‹ Lettres et négociations de Philippe de ComminesChapitre 1 sur 27 · PUBLIC LIBRARY · texte numérisé non relu

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ASTOR, LENOX AND TILDBN FOUNDATIONS

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COHMINBS PENDANT LA MINOBITB DB CHARLES YIII.

Dans les Mémoires de Philippe de Commines, une lacune considérable se remarque depuis la mort de Louis XI, en 1483, jusqu'aux guerres d'Italie, en 1494. C'est cette époque laissée dans Fombre et ensevelie dans un profond silence par le seigneur d'Ârgenton, que nous allons étudier d'après les documents originaux. Nous l'y retrouverons avec ses qualités et ses vices. Il portera au milieu des intrigues cette vive intelligence qui ne lui fit jamais défaut et qui lui révélait les intérêts et les destinées de la société moderne ; mais, en même temps, par un constant et déplorable contraste, son honneur et sa loyauté seront livrés à de honteuses enquêtes et à une publique flétrissure.

La dame de Beaujeu s'était trouvée, en vertu des dernières volontés de son père, investie de la régence pendant la minorité de Charles VIII. Il était douteux toutefois qu'elle possédât la puissance nécessaire pour l'exercer, et quinze jours à peine s'étaient écoulés depuis la mort de

confiras. — ri. I

Louis XI, lorsqu'elle fut réduite à tolérer une réunion des princes du sang, jaloux de son autorité et bien résolus à la partager avee elle, s'ils consentaient à ne pas l'en dépouiller complètement. Dans cette assemblée, qui se tint à Amboise et qui se prolongea pendant quelques semaines, le duc d'Orléans fat nommé lieutenant^général de l'Ile de France, de la Champagne, du Vermandois, du Beauvoisis et d'autres pays contigus. Commines fut l'un des signataires de cette ordonnance *. Il était, dit-il lui-même, t aussi privé c du duc d'Orléans que nulle autre personne ^. » 11 s*attachait à lui parce qu'il le croyait appelé à triompher d'Anne de Beaujeu et parce qu'il espérait avoir sa part dans ses succès.

Anne de Beaujeu avait formé un conseil de douze personnes, chargées de vaquer avec elle aux soins du gouvernement du royaume. Trois nouveaux membres y entrèrent : c'étaient le sire de Saint-Vallier, de la maison de Poitiers ; Geoffroi de Pompadour, évêque de Périgueux, et le seigneur d'Argenton '. Nous croyons ne pas nous tromper en attribuant à l'influence du duc d'Orléans l'adjonction de ces trois noms. En même temps, des lettres royales du 2 octo^ bre 1483 confirmaient Commines dans ses fonctions de sénéchal de Poitou, et au mois de novembre de cette année, on lui confia une ambassade vers le duc de Bretagne et la

* Recueil des ordonn.y t. XIX, p. 152 fO octobre 1483). Le nom de Commines 6e lit âu bas d'une Autre ordonnanoft dn 24 octobre. Ihid.f p* 159.

• Mém.j t. II, p. 596.

' Je estoie de ce conseil, qui avait esté lors créé tant par les prouches parents du roy qne par les trois estais du royaulme. Mém,^ t. Il, p. Î94.

charge da recavoir sur sm passage rbomomga d^^ eH^ an nooyean roi^ notaaiment celui de la Tille da Hwvi, dont les ëcbevms se rendirent au devant de lai jusqu'à Saint- Maixent^ Commines, i son retoar» suivit le jeune roi à Clëry» pr&3 du tombeau de sou auoieu maître le roi Louis XI« et il est cité comme témoin dans les lettres royales du 5 décembre 1483 où Charles VIH renonce pour dix années à la juridiction du Parlement sur la Flandre, m faisant un pompeux éloge de ce pays « fréquenté de marchands étran*c gers plus que nul pays qui soit deçà la mer ooéaue *, »

Ck)mmines, associant son nom à des actes qui formaient on éclatant retour vers une ère de franchises et d^ libertés, n'exerçait son influence sur le duc d'Orléans que pour cher«cher à effacer, par des réformes utiles et par la popularité qu'elles ne manqueraieut point de recueillir, 1^ souveiiir des impitoyables rigueurs du dernier règn^.

On aurait tort de s'étonner si Commines , serviteur trop complaisant de Louis XI, parle « de ce royauhw tant fouUé c et oppressé en mainte sorte'. » Ilirabien plus loin, car il fera peser la responsabilité des hontes et des crimes snr les ministres comme sur les rois : ce qu il dit des grands princes soumis à l'information que les pleurs et les gémis* sements des victimes poursuivent devant le Juge suprême, il le répète des grands gouverneurs, et c'est eu parlant des uns et des autres qu'il se demande c quelles sont les causes c pour quoy ils n'ont considération de la puissance divine

* Notice d6 M. de la FonteneUe, p. 43.

< GoDBFROY, Eût. de Charles VIII, pp. 393 et 395; Re(mHl dçs ordonn. XIX, p. 215. On retrouve le nom de CommineB an bas d^une antre ordonnance du 8 décembre.

« Mém., t. II, p. 144.

« et de sâ justice ^ » Il cherchait à faire oublier, en feignant de l'oublier lui-même, à quelle tyrannie s'étaient associes les conseillers de Louis XI ; et il ne songeait qu'à parer de couleurs brillantes la voie qu'il ouvrait aux conseillers de Charles VIII, appelés à être désormais les bienfaiteurs du peuple.

Quel sera le remède à un état de choses où une volonté absolue , multipliant les supplices et les tailles , a absorbé à la fois les droits et les ressources de la nation ? Il faut le chercher dans une réunion solennelle de ses représentants librement élus , où se feront entendre ses aspirations et ses vœux'. Aussi Commines ne saurait assez insister sur l'utilité et la légitimité de la tenue d'états-généraux, et il va jusqu'à dire que ceux qui s'y opposent, commettent un crime envers Dieu, le roi et la chose publique •.

La convocation des états-généraux en 1484 doit, à notre avis, être attribuée à Commines, dont le duc d'Orléans suivait les conseils ^ ; et lorsque cette célèbre assemblée se

* Mém,^ t. II, p. 147.

s Une seule fois, Louis XI avait rëuni les ëtats-gënëraux , et ce qui s'y passa, rengagea sans doute de ne plus le faire. Néanmoins, il avait désigne lui-même ceux qui y siégeraient, espérant bien c qu^ila ne contrediroient pas à son vouloir, i Mém,, t. I , p. 21 1 .

Les archives de Toumay offrent sur cette assemblée des états-généraux des détails fort intéressants.

» Mém., t. II, p. 143.

* Dans une lettre du 12 mars 1483, adressée au duc de Bourbon, le duc d^Orléans rappelle que c^est de lui qu^émanent les requêtes présentées au roi pour la réunion des états-généraux. Preuves de VHistoire de Charles VIII, p. 399. Le duc d'Orléans s'exprime plus explicitement encore dans son manifeste du 17 janvier 1484 (v. st.) GoDRFROY, p. 466. Les ducs de Bourbon et de Bretagne s^étaient joints au duc d'Orléans.

DE COMxMINES. 5

réunit à Tours au mois de janvier, on vit le duc d'Orléans, toujours guidé, croyons-nous, par Commines, se faire honneur de prendre part à ses délibérations. Le duc de Bourbon , que le duc d'Orléans appelait € son bon përe \ » y siégeait aussi et amenait avec lui le sire de Culant , qui YOtait avec les membres du conseil, quoiqu'il n'en fît point partie '. Des relations intimes s'étaient établies entre Commines, le sire de Culant et l'évêque de Périgueux.

Les états-généraux s'empressèrent de ratifier le choix des quinze membres du conseil. Pour activer leurs travaux, ils s'étaient divisés en sections, mais elles étaient loin d*être égales les unes aux autres en crédit et en autorité. Une influence prépondérante était acquise à la section de Paris ^, et c'était là que Commines avait choisi sa place avec un autre transfuge, le sire de Crëvecœur^. Commines avait été frappé du rôle que la capitale était appelée à remplir dans les destinées de la France ^. Si Charles VU n'avait pas désespéré de la monarchie, même à Bourges, Louis XI, au contraire, déclarait que perdre Paris, c'était perdre la couronne *. Dominer à Paris, d'après Commines qu'animait la même pensée, c'était gouverner le royaume.

Quelles étaient les idées que Commines cherchait à faire prévaloir ? Quel était son plan de gouvernement? Las d'une

* OoDBFROT, Eût. de Charles VIII, p. 399.

' Janmal de Jean MasseUn.

' La section de Paris comprenait TOrl^anais, le Nivernais, la Champagne, la Picardie, etc., c'est-À-dire le cœur et toute la puissance de la France.

^ Jowmal de Jean Masselin, p. 223.

' Voyez iMi., 1. 1, p. 74.

* iV^M., 1. 1, p. 73.

t^fTWaie qu'il arait connae de plus près et d'abus dont il avait pn «cnder tous lesi dësordfêB , il s'étaH pris à rêfrer une (SituntioD nouvelle oià la nation , associée aux droits de la royauté I ekt aussi partage la responsabilité de ses devoirs 9 et où» de plus, le talent et l'babileté n'eussent point été le jouet du caprice d'un seul. Après avoir été le mittisrtre de la volonté la plus absolue qu'on eût jamais rencontrée y il était arrivé â vouloir fonder ce que, de notre temps, on a ti^elé le gouvernement parlementaire ou constittttlo&iidl i épisode vraiment intéressant d'une carrière A active et si agitée.

Oonimines, «n lonnant ces projets pour la France, se souvenait à la feis de la Flandre^ dé l'Angleterre et de l'Italie.

Bien qu'il ne ress^tît, oomme Louis XI, qu*un profond mépîE'is pour lèd représentants des communes flamandes, € qui n'estoient» dlt41) que bestes et gens de ville la plus- € part S » il admirait leurs lois et leurs usages, leur aetivitéi leur industrie et ce patriotisme même qui avait déjoué ses propres ruses. Parlant des provinces gouvernées par Philippu kl Bon , il déclare que c'étaient « terres de pro- « mission, » pa!\se que le duc y taillait peu ses sujets *.

Il avait aussi trouvé en Angieterre le modèle d'institutions restées inébranlables au milieu des révolutions qui ensanglantaient le trône. En Angleterre, observe-t-il , le roi ne peut aborder aucane grande enireprffre « sans assem- « bler son parlement (qui vault autant à dire comme les € trois estais), qui est chose très-juste et saincte; et en « sont les roys plus fors et mieulx servis , quant ainei le

« iMi.,t. II,p. 112.

* Mém., 1. 1, p. 19.

« font m semblables matières. Selon mon âdvis, entre c toates les seigneuries eu monde , on la chose pnblicqne c est msenlx troitee, où règne moins de violence sur le € peuple, c'est Angleterre *. î>

Enfin, Florence lui ayait ofiert « une auctorite dimlce « ei aaiyable, et telle que estoit nécessaire à une yille de € liberia. » Ce qui rayait conduit à cette remarquable concloaicn : que le vrai caractère de la sagesse politique, c'était c de gonvemer modérément une grande autorité *. »

Deux points préoccupaient surtout Gommines : la levée de l'impôt librement consenti par les etats^généraux, et la formation d'une armée régulière qui eût fait participer la nation à oa qui touchait son honneur, aussi bien qu'à ce qui intéressait sa prospérité.

Commines n'hésite pas à affirmer que le roi ne peut lever aucun impdt sans le consentement des états -généraux* s Y a>t^il roj, ne seigneur sur terre, qui ait povoir de c mettre nng denier sus ses subjects , sans octroy et con- € aentement de ceulx qui le doibvent payer, sinon par c tjrannie ou violence? Nostre roy est le seigneur du « monde qui moins a cause de user de ce mot : < J'ay privic lége de lever sur mes subjects ce qui me plaist, » car luy , « ne aultre ne l'a. Est-ce que le roy doibt alléguer privic Jége de povoir prendre à eon plaisir, sur subjects qui si c libérallanent hiy donnent? Ne seroit-il plus juste envers c Dieu et le monde de lever par ceste forme que par vouc lenté désordonnée?^ » Si Mahomet II, à sa mort, regretta

• Mm., i. Il, p. 338.

> iM».,t. II,pp. 141, i«.

un impôt qu'il venait d*ëtablir : < regardez que doibt faire c ung prince crestiçn qui n'a auctoritë fondée en raison de c riens imposer sans le congié de son peuple, i Lever des tailles, « c'est grant tyrannie ^ »

Charles VII, dans de graves circonstances, fat le premier qui imposa des tailles à son plaisir, sans le consentement des ëtats-génëraux : « il chargea fort son âme et celle « de ses successeurs et mit une cruelle playe sur son « royaulme, qui longuement saignera *. » C'est cette plaîe qu'il faut guérir, mais il faut aussi que la nation soit consultée sur les guerres que l'on entreprendra, et que désormais l'organisation militaire repose sur Fintervention de ceux qui ont à défendre ou l'honneur ou la sécurité du pays.

Commines pose le principe : ce Si vous dis que lès roys en a sont trop plus fors quant ils entreprendent la guerre du « conseil de leurs subjects et en sont plus craints de leurs c< eimemys'. » Puis il en déduit les conséquences et demande qu'il y ait une armée, soumise à une sévère discipline, régulièrement payée tous les deux mois ^, force protectrice et amie, et non plus nourrie de spoliations et de violences ^.

Commines avait vu le duc de Bourgogne réunir une milice fixe qui était toujours prête à prendre les armes et que tous les mois l'on passait en revue. On les appelait « les mesnaa giers. » Charles le Hardi les congédia, trouvant qu'il lui

< Mém., t. II, p. 389.

> Mém., t. II, p. 225.

s iMM.,t. II, p. 141.

' On reprochait à Bertrand dn Gnesclin d'avoir établi an profit des gens d'armes l'usage de prendre sans payer.

DE COMMTNES. 9

coûtaient trop cher ^ ; mais il reconnut bientôt c< le dom« a mage qu'il avoit eu de n'avoir des gens d'armes prests cr comme avoit le roj *. i De son côt^, Louis XI désorganisa son armëe, parce qu'il se défiait de ses sujets : il licencia les francs archers pour n'enrôler que des Suisses que le nouveau roi se hâta de renvoyer dans leurs montagnes. Il fallait rendre au premier devoir que tout homme a à remplir vis-à-vis de son pays, un caractère naûonal.

Puis se succédaient dans l'esprit de Gommines d'autres préoccupations non moins élevées, non moins importantes : Tunité de la législation, la réforme de la monnaie, la liberté du commerce. Ces grandes et fécondes idées allaient bientôt être soumises à une assemblée des mandataires de la nation, telle que la France n'en avait jamais vue, telle qu'elle ne devait la retrouver que quatre siècles plus tard, pour fermer le deuil de la monarchie et ouvrir la carrière des révolutions.

Les états-généraux, dont la première séance eut lieu le 15 janvier 1484, comprirent leur mission ainsi que Commines l'avait définie, et même en en exagérant l'étendue.

Le premier orateur qui était un clerc, affirma que la personne du roi et la disposition du gouvernement étaient placées dans les mains des états ^; mais personne n'alla aussi loin que le seigneur de la Roche , ancien serviteur de la maison de Bourgogne comme Gommines^. « L'État, disait-il,

' Mém,y t. I, p. 213. « Il aymoit mieulx les estrangiers que ses ■ subjecto dont il povoit finer assez et de bons amys i . Mém.^ t. II, p. 5.

• Mém., t. I, p. 227.

> Res magna in vestris manibus posita est : régis pereonna et dispontio regni. Journal de MasseHn, p. 66.

^ Philippe Pot, seignear de la Roche-Nolay, avait été ëln en 1461

10 LETTRES ET NBOOCIATIONS

<i est 1a ohose da panpie : c'est le peupla qui est souTerain. V Commeat des flatteurs attribaeraiont-ilB U sonTeraiiieté a au prines qui n'existe que par le peuple? Ceux qui goua Tement aaïui le conaantemest du peuple, sont des ^rraas et dee umrpatenrs du bien d'aotrui. Puisqu'il est «oa- « étant qu'en ce moaunt le roi ne peut dieposer de la ohose « [lubliqw, il 6uit qu'elle revienoe au peuple, donateur pri- « mitîf, M qull la n^nvmie comme siemie, puisque c'est sur a lui que r^ombent toujours les butes do gouTemfflneDt. » Étrange laugage t^ez un cheraliar qui siégeait anx états oonme déle^ié de cette prorlnee de Bourgogne, penSdanKDt esilevée à la petit»-âlle du prince qui avait dûnoé au sire de la Roi^ le collier de la Toisoo d'or I Jean Masaolin, qui recueillit ce dtscoura et qui coastAie qu'il fut entaoda avec nne grande lirrenr, était lai-mâme un ancien clerc de I/hùs XI, qui avait dressé le prooès-Terbai de l'assemblée d'Orléans où l'on avait voulu imposer la schisme au clergé. Las rois et les peuples tronrent dans les ^es bassce M Tonales les œâmes adulateurs.

Ce fut un étrange spectacle que celui qu'offrirent les étatsgénéraux da Tours. Tandis que les victimes de Louis XI ënaméraisnt leurs lamentables soufitances, d'^cMus oonseilLars de ce même Louis XI, confondas dans oette assemblée aTBo les doutés df» oommunas, parlaient da liberté et de lisùtation de l'autorité nrj^. Lorsque les enbnts du duc de Nemours présentèreot un si triste récit de la

chevalier de Ik Toibod d'or. An chapitre du moia d'svril 14TC, U est diji eiU eama» Aj*mt trahi U naina da Baargagne. Lm acâgnears de U Roche et de CommiMa te tnwwÏMt fntwiHn à ta Mur d« QuêAm Vlli, te Smrs i4U. <Mim«., t. XIX, p. S80.

DE COMMINES. Il

mort de leur père, qu'ils farent interrompus par les sanglots des assistants, Commines pat se rappeler qu'il s*ëtait enrichi .de ses dépouilles. Lorsque l'avocat de la maison d'Armagnac, déroulant le tableau des tortures infligées par les geôliers et les bourreaux, s'écriait, en termi« nant : ProAI DH homrnvfmque Jidem , adhuc M sceleraiis" Hni non modo spirant et vivwnt, sed etiam divitiis et hoiuh ribus fruMntwr! Commines siégeait à cdté de Philippe l'Huilier et d'Olivier le Roux, les plus infâmes de ces geôliers et de ces bourreaux, devams les démagogues du lendemain, et nous ne savons quelle impression secrète de joie et de vengeance traversa son ame, loriqu'on abandonna à la vindicte populaire ses rivaux qui loi avaient enlevé les dernières caresses de Louis XI, Olivier le Diable, qu'on pendit, et Doyac, dont on coupa les oreilles. Le duo d'Orléans recueillit les dépouilles d'Olivier le Diable, et Commines, dans ses Mémoires, crut être assez généreux en ne mentionnant pas son honteux chàtimenit.

Tels étaient les bizarres et émouvants auspices sous lesquels s'inaugurait ce régime nouveau qui devait avoir, dîsaiton, un code politique spécial, ce qu'aujourd'hui nous appellerions une Constitution.

Les opinions de Commines se retrouvent presque toutes dans les vomix exprimés par les états-généraux.

En ce qui toadie les dépenses du roi et de FÉtat, si le domaine ne sufSt point, il sera mis sur le pays des impositions modérées antres que les tailles, dont le nom est odieux au peuple. Les tailles et gabelles seront abolies.

Sll arrive quelque guerre, les gens des trois états subviendront A la nécessité du roi et 4u royaume .

En ce qui concerne Tadministration de la justice, il faut que les juges soient choisis par le roi sur la présentation des cours souveraines; qu'ils soient inamovibles, mais responsables en cas de forfaiture ; que les procédures soient abrëgëes et simpliâées ; qu'on ne prononce plus par défaut la peine de la confiscation; que l'on ne puisse saisir les instruments de travail ^

En ce qui touche le fait des marchandises, il faut qu'il soit loisible à tout marchand de circuler dans le royaume et hors du royaume franchement et librement; que tous acquits et péages soient supprimés ; qu'il y ait une bonne monnaie; qu'on répare les routes et les ponts.

Enfin, en ce qui se rapporte aux deux points spécialement développés par Commines, l'impôt et l'armée, on évalua la force de l'armée permanente à deux mille cinq cents lances et à six mille hommes d'infanterie, et l'on accorda un impôt annuel de quinze cent mille livres *.

Il faut ajouter que les états-généraux décidèrent que le duc d'Orléans présiderait le conseil, et cette résolution paraît avoir engagé la régente à faire quitter brusquement au jeune roi la ville de Tours, dont l'air, disait-on, ne lui convenait point (8 mars). L'absence du roi entraîna la séparation des états-généraux.

Dès ce moment, Anne de Beaujeu allait lutter avec une prudence et une énergie dont l'histoire lui a tenu compte, contre le parti des princes du sang.

Il est douteux que Commines se soit pleinement félicite

* Il faat, dit Commines, c traicter les subjects en grant doulceur et en bonne justice, i Mém,<, t. II, p. 3.

' Preuves de V Histoire de Charles VIII, p. 339. Voyez aassi le Journal de Jean Masselin.

de cette première tentative de gouvemement parlementaire. Il n*avait pas réussi à établir son influence sur ces bases chancelantes et agitées, et néanmoins, pour atteindre ce but, il avait démenti son passé, condamné sa conduite, désavoué tout ce qu'il avait fait et tout ce qu'il avait approuvé. Il n'avait pas même osé s'opposer à une ordonnance rendue presqu'aussitôt après la mort de Louis XI, où l'on avait déclaré qu'il y avait lieu de réviser € les « grandes aliénations induement faictes du dommaine royal c à plusieurs gens lais qui les tiennent par les dons qu'ils en c ont obtenus par leurs grans importunités et autrement ^ »

Cette ordonnance appelait contre le seigneur d'Argenton d'anciennes et redoutables revendications.

A peine Louis XI avait-il rendu le dernier soupir, que la maison de la TrémoïUe provoqua une enquête sur l'intention qu'elle assurait avoir été manifestée par le roi mourant, de révoquer une inique spoliation.

Le 9 septembre 1483, Antoine de Jarrye déposait en ces termes, au château d'Amboise, devant le lieutenant de Touraine :

■ Noble homme, Antoine de Jarrye, dlct et deppose, par sou f serment, que le jeudi 28 août dernier passé *, environ Fheure f de trois heures après midi, lui estant ou «hastel de Montilsc lez-Tours, en la chambre en laquelle le feu roy Loys estoit c malade, après son réveil de dormir, demanda ledict feu roy à c un des gens de sa chambre si Estienne de Yez, bailli de Meaux, < estoit là ; et lors ledict Estienne, qui estoit dans ladicte c chambre, se présenta devant ledict seigneur, et incontinent i que ledict seigneur Peust apperceu, lui dict les paroles qui

* Recueil des ordonn., t. XIX, p. 140 (22 septembre 1483).

* Deux joars avant la mort de Louis XI.

U LETTREE BT NEGOCIATIONS

1 «'«tuaiTent t SSgtwiuw, diotw à noanetu- la DwplÙK qiu j'ai 1 tenuIaTÎcoatédeThouarfl, ^uej'aîbaillôâ au seigneur de Bre»- « Buyre •, en laquelle je n'ai aucun droit, mais appartient aui « enfanta de la Trémoïlle ; et dictes-lui que je lui prie qu'il la

• leur rende et le plus tost qu'il pourra, car j'en sens ma con- < science chaînée ; et si je estoye en prospérité, je la leur bïûlle-

• roye, aussi Tallemont, que J'ai baillé au selg;neur d'Ai^nton. ( Je lui ai promis deux mille lirres de rente ; il est estranger,

• est un bonneste cfaeTalier et homme de bien , et m'a bien

• servi. Pour ce, je vous prie, dictes à monsieur le Daupbln « qu'il m'en acquitte et qu'il lui baille les dictes deux mille livres

• de rente, car je vucil que Talmont lui soit rendu. Je lui laisse ■ assez pour me acquitter ; ce ne monte pas grant chose, et est « tout ce que dont je en tiens pins ma conscience chargée •. •

La même déposition fat faite par Étiemid de Vesc, b^lli de MeauK, et par Jacques Goetier, premier président de la chambre des comptea.

Antoine de Jarrye était écu^er de Pierre de Beai^eu, beau-frère et tuteur du jeune roi, et on ne peut passer sous silence qu'Anne de Beai^jeu, aussi t sage> que le roi sou père, avait reçu de la maison de la Trëmoïlle, comme prix de son intervention, une somme de dix-sept mille livres '. Ajoutons

* On ne rencontra aucune donation faite par Louis XI du château de Thoaara. C'ét^t Brauuire qui s'en était emparé à la mort de Loais d'Amboiu, mais il n'avait agi qu'an nom da roi, et Commines paraît «voir Mul étendu kd autorité & Thouan. Dn reste, dans le procès qui va s'engager , Its revendications dirigées contra Commines portaroot anasi bien sur Thouars que aar Talmont et les terrée voîsinse.

' Jfite., t. Ill,pr. p.ei.

" Anne de Beanjeu avait élevé des prétentions sur la terre de Thouars. Le 5 décambre U83, elle y renonce pour 17,000 écna d'or ^;Bjés par les La Trémoïlle. Le 10 mai 1484, elle donne quittance de

DE C0MMIK8S. 15

qn'ÉlittDiie éê Vase, ancien Talet de dMunbre de Lraia XI, devait atteindre à une haute fortune «ous Charlea VIII^ qui lui donna un duché dans le royaume de Milles ; mais Commines lui garda toujours rancune de sa déposition an cliâr teau d'Âmboise : e'était « un homme de petit estât et qui fc de nulle chose n'avoit eu expérience ^ » Quant i CoeUer, il est aisé de reconnaître dans le premier président de la oo«r des comptes, le médecin k qui Louis XI donnait dix mille éctts par mois aân quil lui allongeât la vie, et qui lui adressait d'outrageuses et rudes paroles *.

Le 19 septembre 1483, Charles VIII ordonnait de mettre les La Trémoïlle en possession de la vicomte de Thouara et de la principauté de Talmont, « pour en jouir a à titre de provision '. » Mais Commines forma aussitôt opposition à l'entérinement des lettres royales. Des le 2 octobre, il fit exposer an grand conseil a qu'il estoit fc question de grant chose, et que par arrest de parle- « ment, la vicomte, terre et seigneurie de Thouars avoit « esté adjugée an roy, et la dite vicomte unie et joincte à « la couronne de France , et que , pour déduire les dites c( choses, le dit de Commynes n'avoit peu trouver de cou- « seil en ceste ville d'Amboise ^. » Huit jours après , il demanda un délai , attendu, répétait-il , « qu'il n'avoit pu « recouvrer de conseil en ceste dite ville d'Amboise pour « communiquer sa mati^e ^ »

10,000 ëcu8 payés à compte et de plus d*an diamant en bagne. (ArchiTes de Thonara.)

' Mém^, t. II, p. 320« I

« Mém., t. Il, pp. 227, 228, 256, 263, 364. i

' if/«., pp. t. II, p. 83.

^ ArchiYes de Thouars.

• Archives de Thouars. ^

Un long et honteux procès s'engageait au moment même où Commiues siégeait parmi les quinze conseillers du nouveau roi aux états-gënëraux de Tours. L'ayocat de la maison de la TremoïUe soutenait que Philippe de Gommines connaissait parfaitement l'acte par lequel le roi Charles Vil avait approuvé le mariage de Pierre de Bretagne et de Françoise d' Amboise , et qu'il avait aidé à le faire disparaître. Si Gommines comptait sur le silence des témoins qui avaient tous juré, entre les mains de Louis XI, de ne rien révéler, son espoir fut promptement déçu. L'archevêque de Tours, Élie de Bourdeille, qui, au lit de mort de Louis XI, lui avait rappelé la spoliation des La TrémoïUe, déclara, le 8 octobre 1483, relever de leurs serments tous ceux qui pouvaient éclairer la justice ^

L'enquête s'ouvre dans les derniers jours de janvier.

Jacques de Beaumont, seigneur de Bressuire, dépose qu'il a été chargé par Louis XI, ainsi que Gommines, d'aller rechercher au château de Thouars les lettres qui pouvaient servir au procès contre les La TrémoïUe. Il ajoute qu'il tenait dans ses mains les lettres de Charles VU, lorsque Gommines les lui arracha et les lança au feu , en disant : « Le roy veult que ces lettres-cy soient jetées au feu. » Jean Ghambon les en retira, et le seigneur de Bressuire les porta au roi ; Gommines l'accompagnait et dit : « Sire, vecy « monsieur de Bressuire qui a des lettres qui ne servent a pas bien à nostre matière. » Louis XI les prit et les livra aux flammes, en ajoutant : « Je ne les brusie pas , c'est le « feu ; » mais aussitôt après, il fit jurer à tous ceux qui étaient présents qu'ils ne révéleraient rien de ce qu'ils

* Mém.y t. III, pr. p. 95.

DE GOMMINES. 17

avaient vu. « Jean Chambon ^ ajoutait le roy, a cuidë nous a tromper, moi et le seigneur d'Argenton. »

Le seigneur de Bressuire observe « qu'il scet bien que le a seigneur d'Argenton a eu grant auctoritë et a este fort « en la grasce du feu roy*. »

Un autre témoin, Richard Estivalle, procureur de la vicomte de Thouars , dépose que feu le roi Louis XI « lui « déclaira les services que le dit de Commynes lui avoit faits « pendant qu'il estoit avec le duc Charles de Bourgogne, a et que pour ce le voloit récompenser. » Il apporta au roi

les lettres de restitution émanées de Charles VII et reçut

l'ordre de les remettre à Commines, mais il ne voulut pas le faire, parce qu'il n'avait pas de décharge, et ce fut le roi lui-même « qui les bailla en garde au dict de Commynes, a qui les prînt et receut. » Il a vu aussi a le feu roy Loys a prendre la lettre relative au mariage de Françoise d'Am- « boise, et la jetta ou fit jetter au feu par le dict de Com- « mynes, n'est recors lequel des deux *. »

Voici enfin en quels termes dépose Jean Chambon , qui a retiré les lettres du feu :

Honorable homme et saige , maistre Jehan Chambon , conseiller et maistre des requestes ordinaires de Thostel du roy, aagé de soixante ans, dit que, visitant les lettres de Thouars, quant messire Philippe de Commynes ouyt dire à qui il deppose et à autres qui les visitèrent, qu'il y en avoit une de la restitution de Thalemont, et l'autre de la permission de mariage,, iceluy de Commynes les prit et les jetta au feu. Et lors il qui deppose, dit que c'estoit très-mal faict, et se leva hastivement

* Mém., t. III, pr. p. 103.

• Mém.^i. III, pr. p. 110.

GOHHllfIS. — II. 2

et le« retira dadict feu ; et dit qu'il ne voudroit point et tre présent à telles choses, mais conseilla que Ton les portast devers le TOj. Et ne set depuis que devindrent les dictes lettres, sinon qu'il oujt depuis dire aux dessusdicts que ledit feu roj les avoit jettées au feu. Et est bien recors que, certain temps après, ledict feu seigneur luj dit, ainsi que dessus a dit, que lesdictes lettres n*estoient en ciel, ny en terre ; et, en disant cela, luj monsira le feu qui estoit en la chambre, en se sousriant; et adoncques luy feit faire le serment de non révéler ledict cas, comme il avoit fait faire aux autres dessusdicts. Dit outre que, deux ans après, le procès dudict Thalemont durant, ledict feu seigneur feit venir il qui deppose, et luj dit qu'il falloit qu'il allast à Paris poursuivre ledict procès audict parlement ; et disoit ledict feu seigneur que il se esbahissoit comme il duroit tant. Et 11 qui deppose, luj feit responce qu'il j avoit beaucoup de difficultés audict procès, car lesdicts de la TrémoiUe mettoient en faict que les Lettres de restitution estoient audict Thouars, en la puissance dudict feu roy Lojs, et par ainsi n'en povoient riens monstrer, mais ils trouveroient bien gens qui en depposeroient qu'ils avoient veu les dictes lettres. Et aussi dit il qui deppose, audict feu roj, ces mots ou semblables : < Sire, vous savez bien comme il va des dictes c lettres , et la conscience j gist. i Et lors ledict feu roy Loys demanda à il qui deppose, s'il n'avoit point parlé an sienr de Cran, entendant qu^il Teust suborné ou fait dire les paroles dessusdictes ; et il qui parle , luy respondit qne non , mais le disoit pour soy acquitter envers luy. Et lors il qui dépose, luy supplia que, attendu qu'il avoit son imagination sus luy, que il ne Fenvoyast point à Paris. Bt alors ledict seigneur luy jura et affirma que il n'avoit point d'ymagination sus Iny, en lui disant que, au regart de ce qui avoit esté falot desdiotes lettres, il ne lui en devoit challoir ^

Le 20 février, le Parlement a ordonné à Commines de produire ses moyens de défense. Trois jours après, il invoque

* Mém., 1. 1, Mrod. p. LXIY.

DE C0MMINE8. 10

la garantie exprMsa mestioaiidd dans la donation qui lui a été faite, et déclare appeler en cause le ppoeurenr général du roi ; nuûs la yaleur de cette garantie est ëyidemment bien affaiblie depuis que Charles VIII a succédé à Louis XI. Le Parlraaent Tautorise toutefois « à amener tt son garant, si bon lui semble \ » mais il maintient le jour de la citation,

Commines, mécontent et inquiet, songea-lril à cette époque à rentrer dans sa patrie et A se réconcilier avec Maximilien? Quelques traces de cette intention sont arrivées jusqu'à nous. Alain d'Albret, qui avait siégé avec Commines dans le conseil de Charles VIII, Tavait associé, comme Favait fait naguère le prince de Tarante, à Tespoif d'une couronne (c'était celle du royaume de Navarre promise à son fils). Commines prêtait de l'argent qui, le jour du succès, eût produit de notables bénéfices, et en même temps le sire d'Albret , héritier de la maison de Châtlllon, cédait les terres d'Avesnes et de Landredes à Commines, qui voQkit j bâtir un château et qui fût devenu de plein droit Tun des pairs du comté de Hainaut '. Cependant, il était douteux que cette transmission pût s'effectuer régu**

^ Archives da château de Thouara (23 février 1484).

* Le prix des seigneuries d* Avesnes et de Landredes fut Bxé à vingtcinq miUe ^cus d'or, et afin qne le contrait ne laissât rien à désirer sous le rapport de la forme, on le fit dresser le 7 avril 1483 (v. st*) par un tabellion impérial qu on appela de Cambraj. Cet acte a été pubUé par M. Rahlenbeck, Messager des sciences historiques, 1867 p. 219. Le 25 août ]485r Commises était 4 Montaoreau, lorsqu'il chai'gea Roguai^lt dn Noyir et Olivier de Yendel de payer cinq pûlle équs qu'il dev^t eneore au sire d*Albret. Quelques mois plus tard, Philippe de GomaiiiM prâta mille livres au sire d'Albret. McJiéves des Passes-Pyrénées. — Alain d'Albret, bisayeul de H^Qri lY, avait épQusé François^ de Bretagne, arriôre-petite-fille de saint Charly» de Bkiîs.

lièrement, et dès le lendemain du jour où Alain d*Âlbret s*j ëtait engage, Commines réclama de lui un nouvel acte où il promit d'assurer au seigneur d*Argenton, à défaut des domaines d'Avesnes et de Landrecies, le comté de Dreux, en se réservant toutefois le droit de rachat pendant dix années ^

Le comté de Dreux avait appartenu, comme Talmont, à la maison d'Amboise, mais dès 1473, Louis de Belleville, petit-fils de Charles VI et d'Odette de Champdivers, l'avait reçu du roi en échange de la baronnie de Montaigu '. Commines avait été présent à cette convention, et s'était épris, paralt-il, de la richesse de ce domaine que défendait un vieux château.

Depuis qu'Anne de Beaujeu avait quitté Tours, son parti s'organisait avec vigueur sous l'impulsion de son énergique volonté, et Commines comprit que le procès soulevé devant le Parlement allait prendre une gravité contre laquelle ses efforts seraient impuissants. Les circonstances devenaient de moins en moins favorables : il s'agissait d'attendre qu'elles se fussent améliorées et de retarder le plus possible la marche des débats judiciaires.

Commines a écrit quelque part que dans les procès, « il « faut avoir bonne cause, despendre largement et compter « sur la longueur du temps pour avoir raison'. » Comme il n'avait pas bonne cause, il cherchait d'autant plus à tout obtenir par « longueur de temps. »

* Acte du 8 avril 1483 (v. st.) Archives des Basses-Ppréhées.

' Commines avait ëtë Tan des témoins de cet acte. — On voit par une lettre de Louis XI au seigneur de Bressuire qu^il tenait beaucoup à ce château de Montaigu où ses gens dévoient entrer sans bniit, ayant chacun une bonne^balète. (Brantôme).

* Mém., t. II, p. 137,

Cependant, les héritiers de la Trémoïlle poursuivent la revendication avec autant de zèle et d'activitë que Commines apporte de lenteur et de mauvais vouloir à s'y soumettre. Ils déclarent le 22 juin qu'ils entendent invoquer, « en tant que mestier est et servir leur pourroit, les enquesff tes ou examens faits en ceste matière, tant touchant la a dite voulenté et déclaration du feu roy que le brûlement d des lettres et tiltres desdits demandeurs ^ »

Le moment est venu où Commines lui-même ne pourra plus échapper à ces enquêtes et à cet examen.

Le 19 juillet 1484, il comparaît devant les commissaires du Parlement.

Du lundi xix® jour de juillet 1484, pardevant messieurs J. d^ Armes, P. des Plantes, J. Bouchart et J. Pelieu. Messieurs dessus nommés ont fait venir pardevant eux messire Philippes de Communes, chevalier, seigneur d'Argenton, lequel, après serment par lui fait sur les saints évangiles de Dieu de dire vérité, a esté interrogié s'il eut jamais charge, de par le feu roy Lojs, d'aUer au chasteau de Thouars veoîr des lettres estans en icelui, et en quelle compagnie il y fut. Dit que, sept ou huit ans a ou environ , le feu roy Loys envoya il qui parle en la compagnie de maistre Jehan Chambon , Loys Tindo, le seigneur de Bressuyre, maistre Richart Estivalle et Regnaut du Noyer, andict chasteau de Thouars, pour scavoir et veoir s'il y avoit aucunes lettres servans au procès qui estoit lors entre les enfans da seigneur de la Trémoïlle et ledict feu roy, touchant les terres du feu viconte de Thouars, auquel lieu de Thouars leur furent monstrées plusieurs lettres par le seigneur de Bressuyre et antres, qui en avoient la garde, lesquelles furent mises sur Une table audict chasteau. ^

Interrogié se lui qui parle et les dessusdicts, entre autres lettres, virent pour lors deux lettres du feu roy Charles, Tune

' Archives de Thouars.

de la resiiiation faite par ledictfeu roj Charles audict feo Loys, vioonte de ThouarSi de la seigneurie de Tallemont et Chasteau- Gaultier, et l'autre lettre dudlct feu roj Charles, par laquelle il donne eongié audict feu Lojs. viconte d'Amboise, de marier sa fille à Pierre Monseigneur, fils du duc Jehan de Bret&igne : dit que, pour le présent, il n'a pas bonne souvenance d'avoir lors Veu lesdictes lettres, et requiert délay d'y penser, afin qu'il en {misi^ mieux dire la vérité.

Dit, par le serment qu'il a fait, que le délay qu'il demande, il ne le demande pour éviter d'en dire la vérité , mais est seulement pour 7 penser, pour en sçavoir plus seurement parler ; et, pour toute souvenance qu'il ait pour le présent, dit que audict chasteau de Thouars furent regardées plusieurs lettres, et les aucunes par eux emportées, mais ne scet depposer, comme dit a, pour le présent, se lesdiotes lettres faisoieni mention de ladicte restitution et eongié de mariage, et requiert de rechief délay, s'il plaist à la court, d'j povoir penser, afin d'en respondre plus cer* tttinemént^ et jusqu'ad ce que le roj soit en Touraine, ou autre tel délaj qu'il plaira à la court lui donner ^

Dix jours aprèst Commines est rappelé devant les commissaires du Parlement, qui lui ordonnent de répondre péremptoirement par oui ou par non :

Messire Philippe de Commynes, chevalier, seigneur d'Argenton, lequel, après serment par lui fait de dire vérité, lui a esté remonstré par mesdicts seigneurs qu'ils ont fait leur rapport à la court du délaj qu'il leur avoit demandé de respondre de la matière dont ils l'interrogièrent le dix-neuf de ce présent mois, et que, tout considéré, par ladicte court a esté appointé qu'il respondra de ce qu'il scet de ladicte matière, affirmative ou négative, ainsi qu'il sçaura parler. Et, ce fait, a esté interrogié Se, entre les lettrée qui furûnt trouvées audict lieu de Thouars , furent point trouvées certaines lettres de restiiutioii flûte à mon^

., t. III, pr. p. 119.

Bieiir Loys d'Amboise, lors ticoAtô de Thonars, par le feu roy Charles VII, de Tftii 1437^ signées Â. le Benf, par laquelle ledict feu roj le restituoit à la seigneurie de Tallemont et de Chasteau- Gaultier^ réservée à icelui feu roy Charles par autre restitution par lui iaite audict Lojs d'Amboise, Tan 1434.

Dit que, trois mois a ou environ, et après le renvoi fait par les gens du grant conseil du principal de la matière en la court de parlement, touchant les terres dudict feu viconte de Thouars, maiâtre Regnault du Noyer dit à lui qui parle, qu'il fallbit ^voyer à Paris les titres que lui qui parle, pourroit avoir touchant ladiete matière ; et, pour C3 foire, envoya, lui qui parle, à Montsoreau quérir les lettres et titres qu'il avoit touchant ladiete matière, lesquelles lui furent apportées en un coffre en la ville de Tours, et les visita ledict du Noyer, et rapporta à il qui parle que, entre les lettres estans audict coffire, il avoit trouvé unes lettres ûiisans mention de la restitution faite par ledict feu roy Charles audict feu viconte de Thouars, desdictes terres de Tallemont et de Chasteau-Gaultier ; lesquelles ledict qui parle, veit et ne les leut pas au long, mais les fit ooppier par Tun de ses clercs ; et n^estoient icelles lettres de restitution vérifiées, ne expédiées par la court de parlement, ne la chambre des comptes, ne «1 forme telle quUl appartient, ainsi qu'il fut dit à il qui parle par son conseil ; et a par devers lui lesdictes lettres, et sont lesdictes lettres de cslles qui furent trouvées audict Thouars et apportées devers ledict feu roy Loys, ou dit an 1476, qui les bailla à il qui parle. Dit, sur ce interrogié, que audict lieu de Thouars, ou dit an 1476, furent trouvées aussi unes lettres closes dudict feu roy Charles, signées Charles et Burdelot, faisant mention de la provision faite audict feu viconte de Thouars par ledict feu roy Charles, de marier sa fille à feu Pierre, fils de f^tt Jehan duc de Bretaigne, lesquelles furent portées dès lors audict feu roy Lroys ; et, peu de temps après, icelui feu roy Loys, estant à Thouars, manda venir par devers lui maistre J. Burdelot, chanoine de Saint-Martin, trésorier de Féglise de Nevers, auquel, en la présence de il qui parle, icelui Burdelot, interro-

gié par serment par ledict feu roj s'il avoit escript, signé et expédié lesdictes lettres, respondit que jamais il ne les avait escriptes, ne signées.

Interrogié se lesdictes lettres furent monstrées par ledict feu roj audict Burdelpt, ou se ledict feu roj Tinterrogia seulement, comme dit est, sans monstrer lesdictes lettres à icelui Burdelot, dit qu'il n'a en mémoire pour le présent.

Interrogié se, audict lieu de Thouars, après que lesdictes lettres furent trouyées, elles furent jettées au feu, et, se elles j furent jettées, par qui et qui les retira du fbu, dit qu'il n'a point esté présent que audict lieu de Thouars lesdictes lettres ajent esté jettées au feu, et qu'il a bien mémoire qu'il n'y avoit point de feu en la chambre en laquelle il yeit lesdictes lettres audict Thouars, et depuis ne les yeit jusqu'à ce qu'elles furent apportées et baillées audict feu roj au lieu de Cande, auquel lieu, après que ledict feu roj les eust yues, il les jetta au feu, présens lui qui parle, le seigneur de Bressujre, maistre Jehan Chambon et autres dont il n'a mémoire.

Interrogié à quelle requeste lesdictes lettres furent jettées au feu par ledict feu roj, et mesmement se de se faire il fut requis par il qui parle, dit que non, et que le roj le fit de soj-mesme, sans prières de lui, ne d'autres ; et, qui plus est, jamais il qui parle, ne demanda audict feu roj Lojs lesdictes terres dont il est question ; mais les lui bailla sans demander, de soj-mesme, estant moins de plus grant somme dont il estoittenn envers lui, et les lui promit garantir envers tous et contre tous ; et n'eust point voulu ledict feu roj que s'il j eust eu aucunes doubtes es dictes terres, que il qui parle en eust esté adverti, pour crainte que il qui parle, ne se feust apperceu lesdictes terres n'estre pas seures, et que, par ce mojen, ledict qui parle, eust eu cause de s'en retourner dont il estoit venu, et de laisser ledict feu roj ; et autre chose n'en scet ^

Une citation à comparaître devant le Parlement suivit de près ces interrogatoires ; elle fut renouvelée le 2 août.

* Mém.y 1. 111, pr. p. 125.

Dix jours après , Gommines demande de noaveaa « à estre ce reçu à sommer garans. » On Y y autorise une seconde fois, mais en lui intimant de se défendre au principal. Autres moyens dilatoires. Le seigneur d'Argenton cherche, porte un mémoire de Louis de la TrémoïUe « à rendre illu- « soires lesdits arrests et appoinctemens audit suppliant, « et que fin ne puisse estre mise audit procès pour ce q.u*il c( est possesseur des terres audit suppliant, qui sont et « furent le vray dot et héritaige de la mère d*icellui supc( pliant, où le feu roy, que Dieu absolve, n'avoit tiltre couc( louré, ne autre, ains eust et ait ordonné pour la des- « charge de sa conscience les terres que tient ledit de « Commynes estre rendues audit suppliant. » Quel droit pouvait-il donc alléguer? Il ne pouvait produire aucun autre titre qu'un don de Louis XI révoqué par lui-même. Il parlait de garantie , mais en matière de donation, « de « raison ne chéit garant ^ » Ce n'était point par de semblables arguments qu'on pouvait retarder la restitution d'un revenu de quatre à cinq mille livres, dont les légitimes propriétaires étaient privés depuis quatorze ou quinze ans.

Le 30 août , l'avocat des La Trémoïlle dépose la supplique qui suit :

c Messieurs du Parlement,

< Supplie humblement Loys, seigneur de la Trémoïïle, viconte « de Thouars, comme par ordonnance de la dite cour et à la « requeste du dit suppliant et du procureur général^ du roy, • messire Phelippes de Gommines, chevalier, et Regnault du « Noyer aient esté interrogés sur certaines charges à eulx c imposées, estant dedans la dite court, et considéré que le dit i suppliant a grant intérest de veoir leurs confessions, il vous

* Archives de Thouars.

f plaise ordonner ioelles laj estre mondtréet ei oommwûi quées ^ •

Dès le lendemain ^ opposition de Commines. Son avocat Piëdefer soutient « qu'il n'avoit jour, ne terme sur ladite a requeste, et néantmoins offroit et eetoit content que si et ledit de la TrémoïUe vouloit prendre droit par icelles «( confessions» qu'elles lui feusscut communiquées ; autrece ment, dit qu'elles ne lui doivent estre communiquées. i> Étrange prétention qui, en portant l'interrogatoire de la partie intéressée à la hauteur d'un serment décisoire, eût remis le sort de ce procès entre les mains de celui contre lequel il était dirigé.

Cependant, Commines conservait ses fonctions de membre du conseil. Il s'en éloigna, paraît-il, aux mois de juillet et d'août, lors de ses interrogatoires.

Au mois d'août, il s'était rendu en Champagne, nous ne savons pour quel motif secret, et ce fut de là qu'il écrivit au bailli de Chartres, au sujet d'un de ses serviteurs qui avait été arrêté :

Monsieur le baillj, j*ajr entendu qu'Antoine Percane, ung de mes serviteurs, lequel estoit prisonnier détenu au chastel de Chaumont, d'où avoit requis qu'il fût eslargi, pour estre innocent du faict qui luj avoit esté imputé par auleuns ses hajneulx, comme a esté bien recongneu depuis, ne voyant adriver son eslargissemcnt, a brisé ses dictes prisons et s'en est enfouy. Toutesvoyes a esté depuis prins au corps et mené prisonnier en prison de vostre baiUage, qui me faict vous prier, attendant qu'il soit faict droict sur sa dicte affaire, dont veulx appeller au roy, voulloir tant faire qu'il ne soit mollesté en ses corps et biens, estant prest de donner caution pour luy,

* Archives de Thouars (30 août 1484).

•*il est besoing d'icelle. Et à Dieu prierai, monsieur le baiUj, que TOUS doint oe que plus désirez.

Escript de Bheims, ce mercredi après la Sainct-Berthéiemj.

Lcttout vostre,

COHMTNÇS.

À numsieu^ le baiUy de Chartres ^

Au mois d'octobre, Gommines siégea de nouveau au conseil, et il y prit la parole dans les derniers jours de dëcem* bre 1484, lorsque Charles VIII somma Maximilien de cesser la guerre contre les états de Flandre et d'évacuer Termonde. Secrètement préoccupé de son projet de se retirer en Hainaut, il demanda qu'on invitât en même temps Maximilieu à lui faire restituer par Baudouin de Lannoy, l'un des principaux chefs de son armée, les terres d'Ugies et de Siply, confisquées, en 1472, par le duc de Bourgogne *.

Charles VIII , favorable aux communes flamandes, confirma leurs privilèges. Le nom de Commines se lit au bas des lettres royales qui ratifient les franchises accordées par Marié de Bourgogne à la ville de Douay ^. Cette fois, bien moins encore qu'au mois de septembre 1483, il n'osa s'abstenir de figurer comme témoin dans une ordonnance du 27 décembre, où Charles VIII renouvela la révocation de nombreuses aliénations du domaine royal faites par Louis XI *.

Ce fut vers cette époque et dans les derniers temps de son s^our à la cour, que Commines entendit le comte de Richemont lui raconter que, depuis l'âge de cinq ans, il

* GoU«ctS<Mi de M* Labouchère.

* Mém.^ t. nu pr. p. 192.

* Recueil des ordonn,, t. XIX, p. 442 (octobre 1484).

* GoDKFROY, EisL de Charles VIII, p. 463.

avait été constamment fugitif ou prisonnier ^ Le comte de Richement était venu réclamer l'appui de Charles VIII , et bientôt après, vainqueur à Bosworth, il ceignit la couronne: autre souvenir qui, dans la mémoire de Gommines, s'ajouta à la sanglante légende des révolutions anglaises.

A partir du 27 décembre 1484, Gommines ne paraît plus à la cour, qui réside alors à Montargis. S'est-il rendu à Paris? On ne le sait. Il ne se montre point : il attend avec prudence le résultat d'une importante manifestation.

Dans, les premiers jours du mois suivant, le duc d'Orléans, qui croyait, comme Gommines, que la capitale parlait plus haut que la France, accourut à Paris, et nous retrouverons les inspirations du seigneur d'Argenton dans les lettres que le duc d'Orléans adressa au roi le 14 janvier :

Mon très-redoubté et souverain seigneur,

Je me recommande à vostre bonne grâce tant et si humblemeut que je puis. Mon très-redoubté seigneur, vous avez précédemment eu cognoissanee que ce qui fust conclu par vous en la présence des seigneurs de vostre sang et des estas de vostre rojaulme, n'a point esté gardé, et n'avez usé de Tauctorité, laquelle vous appartient, en vostre conseil, ne en la distribution de vos biens : pour quoj est besoing, pour le bien de vous et de vostre royaulme, qu'il vous plaise venir en vostre ville de Paris, en vostre franc et libéral arbitre, en vous estant hors du pooir d'aultruj, et de quoy vous supplie si humblement que je puis ; car ce nie seroit dure chose à porter et à pluiseurs vos parens, subgets et serviteurs et aultres notables gens do vostre rojaulme, que vostre personne fust et demourast en la subjectien de madame de Beaujeu, vostre sœur, laquelle, soubs umbre d'une coustume qu'elle dist estre en aucuns lieux particuliers

* MéiHt», t. II, p. 158. Accessit omninm régis procerum incredibilis in eam affectio. Bern. Anor., VUa Hewr. VU, p. ^.

de Tostre royaulme que une âUe eagîe de douze ans poeult tenir tenir en bail son frère jusque en eage de vingt ans, et sur ce r^ard, vous veult tenir en bail et ayoîr le gouyemement de vous et de vostre rojaulme; et pour parvenir à son intention, a gaigniet la pluspart de vos capitaines et gens de vostre garde, tellement que nuls ne se peult sécurement tenir autour de vostre personne pour vous servir, s'il n'est de ses intelligences. Et pour ce que pour riens ne voudroye souffrir, ne endurer que vostre personne fust en telle subjectiou contre Tordonnance des roys vos prédécesseurs et contre la délibération de vos estas, où j'estoys présent, je désiroys bien que madame de Beaujeu, vostre sœur, et ceulx qui sont avoecques elle adhérans à son intention, voulsissent avoir plus de regard au bien de vous et de vostre royaulme que à leur voulenté, et vous souffrir venir entre vos subgets de vostre bonne ville de Paris à vostre liberté, et 1^ mander les trois estas de vostre royaulme et les seigneurs de vostre sang pour adviser choses qui seront bonnes pour le bien de vostre personne, et vous garder de celles qui pourroient nuyre ou appetier vostre auctorité, et donner ordre aux affaires de vostre dit royaulme. Car, en ce faisant, je ne me vouldroye porter envers eulx, sinon en toute amitié ; mais quand ils vouldroient vous contraindre et tenir en subjection telle que ne puissiez aler et venir à vostre plaisir et liberté, ainsi qu'il vous plaira, je suis délibéré, tant pour la léaulté que je vous dois, comme vostre subget et parent, qui aussi suis tenus à vous aimer pour privaulté et biens que m'avez fait, d'employer mon corps et mes biens et tous mes parens et amis, et vous tirer et mettre hors de ceste subjection : si feront le plus de vos bons subgès et serviteurs, car il n'est riens que plus je désire que de vous veoir obéyr comme roy et maistre, et avoir gens autour de vous à vostre plaisir et non pas à l'appétit d'aultruy, aussi de veoir vostre royaulme gouverné et conduit par aultre ordre et justice qu'il n'est. Pour ce, mon très-redoubté et souverain seigneur , s'ils sont refusans de se condescendre au bien de vous et de vostre royaulme, vous aurez, s'il vous plaist,

aggréahle ee que par nous sera fait et pourchaoié en eeste matiène, laquelle» à Fayde de Di«tt et de yos bons parens, sabgèa et serviteurs, j'aj intention de mener au bout, de tous mettre en Tostre auctorité et bonneur tel que doTes. Mon très*' redoubté et souverain seigneur, je prie le benoît fils de Dieu qu'il vous doje très^bonne via et accomplissement de vos trèsbauls et très-nobles désirs.

Escript à Paris, le XIIII* de janvier *.

Quatre jours après , le duc d'Orléans se rendit lui-même au sein du Parlement, et y fit lire , par son chancelier, les lettres suivantes :

Très-chiers et espéoiaulx amis,

Après le décès du feu roy et que le royaulme est escheu es mains du roy qui à présent est, nous, avec nos très-chiers et amés cousins, les ducs de Bretaigne et de Bourbon, suppliammes et requisîmes au roy que son plaisir fust pour le bien de luy et de son royaulme, faire assambler les trois estas, afin de mettre ordre et police pour le temps advenir, ayant regard aux foules et charges que depuis aucun tamps en çà avoient portées les estas du royaulme, tant gens d'église, gens nobles et, le povre peuple. Et combien que aucuns le voussissent bien empeschier, toutesfois fu persisté tellement contre eulx que les dits estas furent accordés par le roy, à laquelle assamblée ' des dits estas, nous, cognoissans pluiseurs persuasions et menaces estre faites par aucuns qui désiroient avoir le roy et le royaulme entre mains, envoyasmes devers les dits estats leur remonstrer que pour nulles inductions, ne menaces ils ne devoyent craindre, ne laissîer à délibérer et conclure tout ce que sçaroient et cognoistroient estre au bien et honneur du roy et à Tutilité de sa personne et de son royaulme et au soulaigement de son povre peuple, sans avoir regard, ne partialité à nulluy,

« Ms. 434 de la Bibl. de rUaivenitë de Gand, i^ 185.

ei qiM 0D 06 l68 porteriomi et sonitiendricms , à quoi les dits estais se condesoeBdirejii comme bons et léaidx sul^gsts. Et délibèrent que le roy debvoii user totalment de râuctorité appartenant à on roj, pour les grans biens et Tertas qu'ils oogneurent en sa personne, et qa*il attaingnoit Feage de qu»* torse ans, et dès lors en avant il pooii et debvoit commander toutes choses , ainsi qu'il seroit advisé par les saigneors de son sang et de ceulx de son conseil, et qu'il feust par luj condu en la présence des seigneurs et estas de son rojaulme. Aussi forent faites pluiseurs aultres belles ordonnances et conclusions, tant pour la justice, pour gens d'église comme pour nobles, et pour la diminution des tailles et soulagement du povre peuple, lesquelles ordonnances et condusions ont esté trës-nuii gardées, voire qui est plus , toutes corrompues, car n'a point donné la pluspart de ses offices par l'oppinion des seigneurs de son sang et de son conseil, et 'n'a usé de son auctorité comme roj doîbt âûe, maû tout à le voulenté de madame de Beaigeu sa aoBur, laquelle, soubs umbre de coustume qu'elle dist estre tu aucuns lieux particuliers du rojaulme que une sœur eagie de doom ans poenlt tenir son frôre en bail jusques à l'cage de vingt ans, et i ceete occasion voeult tenir en bail le gouvernameni, le roj et le rojaulme, et pour plus parvenir à son intention a gaigniet la pluspart des cappitaines et aucuns des gens de aee gardes et print serment d'culx, combien que jamais ne lîist de coustume que aultruj eust le auctorité, ne le commandement sur eulx sinon le roj seulement, et tellement en use que ceulx qui doibvent et désirent servir et oonseiller le mjj craignent de soy trouver en sa maison pour les dangiers de lors personnes, congnoissans expknx et démonsiranees qui là se sont consommés et jusques à mettre hors d'avoeoquës luj les serviteurs qui lui avoient estes bailliés par le roy son père et ^ la royne sa mère et contre sa voulenté et deibnce. Avoecques ce, en procédant contre la pranatiqne sanction et les libertés de l'église. de France, par quoi ioutrargent de œroyanlme pourroit estre porté à court de Rome, distribuent aussi les

finances du roj à leurs serviteurs propres, à gens estraingniers et incogneus, pour les gaingnier, qui n'ont pas Famour du roj, ne ne. peuvent servir de riens au bien de luj, ne du rojanlme, et ont mis les deniers tant en arrière qu'il est deu de Tannée passée trois ou quatre cens miUe francs oultre et par dessus les trois cens mille francs qui furent accordés par les estas pour Tadvénement et sacre du roj. Et pour continuer Toutrageuse despense et sans cose voellent imposer et croître les tailles de ceste présente année, de pareille ou plus grant somme, qui seroit onze cent mille francs oultre et pardessus ce que par les estas avoit esté accordé, qui seroit chose importable au povre peuple; et jà ont commenchiet à j besoingner, car en aucuns lieux, tierres, etc.,' ils ont décheu le povre peuple en le faisant payer cinq quartiers pour quatre, car les tailles soloient commenchier au premier jour de janvier, et le premier quartier et paiement se faisoit au dernier jour de mars ; et de présent il les fait commenchier au premier jour d'octobre qui estoit de Tannée passée, et font faire le payement premier au dernier jour de décembre, qui sont choses déraisonnables et fort estraignes, dont nous sommes si très-desplaisans que plus ne poons : si sont pluiseurs des seigneurs du sang et aultres notables gens du royaulme, principalment pour Tamour que avons et debvons au roy et au bien de sa personne, lequel n*est pas en sa liberté, mais en grant subjection, aussi pour le bien du royaulme et du povre peuple qui seroit par ce moyen en voye de venir en totale destruction et désolation, se provision n'y estoii mise ou donnée ; car les tailles et aultres exactions qui soloient estre si grandes et excessives, seroient en brief tamps pires et plus grandes que jamais. Et à ceste cose, volant la subjection en quoy le roy mon souverain seigneur est déceu par madame de Beaujeu sa sœur et par ses adhérons, laquelle voelt tout faire et gouverner, aussi la désolation et destruction qui pourroit venir par son gouvernement, la persécution de Téglise, la perturbation de justice, le grant contempnement aussi que elle et ses adhérons font des belles et

notables conclusions des dits estas, cognoissans non pooir y remédier seul et que n'estions en seurté de nostre personne en leur compaignie, nous nos sommes retirés en ceste bonne yille de Paris qui est la ville cappital du rojaulme, fontaine de justice et de bon conseil , et depuis nostre parlement avons communiquiet et fait communiquier à pluiseurs des seigneurs du sang et aultres notables du rojaulme les choses qui estoient à faire pour le bien du roj et du rojaulme, lesquels avons trouvé très-desplaisans de veoir et cognoistre le roy en telle subjection et les maulx qui sont esmeulx et poevent ensievir par faulte de bon gouvernement, et par le conseil d'eulx avons envoyet devers le roy pour luy remonstrer les choses dessus dites et lui supplyer et requerre que luy plaise soy trouver en sa ville de Paris en son franc et libéral arbitre, et là, par i'advis et délibération des seigneurs de son sang, de sa court de parlement et aultres notables hommes, mander les estas de son royaulme pour prendre conclusion de la forme et manière comment il se gouvernera touchant sa personne , aussi pour adviser comment seront conduis les affaires de son royaulme et oster les désordres et abus qui y sont. £t quant au dit gouvernement de sa personne, nous ne le désirons, ne prétendons à avoir, mais sommes délibérés de nous eslongier, pourveu que les aultres qui le tiennent à présent en subjectiQn, se recuUent, auxquels nous en avons rescript, afin qu'ils aient regard plus au bien de luy que à leur voulenté particulière. De toutes lesquelles choses, cognoissans que tousjours avez esté bons et léaulx au roy et à la roy ne, vous voulons bien advertir et faire sçavoir que Tintention de pluiseurs des seigneurs du sang et notables hommes du royaulme et la nostre est, si madame de Beaigcu et ses adhérons sont reffbsans de mettre le roy en son franc et libéral arbitre, de servir le roy et le délivrer et mettre hors de la subjection et détention où il est, et de le remettre avoecques bonne ayde de ses aultres bons et léaulx subgets en son franc et libéral arbitre, et le faire joir et user des auctorités et prééminences royaulx en ensievant

GOHVniKS. — II. 3

Ift conclusion et délibération des dits esttis. Encorefi hùûn tous prions d« tont nostre coetir que touillés adhérer à tous acquitter comme bons et IotbuIx subgets pour le bien de sa personne, laquelle, comme tous pouTez cognoistre, est traictiée & son grant déshonneur, et aussi pour éTiter les grans mauli qui, par ce moyen, se pourroient ensicTir, se proYision n'j estôit mise, dont vous porteriez Tostre part. Et au regard de nous, nous aTons bonne espérance de remonstrer au roy le deToir en quoy tous serez mis, ensamble le serrice que tous luy aurez fait en mettant paine de Tostre pooir de le mettre en liberté, et de nostre part nous tous porterons, faToriserons et sousten* rons contre tous aultres qui Touldront nuire aux adhérans à nostre bonne intention, et emploierons au besoing corps et biens, et ne debTez ajouter foy, ne croire le contraire par lettre que on fâche signer au roy durant le tamps qu*il est et sera tenu en la subjection où il est; car tous scaTez que on luy pourra légiërement faire signer ou dire et escripre par forche ou aultrement pluiseurs choses qui seront contre son honneur et pronfflt et sans ce qu'il soit Tenu, ne Tiengne à sa cognoissance. Très-chier et espéciaulx amis, Nostre-Sire tous ait en sa sainte garde.

Escript à Paris, le XVIP jour de janTier.

Le duc d'Orléans, de Millau et de Vallois,

Lots *.

Le 25 janvier 1484 (t. st.), le comté de Dunois écriTait de Paris à l'amiral de Bourbon pour rengager à T^r

rejoindre Monsieur (il désignait en ces termes le duc d'Orléans), qui était « en bonne Tolonte de mettre le roy en

• Ms. 434 de la Bibliothèque de Vuniverêité de Oand, f> 184. — Une analyse de ce document a été publiée par Godrfrot, Sist. de Charles VIII, p. 266 : il est assez important pour être reproduit intégralement.

D£ G0MMINE8. %

a estât qae les gens de bien puissent «voir loy de parler ff pour son bien et le servir ^ »

La tentative du duc d*Orléans ne réussit pas. Le Parlement y loin d'accéder à son désir de s'emparer du gouvernement, envoya vers Charles VIII des députés parmi lesquels se trouvait Martin de Bellefaje, et peu de jours après, tandis que le duc d'Orléans regagnait la Tourûne, le jeune roi rentra à Paris, où son premier soin fut de se rendre au sein du Parlement pour en accroître les prérogatives. Cornmines eut l'audace d'assister à cette séance ; et ce fut peutêtre le même jour que le duc de Lorraine « ayda à le chas- « ser de la court avec rudes et folles parolles *. » Le duc de Lorraine s'était allié intimement par des lettres du 29 septembre 1484 avec le seigneur de Beatijeu ^. Il reprochait de plus à Commines de s'être opposé à ses prétentions sur le comté de Provence. Commines comprit qu'il n'était ni sûr, ni honorable pour lui de prolonger son séjour à Paris *, et il se retira dans le domaine de sa femme à Montsoreau, afin d'être plus près des princes confédérés qui se fortifiaient aux bords de la Loire.

Tout semblait annoncer une insurrection prochaine. Tandis qu'une prise d'armes s'organisait en Guyenne et en Bretagne, des mécontents se réunissaient depuis Auxerre

* Documents français à la Bihl. imp. de Saint-Pétershourg .

* Mém.j t. II, p. 299. Le duc d'Orléans déclarait aussi que tous ses griefs s^adressaient non au roi » mais au duc de Lorraine. Godefroy. ffist de Charles VIII, p. 450.

■ OoDBFROT, Histoire de Charles VIII, p. 4&\.

* La nom de Commines se trouvé pour la dernière fois cité dans une ordonnance du mois de février 1484 (t. st.). Recueil des êrdonn., t. XIX, p. 472.

jusqu'à Soissons pour passer l'Oise et marcher vers Paris. Commines ayait-il, l'annëe prëcëdente, aidé à préparer ces complots par son voyage en Champagne?

Le 16 septembre 1485, Charles VIII écrit au Parlement qu'il a résolu de procéder contre le duc d'Orléans et ses complices « par adjoumements et prises de corps. » Peu de jours après, le 28 du même mois, une ordonnance royale priva Commines de la dignité de sénéchal de Poitou ; elle était conçue en ces termes :

Charles, par la grâce de Dieu, roy de France, à tous ceulx qui ces présentes lettres verront, salut. Comme il soit ainsi que présentement aucuns princes et seigneurs de nostre royaulme se soient esleyés et mis en armes contre nous, à la grant charge, foule et oppression de nos subjects, pour quoy, après ce que nous avons esté deuement informés que Philippes de Commynes, chevalier, séneschal de Poictou, avoit et a, dès longtemps a, conseillé, favorisé et porté, conseille, porte et favorise à rencontre de nous les dicts princes et seigneurs à nous rebelles et désobéissans, et leur donne tout Tayde et faveur qu'il peut, nous Tavons deschargé dudict estât et office, et dUcelluy avons pourveu nostre amé et féal conseiller et chambellan Yvon du Pou, chevalier, grant veneur de France; et pour ce que, de tout temps et d'ancienneté, ceulx qui ont tenu ledict estât et office de nostre séneschal de Poictou, ont eu de par nous la garde et cappitainerie du chastel de nostre ville de Poictiers , que pareillement a tenu et tient ledict de Commynes, nous avons été conseillés, par Tadvis des princes et seigneurs de nostre sang et gens de nostre conseil, de Ten descharger et d'en pourvoir aucun notable personnaige à nous seur et féable. Donné à Orléans, le quinziesme septembre, Fan de grâce mil quatre cens quatre-vingt et cinq, et de nostre règne le troisiesme^.

^ Ar^.,t. III, pr.p. 1^.

On ordonna en même temps à Gommines de changer le capitaine qu'il ayait charge de la garde du château de Talmont. Commines répondait le 6 novembre au roi :

Sire, j'aj receu vostres lettres qu'il vous a pieu m'escripre avecques une Information contre celluy qui est au chafiteau de Tallemond, par lesquelles il vous plaist me mander que incontinent je Teste et que je vous mande le nom de celluj que j'y mettrai : ce que je feray à toute diligence, et a nom celluy que je y enverray, Régné de Poillé , qui est d'auprès d'Argenton et a femme et plusieurs enfants.

Sire, celluy qui estoit à Tallemont, a nom Régné de Pelvoisin et est fils de messire Mathurin de Pelvoisin, et dès que je fus premièrement arrivé devers vous, vous le me baillastes, et lui et son père sont bien hérités au pays de Poitou, et croy que le père et le fils vouldroient loyalement servir. Mais celluy qui les a chargés, estoit à Tallemond à la morte paye et contrefist mon signe pour cuider avoir argent du receveur dudict lieu, et cncontinent le dict Régné le fist mettre en prison, et les officiers procédèrent contre luy comme Ton fait en tel cas ; et pour ce que je savois qu'il estoit serviteur dudict Régné et pour lui faire plaisir, je mandai incontinent qu'on le laissât aller, nonobstant qu'un homme m'étoit venu dire qu'il avoit envoyé devers monseigneur de la Trémoille pour loi offrir de le mettre de nuit dedans la place. Il ne m'en chaUist, pour ce que je voyois que quant il seroit dehors, qu'û ne me poroit nuyre ; et pour vengeance de cette prison, il se alla adresser aux gens de monseigneur de Carey, à la Chèze-le-Visconte, afin qu'il lui aidast à mettre cecy en avant, et aussy le premier qui déposa en ce procès contre ledict Régné, est le lieutenant dudict lieu de la Chèze.

Sire, la place vous sera tousjours bien gardée, et vous en sera rendu bon compte au plaisir de Dieu, auquel je prie, sire, qu'il vous doint bonne vie et longue et accomplissement de ce que désirez.

38 LETÏHES ET NEGOCIATIONS

Ëecript à Montsoreau, le VP jour de novembre.

Votre très-humble et très-obéissant serviteur, Philippgs db Comhtkes ^

Heue de Pouillé, zélé serviteur de Commines, garda, paraît*il, avec un courageux dévouement, le château de Talmont, malgré le roi et malgré le Parlement.

Les discordes intérieures devenaient de jour en jour plus menaçantes*. Au mois de février 1486, Dunois écrivait au

* Documents français à Saint-Pétersbourf; , vol. 71, n* 65.

' On avait habilement répandu le bruit que Charles Vm n*était qu'un enfant supposé. < On Ta tenu , porte une note écrite au commencement « du XVI^ siècle, et y avoit apparence, pour fils supposé du oonaente- ( ment du roi et de la reine pour servir à oster les prétentions de

< Charles, frère du roi, et aussi on dit que le dit Charles estoitfik

< d'un boulanger d^Amboise. Je Taj ainsi appris de îe\f. mesaire t Renaut de Beaune , archevesque de Bourges et puis de Sens, qui « en avoit des mémoires esci'its à la main de ce temps-là. i Renaud de Beaune était le petit-iîls du maiThand de Tours chez qui furent déposés les fonds, de Commines. Son beau-frère, Robert Briçonnet, avait, comme ai'chevêque de Reims, sacré Charles VIII.

Du Haillan, qui était par sa mère, parent de Tnstan TErmîte, dit à ce sujet :

« Au mesme temps (1470), nasquit Charles fils du roy, et despuis c roy et nommé Charles huictiesme. Plusieurs ont eu opinion qu'il I eust esté supposé, autres qu'il estoit bien fils du roy, mais non de

< la royne sa femme , qui estoit Charlotte de Savoye, f t laquelle ledit « roi son mary n'aimolt gueires ; mais que pour aseopir les troublas t eamens par son frère, il fit cest^ supposition, laquelle nous avons I plus amplement descrite en Thistoire dudit l'oy, &t non encores « imprimée. La naissance de cest en£ant (si tant est qu'il fust vra^^ fils

< du roy)^ affoiblit l'espérance des princes et luy enila le oœur. > De l' estât e^ s^cès des affaires de France ^ Liv. II, p. 157, (éd, de 1607).

Pieire LandaijB avoua dans son procès qu'il avait été porté par quelques grands à contester la légitimité de Charles VIII. Lenglot désigne le duc d'Orléans.

DE coMMJNKS. :]y

gouverneur d'Auzerre que le moment était venu pour tous les ni^ntents de « tirer aux champs » et de se diriger en armes rers Paris où les rejoindrait le duc d^Orléans ^

Restait le soin de trouver ce qu'on a appelé dans tous les temps le nerf de la guerre.

Le seigneur du Bouchage avait remis en 1478 dix mille écus d*or au soleil à la banque lyonnaise des Médicis et des Sasseti, et depuis lors il avait grossi cette somme par de nouveaux versements *. Ce fut sur ce dépôt, parait-il, qu'on préleva les fonds dont on avait le plus urgent besoin , et le seigneur du Bouchage se porta caution vis-à-vis de la banque des Médicis et des Sasseti à Lyon, d'une somme de quatre mille écus d'or, qui devait être remise à Tours, non pas entre les mains de Commines, qui ne s'y trouvait pas, mais probablement dans Thôtel qu'il y possédait comme les antres favoris de Louis XL Ce prêt se fait « sur cela que a vous savés, » écrit mystérieusement Cosme Sasseti au seigneur du Bouchage :

Monseigneur, je me recommande humblement à vostre bo;me^ grice. Plaise vous savoir que monseigneur d'Argenton m'a escript, einsy que verres par ces lettres que je vous envoie dedens ces présentes entercloses, que je vous mande de par luy que vostre plaisir soit de lui foire prester , à Tours, la somme de mi"* eectts d'or, sur cela que vous savés ; car le doit à ung homme de bien à quy point ne vouldroit faillir : et m'a requis ledit seigneur d'Argenton de m'obliger à vous de ladicte somme, en oas que aultrement ne le veuilles bailler, ce que je suis bien content de faire. Pour tant, monseigneur, sy avés intencion de besognier, m'envoierés, par ce présent pourt^m*, les lettres

* GoDEFROT, Eist d4 ChorUs 7JJI, p. 507. Cf. p. 576. ' MoLiNi, Doc. di stor, Uahy 1. 1, p. 13*

adressant à celui qui le doit desborser, et cornant je dis, je m'obligeray de restituer ladicte somme à vostre vouloir, ensemble, sy riens voulés que faire puisse, pour Vacomplir de très-bon cuer, à l'aide de Dieu, au quiel je prie, mon très-honnoré seigneur, que vous doint bonne vie et longue.

Escript à Lyon, ce XXV* jour de décembre, de la main de

Vostre humble serviteur,

CosME Sassbt.

 monseigneur du Bouchage, mon três-hofioré seigneur *.

Commines feignit devoir mille écus au marquis de Saluées, et le seigneur du Bouchage promit d'en tenir compte personnellement. Le marquis de Saluées, seigneur à peu près indépendant entre la Savoie et le Daupbinë, espérait accroître sa puissance en entrant dans la coalition dirigée contre la royauté *. D'autres liens le rapprochaient de Commines. A son exemple, il cultivait les lettres, et bien qu'il eût traduit l'Art de chevalerie d'après Végèce, il plaçait comme Commines, la première condition des succès dans les ruses et dans les combinaisons de la politique.

Le seigneur du Bouchage écrivait à Cosrae Sasseti en termes déguisés mais fort affables, car comme le dit Commines, pour les seigneurs aussi bien que pour les princes, il est utile « de tenir bons termes aux marchans : on ne « sçait à quelle heure on en peut avoir besoing, car quelce quefois peu d'argent faict grand service ^. »

Voici en quels termes était conçue une des lettres d'Im-

* Mém., t. III, pr. p. 193.

^ Louis , marquis de Saluces, avait épousé Jeanne de Montferi'at, sœur de la duchesse de Savoie. Il mourut en 1504. ' JMém., t. Il, p. 338.

îi

bert de Batarnay plus connu dans Tbistoire sous le nom de seigneur du Bouchage :

Seigneur Cosme, je me recommande à vous tant comme je puis. J'ay receu les lettres que m'avez escriptes, par lesquelles me mandez que avez baillé environ mil escus à monseigneur le marquis de Salluces, que monsieur d'Argenton luj debvoit. Je vous prie que teniez quicte mondict seigneur d'Argenton de ladicte somme de mil escus, et je vous en tiendraj compte.

Au surplus, je vous prie que luy veilliez assurer pour moy et lay respondre de la somme de six cens vingt-cinq escus, en quoj je luy suis tenu, en cas que monseigneur le marquis ne retire la terre et seigneurie d'Ampton avant le terme qui est dit et mis es contracts passés entre mondict seigneur le marquis et monsieur d'Argenton ; car, cas advenant qu'il retirast ladicte terre , je ne serois tenu luy baillier lesdicts six cens vingt-cinq escus, ains en demoureroye quicte. Aussi, en cas qu'il ne la retire, le terme passé, si vous plaist, Faseurez de les lui bailler incontinent le terme eschu. Et au surplus, s'aucune chose vous plaist que pour vous faire puisse, mandez-le moy, et je le feray de très-bon cueur, aidant Nostre-Seigneur, auquel je prie, seigneur Cosme, vous donner ce que désirez.

Escript au boys de Vincenncs, le XXV* jour d'avril, l'an mil quatre cens quatre-vingt et six.

Le tout vostro, Ymbert db Batarnay*.

En même temps s'engageait une correspondance mystérieuse oùCommines attribuait les titres d'évêque*,de prévôt, de doyen , de chapelain , de compagnon, à ses principaux complices. Il serait difficile de déterminer aujourd'hui lesquelles de ces désignations doivent s'appliquer aux

* Mém.^ t. m, pr. p. 190.

* L'évêque est, je pense, le duc d'Orléans. La dignité la plus élevée lai revenait de droit. Le cousin n'est-il pas le duc de Bourbon ?

42 LKTTREtS ET NEGOCIATIONS

ducs d'Orléans, de Bourbon et de Bretagne, anx comtes d'AngouIéme et de Danois \ à Leecnn, qui résidait en Guyenne *, à Coetman, alors gouverneur d' Auxerre ; mais on ne saurait douter que le bénéfice engagé dans le procès auquel on fait sans cesse allusion, ne fût le gouvernement même du royaume, prêt a être livré aux hasards de la guerre civile :

Le prévost a fait sçavoir au cousin qu'il envoyait au compagnon pour Tadvertir que luy, le secrétaire et le diacre, avec eux le cheveder, se délibéraient de commencer un grand procès au chapelain et à son chapitre, délibérés de luy faire perdre tou3 ses bénéfices, car ils ont mil ou douze cens escus en or, et de monnoye tant que en voudront. Ledict prévost voudroit bien que le compagnon ne se a4Joignit point avec le doyen et que ne se meslast de son procès ; ledict cousin n'a peur, mais que Ton aye de quoy fournir au procès, et que si Ton avoit de quoy y fournir, il seroit bien d'opinion que Ton le poursuivît; mais quand est de luy, il ne veut entrer en procès, qu'il ne voie bien les provisions de Rome bonnes. Et de la ligue du compagnon au doyen, ledict cousin ne s'en soucie point , mais que vous establissiez le procès en manière que tout soit bien. Ledict cousin m'a dit qu'il ne prise pas fort la ligue du doyen devers le prévost, oar il s'est doubté que s'il y aloit, qu'il luy feroit renoncer i ses bénéfices, et si luy feroit par advanture pis. Le chapelain ne sera que sage de garder de tomber au défaut

' Dunois, dans .';n correspondance, use aussi d*un langage ënigmatique quand il parle du grand homme qui est au sergent des bois qui est çardelà. Godefrot, Eigtoire de Charles VIII, p. 508.

* Le 21 février (1487) le comte de Comminges (Lescun) ëorîvAit au roi pour «e plaindre des mauvais office» qu'on lui rendait et des soupçons qu'on répandait sur sa fidélité. Le 18 décembre 1487, il loi écrit de nouveau et déclare qu'il n'est ni AngUda, ni Espajgnol, mais bon Français. Documents français à Saint'P^ersboufy.

D£ COMMINËS. 13

là où est, et y vaudroit mieux retirer au bénéâoe du doyen. Le compagnon ne sera que sage de faire provisions de sens le plus qu*il pourra, aussi de monnoye, et de bien garder le bénéfice et de s'en aller incontinent au doyen, s'il ne s'y est allé. Si le cousin a les titres nécessaires contre le compagnon, qui touchent le procès, il ne y doit point obéir, et que prenne garde de bien garder le prieuré contentieux. Le maistre n'a rien aux ordres, en manière que je croy que bientôt en sera au bout, en manière que le compagnon soit des principaux amis du doyen, car le prévost luy en donnera plus tost bénéfice, quand il verra qu'il ne pourra besoigner que pour son ami, et que le doyen et chapelain soient bien unis en leur procès, car le prévost ne demande que de appointer à l'une des parties. Ledict doyen et compagnon ne doivent aller là où est le diacre, pour chossc que l'on leur sache dire, car seroient arrestés pour ce que doivent à la banque; car je suis adverty que ne y auroit point de faute. Le clerc du doyen a perdu la recréance de sa chapelenie, mais si le doyen veut, il aura bonne cause au principal. Ledict compagnon doit tousjours tascher que les prévost et secrétaire soient ses amys. Aussi encore doit montrer qu'il est le leur ; mais puisqu'il est appelant de l'official, s'il procède contre luy par authorité, en cette manière et en tous ses procès, que ledit compagnon face si bonne poursuite que le tout soit bien ; et si enfin n'est venu devers le doyen, faut faire de manière qu'U y vienne pour mettre à fin l'eschange du compagnon et du chantre, et faire en manière que le doyen soit tousjours pom* ledict compagnon. Soyez si sage à la poursuite de votre procès que ne perdiez la recréance, car si le secrétaire la gagne, vous aurez bien à faire aU principal; mais faites que le compagnon fasse tousjours savoir de ses volontés au prévost et secrétaire, et ad visés de rassambler desus le plus que pourrés, car sont

pour le recréant que le voroye, et le surplus en monnoye

la plus que verés*.

' Documents français à Saini-Pétershourg , voL 71 , n^ 34. Lettre autographe, non signée. Les dernières lignes sont à peu près illisibles.

Gommines avait quitté la Touraine, où le parti des princes du sang n'avait osé se maintenir contre les forces de la régente, et après un court séjour en Poitou, où ses fonctions de sénéchal avaient cessé, il alla rejoindre le duc de Bourbon. Ce fut du village de Saint-Maurice, situé entre Poitiers et Usson, qu'il écrivit la lettre suivante au seigneur de Brosse :

Tout est prest icy, mais un des estats est en pratique. Tout

est bien, excepté moj à qui on tient bonnes paroles : nous

avons bien eu affaire a demesler le fait de céans. L'évesque

est allé à Bourges et n j a eu remède; il a demandé mes

serviteurs, il n'y arrestera guères et est bien icy de ceste

compagnie; le chapelain et le chantre sont vers eux. Le com-

pagon ne partira encore d'icj, qui est homme de vertu et ses

gens aussj; je ne partiray encore d'icy que je ne voye plus

clair. De nostre bénéfice n'ay sceu que tout bien. Bertrand ' est

allé au Dauphiné pour dix jours et sçait bien là où vous estes ;

le principal chapelain du doyen se recommande à vous et le

compagnon et ses gens , et tous voudroient que ne fussiez

bougé; je voudrois le chapelain mieux qu'il n'est et pour

toujours. Et à Dieu, à demain.

De Saint-Morisse.

Le tout vostre.

En nostre appointement nul n'y a charge, ni honte ; mais il n'est pas tel que nous l'eussions bien fait, si ce ne fussent aucuns de ceux que vous vîstes.

A monsieur de Brosse *.

* Je ne sais quel est ce personnage. Ici encore le nom est probablement faux.

' Lettre entièrement écrite de la main de Gommines, mais non Bign4e. Documents français à Saint-Pétersbourg ^ ▼cl. 71, n» 31.

A la suite de l'adresse, la lettre porte ces mots : pour baiUer au mestre de son hostel. Ont-ils été ajoutés par Commines et faut-il supposer qu*il avait youlu désigner ainsi le duc de Bretagne lui-même? Ce message assez périlleux fut-il» au contraire, décliné par celui qui devait le transmettre et qui Faurait renvoyé au seigneur d'Ârgenton, en écrivant sur la lettre ces mots : pour bailler au mestre de son Aostel? De ces deux hypothèses, la seconde paraît la plus vraisemblable, car elle est aisée à justifier. La lettre aurait été rapportée à Tours, où le seigneur d*Argenton ne se trouvait plus, on vient de le voir, avec Tordre de la doimer, en son absence, à son maître d*hôtel. Ce qui est certain, c'est que ce messager, qu'alarmaient sans doute les bruits répandus sur les motifs du départ du seigneur d'Argenton, n'osa entrer dans son hôtel et s'adressa à un passant pour le prier d'y remettre la lettre dont il était chargé.

Commines, disgracié et fugitif, abandonnait à ses adversaires le terrain judiciaire que jusqu'à ce moment il avait défendu pas à pas.

Dès le 9 mars 1486, le Parlement prescrivit le dépôt au greffe de toutes les confessions du seigneur d'Argenton *,et quelques jours après, le 22 mars, il lui ordonna de remettre Talmont et Château-Gontier aux La TrémoïUe, et de leur restituer tous les revenus qu'il avait perçus *; mais , lorsqu'un sergent se présenta au nom des La Trémoïlle pour prendre possession du château de Talmont, René de Fouillé lui en refusa l'accès '.

* ArchiTes de Thonars.

* Archives de Thonars.

' Le dit appelant ne lui avoit voulu faira obëiasanoe de la place de

46 LETTRES ET NEGOCfATIONS

Lé 10 jain i486, le roi, par des lettres patentes données à Trôyes, ordonne que si le seigneur d'Argenton persiste i se refuser à la restitution d^ château de Talmont, il sera arrête et que tous ses biens seront saisis. En même temps, lé Parlement désigne un conseiller, nommé Jean Pellien, pour veiller à Texécution de son arrêt. Jean Pellieu évalua, avec une minutieuse exactitude, les revenus perçus par le seigneur d'Argenton à 11,693 livres 10 sous 9 deniers et deux tiers de denier, et chargea Pierre Guilloton, sergent au baillage de Thonars, de se rendre à Argenton pour sommer Commines de s'incliner devant l'autorité de la justice. Cette .citation attachée aux portes du château d' Argenton en fut aussitôt arrachée.

Je sergent susdit, le onzième jour du mois de juillet 1486, me transportaj de la ville de Thouars en la ville d* Argenton, et quant fus audit lieu d' Argenton, me transportaj jusques à la porte du chastel, en espoir d'entrer audit chasteau pour faille les commandemens cj-après à déclairer, aux personnes dudit de Commjnes, seigneur dudit lieu, et de dame Hélèiîe de Jambe, sa femme, dcmourant audit chasteau, auquel chasteau ne peu entrer parce que on me ferma les portes et la barrière d'iceluy, et pour ce, après ce que je fus deument informé que lesdits seigneur et dame d' Argenton faisoient et avoient à coustume £aire leur continuelle résidence audit chasteau d*Ar* genton et que ladite dame j estoit pour lors résidente, je, par une céduUe par moj atachée et délaissée à la porte dudit chasteau, feis commandement»., et ainsi que m en voulloye retour-

Thallemond, en laquelle îl n'avoit peu entrer, nonobstant quelque commandement qu'il fiBt, ponr les rébellions et les désobéissances que faisoit le dit appelant, René de Fouillé et autres ses servitenni estans en en ladicte place. {Archives du château 04 Thouart), ' ArchiTes de Thouars.

ner, survint illec Hantoine Ledoux, fioy-difiatit proeorottr dudit Migneor d^Argenton, qui ioelle ceduUe en ma présence osta de ladite porte et me déclaira que ledit seigneur d'Argenton, son maistre, estoit de longtemps appellans *.

 la suite <1« ce procës^verbal, Pierre Gnilloton adressa fttt Parlement nn rapport où il exposait qu'il s'<itait rends en la yille d'Argenton, à quatre lieues de Thouars, « eêpët rans y trouver et appréhender en personne nobles pèr-

< sonnes, messire Phelippe de Commines, chevalier, et

< dame Hélène de Jambe , seigneur et dame dudit lieu, ( avecques lesquieulx ne peu avoir senr accès de parler f aucunement, parce que le chasteau estoit clos et que t ron ne m'en voulut faire aucune ouverture, i^ Le sergent attacha donc sa cédule < à la porte du chasteau du dit • lieu d'Argenton, ouquel estoit lors ladite dame Hélène t de Jambe, ainsi que de ce fut deuement informé. » Cette cédule portait qu*à défaut de paiement le dit sergent « exposeroit et mettroit en vente lesdits chasteaux et « hostels par criée au plus offrant et dernier enchérisseur, c au pIûs prouchain jour de marché. > C'est ce qui eut lieu, en effet; la criée se fit à Bressuirô et à Thouars. Personne ne mit ces biens à prix, et le procureur des La Trémoîlle déclara les prendre en paiement de sa créance, en se réservant de saisir d'autres biens si ceux-là étaient insuffisants, et, en effet, presqu'aussitôt après, on saisit la terre d'Argenton *.

Cependant, le procureur de Commines était intervenu pour former un nouvel appel au Parlement. Il soutenait

* Archives de Thouars.

' Archives de Thouars.

que le seigneur d'Argenton n'avait rien à restituer parce qu'il avait dépensé à Talmont et à Château-Gonthier plus de quinze mille livres, c'est-à-dire au delà des revenus qu'il avait perçus ; que l'on avait dans tous les cas commis une grave erreur en évaluant le revenu des domaines que l'on avait saisis ; que la forêt de Talmont valait annuellement de trois à quatre cents livres tournois, et qu'elle relevait non pas de la principauté de Talmont, mais de la seigneurie d'Olonne.

D'autre part, le procureur des La TrémoïUe niait tout ce qu'avançait le procureur de Commines. La forêt de Talmont ne relevait que de Talmont, mais lors même qu'il en eût été autrement, à quel titre Commines invoquait-il le lien féodal qui l'eût assujettie à la seigneurie d'Olonne? c Dient les dits intimés que de dire par le dit appellant « qu'il soit seigneur de la seigneurie d'Aulonne, n'y a c apparence ; ains de la dite terre d'Aulonne, de Berrye et t autres terres jusques à deux ou trois milles tournois de c rente qui appartindrent à feu monseigneur le viconte de c Thouars, ayeul maternel des dits intimés, le dit appelc lant en est usurpateur comme il estoit de la principaultë « de Thallemond, Bran, Brandois et Curzon * . »

Lorsque Commines tomba en disgrâce et fut réduit à s'éloigner de la cour, il invoqua lui-même ces circonstances pour obtenir de nouveaux délais. D'une part, il annonça l'intention de faire droit aux réclamations des La TrémoïUe; d'autre part, il représenta qu'il se trouvait dans l'impossibilité de se défendre. Rien de plus noble que la conduite du Parlement dans cette affaire. Quelque convaincu qu'il

* Archives de Thouars.

fSt de la déloyauté de Commines, il n'hésita pas à accueillir cette requête afin que ses décisions impartiales fussent rendues après un débat contradictoire : « Appoincté est, c sans préjudice de l'accord que on dit estre fait entre t les dites parties, qu'elles produiront ce qu'elles vouldront « dedans le premier jour de juin prochain, et se Tempes- « chement dudit de Commynes dure encore, il restera à t la court de pourvoir d'autre délay *. »

Commines, retiré en Bourbonnais, adressait à Laurent de Médicis cette lettre qui fait allusion à ses relations financières avec les Sasseti :

Au seigneur Laurene de Médicis.

Seigneur Laurens, je me recommande à vous tant comme je pois. J^escrips aucunes choses d'importance à Cosme Sasset, lesqaeus il vous fera sçavoir. Je vous prie que à diligence m'en fassiez response et que m'en mandiez vostre avis ; car en Testât que sont mes affères, j^ay bien bessoin de tel conseil que le vostre. Toutesfojs je ne suis point despourveu d'amis , et si TOQs me voulez emploier en riens, me trouverez toujours vostre serviteur. Priant à Dieu , seigneur Laurens , qu'il vous doint accomplir tout ce que vous dessirez.

 Molins, le IX^ de maj.

Le plus que tout vostre, Commynes *.

Le duc de Bourbon, qui résidait à Moulins, était un prince faible qui se souvenait de ses intrigues de la ligue du Bien Public et qui écoutait en ce moment Commines pour le trahir quelques semaines plus tard.

^ Archiyes de Thouars.

* Bbnoist, lettres de Comptes, p. 16.

conniBS. — II. A

Sp LETTRES fiT {fjBOOCyATIONS

Gmssm^ fît w^^ A ^ovitim le ûuc à» JUwwi« qui

ay/aji|: ç^ntei^j^ à )« fw3 chM3er de 1» coiir, et 4»î fsm^ qifit^ li^HW^me parc^Q que O^Jee YIII plaçait .en liUU^ S08 fjro^jres prëte^tioi^ w-^iessus 4e celles de la mai^n d'A^jPiji* Coifïufineu dit en parlant du duc de LofraÎM : f II « iQ^ feit l^ plus gr^t chiëre du mond^, soy doulant de < çeulx quj demoroient au go^yerneHleilt ^ » Coeî A'iétait pas moins vrai du duc de Bourbon.

iGoo^inines, aidé par son ami le sire de Gulsgit, dëeîda le di^c 4p Bourbon à se rendre à Beauvais pri^ du roi Charles VIII pour lui porter ses plaintes sur le gouviernement du royaume. Charles VIII, qui avait besoin du duc de Bourbon dans un moment où Maximilien prenait leç armes, lui avait promis d'avoir égard à son conseil t de bien traiter les grands, bons et notables personnages « de son royaume ', » et Commines avait pu croire que cette promesse le concernait directement. Néanmoins , comme il était sous le coup des lettres du 10 juin }48Q, il eut besoia pouf* accompagner le duc (JiÇ Bourbon i'^n $^urcoodiut qui Uu fut accordé I0 2Q août de la mêma aiiné» :

De par le roj. Nos amés et féaujx, nostre pncle de Bourbon nous a ûUt prier que le seigneur d'Argenton, qui est avec luy, puisse venir, et il le puisse seurement amener par devers nous : ce que voulentiers luy avons octroyé. Et par ce ne luy donnez ou faiet^ donner fuicun pmpeschçment, car nous n'en seripns

' Ifém,, t. Il, p. 299.

A CloniirROY, HùMri di Cl^rles YIIJ, p. &31, Oa p«iit appliquop à Commines ce passage de ses mfimoire^ : f ^aUa piutat^pn ne *pf ut estreen ang royaulme qu^elle ne soit bien douloureuse pour la plupart, et combien que aucuns j gaignent, encQr^fi H y en ^ CA^ plus qui j perdent... Ce qui plaist i uog voy, despUiyt 4 Taultne. i Jklém.,t II, p. 683.

pM conÉsns; et «*il j smÀt csuae de luy ffitire queS^é ^aâ^ftfst, nooB «ommes pour le faôre obéjr et satislairê à jinèîta* Donné à Beauvais, le XXIIIP jour d*aoât.

Cm&LES *.

Mais tela ne suflSsait point à Commines. ïl redoutait autant la justice royale que le roi lui-même, et ïl réclama de h cour du Parlement une ratification des lettres de sauf-conduit :

Veues par la court les lettres du roj, et vmdo au$«i là rôqtvMte bailliée par le seigneur d^Argenton , pftr laquelle il requcvoit que, attendu le contenu es dictes lettres, ne luj fuat donuié aucun empeschement à sa personne, la court le li^ a octroyé et a commandé au greffier la réponsce à sa requeste, et qu'elle feust par ledict greffier signée *.

L'entrevue du roi et du duc de Bourbon fut sans né^attat. Le roy estant à Beauvais, à l'entrée du mois de sef)tembre. Tan mille quatre cent <}uatre-vingt et six, monseigneor de Bourbon, venant «le son pays de Bourbonnais, arriva en cour, bien «coompagné , rt le roy envoya des plus ^ens de bien de sa maison au devant de hii : il avoit dans sa maison aucuns de ses verviteurs, qui estoient fort grands mutins, dc^ le seigneur de C«latfit et le sdgneur d' Argenton qui s^estoit retiré par devers luy, estoient les principaux, qui avoient attiré plusieurs jennes gentilshommes à leur cop4^^ ; ^t, trois ^ou quatre jours, après que mondit seigaevr de Botifbon eut séjourné audit Beauvais, à la poursuite des dits

* Mém,, t. III, pr. p. 137.

• Mén,, t. III, pr. p. 137.

c seigneurs de Calant et d*Argenton (je crois bien que « monseigneur d*0rlëans, qui estoit aussy à Beauvais, « et ceux de sa bande n'y nuisoyent pas), mondit sei-

< gneur de Bourbon feit un peu du courroussé, feignant « de n'estre point content de monseigneur et de madame « de Beaujeu, ny du seigneur de Graville et autres € qui gouvernoyent sous eux, en disant qu'ils estoient c cause de la guerre que le duc d'Autriche faisoit, et « du mescontentement qu'avoient les autres seigneurs du « sang. Il allëguoit qu'il estoit connestable, et qu'à luy « appartenoit l'exécution de la guerre, et qu'il s'en vouloit « aller en Picardie, pour résister à l'entreprise du dit duc € d'Autriche et y trouver quelque bon appomtement. De « fait, il partit du dit Beauvais contre le gré du roy, pour € tirer en Picardie : il y eut à son départ des allées et c venues de la part de monseigneur et de madame de « Beaujeu, et autres grands personnages de la maison du € roy, par devers luy, pour interrompre son despart, mais c il n'y eut point de remède ; et il s'en alla au giste en la « Neuville-en-Hez, à quatre lieues de là. Auquel lieu sem- € blablement, dès le lendemain, il y eut des gens envoyés

< de par le roy et mondit seigneur et dame de Beaujeu « pour le retarder ; mais toujours il faisoit du mauvais « cheval. Toutefois quelque chose qu'il fît, je crois qu'il € l'entendoit autrement, et qu'il avoit une secrète intelli- « gence avec mondit seigneur et madame de Beaujeu, qui € se menoit par aucun de ses serviteurs ; mais il vouloit € bien feindre d'estre un peu mescontent, pour contenter les « dits seigneurs de Culant et d'Argenton et autres qui « estoyent de leur bande, et par ce moyen il sçavoit tou-

t jours le faict et les intrigues de muiidit seigneur t d'Orléans et de ceux de sa suite ^ >

Guillaume de Jaligny termine la page que nous venons de citer, par ces mots : « Quoy qu'il en soit, bientost après « les dicts seigneurs de Culant et d'Argenton furent mis c hors de la maison du duc de Bourbon. i»

Voici les détails que Guillaume de Jaligny donne à ce sujet : « Le lendemain que le roy fut arrivé à Compiègne, a monseigneur de Bourbon se trouva avec monseigneur et d madame de Beaujeu, et se mirent à part eux en conféa rence, et là eurent plusieurs paroles ensemble, chacun « faisant sa doléance et plainte, de ce qu'il luy sembloit que « l'un faisoit tort à l'autre ; mais, après plusieurs remons- « trances, ils délibérèrent d'estre bons frères et parens, « et d'avoît le faict du roy et du royaume sur toute chose « à cœur et en recommandation, et de s'employer à son « service comme ils y estoient tenus, sans avoir de partia-' ce lité pour quelque homme que ce fust, et là arrestèrent « entre eux de plus, que tous leurs serviteurs qui s'estoient « meslés, ou avoient volonté de mettre et nourrir quelque « dissension et division entre eux, qu'ils s'en defieroient « et ne leur donneroient plus de crédit auprès d'eux ; et, « à cet effet, pour ce que les dits seigneurs de Culant et « d'Argenton estoient notés estre des principaux, mondit « seigneur de Bourbon, dès lors, leur donna congé et les « esloigna de lui avec tous ceux qui estoient de leur intel- « ligence. Plusieurs gens de bien, qui aimoient le service « du roy, furent fort joyeux de voir les deux frères estre a ainsi bien ensemble, pour ce que les affaires du roy s'en

* OoDBFROT, Eût. de Charles VIII, p. 6.

« fortifioient toujoars davantage ; mais d'autres, au con- « traire', qui eussent biea voulu voir des brouillerieB dans <^ rSstat, a'eu estoient pas fort joyeux ^ »

Coivmines n'en oontinua pas moins ses complots. Il avait, raconte* Octavien de Saint-Gelais, formé le projet dis s'emparer de la personne du roi de France. Tout au- moins s'agissait-il d'un^ vaste prise d'armes contre la dame de Beaujeu.

Quels étaient les principaux complices du sire d'Argeaton? Par une coïncidence remarquable, il faut à la fois citei: parmi eux un prince: qiue l'histoire a inscrit au nombre d^s.bons rois, et un prélat qu'elle a également placé parmi les. grands ministres. C'était! le duc d'Orléans qui régna depuis sous lie nom de Louis XII ; c'était, l'é^v^êque dei Mon^tjbubani q|uii,. sous* le titre de cardinal d'Amboise, de^t être l'illustre. Gonseiller de ce même roi Louis XII.

NquS' ne savonssi Commines revint preadu^roi, sur la f^iides ancienne» lettr,9S( dei sauf-conduit, ou bien* s*iL essaya^ ce qui paraît pkus probable^ de feindre une fausse soumissâon. MaJgfé son habileté^ il fut pris au piège : (c Au mois <t de janvien 1486 (v. st.), continuo Guillaimie de Jaligny; « le.roy fut.adverty que les» évesques de Périgueux, sup^ (i noinfîié de. Pompadour, et de Montauban,. surnommé de « Chaumont^ et les^. seigneurs d'Argenton et de Bue j, frère (c dudit évesque de Montauban^ avoi^xt intedligence.' avec (c monseigneur d'Orléans et monseigneur de Dunois^ et « d'autres quL s'estoient retirés^.en Bretagne, et qu'ils leur a faisoient» scav-oir toutes nouvelles de cour. M<esme fut (c trouvé. un homme allant d'Amboise (où ils estoient aveo a le roj). en. Bnetftgiie, portant des lettres d'eux,, et crois

' GoDEFROY, Histoire de Gharkt VIM, p. 9.

DE CO:\IMINES. 55

« Hèû que le porteni^ destlites lettres ftt sotis in^va} sçavoir cr ^n me^dâger dfta d'estre trouvé chai'gë d'icelled ïetti'e» : <t foxfc eé faset, )e roy les^ fit udi matin eôffsHitoer pr ii^iit- « niers, et à chaen d'euxf bailta des gsifdfes et les fit € iiettre en- lieu seur K »

NêBS ile^ poes^ouB pace d^auti'es détàiie sw rarresrtatidn éa CotÊmiae^. Nou» savoft^ satflement que ee fut le slré do MédUiUStittoii' cpÈÂ TiM la itiaSu sUf lui M saidissant et ittSrrië tëtfipB sift ^seell^ et ses bijoux qui' étaient d'une ^\é'^

Dès que rarreetortioû' de Coiïmiines fut connue, ui4 bour-* gëofc de Tours qui avait été chargé dé remettre à son mattre à*h6tA la letti^e écrite dè^ Saint-Maurice, se présenta devMt le chancelier de Bourbonnais et le général de Langnedoc et \él- déposa entre leurs mains. Il déclara qu'il l'avait reçue d'un homme inconnu et écrivit lui-même au ^rsa lev quelques lignes que nous allons reproduire :

Ces présentes me furent baillées par ung passant que je ne

côDgnois, il y a environ huit mois, pour les bailler au maistre

d'hostel de monseigneur d'Argenton, depuis lequel temps je les

ay gardées. Depuis' que j'ay oj les nouvelles dudict d'Argenton,

jiB^les ay bailléesrà monsieur le chancelier de Bourbonoys; mais^

tre GbariéB de 1» Vernade, et monsieur le général de Languedoc,

pour en faire, pour le bien du roy, ce qu'ils verront bien estre.

Du jeudi XV* jour de février 1486.

Bàsquet ^

Les preuves de la trahison de Commines se multipliaient : il fat conduit au château de Loches ^.

* GoDBFROY, Histoire de Charles VIII, p. 14.

* Documents français à Saint-Péterslxmrg , vol. 71,ii» 31.

' n est à remarquer que l'un des derniers actes où Commines eût

Peu de mois s'étaient écoulés depuis que, Louis XI étant mort, Olivier le Diable avait cessé d'être capitaine du château de Loches ; mais tout y retraçait encore les plus tristes souvenirs. Autour du donjon, un vaste terrain que la cognée avait dépouillé de ses chênes séculaires, rappelait une des bizarres fantaisies de Louis XI qui, ayant reçu un jour une fâcheuse nouvelle dans cette forêt, avait fait détruire les arbres qui, a ce qu'il croyait, lui avaient porté . malheur ^ Dans le donjon où avaient été enfermés le duc d'Àlençon, Philippe de Savoie et tant d'autres victimes de sa tyrannie, se voyait encore une de ces cages de fer, basses et étroites, à double serrure, où le prisonnier, même sous les barreaux de fer qui l'entouraient, portait une lourde chaîne terminée par une sonnette de cuivre, afin que le moindre mouvement n'échappât point a l'attention des geôliers. Étrange et terrible exemple des vicissitudes de la fortune! Le ministre de Louis XI, conduit à Loches, fut enfermé dans la cage de fer inventée par son bon msdtre pour torturer les pensionnaires du barbier Olivier. Il rapporte lui-même « qu'il tasta de ces rigoureuses prisons *. »

Ce fut probablement alors qu'il répéta, à ce que raconte Sleidan, ce verset du psalmiste qui s'appliquait si bien â sa situation présente : Veni in altitudinem maris et tempestas demersit me.

Gommines put faire à Loches d'amëres réflexions sur la

figuré comme témoin, était une charte en faveur de la collégiale de Notre-Dame au château de Loches. Recueil des ordonn.^ t. XIX, p. 367.

' Louis XI ne gardait ni les habits, ni le cheval dont il se servait un jour de malheur ou de contrariété. Cabinet de Louis X/, Lbnglet, t. II, p. 246.

* Mém., t. II, p. 265.

vanité de la puissance et de la grandeur, et la trace s*en est conservée dans ses Mémoires :

c Nostre vie, dit-il, est si brefve qu'elle ne suffist à avoir c de tant de choses expérience... Tout bien regardé, nostre i seulle espérance doibt estre en Dieu; car en cestui-là gist c toute nostre fermeté et toute bonté, qui en nulle chose c de ce monde ne se pourroit trouver, mais chascun de c nous la congnoist tard, et après ce que nous avons eu < besoing^ »

Supporta-t-il son malheur avec courage ? Sa prison retentit-elle de ses lamentations? € L'on dit que le plaindre « allège la douleur, » mais Commines qui fait cette observation en parlant de lui, ne l'applique qu'à ses maladies où il montrait moins de force et moins de patience que le roi Louis XI *.

Il affirme du reste que les peines du corps sont bien moins grandes que celles de l'entendement, même dans le bonheor, même dans la prospérité, à plus forte raison pour ceux (( qui sont des conditions de ceulx qui sont nommés au c< livre de Boucasse... Les coups que Dieu donne sur les « grans, sont surtout les plus cruels et les plus pesans^. » Hélas! Commines venait lui-même ajouter un chapitre de plus au livre : De casibus virorum illustrium.

Il est à penser toutefois que Commines ne fut pas traité avec une extrême rigueur. François de Pontbriant qui avait remplacé Olivier le Diable comme capitaine de Loches, ne loi était pas inconnu, car c'était ce même personnage qu'en

* Mém.,i. h PP* 113 et 156.

* M^., t. II, p. 256.

* Mém.y t. II, p. 584.

14H) il avait si vivement i^ecommandé au dut de Milan K Du reste, la détention de Commiftes île âe prolongea pa^ huit mois comme il' le dit dans ses Méitaoires *, mais un peu plus de six mois, et Ton comprend que ce temps lui ait parti bien long.

Un arrêt du parlement du 18 juin H87 ordonna que Cbmnlines serait conduit en la Conciergerie d\i Pàlaiiô à Paris : il n'y arriva toutefois qu'après lé 17 juillet, date de l'ordonnance suivante du conseil de la grand'chambre :

Veues par la court les lettres à elle escriptes par François de Pontbriant, capitaine de Loches, par lesquelles il a escript qu'il a amené à Corbeil, par l'ordonnance du roy, les évesqties de Montaulbàrt et dé Périgueuï, et qu'il «mlène* à Paris le seigneur d*Argenton et six a'uti^es prisoniliters, et tout considéré : ladkte cour a ordonné et ordonne que ledict seigneur d'Argfenton sera mis prisonnier en la haulte chambre de la tour o&rrée de la consiergerie du Palais, gardé par deux huissiers de ladicte court qui luy feront sa despense. Et, au regart des autres six, ils seront mis es prisons faictes nouvellement en ladicte consiergerie, séparémeïit et le plus seurement que faire se pourra '".

Une autre ordonnance prescrivit les mesures de surveillasice qiv'il y avait lieu de prendre à l'égard du prisoimier; dont on redoutait l'évasion :

La court a permis que messire Philippe de Commines, chevalîfer; seigneur' d*Argentori , à présent prisonnier en la tbul* carrée dès haultes» gallèTiei^ dfe ce palais; puisse oyh' messes' eftt

* Voyez tome 1, p. 317. François de Pontbriant était fort dévoue à Charles VIII. Il avait été pris par les partisans du duc d'Orléans au mois de septembre 1485. Histoire de Charles VlII, pi 4Ô2.

• Mém., t. II, p. 265.

' Mém,,i. III, pr. p. 141.

sapriaon, tous les jours à ses dépens, se bon lui semble; et a eBJeinct ladiete court à Nicolas le Mercier et Jehan Bachelier, huissier en ladicte cour, qu*ils prengnent de jour en jour ehapeUain pou7 dire ladicte messe, et qu'ils ne laissent parler ledict d'Argenton andict chapellain, ne autre, en quelque manière que ce soit; et qu'ils gardent bien et seurement ledict d'Argenton, tellement que aucun inconvénient n'en adviengné, sur leurs vies, et qu'ils facent mettre des crochets de fer aux huys diesdietes galleries et iiticent murer les fenestreS' des gatleries du eosté de la rivière.

Aujourd'hui Jehan Balay a mis par devers le greffe criminel de la court de céans certaine clef qu'il disoit estre de l'un des hiijs des galleries haultes de la Consiergerie, et a requis qu'il pleust à la court faire mettre des serrures ou fermetures auxdicts huys et autres de ladicte galierie ^

Le Parlement avait délégué Martin de Bellefaje pour interrogar Commines « sur plusieurs mauvaises et dampc< nées eutreprinses, couspirations et machinations illicites « contre le roy et son auctorité, ainsi que sur plusieuris « lettres contrefaictes, avec les expositions d'icelles, infor- « mations et confessions '. » Martin de Bellefaye, arraché de son siège par Tordre de Louis XI et livré à ses honteuses vengeances^, venait de rentrer au Parlement pour présider aune enquête qui embrassait et les périls du règne nouveau et les abus du règne précédent.

Lundy XIIP jour de juillet 1487, au Conseil de la grant chambre.

A esté fait venir messire Philippe de Commines, chevalier, seigneur d'Airgenton, prisonnier en la tour carrée, de la conaier^

* Mém., t. III, pr. p. 142.

• Mém., t. III, pr. p. 140.

' ReeneU des ordonn., t. XIX, p. 338^.

gerie de ce palais, auquel, après serment par lui faict de dire vérité, lui ont esté leues de mot à mot ses confessions autresfoîs faictes par devant aucun conseiller de ladicte court, ensemble la confrontation dudict d'Argenton et d'un nommé Georges, faicte par devant ledict conseiller, èsquelles confession et confrontation il a persévéré, sans j vouloir ac^outer, ne diminuer, et icelles a dit contenir vérité. Ce fait, a esté interrogué touchant certain article contenu en certaines lettres missives escriptes p^r le seigneur de la Forest ; lequel d'Argenton, après lecture à lui faicte dudict article, a dit qu'il n'estoit véritable, et du contenu en icelluj n en parla jà : mais audict seigneur de la Forest, et dit, sur ce interrogué, que sur ledict article ne s'en vouldroit audict de la Forest rapporter, pour ce qu'il scet la prinse et détention de la personne de qui il parle, et pourroit avoir esté induit à charger ledit d'Argenton. Et à tant a esté renvoyé en sa prison *.

C'est tout ce que nous possédons des interrogatoires subis par Commines à Loches et à Paris. Il lui avait été à peu près impossible de trouver quelque avocat qui se chargeât de sa défense : il Tentreprit lui-même et plaida pendant deux heures. « Il insista fort, dit Sleidan, sur les travaux « et peines qu'il avoit soustenus pour le roy et le royaume, € combien le roi Louys s'estoit montré envers luy de bonne « volonté et libéralité, et qu'il n'avoit rien fait par ambition € ou avarice ; que s'il se fust voulu enrichir, il en avoit eu « autant grand moyen qu'homme de sa qualité et estât *. »

Le discours de Commines, à ce qu'assure Sleidan, fut fort éloquent, et il put dès ce moment obtenir quelques adoucissements dans les précautions dont on entourait sa captivité. Les fenêtres furent démurées ; quelques grilles disparurent,

« Mém., t. III. pr. p. 143.

* Mém.^ éd. Lenglet, t. IV, 2, p. 123.

et le prisonnier put voir et Tazur du ciel et les eaux de la Seine, chargées de nombreux bateaux qui en remontaient le cours.

Il est permis de croire que Commines, tranquillisé sur son sort, ne se borna pas, pendant sa captiyité, à compter les navires qui arrivaient de Normandie \ et que ces longues heures furent en partie employées à la rédaction de ses mémoires. Ils aysûent été commencés, paraît-il, aussitôt après la mort de Louis XI *. Il les poursuivit dans le silence et dans la méditation de la captivité ; et cette fois encore, les enseignements du malheur rendirent les jugements de l'historien plus profonds et plus sages ; mais en comparant « les pertes et doaleurs reçues depuis le trespas de ff Louis XI )> aux « grâces et privautés » dont il avait été comblé, il ne se sentit que plus porté à louer et à excuser le piince que, presque seul au milieu de ceux qui le maudissaient, il continuait à appeler « son bienfaicteur '. »

Cependant, le procès des La TrémoïUe contre Commines, suspendu depuis le mois de février 1487 jusqu'au mois de mars 1488, avait, dès cette époque, occupé de nouveau le Parlement. Piédefer, avocat de Commines, réclama un autre ajournement, que combattit Michon, avocat des La Trémoïlle.

« Le délai étant passé, Piédefer, pour le défendeur, a dit

< que la cause de son empeschement dure toujours et que

< il ne scauroit faire son enqueste, car toutes les terres du « dit défendeur sont saisies, et si ne parle personne à lui, « par quoy impossible seroit de y besongner, et doit avoir

* MéM.f t. I, p. 74. - » Mém.y 1. 1, p. 156.

' Mém,^ 1. 1, p. 4.

c dëlay de iroys noya après sa délivrsnœ. MichoH dit ffue c ledit (défendeur a des gens et procureurs assec iBstruie de € la matière et que la présence dudit défendeur n'y est < requise ^ »

Huit mois après, Piédefer insistait enoore : c Ptédefer « pour Commynes a dit que il &*avoit charge, ne mémoires « pour ledit défendeur qui estoit empesché tant en sa per*- « sonne que en ses biens, comme chacun scet, et estoient « ses terres saisies at ft*east sceu faire son enqueste'. »

Cependant de graves événements allaient s'accomplir. Le duc d'Orléans, le duc de Bretagne et le prince d*Orange avaient levé l'étendard de la rébellion , et c'était l'illustre héritier d'une maison longtemps spoliée, c'était Louis de la Trémoïlle qui commandait l'armée du roi. La guerre le ramenait dans ses domaines héréditaires. Le 19 mai 1488, il était à Thouars et écrivait que l'on craignait un débarquement des Anglais aux Sables d'Olonne ^. Le 30 juin il r^fonçait la garnison de Thouars^. Un mois après, ia victoire de Saint- Aubin du Cormier couronne sa fidélité et son courage, et Anne de Beaujeu qui, dès le mois d'avril, a recommandé aux conseillers du Parlement « de vider le ce procès touchant la visccnté de Thouars en âivenr de « son cousin de la Trémoïlle, lequel est continuellement « occupé au service du roi en ses plus grans alOTaires, » n'hésite pas, le 22 septembre, à donner, au nom du roi, des ordres formels pour qu'il en soit ainsi \

* Archives de Thouars.

' ArchiTes de Thasans.

' Documents français à Saint-Pétershourg.

* Documents français à Saint-Pétershourg .

^ Mém., t. I, introd., p. XCV.

DE OOMMINES. 63

Vm 4as plw Mvan^ éàiiwr» àe Comakx^n. GoMwy^

rapporte que la restitution de la vicomte de Thouars fut * le prix des services rendus par Louis de la Tréjnoïlle à la bataille de Saint- Aubin, et Jean Bouchet ajoute, dans le panégyrique de son héros, que cette vicomte et d'autres terres, venant de la succession de sa mère, ne lui furent délivrées « non sans grandes mises et labeurs » , mais qa*il demeura enfin prince de Talmont et vicomte de

Ëa ^4st, Louis ie k Trémoïlle, dans tout l'éclaf de sa gloire, avait été réduit à présenter de nouvelles réclamations où il exposait qu'il avait dépensé vingt mille francs pour le service du roi et qu'il n'avait pu recouvrer l'héritage de ses oyexxx ^ .

Si Ul défaite du duc d'Orléans, à la jourcuée de Smt- Attibin^diirCorfflier, servit mal les projets ambitieux ds Cornmines, elle lui fut utile à un autre point de vue, car Me permit de ne plus redouter la faetion à laquelle il avait apporté l'appui de ses intrigues. L'intervention du pape Innocent VIII en faveur des prélats arrêtés en même temps qu^ lui , m fut pas mn ^Im ^ ws influence sur l'heureuse is94Le d^s paurisuit^t dont était saisi le I^arlemeut.

Laurent Spinalli éerivait, Ib 28 mars 1488, à Lauréat de Médicis :

Vpvbi 4iii*«z appris que le» ambaasadeurs du |w^pe se sont tiiés à lofir honneur 4e leyr bar^^ngue et que T^equ^ eja a iU gmimmt kmét JLe m Us ^ chargéf d^ juger U proote de F^J99(9 i^ tfofttAulw^u et de levéque d^ Périgueu^, 9i il» wt ûiêvoeik i Ja tom, p^ucmt qu'il» «erpftt atusous. S'il ^

' DoefmenU français à SaiiU'Pétenhcmrg ,

est ainsi, monseigneur d'Argenton peut avoir bon espoir pour lui*.

La procëdure instruite contre Commines ne se termina qu'un an après : le 24 mars 1489, un arrêt du Parlement, que nous reproduirons , le condamna à dix ans d'exil dans un de ses domaines et à la confiscation du quart de ses biens.

Yeues par la court les chaînes, informations et procès faicts à rencontre de messire Philippe de Commynes, prisonnier au palais, à Paris, pour raison de ce qu*il estoit chargé d'avoir eu intelligence, adhésion et praticque par parolles, messaiges, lettres de chiffre et autrement avec plusieurs rebelles et désobéissans subjects du roj, et d'autres crimes et maléfices, les confessions dudict de Commynes, faictes tant par devant aucuns commissaires, ordonnés par le roy que depuis en la court de céans, lesdictes lettres de chiffres, confrontation et autres choses estans audict procès et tout considéré, dict a esté que ladicte court, pour réparation et pugnition desdicts cas, a condamné et condamne ledict de Commynes à estre relégué, jusques à dix ans prochainement venans, en une des maisons, terres et seigneuries de luy ou de sa femme, telle qu'il plaira au roy lui ordonner, dont il ne partira durant ledict temps, et promettra et jurera ledict de Commynes que par lettres, messaiges, ne autrement il ne cornmunicquera, ne praticquera avec aucuns qu'il saiche vouloir entreprendre aucune chose contre l'auctorité du roy et le bien du royaulme, et s'aucune chose il en scet, en advertira ou fera advertir le roy sur peine d'estre tenu et réputé crimineux de crime de lèse-msgesté et comme tel pugny, et, néantmoins, de ce faire baillera bonne et suffisante caution, jusques à la somme da dix mil escus d'or. Et si a déclaré et déclare icelle court la quarte partie de tous les biens dudict de Commynes estre acquise

* ArchiTes de Florence.

et confisquée au roj, et sans pr^udloe du drokt prétendu par Jehan d'Orval en la conté de Dreux. Prononcé le vingt-quatriesme • jour de mars, Fan mil quatre cens quatre-vingts huict '.

Nous ne savons si Gommines prêta le serment de ne plus pratiquer. Du reste, la confiscation d*une partie de ses biens ne fut point exécutée, et la sentence même d'exil , conune nous le verrons bientôt, fut appliquée avec peu de rigueur.

Cependant, Commines était à peine rendu à la liberté, lorsque des sei^ents se rendirent à Ârgenton afin de poursuivre Texécution des arrêts du Parlement qui avait, depuis longtemps, ordonné qu'on mît ce domaine aux enchères pour satisfaire à des amendes et à des indemnités judiciaires. Si Commines avait résisté du fond du Châtelet, en défendant Talmont et Olonne avec une persévérante ténacité, il n'eût pas, à plus forte raison, laissé aisément échapper de ses mains l'héritage de sa femme, ce manoir d'Ârgenton dont les seigneurs avaient figuré avec gloire daus les chroniques de Froissart. Son habileté étant à bout, il n'hésita pas à recourir à la violence. Aidé de ses serviteurs, il repoussa par la force les sergents qui se présentèrent : de là, un nouvel ajournement devant le Parlement « sur peine de bannissement du royaume '. »

Dix jours après, le Parlement déboutant Commines de tous ses moyens de défense, le condamna définitivement à restituer Talmont et Château-Gonthier.

Gommines continuait à alléguer des réparations considérables exécutées à Talmont et à Château -Gonthier, pour

* Mém., t. III, pr. p. 146.

* Archives de Thouars.

comiifvs. ~ II. b

contester les restitutions de revenus, qu'on lui demandait ; mais il ne s'appuyait que sur de vagues affirmations, comme on peut le voir dans la requête suivante ;

Supplie humblement Philippes de Commjnes, chevalier, seigneur d'Ai^enton , comme commandement ajt esté fait au procureur dudit suppliant de baillier ses deffenses contre la déclaration des fruits de plusieurs années, des terres et seigneuries de Talemont et Chasteau-Gontier, à luj baillée par Topinion de monseigneur de la Trémoi'Ue, et aussi de bailler par escript les réparations que icellui de Commjnes a faictes es dits lieux, ce qui seroit impossible au procureur dudit suppliant, parce qu'il n'a mémoire, ne instruction pour ce faire, etc. '

En vain voudrait-on, ajoute Commines, consulter les receveurs pour évaluer les dépenses faites à Talmont et à Château-Gonthier Celles qui y figurent : « ce sont menues « réparations ; mais il y en a de grandes qui ont esté faictes « par le dit de Gommynes pour la fortification des dites c< places et chasteaux, et qui ont cousté au dit de Gommynes c< plus dé quinze mille livres tournois. »

En ce qui touche Argenton, la saisie est nulle quant au fond, parce que ce domaine appartient à sa femme et non à lui. La mise aux enchères ne Test pas moins quant à la forme, car elle a eu lieu, non à Passe-Avant, à deux lieues d*Argenton, mais à Thouars, qui est bien plus loin. Elle aurait môme dû se faire à Ai^enton, et Ton ne dit pas la vérité lorsqu'on soutient : c que au dit lieu d*Argenton non « erat jnstvs accessus^, »

^ Archives de Thouars.

• Ai-chiveii de Thouars.

Les années 1489; 1400 et 1491 se passèrent ainsi en interminables contestations. Enfin, deux arrêts, Tun du 31 août 1491, l'autre du 5 septembre suivant, ordonnèrent de nouvelles restitutions, celles des terres de Berrye, Olonne, Curzon, La Chaume, Bran et BraAdois, et, de plus, le remboursement des revenus injustement perçus par Cornmines et le paiement des frais du procès, évalues ensemble à la somme de sept mille huit cent onze livres quatre sous sept deniers parsisis, et payables nonobstant toutes oppositions ou appellations quelconques.

Le 17 février 1492, Jacques Gardeteau, sergent de Tbooars, se rend à Argenton, et là , il signifie à Antoine Ledoux, receveur du domaine d'Argenton, la saisie qui en est faite a pour convertir au paiement des sommes dont le « sire de Commines est refusant et en demeure. » Les biens sont mis aux enchères, et, le 14 mars, les héritiers de la TrémoïUe s'en rendent adjudicataires pour le montant de leur créance, qui est portée à la susdite somme de sept mille huit cent onze livres quatre sous sept deniers parisis. Cependant le sergent de Thouars, par incurie, avait perdu de vue que Tannée était bissextile, et il eu résulta que les délais fixés par le Parlement n'avaient pas été strie* tement observés. Il fallut annuler tout ce qui avait été fait et recourir à une nouvelle signification, mais lorsque le sergent retourna à Argenton, porteur de sa cédule, il n'y trouva plus Antoine Ledoux, « lors résidant à Paris pour « les affaires de monseigneur d'Argenton, son maistre ^ »

Commines, de son côté, poursuivait activement ses récla-

* ArchÎTes de Thouars.

mations vis-à-vis des banquiers florentins. Il écrivait, le 5 août 1489, à Laurent de Médicis :

Segneur Lorens, je me recommande à vous, tant comme je puis. Je vous avois escript touchant Thomas Portunary V II mois a ; mes vous n'avez pas eu les lettres, comme m^a mandé mon homme. Très-voUentiers j'usse atendu en m'asurant ma dette. Messer Aserito s'est mis à en nier une partie et à me volloir frauder de XIIIP escus. Je vous prie avoir tow^ours la matière pour recommandé. Mon homme est encore à Millan. Je ne se s'il apointeront : à moj ne tiendra. S'il est pès avec le roy des Romains, son fet en amendera. J'a^ veu lettres de Franconfort du XX* du mois pasé d'un de nous embasadeurs , qui asure l'avoir veu jurer, et à ste propre heure aj eu lettres de court, qui n'en font nulle mension. 6y encj est, vous le saree avant avoir ste lettre. Je ne se si en Bertangne Taseteront ; il sont beaucoup gens mal d'acort.

Cosme Saset vous ara de tput escript, lequel s'est très-exacte-

ment conduit comme j'ay entendu, et a bonne renommée des gens qui le connoissent. Là où je verois faute en vos serviteurs, je vous le manderois, car encj le m'avez-vous autresfois escript. Je ne les ay pas touiijours trouvés tous sages ; mes à mon avis il me craignoiept plus qye homme de desà.

J'ay eu en ma grant nésessité à fère de III cent escus, estant en la prison ; mes gens n'osoient epaprunter de lieu qui vint à connoissance et presoient les vostres pour les fournir ; il mirent XV jours pour en fournir II cent. Au saillir, voUus avoir trois ou IIII mille escus sur sertain argent, dont il me sont respondant pour monseigneur du Bosage. Nonostant que en ay escript souvent, n'ay peu tirer que III mille francs, que j'ay receu^puis, VIII jours son, et en a duré la poursuite IIII mois.

* Thomas Portinari avait été à Bruges le chef de la nation de Florence et le banquier des Médicis : il avait été élevé au rang de conseiller des ducs de Bourgogne.

Je se bien que n ont pas toQsjoars argent, mes j veoient mon besoing, et qui me fasoit pis, je dôutois que ste dissimulacion ne 8e âst à Tapétit de ceux qui me veullent mal , car partout mes biens estoient embrouiUiés. Toutefois je tous prie que pour cest heure n'en facez nul samblant, car je ne désire la malle grâce de nul* Je n'ay eu le ris à nul de vous senriteurs» non plus que à Tautre* mes seulement à vous, où j^ay plus d*e^rano6 que en nulle autre personne qui vive. Je vous prie que en escrivant à vous gens à Lion, dites seuUemont se mot, qoe en ce qui me touchera, qu'il y soient dilligents, et tousjours me pardonner que si ardiment vous escrips, et tous prie ne leur en mander autre ohose, car touijjours trouve Fransois Sasset, mon amy.

Le roi et Madame ^ puis peu de jours, me donnent espérance de mes aff&res et aux prélats prins cant et moy ont donné liberté d*aller partout et restitué les pensions de leurs frers. De oes choses n*ay jnsqaes icy fet nulle poursuite, mes en attenderay leur plesir; mes les presse des biens que m'ont ostés et fet perdre, car d^autre estât, ni office, n*ay nulle envie.

Segneur Lorens, je vous suplie avoir pour recommandé une matière dont n'a guères vous ay escript, qui s'adrèse à Rome, et me commandez vostre plesir, et vous me trouverez prest à y obéir, priant à Dieu, segneur Lorens, qui vous doinst tout se que vous désirez.

A Dreux, le V* d'aust, de la main de

Plus que tout vostre,

CoMldTNES *.

Cependant un compte modifié par de nombreuses réserves avait été signé à Dreux, tel que Commines l'avait écrit de sa propre main :

Nous, Lorens de Médicis et Fransois Sasset, compaignons à

* Madame de Beaigeu.

* Lettre autographe, qui peut donner une idée de Tortographe du seigneur d'Argenton. Bexoist, lettres de Comynes, p. 18.

Lion, oertefions que aigoard*haj, date de ces présentes, avons conté ayec monseigneur d'Argenton de plusieurs sommes de deniers, que avons eu afRêre ensamble juques aiyourdui, et de tout sommes demoré d'acort, excepté de la somme de Y mille escus qu'il nous demande pour le profit de deux ans finis de mois d'aust dernièrement passé, pour aucunes sommes d'ai^ni que avons eu de Ij en garde, comme estions acoustumé de fère le tams passé, se que ne Ij avons point aloué, ne mis en conte, ains sommes demorés d'acort que sj ladite somme lui est dû ou non, s'en remest ledit seigneur à la discrésion, jugement et équité du dessus dit Lorens de Modisis, et en tesmoing de ce, avons sine ceste présente de notre main et marque acoustumé. A Dreux, le VP de novembre. Fan IIII" IX'.

C'était surtout contre les réserves énoncées par Cosme Sasseti que Commines protestait le plus viyement, comme nous l'apprend la lettrp suiyante de Laurent de Médicis.

lUustrissime seigneur, j'ai reçu par le même messager une lettre de Votre Seigneurie, et mon âme est pénétrée du regret d'apprendre l'état d'irritation où parait vous avoir mis le dernier règlement de compte de Cosme Sassetti avec Votre Seigneurie. J'en serais bien plus désolé encore si je pouvais croire que Votre Seigneurie ait suspecté les sentiments de ma maison envers elle, & qui je suis si infiniment obligé à tant de titres que je serais l'homme le plus ingrat du monde si je m'acquittais envers elle autrement que je ne le dois, vu les immenses bienfaits que j'ai reçus de Votre Seigneurie dans la prospérité et dans les revers *.

• Archives de Florence,

* Anchora molto maggiormente me dolerià, se per questo intoadessi essere nata in quella alcuna sinistra opinioDe dello servitù mio verso VostraSignoria, alla qnale io sono tante obligato per infiniti respecti, che mi pareria meritare il nome de hiiomo ingratissimo, se io pagassi al présente quella de altra moneta che io li debbo , per molti benefici Hcetuti da Vestra Signoria nelle adversità et prosperità mie.

Aussi, examinant à fond la conscidnce de mon devoir, je puis assurer Votre Seigneurie que ni moi, ni aucun des miens nous ne ferons jamais rien qui puisse Tindisposer à mon égard ou lui faire concevoir une mauvaise opinion de moi. Et si ce que Gosme Sassetti a dit touchant les intérêts de Votre Seigneurie, devait avoir ce funeste résultat , j^en serais aflUgé jusqu'au fond de Fâme, parce que ce serait contre toute vérité et contre mon intention intime. Je confesse bien, et Votre Seigneurie ne Tignore pas , que depuis quelque temps notre maison de Lyon a essuyé des dommages* et des pertes d'une si grande importance que vis*à-vis de ceux qui ont été ou qui seront encore mes clients, comme Test Votre Seigneurie, il n'a pas été pos^ sible de se taire, de n*en point parler et de ne point s'en plaindre, comme Ta fait Gosme Sassetti : c'est là, peut-être, ce qui aura déplu à Votre Seigneurie ; mais elle peut être assurée que je n'ai, au fait, rien à discuter avec elle, soit à propos de ce qu'elle en écrit, soit pour tout autre motif. Votre Seigneurie pouvant disposer à son gré, non-seulement de toute la somme en contestation avec Gosme, mais de toute ma fortune, comme de la sienne propre. Que Votre Seigneurie veuille donc me croire, et que cette affaire se termine sans qu'il j ait le moindre nuage entre elle et moi, parce que je fais plus d'estime des bonnes grâces ' ^ de Votre Seigneurie, * quelle que soit sa fortune, que de n'importe quelle somme d'argent*.

Cest à une autre lettre de Laurent de Médicis que Commines répond en ces termes :

Seigneur Lorens, non obstant toutes mes plaintes que je fesois à Gosme Saset, votre serviteur, des rigoreux termes que me tenoit votre meson de Lion, sj^ ay-je esté forcé par ses remonstrances de f&re mon donmage et m'acorder à votre

' In ogni sua fortuna. y

' * Archives de Florence.

n LETTRES ET NÉGOCIATIONS

voUoir et au sien. Ledit f^KÛttement est bien mègre pour mo;, car sj j'avoia afte« d'argent durant ce terme, je n'en porois flner. Tontefois, ce que j'en aj fet, a esté pour demorer en Totre bonne grâce, à laquelle je me recommande de toute ma puisance, et mes ad%reB. I^edict spointcmeot m'& esté gref UDg petit, mes il m'a forcé. Des Qoavelles de dechà, ou dit que nom avons trois rois, nons voisins, qui nous menacent. Les n Ont defl afibres et graua empriitses, pour coy cro; que oest esté ne se fera point grsnt chose, poor Bretaigne et pour l'Esclnoe. En Flandre ; poroit bien avoir débat, raèa ceUa est bien A'sairaj et ne grève point ce réanme. L'nn senl de ces rois ne nons asaudra point; oss; n'y ferait point son profit. Pour ceste heure, ne se antre chose , sinon que toujours suis pnst & TOUS fâre service: priant & Dioi, seigneur Lorens, qui TOUS doinst acomplir tout ce qae vous désires.

A Amboise, le V de mars.

De la main dq pins qoe toat vétre, GomnKEi.

Au trifMmr Zortn* A» Médicû V

En même tempe, G<Mnmine8xhargeait l'ambassadeur Laurent SpiiwIIi de recommander le soin de ses intérêts anx chefs de la se^enrie de Florence.

Spinelli écrit le 25 mars 1490 à Laurent de Médicis :

Honseigneur tt'Ai^nton m'a écrit une lettre et m'a fait parler par l'homme qu'il a envoyé ici, en me priant très-instamment de vous faire part de ses sentiments et de vous assurer qu'il se dit votre serviteur et ami ; il me prie aussi de vods engager 4 1« traiter commo le mérite l'affection qn'il a toi^jonrs témoignée 4 Votre Magniflcence. J'écris à ce scyct à Filippo de Cagliano. Pour le surplus, vous pourrez vous faire montrer la lettre ».

' Arcbites de Florence.

^ Archive» de FJorence,

Gommines n'en repoussait pas moins toutes les propositions d'arrangement qu'on lui adressait. Cosme Sasseti mandait à ce sujet à Laurent de Médicis :

J*ai bien des fois réclamé la lettre d*Argenton et votre avis sur la manière dont vous entendez qu'on le paye. Quant à lui, il ne veut a'aoconunoder en aucune façon de ce vous m'avez

écrit à diverses reprises : il lui semble qu'on ie trsune en longueur, et il fait des plaintes. Délibérez donc bien vite sur ce qu'il faut faire et répondez -moi ^

Comme si ces difficultés ne suffisaient point pour calmer l'activité de son esprit, Commines intentait en même temps un procès à André de Vivonne pour faire annuler les lettres royales qui lui avaient enlevé la sénéchaussée de Poitou. Nous retrouvons ici l'avocat Piédefer, mais la partie adverse lui répliquait assez rudement que le roi n'avait fait que pourvoir a à un cas insupportable et notoire, que Comtf mines avoit esté convaincu d'avoir eu aucunes intelli- « gences, conspirations et factions avecques aucuns tenans « parti contraire au roy, qu'à ceste cause il ne povoit « exercer, ne tenir l'office de séneschal, signanter que le « danger estoit lors sur les marches dudict pus de « Poictou *. »

Commines, expulsé de Talmont, menacé à Argenton, s'était retiré au château de Dreux , et là aussi il avait un procès à soutenir contre le seigneur d'Orval, qui contestait la validité de la vente consentie par Alain d'Albret.

* Archives de Florence.

* Mém., t. m, pr. p. 152.

C'était au monastère de Notre-Dame-la-Ronde , près de Dreux, qu*il ayait dépose, comme une offrande qui rappelait sans doute quelque vœu formé dans ses heures d*angoisse et de péril, les chaînes qu'il avait portées à Loches ^

Un rayon de bonheur, bien différent de celui qu'on demande aux brûlantes déceptions de l'ambition politique, mais que donnent les joies paisibles et pures du fojer domestique, vint éclairer à Dreux la yie de Commines, après tant de souffrances et de cruels revers. Il avait eu déjà, probablement pendant sou séjour à Montsoreau en 1486, un enfant qui mourut peu après. En 1490, Hélène de Chambes qui avait intercédé près du roi pour le faire sortir de sa cage de fer de Loches et qui paraît lui être restée fidèle et dévouée, le rendit père d'une fille qui devait vivre et transmettre le sang du seigneur d' Argenton à de royales générations.

* Cependant le séjour de Dreux n'était pour Commines qu'un exil. Il n'aspirait qu'à revenir à la cour où il avait à recouvrer à la fois son influence et ses richesses.

* Les anneaus des chaînes que portait Commines, étaient passés dans une cote de baleine, qui fut conservée avec soin, EUe fut exposée en 1863 an concours régionnal de Chartres et se trouve aijgourd^hui au musée de cette ville. Conmiines, lors de sa délivrance, Tavait offerte en même temps que ses chaînes, au monastère de Notre-Dame-la> Ronde. (Note communiquée par M. Beautemps-Beaupré.)

DE COMMINBS.

VU

OOlOimBS RENTRE EN FAVEUR PRES DE CHARLES VIII.

Six mois à peine s'étaient écoulés depuis la un de la ciqptiYité de Commines, lorsqu'il invoqua auprès d'Anne de Beaojeu les services jadis rendus à Louis XI, pour obtenir sa rentrée en faveur près de Charles VIII.

Dès le 12 septembre 1489, il écrivait à Anne de Beaujeu :

Madame, tant et sj très-liumblement comme je puis, me recommande en vostre bonne grâce. Monseigneur de la Heuse m*a dit ce qu*il a plu au roj me mander par Ij. Madame, je réputé ce bien et honneur venir de monseigneur et de vous, et vous suplie le volloir mestre à fin. J'ay fet response par escript. Je vous supplie, madame, que vous plese la voir, car j aj espérance que le roj et vous me serez bons procureurs, pour honneur et révérence dou roj vostre père. Plèse vous, madame, me commander tousjours vostre bon plaisir pour Taoomplir à mon pooir, en priant à Dieu que vous doinst bonne vie et longue et Tacomplissement de vostre désir.

Bscript à Dreux, ce XIP jour de septembre.

Vostre très-humble et très-obéjssant serviteur,

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