COMMYNES
A nw très-reiaubté seigneur, monêeiçneut le duc de i/ifion^.
Lorsque Commines entretenait les princes éti*angers de plaisirs et de chasses, il cherchait sans doute et d'après
* Collection de M. le chevalier Muoni à Milan.
* Arehives de Milan (Docameni oommuiûqaé par MM. Baiohet et Benoist).
DB COMMINBS. 3t9
Tordre exprès du roi de Franoe, à eaeloker les vives prëoccupfttions dont âa santë était l'objet. Les forces de Louis XI déelinaient rapidement. Au mois de mars 1481, il fut frappé aux Forges près de Cbinon^ d*une attaque d*apopIexie qui, pendant quelques jours lui enleva l'usage de la parole. Louis XI se hâta de faire appeler Commines qui était à Ârgenton ; il voulut qu'il couchât dans sa chambre, qu'il l'habillât, qu'il le servît à table et qu'il remplît en tout l'office de valet de chambre, <c ce que je tenoye à grand hon- « neur, dit Commines, et y estoyebien tenu *. »
Lorsqu'au bout de deux ou trois jours la parole revint au roi, personne ne le comprenait aussi bien que Commines, et quand il se confessa à l'official de Tours, ce fut Commines qui répéta chaque mot sorti de sa bouche. « Il n'avoit pas a grans paroles à dire », remarque le discret interprète de la conscience royale. Près du roi se trouvaient aussi Adam Fumée, qui avait vu mourir Charles VII et qui pouvait porter témoignage de l'ingratitude de son fils, et Angelo Cato, qui eût pu aussi lui suggérer l'aveu de plus d'une sombre et sanglante intrigue *. Pendant cette crise, les con-
♦ Mém., t. II, p. 213.
* Angelo Cato avait reçu en d^pôt du roi certains papiers trèsimportants, indiqués comme suit dans un inventaire :
Déclaration du différend entre le roj et le duc d* Autriche.
Ung mémoire contenant aucuns status et ordonnances que le roy avoit délibéré fère.
Item un petit papier contenant les commandemens de Dieu, les Qeuvi*es de miséricorde corporelle et les œuvres de miséricorde spirituelle.
Une lettre du bastard d'Aveluys, adressant au roy.
Item une lettre d'Ysabel de Chassa.
Item une lettre de Tévesque de Thérouenne.
seillers du roi lui apportaient les dépâches qu*il faisait semblant d'examiner « combien qu*il n*eust nulle congnois- <c sance ; » puis Commines les lui lisait : ce Nous faisions, c( ajoute notre historien, peu d'expéditions en attendant la « fin de ceste maladie; car il estoit maistre avec lequel il « falloit charrier droict ^ » Néanmoins il nous apprend que ceux qui le jugèrent perdu sans ressource, se hâtèrent de
item un petit mémoire contenant Fartellerie de Paris.
(Bibi. imp. de Paris, f. fr. 2896, fol. 103.)
La lettre dlsabella de Chassa nous a été conservée ; eUe est conçae en ces termes :
c Sire, humblement à vostre bénigne grâce me recommande. Il vous a pieu de moj logier, moy et Tune de mes filles avec madame d'Orlians. Hélas, très-chier sire, je ne scès comme je leisseroye Taultre, car elle est bien grande. Touttefois, je ne veulz fère chose qui vous desplaise, mais tout ce qu'il vous plaira à moj ordonner comme celle qui se donne toute à vous. Et de mon fils, trèt-chier sire, je vous supplie de vostre bénigne grâce qu'il vous plaise de le fère appointer ; et luy et moy pririons Dieu pour vous, auquel je prie qui vous doinst bonne vie et longue et paradis à la fin.
c Escript à Mascon, le disisme jour de may.
f Votre humble et obéissante,
c IsABBL DB Chassa, i (Bibl. imp. de Paris, f. fr. 2902.)
IsabeUe était, si je ne me trompe, la veuve du sire de Chassa qui avait voulu assassiner le duc de Bourgogne. Le bâtard d'Aveluys, qoi avait aussi trahi la maison de Bourgogne, était parent de Conmiines, puisque Taleule de celui-ci était fiUe d'Hellin de Wasiers et de Béatrice d'Aveluys.
Sans se préoccuper beaucoup de la perte de ce traité de miséricorde qui était fort abrégé et tel qu'il convenait à Louis XI, on ne saurait assez regretter celle des statuts et ordonnances « que le roy avait délibéré fère. I On eût peut-être i*etronvé dans ces papiers le plan des grandes réformes dont Commines attribue le dessein à Louis XI.
* Mém., t. II, p. 216. ,
révoquer « une trës-excessiye et cruelle taille y> qui venait d'être établie, et nous ne savons si Commines, toujours fort hostile aux exactions fiscales, n'approuva pas « les mànde- (( mens ordonnés pour la rompre ^ » Ce qui nous porterait à le croire, c'est qu'il n'hésite pas à dire que les tailles levées arbitrairement chargent fort l'àmie des rois *, et il appartenait à de bons serviteurs d'effacer tout ce qui chargeait l'âme de leur maître. Louis XI, si affectueux pour le seigneur d'Argenton, tant qu'il eut recours à ses soins, s'en montra- t-il également reconnaissant après sa guérison?Ne lui aurait-il pas reproché précisément quelque part à l'abolition de cette taille ? Nous ne le savons : ce II n'estoit riens « dont il eust si grande crainte que de perdre son auctorité « qu'il avoit bien grande... Le principal fons de la matière « qui le mouvoit, estoit de paour qu'on ne le voulsist mais- « triser en aultres choses, comme en expédition de ses (c affaires, sous couleur de dire que son sens ne fust pas « bon, ne suffisant ^. »
Quoiqu'il en soit, nous voyons Commines s'éloigner presqu'aussitôt de la cour. Il se rend en Poitou pour vaquer aux soins qu'exigent les travaux qu'il exécute dans ses domaines, peut-être ceux de la reconstruction du château d'Argenton, peut-être aussi ceux qui s'achèvent dans l'abbaye de Thouars. Au mois de novembre 1479, Louis XI y avait fait transférer là dépouille mortelle de sa première femme, Marguerite d'Ecosse, reine non moins malheureuse que toutes celles qui sortirent de la maison de Stuart, et
* Mém., t. II, p. 217.
« Mém., t. II, p. 225.
* J/ê^., t. II, p. 215.
comiiNcs. — I. 2i
a» LETTRW ET NÉGOOIATIONS
e^ëtait i la §$Pi$ à$ Commme^, totorim (mi e^ pr^ne oyniqiiet qu'il W9iX oonfié \m vmi/m de «^ttç prtowMf qui avait honore d'un baiser la Inmobe hari^aoieQse d*uo po^te livré au «ooMneil et aux réveA*
On Ut dans one lettre de François Oaddi, dn 3& jwn 1481, adressée & Lionetto de Rossi :
Monseigneur d'Argenton se trouve en Poitou. J*ai remis la mappemonde et les médailles que vous m'avez adressées, à un de ses secrétaires qui va le rejoindre. Je lai ai éùvoyi vos kUres, et, en même temps, je lui ai émt 09 qui m'a paru néosasaire ^
Qaddi ajoute dans une lettre adressée à Laurent de Médicis:
Monseigneur d*Argenton n'est pai9 eïlQore revtDu a )a cour, 09 qui m'étonne, et, d'après ce que j'étends, 9Q^ absence est tout à fait volontaire*.
Dans les derniers jours de mai 1481, Louis XI alla visiter le camp qu*il avait établi au Pont de I* Arche; il tenait à se montrer au milieu de ses raeromaires suisses, dans tout Tappareil de sa puissance, puis pendant Tété il se rapprocha de Paris, afin qu'on ne Toubliàt point dans sa capitale; enfin il rentra au Plessis. Là son mal le reprit; on Tétradit sur une paillasse dans une galerie, on le croyait mort, et Commines, qui venait de le rejoindre, le voua à monseigneur saint Claude. La parole lui revint aussitôt.
 la fin du mois de septembre, Commines sa trouvait dans le Bourbonnais. Qu*il ait, avec une prudente prévoyance, profité de son séjour à Moulins pour présenter ses hom-
* Archives de Florence.
* Archives de Florence (29 joiUet 1481).
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magd9 au dw do Bourbo^ ^f 4 RQ» frèrp |« ^îgWflT de Be^ujeu, époux d'une princesse qui «e pouwt tarder longtemps à devenir régente, rien n'est plp^ yraiseoibUtble; mais cela ne su^t pas po^r expliquer ce ypyage. Nou^ pensons que Gommines fut Ym des membres du conseil quî assistèrent aux p^ds JQurs tenus à Mpptferr^4 4^ °^oi9 de septembre 1481.^Doyac, ancien valet de chambre, alors gouverneur d'Auvergne, « devenu, dit Duc1û3^ le tyran de (c ceux qui auraient di^ être ses maîtres, » y fit rendre un arrêt qui punissait tous ceux qui av^^nt répandu des bruit? contraires à son honneur, et si nous ne nPPs trompons, il accompagna Gommines lorsque celui-ci quitta l'Auvergne. Le 28 septembre, Gommines adresse de Moulln3 au dup de Milan, une lettre où il l'entretient 4^ faucons pppr la chasse de ce roi qui pouvait à peine 80 Jpyer d^ §pn Iffi^ti^nil *•
Monseigneur, je me recommande humblement à votre bonne gr&ce. Ce porteur aporta des sacres pour le roy, lorsque arriva d^ntainement devers vous. A présent, je le renvoyé jusques à Venise, veoir «i Yon peut en trouver pour le dit seigneur, peur ce que vecy Feure que les premiers arrivent. Je vous supplje, monseigneur, qull vous plaise lui donner passaige et quelque lettre de recommandation, et s'il vous plaist dp pfgr deçà chiens ou oyseaulx ou autre chose que je puisse feire, je vous eu setviray de bon cueur. Priant à Dieu, mpnsejgueur, qu'il vous doint bpune vie et longue, et acopipli^semeut de teut PP que vous désirez.
Escript à Molins en ^ourbonnoys, It^ '!^YIW jd^ 4e septembre.
Votre très-humble serviteur, Philippes db Commtnes ^
* CoUectioD de M. le chevaUer Muoai.
Dans les derniers jours d'octobre 1481 , Louis XI alla réclamer l*ho8pitalitë de Gommines au château d*ArgentoD. Il y passa un mois. Nous sommes fort dispose à croire que ce fut à Argenton que Louis XI résolut de rédiger des instructions sur le gouvernement du royaume destiné^ à son âls. Ces instructions ne se retrouvent plus. On n*a conservé que les clauses, où le roi « par exprès, commande et a enjoint à son âls qu'il entretienne es charges et offices, « tous ayans charge, sans aucunement les muer, changer, (( descharger, ny désappointer. y> Il est aisé d*y reconnaître la main de Gommines et des conseillers qui exerçaient en ce moment l'influence la plus considérable. Gommines, s'exprimant d'une manière générale, blâme sévèrement les princes « qui désappoincteront ceulx qui auront bien servi leurs <( prédécesseurs, pour faire gens neufs. ^ »
Louis XI fut gravement malade pendant son séjour chez Gommines. Néanmoins, ce fut à Argenton que Doyac écrivit, sous la dictée du roi, cette lettre d'autant plus flère qu'elle était destinée â voiler un affaiblissement plus rapide :
Monsieur de Bressuire,
J*ay été averty de Normandie et d'ailleurs, que Tarmée des Anglais est rompue pour cette année, et pour ce que je vois, vous n'avez que faire au quartier où vous estes, pour cette heure, je m'en retourne prendre et tuer des sangliers, afin que je n'en perde la saison , en attendant l'autre pour prendre et tuer des Anglois. Escript à Argenton, ce IV* jour de novembre.
Lots.
eiplmhat : De Doyac*.
< Mém., t. II, p. 139.
• Brantôbir, Éloçe de Charles VIII.
Tandis que le roi menaçait de loin les sangliers des bois de la Sologne ou du Berrj, Gommines visitait sa capitainerie de Chinon et écrivait à Laurent de Medicis :
Au seigneur Lorens de Médicie, à Florence.
Seigneur Lorens, Je me recommande à vous tant comme je puis. Aigourduj, messire Francisco Oadi m'est venu dire qu'il avoit eu lettres pour s*en retourner à Florence, et m'a demandé conseil comme il avoit à se governer pour demander son congié.
Je lui ay demandé s'il avoit son commandement de la Seigneurie ou de vous, n m'a dit que non, mais que François Sasset le luy avoit escript en vostre nom.
Pour quoj il m'a semblé qu'il ne devoit point partir jusques à ce qu'il veist la conclusion que le roj prendroit avec le prince de Tarente, affin que ledit seigneur ne prist ymagination que vous le eussiez d'icj à poste du voy Ferrand, pour aucunes paroUes qui se sont dites de ceste matière, vous advisant que le roy est aussi content de la Seigneurie et de vous qu'il fust jamais, et si quelqu'un a donné à entendre à eulx ou à vous le contraire, je vous asseure qu'il vous a mal adverty, et Ii^ est ledit Francisco bien fort agréable et entend les choses de par deçà mieulx que nul autres que vous y seussiez tenir.
Et me semble que encores que je ne soje pas bien saige pour vous conseiller, que devez mettre paine de vous entretenir en l'amour du roj, et que vous ne la devez point peu estimer, ne les choses de par deçà, et encores que le chemin soit long d'icy là, si peult le roj beaucoup partout et plus par aventure qu'U ne semble à beaucoup de gens dTtailliei et si vous reste tousjours bien propice en vos affaires et sera pour le temps advenir, si ainsi le fairés. Et à Dieu, seigneur Lorens, à qui je prie qu*U vous doint ce que vous désirez.
A Chinon, le XXX^ jour de novembre.