APOLLO
Caillant mon cueurre à Tyton le mien fils Pour conduyre et le souleil mener, Combien certes que moult envys le fis.
Car autresfois il avoit fait brusler Les Éthiopes pour trop bas charrier.
Dont à jamais ils sont tous tains de noir Pour la challeur que lors leur flst avoir ; Mais si ay-ge ma dëyté laisse Pour venir cy o les autres doloir La mort celuy de nouveau trespassë.
DE COMMIMES. 29
C*est bien raison que ma lueur ne soit
Si radiant comme elle a apparu.
En démonstrant le deul qu'avoir en doit
D*ung tant parfaict des humains disparu.
Cas fortuit, piteux, est apparu
En renversant vie si bien rëglëe,
Qui de vices jamais ne fut souglée,
De sapience, dont je suys nommé dieu ;
Jamais homme ne la vit desreiglëe.
vous, divins, mettez luy hault son lieu I
Dëmostënes, cesses vos ris, cesses.
Et Démocript, venés icy pleurer;
Et Aurora, vos larmes ne lessës
Que pour Cynus vostre âls asserrer
Avés voulu ; et vous, qui Leander
Noyë en mer, Hëro, tant vous plorastes :
Et vous. Écho, qui Narcisus aymastes,
Ferës-vous point monts et vaulx retentir,
Boys et forests,' faisant cueurs humains mates
Par tristesse que devons tous sentir?
Si d'Alexandre les Macëdonyens Heurent douleur et d'Énëe en Kartage, Et que de Hector les renommes Troyens En tristesse ayent vescu maint âge ; Si les Tëbayns estans plains de couraige Ont lamente leurs fortunes diverses.
Tant d'Édypus que d'autres controverses De Tyoclès et de Polynicès, Que doit-on faire, vous tous, dieux et dëesses. Pour ung tel homme dont voyons le dëcès ?.
aO BLOOB
Ha 1 Tholonufe, qui si bien parier seeutes De dame Réê en vos cosmograffies ; Et Yoni, Neptune» qui dieu de la mer futtee, Vagant en vaguee où maint bateau dëfyes, Jamais en vous, homme ces fantasyes Ne mist si fort, ne ai bien n'entendit Tous vos segreU que maintes fois a dit Devant grans princes ad ce se cognoiisans.
Là où jamais ne trouva contredit»
Tant estoit plain de bon esprit et sens.
Dame Dyane» qui chasteté aymës Et qui es bois Bnthëon transmuâtes En cerf» venant sur vos baings attamës»
Dont de ses sens alors le desmuastes»
Et à ses chiens pour curëe donnastes»
Auquel signe nous voyons moult souvent Le cerf mourir Toeil à souleil levant, En lermoyant; vien icy, chère Dame»
En dëlessant les boys dorénavant Et tous plaisirs, pour plaindre ce qui Vayroe.
Vous, Pégasus» qui du sang de Oorgonne
Fustes extraict» quant elle fut occise
Par Persëus, dont renommée ou sonne
Voilant par Tair» sans que riens en déguyse»
Pour ce trespas dois bien» sans qu'on te induyst»
Aller, voiler par toutes nations,
En démonstrant les opéracions
De l'excellent en tous biens acomply»
Qui a gaingné par ses oracions
Que de son âme soit paradis emply.
croniqueurs, qui par maintes croniqueâ Âvés escript par yos sens les haulx fais Qui ont esté fais par les gens autentiques, Yenés iey regreter des parfaicts Lie plus esleu, tant en bons dits que fais.
Gomme il appert par ung livre qu'il âst En son vivant, où nulle chose n'omist»
Qui ait este par les grans de son temps Faitte et emprinse, ne riens faulx il n*y mist, Mais tout au vray, ainsi comme j'eiitens.
Pour dieu dyviu, réclamé des poëtes Suys en maint lieu, et comme tel luy donne.
Pour transporter par-dessus les comettes Ses grans vertus dont ung chascun le sonne ; De Dédalus les elles, qui, vers nonne.
Le sien cher fils Ycarus le portant Trop près de moy, dont je ne fus content, Par quoy subit en la mer fut noyé Qui Ycarée se nomme maintenant :
Nul orgueil n*est qu'en fin ne soit ployé.
Vous, Jupiter, tjui le ciel gouvernés, Ayés pitié de celuy qui sans crime Est décédé, ne souffrant que yvernés Soit es euferst comme cheu en abisme ; Car trop on Ta tenu en grant estime En celuy temps, las ! qu'il vivoit au monde.
Estant de vices et de tous forfaits munde ; Doncques ne dois souffrir que paîne il sente. Ne que son âme aille en lieu immonde.
Mais à jamais en ta gloire patente.
LACTBUR*
Moy ayant ouy les parolles prëaUëguëes de ces. deux dyves, tout estonnë me trouvay, comme celuy qui pas n'estoit coustumier de tel stille avoir entendu narrer par nuls autres qui en ceste douloureuse maison fussent entres. Et cuydant en plus large avoir, i leur facson de faire, plus ample cognoissance de leurs dëytës et propagacions, gectay mes yeulx totallement vers eulj ; et me cuydant ung bien peu aproucher du lieu où les veoye, tout subit ne sceu qn*ils furent devenus, et par ung soudain ëblouyssement de nous tous s*absentirent. Ce que voyans, tous ceulx de ceste tant affbyblie de douleur et triste compaignie, partans pour chascun se retirer où plus anoyent à fëre, trouvèrent en leur devant une moult belle dame tenant en sa main ung moult piteux tableau, tout de noir coulourë à grans larmes d'argent , auquel estoit escript pluseurs vers en forme d*épitaphe, comme cy après verres. Lequel tableau, laditte dame, qui France fut nommée, dist à la tant atristëe congrëga* cion, adroissant sa parolle à la dotante dont dessus a este faicte mention, que voyant ung homme tant digne d'honneur de longtemps estre dëcëdë et inhume, sans que aucun escript eust esté rois, ne appose au lieu où il gysoit, comme celle qui tant l'avoit aymé et dont tant bien avoit este servie, elle avoit fait faire ce présent tableau , luy priant que à perpétuelle mëmoyre fust mys et attache à la sépulture de celuy de ses servans dont elle plus regretoit la perte. ~Et bien à ses gestes monstroit laditte dame estre fort attainte et surprinse de souppirs et gémissemens, car toute descoulourëe et plaine de larmes estoit. Et par dessus une moult riche robe de velours azuré semé de fleurs de lys d*or, avoit gecté sur elle par manière de confort une fagle
DE OOMMINRS. 33
d'une sarge noyre, moult grosse «t rudement faicte, de dessoubs laquelle tira ung couvrechief tout de ses yeulx baingnë pour yceulx essuer, et sans autres paroUes povoir proférer bailla es mains de la doulant^. Puis la vis retourner par où estoit venue, et la ditte dolente, tenant ce piteux présent toujours entre ses bras, comme toute transye demeura. Laquelle, à elle revenue, leut et desclaira les vers et paroUes estans dedens le dict tableau escriptes , en la forme que cy-après verres :
l'ÉPITAPHE de FRANCE, ADROISSANT A CES TROIS ESTAS :
l'Église, noblesse et le commun, en regretant et hault louant le bon seigneur
d'aRGENTON, NAGUÈRES TRESPASSé.
^ape, prymas, cardinaulx, arcevêques nault eslevës en dignité, évesques, tdsleus, curés, et vous tous, mandiants, t^es oraisons, sans estre négligens, ►-•1 fault (Jue dittes, qui mieulx prouffiteront »T3our l'âme mettre, où les bons se tiendront Wn paradis, de cil dont cy en terre we tient le corps gisant soubs ceste pierre.
Oe toutes pars, nobles, assemblés-vous, tSstans de deul environnés tretous.
oar mort est cy de vous tous l'exemplaire ; '
Oncques ne fut à gens de bien contraire, gais bien a-il troys roys longtemps suivy, gettant peine^ comme leur a sei'vy, ►-l'en suys bien seur, Chamberlain ordinaire, a'estre trouvé par ordre militaire, Wn troys batailles où o eulx s'est trouvé, coe monstrer lâche, mais hardy, esprouvé.