MERCURE
Jupiter I le mien père clame Qui de Âthelas la fille as tant aymé Nommé Mayge, Pléyade, sans doubte, Tu as voulu, comme fort enbasmé, De son amour le sien fils proclamé, Tu m*as nommé, et le tien, somme toute.
Don d'éloquence nul que par moy ne goûte ; Car dieu d*icelle en tes trônes me boute, Desquelx je suys descendu cy en terre, Oyant les cris pour cil qui mon cueur serre.
CTest pour celuy que Philippes nommé De Commynes, éloquent renommé Plus que ne fut jammais Tulles, ne Omëre, Platon, Ovyde, Bocace qui sonné En son livre a maint noble à somme.
Par fortune ne leur estant prospère.
Las 1 devant moy je voy douleur amëre, Par Atropos dont Cahos fut la mère.
Et de Cloto, Lacbésis, seurs fatalles, Troys servantes de Pluton dit par talles.
De Morgorgon le premier de tous dieus Qui trente mille sommes tenus es cieux, Par quoy Cahos en TÉrèbe apellée Mère de mort et ses cas furieux.
Qui m'a oste cil qui sçavoit le mieulx Parler et faire toute chose rëglëe.
En compaignie fust publieque ou cellëe ?
quelle perte vivans ont acoll^ !
Et bien doyvent tel homme regretter, Puisqu'on ce siècle plus ne peult arrester !
philosophes qui soubs moy avez tins Les escolles aux soirs et aux matins En Athènes la tant noble cité, Faictes escripts tous, françojs et latins, Et appelles ceulx qui se sont là tins.
Sans que nul faille à y estre incité, A faire livres pour cil qui mérité Toute louenge tant a en vérité ; Et de ma part, d'auctorité divine.
Pour le louer, ma grâce vous insygne.
vous, sa femme et amys assemblés.
Plus en vos yeulx larmes ne m'assembles.
Car la sienne âme est es saincts cieulx allée ; Et pour son corps ne seront rassemblés La terre et vers^ mais leur seront emblés Tous ses membres, car digne n'est pas raée En son ventre faire telle portée ; Car à nos dieux convertir il agrée Tel p^rsonnaige en constellacion.
En laplanette où je fays mansion.
Que ne fîit-il du temps qu'on estimoit Les gens savans et que l'on les aymoitl Car sans nul doubte on l'eust déyfié ;
Car mieulx que aucuns que l'on d^yffioit,
Beaucop de choses vertueuses faisott.
Il devoit estre de tous magniffié
Pour sa noblesse, car estoit alljé
De toutes pars et de vertu lyê
Tant largement que jamais Alexandre
Si n'en eut tant, et son oueur n'estoit maindre«
A vous, Pluton, bien je veulx desclarer Qu'en vos enfers ne verres éclairer Rien si luysant, et que Caron sans doubte.
Ton nautonnier, pour Léth^ transnager Avec sa cymbe, pour noble nul denier Ne gaingnera de cil qui ne redoubte Les tieimes ilames, ne ta puissance toute.
Ton Cerbérus a beau faire l'escoute ses troys testes, soy disant ton portier ; A cest^icy dormir n'a nul mestier.
Si jamais gens ellëgans, tenus sages, Heurent douleur par plains et par bocages En lamentant de leurs amys la perte.
Pour oeet-icy doy vent faire fumages De sacriâoes, regrettant les dommaiges Que soufirir povent par la douleur ap^rts Du trespassë qu'en parolle diserte.
Par maintes fois leur a la saison verte Fait passer oultre sans à la guenre aller.
Dont renommée de luy voile par Tair.
Plus je ne veulx toucher mon habiton Qui doulx son rent, ne que plus ineitoin
Les corps humains à joye dëmener ;
De ton flaiol, Yfys, plus ne rens son,
Et vous, Tubal, du saltërion
Plus ne touches, car plus ne fault sonner,
Orphëus qui fis cesser tonner
Es bas enfers, quant ta lyre entonner
Tu y vouUus pour Proserpine avoir :
Délaissons tout pour en deul remanoir.
Pan. qui des pastres fustes dieu réclame.
Qui de Syringue voulustes estre aymé, La parcourant jusques dedans le fleuve Où convertie en cave, estonnë Lors te rendant ; mais comme bétoumé De son amour, des roseaux que tu trouve Fis une fleute où ta science espreuve, Tant doulx sonnent que toute oreille s'ouvre A fescouter ; mais plus n'en sonneras, Car mort est cil dont grant perte verras.