Si telles ne sont pas les dispositions de Vos Altesses, vous voudrez bien nous en instruire ; nous n'irons pas au delà de notre commission.
Nous nous recommandons humblement à Vos Altesses. Florence, 10 août 1478, à cinq heures du soir.
Jean Aug. de Talentis et Philippe Sacramorus.
Aux illustrissimes et excellentissimes princes et seigneurs les ducs de Milan l.
Dans la lettre suivante , il n'est plus question que de formes et de détails de rédaction :
Illustrissimes princes et excellentissimes seigneurs,
Monseigneur d'Argenton nous ayant fait demander si nous avions préparé le projet d'acte, nous lui avons montré la copie dressée sur le modèle que nous avons envoyé à Vos Excellences. La teneur a paru lui en plaire ; mais il a fait deux observations : l'une , c'est qu'il voulait que l'acte fût en forme de lettres patentes, et non de contrat , ce qui était plus conforme à l'usage de France, et quelles que fussent les raisons que nous pussions alléguer, il ne nous fit jamais d'autre réponse que : « J'y pence serai » ; l'autre regardait la conclusion et le passage où il est dit : et confirmant etc., quasemnque ligas et obligations, etc. Il ne voulait point que par cette expression générale on pût comprendre le relief des fiefs de Gênes et de Savone. Nous avons conféré de la première observation avec le magnifique Laurent. Il est persuadé qu'il fera revenir le seigneur d'Argenton de cette opinion. Nous attendons les ordres de Vos Altesses et leurs instructions sur ce que nous avons à faire. Nous ne nous en écarterons pas d'un iota.
Nous nous recommandons humblement à Vos Altesses.
Florence, 15 août 1478.
De Vos Altesses les dévoués serviteurs, Jean Aug. de Talentis et Phil. Sacramorus.
Aux illustrissimes et excellentissimes princes et seigneurs les ducs de Milan *.
1 Archives de Milan (trad.).
* Archives de Milan (trad.).
Les réponses que Sacramoro et son collègue attendaient de Milan, ne tardèrent point à leur parvenir. Nous les mettrons sous les yeux du lecteur :
Ambassadeurs, avant-hier nous avons expédié les instructions nécessaires pour conclure avec les magnifiques monseigneur d'Argenton et Laurent de Médicis, commissaires et mandataires du roi Très-Chrétien, le renouvellement de la ligue et de la bonne amitié qui existe entre Sa Majesté et nous. Depuis nous avons reçu vos lettres du 12, et en même temps le projet de la convention. Ce projet nous paraît bien fait ; et comme nous vous l'avons annoncé par une lettre précédente, nous vous répétons par celle-ci que ledit renouvellement doit se faire en remettant nos pouvoirs aux dits mandataires royaux comme ils l'ont demandé , en échange des leurs , avec toutes les marques convenables d'affection et de bienveillance. Dès que tout sera conclu, nous vous enverrons les actes authentiques et ledit contrat
Milan 16 août 1478 l .
Ambassadeurs, nous avons pris un extrême plaisir au renouvellement de la ligue avec le roi Très -Chrétien, et nous voulons que vous adressiez les plus vifs remerciments à monseigneur d'Argenton, s'il n'est pas encore parti, et au magnifique Laurent pour leur coopération. Vous conviendrez avec les notaires qui ont passé le contrat et l'acte, de ce qui leur est dû légitimement ; et aussitôt que vous nous en aurez donné avis, nous vous l'adresserons par l'intermédiaire d'une banque.
De Ferrare nous attendons la dernière résolution de cet illustrissime seigneur, et, d'accord avec ses ambassadeurs qui sont ici , nous avons écrit au nôtre , qu'il n'a qu'à prendre congé
' Archives de Milan (trad.).
immédiatement si ledit seigneur temporise et traîne l'affaire en longueur.
Milan 23 août 1478 '.
Il n'y avait plus qu'à faire délivrer par devant notaires les copies authentiques des traités, et les lettres suivantes qui se rapportent à ces formalités, n'offrent d'intérêt que par ce que nous y trouvons le nom du seigneur d'Argenton toujours placé avant celui de Laurent de Médicis :
Illustrissimes princes et excellentissimes seigneurs,
J'ai réclamé les actes du renouvellement et de la confirmation des ligues, conclus ici avec monseigneur d'Argenton et le magnifique Laurent au nom de Sa Majesté le roi Très- Chrétien. Maître Simon d'Astagia m'a promis qu'ils seraient tous expédiés demain en forme authentique, et qu'ensuite à notre première demande nous pourrions les avoir, ainsi que les pouvoirs qu'il a gardés par devers lui, des dits seigneurs d'Argenton et Laurent. Quant au paiement de ses honoraires et de ceux de son collègue, il n'a pas encore voulu donner une réponse catégorique , mais il s'en rapporte à Vos Altesses , en disant qu'elles sont aussi sages que libérales ; et comme j'exprimai le désir de connaître ce qu'il en pensait, il m'a dit qu'il verrait son collègue et qu'il me répondrait ensuite.
Je me recommande toujours humblement à Vos Altesses.
Donné à Florence le 1er jour de septembre 1478.
Philippe Sacramorus.
Aux illustrissimes princes et excellentissimes seigneurs les ducs de Milan -.
1 Archives de Milan (trad.).
' Archives de Milan (trad.).
Illustrissimes princes et excellentissimes seigneurs,
J'ai réclamé des notaires l'expédition de l'acte du renouvellement des ligues contractées ici avec les mandataires de Sa Majesté le roi Très-Chrétien, savoir monseigneur d'Argenton et le magnifique Laurent. Je viens de recevoir cet acte, avec le mandat original desdits mandataires. Je les envoie à Vos Altesses sous ce pli. Je n'ai pu encore obtenir d'eux le chiffre de leurs honoraires. Ils s'en rapportent à Vos Altesses et seront satisfaits de tout ce qu'elles leur voudront donner.
Florence, 5 septembre 1478.
Philippe Sacramorus.
Aux illustrissimes princes et excellentissimes seigneurs messeigneurs les ducs de Milan \
Nous avons vu ailleurs 2 que la seigneurie de Florence fît à Commines, lors de son départ, de riches présents. La lettre suivante de Philippe Sacramoro donne quelques détails de plus :
J'apprends que la seigneurie a fait des dons à monseigneur d'Argenton, lors de son départ, pour une valeur de quatre à cinq cents ducats, et que Laurent lui a offert des joyaux pour une valeur d'environ trois cents ducats. Les dépenses que l'on a faites pour lui ici, montèrent habituellement à douze ducats par jour.
Phil. Sacramoro 3.
Le jeune duc de Milan chargea son ambassadeur à Casai Antoine d'Applano d'annoncer au marquis de Montferrat ce qui venait de se passer à Florence :
1 Archives de Milan (trad.).
• Tome Ier, p. 191.
s Arch. de Milan (trad.).
Antoine, le magnifique seigneur d'Argenton, conseiller et ambassadeur du roi Très -Chrétien, ayant été envoyé auxexcellentissimes seigneurs Florentins, et Sa Majesté, qui a témoigné par tous ses actes de ses bonnes dispositions envers nous et nos affaires pendant que ce seigneur était à Florence , ayant adressé le mandat convenable tant à lui qu'au magnifique Laurent pour confirmer notre ligue et recevoir le relief du fief de Gênes , nos seigneurs les ducs, en vertu de ce mandat, ont ratifié cette ligue, et le seigneur d'Argenton s'est réservé de confirmer le fief à son retour ici, ce qui aura lieu mercredi prochain. Nous passerons cet acte solennellement , et etiam ad abundantiorem caittelam , en confirmant de nouveau la ligue, outre la confirmation déjà faite à Florence.
Nous voulons que vous notifiiez le tout à l'illustrissime seigneur marquis, étant assuré que Sa Seigneurie en recevra du plaisir et du contentement comme d'une chose qui contribuera beaucoup à l'avantage des affaires de notre État.
Donné à Milan, le 28e jour d'août.
Alexandre '.
La réponse d'Antoine d'Applano porte la date du 1 1 septembre :
Illustrissimes et excellentissimes dame et seigneurs , je me recommande toujours à la bonne grâce de Vos Altesses.
L'illustrissime Seigneur marquis m'a prévenu qu'il viendrait aujourd'hui ici. Je suis allé au devant de lui à environ deux milles, et je lui ai fait connaître, en chevauchant avec lui, tout ce que Vos Altesses m'ont écrit. Je l'ai remercié de la copie do la lettre de Gènes que je vous ai envoyée et à laquelle il a été répondu avec une grande prudence. Je lui ai aussi touché deux mots de sa manière devoir , fort bonne et très-sage en ce qui touche l'affaire de la ville de Savone, qui aliquo modo ne peut
* Archives de Milan (trad.).
être aliénée, surtout depuis que Ton vient d'obtenir de monseigneur d'Argenton une nouvelle réinvestiture de Gênes. J'ai longuement parlé de ce seigneur , de son arrivée à Milan , de la ratification de la ligue confirmée à Milan , bien qu'elle fût déjà ratifiée à Florence , de l'illustrissime duc de Ferrare , qui est allé à Florence, de la grande joie des excellentissimes seigneurs Florentins, qui sont heureux de le voir agir si libéralement envers eux , etc.
De Casai, le 11 septembre 1478.
Ant. de Applano.
Aux illustrissimes princes et excellentissimes seigneurs la duchesse et les ducs de Milan *.
Nous avons cité ailleurs des lettres * où l'on voit Antoine d' Applano suivre d'un œil attentif et quelque peu inquiet les voyages et les intrigues du seigneur d'Argenton.
Commines s'était dirigé de Florence vers Milan , de Milan vers Turin.
J'ai déjà reproduit une lettre de l'ambassadeur Jean Bosio, du 18 septembre 1478, sur le séjour que fit Commines en Piémont. Celle qui suit 3, est antérieure de trois jours et donne des détails intéressants qui compléteront ceux que nous connaissons déjà :
Je désirais m'instruire sans retard de ce qu'il y avait de vrai dans les négociations de ce mariage 4. Dès que je me trouvai avec ledit secrétaire, j'employai un langage convenable à l'hon-
1 Archives de Milan (trad.).
* Tome Ier, pp. 175-177.
* Bosio s'y réfère dans la lettre que j'ai publiée, tome Ier, p. 207.
* Le mariage du prince de Tarente et d'Anne de Savoie, que Louis XI avait fait conclure le 1er septembre de cette année.
neur de Vos Excellences , selon mon devoir ; mais je n'en obtins rien si ce n'est que Madame étant malade et désirant avant de mourir voir se faire cette alliance, le roi a voulu lui faire ce plaisir à ses derniers jours. Je m'enquis de la dot et s'il n'y avait pas d'autres conventions , mais je ne reçus pas de réponse. J'allai chez le magnifique seigneur d'Argenton à qui je racontai que je m'étais trouvé avec le secrétaire ; et , après les politesses habituelles , je laissai soupçonner que le secrétaire m'avait fait connaître les conventions faites entre les deux rois , bien qu'il ne se fût pas ouvert complètement avec moi. Monseigneur Argenton me dit alors : « Les conventions « sont celles-ci scilicet : le roi de France promet de donner à a don Frédéric ' le comté de Roussillon ou autant de revenus « dans le royaume de France, à moins que le roi Ferdinand ne « réussisse à obtenir du roi d'Fspagne, avec l'autorisation de « son père le roi d'Aragon, qu'on consente à laisser libérale- « ment à la couronne de France ce comté tel que le roi l'occupe m par force. Tune il le donnera à don Frédéric, et on l'en « investira comme d'un bien relevant de la couronne de « France. » Il me dit aussi qu'il avait tout appris confidentiellement du secrétaire du roi , qui est des plus influents et par les mains de qui a passé tout cet arrangement2... Je lui demandai à ce sujet son opinion. Il me répondit : « Si le « roi Ferdinand accepte des revenus en France , il n'en jouira « pas longtemps avec don Frédéric. Il surgira des difficultés, « parce que les Français sont les ennemis naturels des Ara- « gonais. Je ne puis me persuader que l'on donne ex « menc le comté, à moins que le roi n'ait envie de transie mettre ses droits à la maison d'Aragon. En effet si don « Frédéric possédait ce comté , il n'en y aurait pas moins « matière à des querelles réciproques, comme celles qui divisent
1 Le prince de Tarente.
1 Maître Jean Caumont , secrétaire de Louis XI ; voyez tome Ior, p. 203.
« les Français et les Aragonais. Quant au consentement du roi « d'Espagne d'abandonner ce comté à la couronne de France , « le donnât-il, j'ai la certitude que son père le roi d'Aragon « n'y adhérerait jamais. En d'autres temps on a essayé d'obte- « nir cela de lui de diverses manières, et jamais il ne l'a voulu. « Peut-être changera-t-il maintenant d'intention , puisque le « roi Ferdinand est son gendre ; mais je regarde la chose « comme difficile. »
Vendredi les seigneurs évêques n'ont pas jugé à propos de partir de Verceil, à cause de la longueur des offices funèbres '.
Quand monseigneur d'Argenton est arrivé, on ne lui a fait aucune réception. Quelques écuyers de la cour et quelques officiers de la maison lui ont fait visite. Il a vivement insisté pour que je chevauchasse en sa compagnie
De Turin, le 15 de septembre 1478.
De vos Excellences le très-fidèle serviteur, Jean Aloyse Bosius.
A ux illustrissimes et excellentissimes seigneurs les ducs de Milan 2.
On y célébrait les obsèques de la duchesse de Savoie. Voyez tome Ier, p. 194.
* Archives de Milan (trad.).