n LETTRES ET NÉGOCIATIONS
Ja TOUS êwm Mcript dé uab mmté, tàûotk pout^tlë tMé ne MiiatUiéiMMtff^*.
Le plw que toai TâÉre^ Coiomns*.
Au mois dd Jàiiyiér 1482, Louis Xt se troute de nouveau à Tbouars au milieu des domaines de Gommines. Ce fut là que lui parvinrent d'importantes nouvelles de Savoie.
Lorëqu'il avait fallu ramener le duc de Savoie en Dauphinë, une opposition dé plus en plud vive avait éclate parmi les grands et les nobles, et le jeune prince traversait leâ Alpes au moment oili le comte de la Chambre Tarracha des mains du seigneur d'Ilïins qui fut retenu prisonnier. Plus de dix mille hommes acoourus de toutes parts entouraient le duc Philibert quand il rentra à Turin. Le eomte de Bresse luimém0t oubliant les engagements pris en 1478 ftvec Louis XI, atait applaudi à rarrestâtion du seigneur d*IIIins. Ceci se pà8ÈPât i ta fin de Tannëe 1481 *, et Wsque Louis XI fut insthiit de ces graves événements, il ordonna à Commines de se rendre en toute hâte en Bourgogne pour y réunir une armée et dévaster le comté de Bresse.
Le sire d^Argenton se rendit à MÂcon \ ei fit parvrair
* L*4critare de Commiiiei est en effet fort difficil* 4 lire. Vojez le /ac HmUe placé aa commeBcement de ce ^lame, qui reprodiit deox passages de lettres autographes conservées à ^nt-Pétersboarg.
* BEfioi8T,Lettteide Cùmmyneê, p. 15.
* Cette date, la seule possible» est donnée par la chronique latine de Savoie. Une erreur de Copte s^est sans doute pissée dans la chronique dé JfùV^Inttl <)*AcqQ(fà, oft on Ut : UtS, et Gutchenon l*a reproduite en l%Htaàttt t \«Vi,
^ On trouve aux archives de Mieott tlti àvns que !eé b6bVg«6lé àftiMnt à loger la bâtard de BoMi^bgtté et ^aàb^Wngto lalieMi
anssitAt à la comtesse de Bi*ô6dd, d'abord une lettre de Louis Xli puis la sommation de lui livrer des forteresses et des otages jusqu'à ce que le comte de Bresse se serait justifie eu 6e fendant lui-même dans le DaupUnë* La comtesse de Bresse envoya vers Gommines le «eigneur de Corsant et le maître des comptes, Pierre Bolomier, mais ils ne purent rien obtenir, et tout le comte de Bresse se pr^ara à une vaillante défense *.
Commines se souvenait trop bien des leçons de soA maître pour ne pas recourir à d'autres moyens plus puiseuits et plus prompts. Peu de jours après, pendant ce même mois de janvier 1482, le comte de Bresse, gagné de nouveau, grâce à l'habileté de Gommines et à l'or de Louis XI ', feignait une partie de cbasée pour réunir ses complices, et pénétrant au chAteau de Turin^ j arrêtait, dans la chambre du duc, le comte de la Ghambre, en lui disant : « Vous êtee prisonnier « du roi de France. » Le duc Philibert luinUême n'était plue libre, car le oomte de Bresse le conduisit à Grenoble où rattenddt Commhies ^
Cependant Louis XI, smt qu'il ne voulût pas tarder plus longtemps à accomplir le vœu qu'on avait fait pour lui, soit qu'il jugeât utile de se rapprocher de la Savoie, avait quitté le château, de Thouars pour se rendre â Saint-Claude ôà reposait un pieux liermite, nommé Jean de Gand, qui avait disait-on, annoncé sa naissance. Il se dirigea de là vers
* JfêH., t. n, p. 1|M>; M<m. ki$t. p<Ur., 1. 1, pp. 6(K) M 688; Gtn- CHBNON , Bistoire de la t^Oiion de Satok, 1. 1, p. 578, et t. II, p. 675
* Luy et moi, ûoûs acôrdàsmds ôu secret. Uém*, t. Il, p. f2lt,
^ V\À oônveaenint lAareacallus Bargandi», dominas d*Ar0eiiton... Chr. Sab. op. mon. kUt.patr., t. H, p. 661.
Lyon '. Commines le rejoignit à Beaujeu où parvint la nouvelle de la mort de l'infortunée Marie de Bourgogne, la pupille du roi si odieusement trahie par celui qui eût dû la protéger. Louis XI ne devait pas être plus généreux pour le fils de sa sœur la duchesse Yolande. Lorsque le comte de Bresse renouvela son serment d'obéir en tout au roi de France et reçut à ce titre le gouvernement du Piémont et les biens du comte de la Chambre, le pauvre duc de Savoie venait d'expirer à Lyon, à peine âgé de dix-sept ans *. Son successeur fut Charles de Savoie, qui était retenu dans l'un des domaines du comte de Dunois : il crut toutefois qu'en vertu de sa souveraineté, il pouvait retirer au comte de Bresse une autorité dont il était si peu digne ; mais celui-ci se contenta de lui faire répondre : « Attendez que vous « soyez rentré en Savoie. » Charles de Savoie, subissant le môme joug que son frère, ne devait recouvrer la liberté qu*à la mort de Louis XL
Commines, en revoyant le roi, fut « esbahy de le veoir « tant mesgre et deffaict '. » Ses forces déclinaient chaque jour, et néanmoins il conservait sa merveilleuse activité et
* Louis XI écrivait le 18 mai de la Ciajette-en-Charolais aux magistrats de Gand :
c Nous estions demonrës es parties de par deçà pour aacnnes f guerres qui estoient es pais de nostre très-chier et très-amé nepTeu c le duc de Sayoye, qui sont de présent apaisées, et ont fait Tobéis- < sance et mises les places rebelles en ses mains. Nous nous en retourc nons et serons bien brief en Touraine. i (Archives de Gand.)
* Voici quel paraît âtre Tordre chronologique des faits. Louis XI est au mois de mars à Bourges et au mois d'avril à Saint-Claude. Commines quitte Lyon après la mort du duc Philibert, qui est du % avril 1482, et se rend au-devant de Louis XI Jusqu'à Beaujeu. Le roi arrive à Ljon et j reçoit, le 22 mai, les serments du comte de Bresse.
» Jfôi»., t.II,p.222.
poursuivait ses voyages : ce qui fait dire à Commines « que « son grand cueur le portoit ^ »
Louis XI retourna au Plessis « et s'enfermoit fort et tant (( que peu de gens le veoient et âst de bien estranges choses c< dont ceulx qui ne le congnoissoient, le tenoient à estre (( diminué de sens, mais ils ne le congnoissoient^. » Commines était du nombre de ceux qui voyaient s'ouvrir devant eux les portes du Plessis, et Louis XI, l'instruisant du motif de ces choses qui paraissaient étranges, lui avouait qu'il faisait « d'aspres pugnitions pour estre craint et de c( paour de perdre l'obéissance, et qu'il passoit temps à «c faire et à deâaire gens^ » afin qu'on parlât de lui et qu'on ne le tînt pas pour mort.
Dans les derniers jours de janvier 1483, des ambassadeurs flamands vinrent échanger les ratifications du traité d'Arras. Ce fut le soir qu'on les introduisit au château du Plessis ; ils trouvèrent le roi assis dans le coin d'une chambre mal éclairée où l'on ne pouvait distinguer ses traits décomposés. Il s'excusa d'une voix faible, mais qui avait conservé quelque chose de railleur et de sardonique, de ce qu'il ne se levait point pour les recevoir. Après avoir causé peu d'instants avec < messeigneurs de Flandre » (c'était le nom qu'il donnait aux ambassadeurs), il ordonna qu'on apportât le livre des saints Évangiles. Sa main droite était complètement paralysée ; il souleva avec peine son bras enveloppé dans une écharpe et toucha le livre du coude, en jurant d'observer la paix ; c'esj ainsi que les derniers jours d'un prince si longtemps redouté s'achevaient dans une prison
* Mém., t. II, p. 222.
• Mém., t. II, p. 224.
» Mém., t. II, p. 232.
aussi triste que celle où il arait retenu ses ennemis. « Les <c caiges où il ayoit tenu les autres, dit Gommines, avoient a quelques huict pieds en carre, et lui, qui estoit si « grand roy, avoit une petite cour de chadteâti à se protne- « ner, encore n'y venoit-il guëres ; mais se tenoit en la « galerie sans partir de là. Voudroit*on dire que ce roy ne « souffrit pas aussi bien que les autres, qui ainsi s*enfera moit, qui se faisoit garder, qui estoit ainsi en peur de ses « enfants et de tous ses prochains parents, qui changeoit « et menoit dé jour en Jour ses serviteurs, tellement qu^eti <x nul d'eux ne s'osoit fier, et s'enchainoit ainsi de si « estranges chsdnes et clostures? Si le lieu estoit plus (c grand que d*une prison commune, aussi esto}t41 plus « grand que prisonnier commun ^ n
Le traité d*Arras portait que le Dauphin épouserait mademoiselle Marguerite d'Autriche qui, peu après, fut conduite en France, et Louis XI donna pour gouvernante à la jeune princesse la dame de Thouars, c*est-à-Klire (car cette désignation ne peut s'expliquer autrement) Héline de Cbambes, femme de Philippe de Gommines; c'était sous les yeux du gentilhomme flamand qui avait trahi Gharles le Hardi, que sa petite-^fiUe, venue de Flandre pour ceindre une couronne vainem^t promise à son front, devait apprendre à aimer une antre patrie.
Marguerite d'Autriche nous dit elle-même dans les vers que nous a laissés sa muse gracieuse et mélancolique :
Moj, Marguerite, de toateB fleurs lê chois, Aj miè myse au grand tetgier frMichois»
Pour demeurer, croistre et chanter anchois Que fusse grande...
* Mém., t. II, p. 268.
Hëlas! ce rerger n'était plus cet asile de paix et d'hon^ neur, éterliel symbole des écrivains du mojren ige. La jeune Marguerite, livrée à un prince qui avait peut-être préparé la mort de son ayeul et qui à coup sûr avait été l'oppresseur de sa mère, ne voyait autour de lui que des courtisans dont le nom et la puissance lui rappelaient les malheurs de sa maison.
Quelle durée était promise toutefois à TÀutorité des conseillers de Louis XI ? Se maintiendrait-elle sous son successeur? Oelui-ci de oonfbrmerait-il aux instructions que nous avons déjà citées en parlant du séjour du roi à Argenton ? Louis XI« à la prière de ceux qui l'entouraient, ne négligeait aucun effort pour prolonger au delà de sa tombe le respect des règles dont il avait fait usage, le maintien des instruments qu'il avait employés. Il se rmdit lui-même le 21 septembre 1482 au cbàteau d'Amboise et demanda à son fils « s'il n'estoit pas bien contint x> d'accomplir tout ce qu'il lui avait prescrit, touchant les charges et offices :~ « Â quoy, « porte une charte royale, il nous a humblement fait « réponse que très- volontiers il aocompliroit de bon cœur et « de tout son pouvoir les commandemens et injonctions que « nous luy faisions. »
Louis XI ajoute dans l'acte qui fut dressé de cette cérémonie : <c Nous luy avons recommandé aucuns de nos bons <c et loyaux serviteurs qui illec estoient préeens et les « aucuns absens, luy remonstrans que bien et loyaument a ils nous avoient servi, desquelles choses avons ordonné à « nostre ami et féal notaire ^ secrétaire faire toutes les « lettres et expéditions, tant durant notre règne que celui ce de nostre dit fils et au commencement de son dit règne, « par manière de confirmation aux dits officiers, en confir-
a mant iceux en leurs dites charges et offices, et avons (c ainsi commandé à nostre dit fils le faire faire V » Parmi les serviteurs présents se trouvait Du Bouchage; parmi les serviteurs absents, Commines '.
Un autre jour, Louis XI, saisi d'inquiétude et de soupçon, appelait près de lui le duc d'Orléans et lui faisait jurer de rester fidèle au Dauphin envers et contre tous.
Toutes ces précautions n'attestaient que la décadence du pouvoir et la fin prochaine de la vie du roi de France.
Louis XI croyait peu à la science des médecins '. Il était naturellement enclin, dit Commines, à ne pas suivre leurs conseils. Il avait bien plus de confiance dans les astrologues qui, par leurs horoscopes, lui prédisaient toujours ce qu'il désirait. N'était-ce pas un astrologue qui avait annoncé lors de sa naissance « qu'il serait riche, favorisé de la fortune, K redoutable par ses venge^ces, qu'il aurait à se méfier de « Mars, mais qu'il serait protégé par Jupiter et par « Vénus *? » N'était-ce pas un autre astrologue qui, lors de son séjour en Brabant, lui avait promis qu'il foulerait à ses pieds la féodalité impuissante ^1
* GoDEFROT, Eist. de Charles VIII, p. 307.
* Entre toutes choses, il luy commanda exp^ssëment ne changer aucuns officiers. Mém., t. II, p. 254.
^ Les médecins pouvaient toutefois être utiles. L*archevéqne d'Aix ne s'était pas rendu au-devant de Louis XI, se disant malade. Louis XI écrit : i Ce n'est qu'une tromperie, • et il ordonne qu'on réunisse les médecins pour faire un rapport sur la santé du prélat. Bibl. imp. de Paris, f. *r. 2907.
* DuoLOS, t. III, p. 2.
' Prœlia magnatum video cum sanguinis undis... Strages nobilium fiet, procerumque ruina.
Fraus erit inter eos : oonfusio magna sequetor.
DB GOMMINES. 333
Un jour vint toutefois où, les prophéties des astrologues s*ëpuisant en vaines chimères, il se mit aux pieds de ses médecins et leur demanda pardon de ses doutes et de son dédain en les comblant de ses largesses a afin quMls lui « allongeassent la yie. »
L'agonie de Louis XI avait commencé au milieu de la solitude et de la terreur ^ En vain avait-il appelé saint François de Paule des montagnes de la Calabre, pour qu'il calmât son âme; en vain suppliait-il ses médecins de fortifier quelque peu son corps. Rien ne le soulageait, ni au moral, ni au physique. Il s'adressait au Pape pour qu'il ordonnât au saint homme, sous peine d'excommunication, de multiplier ses prières. En même temps, il dévorait des ailes de volaille*, se gorgeait de bière ^, puis faisait verser dans sa coupe l'or
Rex novas et libani cedros supereminet omnes, Jostitiœ cupidas rectœ, non devins iUi :
Mntabit faciem regni dum sceptra tenebit.
(Ms. 84 de la bibl. de Tonrnaj.) ^ Se Je me vouloye mettre à escripre les passions qne J*ay ven porter aux grans, j*en feroie nng gros livre. J^entends de cenlx qn'on voit en prospérité, Cenlx qui ne les pratîcquoient point de si près, comme moy, les répntoient estre bien heureux, et si ay veu mainctes fois leurs desplaisirs et douleurs estre fondes en si peu de raison que À grant paine Peussent voulu croire les gens qui ne les hantoient point; et la plus part estoient fondés en souspeçons. Pour ceste suspection, quand le roy Loys XI"*« approcha du terme, estant malade de ceste maladie, se jugeoit desjà mort. Mém,y t. II, p. 541.
* Mirabiliter comedebat et cum appetitu voraci, ita quod in uno prandio triginta sex alas puUorum comedit. Chr, Sab, ap, mon. hist. patr, 1. 1, p. 664.
' Le 12 mars 1483, le vice-amiral Coulon écrit d*Honfieur qu'il cherchera le meiUeur brasseur pour envoyer au roi la bière qu'U demande. Doenmmts français à Saint-Pétersbourç.
334 LETTRES ET NBGOeiATIONS
potable, remhàe sappèae dâs alobimUtde, et ménu^ da p^ng humain, du 8aiig d'eufaut, comme s'il eût f^ ainsi rfy#anir sa vieillisse '.
Que fit Gommii^^s pour son maltpe? Il y a lieu de qpoire que ce fut lui qui, comme sënechal de Poitoo, ftt venir au Plessis : « ces bergers du pays de Poitou, qui jouoient derfmt a le logis du roy, afin que aux dits instruments le rp; prist a plaisir et passe-temps et pour le garder de dormir ^. » Louis XI eraignait-il les rêves qui eussent trpublë |Km sommeil?
Louis XI se lassa bien vite des bergers et de leurs instruments, et à mesure que le dëclin de ses forces 8*aocéiérait, il subissait plus complètement Tinfluence des hommes les plus grossiers qui Tentouraient^. Commines se vit préférer Olivier le Diable, qui s'appuyait sur ses amis, transfuges comme lui, Daniel Baert ^, Etienne Louf ^, Jean Van den
* Humano saoguia» qiMBi ex aliqaot iafsntibas iiiaptain hautit, salutem comparare T^ament^r sp^rabat. Oaouin.
* Chronique ^0 Louia )CI, attrilH19^ 4 Jemi da Trojea.
' Audr4 Tbévat par(e auaai des deux partia qui m partstfaatant la cour, msâê ai? li^u d'QUvier la Diable, il ptoce TriataQ rSrfni^ à la tétd dea ennemis de Gomminea, Gela ne ebange rien k cetta quierelle intérieure qua Tb^vet appelle f un naauvais mesnage. » M^-t 4d.Lettgjat, t. IV, p. 2, p. 175.
* Yojex ci-desaua, p. 236.
^ Etienne Louf, né À Utrecbt, était inveati, au Pleaaia-lèa-Toura , de la garde des priaonni^ra qui étaient livréa anx JUleites du roi. Il était f trèa-priyé du roj et chargé par loi de Tadvertir lA qnel- 1 qu'ion aviot ^iationa et intelligencea avec ceux 4^ psjs qui lui c estoient contraires. 1 (Document cité par M. Quicberat.)
Baain dit, w^ parlant die Louf et d'Olivier Ip Diable : i Hi enim apud t eum (apud r^eoi) calumniia in2ioo0ntui)[^, doli^ ac rapinia, tantaa < opea eongeaaisse ferebantur, quce ad faciendui^ atipendia magno
DG COMMINKP. 335
Pri^ssolte s Ppy^ic, la got^vernear d* Auvergne, et 1§ yalet Regnault la Pie étaient là pour les seconder*
Louis %I avait demandé qu'on l'avertît doupentent de sa fin, en se contentant de lui dire : a Parlez peu. p Olivier le Pi^ble, signifiant au prince qui tant de fois l'avait chargé de ses arrêts, son propre arrêt, non moins terrible et non moins inévitable, lui jeta rudement ces parples, pomme au dernier des condamnés : « C'est fait de vous, peusez à votre a conscienoe. » Quelques heures plus tard, Louis XI rendait le dernier soupir, après avoir fait recommander à son successeur Olivier le Diable et Doyac, oubliant Commines
< exercitui saffecissent. His consiliam prœcipuis utebatur, his regni f gubemacala moderabatur, talea eligebat, taies honorabat, ignominia f et malitia repletos. i En 1476, ÉtieDne Louf receyait ane pension annuelle de neuf cents livres. (BibL imp. de Paris, f. fî*. 2906.) Quelques lettres ëcrites par lui ont été conservas. (Bibl. imp. de Paris, f. fr. 2893.)
Les historiens de, Louis XI n*ont pas remarqué une lettre de Robert Gaguin (témoin assurément digne de foi), où Ton voit Etienne Louf donner à son mattre TaiTreux plaisir d*une chasse à'katnme dans le parc d*Amboise. L*homme , couvert d'une peau de cerf fraîchement tué, fiit déchiré par les chiens. (Lettres de Robert Oaguin, fol. 29.) * ÇhasteUain a consacré quelques lignes à Jean van den Driessche : tt Maistre Jehan, président et hault homme, en comblesse des biens « et honneurs qui lui affluoient^.se desvoja diversement et commist
< pluiseurs crimes et maléfices, desquels accusé et monstre notoiret ment par preuve, fut attrait devant le conseil du prince et par son t démérite destitué de son estât, et fût tout le sien confisqué jusqu'en f son derrain vaillant, et fut condampné et jugié estre digne de mort, f Mais, par pitié et miséricorde du duc, fût sa sentence commuée en f ban perpétuel... Or estoit ce maistre Jehan de la Driesche venu en c la cognoissanoe du roj dès celle heure que, ly estant dauphin, il c demora encore en Bndbant, et avoit le roj pris assez affection' en ly, i pour cause qu'il le veoit homme d'entremise et de subtil engin. Et
et tous ses autres conseillers, choisissant parmi ses serviteurs les plus honteux pour négliger les plus habiles ' : étrange et juste châtiment d*une haute intelligence asservie à de si lâches complaisances.
Gommines r£q)porte que Louis XI dit en mourant plusieurs choses bonnes et notables, mais qu*il y eut aussi « quelques commandements extraordinaires et qui n'estoit « de tenir *. » Quels étaient ces commandements? Faut-il entendre par là ces codicilles politiques où étaient inscrits des noms infâmes ?
« tant y continua ledit maistre Jehan que le roj lui donna anctorité et c penaion, et brief après le fit trésorier de France. • — En 1472, Jean van den Drietsche devint président de la Chambre des comptes. En 1476 (voyez le beau récit de Jean de Troyes), il refusa de recevoir les ettr es que lui adressait le fils du connétable pour qu'il intercédât en faveur de son père, et c'était toutefois ce même comte de Saint-Pol qui, lors de sa disgrâce, lui avait donné i en sa maison refuge et entref tenement , puisque aultre part il n'avoit habitation nulle. • — En 1482, Jean van den Driessche n'est plus que vice-président de la Chambre des comptes, et le médecin Jacques Cottier écrit aux conseillers de la Chambre des comptes qui le repoussent : • Je vous assure que f quant le roy donna ledit office à Jehan de la Driessche^ qu^il lui fut t remonstré les grandes trahisons qu'il avoit faites contre lui et aussi I les pilleries qu'il avoit faites en ses offices; néanmoins, il lui en prit « pitié, et considérant qu'il estoit vieux et qu'il Tavoit servi longoe- « ment, lui donna ledit office pour lui ayder à vivre honnestement le f surplus de sa vie. i
* C'est évidemment à Olivier le Diable que se rapporte ce passage des Mémoires :
c Pour oompaignie tenoit léans ung homme ou deux auprès de luy, gens de petite condition et assez mal renommée, et à qui il povoit bien sembler, s'ils estoient saiges, que, dès qu'il seroit mort , ils seroient désappoinctés de toutes choses, pour le moins que leur en pourroit advenir ; et ainsi leur en advint, i Mém,^ t. II, p. 227.
DE COMMIMES. 937
S'il e8t vrai, ootiime le rapporte Jean de Troyeè» qnA le rd, dès qii*il eut expire \ fnt àbaïkloniié de ions oeiix qui raTaiort servi pendant sa vie, nous aimoos à croire que Gommines ne suivit pas cet exemple, car il nous apprend quil assista aux funérailles de son maître à Notre-Dame de Glérj\
L'oraiscm ftinMire de Louis XI ne fut pas prononcée sous les voâtes du numastèfre où il s'était choisi un tombeau loin de ses aïeux : il iaut la chercher dans la page la plue admirable des Mémoire* de son illustre conseiller :
« Or voyez-vous la mort de tant de grans hommes, en si « peu de temps, qui tant ont travaillé pour s'aoroistre et <c pour avoir gloire, et tant en ont souffert de passions et « de peines et abrégé leur vie, et par adventure leurs âmes « en pourront souffirir.
il Qui s'informera des vies des grans princes? L'mfor- (c mation fidcte, qui la portera au juge? Qui sera le juge « qui en prendra la congnoissance et qui en fera la ce pugnition?... L'information sera la plainte et damear du « peuple qu'ils fouUent et oppressent en tant de manières, « sans en avoir compassion, ne pitié, les doutoureuses « lamentations dm veuves et des orphelins : oecj sera l'incc formation, et présenteront leurs plainctes et piteuses <c larmes devant Nostre-Seigneur qui sora le vray juge. . . Si « les princes congnoissoient leurs jours estre si briefs, les « peines d'enfer si horribles, feroient-ils ce qu'ils ibnt? De « nostre roy, j'ay espérance que Nostre-Seigneur ait eu
' Le greffier de la Goor des comptes, iotériTant sur son registre la mort de Louis XI, ajoate : C7i^ anifnœ parcat Deus ! * Mém., t. II, p. 250.
COMMINKS. — 1. ^
(c miflëricorde d6 luy. Mais à parler natorellmnent (comme « homme qui n'a grant sens natorel, ne acquis, mais quelque « peu d'expërience), ne luy eust-il point mieulx yallu et i a tous aultres princes, eslire le moyen chemin en ces <{ choses? C'est à sçavoir moins se soucier et moins se trace vailler, et entreprendre moins de choses : plus craindre « à oâenser Dieu, et à persécuter le peuple et leurs Yoi- <c sins par tant de Yoyes cruelles que assez ay desclarëes <c par cy-devant, et prendre des ayses et plaisirs honnestes? « Leurs vies en seroient plus longues; les maladies en « viendroient plus tard, et leur mort en seroit plus <c regrettée et de plus de gens, et moins désirée ; et auroient « moins de doubte de la mort. Pourroit-l'on veoir de plus (c beaux exemples pour congnoistre que c'est peu de chose « que de Thomme, et que ceste vie est misérable et briefVe, a et que ce n'est riens des grans,ne des petits, dès ce qu'ils « sont mors ; que tout homme en a le corps en horreur et « vitupère et qu'il fault que l'âme, sur l'heure qu'elle se « sépare d'eulx, aille recevoir son jugement ^ »
Les rois, dit-il ailleurs, « chastient les hommes qui « vivent soubs eulx et à leur plaisir, et Nostre-Seigneur « dispose d'eulx à son vouloir ; car aultre n'ont-ils par « dessus eulx *. »
Bossuet n'eût pas été plus éloquent que Commines.
« JM»., t. II,p.288.
FIN DU TOHB PRBMIBR.