COMMYNES
Commines obtint, paraît-il, au mois de janvier 1490, raotorisation de reparaître à la cour, qui se trouvait à Mou-
* JT^., t. III, pr. p. 194.
lins. Ce fut de là qu'il adressa la lettre suivante au duc de Bourbon :
Monseigneur, si très-humblement comme je puis, me recommande à vostre bonne grâce. L'arrivée de monseigneur le prince a esté icy très-bonne pour quelque brouille eneommenoé pour le fait de cette guarde, où le roj a très-sagement procédé. Je crois, monseigneur, que le roy désire vostre venue, et si fait chacun, se me semble. Des nouvelles n'en sçay nulles qne celles que chacun jour vous sont envoyées. Il a pieu au roy commander la pension que j'avoys, quand il me désapointa Toffice ; mais il ne tiendra qu'aux gens de finances qu'il ne se fasse, et n'y ai embesogné que luy. II me semble, monseigneur, que ceux qui ont loy de parler à luy, aisément luy font entendre la raison. Vous me pouvez, monseigneur, tousjours commander vostre bon plaisir pour Tacomplir à mon pouvoir. Priant à Dieu, monseigneur, qui vous doint bonne vie et longue et accomplissement de tout ce que vous désirez.
A Molins, le 4 de janvier.
De la main de vostre très-humble et très-obéissant serviteur,
Phiuppe de Commynbs.
A mon très-redouté seigneur, monseigneur le due de Bourbonnoie eu d'Auvergne K
Ce qui démontre suffisamment que Commines avait reconquis son ancienne position , c'est que , dès le mois d'avril 1491, intervient un contrat entre Alain d'Albret et lui, où il est dit que le sire d'Albret, n'ayant pu le mettre dans la possession des terres d'Avesnes et de Landrecies» « obstant aucunes coustumes du pays de Hénault, » lui confirme celle du comté de Dreux, dont il restera saisi, tant que les sommes par lui avancées ne seront pas rembonr-
* Bibl. imp, de Saint-Pétersbourg , Doc. français, vol. 71, n» 80.
DE COMMINËS.
sées, 0t y ajoute la vente d*une maison nommée la Picquemuse, située à Paris, près du palais des Toumelles. Il est à remarquer en effet que Commines se maintient dans la jouissance de la terre de Dreux, malgré divers procès qu*en* gagent Jean d*Albret, comte de Nevers et seigneur d*Orval, et Jacques d'Estouteville, baron d'Ivry : il prend même , dès le mois de novembre 1490, le titre de comte de Dreux '.
D*autre part, Tinfluence politique de Commines renaît de jour en jour, combattue et contestée , il est vrai , par ceux qui le craignent ou le mq)risent, mais s'imposant malgré eux, tant son habileté est grande.
Cosme Sasseti écrivait de Lyon, le 16 juillet 1490, à Laurent de Médicis :
Monseigneur d'Argenton a recouvré la liberté d^aller partout et est parti 4'ici pour une de ses terres. Néanmoins je ne crois pas qu'il retourne à la cour en ce moment, parce que sa monnaie n*y aurait point cours '.
La fortune du sire d'Argenton s*était déjà relevée, lorsque Sasseti mandait l'année suivante a Laurent de Médicis :
J^ai reçu votre lettre du 24 du mois passé, ainsi que la lettre destinée à monseigneur d'Argenton à qui je Tai remise : il est resté très-satisfait de votre bienveillance envers lui, il m'en a beaucoup remercie et parait désirer de rester votre ami. Je Pai assuré que de votre coté vous ne négligeriez rien dans ce but. Il est continuellement ici, nageant entre deux eaux. C'est un homme
* Le catalogue JouraanTault (n9 1225) cite un acte de foi et hommage renda le 22 décembre 1490 à Philippe de Commines, comte de DSreox et seigneur d^Argenton, par Michel Deschamps pour un fief relevant du comté de Dreux. (Archives des Basses-Pjrénëes.)
* Archives de Florence.
sage et subtil ^. Je ne sais encore de quel côté il abordera : tous le saurez bient&t \
Huit jours après » Commines répondait à Laurent de Médicis :
Seigneur Lorens, je me recommande à vous de toute ma puissance. «Taj resu vos lettres par Cosme, et vous prie continuer en se bon pourpos envers moy. Vous avez assez su la prinse de Nantes, qui est cité petite et grans faubourg, la niieux garnie de pourtaux et de tours et de murailles, que nulle autre que j'aie jamès veue, et de fousés taillés en roc, mal mésonnée, et est la fin de la rivière de Lère et rentrée de la mer de se costé de Bertagne, d'artillerie assez pourvue, et duché. Le treté a esté lonc, et grant mervilles que n'a esté découvert, car il est passé par beaucoup de mains, et en estoit assez averty le marésal de Bertainge; mes il ne le povoit croire, pour le parentage. Madame Anne ne tient plus que Rennes, ville grande et fort peuplée, loins de mer. Le roy tient les présents puûs, sauf un apellé Redon, qui est ville très-feble, et n'y saront mètre gens, que le roy ne la preinge en YI jours, sy eUe n'est secourue. Six mois après, Rennes dira le mot par famine. On n'osa fère nulle asamblée pour tirer outre Nantes, de peur que ceUa ne descovrit Temprinse.
Autres petites viUes tient ladite dame au bas de Bertainge, mes niens fort. Juques icy n'est désendu nuls Englès ; sy faut-il que le secours vienge de là ou que le roy ait Bertainge, synon, que le roy des Romains et de Castille ficent grant effors par leur fons, qui samble mal aparant, car on dit que ne s'atendoient de rien fere jusques l'an qui vient. Il samble que Dieu nzeine les fets du roy, car il viennent mieux que Ton ne s'atendoit. Le mariage estoit mal profitable ; pour le fils ût esté milleur que pour le père, et les Englès usent plus prins la matière à ceur, qui est nacion
* Egli è del continuo qui et staesi infra due aqae, riputato homo savio et sottile.
* Archive» de Florence.
puisante et riche et gens biens crains pour les batailles, et n'a pas tenn à eux les sésons passées, que il ne se soient espreuvés en toutes autres choses, et ne sont point crains desà.
Maint an a que la couronne de France tint Bertainge, se ne fosent-il et a esté encore plus bas ; mes par une bataille fut reco- Yiée. Pluisieurs désireroient que le roj espousât cette fille de Bertainge pour avoir pés à se bout, à Faquit de sa conscience, et seroit une grant ^jonsion pour cette couronne : autrement poroit bien durer la guerre encore. Sj n*estoit pour les Englès, le démorant de ladite duché ne dureroit ung mois ; ils n'ont nul homme de seur qne le prinse d'Orange, qui à cette nécessité ne Fa Tollu lasser encore, mes dit ne la transporter point, mes atendre la fortune dedans Rennes.
Je fais mon conte que dMcj à XII jours, Farmée du roj sera devant Redon. Conquérir Honguerie et recouvrer Bertainge, est grant emprinse ; et les Bertons désiroient homme qui se tint sur le lieu. La parsonne de ladite dame est fort louée et afeesionnée àse roj des Romains. Je croj que selon la profécie du roj Louis, à qui Dieu face pardon, que Italie demora encore en pès aucuns ans.
J'espère bref la délivrance de monseigneur d'Orléans. Diverses opinions y a en cette court; mes notre roj est très-sage et aime le harnès. Cosme vous escripra le démorant, qui en set plus [que] moj, mes je me soucie bien qui vous lira cette mavesse lettre. Priant à Dieu, seigneur, qui vous doinst acomplir tout se que vous désirez.
A Monsoreau, le XXP d'avril.
J'ai parlé à Cosme d'une carte où est comprins Ouinée, j'en
tiens le double.
Plus que tout vôtre,
COMMTNES *.
Si Commines nageait entre deux eaux, c'était afin de cacher de nouvelles intrigues : 1^ moment n^ëtait pas éloigné
' ArchiTes de Florence.
OÙ on allait voir combien il était « sage et subtil. » II avait retrouvé, à la cour de Charles VIII, le seigneur de Miolans, naguère associé comme lui aux mesures les plus violentes de Louis XI contre la maison de Savoie. Le seigneur de Miolans parvint à s*emparer de l'esprit faible et inquiet de Charles VIII, déjà impatient de se dérober à la tutelle de ceux qui, jusqu'alors, avaient gouverné en son nom ; et son premier soin fut d'entraîner le roi hors du château du Plessis, dans une partie de chasse où l'on amena devant lui le duc d'Orléans , délivré de sa prison de Bourges , qui recouvra tous ses honneurs. Ce fut ainsi, observe Saint- Gelais, que Charles VIII fit un tour de prince magnanime, et que le duc d'Orléans se trouva pour jamais obligé de lui faire service.
Le triomphe du duc d'Orléans était celui de Commines. Peu de jours après, le 25 juillet 1491, Charles VIII, ne se contentant pas de renoncer à tout droit de confiscation, lui fit don, sous prétexte des garanties invoquées contre la couronne, d'une somme de trente mille livres, bien supérieure à ce dont il avait besoin pour indemniser les La TrémoïUe. Il semble aussi, vers cette époque, avoir recouvré les pensions dont il jouissait autrefois.
Un autre complice de Commines , Dunois , dominait en Bretagne. Il se réconcilia aussi avec Charles VIII. '
* Danois mourut au milieu de ses succès le 25 novembi*6 1491. G*ëtait c un très-sage chevalier, t-empli de très-bon conseil sur toutes c les concurrences d'estat qui pouToient survenir. (Qode/roff, p. 95.) Comme Commines, il aimait les lettres ; il possédait dans sa bibliothèque des manuscrits précieux et plusieurs volumes imprimés dont rénumération ne sera pas sans intéi*êt pour Thistoire de la typographie avant 1492 : La mer des histoires. — Orose. — Eticques et politicques.
DE G0MMINE6. 81
Le 6 septembre 1491, Tancien parti des princes àa sang est reconstitué. Un traité d'alliance est signé à la Flèche par les ducs d'Orléans et de Bourbon , les évêques d'Alby et de Montauban, le comte de Dunois , Miolans et Du Bouchage, « pour servir le roy Charles, défendre et garder sa personne, redresser le fait de son royaume et soulager « son peuple. » Les auteurs de cette ligue s'engagent aussi : « à s'aimer Tun l'autre, et à se porter, favoriser, soustenir « et tascher de se mettre l'un l'autre en la bonne grâce du « roy^ » Une prudence excessive, mais dictée par l'expérience, peut seule expliquer ici l'absence du nom de Commines.
L'œuvre de Miolans et de Dunois , dirigée probablement parle seigneur d'Argenton, fut le mariage, aussitôt accompli qu'annoncé, du roi de France et de la jeune duchesse de Bretagne. Si Commines ne parvint point à réunir la Flandre à la France, ce fut peut-être à lui qu'elle dut le territoire que bsdgne l'Océan. La patrie d'Artevelde avait résisté ; la terre du duc Noménoé se souvint de Duguesclin et ne se plaignit point de devenir française.
Anne de Bretagne se montra très-reconnaissante à l'égard
— Le propriétaire. — Le mirouer de vie humaine. — Le mirouer de la Rédemcion. — Mélusine. — Le vieil testament. — Le doctrinal de la conrt. — Fascicalus temporum. — Le confessional Jarson. — Magaeloone. — Sidrach. — Fourchas. — Le romant de la Rose. — Boèce : de conaolacion. — Bonnes meurs. — MandeviUe. — Les commentaii'es César. — L^art de chevalerie. — Le luddaire. — Le doctrinal des crestiens. ^ L^assault de Roddes. — Le livre des vices et vertus. — La vengence de Jhérusalem. — Prudence et Mélibée. — Le lay des trespassés, et plusieurs autres petits traictiés. (Bibl. imp. de Paris. Ms. fr. 2912, f> 81 vo.) • QoDRFROY, Eisiaire de Charles VIII, p. 616.
coums.— II. 6
de ceux qui avaient négocie son mariage ; c'est Commines qui nous Fapprend dans une lettre à Laurent de Médicis :
Seigneur Laurent, je me recommande à vous autant que je puis, et je vous remercie d'avoir bien voulu m'écrire et de ce que vous m*avez fait dire par Côme. Vous serez informé du changement de ce mariage : les voisins de la Bretagne en éprouvent une grande allégresse ; ceux de la Picardie et de la Champagne ne se réjouissent pas autant ^ Le roi restituera honorablement la fille du roi des Romains ', et tachera de nous procurer la paix : je crois bien que jusque là nous aurons des allées et des venues. Monseigneur d'Orléans et monseigneur de Bourbon nous ont beaucoup servi, car, par la (o^, on n'en serait pas venu à bout cette année. Le roi donne une très-grande autorité à ces deux ducs, qui sont grands amis, et il les a pris pour chambellans pour faire tout passer. Je pense que les choses resteront sur ce pied un peu de temps. Le même prince a fait le duc d'Orléans, gouverneur de Normendie, il j a trois jours, ce qui est une marque de ce je vous dis plus haut. Tout le monde loue fort la nouvelle reine, et elle se montre très-obligée envers ceux qui ont mené cette affaire. Je serai encore homme de cour pendant deux mois, toigours prêt à vous servir partout où je pourrai. Priant Dieu, seigneur Laurent, qu'il vous donne raccomplissement de tout ce que vous désirez.
Ecrit à Tours, le IIP de décembre.
Côme vous écrira plus au long touchant les autres i^aires de ^ P^ys. Lq p2ug qne ^^i vôtre,